Kitabı oku: «Peintures décoratives de Paul Baudry au grand foyer de l'Opéra : étude critique»
Émile Bergerat
Peintures décoratives de Paul Baudry au grand foyer de l'Opéra : étude critique

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306311
Table des matières
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VI
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VIII
LE GRAND FOYER DE L’OPÉRA
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Nous avons pensé qu’il ne déplairait pas au lecteur de retrouver en tête de ce livre la première étude consacrée par la presse aux peintures de M. Baudry. Elle est de Théophile Gautier et le nom seul du signataire suffirait déjà à justifier de son intérêt. Mais l’article, paru dans la Gazette de Paris en novembre 1871 et reproduit ensuite dans l’Artiste, a été pour le public comme une première révélation de l’œuvre colossale du nouvel Opéra, et à ce titre encore il mérite d’être conservé. Il bustes des illustres compositeurs, ni même le groupe de la danse de Carpeaux, ce tourbillon chorégraphique fixé dans la pierre: il cherche à deviner «ce qui se passe derrière ce mur».
L’autre jour, voyant quelques voitures stationnant devant une petite porte basse d’une des façades latérales, nous pensâmes que quelque compagnie visitait le monument encore interdit au vulgaire, et que nous ne courrions pas grand risque à nous engager sur ses pas, sauf à nous réclamer de Garnier ou de Baudry, au cas où notre présence aurait l’air d’une intrusion.
C’est pour nous un vif plaisir que de nous promener dans un édifice en ruines ou en construction — ce qui, d’ailleurs, se ressemble beaucoup. Enfant, nous trouvions un charme inexprimable de curiosité et de terreur à suivre les héroïnes d’Anne Radcliffe dans leurs excursions nocturnes à travers le dédale de couloirs, de corridors, de passages secrets et de souterrains du château des Pyrénées et autres manoirs gothiques.
Homme, notre goût n’a pas changé, et nous ne manquons pas une occasion de le satisfaire.
Les théâtres sont faits pour la nuit. Pendant le jour, ils sont déserts et se reposent. Comme les autres édifices, ils ne cherchent pas la lumière naturelle pour l’éclairage. Le gaz est leur soleil. N’ayez aucune inquiétude. Cette pénombre, où ils semblent dormir pendant la journée, deviendra, le soir, une atmosphère étincelante.
II
Table des matières
Après quelques détours à travers une ombre que rendaient visible quelques rayons de jour égarés, nous nous trouvâmes au bas d’un escalier latéral, et nous commençâmes, avec une sage lenteur, l’ascension de cette Babel dont nous étions loin de soupçonner tous les étages.
L’escalier monte par deux rampes aux paliers, d’où se lance une troisième rampe se reliant à l’étage supérieur. Tout ce système est supporté par de courtes colonnes de marbre rouge d’un aspect robuste et rassurant, que nulle foule ne ferait plier. Rien de plus simple et de plus riche à la fois.
A chaque palier, un bec de gaz, soutenu par une tige de fer, secouait sa flamme échevelée à tous les courants d’air, et jetait sur les murs sa lumière vacillante entrecoupée de grandes ombres.
Les marches n’ont pas encore leurs revêtements; les balustrades manquent aux rampes; et quand nous passions sur la rampe du milieu, jetée comme un pont au-dessus de l’abîme qui s’approfondissait à mesure que nous montions, nous éprouvions un certain malaise, et nous avions bien soin de nous tenir à égale distance de chaque bord, sans pouvoir toutefois nous empêcher de regarder au fond du gouffre.
Aux paliers succédaient les paliers. Comme dans ce cauchemar architectural de Piranèse, où l’on voit un homme amaigri par la fatigue et le désespoir gravir des degrés qui se renouvellent toujours, l’ascension semblait ne devoir jamais finir.
Les voix des visiteurs qui nous précédaient s’affaiblissaient, et le bruit de leurs pas ne nous parvenait plus que par un vague écho de la cave immense et sonore. Ils nous paraissaient à des hauteurs incalculables.
Parfois, à un repos de l’escalier, une porte monumentale s’ouvrait, encadrant un large pan d’ombre, où l’on démêlait confusément des architectures mystérieuses, des salles d’une grandeur ninivite et babylonienne.
