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Kitabı oku: «Chronique de 1831 à 1862, Tome 3 (de 4)», sayfa 16

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1844

Vienne, 4 janvier 1844.– J'entre dans les paquets, les adieux, les mille petits arrangements qui précèdent un départ. Je quitterai Vienne fort satisfaite du séjour que j'y ai fait, et très reconnaissante de l'extrême bienveillance et obligeance que chacun m'y a témoignée.

Sagan, 24 janvier 1844.– Avant-hier, j'ai été à la chasse, en traîneau; on a tué deux cent quatre-vingts pièces de gibier. Hier, j'ai visité une très belle maison de détention centrale pour cette partie de la Silésie. Elle est dans Sagan même et occupe la maison qui était autrefois un couvent de Jésuites. C'est un bel établissement, chrétiennement dirigé par le baron de Stanger, veuf, qui dans sa douleur d'avoir perdu sa femme qu'il adorait, s'est voué, par sentiment religieux, à cette œuvre de régénération. L'ecclésiastique qui le seconde est un Juif baptisé, une espèce d'abbé de Ratisbonne, très zélé, tout en Dieu, une nature de missionnaire. Les résultats obtenus jusqu'à présent sont très consolants.

Ma vie ici est simple, tranquille, et je l'espère utile. Avec cela, de bonnes nouvelles de ceux auxquels je suis sincèrement attachée, et pas plus de misères physiques que ce que je puis supporter. Se sentir inutile, n'avoir aucun but sérieux, ou bien être paralysé par des souffrances physiques trop intenses, voilà les seules conditions dont il est permis, je crois, de se plaindre à Dieu. Je ne parle pas de la douleur de survivre à ceux qu'on aime tout à fait, car c'est là, avant tout, le sensible: expression admirable de Mme de Maintenon. D'ailleurs, dans l'emploi soutenu de l'activité appliquée au soulagement des autres, ou à l'avantage de sa famille, on trouve de puissantes consolations.

Berlin, 23 février 1844.– La secte des Piétistes, vrai fléau de la Prusse, fait ici plus de mal que n'en feraient des impies. Il est incontestable que la Prusse, comme tout le reste de l'Europe, est travaillée par des éléments révolutionnaires, et que la Silésie l'est, en particulier, par des agitations religieuses, résultant d'une population mixte; hostilité, rivalité que les Piétistes fomentent d'une façon bien peu chrétienne.

J'ai revu la Princesse Albert de Prusse, qui a meilleur visage depuis son voyage d'Italie. J'ai été surprise de son air aisé et gaillard dans une position d'autant plus difficile que la mort de son père lui a enlevé son plus ferme appui.

On me mande de Vienne que Mme de Flahaut se met à protéger les jeunes Hongrois qui font du train à la diète de Presbourg, qu'elle loue leurs discours d'opposition, qu'elle les encourage à venir la voir. A Vienne, on n'en est encore qu'à la surprise, mais cela n'en restera pas là. Vraiment, cette femme n'a pas une fibre diplomatique dans toute sa sèche organisation.

Berlin, 19 mars 1844.– Nous avons eu ici pour tous les Mecklembourg, Nassau et le Grand-Duc héréditaire de Russie, une petite recrudescence carnavalesque qui m'a fait veiller, étouffer, et dont je me sens un peu fatiguée. Le Duc de Nassau a la plus triste mine du monde, et je le crois, à tous égards, désagréable; il a l'air d'un chirurgien de régiment. La jeune Duchesse a une taille, des bras, un teint admirables, mais elle est rousse et a le gros visage bouffi d'un maillot. Elle est simple et très bonne personne. Le Grand-Duc héréditaire de Russie s'est fortifié sans s'embellir. La Princesse Auguste de Cambridge, qui a épousé le Prince héréditaire de Mecklembourg-Strelitz, est une parfaite représentation de ce que devait être, à son âge, sa tante, la Landgravine de Hesse-Hombourg. On prendra ici, dans quelques jours, le deuil du Roi de Suède, qui est décidément mort.

Berlin, 24 mars 1844.– Je savais ce que vous me mandez114 sur la justice que Charles X a toujours rendue à M. de Talleyrand, à l'occasion de la scène qui s'est passée entre eux dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789. Le Roi s'en était exprimé à la vieille duchesse de Luynes, et j'étais chez mon oncle lorsqu'elle est venue lui rapporter les paroles de Charles X. J'ai tellement cessé mes relations avec M. de Vitrolles, depuis 1830, que je ne saurais comment m'y prendre pour lui demander d'attester les faits relatifs à cette scène, et qu'il raconte comme les tenant de la bouche même de Charles X115.

Berlin, 30 mars 1844.– Je suis dans les audiences de congé, les préparatifs et les ennuis de mon départ. Je passerai la plus grande partie du mois d'avril à Sagan, j'en repartirai vers le 20 pour Paris, où je veux assister aux couches de ma fille. J'irai faire ensuite une course de quelques jours à Rochecotte, puis je reviendrai en Allemagne à la fin du mois de juin.

