Kitabı oku: «Les Carmélites de France et le cardinal de Bérulle»
Église catholique, Michel Houssaye, Louis-Édouard Pie
Les Carmélites de France et le cardinal de Bérulle

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066319144
Table des matières
AVANT-PROPOS.
PREMIÈRE PARTIE.
DEUXIÈME PARTIE.
I
II
III
IV
TROISIÈME PARTIE.
§ I er .
§ II.
§ III.
CONCLUSION.
LETTRE PASTORALE DE M GR L’ÉVÊQUE DE POITIERS
PIÈCES JUSTIFICATIVES
N° I.
N° II.
N° III.
N° IV.

AVANT-PROPOS.
Table des matières
Depuis un an, le cardinal de Bérulle compte deux ennemis de plus. L’homme auquel les Souverains Pontifes accordèrent toute leur confiance, et qu’ils honorèrent de la pourpre romaine; que François de Sales et Vincent de Paul, M. Boudon et le P. Surin, la Bienheureuse Marie de l’Incarnation et la Vénérable Madeleine de Saint-Joseph vénéraient comme un Sainte, ne semble digne de tant de respect ni à la Révérende Mère Prieure des Carmélites de Meaux, ni à M. l’abbé Gramidon . Avec certains ménagements de parole, une ironie couverte, des habiletés propres à tromper le lecteur, les deux nouveaux écrivains (M. Gramidon surtout) travaillent, d’un cœur léger, à ruiner une grande mémoire. Quel mal M. de Bérulle a-t-il fait à la vénérable Société de Saint-Sulpice, pour que M. Gramidon, qui appartient à cette Compagnie, se jette avec tant d’ardeur dans la mêlée? Aucun, que je sache. Mais M. Gramidon se fait ici l’avocat d’une cause qui n’est pas la sienne, celle de la Révérende Mère Élisabeth de la Croix, prieure de Meaux. Son livre n’est point une histoire, c’est un plaidoyer. Tel est le jugement que vient d’en porter Mgr l’évêque de Poitiers: «Le but avoué de
» ce livre», dit-il dans une lettre adressée aux Religieuses carmélites de son diocèse, «est de persuader au monde,
» et d’abord à vous toutes, mes filles, que votre situation
» en France n’a pas cessé d’être irrégulière et qu’elle
» l’est aujourd’hui plus que jamais, que vous n’avez
» point l’esprit de sainte Thérèse, et que vos devancières
» dans la Religion ne l’ont pas eu non plus, ni pu
» l’avoir, attendu qu’elles n’ont jamais été gouvernées
» par les Carmes, seuls dépositaires de cet esprit, que,
» par suite, votre devoir comme votre intérêt est de
» quitter votre observance pour vous réunir à l’Ordre
» dont vous êtes séparées, et devenir enfin, par là, filles
» de sainte Thérèse .»
Dans quelles circonstances se sont produites contre le Carmel de France les attaques dont parle Mgr l’évêque de Poitiers? Quel en est le but, quel en est le prétexte? Voilà ce que tout lecteur initié — fort inexactement, du reste, — par M. l’abbé Gramidon au secret de ces luttes domestiques, se demande avec étonnement, peut-être avec scandale. Je me vois donc contraint de raconter ici en deux mots cette triste histoire.
Les Carmélites de la réforme de Sainte-Thérèse sont, comme l’on sait, divisées en trois Congrégations, celle d’Espagne, celle d’Italie ou de Saint-Élie, et celle de France. Toutes trois ont, avec la même règle, leurs constitutions propres, et quelques usages particuliers.
Les Carmélites d’Espagne et celles de la Congrégation de Saint-Élie sont gouvernées par les Carmes. Les Carmélites de France ont un gouvernement qui a été réglé par les Souverains Pontifes eux-mêmes. Leur situation est donc parfaitement légitime. Elles étaient dans cette possession depuis deux cent soixante-dix ans, lorsque fut fondé à Meaux un nouveau monastère. La Révérende Mère Élisabeth de la Croix voulant demander à Rome l’érection canonique de cette maison, crut, d’après le conseil de «personnages éminents, qu’elle n’obtien-
» drait ni l’érection canonique, ni aucune espèce de
» privilége, si elle ne se présentait pas avec les règles,
» constitution, liturgie et cérémonial en usage dans la
» Congrégation de Saint-Élie à Rome.» Elle rédigea sa
supplique dans ce sens, et le Saint-Père daigna accéder a sa demande. Jusque-là, rien qui ne soit parfaitemeut conforme aux règles.