Il est difficile d’imaginer quelque chose de plus fantastique, de plus semblable au rêve que ces grands édifices inachevés, entrant ainsi sous un demi-jour crépusculaire où tremblote de loin en loin une étoile de gaz, comme pour en faire mieux sentir l’immensité en la ponctuant de leurs feux. Les enchevêtrements des échafaudages, avec leurs poutres, leurs chevalets et leurs ponts de planches, contribuent encore à la bizarrerie de l’effet.
Nous n’avons plus le souffle qui nous faisait autrefois escalader si lestement les tours des châteaux, les clochers des cathédrales et les flèches des Munsters: aussi fut-ce avec une réelle satisfaction qu’après dix-sept ou dix-huit révolutions de l’escalier interminable, nous nous trouvâmes sur le palier suprême, au niveau du toit de l’édifice.
Heureusement notre ami Charles Garnier, qui nous avait vu gravir avec peine les spirales sans nombre de cette autre tour de Lylacq, avait aposté un guide pour nous conduire à l’atelier de Baudry; nous n’eussions jamais pu y parvenir sans ce secours.
Il nous fallut d’abord marcher dans le chéneau à recevoir les eaux de pluie qui entoure la calotte recouvrant la salle au-dessus de laquelle nous étions alors, de plain-pied avec les Pégases dorés dont les ailes palpitantes s’ouvrent aux angles de la façade, puis franchir des passerelles, grimper à d’étroits escaliers en fer jusqu’à l’atelier qui contenait les peintures destinées à la décoration du foyer.
C’est tout un monde que ces combles du nouvel Opéra, et que d’en bas il est impossible de soupçonner.
III
Table des matières
Baudry a eu cette bonne fortune, rare dans la vie des artistes modernes, d’être chargé tout jeune encore, mais dans la maturité de son talent, d’un vaste ensemble de peintures où il pouvait déployer à l’aise ses brillantes qualités de composition, de style et de couleur. Il a senti ce bonheur et a tout fait pour s’en rendre digne. Possédant déjà toute la science de l’école, célèbre par des travaux remarquables, tels que le Supplice d’une Vestale, la Léda, la Fortune et l’Enfant, la Perle, la Diane chasseresse, la Vénus au miroir, et ce merveilleux plafond du Jour et de la Nuit, que dérobe au public une admiration trop jalouse, sans compter des portraits qu’eussent signés les maîtres les plus fiers, il se cloîtra courageusement dans son art, renonçant à toutes les séductions de Paris, et se mit en retraite à Rome, où il vécut dans une solitude profonde, fermant sa porte aux visiteurs et ne fréquentant que Michel-Ange. Pour se familiariser avec les sublimités de la grande peinture murale, il copia de sa main divers fragments du plafond et des voussures de la Sixtine, non pas en pochade, mais de la dimension des originaux. Il refaisait là ses études de prix de Rome, mais avec le goût, le sérieux et l’intelligence du maître.
IV
Table des matières
Quand on parle de Michel-Ange, l’idée qui se présente la première est celle d’un génie terrible, s’exprimant par des torsions de poses et des violences de muscles. Cette idée en elle-même n’est pas fausse. En effet, l’œuvre de Michel-Ange se présente tout d’abord à l’esprit comme une consécration de la force. Mais quand on l’étudié, on s’aperçoit bientôt que ce Titan de la peinture a une grâce suprême — la grâce des forts! — Il possède une élégance hautaine, une coquetterie grandiose, un charme surhumain et, dans sa sévérité même, une volupté féminine indéfinissable. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder sur les tombeaux des Médicis les figures étrangement belles, et d’une fascination si puissante de la Nuit et de l’Aurore, et au plafond de la Sixtine, Ève, d’une incomparable beauté que n’atteignit jamais Raphaël, irrésistible tentatrice pour qui Adam dut perdre le paradis sans regret. D’autres personnages des pendentifs et des voussures ont cette grâce fière qui fut comme l’aristocratie et l’insolence du beau.
Baudry a compris cela, et, ne voulant pas faire de sa commande au Nouvel Opéra un travail purement décoratif expédié d’une brosse rapide et brillante, il est allé demander à Michel-Ange, le maître souverain, des conseils de style et le secret de cette élégance sévère qui charme et qui domine. Ce sera donc l’art, et le plus grand art, pris aux pures sources de la Renaissance, qui rayonnera splendidement dans les riches cadres d’architecture préparés à son ami par Charles Garnier. Mais n’allez pas croire à une imitation. Le jeune maître reste lui-même, et son inspiration jaillit libre et naturelle avec cette aisance que donnent toujours au génie de fortes études et une science profonde. On peut dès aujourd’hui dire que la France pourra opposer aux plus belles fresques de l’Italie les peintures du foyer de l’Opéra.