Passablement occupée ces derniers temps, j'ai dû laisser sans réponse plusieurs lettres. Les grandes distances permettent de ces grands partis que plus de voisinage rendrait difficiles. Feu M. de Talleyrand faisait, avec raison, le plus grand cas de ce système. Il me reprochait, comme un manque d'habileté, de tout relever, de répondre à tout, d'argumenter, de discuter sur tout, de ne pas assez glisser sur les difficultés, de trop m'apercevoir des indiscrétions et des exigences. Je lui répliquais que, dans sa position et à son âge, de certains silences, qui devenaient des avertissements ou des leçons, étaient acceptés, mais que j'étais encore trop jeune et pas assez indépendante pour me donner de telles habitudes. J'avais raison alors, mais comme la jeunesse est un défaut dont on se corrige chaque jour, malgré soi, je trouve, depuis quelque temps, le moment tout arrivé pour traiter comme non avenu ce qui me blesse ou m'impatiente.

Ici se trouve une interruption de trois années consécutives dans la Chronique. La duchesse de Talleyrand partit pour la France au mois d'avril 1844, afin d'y soigner la marquise de Castellane au moment de la naissance de son fils; elle ne fut pas contente de ce voyage, ayant trouvé des difficultés auprès des agnats français pour obtenir leur consentement à l'érection du fief de Sagan en faveur de son fils aîné. M. de Bacourt n'ayant pas approuvé non plus ce projet d'établissement en Allemagne, il en résulta un refroidissement dans la correspondance qui alimente cette Chronique. Celle-ci ne reprit vraiment qu'à la fin de 1847, après le don de Rochecotte à la marquise de Castellane, ainsi qu'à la mort de son gendre le marquis de Castellane, qui fit de nouveau accourir en France la duchesse de Talleyrand.

1847

Sagan, 12 décembre 1847.– Je suis charmée de savoir que votre nomination à l'ambassade de Turin est chose décidée, puisque cela vous convient116. On me mande, de Berlin, que l'Empereur Nicolas en veut à Paul Medem d'avoir quitté son poste sans congé, et qu'en conséquence il n'est pas traité comme il a le droit et l'habitude de l'être. Le comte de Nesselrode et ses nombreux amis ne s'épargnent pas pour dissiper ce nuage et on ne doute pas qu'ils n'y réussissent. A Berlin, on ne songe qu'à la Suisse, dont le passé fait honte, dont le présent inquiète, dont l'avenir menace, et notamment le midi de l'Allemagne117. M. Guizot, cependant, paraît aller courageusement de l'avant, avec ou sans l'Angleterre, et, à Berlin, on se montre très satisfait de sa franchise et de sa décision. Cette phrase me vient de haut lieu.

Sagan, 18 décembre 1847.– J'entends dire, de bonne source, que la fermentation des petits États, en Suisse, est extrême, surtout parmi les paysans, et que le poids des contributions dont on frappe les malheureuses victimes du Sonderbund les poussera probablement à un soulèvement en masse. Colloredo et Radowitz devaient quitter Vienne aujourd'hui, pour se rendre au Congrès qui doit traiter les affaires de la Suisse118.

J'ai eu, hier, la visite du prince et de la princesse Carolath. Je les avais vus à Londres, en 1830, où le prince Carolath avait été envoyé par le Roi de Prusse pour complimenter Guillaume IV à son avènement. Le prince Carolath est, par sa mère, cousin germain de la Reine douairière d'Angleterre119. La Princesse est née comtesse Pappenheim, elle est petite-fille du chancelier Hardenberg; sa mère, divorcée du comte Pappenheim, a épousé le prince Pückler-Muskau. Elle est très bonne, et très charitable pour les pauvres; elle fait des vers charmants, lit beaucoup, parle plusieurs langues.

Sagan, 24 décembre 1847.– Voilà l'Impératrice Marie-Louise morte, et cet événement qui, il y a un an, aurait été à peine remarqué, jette aujourd'hui une complication de plus dans le Nord de l'Italie, dont assurément ce terrain, miné de toutes parts, n'a pas besoin. On dit que les Parmesans tremblent de tomber sous le gouvernement de ce misérable Duc de Lucques, et que les esprits sont prêts à la révolte120. Le Grand-Duc de Toscane, débordé par le mouvement libéral, inquiète et mécontente la Cour de Vienne. On dit que le Saint-Siège est au même point que la Toscane. Il me paraît impossible que le Piémont ne participe pas à toute cette fermentation, et c'est là, de toute la botte, ce qui me préoccupe le plus. Il paraît qu'il y a beaucoup d'assassinats en Italie; je sais bien que les membres du Corps diplomatique sont moins exposés, mais les crimes près de soi, lors même qu'on n'en est pas l'objet, rendent la vie difficile et triste. A Vienne, on dit la société agitée, hargneuse, querelleuse, duelliste. Plusieurs motifs l'ont faite ainsi; d'abord et avant tout, la Diète singulièrement tumultueuse de la Hongrie, où la jeune noblesse libéralement sauvage s'exerce pendant la semaine pour revenir le samedi, de Presbourg, passer le dimanche à Vienne, et y vociférer dans le Casino-noble, en attendant qu'on établisse des clubs. Le parti anti-Metternich (je parle des conservateurs, dont une partie considérable lui est fort opposée) trouve la conduite de l'Autriche dans les affaires de Suisse déplorable121. On dit tout haut que le prince de Metternich s'est laissé jouer par lord Palmerston, et qu'il aurait dû faire, non pas des notes habiles, mais des démonstrations armées, que si l'esprit lui reste pour les premières, l'énergie lui manque pour les secondes. On m'assure donc que l'hiver sera difficile à Vienne, et que déjà il y a eu des scènes vives et désagréables. Il n'y a que Mme de Colloredo qui soit de bonne humeur, resplendissante des pierreries magnifiques que lui a données le nouvel époux, coiffée et ajustée avec jeunesse et coquetterie, en rose, avec des roses dans les cheveux, enfin quinze ans, fort indifférente aux moqueries dont elle sait être l'objet, et aidée à les bien supporter par les empressements du comte de Colloredo qui paraît amoureux et satisfait. Je répète les commérages viennois que mon beau-frère m'a apportés hier…

