Kitabı oku: «Beaumont : Haute-Savoie : 1814-1940»
Félix Croset
Beaumont : Haute-Savoie : 1814-1940

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305550
Table des matières
Préface
Introduction
La commune de Beaumont
Les origines de la commune et la présence romaine
Beaumont dans la province de Savoie
Les origines de la Maison de Savoie
Les châteaux de Beaumont
Beaumont sous quatre régimes
La vie à la maison
La maison
L’alimentation
La santé et l’hygiène
Les loisirs
Les sociétés
La Société de Tir de Beaumont
La fanfare
La chorale de Beaumont
Une société de lecture
Les sociétés sportives
Les sociétés paroissiales
La vie autrefois
Fêtes et cérémonies
Faits et événements anciens
Coutumes disparues
La météo des anciens
Syndics et maires
L’organisation administrative
Quelques mésaventures et tribulations de syndics et maires
Les conseils communaux et municipaux
Les employés communaux
Le secrétaire de mairie
Garde-bois et garde-champêtre
Les cantonniers
Les prestations de serment
La salle consulaire
La douane au Châble les zones franches
Les origines de la zone franche de Haute-Savoie
Le poste de douane au Châble
La zone sarde ou petite zone
La grande zone ou zone d’annexion La douane abandonne Le Châble
Le Traité de Versailles (28 juin 1919)
La douane revient au Châble
Les contributions indirectes au Châble
Routes et chemins
La place publique du Châble
Les sentiers du Salève
Les transports publics
La diligence
Les véhicules automobiles
Une voie ferrée passera-t-elle au Châble?
Les écoles
Les écoles et l’instruction publique
Les bâtiments scolaires
La lutte contre les incendies
L’achat de la pompe
Le logement de la pompe
Les pompiers
L’alimentation en eau potable l’assainissement
L’assainissement
Le courrier, la poste
La malle-poste
Le bureau de distribution des lettres
Le télégraphe
Le téléphone
Le bureau de poste
Le pedon
Le cimetière
Autres équipements
Le poids public
L’éclairage public
La salle des fêtes
Le secteur primaire, l’agriculture
Les divers travaux agricoles
Les foires au Châble
Les fruitières
Les syndicats
Le secteur secondaire
Les fromageries
Une fabrique de bonneterie au Châble
Les commerçants et artisans
Les commerçants
Les artisans
Les petits métiers ambulants
Les cabarets
Les médecins à Beaumont
L’église
Le bâtiment
Projet de reconstruction du bâtiment
Les travaux de reconstruction
Difficultés avec la toiture
L’horloge et les travaux de restauration
Le mobilier de l’église
Les chapelles
La chapelle des seigneurs de Menthon
La chapelle Notre-Dame-de-Grâce
Le clocher et les cloches
Le presbytère et le clergé
Le presbytère
Les prêtres
Les annexes de l’Eglise
La sacristie
La salle paroissiale
Pratiques et traditions disparues
Funérailles d’antan
Autres pratiques religieuses
Les sonneries des cloches de l’église
Stationnement de troupes
La garde nationale
La milice communale
L’observatoire du Salève
Les repères d’altitude
Démographie
Dons et legs
Postface
Sources
Préface
Table des matières
L’histoire de Beaumont a été écrite par le sénateur André Folliet. Elle figure aux tomes XIII et XIV (1899-1900) des Mémoires et documents publiés par l’Académie chablaisienne. Elle s’arrête donc à l’orée du xxe siècle.
Monsieur Félix Croset, qui fut maire de Beaumont de 1945 à 1971, a pensé qu’il serait d’un grand intérêt de retracer la vie de sa commune au cours de ces cent dernières années. Sur cette courte période, l’évolution constatée lui paraissait particulièrement importante et valant la peine d’être étudiée. Il s’est donc courageusement mis au travail, a consulté les sources les plus diverses, rassemblant documents et témoignages qui s’ajoutent aux constatations qu’il a pu faire lui-même au cours d’une existence bien remplie et en grande partie vouée au développement de sa commune. Il n’hésite pas, d’ailleurs, dans bien des cas, à remonter aux périodes plus anciennes pour expliquer mœurs et coutumes décrites. Et il nous donne aujourd’hui le fruit de ce long labeur en un volume qui complète avec bonheur les deux précédemment cités.
A le lire, je suis allé, sinon de surprises en surprises, du moins d’étonnements en souvenirs puis en assentiments. Se peut-il qu’en un laps de temps relativement court, la vie ait si profondément changé ? Changements qui touchent tous les domaines: politique, religieux, culturel, rapports sociaux, économie, modes de vie, etc. L’époque communément appelée contemporaine montre une succession ininterrompue de mutations, parfois de bouleversements dont même ceux qui les ont vécus ont de la peine à se souvenir.
M. Croset a eu l’heureuse idée de procéder par thèmes. L’ouvrage est ainsi composé d’une série de chapitres traitant, souvent avec un historique remontant à un ou deux siècles, des différentes institutions communales: mairie, écoles, adduction d’eau, voirie, pompiers, affaires religieuses, etc. On ne se doute pas des difficultés auxquelles a donné lieu la création de ces institutions qui nous paraissent aujourd’hui aller de soi. Ces difficultés furent aggravées par la division de la commune en deux sections: Beaumont, où se trouvent la mairie et l’église et Le Châble, où passe la route nationale Annecy-Genève. Ainsi, pour la construction d’une école, une délibération de 1849 insiste-t-elle sur la nécessité de construire une école. Mais aussitôt le lieu d’implantation fait l’objet d’un différend entre les deux sections, Le Châble estimant la distance trop grande si c’est Beaumont qui est retenu. Faut-il alors en construire deux? Finalement les habitants du Châble prennent l’initiative d’édifier leur propre école par souscription publique, et tous, jusqu ‘au simple journalier, tinrent à honneur d’y contribuer par leur bourse ou par leur travail. Le gouvernement sarde ne donna qu’une subvention de 200 livres. L’école put être inaugurée en 1853. Ce n’est que dix ans plus tard que Beaumont construisit sa propre classe.
Les mêmes difficultés se retrouvent lorsqu’il s’agit d’acheter une pompe à incendie, achat qui, cette fois, est fait par une souscription de Beaumont et de Présilly, commune qui jouxte Beaumont.
Ces deux exemples nous ont paru caractéristiques de l’état d’esprit régnant dans la commune, mais la même rivalité se manifeste à propos du tracé des chemins, de la «salle consulaire» (mairie), de la construction de l’église ou de beaucoup d’autres activités.
Cependant l’histoire de Beaumont ne se réduit pas à ces différends. L’unité de la commune est bien réelle et, lorsqu’à la suite du Traité de Vienne de 1815, la commune est coupée en deux par la ligne de douane, Beaumont étant en zone franche, Jussy et Le Châble en territoire douanier, des doléances se manifestent, doléances qui seront renouvelées en 1932 lorsque, après la sentence de La Haye, les deux sections sont à nouveau séparées.
La vie économique est traitée avec beaucoup de soin et de précision. Et c’est dans ce domaine qu’on ressent l’évolution rapide du précédent demi-siècle. En 1906 est constituée une société pour exploiter, par voitures automobiles passant par Le Châble, le transport des voyageurs et des marchandises entre Annecy et Genève. Il faut trois heures pour couvrir ces quarante-trois kilomètres. On appelle «cheval d’acier» les voitures pétaradantes. Le vol d’un petit avion au-dessus du village suscite la sortie de l’institutrice et des élèves de l’école pour voir le spectacle. Les métiers les plus divers sont exercés: taillandier, scieur de long, forgeron, charron qui est à l’occasion dentiste... petits métiers ambulants: magnin (rétameur), raccommodeur de vaisselle, de parapluies, taupier (poseur de piège); métiers de femmes également: couturière, modiste, coquetière (personne qui ramassait les œufs et les vendait à Carouge).
On apprend qu’il y eut un projet de construire un observatoire au Salève, qu’une bonneterie fut créée en 1880, remplacée en 1939 par la Société Alsacienne d’Aluminium. C’est en 1928 qu’on utilisa le premier tracteur pour l’exploitation agricole. On trouve un tableau du cheptel en 1794, puis de 1822 à 1900.
L’étude des mentalités, grand souci de l’histoire actuelle, n’est pas absente et fournit des anecdotes savoureuses, tel ce cultivateur possesseur d’une vigne qui vint bombarder de pierres la croix de mission parce que sa vigne avait été endommagée par la grêle!
Enfin, de très nombreux documents sont transcrits, qui montrent le sérieux avec lequel ont été étudiées les sources de ce beau travail dont l’intérêt sera ressenti bien au-delà de la commune qui en est l’objet.
Comme maire, M. Croset s’est dévoué pendant 26 ans au service de Beaumont. Dès sa retraite, il s’est attaché à en compléter l’histoire, accomplissant ainsi une tâche pour laquelle il avait une particulière compétence, et qui dénote un intérêt, une attention, un amour profond porté à son terroir natal. C’est là un témoignage de prix et une pierre de qualité apportée à notre histoire de la Savoie.
Henri Baud
Sous-Préfet honoraire
Président de l’Académie chablaisienne
Introduction
Table des matières
La première loi de l’Histoire est de ne pas oser mentir;
la seconde, de ne pas craindre d’exposer toute la vérité.
Léon XIII
Descendant de familles qui puisent leurs lointaines racines en terre savoyarde, passionné d’histoire locale et en possession de divers éléments, encouragé par mes amis, notamment Claude Girod, directeur des Fromageries de Beaumont, je me suis décidé à écrire cet essai sur ma commune. Celui-ci couvre la période de 1814 à 1940; cependant, un retour en arrière s’est avéré nécessaire pour expliciter certains faits. Plus tard, j’ai reçu les encouragements de mon frère François, aujourd’hui décédé, de mon neveu François Déprez et de son épouse Marielle, vice-présidente de la société d’histoire du Bas-Genevois, “La Salévienne”. Je dois également remercier ma fille, Monique Dupraz-Croset, qui a illustré cet ouvrage.
Bien évidemment, je me défends d’écrire une monographie de Beaumont, cela a été fait en 1901 par un de mes éminents prédécesseurs à la fonction de maire, le sénateur et historien André Folliet. Je considère cette étude comme un complément à l’œuvre de Folliet et, également, son prolongement jusqu’en 1940.
Je ne m’étendrai pas sur les événements propres à la Savoie qui ont précédé l’époque que j’ai fixée pour cette étude et je ne mentionnerai, brièvement, que ceux qui concernent particulièrement ma commune. C’est par une description de la commune de Beaumont que je débute, avec sa situation, ses hameaux, ses lieux-dits – même ceux aujourd’hui disparus – tous sentent bon leur terroir. J’aborde ensuite ses origines, la présence romaine, la féodalité avec l’existence de deux châteaux. Je situe Beaumont dans le cadre de la Savoie, en faisant ressortir son appartenance à différents régimes politiques du fait des annexions successives de l’ancien duché, et je mentionne les particularités propres à notre commune.
J. J. 129 Salève – Tour des Pitons

Grâce à de patientes recherches, 4 des souvenirs, à des anecdotes glanées auprès de mes concitoyens, j’étudie la vie des communautés de Beaumont, Jussy et Le Châble jusqu’en l’an 1940, ainsi que je l’ai dit plus haut, quoique dans certains chapitres l’année 1940 soit dépassée pour exposer le devenir d’entreprises, de sociétés ou de faits.
On remarquera, au cours des chapitres concernant les travaux communaux, les difficultés qu’avaient entrepreneurs ou fournisseurs à obtenir le règlement de leurs créances. Très souvent cela se terminait par une mise en demeure de l’autorité de tutelle, à laquelle quelquefois on restait sourd... voire par un règlement judiciaire.
Lors de citations de documents, j’en ai conservé l’orthographe.
Étant amoureux de l’histoire de mon pays, et non historien, je demande au lecteur de bien vouloir être indulgent à mon égard.
⊲ La Tour du Piton, point culminant de la commune.

