Kitabı oku: «Voyage dans l'Aurès: Notes d'un médecin envoyé en mission chez les femmes arabes»

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Dorothée Chellier

Voyage dans l'Aurès: Notes d'un médecin envoyé en mission chez les femmes arabes


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066075712

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

DOCTEUR DOROTHÉE CHELLIER Ancien aide d'anatomie à l'école d'Alger

1895


DOCTEUR DOROTHÉE CHELLIER
Ancien aide d'anatomie à l'école d'Alger

Table des matières

TIZI OUZU—Imp. Nouvelle J. CHELLIER.—TIZI OUZU


1895

Table des matières



A MONSIEUR LE DOCTEUR CHANTEMESSE

Professeur à la Faculté de Médecine de Paris.

A mon cher et bienveillant maître, je dédie ce modeste travail d'observations faites au cours d'une mission médicale, dans les montagnes de l'Aurès.

C'est un bien petit gage de reconnaissance pour les bons conseils et les encouragements qu'il m'a toujours prodigués.

Paris, le 10 août 1895.



On trouvera dans le travail qui va suivre le compte rendu fidèle d'une série d'observations recueillies au cours de la mission qui m'a été confiée par Monsieur Cambon, Gouverneur général de l'Algérie.

Ce haut fonctionnaire apporte, on le sait une sollicitude particulière à l'étude des problèmes qui se rattachent à la question indigène.

Il a étudié les moyens à employer pour améliorer le sort de la population arabe et l'une des innovations qu'il préconise à cet égard est la création d'hôpitaux de campagne établis dans les régions éloignées (Kabylie, M'zab, Aurès).

L'Aurès semble avoir attiré spécialement son attention, et l'on ne saurait s'en étonner si l'on considère que cette région sollicite à la fois l'intérêt par les richesses naturelles de son sol et les qualités propres aux Chaouïas qui l'habitent.

Il m'apparaît comme évident, après le voyage que je viens de faire, que ces indigènes se distinguent des autres tribus algériennes par une intelligence plus saine et plus pratique, et qu'ils présentent à un haut degré les caractères de perfectibilité qui font très souvent défaut à leurs congénères.

Ce qui m'a frappée surtout au cours de ma mission, c'est l'empressement des malades à venir solliciter mes soins, la confiance complète dans le traitement institué, l'influence rapide que j'aurais pu acquérir sur leur esprit.

On n'ignore pas que depuis la conquête de l'Algérie nos efforts, pour nous assimiler les Arabes, sont restés à peu près stériles.

Les flatteries, les rigueurs n'ont abouti à aucun résultat sérieux. L'Arabe demeure réfractaire à toutes les tentatives de civilisation.

Étant d'origine algérienne, et connaissant les moeurs du pays, je m'étais souvent demandé si la non possibilité de pénétrer dans le gynécée n'était pas une des causes pour lesquelles l'assimilation était restée jusqu'ici impossible.

Je m'étais demandé encore si une femme médecin ne pourrait pas faire quelque chose d'utile en facilitant l'introduction de nos idées dans ce milieu si obstinément, si volontairement éloigné de nous.

Je savais que M. Cambon cherchait à utiliser les médecins, non seulement pour apporter aux indigènes le secours de soins éclairés et détruire l'influence des toubibs qui exploitent si indignement la crédulité de leurs coreligionnaires, mais encore pour hâter l'oeuvre d'assimilation.

Tout récemment il avait présenté au Conseil supérieur de l'Algérie un plan d'ensemble dont voici les principales lignes:

Création d'un corps médical composé d'indigènes auxquels on demanderait deux années d'études portant sur les questions élémentaires et pratiques de la médecine. Ces études achevées, ces médecins seraient désignés pour exercer dans une région déterminée. En dehors de cette région, l'exercice de la médecine leur serait interdit.

Soumis à Paris, au Conseil supérieur d'hygiène, ce projet a été sanctionné.

La question de surveillance de ce nouveau corps médical n'est pas définitivement résolue; elle ne saurait tarder à l'être; le projet répond à une utilité trop immédiate pour que son application soit différée.

Connaissant toutes ces choses et désirant compléter les observations que j'avais déjà faites sur les coutumes indigènes, je demandais à M. le Gouverneur général de bien vouloir me confier une mission dans une région éloignée.

M. Cambon, avec sa générosité habituelle et son désir de connaître les moindres détails de la vie indigène, me désigna l'Aurès pour aller étudier les pratiques de l'accouchement, de l'avortement et la fréquence des maladies utérines.

J'allais donc pouvoir me rendre compte de l'utilité de la femme médecin dans des tribus éloignées, encore sauvages, et apprécier si elle pourrait y rendre les mêmes services que chez l'arabe des villes.

Comme on le verra dans le récit de mon voyage, la femme chaouïa est plus accessible que la femme arabe; elle n'est pas voilée et ne se cache pas aux regards des hommes; mais, comme partout ailleurs elle se refuserait à accepter les soins d'un médecin qui ne serait pas de son sexe, que le praticien soit musulman ou chrétien, tandis qu'elle se livre et donne une entière confiance à la femme.

Je crois qu'il y aurait intérêt pour nous, en respectant les moeurs arabes, d'agir sur la femme par la femme.