Sagan, 28 décembre 1847.– Je crains que l'Italie ne soit hérissée de difficultés intérieures et diplomatiques. On assure que le Duc de Lucques n'usera pas de ses droits sur Parme, et qu'il les abandonnera à son fils. Celui-ci a fait de telles sottises et de telles bévues en Angleterre, que la Reine Victoria a fait dire à l'Ambassadeur d'Autriche qu'Elle le priait d'engager le Prince de Lucques à quitter promptement l'Angleterre, sans quoi elle se verrait obligée à l'y engager directement. C'est bien triste pour Mlle de Rosny, sa femme122, qu'on dit charmante et distinguée.

M. de Radowitz est un homme d'esprit et d'instruction, fort infatué de lui-même et grand parleur, à la tête du parti catholique mystique en Prusse, et comme tel, fort avant dans les bonnes grâces et la confiance du Roi.

Barante m'écrit, de Paris, de façon à me confirmer que les relations entre la Russie et la France ne sont pas aussi près de se renouer qu'on le disait. Lui-même me paraît plutôt viser à la succession du duc de Broglie comme ambassadeur à Londres, qu'à celle de Bresson à Naples.

1848

Sagan, 4 janvier 1848.– Je suis tout à fait bouleversée de la mort de Madame Adélaïde123. C'est un malheur pour les pauvres, pour le Roi, pour mes enfants. C'est, pour moi, perdre la personne qui regrettait chaque jour M. de Talleyrand, que j'ai tant de motifs de pleurer constamment. Cette triste année 1847 a fini, ainsi, par un coup de foudre, et je comprends parfaitement que les amis particuliers du Roi commencent l'année 1848 sous de tristes augures. L'horizon politique me semble fort sombre. Je ne prétends pas que le tour du Nord ne viendra pas, mais, pour l'instant, c'est le Midi qui bien décidément est en fièvre chaude.

Sagan, 6 janvier 1848.– Il y a du vrai dans ce que Mme de Lieven dit de Humboldt. Je ne prétends pas qu'il soit absolument radical, mais il est fort avant dans le libéralisme, et à Berlin il passe pour pousser Mme la Princesse de Prusse dans la route qu'elle ne suit pas toujours avec assez de prudence. Du reste, Humboldt a trop d'esprit pour se compromettre et il reste dans une certaine mesure ostensible, mais au fond il est un dernier reste de ce que le dix-huitième siècle a renfermé d'éléments dissolvants.

Je connais assez le Roi Louis-Philippe pour être convaincue de son courage et de sa présence d'esprit; aussi, en voyant dans la gazette la soumission d'Abd-el-Kader, je me suis dit tout de suite que le Roi y trouverait un spécifique certain contre sa douleur124. Cependant son lien avec sa sœur était de telle sorte que ce n'est peut-être pas dans le premier moment qu'il sentira le plus cette perte, mais à mesure que la vie reprendra son cours accoutumé, et qu'aux heures qu'il passait chez elle, qu'aux occasions, sans cesse renaissantes, où il avait quelque chose à lui confier, elle ne sera plus là pour tout écouter, tout recevoir, tout partager; c'est alors que l'isolement se fera sentir et que la tristesse arrivera. La Reine est, sans doute, tout aussi fidèle, tout aussi dévouée, mais elle est en partie envahie par la maternité; puis, son esprit n'est pas dans les mêmes directions; elle n'est pas toujours dans ce Cabinet, à attendre chaque minute du plaisir royal; ses directions religieuses vont au delà de celles du Roi; bref, c'est beaucoup, mais ce n'est pas tout. Du reste, il vaut bien mieux que le Roi survive à sa sœur, que si cela avait été le contraire, car, j'en suis persuadée, Mademoiselle aurait été tuée du coup.