Mais la joie la plus légitime doit avoir ses limites; celle de la Mère Élisabeth les dépassa. Par une circulaire datée du 16 mai 1868, elle annonça à tout le Carmel la faveur qui lui était accordée, le bonheur qu’elle venait d’éprouver en renouvelant ses vœux, selon la règle et la formule primitives; et elle ajoutait ces paroles: «Nous
» bénissons Dieu de nous avoir aussi, par cette grâce, fait
» filles de l’Église, reconnues par elle, et nous osons le
» dire, par notre séraphique Mère sainte Thérèse de
» Jésus, qui l’aimait tant, qu’à sa mort son cri d’amour
» fut: Enfin, je meurs fille de l’Église! Ainsi, rattachées
» au principe de l’unité du corps mystique de Notre-
» Seigneur et de notre saint Ordre, nous avons la satis-
» faction d’être maintenues, comme de droit, sous la
» juridiction de l’Ordinaire.»
A la réception de cette circulaire, l’étonnement fut grand dans le Carmel. Depuis deux cent soixante-dix ans, les Carmélites de France n’avaient donc point fait de vœux selon la règle et la formule primitives, elles n’étaient «point rattachées au principe de l’unité du
» corps mystique de Jésus-Christ et du saint Ordre du
» Carmel: elles n’étaient ni filles de sainte Thérèse, ni
» même filles de l’Église, du moins elles n’étaient point
» reconnues par elle!»
La prieure du monastère de l’Incarnation répondit aussitôt à cette étrange lettre; elle le fit avec autant de modération que de sens et de clarté. Nouvelle circulaire de Meaux, et fort peu respectueuse pour les supérieurs, en date du 20 septembre 1868.
Cette même année pourtant, le Carmel de France, si dédaigneusement traité par la Révérende Mère Prieure de Meaux, voyait le Propre des Carmélites et leur Manuel imprimés à Poitiers, autorisés parla sacrée Congrégation des rites, non-seulement pour les monastères de ce diocèse, mais pour tous ceux de France qui solliciteraient cette grâce de leurs évêques, autorisés à la leur accorder. Bientôt le Saint-Siége faisait plus encore. Par un bref du 23 mars 1869, il accordait à tous les monastères de France, sans distinction ni condition, la participation aux priviléges attachés aux vœux solennels . C’était détruire jusqu’au prétexte de cette déplorable agitation, et l’on devait espérer que la Révérende Mère Élisabeth de la Croix jugerait enfin opportun de déposer les armes. Elle n’en fit rien. Dans une lettre en date du 14 novembre 1869, non contente de représenter comme des grâces particulières au monastère de Poitiers les dernières faveurs accordées par le Saint-Siége à tout le Carmel de France, elle organisait la lutte. Aux lettres, aux mémoires, aux voyages à Rome succédèrent bientôt les nouvelles éditions, puis les notes envoyées aux évêques, puis les copies passées à M. Gramidon. M. Gramidon, peu au courant de ces choses, a cru ce qu’on lui disait, et il vient maintenant affirmer avec une autorité singulière qu’il n’y a de salut pour le Carmel de France que dans le changement d’observance dont le monastère de Meaux a donné l’exemple.
Il faut lire, dans la lettre éloquente de Mgr Pie, la réfutation victorieuse des prétentions de la Mère Élisabeth de la Croix et de M. Gramidon. Mais, pour arriver à démontrer que les Carmélites de France n’ont à peu près du Carmel que le nom, il était nécessaire de donner à cette thèse une base historique en prouvant que leur origine avait été viciée et que le P. de Bérulle, principal auteur de leur établissement en France, avait forfait à sa mission. C’est ce que se sont efforcés de faire les deux écrivains et ce qui explique leur animosité, celle de l’auteur des Notes en particulier, contre le visiteur des Carmélites. «Il ne nous ap-
«partient pas», continue Mgr de Poitiers, parlant de M. Gramidon, «d’apprécier ici l’historique tracé
» par lui de l’établissement des Carmélites en France,
» non plus que les jugements sur les personnes qui
» y ont concouru. Nous aurions à ce sujet plus d’une
» erreur à relever, plus d’une lacune à combler, et
» toutes sortes d’observations à faire. On ne manquera
» sans doute pas de répondre à plusieurs de ces allé-
» gations dans des livres où ces sortes de débats peuvent
» être à leur place. L’attaque nouvelle rend cette dé-
» fense légitime ou plutôt nécessaire.»
Cette défense légitime et nécessaire, je l’entreprends aujourd’hui.
