Kitabı oku: «Eugène Delacroix: Documents Nouveaux»

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Eugène Delacroix, Louis de Planet, Théophile Silvestre

Eugène Delacroix: Documents Nouveaux


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306410

Table des matières

A M. H. LE JOSNE

EXTRAITS DES AGENDA

SUR LE BEAU.

L’ÉCOLE DE DAVID.

LE GOUT FRANÇAIS.

DU STYLE DANS LES ÉCRITS.

LA MUSIQUE.

LE SUEUR ET POUSSIN.

LES ANIMAUX ET L’HOMME.

LE TALENT.

LA VIE ARTISTE.

A MONSIEUR THÉOPHILE SILVESTRE, A LONDRES.

OPINIONS ET PROCÉDÉS

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

XII

XIII

XIV

XV

XVI

XVII

XVIII

XIX

XX

XXI

XXII

XXIII

XXIV

XXV

XXVI

XXVII


A M. H. LE JOSNE

Table des matières

Mon cher ami,

Prenez ceci pour une carte de visite, puisque Vous aimez les Beaux-Arts comme moi, avec plus de passion encore que de sagesse.

J’ai fait en une semaine ce qui exigeait un an de travail et de soins. Plus tard, si nous vivons, je pourrai Vous offrir une gerbe plus forte et mieux liée des épis glanés dans le champ d’Eugène Delacroix.

Au moment où son œuvre posthume allait être dispersé aux enchères, je me suis hâté d’ajouter quelque chose au chapitre que je publiais, il y a dix ans, sur le génie du peintre et le caractère de l’homme dans l’Histoire des Artistes vivants.

Vous trouverez ici, d’abord l’expression d’idées et de sentiments que vous partagez; ensuite deux séries de documents originaux, désormais acquis à la tradition de l’Art français. J’ai tiré la première des Agenda de Delacroix vivant et la seconde des Souvenirs manuscrits de M. de Planet, son élève.

J’avais surtout à cœur de raconter les derniers jours du grand artiste, mort avec le calme stoïque d’un ancien, loin du monde et des amitiés banales, au milieu de Paris.

Établie à temps, la vérité demeure incontestable: la fantaisie et le mensonge littéraires se trouvent devancés.

Eugène Delacroix est enfin sacré premier peintre de son époque par la foi tardive des connaisseurs. Réjouissons-nous, enthousiastes de l’avant-garde!

T. S.

Paris, lundi, 15 février 1864.

Verrons-nous jamais cette triste égalité où «il n’y aura plus ni héros ni grands hommes?» Le fait est que l’amour du beau et de l’héroïque baisse de jour en jour, et que notre indifférence frise déjà l’abêtissement. Une mascarade fera jaser la presse entière; la promenade du bœuf gras et la mort d’un marchand de crayons agitent tout Paris; mais si une gloire nationale s’éteint comme un soleil, nous voilà tous plus surpris et plus muets qu’un troupeau de moutons dans une éclipse. Après quelques jours de réflexion, nous n’avons pas même su faire à Eugène Delacroix les obsèques royales qu’Anvers, la ville des marchands, fit à Rubens. Un piquet de gardes nationaux est planté autour du cercueil; quelques pédagogues palmés éternuent sur la tombe un éloge irritant; les cœurs chauds sont réduits au silence... et voilà les funérailles de Patrocle sans Achille, faites à Delacroix, qui a frappé quarante ans l’intelligence et le cœur de son pays.

Tout ce qu’il restait de l’œuvre où brûlent les dernières ardeurs de l’Art français, sera crié après-demain aux enchères de l’hôtel Drouot. Pendant deux semaines encore l’on vendra, chaque après-midi, les innombrables dessins et griffonnements du plus vaillant et du plus noble des artistes.

Ainsi seront dispersées comme des feuilles mortes tant de pages si vivantes; et ceux qui les sentaient le mieux, n’étant pas assez riches pour les acquérir, ne les verront plus.

Heureux Turner, qui comptait assez sur la noblesse et l’enthousiasme de ses compatriotes pour léguer son œuvre à l’Angleterre!

L’exposition des ouvrages d’Eugène Delacroix, — nous le disons avec un profond regret, — devait être beaucoup mieux combinée qu’elle ne l’est pour sa gloire: ni le gros du public ni les connaisseurs ne peuvent étudier suffisamment en trois journées de l’hôtel des Ventes, c’est-à-dire en douze heures, ces huit cent cinquante-huit articles inscrits au catalogue, et comprenant ensemble plusieurs milliers d’images peintes ou dessinées!