Sagan, 10 janvier 1848.– Si je n'ai plus de sécurité quand je me porte bien, il ne faut pas croire que j'aie une grande terreur de cette mort subite, dont à la vérité je ne prévois pas le moment, mais sur le fait de laquelle je n'ai aucun doute. Je n'ai pas envie de mourir, mais je n'ai pas plaisir à vivre. N'ai-je pas démesurément rempli ma vie? et toutes mes tâches ne sont-elles pas accomplies? Le reste ne me touche plus guère; ce n'est plus que du remplissage, cela ne vaut pas la peine des petits efforts journaliers que cela coûte. Pourtant, je ne me laisse pas aller à des idées noires; mon compte est fait, mon parti pris, je ne m'en attriste pas, et tant que je vivrai mon activité vivra en moi. Ce à quoi je ne pourrai jamais me résigner, c'est à me sentir inutile, et j'espère que Dieu me fera la grâce de me laisser, jusqu'au dernier moment, intelligente des besoins de ceux qui m'entourent. Si je n'aimais pas les pauvres, je me croirais bien plus misérable qu'eux; heureusement que je me sens chaque jour plus tendre pour eux et qu'ils me tiennent lieu de beaucoup.

Sagan, 12 janvier 1848.– On me mande qu'à la cérémonie de l'enterrement de Madame Adélaïde à Dreux, le Roi a été accablé et désolé. Je crains bien pour lui cette année 1848.

Il paraît que c'est le Duc de Montpensier qui est chargé du dépouillement des papiers particuliers de sa tante.

Sagan, 18 janvier 1848.– Je lis avec soin les débats des Chambres françaises; j'ai été enchantée des réponses nobles du Chancelier125, et fines de M. de Barante, à ce M. d'Alton-Shée qui pousse l'inconvenance par trop loin126. L'aspect général me paraît sombre, et je ne sache pas un point de l'horizon sur lequel jeter les yeux avec satisfaction.

Sagan, 20 janvier 1848.– J'ai lu attentivement les discours de l'Adresse à la Chambre des Pairs, et j'ai été ravie du discours clair, noble, du duc de Broglie; je l'ai été aux larmes par l'éclatant discours de M. de Montalembert sur les affaires de Suisse, si plein d'une sincère émotion, si habile, si riche, si abondant, et enfin mettant bel et bon cet abominable lord Palmerston en jeu127. Je ne sais pourquoi on est, partout encore, si plein de ménagements pour cet intermédiaire, qui est la véritable malédiction du siècle. Il me semble bien évident que M. Guizot, dans l'affaire de Suisse, s'est laissé duper par lui; à sa place, j'aurais été mieux inspirée, et je ne conçois pas qu'après de si nombreuses expériences, on puisse encore cesser de se méfier de lui128.

Sagan, 26 janvier.– C'est donc aujourd'hui que vous quittez Paris pour vous lancer dans une nouvelle phase de votre destinée129. Je voudrais que les dernières nouvelles que vous recevrez de Turin fussent satisfaisantes, mais c'est difficile à croire. L'important, c'est que la santé du Roi de Sardaigne se rétablisse et s'affermisse. Il paraît que c'est un Prince éclairé, habile, qui mesure bien les nécessités de l'époque, sans leur faire des concessions exagérées. Je lui souhaite, pour vous en particulier et l'Italie en général, une longue et glorieuse existence.

J'ai une longue lettre de ma fille Pauline, toute pleine de regrets sur votre prochain départ, elle le compte comme une rude épreuve de plus.

Il arrive la nouvelle de la mort du Roi de Danemark. Cela va jeter le Nord dans de nouvelles complications130. Il est dit que l'Europe n'échappera à aucune. Le Roi de Danemark était un Prince instruit, éclairé, et qui avait bon renom. J'ai eu l'honneur de le voir, et de connaître assez particulièrement la Reine, qui est une sainte131. Sa mère et la mienne étaient amies intimes, et j'ai retrouvé, dans les papiers de ma mère, des lettres de la Duchesse d'Augustenburg.

Sagan, 29 janvier 1848.– Nous avons eu ici un météore remarquable. Pendant vingt minutes, une colonne de feu a relié, pour ainsi dire, le ciel à la terre. Le soleil était pour l'œil au tiers du ciel, et de la partie inférieure de son disque partait cette colonne lumineuse qui semblait, à l'horizon, peser sur la terre132. C'était un beau et imposant spectacle. Il y a quelques siècles, les astrologues en auraient tiré force horoscopes. Je tire les miens des journaux, et, par conséquent, je n'ose espérer que cette colonne de feu nous annonce rien de bon.

Sagan, 10 février 1848.– Le 5 de ce mois, j'ai été bien agréablement surprise par l'arrivée du Prince-Évêque de Breslau133. Malgré la mauvaise saison et sa mauvaise santé, il a voulu me souhaiter ma fête, et, au jour de Sainte-Dorothée, dire lui-même la messe ici. Il était accompagné de plusieurs ecclésiastiques et des principaux seigneurs catholiques de la province. Le Prince-Évêque a porté ma santé, à dîner, en la faisant précéder d'un discours charmant, rappelant la signification du nom de Dorothée et des armes de Sagan134 qu'il a bien voulu nommer des armes parlantes; il tremblait d'émotion, et quelques gouttes du vin contenu dans le verre qu'il tenait se sont échappées, il a alors fini en me disant: «Quand le cœur parle, la main tremble.»

