Kitabı oku: «Un mystérieux amour»

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Daniel Lesueur

Un mystérieux amour


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066076924

Table des matières

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

A Octave

A Octave

Rendez-Vous

Aveu

Suprême Sagesse

Pourquoi je l’ai aimé

Philosophie

L’Adieu

Lettre écrite en Automne

Inquiétude

Le Collier de Perles

L’Oubli

Lettre écrite au Printemps

Le Retour

L’Inde Bouddhique

Silentium

Toujours

Une Pensée de Pascal

Repentir

Paroles d’Amour

Les Peaux de Tigre

La Panoplie

Suprême Bonheur

La Nature et l’Amour

SONNETS PHILOSOPHIQUES

I A Octave

II Le Temps

III Les Forces

IV La Vie

V La Lutte pour l’Existence

VI La Source

VII La Mort

VIII Dieu

IX Les Premiers Ages

X Les Sentiments

XI La Raison

XII L’Idéal

XIII Le Caractère

XIV L’Histoire

XV La Morale

XVI La Voix des Morts

A MES VERS

A mes Vers


UN MYSTÉRIEUX AMOUR

I

Table des matières


A une époque où le réalisme fleurit, où l’on sent dans la moindre nouvelle, dans le plus banal feuilleton, la prétention d’offrir un document humain, tout romancier qui se respecte écrit plus ou moins ouvertement en tête de son livre: «Ceci n’est pas un conte.»

Une telle précaution ne m’est pas nécessaire.

Quiconque voudra bien parcourir ces courtes notes et les vers qui les suivent, se sentira certainement en présence, non du réalisme le plus exact, mais de la réalité la plus profonde.

Ce que je présente ici n’est pas un travail personnel. Des souvenirs aussi simplement exprimés qu’il me sera possible, et des vers que l’auteur ne destinait pas à la foule, et peut-être eût frémi de voir étalés aux vitrines et livrés à la curiosité des passants, voilà ce que l’on trouvera dans ces pages. Le droit de les publier, je le puise dans des raisons qui n’ont rien de littéraire, et qui ressortiront, je le pense, de cette notice. Elles sont fort au-dessus d’un vain désir de gloire. A qui irait-elle, cette gloire? Le cœur mystérieux et doux qui ne l’ambitionnait pas était—on le verra—trop plein de meilleures choses pour seulement y songer, et, lui fût-il donné de battre encore, ce n’est certes pas elle qui le réveillerait.


II

Table des matières


Dire de mon ami, Octave de B..., qu’il était le plus grand original que nous eussions connu, mes camarades de jeunesse et moi, c’est, en somme, ne rien dire de lui.

Être original est rare. La véritable originalité est presque surhumaine. Car l’influence du milieu comptant comme un des plus puissants facteurs des idées et du caractère, l’impossibilité de s’y soustraire est, à peu de chose près, radicale. Le proverbe vulgaire: «Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es», légèrement étendu dans son sens, devient—comme tant d’autres proverbes—une vérité philosophique. L’originalité, même relative, constitue donc l’exception, le phénomène, et, à mesure que l’humanité vieillit, elle apparaît de moins en moins.

Or, phénomène est synonyme aussi bien de merveille charmante que de monstruosité difforme.

Il y a des originaux dans l’art, dans la bonté, dans l’héroïsme, comme il y en a dans le crime. Quelques-uns ne sont tels que par la coupe de leurs habits; et, bien qu’il faille déjà une légère dose de force d’esprit pour porter des chapeaux à larges bords plats si la mode exige des bords étroits et retroussés, cette sorte d’originalité excite plutôt le rire ou un certain mépris. Cela tient à ce qu’il est facile de la feindre. Les autres, les admirables ou les terribles, celles qu’on n’imite pas, font naître l’envie ou la haine, à défaut de l’admiration. Elles ne sont jamais ridicules.

Dire d’Octave qu’il était original ne suffit donc pas, et, pour définir son originalité, il faut peindre son caractère.