Je dirai d’abord quelques mots des sources auxquelles a puisé M. Gramidon. J’examinerai ensuite ses procédés de discussion. J’arriverai enfin à sa thèse elle-même; elle peut se formuler ainsi: démontrer comment le cardinal de Bérulle a déformé le Carmel, que la Révérende Mère Élisabeth de la Croix est appelée à réformer.
PREMIÈRE PARTIE.
Table des matières
LES SOURCES.
M. l’abbé Gramidon fait une fort longue énumération des sources auxquelles il a puisé. Il me permettra de ne pas la prendre complétement au sérieux. A vrai dire, il n’a guère étudié que deux ouvrages: l’un, pour le combattre: c’est celui dont je suis l’auteur infortuné ; l’autre, pour le défendre et l’exalter: c’est celui dont la Révérende Mère Prieure de Meaux est l’heureux éditeur. Tout le reste lui a été fourni de seconde main. Il ne semble même connaître que par des extraits le livre du P. Louis de Sainte-Thérèse, dont la Mère Élisabeth, ainsi que je vais le dire, avait discrètement caché le nom, et dont il ne transcrit le titre que d’une manière incomplète et inexacte. Je crois donc nécessaire de donner au lecteur quelques renseignements sur cette nouvelle édition de la Vie de saint Jean de la Croix, afin qu’il puisse apprécier à leur valeur les documents sur lesquels s’appuie M. Gramidon.
En 1727, le P. Dosithée de Saint-Alexis, Carme déchaussé, publia une fort bonne vie de saint Jean de la Croix, suivie d’une «Histoire abrégée de ce qui s’est passé de plus considérable dans la Réforme du Carmel .» Dans cette histoire (livre X, chap. IX-XVI), le P. Dosithée raconte l’établissement du Carmel en France, et rend hommage, chemin faisant, aux vertus des Carmélites de France et à celles du P. de Bérulle.
Que fait la Révérende Prieure de Meaux? Elle copie scrupuleusement le P. Dosithée jusqu’au chap. xv, p. 313, où elle commence à insérer de nouveaux documents, sans prévenir que ce n’est plus le P. Dosithée qui parle, et elle omet toute la fin de ce chapitre, qui a bien sa valeur. Après avoir fait allusion aux troubles de l’Ordre et à la décision du Saint-Siége, d’après laquelle les Carmélites en France devaient demeurer exemptes de la juridiction des Carmes déchaussés, et celles qui voudraient être sous l’Ordre devaient passer en Flandre, le P. Dosithée ajoute: «Les choses sont restées de la sorte
«jusqu’à présent, et quoique les Carmélites de France
» aient introduit certains changements dans leur ma-
» nière de vivre, comme par exemple à l’égard du nom-
» bre de Religieuses dans chaque monastère qui ne
» devroit jamais excéder celui de vingt et un, on doit
» leur rendre ce témoignage qu’elles ont toujours con-
» servé jusqu’à présent le véritable esprit de sainte
» Thérèse ce qui les fait admirer de tout le monde, qui
» est tous les jours de plus en plus édifié de la ferveur
» avec laquelle elles tendent à la perfection de leur
» état.» Tel n’est pas l’avis de la Mère Prieure de
Meaux, comme le prouvent ses circulaires nombreuses. Aussi a-t-elle supprimé tout ce passage. En d’autres termes, la Révérende Mère Élisabeth de la Croix ne publie la vie de saint Jean de la Croix, par le P. Dosithée de Saint-Alexis, que pour y insérer des documents qui n’ont nul rapport à saint Jean de la Croix, qui ne sont pas dus à la plume du P. Dosithée, et qui sont absolument contraires à son esprit.
Il est bien vrai que, dans un court avertissement placé en tête du troisième volume, la Mère Prieure de Meaux écrit ces paroles: (Ceux qui aiment le Carmel)
«liront avec joie les documents historiques, si rares et
» si précieux, que nous avons la consolation de sauver
» de l’oubli, et qui remettront la vérité dans tout son
» éclat et son vrai jour.» Mais ces documents, où en commence, où en finit l’insertion? Quel est leur auteur? Quelle est leur valeur? Voilà ce qu’oublie de dire la Prieure de Meaux, omission d’autant plus singulière que, dans l’avertissement du premier volume, elle nomme un autre auteur auquel elle compte faire des emprunts en ce qui concerne la vie de saint Jean de la Croix, le P. Pierre de Saint-André.