Le typhus qui ravage la Haute-Silésie menace de se montrer ici, où cependant nous espérons qu'il sera moins meurtrier que de l'autre côté de Breslau; l'excès de la misère et de la faim ayant été plus efficacement combattu ici que dans les autres parties de la province. En Haute-Silésie les ravages sont hideux; les médecins y ont succombé, et sans les Frères de la Charité que le Prince-Évêque y a expédiés, les secours seraient nuls. Il y a quatre mille orphelins qui errent à l'aventure. Mgr Diepenbrock, à l'exemple de Mgr de Quélen après les ravages du choléra en 1833, va leur ouvrir un lieu de refuge, auquel les catholiques de la province vont porter leur attention et leur zèle. Ce plan s'est élaboré ici.

Weimar, 18 février 1848.– Il y a ici fête sur fête, pour le jour de naissance de Mme la Grande-Duchesse régnante. Avant-hier, on a très bien exécuté un opéra qui fait grand bruit en Allemagne, Martha, par le compositeur Flotow. Le libretto et la musique sont fort agréables. Liszt dirigeait l'orchestre admirablement. Il est maître de chapelle de la cour de Weimar, avec un congé fixe de neuf mois de l'année. Il en a profité dernièrement pour aller à Constantinople et à Odessa, où il a fait beaucoup d'argent. Ce soir, il doit jouer en petit comité chez Mme la Grande-Duchesse, à la suite d'une lecture que doit faire le prince Pückler-Muskau sur son séjour chez Méhémed-Ali. Il y aura avant un petit dîner à la jeune Cour du Prince héréditaire. On tâche de maintenir ici le feu sacré des arts et de la littérature, qui, depuis soixante ans et plus, a fait surnommer Weimar l'Athènes de l'Allemagne. Mme la Grande-Duchesse, pour perpétuer la tradition, a consacré un certain nombre de salles du château au souvenir des poètes, philosophes et artistes qui ont illustré le pays; des peintures à fresques y rappellent les sujets divers de leurs œuvres; des bustes, portraits, vues de scènes historiques, de sites curieux, des meubles de différentes époques garnissent ces pièces. La fortune particulière de Mme la Grande-Duchesse est considérable; elle l'emploie très noblement à des établissements de charité et à l'ornement de ses résidences. La Cour de Weimar a été, depuis cent ans, remarquablement bien partagée en Princesses. La grand'mère du Grand-Duc actuel était la protectrice de Schiller, de Gœthe, de Wieland; c'est elle qui a fait fleurir, sous son aile protectrice, la littérature classique de l'Allemagne. Sa belle-fille, mère du présent Grand-Duc, a été la seule princesse d'Allemagne qui en ait imposé à Napoléon; elle a sauvé au Duc son époux sa souveraineté par son courage et sa fermeté. M. de Talleyrand racontait souvent, avec plaisir, les scènes où cette Princesse s'est trouvée en regard du conquérant. La belle-fille de la Grande-Duchesse actuelle, la princesse des Pays-Bas, a aussi de l'esprit, de l'instruction, un son de voix ravissant, un grand savoir-vivre et une simplicité qui ajoute un grand prix à ses mérites. Elle sera digne, tout l'annonce, de continuer la tradition des Princesses remarquables de la Cour de Weimar. On peut presque mettre Mme la Duchesse d'Orléans du nombre des Princesses de Weimar, puisque sa mère était sœur du Grand-Duc régnant.

Berlin, 28 février 1848.– Avant-hier, j'étais loin de penser tout ce que cet intervalle de quarante-huit heures amènerait de changements dans la face des choses. Le télégraphe a successivement, mais sans détails, apporté une série de faits dont aucun cependant n'avait préparé au coup de foudre de l'abdication de Louis-Philippe et de la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans135. Nous ne connaissons ni les motifs, ni les nécessités; nous ne savons ce qu'il faut rapporter à la prudence ou à la faiblesse; mais sans s'arrêter à l'historique de la chose, que nous apprendrons plus tard, le gros fait est assez écrasant pour jeter dans une consternation qui, ici, est générale, et qui, du premier au dernier, est égale chez tous. Les réflexions se pressent dans la pensée, elles sont les mêmes pour chacun; il n'y a pas deux manières d'envisager la question et ses résultats probables. Ils refléteront, non seulement sur tous les gouvernements, mais encore sur toutes les existences privées. Mme la Princesse de Prusse en est atterrée, par suite de la sympathie vive qui l'unit à sa cousine. Elle croit que ma présence peut l'aider à porter le poids de son anxiété, il s'ensuit que je passe bien des heures auprès d'elle à supputer tous ces horribles événements, et à nous désoler de l'obscurité qui règne encore sur la majeure partie de ce drame ou plutôt de cette tragédie. Ces tristes échos retentiront plus promptement et plus activement en Italie que partout ailleurs; le reste de l'Europe viendra après, car le répit qui lui est accordé pour le moment ne saurait être long. Le fait est qu'il est impossible de mesurer le coin d'Europe où on peut solidement compter sur un repos durable. L'Amérique même ne me paraît point à l'abri des dissolvants. C'est la condition générale du siècle, et il faut savoir la subir là où la Providence nous a naturellement placés. Je la bénis, cependant, d'avoir porté Pauline à quitter Paris le 23 février pour se rendre à la Délivrande136. Je blâmais cette course dans une saison si froide; je suis tentée maintenant d'y voir un fait providentiel. Les nerfs déjà si ébranlés de cette pauvre enfant auraient trop été éprouvés par l'aspect et le bruit de cette ville en tumulte.