Beaucoup de ces sujets n’étant que le premier bouillonnement plus ou moins arrêté de l’impression, il fallait donner au spectateur le temps de les examiner. Que d’utiles conversations auraient eu lieu sur place! La renommée de l’auteur se serait encore élevée avec le chiffre des enchères, puisque nous estimons entre tout ce qui nous coûte le plus d’argent.

Le temple des vendeurs sera donc purifié pour quelques jours par les reliques d’un grand maître. La curiosité y fera foule; mais quel malheur de ne revoir ces inventions si fières qu’à travers le dos des brocanteurs et par dessus l’épaule des Philistins!

Il y avait hier exposition particulière des tableaux et des esquisses. On n’y entrait que sur lettre d’invitation. Ces trois petites salles ont été tout de suite pleines de visiteurs en quatre catégories: les amis de l’artiste, ses ennemis, les fanatiques et les gens du monde. Le caractère tranché de ces ouvrages ne permettant pas l’indifférence, les visiteurs étaient fort animés. Les Prudhommes n’ont pas fait là long séjour; mais les mondains, qui, dans les musées, les concerts et les réunions littéraires, signalent ordinairement leur ferveur, y sont restés assez longtemps à gesticuler et à s’exclamer, en se creusant la tête par pléonasme.

Il est certain qu’il faut être assez avancé dans l’initiation artiste pour sentir et comprendre les beautés ou, si l’on veut, les beautés en germe, dans ces toiles inachevées. Un air de grandeur les enveloppe, un frisson de sensibilité les agite; des éclairs d’enthousiasme illuminent les morceaux les plus élémentaires; et l’on peut y saisir au passage le vol enflammé du génie. La nature extérieure, réfléchie ou plutôt transfigurée par l’imagination, rayonne ou s’assombrit dans ces paysages; la lumière et la couleur s’y associent ou s’y opposent au caractère des passions humaines: un ciel chargé de neige, obscur comme un crêpe et sillonné de lueurs sanglantes, enveloppe la Bataille de Nancy; la mêlée paraît d’autant plus furieuse que les pennons des deux armées tournoient et volent ainsi que des vautours dans de vifs courants d’air.

Dans la Bataille de Poitiers, un ciel d’azur vibrant et joyeux répercute comme à plaisir de colline en colline les estocades, les chocs et les ébranlements du combat. C’est un jour de gloire pour ce vaillant roi Jean, qui s’est fait de son cheval mort une barricade ou plutôt une marche de trône.

La fauve lueur des apothéoses guerrières éclaire Taillebourg où l’audace, la confusion et le désordre sont le comble de l’art, même après le sublime Thermodon de Rubens. Eugène Delacroix pousse à bout cette violence du cœur et de la main, qui fut la devise du Tasse. Saint Louis est ici, par sa témérité et son acharnement, l’image étonnante de cette chevalerie française, qui dit plus tard par la bouche d’un Guise ce que Delacroix a pu dire à son tour: «Élevons notre renommée sur les ruines de notre propre corps!»

Voyez ces hommes d’armes frappant comme des cyclopes; ces chevaux effrénés, aux crins sifflants, aux naseaux écarlates, aux yeux de braise, aux jarrets d’acier! Vertigineusement lancés sur cette tassée de combattants plus impénétrable qu’un mur, ils tombent pêle-mêle avec un désespoir épique du haut des parapets dans la rivière où d’autres ennemis se massacrent encore en se noyant.

La valeur moderne est aussi énergiquement sentie et rendue que la vieille valeur française dans Le Soir d’une bataille, peint à l’instar de Géricault. Un cuirassier blessé se soulève au milieu des chevaux morts sous la canonnade, et dont les flancs sont déchirés par les boulets. La nuit profonde, mais transparente, laisse voir autour des pauvres bêtes et du malheureux soldat, jusque dans le lointain, toute la funèbre jonchée que les oiseaux et les chacals dévoreront.

Ce noir Montfaucon, étudié d’après nature et ennobli par un grand esprit, restera l’un des épisodes les plus navrants de la peinture militaire.