Peu l’auront connu et apprécié comme moi, ce caractère, que l’on ne pénétrait pas aisément et qui ne se livrait guère. Certes, il aurait fallu une perspicacité plus intense que la mienne pour en parler, même légèrement; mais je ne sais quelle sympathie, un peu hautaine et protectrice, quel besoin d’épancher le secret de son être qui saisit même les plus forts, l’ont porté à me faire des confidences dont je veux être ici le simple rédacteur, après en avoir été l’auditeur passionnément intéressé.

Comme je me les rappelle distinctement, ces causeries dont je sortais toujours plus éclairé, plus fort et meilleur; ces épanchements d’un esprit à la fois ironique et enthousiaste, croyant peu au bien, mais l’accomplissant sans faste et sans bruit, et le découvrant dans les autres avec une émotion prompte, contagieuse, presque naïve. Comme j’étais surpris des contrastes entre la calme force, cruellement railleuse, et la vulnérable tendresse; entre la pénétration infaillible, claire, qui allait droit au fond des tristes vérités, et la douceur des illusions, voulues souvent, et malgré tout fraîches et pures comme l’ignorance de la jeunesse. Comme j’imagine volontiers ce que pouvaient être les abandons plus complets encore de cette âme fière et si fermée, se montrant sans réserve à la femme qui sut la comprendre, qui put en manier la clef de ses mains délicates, qui prononça enfin devant elle le magique: «Sésame, ouvre-toi!»

Cette femme, Octave ne l’avait pas rencontrée, il ne l’avait même pas entrevue lorsque, un soir d’été—mon Dieu, voilà cinq ans à peine!—il était assis avec moi, me parlant de lui par extraordinaire, sous les arbres sombres des Champs-Elysées, dans le tapage lointain, et presque agréable à cette distance, des cafés-concerts. Il se balançait doucement sur son fauteuil de fer peint, maniant de ses doigts distraits son éternelle cigarette, dont il tirait de temps à autre une bouffée sans s’interrompre.

Jamais je n’ai vu un homme fumer aussi obstinément, aussi régulièrement, aussi inconsciemment que lui. Il fumait comme on respire, sans même s’en douter. Il avait une façon très particulière de prendre sa cigarette entre le pouce et le doigt du milieu et d’y appliquer avec l’index un coup sec pour en faire tomber la cendre; il mettait à ce mouvement une grâce dégagée si absolument involontaire qu’elle me semblait toujours jolie et caractéristique à observer. Naturellement élégant dans ses attitudes et ses manières, il avait, lorsqu’il sortait la cigarette de son étui, lorsqu’il l’allumait à la précédente, lorsqu’il jetait celle-ci, brûlée à moitié et tout enflammée—sans faire attention, je dois le dire, si elle tombait soit sur une botte de paille, soit sur un tapis de prix—une série de petits gestes à lui, où déjà se trahissait cette originalité dont j’ai parlé, cette habitude de ne rien faire comme les autres, qui donnait de l’intérêt à ses moindres actes. Cela m’amusait de le regarder fumer comme cela m’amuse de regarder bondir et tourner un enfant ou un jeune chat; j’y voyais la même ignorance de l’effet produit, qui cause tant de plaisir aux yeux dans la chose animée; puis cela soulignait quelquefois si curieusement la pensée planant au-dessus de cette agitation machinale du corps.

Après tout, s’il n’est pas inutile, pour faire vivre par le style la personnalité d’un homme, d’indiquer la forme de ses traits et la nuance de ses cheveux, était-il superflu d’essayer de donner dès l’abord l’impression de ce qui était chez Octave mieux qu’un tic, une série de mouvements sans lesquels je ne puis me le figurer, et dont l’harmonie élégante marquait autant pour l’observateur que la vivacité un peu cassante de la voix, ou que l’ironie du regard tombant de haut et demi-voilé par les longues paupières.

Il avait alors trente-quatre ans. On ne pouvait le voir pour la première fois sans être frappé par l’aspect de sa haute taille et de sa tête énergique, à la fine barbe brune, au nez droit et un peu fort, aux grands yeux gris, aux sourcils foncés et aux tempes larges sur lesquelles les cheveux faisaient deux taches d’argent. Cette chevelure, qui, d’ailleurs, grisonnait à peine, mais qui, des deux côtés du front, avait pris une précoce et absolue blancheur, donnait, par son contraste avec l’éclat des yeux, avec le ton bistré de la peau et la teinte sombre de la barbe, un caractère étrange et saisissant à cette belle physionomie.