La pauvre Madame Adélaïde est morte à temps et Dieu a récompensé sa tendresse fraternelle en lui évitant cette amère douleur! Et M. de Talleyrand! Je ne dis pas la même chose pour Mgr le Duc d'Orléans, qui, vivant, aurait donné une tout autre direction à ces terribles journées.

La Russie commence à se remuer beaucoup, mais il est vrai de dire que la santé de l'Empereur Nicolas est très mauvaise; il a une éruption à l'articulation des genoux qui lui rend difficile de marcher; de là, manque d'exercice, ce qui augmente l'état hépatique dont il est atteint, bref, on n'est pas sans anxiété.

Berlin, 2 mars 1848.– Depuis le 28 février, les plus effrayantes nouvelles se sont succédé d'heure en heure, avec une fâcheuse rapidité. Il en circule, aujourd'hui, qui semblent indiquer un mouvement contre-révolutionnaire à Paris; j'avoue que je n'y crois pas. Mes dernières nouvelles directes sont du 24, écrites pendant le quart d'heure qu'a duré la Régence de Mme la Duchesse d'Orléans. Il est arrivé quelques lettres de même date à Berlin, et le Moniteur du 25, rien de plus; le tout sans délais; aussi faut-il s'abstenir de juger les choses et les personnes qui ont figuré dans cette tragédie, jusqu'à ce que l'on connaisse l'enchaînement des faits qui a fait céder le Roi, et qui a comme paralysé son action et celle de sa famille. Le blâme et la critique se déversent déjà sur ces infortunés; je trouve qu'il serait mieux de suspendre tout jugement absolu. A la vérité, les apparences sont étranges, et l'on serait disposé à croire que M. Guizot et Mme la Duchesse d'Orléans ont seuls, chacun dans leur sphère d'action, été intrépides et fermes. Le courrier d'Angleterre, arrivé hier au soir, n'apportait aucune nouvelle sur Louis-Philippe et sa famille; on les disait tous à Londres, mais le fait est, qu'à cet égard, rien n'est officiel, rien n'est certain et qu'un vague extrême plane sur les individus. Le marquis de Dalmatie137 joue ici un rôle singulier. Il y a déjà trente-six heures qu'il renvoie ses gens, qu'il vend mobilier et diamants, qu'il crie misère, et qu'il va de porte en porte dire qu'il est un pauvre émigré, pestant contre le souverain qu'il représentait il y a six jours encore. Cela ne le place pas bien dans le monde. On trouve qu'aussi longtemps que Mme la Duchesse d'Orléans et le Comte de Paris sont sur le territoire français, il devrait conserver sa position extérieure et le langage qui s'y rattache; d'ailleurs, on sait fort bien que son père est très riche; de plus, on ne suppose pas qu'il y ait confiscation à moins d'émigrer réellement. Aussi, je ne donnerai pas à mes enfants le conseil d'émigrer, me souvenant de tout ce que M. de Talleyrand disait contre.

On peut penser facilement dans quelles agitations on est ici sur les conséquences européennes des journées de février. Le Ministre de Belgique, M. de Nothomb, me disait hier qu'un mouvement prononcé anti-français se manifestait en Belgique. M. de Radowitz est parti cette nuit pour Vienne, le Prince Guillaume, oncle du Roi, pour Mayence138

Une dépêche télégraphique qui arrive à l'instant annonce officiellement l'arrivée de Mme la Duchesse d'Orléans et de ses deux enfants à Deutz, faubourg de Cologne139. Le pays de Bade commence à remuer, on est inquiet de ce qui peut se passer. On dit aussi qu'il y a des troubles à Cassel140. Que Dieu ait pitié de ce pauvre vieux monde, et en particulier de ceux qui me sont chers!

Berlin, 14 mars 1848.– Tout, entre le Rhin et l'Elbe, est en commotion; aujourd'hui même, ici, les troupes sont consignées, et l'on s'attend à quelques émotions populaires. Si le Roi avait voulu convoquer la Diète il y a quelques jours, il y aurait eu bien des difficultés de moins. La meilleure chance, pour ici, est d'entrer franchement et promptement dans la forme constitutionnelle; si on tarde, si on hésite, si on finasse, on aura des crises incalculables. Tant il y a qu'on est ici dans une semaine bien critique. Les bourgmestres des grandes villes sont arrivés avec des pétitions qui effraient; la révolution est plus ou moins avérée partout; dire ce qu'on fera, ce qu'on pourra faire est impossible. En attendant, la misère et le typhus augmentent.

Mme la Duchesse d'Orléans est à Ems avec ses enfants, sous le nom de marquise de Mornay. Elle veut garder un incognito complet, ce qui fait que ses affidés nient le fait de sa présence à Ems; il est cependant certain, j'ai vu des personnes qui lui ont parlé.