Je vais tâcher de réparer l’omission de la Mère Élisabeth de la Croix. «Les documents si rares et si précieux» qu’elle publie, se trouvent tout au long dans un volume in-folio de 184 pages, divisé en trois sections et soixante-trois chapitres. Il a pour titre: Abrégé de l’establissement des Carmélites de France . Cet abrégé est la suite d’un autre ouvrage du même format et publié à Paris, chez Angot, en 1665, sous le titre d’Annales des Carmes déchaussés de France et des Carmélites qui sont sous le gouvernement de l’Ordre. L’auteur est le P. Louis de Sainte-Thérèse, Carme déchaussé, visiteur général.
L’Abrégé de l’establissement se termine brusquement, pour un motif que la Révérende Mère Prieure de Meaux ne nous donne pas, mais que nous apprend le P. Lelong: «Cet abrégé n’a pas été entièrement imprimé »,
dit-il, «parce que le supérieur de l’auteur ne voulut
» rien avoir à démêler avec les Carmélites de France.»
Le document si rare, que la Révérende Mère Prieure de Meaux se fait une joie d’offrir aux amis du Carmel, est donc un ouvrage qu’en plein dix-septième siècle le général des Carmes, soucieux de garder la paix, faisait défense à un de ses Religieux de publier.
Si du moins, puisqu’elle tient «à sauver de l’oubli» le travail du P. Louis de Sainte-Thérèse, la Mère Elisabeth le publiait intégralement! Malheureusement elle traite le P. Louis de Sainte-Thérèse comme le P. Dosithée de Saint-Alexis, elle n’y prend que ce qui lui plaît.
C’est ainsi qu’après avoir poussé le scrupule de la fidélité jusqu’à copier les éloges décernés par le P. Louis au fameux Palafox, et qui ne seront certainement pas ratifiés par le R. P. Bouix, la Mère Prieure de Meaux fait des suppressions de nature à égarer complétement le jugement du lecteur.
L’ouvrage du P. Louis de Sainte-Thérèse est en effet divisé, comme je l’ai déjà dit, en trois sections. La troisième contient les chapitres suivants:
CHAPITRE LIX. Des visiteurs desdites Religieuses.
CHAP. LX. Urbain VIII rétablit le visiteur triennal et en adjoint un deuxième.
CHAP. LXI. Des trois supérieurs des Carmélites de France establis par Clément VIII.
CHAP. LXII. Diversité de manuels et de constitutions parmy les Carmélites de France.
CHAP. LXIII. Règlements faits pour les Carmélites de France par leurs supérieurs et Souverains Pontifes.
De ces chapitres, la Révérende Mère Prieure de Meaux ne cite rien. Ce ne sont plus des documents rares et précieux. Pourquoi? Parce que le seul énoncé de ces chapitres prouverait combien sont légitimes l’existence et le gouvernement du Carmel de France, que les Souverains Pontifes ont réglé et surveillé avec tant de soin.
Telles sont les pièces que la Révérende Mère a eu la consolation de sauver de l’oubli. On voit quel fonds un lecteur sérieux peut faire sur des documents dont on ne donne ni la source, ni l’auteur, ni la totalité. Ces documents, je ne les discute pas en eux-mêmes. On peut voir ailleurs quelle importance il convient d’y attacher. Je vais du reste y revenir en parlant du volume de M. Gramidon.
DEUXIÈME PARTIE.
Table des matières
LES PROCÉDÉS.
«Dieu préserve la Compagnie de Saint-Sulpice de
» voir ses traditions domestiques et tout son passé sou-
» mis aux investigations d’une procédure marquée au
» coin de celle qui s’étale dans plusieurs chapitres dont
» la lecture ne nous a pas causé moins de surprise que
» de tristesse .»
C’est de cette procédure si sévèrement jugée par Mgr l’évêque de Poitiers, que je dois m’occuper d’abord. Il importe de signaler au lecteur les insinuations, les confusions, les suppressions arbitraires, le constant parti pris de M. Gramidon.
I
Table des matières
Les insinuations. On en trouve à chaque page. M. Gramidon sent bien qu’il ne pourrait dire franchement tout ce qu’il pense de M. de Bérulle, sans s’exposer à voir nombre de lecteurs fermer aussitôt le livre. Pour les retenir, il se contente d’insinuer. Veut-on des exemples? Citons d’abord le petit portrait que M. Gramidon trace de M. de Bérulle. C’est le chef-d’œuvre du genre. Rien de plus inoffensif en apparence. Tout y est si habilement ménagé ! Mais l’impression qu’on en retire, — et elle est voulue du peintre, — c’est que les éloges décernés à l’enfance de M. de Bérulle sont de pieuses imaginations; qu’en définitive ce fut un jeune homme qu’aucun Ordre religieux ne consentit à recevoir; qui était incapable, — probablement faute de jugement, — de rien comprendre à l’étude du droit, et se montrait déjà fort enclin à la dissimulation. Après avoir raconté comment, pour légitimer ses fréquentes visites à mademoiselle Dabra de Raconis, qu’il travaillait à convertir, M. de Bérulle se faisait passer pour son parent: «L’impression
» qu’on éprouve en voyant ce pieux jeune homme re-
» courir à cette feinte», conclut suavement M. Gramidon, «ne doit pas faire oublier qu’il ne s’y portait que
» par un motif de zèle .»