La commune de Beaumont
Table des matières
• Superficie: 956 hectares
• Altitudes
point le plus élevé : le Grand Piton du Salève: 1.380 mètres. point le plus bas: au nord, en limite avec Neydens: 621 mètres.
• Confins
au sud-ouest: Présilly
au sud-est: Le Sappey
au nord-est: Archamps
• Chef-lieu: Le Châble
à l’ouest: Feigères
au nord: Neydens
Les origines de la commune et la présence romaine
Table des matières
La présence d’évêques à la tête du vaste diocèse de Genève dès le IVe siècle laisse supposer qu’ils s’employèrent à évangéliser les environs et à fonder des paroisses. De ce fait, l’origine de la paroisse de Beaumont date vraisemblablement de la fin du IVe siècle ou du commencement du Ve. Elle fut placée, dès le début, sous le vocable de saint Étienne.
D’après Folliet, le village de Beaumont date peut-être de la fin de la domination romaine. Nous pensons que la plus ancienne maison se situe au hameau de “Prémaqueu”, propriété Charra. Quant au village romain ayant existé sur, ou aux environs, de l’emplacement du hameau de Jussy, nous ignorons son nom. Le Châble, toujours d’après Folliet, et citant Grillet, dit «que les chartreux de Pomier fondèrent la colonie du Châble et y établirent la grande route de Cruseilles à Genève».
HAMEAUX ET PRINCIPAUX LIEUX-DITS
Chez Marmoux
Chez Frémillon
Chez Mabut
Le Château
Prémaqueu
Les Pralets
Les Creux
Les Travers
Beaumont
Les Pharnages
Fond de Beaumont
Châtillon
Marliaty
Molliets
Les Clèges
Le Bugnon
Chez Cutaz
Jussy
Chez Marin
Les Crêts
Clos Meunier
Le Mollard
Cutafort
Les Chainays
Les Grandes Resses
Les Usses-Forêts
Le Martinet
Les Roquettes
Les Eplanes
Philinges
CHALETS SUR LE SALÈVE
La Thuile
Petit Pomier
AUTRES LIEUX-DITS
Au Coppet
Au Cublet
Aux Corsons
Bois de la Cure
Bois des Creux
Bois des Fées
Bois Mouchés
Charraz
Combe à Bossenet
Contamine
Cornalety
Côte de Bet
Côtes de l’Eteret
Chez Bellot
Chez le Cuisinier
Chez Pipi
Chez Ramu
Crêt Brulé
Crêt Caron
Crêt de Sodome
Crêt du Grillet
Crêt du Moine
Creux du Loup
Creux du Vuarger
Fontaine à Gogo
Fontaine Froide
Juge Guérin
La Cornache
La Corne
La Dégrédalire
La Grande Paroi
La Joux
La Pérusaz
La Marquise
La Ravine
La Scierie
La Velaz
Le Crémième
L’Enfer
Les Aralles
Le Savenion
Les Biolles
Les Cours
Les Ecoudres
Les Grands Crêts
Les Lorins
Les Ouaz
Les Rippes
L’Orcené
Nillet
Pierre Pointe
Place à Jean Bouvet
Pré à la Grenouille
Pré de Ville
Pré Tioly
Reusa
Sur les Crottes
Tâtes à Broutter
QUELQUES NOMS DE LIEUX-DITS DISPARUS
Au Soufflet
Chez les Dames
Au Bigaret
Champ de la Pesse
Praz Laidezot
A La Pize
La Moille à Guillot
Chez l’Allemand
Jatta Caron
Pré de Gros Claude
La Tuillière
Pré de la Maria
Le Bachal à la Guillote
Luche Seigneur
Sur le Créveteau
En Rosai
Pré Cornu
Chavassine
Au Cheraudin
Praz Papaz
Au Paquier
Cré de Baugi
La Panessière
A La Rasse
Comba Louvet
Crez Manget
Au Sandron
Pierre Mercier
Plus loin il ajoute: «Cependant le Regeste Genevois mentionne à la date de juin 1178, l’acte le plus ancien où il soit question du Châble, et cette date semblerait indiquer que le Châble existait déjà lors de la fondation de cette Chartreuse».
Il ressort de cela que l’origine exacte du village du Châble est inconnue; cependant elle doit être postérieure à celle de Beaumont et même de Jussy.
Rappelons que Rome a occupé l’Allobrogie (provinces actuelles de la Savoie et du Dauphiné) de 120 avant J.-C. à l’an 443 après J.-C.
Evoquer, voire seulement effleurer, la question de la présence romaine dans notre commune tient de la gageure. Cependant, nous aidant d’écrits d’historiens et de quelques observations personnelles, nous ne pouvons douter de cette présence.
Tout d’abord les voies romaines et, en particulier la voie primitive, parcouraient le sommet de la montagne du Salève, du sud au nord; on peut encore en suivre le tracé en de nombreux endroits grâce à des pierres plantées. Cette voie avait peut-être, à l’origine, un intérêt double; l’un stratégique (n’y a-t-il pas, sur le Petit Salève, un emplacement dit le camp des Allobroges?), l’autre, disons économique, avec l’exploitation du minerai de fer présent sur le Salève (des scories trouvées en divers points l’attestent).
Claude Genoux, dans son Histoire de Savoie, nous décrit une voie qui, d’Aoste, gagnait Genève par le col du Petit-Saint-Bernard, Bourg-Saint-Maurice, Albertville, le col de Tamié, Faverges, Serraval, Annecy-le-Vieux, Pringy, Cruseilles. Cette voie, d’après Charles Marteaux (Revue Savoisienne 1907, 3e trimestre), traversait notre commune:
Dans une charte de 1179, il est dit que Humbert, vicomte de Cruseilles, reçoit des frères de Pomier, outre douze sous pour ses dépenses de guerre, trente sous pour la route (item pro strata triginta solidos); il s’agit évidemment ici de concessions territoriales à l’abbaye de Pomier, et entre autres de la route romaine qui existait bien avant la fondation de Pomier et qui appartenait aux seigneurs de Cruseilles. Le chemin que les moines ont pu construire pourrait être celui de Pomier à Présilly, après 1206, quand l’église de ce village leur fut donnée; ils le prolongeaient jusqu’à l’Eluiset, où ils possédaient des droits en 1386.
Charles Marteaux poursuit l’étude du tracé probable de la voie romaine de Boutae (Annecy-le-Vieux) à Genava (Genève) et estime qu’elle passait
par derrière Chez Cadis, au-dessus de Malbuisson et rejoignait la route actuelle (RN 201) à Jussy (Andilly). Elle contournait la montagne de Saint-Blaise ou Mont-Sion et, par un tracé plus direct, desservait Cambin et Le Châble et descendait ensuite jusqu’à Carouge entre Beaumont et Neydens, puis entre Archamps et Landecy.
Au-dessus de Malbuison, un mas s’appelle “Sous l’estraz”. Cette “estraz” ne peut être que la vieille route et celle-ci doit se confondre avec la “strata” du XIIe siècle qui passait à Jussy et en bas de Saint-Blaise et de Pomier.
Identifier, sur la foi de Grillet, cette “strata” avec le chemin de Pomier à Cruseilles par Saint-Blaise d’une part, et celui de Pomier à Beaumont, qui venait en réalité de Charly d’autre part, c’est supposer qu’avant les moines aucun chemin praticable ne desservait les villas, c’est donc ne pas admettre l’existence d’une voie dans ces parages, c’est surtout mal interpréter le texte de la charte.
Après Le Châble, une route appelée autrefois l’Estraz gagnait, par Mouvy, Saint-Julien, à gauche de la route nationale 201; cet embranchement, qui reliait la voie de Condate à Genève à celle qui nous occupe, est certainement ancien; il en est de même de ce chemin qui, de Neydens, aboutissait à cette même ville et qui a conservé le nom de “via urbana” ; enfin celui du Châble à Châtillon (Beaumont), “via publica de Cursillia versus Castellionem” est cité au XIVe siècle . Mais la voie romaine, ici encore, doit se retrouver vraisemblablement sous la vieille route, aujourd’hui chemin de grande communication n° 18 du Châble à Carouge, ou non loin d’elle, c’est-à-dire qu’elle passait sous Moisin....
Nous ajouterons que les anciens de notre village nous ont souvent parlé de l’existence d’une voie romaine dans la commune, la situant tantôt comme Ch. Marteaux, tantôt à l’ouest du Châble, venant des Cambins, se dirigeant vers Pernin et Mouvy. Y aurait-il eu un embranchement?
Quant à la présence même des Romains, elle s’affirme par des découvertes.
Dans la revue citée plus haut, Charles Marteaux écrit: «A Beaumont, près du Châble, M. Bussat trouva en 1860, au lieu-dit “Les Eplanes”, à 500 mètres à gauche de la route de Saint-Julien et à 0,45 m de profondeur, un aqueduc fait de deux tuiles à rebord» . D’après M. Mabut, carrier, il existait aux Travers une tuilerie gallo-romaine.
Dans sa Monographie de la commune de Beaumont, A. Folliet note
que dans les champs situés au pied de la colline, entre Beaumont et Le Châble, près de Jussy, on a trouvé des médailles romaines, les unes de la meilleure époque, de Claude et de Néron, surtout des Antonins, les autres de la dynastie de Constantin. On a trouvé également des débris d’aqueducs. Un village a évidemment existé dans cet endroit, où passait probablement le chemin de Genève à Annecy-le-Vieux.
Nous ajouterons qu’au cours des travaux de pose des conduites principales d’eau et d’assainissement en 1980, dans la traversée du Châble, en face de notre habitation, un puits très bien conservé ainsi que des fragments de murs ont été découverts à environ un mètre de profondeur.
De même, lors de récents travaux de terrassement pour la construction d’une maison, une quantité importante de débris de tuiles à rebord et de murs ont été mis à jour.
L’origine de la paroisse se situant vers la fin de l’occupation romaine, nous expliquerons la venue des Romains en Allobrogie en nous référant de nouveau à Claude Genoux dans son Histoire de Savoie: «C’est près d’un village des environs d’Avignon nommé Vindalie que les légions romaines vainquirent les Allobroges, 118 ans avant l’ère vulgaire; de ce jour, toute l’Allobrogie est comprise dans les États romains».
Pendant l’occupation romaine, le territoire de notre commune faisait partie de la province viennoise et de la subdivision romaine Civitas Genavensium (cité des Genevois).
Beaumont dans la province de Savoie
Table des matières
Nous continuons par un résumé très succinct des événements qui ont fait l’histoire de la Savoie.
Après les Romains, ce sont les Burgondes et le royaume de Bourgogne. Qui étaient ces Burgondes? Des peuples barbares venus du Nord. Claude Genoux, citant Rougebief dans son Histoire de la Franche-Comté nous fait un portrait saisissant du Burgonde:
L’histoire nous représente les Burgondes avec une taille colossale, une force de corps prodigieuse, une voix rauque, une figure grossière. Portant de longs cheveux blonds qu’ils enduisaient de beurre rance pour les entretenir luisants. Ils aimaient les boissons spiritueuses qu’ils regardaient comme le plus délicieux breuvage; ils préféraient la chair des animaux à toute autre nourriture, mais il était rare que l’oignon et l’ail ne fissent pas partie de leurs repas. Les Burgondes, comme autrefois les Gaulois, recherchaient les festins copieux; et quand l’ivresse les gagnait, chantaient d’une voix forte et gutturale les exploits de leurs ancêtres...
L appartenance au premier royaume de Bourgogne prit fin avec sa conquête par les Francs (autre peuple venu du nord de la Germanie) en 533. Alors Beaumont faisait partie du Pagus Genevensis (pays de Genève). Avec Charlemagne, on voit apparaître les titres de comte ou de baron.
En l’an 775, lorsque cet empereur (Charlemagne) passa de l’Allemagne en Italie, pour y régler le différend qui existait entre le pape Adrien Ier et Didier, le roi des Lombards, il s’arrêta à Genève et à Saint-Jean de Maurienne; dans ces deux bourgades, il s’occupa de notre Savoie avec infiniment de sollicitude. Il divisa notre pays à peu près tel qu’il est organisé de nos jours, c’est-à-dire en sept provinces ou districts que l’on nommait “pagi” ; c’était la Maurienne, la Tarentaise, la Savoie propre, le Chablais, l’Albanais, le Genevois et le Faucigny. Des vicaires, ou vidâmes, régissaient ces districts sous le titre de comtes ou barons... (Claude Genoux).
Beaumont dépend des comtes de Genevois.
Puis après le passage au royaume de Bourgogne transjurane, la Savoie, à partir de 888, appartient au deuxième royaume de Bourgogne. Ce fut sous le règne des Rodolphes, rois de Bourgogne, que la Savoie connut l’invasion des Sarrasins. Débarqués à Nice en l’an 891, c’est par le Piémont qu’ils gagnèrent la Savoie, semant ruines et désolation pendant leur présence qui dura une cinquantaine d’années. Un lieu-dit “Le Mort”, situé près de la limite avec Présilly et se prolongeant même sur cette commune, serait-il une déformation de “Maures” (Sarrasins)?
Nous arrivons au début du deuxième millénaire de notre ère avec l’an 1003 qui verra la naissance de la Maison de Savoie; celle-ci, avec des fortunes diverses, régnera sur notre province jusqu’en 1860, puis sur l’Italie jusqu’en 1946.
Les origines de la Maison de Savoie
Table des matières
Nous ne nous étendrons pas sur les comtes ou ducs de la dynastie de Savoie, pas plus que sur les guerres, soit déclarées, soit soutenues par eux, d’autant plus que, dans les débuts, Beaumont dépendait du comté de Genevois.
Selon Claude Genoux dans son Histoire de Savoie, le premier à avoir régné sur ce qu’était la Savoie à l’époque serait Bérold de Saxe en l’an 1003.
La lecture d’ouvrages d’histoire de la Savoie nous apprend que les origines de la maison de Savoie sont très controversées, notamment en ce qui concerne Bérold de Saxe, cité par Claude Genoux, de même que l’ascendance de Humbert aux Blanches-Mains. Nous donnerons le point de vue de divers historiens sur l’origine de la dynastie des Blanches-Mains.
D’après M. Carutti, président du Comité des Etudes d’Histoire nationale à Turin, «Humbert aux Blanches-Mains n’était point fils de Bérold de Saxe, mais probablement d’un Amédée, fils d’Humbert le Vieux, qui avait entre autres deux fils, Amédée l’Ancien et Humbert comte de Savoie-Belley, vivant en 977/995. Sa descendance étant sans postérité, les droits de la branche Savoie-Belley passèrent à celle d’Humbert aux Blanches-Mains, devenu héritier de la branche cadette vers 1050» .
Dans la Revue Savoisienne (1901, p. 125 et suivantes), Max Bruchet mentionne G. de Manteyer qui établit ainsi l’ascendance d’Humbert aux Blanches-Mains. Ce dernier descendrait de Garnier, vicomte de Sens, comte de Troyes, né vers 870/880, mort à Chaumont-en-Bassigny le 6 décembre 925.