Sagan, 24 mars 1848.– De graves événements se sont passés à Berlin. On a perdu un temps précieux, on a hésité, pris de mauvaise grâce des demi-mesures; tout ensuite est arrivé par peur, après deux journées (18 et 19 mars) dont je n'oublierai jamais l'horreur. Des symptômes de grande effervescence, provenant de Breslau, ont gagné la Silésie. Ici, on s'est rué contre l'Hôtel de ville et la garnison; jusqu'à présent, le Château a été épargné, mes employés ont cru que ma présence pourrait être un calmant utile et je suis accourue. Je n'ai pas jusqu'ici à le regretter; cependant, comme le voisinage toujours plus rapproché des Russes jette une aigreur extrême dans les esprits, mon beau-frère ne croit pas que je puisse me prolonger ici; il me renvoie à Berlin, où tout cependant n'est pas encore en équilibre. Il veut rester à Sagan, tenir tête à l'orage et sauver ce que l'on pourra. En attendant, la crise financière est à son comble; on n'a plus le sou, personne ne paye, les banqueroutes éclatent de toutes parts; agitation, terreur, tout est là. C'est la boîte à Pandore qui s'est ouverte sur l'Europe. J'apprends à l'instant que le Grand-Duché de Posen est en feu, et comme mes terres y touchent, j'en reçois des nouvelles alarmantes. A la grâce de Dieu! Je suis parfaitement calme, parfaitement résignée, parfaitement résolue à baisser la tête sans murmurer, devant les décrets de la Providence. Je ne demande au Ciel que la vie et la santé de ceux que j'aime. Les secousses de Vienne m'ont abasourdie. On marche d'abîme en abîme141.