Chez les peuples civilisés, et bien plus encore chez les peuples primitifs, c'est toujours en opérant sur l'esprit de la femme qu'on pénètre vraiment la famille.

Vouloir agir directement sur l'homme adulte est une tentative irrationnelle, dont les résultats pratiques sont nuls le plus souvent.

Coopérons à l'éducation de l'enfant en obtenant la confiance de la mère, en la visitant, en l'habituant à suivre nos directions.

En agissant ainsi, nous obtiendrons le résultat que nous cherchons depuis si longtemps vainement à obtenir.

Pour que l'oeuvre de M. Cambon soit complète il ne faut pas que le nouveau corps médical soit exclusivement composé d'hommes.

A côté du toubib, il y a la matrone ignorante et dangereuse qui seule conservera le privilège d'approcher la femme malade; lui faire donner la même instruction qu'aux futurs médecins indigènes, par des femmes docteurs en médecine est indispensable. C'est le seul vrai moyen de hâter le progrès en pays musulman. Si les observations contenues dans mon rapport et qui sont le résultat de mes travaux en Algérie peuvent faire naître des idées nouvelles et utiles, ce n'est pas à moi qu'en reviendra le mérite, mais bien à M. le Gouverneur général qui a bien voulu me confier cette mission.

Partie d'Alger le 4 mai 1895, j'arrivais à Constantine le lendemain et prenais mes dispositions pour mon voyage dans l'intérieur de la province.

Monsieur le Préfet Lascombes, duquel je reçus d'ailleurs l'accueil le plus empressé, ne me dissimula pas les difficultés matérielles que devait rencontrer l'accomplissement de ma tâche. «Quelles que soient, me dit-il, les mesures que j'ai pu prendre pour vous assurer la sécurité en cours de route, le voyage demeurera fatiguant, pénible à travers un pays de montagnes où les routes sont à peine tracées. Je ne sais, conclut-il, si vous pourrez aller jusqu'au bout.»

Le 8 mai, j'étais prête à partir; je quittai Constantine me dirigeant sur Batna où j'arrivai à neuf heures du soir.

Batna, ma première étape, est une ville de médiocre importance et de création récente.

Au printemps, les jardins touffus et les allées d'arbres qui bordent les rues lui donnent un séduisant aspect de fête.

J'étais attendue par M. Dieudonné, le sous-préfet, et M. l'Administrateur de la commune mixte de l'Aurès qui prirent sans retard les mesures nécessaires pour me permettre de poursuivre ma mission.

C'est tout d'abord à la complaisance de M. Dieudonné que je dus de me procurer une femme interprète qui traduisit, en cours de route, le dialecte chaouïa, très différent de la langue arabe.

Ainsi était levée l'une des difficultés qui me préoccupait le plus; en effet, les femmes chaouïas sont rarement en contact avec des Français, et il me fallait de toute nécessité un interprète féminin qui put converser librement avec les femmes que j'allais interroger et me rapporter fidèlement ses entretiens.

Mon interprète, jeune fille de dix-sept-ans, est la fille d'un marabout d'El-Madher, sa mère est chaouïa; elle a été élevée dans une ferme française où travaillait son père, et elle a fréquenté l'école du village pendant six à sept ans.

Elle m'a rendu les plus grands services, me traduisant exactement les réponses que faisaient les femmes à mes interrogations et m'apportant en outre le concours intelligent de ses soins auprès des malades que j'ai traités pendant ma tournée.

Elle vint me trouver à Batua le 10 mai, et le onze nous quittâmes cette ville à six heures du matin, nous dirigeant sur Lambèse, où l'administrateur de la commune a sa résidence.

M. Arippe, l'administrateur, voulut bien se joindre à nous et nous accompagner dans la première partie de la mission.

Je ne puis assez le remercier ici des facilités de toutes sortes qu'il s'est ingénié à me procurer; grâce à ses ordres et à son active surveillance, j'ai pu, en plus d'une occasion, poursuivre sans entrave le cours de mes travaux.

Il avait fait avertir les cheicks des villages qu'une tebiba (femme médecin), allait les venir visiter, et que les malades pourraient demander ses soins.

Je note eu passant que grâce à son altitude, Lambèze est favorisée par un climat exceptionnel; l'été y est très facilement supportable.

Déjà des femmes chaouïas avaient répondu à l'appel qui leur était fait et attendaient mon arrivée.

C'est dans un gourbi que je donne ma première consultation; je vois des femmes et des enfants, j'en visite une vingtaine et donne mes soins à treize que je reconnais être effectivement malades.

Une femme porte une énorme tumeur du péritoine; une autre se prétend enceinte depuis de longs mois, disant que son enfant dort dans son sein. Je la fis revenir de son erreur 1.

Note 1: (retour) Il est à remarquer que cette croyance est très répandue chez les indigènes et que nombre de fois on est obligé de les dissuader. Cette croyance vient de ce que la loi musulmane, ne voulant pas que l'enfant d'une femme divorcée qui est devenue enceinte en dehors du mariage soit privé de père, attribue la paternité au dernier époux. C'est ce qu'on appelle le «Bou-Reqoud», enfant qui dort dans le sein de la mère.

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
39 s. 3 illüstrasyon
ISBN:
4064066075712
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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