L’ébauche de l’Évêque de Liège est une de ces fournaises où l’artiste forgeait du premier coup ses inventions; mais la Sybille, par contraste, a été parachevée dans tout le repos et toute la fraîcheur de l’intelligence. C’est un idéal de femme à la Delacroix; c’est-à-dire la beauté physique contestable, primée par le caractère plus noble et plus frappant de l’expression. La vie de la Sybille est l’opposé de celle des statues: son calme et son immobilité ne sont qu’apparents; le travail intérieur de la pensée la tourmente; ses yeux fiers, doux et meurtris ont un regard à la fois humain et surnaturel, qui excite l’amour, la mélancolie et la passion de la gloire. Elle indique à l’entrée de ce lucus mystérieux «le rameau d’or, conquête des grands cœurs.» Delacroix l’a eu ce fatal rameau; mais on ne sait guère au Prix de quels tourments et de quelle constance!

Sur les deux heures de l’après-midi, cette exposition particulière était autrement pleine que les expositions publiques. On étouffait; on n’y voyait plus; à Peine si M. Reiset, qui détestait tant Delacroix, pouvait ouvrir passage à une illustre Princesse. Madame et Mademoiselle Pierret, MM. Millet, Chenavard, Gambetta, Victor Rhodes, Jeanne Silvestre, Alfred Stevens et une multitude de personnes distinguées avaient grand peine à se mouvoir.

Le sentiment le plus humble mérite tous les éloges, quand il est vif et sincère: Julie Colin, excellente femme, restée dix ans au service de Delacroix, s’est mêlée comme à la dérobée à cette brillante foule; et, à la vue des tableaux de son illustre maître, elle s’est vite réfugiée dans un coin sans pouvoir étouffer ses sanglots... elle a disparu comme elle était entrée.

M. Berryer, l’ami et le parent de l’artiste, allait de bonne heure, le catalogue à la main, d’une toile à l’autre, murmurant des paroles sympathiques: «Quel esprit, quelle vivacité, disait-il; admirable Delacroix! Presque tous les ans, il venait me donner une quinzaine de ses journées à la campagne: moments délicieux! il me charmait de mille manières, surtout par sa conversation sur la littérature; et il ne s’occupait presque pas de lui-même. »

M. Thiers n’était pas là. Ovation manquée. Nous l’avons rencontré vers les cinq heures du soir, en guêtres grises, à la colonne Vendôme.

Mardi, 16 février.

La foule s’est ruée à l’Exposition. L’on n’a vu les tableaux que furtivement, en allongeant le cou entre des bras, des reins, des chapeaux et des hampes de parapluies. Une atmosphère d’étuve, chargée de rhumes et de fluxions de poitrine, n’a effrayé ni hommes ni femmes. Les faces pâles et les visages apoplectiques contrastaient violemment; la couleur générale des physionomies était intense, sinon harmonieuse. En quatre heures, pas une âme n’est sortie; impossible, d’ailleurs: les salles adjacentes et les corridors latéraux étaient combles; on s’y aplatissait comme dans le Martyre de Saint-Symphorien, mais beaucoup mieux.

Mercredi, 17 février.

Aujourd’hui, premier jour des enchères, nouvelle cohue, frappant une heure trop tôt aux portes de l’Exposition, au quart remplie d’avance d’amateurs connus et de privilégiés. Deux heures sonnent: entrée frénétique. Un troupeau poursuivi par des loups ne se jette pas plus haletant au bercail. Piétinements, bondissements de banc en banc... et pas de côtes rompues, pas de jambes cassées!

M. Berryer souriait, le binocle appendu à sa chaîne d’or. On remarquait Mesdames Pierret, MM. Rivet, Carrier, Riesener, Paul Huet, Andrieu, le marquis Maison, Reiset, Henri Delaborde, Etienne Arago, Paul Meurice, Vacquerie, Eugène Piot, Henri de La Madelène, Alfred Sensier, Paul Tesse, Barroilhet, Daumier, Bonnet, Joseph Fioupou, de Planet, de Valerne, Busquet, Prouha, Bauchet et une infinité d’artistes, de marchands et de personnes commissionnées, de Paris, de la province et de l’étranger. MM. Lacaze, Delage, Dauzats, Saint-Marcel, Jadin, Champfleury, Mène, Dieterle, Lehmann, Thoré, le critique démocrate, et Haro, le marchand de couleurs, étaient là, le crayon frais taillé pour marquer le prix de chaque objet à cette vente mémorable. Tout le monde sentait qu’il avait affaire à un maître dont le nom et l’œuvre resteront. Si Eugène Delacroix vivant avait jamais eu pareil triomphe, il en serait tombé malade de plaisir.