III

Table des matières


Or, par cette soirée d’été, où toutes les rumeurs parisiennes bruissaient jusque sous l’obscurité fraîche des grands arbres, voici ce que je disais, moi, un peu découragé, le cœur un peu alourdi par bien des ambitions déçues, voici ce que je disais à ce tranquille et dédaigneux Octave:

—Quoi! vous avez la fortune et la gloire entre vos mains, et vous en faites fi! Vous avez prodigué nombre d’années à des travaux arides, sur des sujets toujours différents, et la plupart des résultats que vous avez découverts, vous ne les publiez même pas. Notes de voyages, mémoires scientifiques, appareils ingénieux, tout cela reste le plus souvent dans vos cartons ou dans quelque coin de votre laboratoire. Le gigantesque travail historique que vous avez commencé avec les observations recueillies pendant dix ans d’explorations lointaines, qui vous ont permis d’éclairer d’une lueur toute nouvelle les problèmes les plus obscurs de l’histoire, que devient-il? Un volume à moitié imprimé est abandonné par vous pour une expérience ou une recherche nouvelle. A un chapitre de philosophie sociale succède un mémoire de mathématiques, d’anthropologie ou de chimie. Ne craignez-vous pas de perdre une autorité légitimement acquise en disséminant les forces de votre esprit dans des poursuites si diverses? Enfin, puisque des motifs d’ambition ne sauraient vous faire agir, ne craignez-vous pas du moins de sacrifier l’intérêt des autres à votre éternelle curiosité? Si vous persistez à garder pour vous seul les fruits de vos travaux, n’aurez-vous pas vécu, vous si généreux, comme un véritable égoïste?

Je souris en laissant échapper ce dernier mot, et Octave sourit aussi.

Il m’avait sauvé la vie en risquant la sienne à Champigny. Nous étions tombés dans une embuscade avec le détachement de mobiles qu’il commandait. Le ruban rouge qui ornait sa boutonnière lui avait été donné à cause de sa conduite héroïque et pleine de sang-froid le jour de cette bataille. Jamais je ne regardais l’étroit filet de pourpre sur le drap noir de son habit, sans songer aux gouttes de sang que j’avais vues étinceler sur son uniforme lorsque la balle qui devait m’atteindre lui avait traversé le bras.

—Avouez que vous êtes égoïste, Octave, répétai-je, tandis que l’opposition du mot et du souvenir me causait un plaisir secret qu’en l’analysant bien je qualifierai de subtilement dépravé. Vous êtes un sublime égoïste tant que vous voudrez, mais vous n’en êtes pas moins un égoïste. Et je trouve un peu fort qu’avec cela vous ayez l’air de nous dédaigner tous, comme si nous nous agitions dans des sphères inférieures.

A cette boutade finale, il rit franchement, de son rire grave, saccadé, sardonique.

Ce rire-là, quand je lui parlais, à lui, je l’appelais son rire satanique. Et, ma foi, j’allais presque mettre l’adjectif ici, en l’adoucissant d’un adverbe. Vraiment le rire démentait un peu l’homme. Au fond, Octave était trop défiant de lui-même, trop indulgent pour les autres, trop crédule au bonheur, pour avoir un pareil rire.

En réfléchissant, j’ai compris.

Hélas! nul n’est parfait. Si un homme a jamais réalisé l’idéal de la créature suprêmement intelligente, clairvoyante, digne—digne en face des autres comme en face du sort—c’était bien cet homme-là. Pourtant il avait un défaut, un défaut qui allait parfois jusqu’à la petitesse. Il avait la manie de la contradiction, au point de combattre ses propres idées dans la bouche de son interlocuteur. Il se plaisait à foudroyer les naïfs avec ses paradoxes, et sa grande joie était d’exaspérer son auditoire. Lorsqu’il y était parvenu, alors apparaissait sur ses lèvres le rire mordant qui poussait à bout, et, malheureusement, finit par lui devenir habituel.