Quelle indulgence! Le trait final est tellement dans la manière du peintre, qu’achevant plus loin le portrait de M. de Bérulle, et cette fois d’un pinceau moins caressant, après avoir rappelé ses habiletés, ses réticences, ses paroles violentes, ses abstentions calculées, ses plaintes amères, il ne peut se décider à finir sans avoir parlé des intentions toujours bonnes du visiteur des Carmélites . Vraiment le miel abonde dans ce livre,
Et jusqu’à Je vous hais, tout s’y dit tendrement.
Malgré ses intentions toujours bonnes, M. de Bérulle avait encore un autre défaut, et M. Gramidon n’aurait garde de l’oublier. Il était gallican, et même janséniste. Je ne puis avoir la prétention de convaincre M. Gramidon du contraire. Après l’échec de mon premier volume, qu’augurer du second? Mais ce qu’il faut examiner ici, c’est la forme que revêt l’accusation. A propos d’une citation de Tabaraud : «Il est triste de voir les jansé-
» nistes entourer toujours de leur faveur compromettante
» M. de Bérulle et le grand couvent», remarque l’auteur des Notes. Dans sa préoccupation, il oublie que du vivant de M. de Bérulle, le grand couvent était gouverné soit par la Mère Madeleine de Saint-Joseph, soit par des Religieuses remplies du même esprit qu’elle. Pour insinuer que M. de Bérulle est janséniste, M. Gramidon en est donc réduit à insinuer que la Mère Madeleine de Saint-Joseph l’était aussi: la Mère Madeleine, dont la cause de béatification se poursuit à Rome! Ici l’habileté se prend dans ses propres filets.
Mais, si émoussée que soit l’arme, elle ne laisse pas que de pouvoir faire des blessures. M. Gramidon le sait. Aussi, pour mettre hors de combat ceux qui ne reconnaissent pas la nouvelle réformatrice du Carmel, ne manque-t-il pas d’insinuer que si on ne suit pas le mouvement imprimé par Meaux, on se montre vraiment par trop fidèle «à cette école de libertés séparées et de
» doctrines séparées qui déjà (du temps de M. de Bérulle)
» jetait dans les esprits le germe des divisions funestes
» dont l’Église de France a si longtemps souffert» Les Carmes autrefois accusaient le nonce Bentivoglio, coupable de soutenir M. de Bérulle, d’être un gallican; le même reproche se reproduit de nos jours. M. Gramidon, il est vrai, n’emploie pas un si gros mot. Sa plume affectionne des expressions moins anguleuses: libertés séparées, doctrines séparées, Carmel séparé. Le mot séparé à son oreille est doux. Au fond, l’on sait ce que cela veut dire. La Mère Élisabeth ignore ces détours. Elle célèbre dans je ne sais quelle lettre la ruine du gallicanisme, auquel sa réforme portera sans doute le coup suprême. Elle le prend sur un ton fort haut avec la Prieure du premier couvent, qui a employé l’expression «près la Cour de Rome, expression exhumée du tombeau des parlements, et qui sonne mal», remarque-t-elle gravement. Vraiment, quand on songe que ces solennels avertissements, qu’ils sortent de Saint-Sulpice ou de Meaux, sont surtout à l’adresse du diocèse de Poitiers, n’était le sérieux du sujet et la tristesse d’une telle lutte, on n’y répondrait que par le sourire du dédain.
On pense bien que celui qui écrit ces lignes n’est point ménagé, quoique les formes extérieures soient toujours respectées. A propos de la Révérende Mère Anne de Jésus et du portrait que j’en ai tracé, — portrait que des hommes dont M. Gramidon ne répudierait pas l’autorité ont trouvé très-respectueux, — l’auteur des Notes veut bien, avec une douceur protectrice, déplorer mes insinuations. Il se trompe, l’insinuation est un art que j’ignore absolument; mais je me permettrai d’ajouter, — et tous ceux qui ont lu son livre seront de mon avis, — qu’il y excelle...