V
Table des matières
Voilà tantôt six ans que ce gigantesque travail est commencé. L’artiste pense qu’il lui faudra trois années encore pour le terminer. Il se trouvera ainsi dans la mesure prescrite par Horace pour les poëmes — nonum prematur in annum. Et croyez qu’il n’aura pas perdu son temps: il y a là de quoi occuper toute une carrière de peintre: il vit dans son œuvre comme un religieux dans sa cellule, il y demeure, sans métaphore. Un coin de son atelier est devenu son appartement.
Le peintre de la Perle et de la Vénus est d’une taille un peu au-dessous de la moyenne, mais bien prise et robuste. Il faut une grande vigueur physique pour exécuter ces vastes machines, et pour que le corps, dans ces rudes labeurs, ne trahisse pas l’esprit. Sa tête énergique, au profil découpé en médaille romaine, à l’œil noir et vif, est de celles qu’on n’oublie pas. Baudry porte les cheveux courts, et de sa barbe, soigneusement rasée, qui colore de tons bleuâtres le bas de son visage d’une pâleur chaude, il n’a gardé qu’une fine moustache noire. Sa tenue est de la sévérité la plus correcte. Un Anglais n’y trouverait rien à redire. Dans son extérieur, rien d’excentrique, de romantique, d’artistique: il réserve sa fantaisie et sa couleur pour ses tableaux, et se contente d’être un grand peintre et un parfait gentleman. Bien qu’il soit aujourd’hui retiré dans son œuvre, on voit qu’il a fréquenté le monde — et le meilleur monde; et, pour y renoncer, il a dû lui falloir du courage, car il y réussissait. Baudry est un causeur spirituel. Il sait écrire et pourrait, comme Fromentin, quitter le pinceau. Il est fou de poésie et de musique, et joue même assez bien du violon; talent que notre siècle spécialiste a tant raillé chez M. Ingres, mais que l’Italie de la Renaissance ne reprochait pas à Léonard de Vinci, qui tirait des sons merveilleux d’une lyre de son invention.
Nous n’approuvons pas cette fureur d’information qui pousse les journaux, pour arriver premiers, à trahir le secret de l’atelier, du cabinet et du théâtre, ne laissant rien de nouveau à connaître au public lorsque, après le temps de gestation nécessaire, l’œuvre paraît enfin. Pour juger l’enfant, peut-être vaudrait-il mieux attendre qu’il fût né.
Mais nous croyons pouvoir, sans être indiscret — l’œuvre est assez avancée pour cela — indiquer la composition générale de ce vaste travail, un des plus considérables dont un peintre ait été chargé.
VI
Table des matières
La décoration du plafond consiste en trois compartiments: celui du milieu, de forme oblongue, a quatorze mètres de long; et les deux autres, de forme ronde ou chantournée, six mètres. La salle du Grand-Conseil, au palais ducal de Venise, offre seule à son plafond un si riche déploiement de peinture.
Au compartiment du milieu s’enlèvent, dans un ciel d’un azur léger, coupé de nuages blancs, comme un ciel de Paul Véronèse: la Poésie, l’Harmonie, la Mélodie, la Gloire, accompagnées de vingt figures d’adolescents, dont quelques-uns s’accoudent à la balustrade en perspective qui encadre le tableau, et semblent regarder les promeneurs du foyer.
Les deux autres toiles représentent, la première: la Tragédie, symbolisée par Melpomène; la Pitié, la Fureur, l’Épouvante, — et la seconde, la Comédie, que figurent Thalie, l’Amour et l’Esprit, criblant de ses flèches un satyre, personnification du vice et du ridicule.
Ces peintures ne sont point encore exécutées; mais, à l’aide des esquisses et des cartons, il est facile, dès à présent, de se rendre compte de leur effet.
Les peintures suivantes, complétant l’ensemble de la décoration, sont entièrement achevées, sauf les quelques retouches ou raccords que pourra nécessiter la mise en place définitive.
Un des morceaux les plus importants de la série est la voussure du fond, qui ne mesure pas moins de dix mètres, et représente le Parnasse, où figurent, comme personnages obligés: Apollon, les Muses, Orphée, Amphion, Homère, Hésiode, Pindare; et, dans un coin, quelques poëtes d’une immortalité plus jeune, symbolisant la vie moderne: Gœthe, lord Byron, Alfred de Musset.
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