De Henri Ménabréa , nous citons:
D’où venait-il Humbert dont le surnom était Blanches-Mains? Il paraît aujourd’hui démontré qu’au lieu du Bérold de Saxe des chroniques et des fables, il descendait d’un Garnier comte de Troyes, qui se rattachait à une branche cadette et bourguignonne des Carolingiens. Cette famille avait été attirée par mariage dans le Sud-Est et s’y était implantée.
Paul Guichonnet, dans son Histoire de la Savoie , écrit au sujet de l’hypothèse de G. de Manteyer:
Cette importante construction a le mérite de la cohérence et de reposer sur l’examen d’un grand nombre de documents qui souvent s’éclairent l’un l’autre. L auteur, en outre, a rassemblé une masse importante de renseignements sur cette période obscure et sur les personnages qui en dirigent les événements. L’abbé Chaume, qui a passé au crible les hypothèses de Manteyer, a accumulé en cette matière les remarques judicieuses pour aboutir à trois conclusions essentielles relatives à l’histoire de cette période et aux circonstances dans lesquelles se déroula l’action des auteurs de la dynastie.

Frappé par l’importance des relations que nouèrent les premiers princes savoyards avec l’abbaye de Cluny, l’historien bourguignon y décèle l’influence de la comtesse Ancilie, femme d’Humbert aux Blanches-Mains, qui serait d’origine auvergnate.
Puis, en page 138, M. Guichonnet poursuit:
Humbert aux Blanches-Mains, né aux environs de 980, attaché à la cour de Bourgogne, son mariage ne peut que renforcer sa puissance fortement assise sur les domaines nombreux et vastes qu’il possède du Bas-Rhône aux Alpes et jusqu’au Val d’Aoste. Sur le versant occidental, seuls le Genevois et le Faucigny restent complètement en dehors de son emprise, sous leurs seigneurs indépendants, comtes de Genève et sires de Faucigny.
En l’an 1033, la Savoie appartenait à Conrad le Salique qui sera couronné empereur d’Allemagne à la mort de Charles Constantin. Alors que Conrad se trouve en Hongrie, le comte de Champagne profite de cette absence pour (nous dirions un coup d’État) s’emparer de la presque totalité de la Bourgogne cisjurane puis, arrivé dans ce qui deviendra le canton de Vaud, incite le comte de Genevois, ainsi que les évêques d’Aoste, Maurienne, Tarentaise, à suivre son exemple... Cette révolte fut rapidement brisée par Conrad, revenu en hâte. Humbert, un de ses lieutenants, portant le titre de marquis ou comte, s’était distingué au siège de Saint-Jean-de-Maurienne, Conrad le nomma comte-souverain de Maurienne, et plus tard lui donna le Chablais. Il sera connu sous le nom de “Humbert aux Blanches-Mains”.
Les châteaux de Beaumont
Table des matières
Avant de poursuivre la chronologie d’événements intéressant Beaumont, nous aborderons la féodalité avec la présence de deux châteaux sur le territoire de notre commune, tous deux dépendant du bailliage de Ternier.
Sur l’emplacement de l’actuel hameau de Châtillon était un château ou maison-forte, dont nous ne connaissons ni la date de construction, ni celle de sa disparition qui a dû se produire avant le XVIe siècle. D’après Folliet, il appartenait aux seigneurs de Châtillon, issus d’une très ancienne famille qui aurait quitté le bailliage de Ternier vers le milieu du XIVe siècle.
Sur une éminence dominant le village de Beaumont se dressait un château ; d’après la mappe sarde, nous pouvons juger de son importance. Son emplacement, de forme polygonale, avait une longueur moyenne d’environ 40 mètres et 15 mètres environ de largeur moyenne. La propriété comprenait, outre le château, grange, four, etc, des terrains (bois, champs, prés) d’une superficie d’environ 122 hectares (en annexe relevé cadastral de ces biens). Ce château était propriété des seigneurs de Menthon.
Le dernier vestige du château de Beaumont.

D’après l’armoriai de Foras, Jean Ier, seigneur de Menthon et de Beaumont, avait fait, vers 1190, une donation importante à l’abbaye de Pomier. La famille de Menthon était donc, à une date antérieure à la fondation de la chartreuse de Pomier (1170), propriétaire du château de Beaumont. D’après Folliet, il est probable que la seigneurie de Beaumont fut inféodée par le comte de Genevois au seigneur de Menthon à la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe.
Le château fut pillé et incendié en octobre 1590. Ce fut l’œuvre du capitaine genevois Jean Baudichon de la Maisonneuve et de ses hommes. Nous avons consulté le registre du Conseil de Genève. Ce dernier est avare de renseignements sur cet “exploit”, néanmoins nous en donnons ci-après un extrait:
Sur ce que le capitaine Jean Baudichon et ses gens demandent permission d’aller au chasteau de Boamont pour le brusler et amener ce qu’ilz y trouveront. A esté arresté qu’on le accorde.
Puis plus loin, ledit capitaine, ayant dû garder le butin:
Estant rapporté qu’il a retorné en sa mayson le butin du chasteau de Boamont qui fut pris et bruslé dimanche dernier par luy et ses gent assavoir ceux de sa compagnie, a esté arresté qu’on l’appelle céans pour l’en faire répondre et de ce qu’encor y fust commandé de la part de Messieurs de le laisser recevoir aux commis de la Seigneurie il ne le voulait permettre disant qu’estait bon pour en répondre pareillement aussy de ce qu’ilz ont laissé évader le fils du sieur de Villard Boyvin que estait dans le dit chasteau... a présumé qu’ilz en ont tué quelque chose.
La seigneurie de Beaumont prit fin en 1792. La propriété fut déclarée bien national et vendue comme tel. La famille de Menthon ne racheta pas ses anciens biens lorsque cela fut possible.
Nous devons ici faire état de la fondation, au début du XIIe siècle, de la chartreuse de Pomier. Quoiqu’étant située sur la commune voisine de Présilly, sa présence aura une importance certaine dans la vie de notre commune. Cette chartreuse était propriétaire sur Beaumont de deux domaines sur la montagne du Salève, celui de la Tuile et celui du Petit Pomier, ainsi que des moulins de Cutafort .
Notons une première particularité : le village de Beaumont et ses hameaux dépendaient de la seigneurie; la paroisse, au contraire, embrassait toute la commune de Beaumont. Or le curé ne prélevait la dîme que dans la seigneurie; au Châble et à Jussy, la dîme était perçue par les chartreux de Pomier.
Reprenons l’histoire de la Savoie. Le 5 août 1401 est une date importante; c’est celle de l’acquisition par le comte de Savoie, Amédée VIII, du comté de Genevois dont Beaumont dépend.
En 1416, l’empereur Sigismond érige le comté de Savoie en duché.
Le duc Amédée VIII donne en apanage, en 1440, le comté de Genevois à son fils Philippe. Beaumont est partagé : le village et ses hameaux sont rattachés au mandement (ou bailliage) de Ternier; Jussy et Le Châble restent au comté de Genevois. Puis, pendant une durée imprécise et à une date indéterminée, Jussy et Le Châble sont rattachés au bailliage de Ternier.
Extrait de la Mappe Sarde de 1730: Jussy (cliché A.D. H.S. 1990, O. Guillon).