Par un euphémisme plaisant, il s’accusait d’être taquin. Mais quelle taquinerie féroce! Son œil perçant et profond voyait comme à nu devant lui l’âme de celui qui lui parlait, et sa voix cruelle étalait froidement les petites misères que l’on cache avec plus de soin que les grands vices, et qu’il était bien dur d’entendre analyser avec cette sûreté tranquille.

Lui—l’indulgence même—que j’ai vu, trahi par des amis, trompé par des maîtresses, leur trouver des excuses lorsqu’il me parlait d’eux, voici cependant quelle était sa distraction suprême: forcer ceux qu’il aimait le mieux à sentir s’éveiller constamment sous sa main la brûlure de leurs plaies secrètes. Je crois qu’il n’aurait pu résister à cette barbare satisfaction même s’il avait vu jour après jour l’amour qui lui fut précieux s’user à une pareille épreuve. Mais pour l’être qui pénétrait jusqu’au fond de cette étrange nature, qui se trouvait une fois enveloppé par les flots de tendresse qu’elle recélait et dissimulait si bien, il y avait sans doute une âpre jouissance à souffrir ainsi par elle, et une fierté grande à en être tellement connu. Car, pour être apprécié par un homme qui pesait la valeur de tout et estimait si peu de chose, il fallait vraiment être doué de qualités très supérieures.

Je puis m’exprimer ainsi sans vanité, bien que je fusse son meilleur ami; car, moi, c’était bien différent: il m’avait sauvé la vie, et, pour cette raison, je lui suis toujours resté cher.

Cette amitié, elle a failli m’empêcher d’être sincère, et me faire passer sous silence le seul défaut d’Octave, la seule tache d’un si beau caractère. Mais je n’écris ni pour lui, ni pour moi, ni pour la personne dont je vais parler tout à l’heure. J’écris dans l’intention de mettre sous les yeux d’une génération portée à trop considérer le côté laid et attristant des choses, un tableau de bonheur qui m’a ébloui et que je crois propre à relever le cœur abattu de plusieurs. Ce tableau, si j’en supprimais les ombres, je le rendrais invraisemblable. Il n’aura d’effet que dans la proportion où il semblera vivant. Pour satisfaire une délicatesse personnelle, je risquerais donc de manquer le but qui m’a fait prendre la plume et m’a porté à révéler le secret d’un amour voilé jadis par un mystère jaloux.

Cependant, parmi ceux qui ne le connaissaient pas aussi bien que moi, on comprendra qu’Octave se fît tous les jours des ennemis. Il se passait trop bien des hommes; leur animosité provoquait son sourire; leur opinion à son égard lui était absolument indifférente. Il expliquait leur haine et même l’excusait. Il n’eût jamais refusé un service à celui qui, la veille, lui aurait fait du mal. Mais sa générosité et sa tolérance mêmes ne désarmaient pas ceux qu’il avait blessés; ils y sentaient un secret dédain, qu’ils ne pouvaient lui pardonner.

Lorsque j’eus accusé Octave d’égoïsme, en causant avec lui, ce soir-là, aux Champs-Elysées, il rit et ne s’en défendit pas.


IV

Table des matières


Il est vrai, me dit-il, mais je ne puis m’en faire un scrupule. A peine mon esprit est-il satisfait sur un point, que j’ai hâte de trouver une vérité nouvelle; et il serait vraiment trop dur de consacrer un temps précieux à consigner laborieusement ce que j’ai découvert, au lieu de marcher en avant aussi loin qu’il est possible d’aller dans une courte vie d’homme. Je tâche d’avoir une méthode, et je me défie des doctrines; c’est uniquement parce que mes méthodes sortent tout à fait de l’ornière classique, que j’ai pu constater parfois des faits nouveaux, au grand étonnement des spécialistes. Je suis arrivé au monde à la limite extrême de l’époque où il est encore permis de ne pas être exclusivement un spécialiste, et je suis heureux d’en profiter. Dans le siècle qui va naître, la science n’aura plus que des ouvriers, attelés chacun à une tâche étroite. Vous ne voyez pas très bien, Daniel, la relation qui peut exister entre mes travaux de laboratoire et mes recherches historiques. Ce sont les premiers pourtant qui m’ont conduit aux secondes, et ce sont les premiers aussi qui me montrent à chaque instant la complexité des phénomènes sociaux et la difficulté d’en trouver les lois. Quand l’évidence de cette difficulté me saisit trop, je me console en retournant au laboratoire; l’horizon en est limité sans doute, mais toujours distinct. Je vous avouerai volontiers d’ailleurs que la désolante impuissance de la science devant l’immensité de l’œuvre qu’elle doit accomplir, me paralyse quelquefois. Je me prends alors à songer à ce mot d’un penseur allemand, qui résume bien des philosophies: Wozu?—à quoi bon?—Quand nous voulons nous élever au-dessus de l’étroit domaine des faits et remonter aux causes, nous ne pouvons que constater aussitôt combien est limité notre savoir, et combien ce que nous arrivons à pénétrer est minime en comparaison de l’infini qui nous échappe. Quel que soit l’ordre de connaissances que nous abordions, nous nous heurtons bientôt à ce cercle des causes premières contre lequel les efforts de l’humanité semblent devoir se briser toujours.

