Kitabı oku: «Réflexions sur la sculpture»
Étienne-Maurice Falconet
Réflexions sur la sculpture

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066331856
Table des matières
AVERTISSEMENT
RÉFLEXIONS SUR LA SCULPTURE, LUES à l’Académie Royale de Peinture&de Sculpture, le7 Juin1760. Par ETIENNE FALCONET.
BAS-RELIEFS.
DRAPERIES.

RÉFLEXIONS
SUR LA
SCULPTURE.
AVERTISSEMENT
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SI l’on regarde ces Réflexions. comme des préceptes, elles doivent être jugées à la rigueur. J’aurois beau proteller de la bonté de mes intentions, si j’avois avancé quelques faux principes, je pourrois induire en erreur de jeunes Artistes qui n’auroient pas d’assez bons préservatifs contre mes raisonnemens. Si d’ailleurs j’ai eu quelques vues justes, elles pourront être au profit de mon Art;& si je suis repris à propos, dans les endroits où je me ferai trompé, ce sera encore au profit de cet Art. Comme ses progrès sont mon unique objet, je désirerois qu’on ne s’en tînt pas feulement à censurer mes méprises; mais qu’on voulût bien encore fonder la censure,& l’établir en preuves si solides, que le bon goût&la raison n’eussent rien à répliquer.
Il n’en est pas de même de la partie Littéraire; on pense bien que le style d’un Artiste n’étant d’aucun poids dans les Lettres, les fautes grammaticales de ce petit Ecrit ne feront point contagieuses. Je déclare donc à ceux qui voudroient prendre la peine de les relever, que j’ai la persuasion la plus parfaite de mon ineptie à cet égard; que je n’ai pas la plus petite prétention à cette gloire,&qu’il n’y en auroit aucune à démontrer mon ignorance,
RÉFLEXIONS SUR LA SCULPTURE, LUES à l’Académie Royale de Peinture&de Sculpture, le7 Juin1760. Par ETIENNE FALCONET.
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MESSIEURS,
PERSONNE n’est plus attentif que moi aux avis qui se donnent dans cette Académie. On y a souvent encoutagé les Assistes à faire part à la Compagnie de leurs réflexions sur nos Arts. On y a dit aussi quelquefois qu’un Artiste ne devoit en parler que le crayon, ou l’ébauchoir à la main,&laisser aux Amateurs éclairés le soin de nous entretenir de nos talens.
Quoique je sois assez de cette derniere opinion, j’ai un motif qui me détermine à ne pas m’y conformer aujourd’hui. On m’a demandé quelques Réflexions sur la Sculpture,&je n’ai pas cru, Meilleurs, devoir les produire sans les avoir auparavant soumises à votre jugement.
Je les dois en partie à M. le Moyne, mon Maître. Si d’ailleurs je présentois quelques idées qui eussent besoin d’être rectifiées, pourrois-je les soumettre à un Tribunal plus légitime? C’est de lui principalement que je dois attendre la correction de mes erreurs.
La SCULPTURE, ainsi que l’Histoire, est le dépôt le plus durable des vertus des hommes&de leurs rbibleues. Si nous avons dans la statue de Vénus l’objet d’un culte imbécille&dissolu, nous avons dans celle de Marc-Aurele un monument célèbre des hommages rendus à un Bienfaiteur de l’Humanité.
Cet Art, en nous montrant les vices déifiés, rend encore plus frappantes les horreurs que nous transmet l’Histoire; pendant que, d’un autre côté, les traits précieux qui nous restent de ces hommes rares, qui auroient du vivre autant que leurs statues, raniment en nous ce sentiment d’une noble émulation qui porte l’ame aux vertus qui les ont préservés de l’oubli. César voit la statue d’Alexandre, il tombe dans une profonde rêverie, laisse échapper des larmes&s’écrie: Quel fut ton bonheur! A l’âge que j’ai, tu avois déjà soumis une partie de la Terre; &moi, je n’ai encore rien fait pour ma propre gloire.
Le but le plus digne de la Sculpture, en l’envisageant du côté moral, est donc de perpétuer la mémoire des hommes. llustres,&de donner des modeles de vertus d’autant plus efficaces, que ceux qui les pratiquoient ne peuvent plus être les objets de l’envie. Nous avons le portrait de Socrate,&nous le vénerons.. Qui fait si nous aurions le courage d’aimer Socrate vivant parmi nous?