BIENS DES RÉVÉRENDS SEIGNEURS DE LA CHARTREUSE DE POMMIERS D’APRÈS LA MAPPE SARDE DE 1730

Le duc Charles III inféoda en 1514 à son frère Philippe le comté de Genevois. Ce dernier, par son mariage en 1528 avec Charlotte d’Orléans-Longueville, devint duc de Nemours. De nouveau, Beaumont et Le Châble-Jussy sont séparés et le resteront jusqu’en 1665.
Au début de l’année 1536, les troupes bernoises, arrivant de Genève, envahissent le bailliage de Ternier. Le culte catholique est aboli et, souvent par la contrainte, les habitants embrassent la religion réformée. Les paroissiens de Beaumont et de ses hameaux sont convertis au protestantisme, tandis que ceux de Jussy, du Châble et de la chartreuse de Pomier, dépendant du comté de Genevois, restent catholiques. Cette situation dura pendant toute l’occupation bernoise qui prit fin en août 1567.
C’est au cours de l’imposante cérémonie dite des Quarante Heures de Thonon qui se déroula le 9 octobre 1598, que nombre d’habitants du bailliage de Ternier et autres, qui avaient embrassé la Réforme pendant l’occupation bernoise, se sont rendus dans cette ville pour abjurer le protestantisme entre les mains du cardinal de Médicis, de l’évêque de Genève et de saint François de Sales. Ils rentraient à nouveau dans le giron de l’Église catholique.
A Beaumont, les habitants suivants se seraient rendus à cette cérémonie: André Mouget , Pierre Mabut, Pernette Pralet fille de François, Pierre de Pralet, Etienne Mabut, Pernette Pralet fille de Jean, Antoine Pralet, Claude Mabut, Andréanne Pralet, Etienne des Pralets, Antoine Gruiet, Jacques Mabut, Andréanne fille de Claude Bosson , Aymon Grinet , Claudine veuve de Jacques Grinet, Claudine fille d’Etienne Cousta, Antoine Ponce, Jeanne fille d’Etienne Mogenant.
Avec la fin de l’occupation bernoise, le bailliage de Ternier retournait au duc Emmanuel-Philibert.
L’année 1665 verra le mariage, en secondes noces, du duc Charles-Emmanuel II avec Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours, qui apporte en dot trois territoires dont le comté de Genevois.
L’armée française occupe la Savoie en 1690, puis de 1706 à 1713.
Beaumont sous quatre régimes
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Le duc de Savoie devient roi de Sardaigne
Par le traité d’Utrecht (11 avril 1713) et le congrès de Rastadt, Victor-Amédée II recouvre ses territoires, dont la Savoie, et obtient en plus la Sicile avec, en sus, le titre de roi de cette île. Cette royauté sera éphémère, la Sicile ayant été prise par l’Espagne, puis par l’Autriche.
Par le traité de Londres de 1718, le duc reçoit en compensation l’île de Sardaigne avec le titre de roi. La Savoie devient une province sarde.
C’est au duc Victor-Amédée II que l’on doit le cadastre. Ce travail dura dix ans en Savoie de 1728 à 1738. Nous tirons de l’Histoire de Savoie de Claude Genoux cette citation d’Hérau et Dorbier (La Savoie en 1833):
Ce monument est un cadastre général de toute la Savoie accompagné d’une carte géographique de chaque commune... sur une échelle de un sur la carte pour 2 400 sur le terrain. Cet ouvrage admirable a été fait avec la plus scrupuleuse exactitude... C’est à la Savoie que la France a emprunté le système de cadastre qu’elle a établi chez elle depuis 1805.
L’armée espagnole occupa la Savoie de 1742 à 1749. Elle se conduisit en conquérant, levant des impôts, effectuant maintes réquisitions...
Beaumont, Jussy, Le Châble sont réunis à l’intendance de Genevois pour la justice en 1749.
La création de la province de Carouge en 1780 mettra fin à l’existence de deux régimes différents dans notre commune, ce qui la divisait.
La République en Savoie
A la tête des troupes françaises, le général Montesquiou entre en Savoie sans coup férir le 22 septembre 1792. Le 24, il est à Chambéry; de là, il fait publier et afficher dans les villes de Savoie la proclamation suivante :
Liberté ! Egalité ! De la part de la nation française, guerre aux despotes, paix et liberté aux peuples. Donné à Chambéry, le 24 septembre 1792, l’an quatre de la liberté et le premier de l’égalité. Le général de l’armée française: Montesquiou .
Les habitants de toutes les communes savoyardes furent invités à élire pour chacune un député, le 14 octobre 1792, avec mission de se rendre à Chambéry le 21 suivant, pour discuter de la réunion de la Savoie à la France. Jean-Claude Taponier, cabaretier au Châble, ancien syndic, fut élu et votera le rattachement. La réunion de tous les députés prit le nom d’«Assemblée législative des Allobroges». Le 23 octobre, elle votera, à une écrasante majorité, l’annexion de la Savoie à la France. La Convention nationale entérinera ce vote le 27 novembre:
La Convention nationale, après avoir reconnu que le vœu libre et universel du peuple souverain de la Savoie, émis dans les assemblées des communes, est de s incorporer à la République française; considérant que la nature, les rapports et les intérêts respectifs rendent cette réunion avantageuse aux deux peuples; déclare qu’elle accepte la réunion proposée et que, dès ce moment, la Savoie fait partie intégrante de la République française.
La Savoie devient ainsi le département du Mont-Blanc, avec pour chef-lieu Chambéry. Beaumont en fait partie. Il dépend du district de Carouge, canton de Viry.
Le 15 avril 1798, l’armée française occupe Genève qui devient, le 25 août suivant, chef-lieu du nouveau département du Léman dont fera partie Beaumont. Cet état de fait durera jusqu’en 1814, année où Genève entre dans la Confédération helvétique.
En 1801, Saint-Julien remplace Viry comme chef-lieu de canton.
La Savoie fait retour au royaume de Sardaigne
Le traité de Paris du 30 mai 1814, consécutif à la défaite napoléonienne, a partagé la Savoie. Une partie fait retour au royaume de Sardaigne, tandis que l’autre partie reste française. Cette dernière comprend trois arrondissements: Chambéry, Annecy et Rumilly; la commune de Beaumont est rattachée à ce dernier. Cette anomalie crée des problèmes aux habitants de notre commune car, pour aller commercer à Genève, ils doivent traverser Carouge... ville sarde!
Fort heureusement, le traité de Vienne du 20 novembre 1815, intervenu après les Cent-Jours et Waterloo, réunifie la Savoie. Beaumont dépend de la province de Carouge, chef-lieu Saint-Julien.
Par ce même traité, ainsi que par celui de Turin du 16 mars 1816, le territoire savoyard sera amputé de vingt-trois communes au profit de la république et canton de Genève. On peut voir à Carouge, au Rondeau, un monument qui célèbre cet événement.
Ce même traité de Turin a institué, au profit de Genève, une zone franche autour de son canton. Cette zone, dite zone sarde, qui existe encore de nos jours, a partagé la commune de Beaumont, créant des inconvénients notamment aux habitants de la partie située en territoire douanier.
Mentionnons les combats entre Français et Autrichiens et l’occupation par l’armée autrichienne qui s’ensuivit en 1814 et 1815, et dont la commune de Beaumont eut à souffrir. De plus, une imposition extraordinaire vint alourdir le budget communal.
Par suite de la suppression de la province de Carouge en 1838, Beaumont dépend de la province du Genevois, chef-lieu Annecy.
Réunion de la Savoie à la France sous le Second Empire
Le traité de Turin du 24 mars 1860, conclu entre la royauté sarde et le régime impérial français, unissait la Savoie (ainsi que le comté de Nice) au destin de la France, sous réserve d’une consultation des populations. Elle le furent grâce à un plébiscite organisé le 22 avril 1860, dont les résultats se passent de commentaires .

Notons que 71 bulletins étaient pour la réunion à la Suisse.
Nous donnons, ci-dessous, extrait du procès-verbal du plébiscite dans la commune de Beaumont:
Electeurs: 178 – Oui et Zone: 175 – Oui: 1 – Non: 1 – Nul: 1.
La prise de possession du territoire savoyard sera faite officiellement par le sénateur Laity au nom de l’Empereur.
Notons que le plébiscite a été précédé d’une active campagne en faveur de l’annexion, notamment par les comités français de Chambéry et d’Annecy. Nous en donnons un exemple, en annexe, par un article paru dans le journal Le Bon Sens .
Il y eut, en Savoie du nord, une propagande pour la réunion de cette partie de la province à la Suisse.
Depuis la IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870 à la suite de la capitulation de Napoléon III à Sedan deux jours plus tôt, Beaumont fait partie de l’arrondissement et canton de Saint-Julien, hormis une éclipse de 1926 au 1er janvier 1934, pendant laquelle notre commune était rattachée à l’arrondissement d’Annecy, suite à la suppression de celui de Saint Julien.
Alors que la guerre civile (la Commune), avec son triste cortège de destructions et de crimes abominables, dure depuis deux mois, que la guerre avec la Prusse n’est pas terminée (elle le sera le 30 mai 1871 par le traité de Francfort), le conseil municipal de Beaumont réuni en séance extraordinaire le 11 mai, vote l’adresse suivante aux députés de l’Assemblée nationale:
Réuni pour la première fois, le conseil municipal de la commune de Beaumont croit de son devoir de vous adresser l’expression de ses vœux qui sont aussi ceux de la population.
Nous voulons que l’Assemblée nationale reconnaisse et acclame la République et la maintienne par tous les moyens possibles. C’est le seul moyen de gouvernement qui puisse sauver la France, en faisant taire toutes les prétentions et les rivalités des partis qui la divisent et en nous permettant de faire des économies sérieuses pour relever nos finances et nous débarrasser des hordes étrangères qui souillent notre territoire.
Nous demandons aussi que l’Assemblée nationale fasse cesser la guerre civile et qu’elle ne se refuse plus aux offres de conciliation qui pourraient mettre fin à cette lutte fratricide.
Vive la République.
1939. La guerre, baptisée la “drôle de guerre” ; la bataille de France, mai-juin 1940; l’appel du général de Gaulle depuis Londres le 18 juin; l’armistice avec l’Allemagne le 22 juin et avec l’Italie le 24. Les hostilités cesseront le 25 à 1 h. 35 puis, le 10 juillet, un nouveau régime dénommé État français est instauré, siégeant à Vichy. La France est coupée en deux par une ligne de démarcation; au nord de cette ligne, la zone occupée, au sud, la zone soi-disant libre (Beaumont appartient à cette dernière). Cet état de fait durera jusqu’à l’occupation totale en novembre 1942. Pendant toute la durée des hostilités et encore au-delà, nous connûmes, comme entre 1914 et 1918, les restrictions, le rationnement, les cartes d’alimentation, de textiles, les réquisitions. Ce qui ne pouvait être fourni par le marché “officiel” l’était par le marché noir. L’échange de produits manufacturés contre des produits alimentaires était courant. On le nommait “monnaie machoires”, par analogie aux bons de “monnaie matières”, attribués par l’administration aux industriels et artisans.
Dix-sept habitants de la commune connaîtront une longue captivité dans les stalags.
ANNEXE
Habitants de la Savoie
Victor Emmanuel, devenu, par suite des derniers événements, roi de Haute-Italie, a compris lui-même que nos intérêts ne nous permettaient plus de faire partie d’un royaume italien et nous attiraient irrésistiblement vers la France; il a cédé tous ses droits sur la Savoie à l’empereur des Français.
Napoléon III, bien qu’il ait déjà reçu l’adhésion de la Savoie par l’organe de ses corps constitués, n’a pas voulu consommer cette annexion avant qu’elle ait été consacrée par l’acclamation universelle de tous les Savoisiens.
A cette question: Voulez-vous être réunis à la France? nos députés, nos conseillers provinciaux, nos conseillers communaux, représentants naturels de nos sympathies et de nos intérêts, ont déjà répondu avec enthousiasme: OUI, nous le voulons. C’est à notre tour de répondre: OUI.
Qu’un vote unanime fasse connaître à l’empereur Napoléon que nous serons heureux d’appartenir à la grande nation française!
Demain donc, nous serons citoyens français et nous jouirons de tous les avantages attachés à ce titre glorieux!
Plus de contingent! plus de seconde catégorie! plus de garde mobile! Nos enfants enrôlés depuis sept ans seront immédiatement libérés; ceux qui sont enrôlés depuis quatre ans rentreront dans leurs foyers en congé renouvelable. Telle est la loi française.
Elle atteint moins d’hommes que chez nous, car nous avons maintenant 17 000 hommes au service du Piémont, tandis qu’en devenant Français nous n’en n’aurons que 4 000 sous les armes.
Plus de douane! Nous achèterons à bon marché nos habillements, nos outils d’agriculture, nos instruments de tout genre, et nous vendrons avec facilité et avantage nos vins, nos bois, nos bestiaux, nos fromages, toutes nos denrées, tous nos produits.
Plus de passeport! Nous nous établirons librement sur tous les points de la France, et partout nous serons chez nous. Français, toutes les places de l’empire seront accessibles pour nous.
Nous aurons le sel à 3 sous le kilo; notre agriculture sera encouragée et deviendra florissante.
Nous ne paierons plus au Piémont 12 millions par an, dont la moitié se dépensait en Italie, sans avantage et sans profit pour nous.
Nous aurons enfin un bon gouvernement: plus de loi qui permette l’usure. Les impôts seront bien répartis, sagement calculés, et se reverseront dans le pays en dépense de toute sortes. Le gouvernement français contribuera pour une forte part aux dépenses que nos communes supportent seules aujourd’hui: églises, maisons communales, écoles, routes, ponts, diguements, etc, etc. Il paiera lui-même les traitements de nos curés et de nos maîtres d’école, que le gouvernement piémontais laissait presque en entier à notre charge.
LE CHABLE (Beaumont) et le Salève