Connaissons-nous la raison d’un seul phénomène, d’un seul, et la connaîtrons-nous jamais? Prenez le fait le plus simple, la chute d’une pierre, par exemple, et voyez s’il vous est possible d’en comprendre la véritable cause. Le premier étudiant venu vous dira que la pierre tombe en vertu des lois de l’attraction; mais réfléchissez un instant à ce que peut bien être cette force mystérieuse qui attire ainsi tous les corps vers le centre de la terre, et vous verrez vite que nous avons remplacé l’explication par un mot qui ne peut voiler notre ignorance qu’aux yeux du vulgaire. Ainsi de toutes choses. Des mots partout. Les Forces de la nature ont succédé à la bienveillante Providence de nos pères, sans être moins incompréhensibles que ne l’était la volonté divine. Nous traitons les phénomènes de l’univers comme les historiens traitent l’histoire. L’inexorable fatalité des événements, la complexité des facteurs qui les engendrent dépassant généralement de beaucoup leur compréhension, ils croient tout expliquer en attribuant à chaque fait des causes simples en rapport avec leur horizon étroit, mais qui, pour un esprit philosophique, ne soutiennent pas l’examen. Rien n’est plus simple que la physique dans un livre ou que l’histoire dans un cours, mais que d’insolubles problèmes sous cette simplicité apparente! Que de facteurs à déterminer que nous ne soupçonnons même pas! Que de forces inconnues encore qui remplissent le monde, que peut-être nous arriverons à utiliser pour des besoins vulgaires, comme on l’a fait de l’électricité, mais qu’au point de vue purement scientifique nous ignorerons toujours, bornant notre savoir à leur donner de nouveaux noms. La toute-puissante volonté de Jupiter n’était pas plus inconnue dans son essence que nos Grands Agents Naturels des temps modernes. L’explication des anciens n’était donc pas beaucoup plus fausse, et elle avait le mérite d’être beaucoup plus claire.

Ici je fis un geste pour interrompre Octave, sentant venir un de ces paradoxes audacieux dans lesquels il se complaisait. Mais, sans prendre garde à mon mouvement, il continua:

—Le rôle modeste mais laborieux du véritable savant doit donc être de recueillir des faits et non pas d’exposer des théories. Il doit se garder de glisser sur la pente attrayante mais dangereuse des conclusions. Car le plus souvent, à quoi cela sert-il? A faire sourire les enfants cinquante ans plus tard. Sans doute je vois bien cet écueil; et je me dis parfois qu’il vaudrait mieux passer ma vie à recueillir et à enregistrer patiemment des faits nouveaux qu’à bâtir de vains édifices avec ceux que je possède déjà. Mais après tout, en travaillant à ma guise, qu’aurai-je fait perdre à la société humaine—à supposer que tous mes efforts eussent pu avancer sa marche d’un pas?—Un peu de temps, quelques années?... Elle en a de reste.

Tandis que moi, ajouta-t-il gravement, je n’oublie pas que les miennes sont comptées.


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Litres'teki yayın tarihi:
21 ocak 2025
Hacim:
146 s. 27 illüstrasyon
ISBN:
4064066076924
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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