114.Extrait d'une lettre.
115.Les Mémoires du prince de Talleyrand contiennent le récit de cette scène à laquelle la Chronique fait allusion. Le lecteur trouvera, aux Pièces justificatives de ce volume, cette relation, dont la véracité est attestée par M. de Vitrolles lui-même, telle qu'elle se trouve dans l'Appendice du deuxième volume des Mémoires de M. de Talleyrand.
116.Extrait d'une lettre à M. de Bacourt.
117.Après la chute de l'Empire, le comté de Neuchâtel, qui avait appartenu à la Prusse depuis Frédéric II, entra dans la Confédération suisse, dont il forma le vingt et unième canton, tout en restant sous la suzeraineté de la Prusse. Cette double position amena une série de conflits et de troubles. En 1847, Neuchâtel ayant refusé de prendre part à la guerre contre le Sonderbund, fut condamné à payer à la Confédération une indemnité de près d'un demi-million.
118.Des tentatives anti-libérales s'étaient succédé en 1839-1840, dans les cantons suisses du Tessin, de l'Argovie, du Valais et de Vaud. Le Grand-Conseil décréta la suppression des couvents. Les cantons catholiques protestèrent et formèrent entre eux une ligue, appelée Sonderbund, pour la défense de leurs droits. Le parti radical vit là une violation de la Constitution et déclara la guerre au Sonderbund, qui fut vaincu dans une bataille acharnée, livrée sur les frontières du canton de Lucerne.
119.La mère du prince Henri Carolath-Beuthen était née duchesse Amélie de Saxe-Meiningen, et était la tante de la Reine Adélaïde d'Angleterre.
120.A la mort de l'Impératrice Marie-Louise, en vertu de l'arrangement pris à Paris en 1817, Charles-Louis de Bourbon, duc de Lucques, prit possession des duchés de Parme et de Plaisance; celui de Guastalla passa au duc de Modène, et il céda le duché de Lucques au grand-duc de Toscane. En 1848 d'ailleurs, le nouveau duc de Parme abdiqua en faveur de son fils Charles III, qui avait épousé Mademoiselle, fille du duc de Berry.
121.Pendant tout le temps que dura la lutte en Suisse, les Puissances n'avaient cessé d'envoyer des sommations au parti radical. La France, surtout, menaçait d'intervenir par les armes, mais les événements de 1848 écartèrent toute intervention.
122.Mademoiselle, fille du Duc de Berry.
123.Madame Adélaïde était morte presque subitement le 31 décembre 1847.
124.Malgré la victoire du général Bugeaud à Isly, Abd-el-Kader avait trouvé dans l'énergie de son caractère la force de lutter encore en Algérie; mais après avoir vu périr dans une dernière affaire ses plus dévoués partisans, il dut se rendre en 1847 au général de Lamoricière. Abd-el-Kader fut détenu prisonnier en France jusqu'à la proclamation de l'Empire. Après que Napoléon III lui eut rendu la liberté, il vécut en Syrie, en ami fidèle et dévoué de la France.
125.Le duc Pasquier.
126.Dans la séance du 10 janvier à la Chambre des Pairs, M. de Barante, rapporteur de la Commission, avait donné lecture du projet d'Adresse en réponse au discours du Trône. Ce projet fut vivement attaqué par le comte d'Alton-Shée, qui, des rangs du parti dynastique, s'était jeté tout à coup dans l'opposition, dès le début de l'agitation réformiste précédant la Révolution de février 1848. N'hésitant pas à manifester à la tribune même de la Chambre haute des opinions nettement révolutionnaires, le comte d'Alton-Shée lança, dans cette séance, toutes les foudres de son éloquence contre la politique extérieure de M. Guizot, entassant les unes sur les autres, sans aucun ménagement, les questions portugaise, suisse et italienne.
127.Dans la séance du 14 janvier, la Chambre des Pairs ayant repris la suite de la délibération sur le septième paragraphe de l'Adresse relatif à la Suisse, M. de Montalembert y obtint un de ses plus beaux triomphes oratoires en flétrissant, dans les termes les plus nobles, les nombreuses iniquités et les abus barbares de la tyrannie révolutionnaire dont la Suisse donnait le douloureux et amer spectacle.
128.La politique de lord Palmerston, qui, depuis 1846, avait repris la direction des Affaires étrangères, avait de nouveau un caractère révolutionnaire. On le vit, notamment, dans l'affaire du Sonderbund, soutenir Ochsenbein et Dufour contre les Puissances catholiques. Il joua M. Guizot, qui négociait encore afin de susciter une intervention armée avec la Prusse et l'Autriche, et de contrarier la politique anglaise, alors que la soumission des sept Cantons était déjà un fait accompli.
129.Extrait d'une lettre adressée à M. de Bacourt qui venait d'être nommé Ministre de France à Turin.
130.Le Roi Christian VIII de Danemark, qui s'était trouvé subitement malade le 6 janvier 1848, mourut le 20 du même mois. Son fils, issu d'un premier mariage, Frédéric VII, lui succéda.
131.Née princesse de Schleswig-Holstein.
132.Le même météore avait été vu en France, quelques jours auparavant, au-dessus de Doullens. Une gerbe de rayons lumineux s'était étendue horizontalement du Nord au Sud, avec une légère détonation, semblable à celle que produirait une fusée artificielle.
133.Le Cardinal Diepenbrock.
134.Les armes de Sagan forment ange sur fond d'or.
135.Le Roi Louis-Philippe, qui s'était décidé trop tard à la réforme électorale et à la retraite de ses Ministres, fut surpris par le massacre du boulevard des Capucines, le 23 février. Le 24, tout Paris était debout, la révolution était triomphante, le Roi se résigna à abdiquer. Il quitta les Tuileries et se réfugia d'abord au château d'Eu, emportant avec lui l'illusion que son petit-fils, le Comte de Paris, pourrait lui succéder; mais, le 25, il apprit la proclamation de la République et fut forcé de s'expatrier en Angleterre.
136.La marquise de Castellane s'était rendue, avec ses enfants, à la Délivrande, village près de Caen, qui doit son origine à un célèbre pèlerinage de la Sainte Vierge. Mgr de Quélen y avait adressé d'ardentes prières pour obtenir à M. de Talleyrand de finir chrétiennement.
137.Le marquis de Dalmatie était alors Ministre de France à Berlin.
138.M. de Radowitz fut alors envoyé à Vienne, pour tâcher d'amener une entente d'attitude entre les deux Cours, afin de faire front à l'orage révolutionnaire qui semblait déjà gronder. Le Prince Guillaume, gouverneur de Mayence depuis 1844, vu les événements, regagnait son poste.
139.Dans la confusion de la malheureuse journée du 24 février à Paris, où chacun avait fui comme il pouvait, la Duchesse d'Orléans et ses deux fils, échappés au péril qu'ils avaient couru à la Chambre des députés, étaient allés se réfugier, avec M. Jules de Lasteyrie, à l'Hôtel des Invalides, qu'ils quittèrent secrètement pendant la nuit. De Paris à Aix-la-Chapelle, la Princesse voyagea dans une voiture publique, accompagnée par le marquis de Montesquiou et M. de Mornay. Elle prit ensuite le chemin de fer jusqu'à Cologne, et, après avoir passé la nuit à Deutz, elle se rendit à Ems et demanda asile au Grand-Duc de Weimar, qui mit le château de Eisnach à sa disposition. Ce ne fut qu'en juin 1849 qu'elle alla en Angleterre visiter la Famille Royale, à Saint-Léonard, près d'Hastings, où le Roi et la Reine étaient venus pour tâcher de rétablir leur santé.
140.L'ancienne Franconie, c'est-à-dire une partie de Bade, du Würtemberg et de la Hesse, était alors le théâtre d'une espèce de Jacquerie. De déplorables excès étaient commis par les paysans soulevés en masse; des châteaux furent brûlés et saccagés, plusieurs propriétaires périrent ou furent maltraités d'une manière barbare. Le 10 mars, sous le prétexte du mécontentement éprouvé par la nomination de nouveaux Ministres, des troubles sérieux éclatèrent à Cassel; l'Arsenal fut pris d'assaut, les armes enlevées; on se battit contre la troupe; les Gardes du corps firent retraite, mais la populace maintint les barricades jusqu'à ce que le régiment fût licencié et les officiers mis en accusation.
141.Le 13 mars, une insurrection formidable avait éclaté à Vienne, la population s'était soulevée en masse. Les chemins de fer furent brisés et l'air retentissait des cris: «La Constitution et la liberté de la presse!»
Yaş sınırı:
12+
Litres'teki yayın tarihi:
30 kasım 2017
Hacim:
470 s. 1 illüstrasyon
Telif hakkı:
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