Tout prendra chez nous une nouvelle vie: nos industries seront encouragées, nos mines exploitées, nos cours d’eau utilisés; nos eaux minérales verront accourir les étrangers.
Nous aurons des fabriques et des usines pour occuper les bras inactifs; nos ouvriers auront enfin du travail dont ils manquent depuis longtemps. Enfin nous aurons affaire à un gouvernement qui parlera la langue de nos représentants, qui comprendra nos mœurs, nos habitudes, qui ne sera pas un étranger pour nous, qui saura écouter nos demandes et faire justice à nos réclamations.
Chers concitoyens, c’est la France qui nous appelle et nous tend les bras! Répondons-lui avec enthousiasme! Que le 22 avril devienne une date impérissable dans l’histoire de notre patrie; que chacun de nous tienne à l’honneur de déposer son OUI dans l’urne électorale; que chaque ville, chaque commune se fasse remarquer par son empressement!
A l’ombre du drapeau de la France, ce glorieux étendard que nos pères ont suivi de victoire en victoire, et qui fait aujourd’hui l’envie et l’admiration du monde, la Savoie redeviendra heureuse et prospère. Saluons de nos acclamations l’empereur des Français, le digne héritier de Napoléon-le-Grand: il a promis de réaliser toutes nos espérances. Et que cette acclamation nationale apprenne à nos fils et à nos frères, encore au service en Piémont, qu’ils sont enfin libres de revenir dans leurs familles pour redire avec nous le cri national: Vive l’Empereur! Vive la France! Vive la Savoie française! (...)
Le Bon Sens, 21 avril 1860
LA VIE AU VILLAGE

31. - LE CHABLE (Beaumont). - Vue centrale

Le Châble Vue générale

La vie à la maison
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La maison
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On ne peut parler de la vie au village, de la vie quotidienne, sans se soucier des logements, de la maison et de l’agencement de celle-ci.
La cuisine était la pièce principale, celle où l’on vivait (sauf pendant l’hiver, ainsi que nous le verrons plus loin). Qu’y voyait-on?
Bien évidemment la cheminée avec l’âtre et son manteau, la marmite ou le chaudron, pour la cuisson des aliments, suspendu à la crémaillère. Cette dernière permettait de régler la hauteur du récipient au-dessus du feu. Le combustible principal était le bois.
Le potager, en général construit dans l’embrasure de la fenêtre, était constitué d’une pierre de molasse plate, assez épaisse, posée horizontalement; deux cavités taillées dans cette pierre servaient de foyers; au-dessous de cette pierre se trouvait le cendrier, fermé par une pierre également en molasse, posée verticalement, dans laquelle une large ouverture était pratiquée. Les braises ardentes étaient portées dans les foyers du potager pour permettre de cuisiner. On les utilisait également pour chauffer le fer à repasser. Durant la saison froide, on les mettait dans une chaufferette, un petit appareil en bois, tolé à l’intérieur et fermé dessus par une grille: ainsi se chauffait-on les pieds. Les braises étaient également employées dans la bassinoire que l’on passait entre les draps, alors en chanvre, avant le coucher. Je me souviens de la brique ou “carron”, parfois émaillée et agrémentée de fioritures, qui chauffait le lit, tout comme la bouillotte en fer blanc.
Plus tard vinrent les fourneaux de cuisine, en fonte, dont le corps reposait sur quatre pieds, très hauts; certains de ces fourneaux avaient un petit four. Sur le devant, au-dessous de la porte du foyer, se trouvait la brasière, plaque de fonte fixée horizontalement, comme une étagère, où l’on posait la cafetière ou d’autres ustensiles à maintenir au chaud. Puis apparurent les cuisinières à bois, par la suite mixtes bois-charbon; certaines avaient un récipient incorporé appelé bouillotte. Vers 1936, le gaz butane en bouteilles rentra dans les maisons ainsi que, bien évidemment, le réchaud à gaz.
Le lavoir, ainsi appelait-on l’évier, était taillé dans une pierre de roche. Au-dessus, encastrée en partie dans le mur, était placée la pierre à eau, petit réservoir, taillé également dans la pierre de roche du Salève, dont les dimensions étaient de 0,75 m de longueur, 0,45 m de largeur et 0,35 m de hauteur et qui était muni d’un robinet de tirage. Ce réservoir était rempli avec l’eau pompée au puits et transportée à l’aide d’un seau.
Le pétrin, où l’on pétrissait la pâte était en bois.
Le mobilier, très rustique, était souvent fait en bois blanc. Il comportait une table, deux bancs, un buffet, parfois un vaisselier ainsi qu’une baratte. Il y avait aussi la huche où l’on conservait le pain, quelquefois durant un mois.
Le pèle , était la pièce contiguë à la cuisine. Il était utilisé principalement au temps des froidures; très souvent, on y trouvait un lit dans un angle de la pièce. On y voyait également un grand coffre en bois où étaient enfermés linge et papiers.
La (ou les) chambre(s), était(ent) meublée(s) sommairement; on y trouvait souvent le berceau. Au XIXe siècle, l’ameublement connut un progrès et le confort s’en trouva amélioré.
Les murs et plafonds des pièces (chambres, pèle, cuisine) étaient, en général, passés au badigeon, quelquefois teintés. Quant aux planchers, ils étaient “panossés” (serpillés) périodiquement.
Le cellier, ou resserre, avait en général un mur exposé au nord: dans ce mur était aménagé un petit placard avec une ouverture à l’extérieur, très étroite et grillagée (dont les dimensions étaient d’environ 60 cm par 12 cm). Cela faisait office de réfrigérateur. C’était une manière astucieuse de conserver les aliments, sinon au froid, tout au moins au frais, la plupart des maisons n’ayant pas de cave.
L’alimentation
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La nourriture était sans doute plus abondante ou variée sur la table des familles aisées. Néanmoins, la pitance journalière variait peu. La soupe mijotée dans le chaudron restait l’aliment de base; quand cela était possible, un morceau de lard l’améliorait. A la belle saison, elle était mise dans des pots de terre cuite et maintenue à température constante sur le potager. Souvent, femmes ou enfants les transportaient aux champs pour le repas de midi.
La pomme de terre, cuite sous la cendre, était accompagnée de quelques légumes. On mangeait quelquefois un cabri, une chèvre “réformée”, dont la viande était mise au saloir... quand on avait suffisamment de sel. Le poulet (ou la poule) était réservé pour les jours de fête religieuse (on préférait le plus souvent les vendre pour “se faire quelques sous”). Le fromage était fait en général à la maison. Des fruits cultivés ou sauvages (châtaignes, sorbes...) faisaient office de dessert. Dans les familles quelque peu “nanties”, on tuait le cochon élevé à la maison. Cette opération se déroulait selon un rituel immuable et se prolongeait toute la journée par la découpe de la viande, la fabrication des boudins, atriaux, longeoles, saucisses, etc. J’ajoute que la vessie de la bête, soigneusement lavée et séchée, sera utilisée comme blague à tabac dans laquelle l’herbe à Nicot conserve fraîcheur et arôme.
Une anecdote: au début de novembre 1868, Auguste Folliet, cultivateur au Châble, “tuait le caïon”. Quelques voisins étaient conviés (c’était coutume). La bête saignée fut mise dans “l’empatière” , et le sang recueilli pour le boudin. Les participants allèrent à la cuisine “casser la croûte”. Au retour, stupeur! Le cochon avait disparu! Bien évidemment on chercha. Ce ne fut que vers les deux heures de l’après-midi que la bête fut découverte... sous un tas de fascines. Etait-ce une farce ou le cochon avait-il pu se traîner dans cette cachette pour agoniser? Mystère! On a bien ri au village où tous les habitants étaient en alerte!
Un autre moyen pour se procurer de l’alimentation carnée consistait à braconner. Il était pratiqué par quelques possesseurs de “pétoires”, au pied du Salève, près des Aralles, au Creux du Vuarger, pour améliorer l’ordinaire sans doute, mais également par passion.
La femme était mise journellement à contribution par les multiples tâches que nécessitaient l’entretien du ménage et l’éducation des enfants. Elle soignait également le bétail, s’occupait de la traite des chèvres, éventuellement de la ou des vaches, de la fabrication des fromages. Il lui revenait en outre de pétrir la pâte pour le pain, tous les quinze jours ou plus, de filer la laine au rouet, de tricoter et d’aider aux travaux des champs. Bien souvent les femmes allaient au marché, à Carouge, vendre les produits de la ferme. Le marché se tenait les mardis et samedis. Les hommes s’y rendaient avec des barots (petite charrette à deux roues et à bras), quelques-uns à l’aide de petites voitures hippomobiles. En revanche, il n’était pas rare de rencontrer des femmes se rendant à Carouge, un panier posé sur la tête (à l’aide d’un coussinet), marchant en tricotant, un second panier au bras. Que de prodiges elles devaient effectuer pour “joindre les deux bouts” !
Dans ce monde dur, les femmes étaient souvent battues par leur “homme”. Parfois les rôles étaient inversés. Témoin cette anecdote qui m’a été rapportée et qui eut pour théâtre une maison du Châble-Haut:
Certain jour, le mari rentre à la maison certes pas à jeun, ce qui lui arrivait de temps à autre, et cherche noise à sa femme qui reçoit des coups. Le lendemain, la pauvre femme (connue sous le sobriquet de Paillassonne) racontant ses malheurs conjugaux à sa voisine “dame Quine” (sobriquet), cette dernière lui dit:
«Ecoute-moi bien, la prochaine fois que cela se produit, tu m’appelles et, à nous deux, on entoure ton homme d’un drap que l’on coud, puis ce sera nous “les bourreaux” !!!» C’est ainsi que quelques jours plus tard, J. B. reçut une sévère correction.
La santé et l’hygiène
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En cas de maladie, c’était au guérisseur ou à quelque médicastre que l’on faisait appel plutôt qu’au médecin. Quant aux fractures, c’était le rebouteux du village qui, tant bien que mal, les réduisait. Si l’on avait besoin de quelques pommades ou préparations, il fallait se rendre à Carouge, où se trouvait l’apothicaire le plus proche.
La toilette, les ablutions se faisaient dans un baquet (pas toujours réservé à ce seul emploi). A la belle saison, on transportait le baquet au jardin où le soleil réchauffait l’eau .
Il faut noter que, dans les communes du bassin du Genevois, du fait des contacts avec la ville (Genève, Carouge), par le commerce ou le travail, l’évolution et les transformations ont été plus rapides que dans d’autres régions de la Savoie. Pour illustrer les différences, nous citerons un extrait d’une lettre, datée de novembre 1874. Elle est écrite par un instituteur ayant enseigné quelques années dans notre commune. Il avait ensuite été nommé dans le canton d’Alby. Il s’adressait à un commerçant du Châble:
Ici, nous ne sommes point mal, mais c’est la société qui nous manque; le peuple est très arriéré et par là même peu civilisé, nous souffrons de converser avec. Ils ne savent pas parler français, ne le comprennent pas, de sorte que nous avons mille peines à nous entendre avec leur mauvais patois. Malgré cela, le monde est bon, et les denrées, à part le sucre et le café, sont bon marché, et puis nous recevons cadeaux sur cadeaux, nous ne pouvons débiter la viande que nous recevons depuis un mois. Nous avons plus de bénéfice ici qu’il nous serait possible d’en avoir ailleurs, et je me dirais heureux si je pouvais vivre comme ces paysans qui ont sans cesse les regards tournés vers la terre. Comme je vous le dis plus haut, c’est la société qui me manque et je souffre de ne pouvoir échanger une parole en dehors de chez moi. Il y a bien le curé, mais il est de M... et par conséquent plus borné encore que les autres. Il nous présente le pays comme un beau site et veut absolument que nous prenions racine; pauvre homme, il ignore donc l’agrément du bassin de Genève.
La “grande lessive” se faisait trois ou quatre fois l’an. Le linge était mis dans un cuvier . On versait dessus de l’eau bouillante. Un sac de toile contenant de la cendre de bois était fixé au bord intérieur du cuvier. Puis on “coulait la lessive” en soutirant le “lissu”, ce liquide noirâtre issu du mélange de l’eau avec les cendres, que l’on reversait sur le linge à plusieurs reprises. Ensuite avaient lieu le rinçage, puis le séchage.
Je me souviens avoir entendu dire que, lors de la lessive d’automne, alors que le brouillard dense recouvrait la plaine du Genevois jusqu’au Mont-Sion, des habitants du Châble avaient transporté leur linge au soleil à Charly pour le séchage.
514. - LE CHABLE-BEAUMONT