Et nous voilà, Français légers, envieux et brouillons! Le génie dans toute sa puissance est méconnu, puis insulté au profit des intrigants et des cuistres. A peine trouve-t-il sur la voie douloureuse quelque épaule amie pour appuyer sa marche et quelque main pieuse pour essuyer son front. Il meurt: les moucherons du corbillard bourdonnent sa gloire, et, six mois après, on le déifie sans le comprendre davantage. Que Delacroix avait raison de nous rappeler si souvent ce mot de Molière: «Je te pardonne, mais à la charge que tu mourras! »

Jeudi, 18 février.

Nous ne serons suspect à personne en disant que les ouvrages du grand artiste, sauf certains morceaux inestimables et pour ainsi dire peints de son sang et de sa moelle, ont été payés des sommes excessives. Un artiste exécutant trouvera de précieuses leçons dans maint sujet à peine ébauché ; il a même d’excellents motifs pour couvrir de son dernier billet de banque une toile à peine préparée et frottée; mais comment expliquer que des gens, qui s’enfuyaient à la vue de ses meilleurs ouvrages, se soient donné l’étrange fantaisie de pousser à des sommes fabuleuses des embryons de figures à peine jetées dans des limbes de couleur! Le peintre eût-il jamais exhibé des choses aussi vagues sans en avoir au moins accusé les parties importantes par quelques touches décisives?

N’insistons pas sur certains sujets composés par Delacroix, calqués et peints par des élèves (Décorations de l’Hôtel-de-Ville), retouchés par le maître, et donnés enfin au public béant comme originaux par le catalogographe, M. Burty.

Delacroix ne l’entendait pas ainsi. A l’ordre et à l’économie domestiques il ajoutait le désintéressement et la fierté. Avec quel amour et quel soin il faisait un tableau du double de la somme payée à quiconque savait le comprendre! S’il pouvait un moment reparaître au milieu de nous, le zèle aveugle de ces posthumes adorateurs le ferait rougir. Nature extrêmement subtile et pénétrante, il verrait avec effroi l’imminente réaction préparée contre lui dans les galeries et les salons par certains morceaux inavouables que l’on s’est arrachés à prix d’or. Qui pourra, dans la maison de tel bancocrate, se faire une juste idée des hémicycles grandioses de la Bibliothèque des Députés et de la splendide coupole du Luxembourg, en examinant ces petites ébauches à peine zig-zaguées, marouflées dans des hémisphères de bois ou de carton, qui ressemblent à des éclats de marmite?

N’ayons pas, pour acquérir des objets d’art, qui remuent le cœur et enflamment le cerveau, cette prudence du maquignon achetant un cheval ou un chien; mais ne tombons pas non plus dans les violences, surtout dans les niaiseries du fanatisme!

Une Pietà pathétique, un Démosthène pensif et tourmenté, mais moins éloquent que les vagues qui meurent à ses pieds; quelques Lions imparfaits et superbes; certains sujets de la Chambre des Députés, frappants par la conception et le caractère, entre autres l’Éducation d’Achille, Cicéron, — qui a fait reculer M. Berryer, — et les Bergers chaldéens, ressouvenir de L’Enfant Prodigue, d’Albert Durer; deux ou trois groupes de Chevaux tout frémissants de vie; La Sybille indiquant le rameau d’or; une admirable Marine de Dieppe, enlevée Par M. Duchâtel au milieu des applaudissements; Samson chez Dalila; l’éclatante ébauche à peine commencée de la Chasse aux Lions; Le Martyre de saint Étienne; plusieurs sujets poétiques de l’Orient et du Nord; la Barque de Don Juan; l’Évêque de Liége, esquisse qui malheureusement va tomber en écailles; quelques portraits parlants; quatre merveilleuses pages militaires, Le Soir d’une bataille, Le Roi Jean à Poitiers, Le Téméraire à Nancy, et surtout Saint Louis au pont de Taillebourg voilà, à peu de chose près, les seuls morceaux qui méritaient l’admiration et des sacrifices.

N’oublions pas quatre grands tableaux de Fruits et de Fleurs. Deux nous paraissent un peu trop sombres; les deux autres sont d’un éclat, d’une suavité, d’une fraîcheur et d’une harmonie incomparables.

Tout le reste de cette première adjudication, sauf des bouts d’étude et de ravissants paysages, n’était que marchandise râleuse. M. Haro n’aurait-il pas pourchassé certains fragments tout à fait informes, Pour quelqu’un qui serait heureux de les léguer au Louvre, afin de rabaisser la gloire d’un rival? Mais Delacroix a laissé partout la trace d’un ongle souverain; et, dans son œuvre, comme dans celui de Barye, on voit heureusement le lion écraser le serpent.