La Sculpture a un autre objet, moins utile en apparence; est lorsqu’elle traite des sujets de simples décorations ou d’agrément. Mais alors elle n’en est pas moins propre à porter l’ame au bien ou au mal. Quelquefois elle n’excitera que des sensations indifférentes. Un Sculpteur, ainsi qu’un Ecrivain, est donc louable ou réprchensible, selon que les sujets qu’il traite sont honnttes ou licencieux.
En se proposant l’imitation des surfaces du corps humain, la Sculpture ne doit pas s’en tenir à une ressemblance froide, tel qu’auroit pu être l’homme avant le souffle vivifiant qui l’anima. Cette forte de vérité, quoique bien rendue ne pourroit exciter par son exactitude qu’une louange aussi froide que la ressemblance&l’ame du Spectateur ne feroit point émue, C’est la nature vivante, animée, passionnée, que le Sculpteur doit exprimer sur le marbre, le bronze, la pierre,&c.
Tout ce qui est pour le Scurpteur un objet d’imitation doit lui être un sujets continuel d’étude. Cette étude éclairée par le génie, conduite par le goût&la raison, exécutée avec précision, encouragée par l’attention bienfaisante des Souverains,&par les conseils&les éloges des grands Artistes, produira des chef-d’œuvres semblables à ces monumens précieux qui ont triomphé de la barbarie des siécles. Ainsi les Sculpteurs qui ne s’en tiendront pas à un tribut de louanges, d’ailleurs si légitimement dues à ces ouvrages sublimes, mais qui les étudieront profondément, qui les prendront pour régle de leurs productions, acquerront cette supériorité que nous admirons dans les statues Grecques. S’il étoit permis de citer en preuve les ouvrages de nos Sculpteurs vivans, il s’en trouveroit dans Paris, à Choisy&à Berlin.
Non-seulement les belles statues de l’Antiquité seront notre aliment, mais encore toutes les produdtions du génie, quelles qu’elles soient. La lecture d’Homere, ce Peintre sublime, élevera l’ame de l’Artiste, lui imprimera si fortement l’image de la grandeur&de la majesté, que la plûpart des objets qui l’environnent ne lui paroîtront plus que des atômes.
Ce que le génie du Sculpteur peut créer de plus grand, de plus sublime, de plus singulier, ne doit être que l’expression des rapports possibles de la nature, de ses effets, de ses jeux, de ses hasards: c’est-à-dire que le beau, même idéal, en Sculpture, comme en Peinture, doit être un résumé du beau réel de la nature. Il existe un beau essentiel, mais épars dans les différentes parties de l’Univers. Sentir, assembler, rapprocher, choisir, supposer même diverses parties de ce beau, soit dans le caractere d’une figure, comme l’Apollon, soit dans l’ordonnance d’une composition, comme ces hardiesses de Lanfranc, du Corrége& de Rubens; c’est, je crois, montrer dans l’Art ce beau idéal qui a son principe dans la nature.
La Sculpture est sur-tout ennemie de ces attitudesforcées que la nature désavoue,&que quelques Artistes ont employées sans nécessité,&seulement pour montrer qu’ils savoient se jouer du dessein. Elle l’est également de ces Draperies dont toute la richesse est dans les ornemens superflus d’un bisarre arrangement; de plis. Enfin elle est ennemie des contrastes trop recherchés dans la composition, ainsi que dans la distribution affectée des ombres&des lumieres. En vain prétendroit-on que c’est la machine; au fond, ce n’est que du désordre,&une cause certaine de l’embarras du Spectateur& du peu d’action de l’ouvrage sur son ame. Plus les efforts que l’on fait pour nous émouvoir sont à découvert, moins nous sommes émus. D’où il faut conclure que moins l’Artiste employe de moyens à produire un effet, plus il a de mérite à le produire,&plus le Spectateur se livre volontiers à l’impression qu’on a cherché à faire sur lui. C’est par la simplicité de ces moyens que les chef-d’œuvres de la Grèce ont été créés, comme pour servir éternellement de modèles aux Artiste.
La Sculpture embrasse moins d’objets que la Peinture; mais ceux qu’elle se propose,&qui sont communs aux deux Arts, sont des plus difficiles à représenter; sçavoir, l’expression, la science des contours, l’art difficile de draper&de distinguer les différentes espéces des étoffes.
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