Les loisirs
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• La lecture – C’est au marché, au cabaret, par les colporteurs, à la sortie de messe le dimanche, plus tard aux fruitières, que l’on apprenait “les nouveaux”. Quelques personnes achetaient l’almanach du Messager Boîteux, et des parutions publiées à Genève. Les revues: La Veillée des Chaumières, La Propagation de la Foi étaient parmi les plus lues. La presse parisienne est parvenue jusqu’ici avec notamment Le Petit Journal et son supplément hebdomadaire Le Petit Journal Illustré. Il existait également une presse locale, avec les hebdomadaires L’Echo du Salève, paru entre 1866 et 1892, Le Cultivateur Savoyard entre 1877 et 1963. Bien évidemment, seuls quelques privilégiés les achetaient ou s’abonnaient. Quelquefois, l’abonnement était payé par plusieurs: on se passait le journal!
La petite Savoyarde n’a pas froid aux yeux
Au siècle dernier, une jeune fille du Châble, Andréanne D., est en place à Lyon dans une maison bourgeoise. En l’absence de ses patrons, elle recevait gentiment son «promis». Un jour, on sonne à la porte cochère. Par précaution, avant d’ouvrir, Andréanne regarde par la fenêtre ouverte; deux jeunes gens attendent. «Que voulez-vous» dit-elle? Un des garçons, s’adressant à son ami, lui demande: «Sommes-nous dans une ménagerie quand les singes sont aux fenêtres» ? Sans plus attendre, notre jeune Savoyarde rétorque: «Non, Messieurs, vous êtes dans une maison de meunier et les ânes attendent à la porte».
Eugénie veut se marier
Vers 1880, Eugénie C. du Châble, avec l’assentiment de ses parents est partie à Paris dans une bonne maison; son travail lui plaît et, périodiquement, elle donne de ses nouvelles aux parents. Dix-huit mois se sont écoulés depuis son départ quand arrive une lettre: Eugénie veut se marier! Père et mère sont abasourdis; quelle sorte de garçon a-t-elle pu rencontrer? Sans plus tarder, des renseignements sont demandés. La réponse ne se fait pas attendre. Ce jeune homme est Vendéen et travaille au PLM . La Vendée, disent les parents, c’est à l’autre bout de la France; puis le PLM! ce n’est pas du travail, que peut-on faire? Après mûres réflexions, les parents se rendent à Saint-Julien consulter un homme de robe, un avoué. Mis au courant, ce dernier s’écrie: «Employé au PLM! Mais c’est une référence! Que votre fille se marie bien vite».
Ernest Corajod, du Châble, aimait lancer des boutades. Les dames aimaient faire toilette que, du reste, elles portaient avec une certaine affectation. Quant à leurs chapeaux, vers 1900, c’étaient de véritables chefs d’œuvre.
On nous rapporte que c’était le cas de celui de dame Louise Mottet, qui était garni de fleurs, de plumes et même d’un oiseau aux couleurs vives.
Son voisin Ernest, qui avait travaillé quelques années à Paris et avait même traversé l’Atlantique, disait quand il voyait cette dame: «On dirait le Bois de Boulogne qui se promène».
• Jeux et paris – Il se faisait parfois, entre hommes, des paris quelque peu grotesques; peut-être après avoir ripaillé ! On nous en a rapporté quelques-uns: à celui qui porterait la plus lourde charge? Les gros bras exhibaient leur force! Malheur à celui qui ne pouvait décoller la charge du sol! Cela se terminait par des rires et... un bon coup à boire!
Il en était de même lorsque, après avoir mis un ou deux litres de cidre ou de vin dans une “brande” , c’était à celui qui arrivait à les boire en élevant ce récipient, en bois à l’époque et non en plastique, à hauteur de la bouche. Que de rires devait-il y avoir!
• Les veillées – On se réunissait le soir, en hiver entre amis, voisins, à tour de rôle, dans une maison du village; c’était la veillée qui, le plus souvent, était laborieuse. Elle se passait, en principe, au “pèle”. Au centre de cette pièce se trouvait un poêle, appelé vulgairement “la pipe”, autour duquel étaient installés bancs et chaises.
On écossait les fèves; anciennement cette légumineuse entrait pour une part importante dans la nourriture. On “gromaillait” le plus souvent. Ainsi on cassait les noix pour en extraire les cerneaux qui étaient transportés au moulin à huile. On “tillait” (rouissait) le chanvre . Cela consistait à détacher les filaments qui étaient ensuite filés avec un rouet spécial. Le chanvre était employé notamment pour la confection des draps, des chemises, etc. On rempaillait les chaises à l’aide de “blaches”, une herbe qui pousse dans les terrains humides. On réparait ou fabriquait les «bénons», ces petites corbeilles revêtues de tissu à l’intérieur, dans lesquelles on mettait la pâte une fois pétrie pour donner forme au pain.
Tout en travaillant, on “blaguait” (discutait) des problèmes internes aux familles, des événements qui s’étaient produits dans la commune ou aux alentours, des charges financières (l’impôt, sous des noms différents, a de tout temps existé !).
Certains aimaient raconter leur temps passé “aux Armées”, certainement en “brodant” quelque peu! N’oublions pas que, pour certains jeunes gens, si le sort leur était défavorable, ils partaient pour sept ans outre-Alpes (d’où la chanson «Il est parti pour le Piémont servir le Roi...»). Il arrivait que l’on se détende; jeunes et vieux, entraînés par un “violoneux”, dansaient .
Plus proche de l’époque actuelle, la lanterne magique occupait nos soirées. J’ai gardé le souvenir de quelques moments captivants passés chez Louis Taponier, alors que Charles Brand effectuait des projections, parfois de vues prises par lui-même. La TSF (télégraphie sans fil) nous procurait également d’intenses émotions. Au cours de l’hiver 1920-1921, un “événement” fut l’objet de maintes conversations dans le village. Auguste Cusin avait réussi à capter, avec un appareil récepteur de sa fabrication, une émission probablement émise depuis la Tour Eiffel. O combien, enfants, avons-nous été fascinés d’entendre une voix ou de la musique venant... de si loin!
La Guerre de 1914-1918 avait considérablement ralenti la vie du village. L’absence des hommes se faisait ressentir; femmes, jeunes gens, hommes âgés, assuraient les divers travaux. Les chevaux avaient été réquisitionnés par l’armée, et cela entravait encore un peu plus le travail des champs. Les denrées étaient rationnées.
En 1918, la terrible épidémie de la grippe espagnole occasionna un certain nombre de décès dans la commune.
Songeons aujourd’hui à l’anxiété des familles qui avaient un (ou plusieurs) des leurs sur le front.
Les acteurs du concert d’avril 1918 au profit du «colis du soldat».

Les sociétés
Table des matières
Il est particulièrement regrettable que les archives des sociétés dont nous allons évoquer l’existence et les activités, aient disparu (sauf le premier registre de la fanfare couvrant les années 1884-1914). Cela ne facilite pas notre travail. Par ailleurs, nous n’avons pas trouvé de traces de la vie associative avant l’avènement de la IIIe République. Il faut attendre les années quatre-vingts du siècle dernier pour trouver quelques documents. En effet, à cette époque, plusieurs sociétés virent le jour. Certaines témoignèrent d’une belle activité, connurent un succès certain avant de décliner puis disparaître. Bien évidemment ces associations, pour s’assurer une certaine aisance, outre les cotisations des membres actifs et honoraires, organisaient des festivités; nous en citerons quelques-unes.
La Société de Tir de Beaumont
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La première société régulièrement constituée fut la Société de Tir de Beaumont. Cette association, animée certainement par l’esprit qui prévalait après 1870, connut une certaine vogue dès sa fondation, le 10 août 1882. Son premier président fut M. Paul Grivet. Elle comptait 29 membres. Les fusils étaient prêtés par un régiment d’infanterie basé à Annecy.
Au début, l’entraînement se faisait dans un stand provisoire. Dès l’année suivante, sur un terrain mis à disposition par M. Lachenal de Jussy, un stand fut aménagé d’après les plans de F. Thuillard, géomètre-architecte au Châble, entre le ruisseau “de Bellot” et le chemin de Jussy au Creux . La distance entre le stand couvert et la butte était de 189,95 mètres. Coût de l’ouvrage: 673 F.
L’inauguration eut lieu le dimanche 5 août 1883 :
Dimanche 5 août de 2 à 6 heures du soir, la société de tir de Beaumont donnera un exercice de tir à l’occasion de l’inauguration de son nouveau stand à Jussy. Cette société vient de recevoir de M. le Ministre de la Guerre, à titre gracieux d’encouragement, 250 cartouches modèle 1879, qui seront délivrées gratuitement aux membres sociétaires. Le public est admis au stand et trouvera à la cantine les rafraîchissements nécessaires.
De nombreux concours de tir à l’arme de guerre furent organisés, dotés de prix en espèces ou en objets d’art. Sur la demande faite au préfet par le président de l’association de tir, le ministère des Beaux-Arts par deux fois, offrit un vase de Sèvres et une médaille en argent massif. En juillet 1884, le ministère attribua 498 cartouches à la société, à retirer à Grenoble, à la direction de l’Artillerie. Le 6 septembre 1886 eut lieu le concours annuel de tir. Cette fois-ci, la fanfare du Châble y participa, et sa prestation fut très appréciée.
Le nombre des sociétaires augmente rapidement; on en compte 50 en 1887. Le président est M. Eloi Lachenal. Par lettre en date du 12 avril 1890, le préfet informe le sous-préfet de Saint-Julien que le gouverneur militaire de Lyon a donné ordre au général commandant l’artillerie du 14e corps d’armée qu’il fasse tenir à disposition de la société de Tir de Beaumont «3.000 cartouches pour fusil modèle 1874, à titre remboursable à 12 francs le mille...».
Hélas, la dernière décennie du siècle verra décroître l’effectif de la société. En 1895, 14 sociétaires seulement paient leur cotisation, d’un montant de 0,50 F par mois. Seuls six membres prennent réellement part aux exercices de tir. Deux fusils sont encore à disposition. La société de Tir de Beaumont est dissoute en 1900.
La fanfare
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Au cours de l’hiver 1883-1884, un groupe de jeunes gens du Châble, animés du désir de pratiquer la musique, étudient la possibilité de fonder une fanfare. L’idée fait son chemin. Le 25 mars 1884, vingt-cinq jeunes sont réunis et décident ce qui suit:
Art. 1 – Il est formé entre les sus-nommés et ceux qui adhèrent aux présents statuts par la souscription des sommes à verser qui seront fixées par le règlement à intervenir, une société qui a pour but de créer une fanfare.
Art. 2 – La société prendra le nom de «Fanfare des Enfants du Châble» (Suivent d’autres articles).