Certes, on peut dire que l’on ne s’est pas contenté de vider l’atelier d’Eugène Delacroix et de jeter au public toutes les râclures de sa palette; on est allé jusqu’à mettre en vente, à CINQ FRANCS! des tatouages encadrés.

La seule chose qui pourrait excuser de pareilles misères, serait la pensée de laisser à quelques pauvres enthousiastes une relique du grand homme.

Ce qui nous console aussi d’avoir vu disperser à l’aventure tant d’ouvrages à peine indiqués, dont le seul aspect horripile les ignorants, c’est l’espérance qu’ils seront tombés dans les mains d’artistes qui n’auront pas l’effronterie de les finir et de les signer Delacroix. Botzaris surprenant le camp des Turcs serait devenu, en deux semaines de travail, un tableau magnifique. Les Quatre Saisons, machines purement décoratives et fort lâchées, mais d’une harmonie limpide et vibrante, seront quelque jour copiées en tapisserie, sans que le peintre soit déshonoré. Nous trouvions en les regardant un grand rapport, à certains égards, entre la dernière manière de Delacroix, rose claire, argentine et délicieuse dans le gris, et les dernières ébauches de Turner.

Il n’y a pas là pourtant la moindre imitation du maître anglais par le maître français; notons seulement chez ces deux grands peintres au déclin de la vie, des aspirations de couleur à peu près analogues. Ils s’élèvent de plus en plus dans la lumière, et, la nature perdant pour eux de jour en jour sa réalité, devient une féerie. Turner, qui avait sérieusement commencé par les genres flamand et hollandais, et non pas, comme on le prétend, par des pastiches de Claude, arrivait sur la fin de sa carrière aux décorations factices et aveuglantes du théâtre.

Il s’était mis en tête, à tort ou à raison, que les artistes les plus illustres de toutes les écoles, sans excepter les Vénitiens, étaient restés bien au-dessous de l’éclat pur et joyeux de la nature, d’un côté en assombrissant les ombres par convention, et d’un autre côté, en n’osant pas attaquer franchement toutes les lumières que leur montrait la création dans sa virginité. Aussi essaya-t-il les colorations les plus brillantes et les plus étranges. Il a peint dans cet état d’imagination ses deux tableaux: la Couleur avant le Déluge, la Couleur après le Déluge.

Delacroix, homme plus ardent encore et plus positif que Turner, n’a pas poussé si loin l’aventure; mais, comme l’artiste anglais, il est insensiblement monté d’une harmonie grave comme les sons du violoncelle à une harmonie claire comme les accents du hautbois.

Il était arrivé d’expérience en expérience à un système absolu de couleur que nous allons essayer en abrégé de faire comprendre. Au lieu de simplifier en les généralisant les colorations locales, il multipliait les tons à l’infini et les opposait l’un à l’autre, pour donner à chacun d’eux une double intensité. Titien lui semblait monotone, et il ne se décida même que fort tard à reconnaître tout ce que le maître vénitien a de grandiose. L’effet pittoresque résulte donc chez Delacroix des complications contrastées. Là même où la couleur de Rubens rayonne comme un lac tranquille, celle de Delacroix étincelle comme un fleuve criblé par une giboulée.

Exemple des assortiments de ton chez Delacroix:

Si, dans une figure, le vert domine du côté de l’ombre, le rouge dominera du côté lumineux; si la partie claire de la figure est jaune, la partie de ombre est violette; si elle est bleue, l’orangé lui est opposé, et cœtera dans toutes les parties du tableau.

Pour l’application de ce système, Delacroix s’était fait une espèce de cadran en carton que l’on pourrait appeler son chromomètre. A chacun des degrés, était disposé, comme autour d’une palette, un petit tas de couleur, qui avait ses voisinages immédiats et ses oppositions diamétrales. Pour vous rendre absolument compte de cette combinaison, regardez le cadran de votre pendule, et supposez ceci: midi représente le rouge; six heures, le vert; une heure, orangé ; sept heures, le bleu; deux heures, le jaune; huit heures, le violet. Les tons intermédiaires étaient subdivisés de proche en proche, comme les demi-heure, les quarts d’heure, les minutes, etc.

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
81 s. 2 illüstrasyon
ISBN:
4064066306410
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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