Le 3 octobre de la même année, le règlement est établi:
Art. 1 – La société de la fanfare dite “des Enfants du Châble” a pour but unique d’étudier la musique et d’en propager le goût par tous les moyens en son pouvoir. Comme son nom l’indique, elle a été créée par les jeunes gens du Châble eux-mêmes, sans aucun secours de la commune.
Art. 4 – Le président et le vice-président, élus pour une année, sont rééligibles. Ils ont pour mission de défendre, et de sauvegarder les intérêts de la société...
Art. 5 – Le directeur est chargé de l’exécution musicale... Il doit donner tous ses soins pour faire progresser la société. (...)
Art. 8 – Lorsque le directeur manquera une répétition, il sera passible d’une amende de cinq francs, sauf justification. Il sera également passible d’une même amende dans le cas où il se trouverait tout à fait incapable de donner sa leçon par état d’ivresse ou autre.
Art. 9 et 12 – Le conseil d’administration est composé de 7 membres pris parmi les exécutants... Il est chargé de l’organisation des concerts, bals, concours, etc.
Art. 9 – Les membres actifs constituent la force vive de la Société. Le but unique qu’ils doivent poursuivre est de se perfectionner dans l’art musical.
Ce règlement sera approuvé par les vingt-cinq premiers sociétaires, qui prennent le nom de “membres fondateurs”. Il est intéressant de noter leur profession: 1 clerc de notaire, 2 commerçants, 2 meuniers, 1 géomètre, 1 garde, 2 employés, 9 cultivateurs, 1 facteur rural, 1 tailleur d’habits, 5 jeunes de moins de 20 ans. Le premier président sera François Miguet.
M. Rouge, instituteur de la commune voisine de Saint-Blaise, féru de musique et compositeur à ses heures, accepte la direction.
Le 25 avril 1885, la société est officialisée par arrêté préfectoral. En cette même année, notre jeune société a déployé une grande activité. En raison de la compétence du directeur et de l’enthousiasme manifesté par les sociétaires, de rapides progrès permettent d’affronter le jury du concours musical de Thonon.
Le 27 avril, un concert (soirée littéraire et musicale) a obtenu un succès considérable, grâce au sérieux apporté aux répétitions par les actrices et acteurs . Au cours de la fête, une magnifique bannière offerte par les dames et demoiselles du Châble lui sera remise (ci-contre), à l’initiative de Mlle Andrina Mégevand.
Le 14 juillet sera la première fête nationale organisée et animée par la fanfare . La fête, dont nous donnons le programme ci-après, fut en tout point réussie, à la satisfaction générale.
Programme
Samedi soir et dimanche matin: Salves d’artillerie .

Le 2 août a lieu le concours musical de Thonon, où la société se rend par le train. Le parcours Le Châble-gare de Saint-Julien s’effectue en chars à bancs. Le député Folliet accueille la fanfare sur le quai de la gare chablaisienne. C’est après le déjeuner, dans un restaurant de la ville, qu’a lieu le concours. Notre jeune fanfare accroche une médaille d’argent à sa bannière. Le retour se fait dans la joie d’une journée agréablement remplie .
Le 21 novembre 1886 et pour la première fois, on fête la patronne des musiciens, sainte Cécile. Une retraite aux flambeaux parcourt le village. Originalité très remarquée: les musiciens sont coiffés de bonnets de coton blanc. Nombre d’habitants des communes voisines se sont déplacés pour assister et applaudir ce spectacle.
Quand la décision est prise de créer une vogue au Châble, la fanfare l’organise.
Et puis, tout comme pour la Société de Tir, une certaine lassitude saisit les membres; de plus, le directeur s’en va... La société ne compte plus que dix membres en 1894, puis se met en sommeil.
Mais, le 23 octobre 1897, à l’initiative d’Antoine Mégevand, quelques anciens se réunissent au café Pillet-Miguet, bien décidés à redonner vie à la fanfare. Un appel à la jeunesse sera fait par voie d’affiches. Le 30 du même mois, l’appel ayant été entendu, vingt personnes se réunissent au même lieu, bien déterminées à ne pas laisser sombrer la fanfare et donnent leur adhésion. Le 25 novembre, la société reprend vie.

En 1898, M. Guévin, nouvel instituteur, veut bien en assumer la direction. La vie de la fanfare reprend avec ses concerts, bals, etc. En 1903, elle se rend au concours de Turin, d’où elle reviendra avec une quatrième médaille. La fanfare aura l’honneur d’exécuter l’hymne national devant le Président de la République, en visite dans la région en 1910.
La présence de la fanfare du Châble était appréciée dans les fêtes des communes voisines, tout comme celle de la chorale de Beaumont.
La promenade annuelle était un moment particulièrement apprécié des sociétaires: elle les conduisit notamment à Marseille et à la Grande Chartreuse.
Voici un commentaire sur la vogue du Châble du 2 août 1908, paru dans le Cultivateur Savoyard du 13 août:
Une bonne petite vogue, bien ensoleillée, nullement apprêtée et vous souhaitant d’elle-même la bienvenue; pas de revue de pompiers, mieux encore: pas de harangues officielles! En revanche, un essaim de coquettes toilettes et de jolis sourires (sourires féminins s’entend), beaucoup de bambins mêlant leurs cris et leurs gambades aux flonflons des cuivres de l’orgue des chevaux de bois, un peu de poussière, négligée d’ailleurs à dessein par l’arroseur municipal. Ajoutez à cela les distractions du tir et du jeu marin, petits et modestes profits de notre fanfare. Les deux bals étaient si animés que les couples, s’égarant par hasard dans l’ombre, n’y faisaient point de vides, étant aussitôt remplacés par d’autres. Vous aurez, ou du moins nous espérons vous avoir donné, une idée de ce que fut la vogue du Châble en l’an de grâce 1908.
Notre profond dédain du compte-rendu protocolaire ne doit cependant pas nous faire omettre d’adresser nos vifs remerciements à la Chorale de Beaumont et à la Fanfare de Viry, venues, comme promis, nous apporter leur cordial concours. Merci aussi à nos gracieuses visiteuses, que nous espérons retrouver plus nombreuses encore l’année prochaine.
Voici la liste des prix du jeu marin et du tir.
Jeu marin: 1er prix, Décart Alphonse; 2e, Lacroix Eugène; 3e, Curval Louis; 4e, Pillet André ; 5e, Degournay; 6e, Excoffier François; 7e, Borgel André ; 8e, Pécoud Joseph; 9e, Dalbertot; 10e Mégevand André ; 11e, Taponier Louis; 12e, Mégevand Louis; 13e, Tapponnier Eugène; 14e, Héritier Paul; 15e, Evreux.
Tir: 1er prix, Décart Alphonse; 2e, Lachenal Jean; 3e, Pillet Léon; 4e, Mabut Joseph; 5e, Borsier; 6e, Mégevand André ; 7e, Balleydier Marc; 8e, Pillet Auguste; 9e, Curval; 10e, Taponier Louis; 11e, Bocquet André ; 12e, Larue Etienne; 13e, Monachon; 14e, Mégevand Antoine; 15e, Croset; 16e, Lachenal John; 17e, Mabut Henri.
Le journal Le Cultivateur Savoyard du 23 juillet 1914 publie le programme de la vogue:
Le Châble-Beaumont-Grande Vogue les dimanche 2 et lundi 3 août 1914, organisée par la Fanfare du Châble, avec le concours de l’Union Chorale de Beaumont. En voici le programme:
Dimanche 2 août.

La distribution des prix se fera le dimanche 9 août, à 9 heures du soir.
Le Comité.
Le Châble-Beaumont. Vélo-club du Salève.
A l’occasion de la vogue, la Société organise une course vélocipédique avec le parcours: Le Châble, Saint-Julien, Pont-de-Combes, La Forge, Le Châble. Le départ aura lieu à 14 heures.
Les concurrents sont priés de s’inscrire au Café de la Poste, au Châble, moyennant une taxe de 2 francs.
De nombreux prix sont affectés à cette course.
Le Comité.
Malgré les bruits alarmants qui se propagent, la fête se prépare, les forains installent leurs jeux. Le samedi, coup de tonnerre, des affiches sont placardées:
ARMÉE DE TERRE ET ARMÉE DE MER ORDRE DE MOBILISATION GÉNÉRALE
Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées.
Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.
Les conscrits de la classe 1919.

Le lendemain, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Les forains démontent leurs installations. Le propriétaire du jeu de massacre loge son matériel dans le grenier de la forge à Colney . La majorité des membres de la fanfare étant mobilisée , toute activité cessera durant les hostilités.
Fin décembre 1919, décision est prise de reconstituer la société. Après l’invitation adressée aux jeunes gens de rejoindre les anciens, la fanfare compte vingt-quatre membres dont dix anciens. Antoine Mégevand reprend la présidence, Louis Curval la direction.
Comme auparavant, la fanfare sera présente ou organisera les fêtes du 14 juillet, la vogue, la fête de sainte Cécile, auxquelles s’ajoutera la célébration de l’anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Les soirées littéraires et musicales (concerts), très attendues par la population, connaîtront toujours un vif succès.
Entre 1921 et 1923, elle prêtera son concours à l’inauguration de monuments aux Morts dans les communes voisines.
La fanfare en 1922.

De nombreuses promenades seront organisées, notamment celle au col des Aravis en 1923, qui fut mémorable, les participants étant juchés sur les camions de la fromagerie Corajoud du Châble. La fanfare se rendra à Pontarlier en 1925, à Saint-Claude en 1928, en Alsace en 1930, à Paris, à l’occasion de l’Exposition internationale de 1937.
Le 9 septembre 1934, Le Châble est en fête, le village est abondamment pavoisé, des arcs de triomphe sont édifiés: la fanfare fête son cinquantenaire. Tous les membres se sont dépensés, sans compter, pendant plusieurs semaines pour en assurer la réussite. De nombreux mâts peints en tricolore sont fabriqués, ainsi que des drapeaux et des oriflammes aux couleurs nationales et savoyardes, ainsi que des écussons porte-drapeaux. Outre la partie musicale, avec les fanfares invitées de Saint-Julien, Cruseilles, Loisin et la chorale de Beaumont, un grand banquet de plus de cent couverts est préparé, servi par M. Durand de l’hôtel de l’Abbaye de Pomier et présidé par le docteur Henri Bouchet de Cruseilles. Une nouvelle bannière de couleur verte est offerte à la fanfare. La journée se termine par un grand bal.
En 1938 la fanfare participe à la grande fête champêtre de Cruseilles et joue des airs sur lesquels on se laissait entraîner au rythme des danses savoyardes et du quadrille.
La même année, la fanfare adhère à la fédération des Musiques du Faucigny. Le premier festival où la fanfare est présente se déroule à La Roche-sur-Foron.
3 septembre 1939: de nouveau la guerre; de nouveau, de nombreux sociétaires rejoignent les armées. Six membres de la fanfare connurent une longue captivité, hormis Edouard Mugnier qui s’évada en 1941. Au cours de l’hiver 1940-1941, la société reprit une activité restreinte, mais lors de leur service militaire, nombre de membres de la société firent partie de musiques ou fanfares.

Le local de la fanfare. La fanfare eut quelques difficultés pour rentrer dans ses meubles, surtout à ses débuts. Lors de sa fondation, elle utilisa un réduit au-dessus de la remise de la pompe à incendie. Rapidement il s’avéra trop exigu. On se transporta dans une salle aménagée dans les combles de la nouvelle école. Le bruit causé par les répétitions gêne l’instituteur. Ce dernier, en 1888, se plaint au maire, et demande que la fanfare regagne son premier local. Ses dirigeants font la sourde oreille!
Plus sérieux sera le conflit qui surgira pendant la période d’inactivité de la fanfare, alors que la compagnie des pompiers se réorganisait, en 1896. Chacun leur tour, l’instituteur, l’inspecteur primaire, le président de la fanfare, le sous-préfet, le maire, le conseil municipal, le sénateur A. Folliet et le député C. Duval entrèrent en lice!
En juillet 1896, dans une très longue lettre, l’instituteur, s’adressant à l’inspecteur primaire de Saint-Julien, se plaint que «de nouveaux maîtres plus exigeants» se sont installés dans cette salle, en l’occurrence les pompiers, dont le capitaine exige que la porte d’entrée de l’école soit constamment ouverte, ce que l’instituteur conteste . Ce dernier, sur un ton conciliant, demande «que l’on ne puisse entrer librement à n’importe quelle heure dans l’école, et que l’on soit tenu, lorsqu’on désire se rendre dans cette salle, de prévenir l’instituteur qui permettra d’entrer toutes les fois que cela ne dérangera pas les classes, et que ce ne sera pas à des heures indues».
En prévision de la reconstitution de la fanfare, en 1897, le maire n’est pas d’avis de laisser cette association occuper de nouveau la salle de l’école. M. Duval, député, intervient auprès du préfet par lettre en date du 30 avril et dit notamment: «Musiciens et pompiers font, non seulement gratuitement, mais en s’imposant des sacrifices personnels, un service dans l’intérêt public, il semble que le devoir de l’administration est de les encourager et leur venir en aide».
Le 17 mai, l’inspecteur d’académie fait part de son avis défavorable et le transmet au préfet. Puis c’est au tour du sénateur A. Folliet, qui, après avoir examiné les documents relatifs au local de la fanfare et des pompiers du Châble communiqués par le sous-préfet, répond à ce dernier par lettre datée du 19 juin. Le sénateur fait état d’assemblées pas tristes du tout! Qu’on en juge:
Lorsque la fanfare eut cessé d’avoir une existence comme corps de musique, la clé de la salle resta dans les mains de ceux des membres de la Société qui ne pouvaient plus se réunir utilement, tous les bons instrumentistes étant absents. Alors la salle servit surtout à de petites réunions nocturnes où l’on mangeait la saucisse en buvant du vin blanc; la petite fête se terminait vers 3 heures du matin, par des danses en sabots à réveiller des sourds. Il n’y a pas de locataires au monde qui soient tenus à subir de tels vacarmes. J’ajoute que détourner un local de sa destination, sans contrôle ni surveillance, est une source d’abus...
Si donc la nouvelle fanfare réussit à se réorganiser, ce que je souhaite vivement, je suis d’avis que le local soit remis à la disposition de la Société, mais sous les conditions suivantes qui me paraissent indispensables: 1. la clé de la salle sera remise à l’instituteur, seul gardien de l’immeuble... 2. la clé sera mise à la disposition du président de la fanfare les jours et heures qu’il indiquera pour les répétitions...
M. Folliet continue en exposant le cas des pompiers:
En ce qui concerne les pompiers, la situation est bien différente. La fanfare n’est point municipale; si elle n’avait pas la salle du Châble, elle serait obligée de louer une salle, ce qui est au-dessus de ses ressources. On l’aide à vivre en lui offrant cet abri; il n’y a qu’à en réglementer l’usage...
Mais la compagnie des sapeurs-pompiers est une institution municipale; M. le maire a offert la mairie, pourquoi le capitaine ne l’a-t-il pas acceptée? Parce qu’il voulait être maître chez lui. Chez lui, c’était encore cette malheureuse salle.
La compagnie des pompiers a été créée au commencement de 1896, sur l’initiative de son capitaine actuel qui, malgré cet élément de popularité, ne put parvenir à être élu conseiller municipal en mai 96... Son premier soin fut de refuser le local de la mairie et de s’emparer en conquérant de la salle du Châble où il prétendait être maître à toute heure. Des scènes fâcheuses eurent lieu. Le préfet, saisi de l’affaire par l’Inspection académique, interdit aux pompiers l’usage du local...
J’estime donc que la compagnie de sapeurs-pompiers du Châble-Beaumont doit être invitée à s’adresser à la municipalité pour être munie d’un local affecté à ses réunions...
Le 1er septembre, le maire, dans une lettre adressée au sous-préfet, dit qu’il a convoqué le conseil municipal pour discuter de ce problème d’affectation des locaux communaux. Seuls deux conseillers se sont déplacés. Il convoquera à nouveau le conseil le 5 septembre et ajoute:
«cette salle n’a pas été ni commandée, ni payée. (...) Les plans font foi, il n’y a pas les doubles fenêtres» .
Au cours de sa séance du 5 septembre, le conseil municipal, dans sa délibération, dit notamment: «Que cette salle a été créée sans son avis, qu’il ne l’a jamais reconnue expressément, ni payée, et qu’il se refuse absolument à en prendre possession et ne s’en reconnaît point propriétaire, ne se reconnaît pas le droit d’émettre un avis sur cette demande et laisse à l’administration compétente le soin de statuer à ce sujet». Le maire s’en lave les mains... Pourtant, la commune, propriétaire de l’école a bien un droit de regard sur cette salle! De plus, différents travaux y furent entrepris et, dans les devis, il est dit que ce local «est destiné aux besoins de la localité ».
Dans une longue lettre non datée adressée au sous-préfet par le maire, ce dernier rappelle que «la création d’une salle dans les combles de l’école du Châble est tout à fait irrégulière, cette salle ayant été construite arbitrairement». Il rappelle également l’arrangement intervenu avec la veuve de M. Laverrière (entrepreneur qui construisit les écoles) , puis expose les inconvénients et difficultés rencontrés par les instituteurs à cause de l’occupation de cette salle par la fanfare. Continuant, le maire fait part de l’agitation que fait régner cette affaire dans l’opinion publique.
Le maire fait sans doute preuve d’exagération quand, suite à sa demande faite aux pompiers de lui remettre les clés de cette salle, il écrit:
Au lieu de me remettre les clés, les pompiers les ont rendues à la fanfare, puis à force de souffler sur ce mort (la fanfare), ils lui ont redonné un semblant de vie pour revendiquer leur salle. De là, la demande en présence de laquelle nous nous trouvons.
Puis le maire termine ainsi: «Nous demandons que la maison d’école soit ce qu’elle doit être, une maison d’école et pas autre chose; que son personnel y soit tranquille et puisse dormir le soir après avoir bien travaillé le jour. Quant à la salle, elle peut être utilisée avantageusement pour l’enseignement du travail manuel et pour les réunions ou conférences extraordinaires. Tel est du moins l’avis de la majorité du conseil qui, si elle ne s’est pas prononcée plus nettement dans sa séance du 5 septembre sur cette question, a toute confiance dans la sagesse et la fermeté de l’administration supérieure pour sauvegarder nos intérêts scolaires».
Le 5 octobre, le sous-préfet transmet le dossier au préfet, accompagné d’une lettre explicative:
Au sujet d’une demande formée par le président de la fanfare du Châble en vue de laisser à la disposition de la société la salle inoccupée de l’école du dit hameau... La fanfare du Châble, à peu près dissoute depuis quelque temps, serait sur le point d’être réorganisée et qu’il serait désiré, pour encourager sa réorganisation, de lui permettre de faire ses répétitions dans la salle où des réunions ont déjà eu lieu.
L’autorisation ne serait accordée qu’aux conditions suivantes soumises à votre approbation:
1. Les réunions auraient lieu chaque dimanche de 1 à 4 heures du soir et trois fois par semaine de 6 à 9 heures du soir...
2. La salle ne pourrait être utilisée que par les membres de la fanfare et par les élèves que la société aurait à former; nulle autre personne ne devrait être admise.
5. Les entrées ou sorties des sociétaires devraient avoir lieu avec le moins de bruit possible.
Puis, continuant, le sous-préfet dit que «l’envoi de ce dossier a été retardé parce qu’on ne pouvait obtenir, soit de la municipalité, soit du conseil municipal, un avis ferme sur la demande de la fanfare, ainsi qu’il résulte de la délibération du 5 septembre».
En terminant, il est rappelé le règlement du différend entre la commune et les héritiers de M. Laverrière au sujet de cette salle. Nous ne connaissons pas la décision préfectorale; par contre, nous savons que la fanfare a occupé cette salle de 1898 à 1909. C’est seulement en 1909 qu’une solution durable est trouvée. Ce problème aura alimenté les conversations tant au cours des “veillées” qu’à l’auberge et aura divisé l’opinion publique dans la commune. Le règlement de cette affaire est sans doute à lier au changement intervenu aux élections municipales de 1900. A la suite de la construction d’un nouveau préau dans la cour de l’école , la fanfare demande l’autorisation d’occuper immédiatement l’ancien, attenant à la façade sud de l’école. Dans sa séance du 28 mars 1909, le conseil municipal cède cet emplacement. Puis, le 19 mai, un accord intervient pour le financement de la construction, sur l’ancien préau et sur le hangar de la Pompe à incendie, d’une salle assez vaste à usage, outre des répétitions ou des réunions, de salle des fêtes . La fanfare ainsi que les pompiers Participaient au financement de cette salle: «La fanfare contracte un emprunt de 2 000 francs. La commune versera annuellement une somme de 200 francs jusqu’à amortissement du capital. Les pompiers utiliseront cette salle et verseront 500 F. La fanfare versera tout de suite 500 F».
La salle sera terminée en décembre 1909, pour la Ste-Cécile, patronne des musiciens, grâce au concours actif des membres de la fanfare.
Nous avons parlé longuement de la salle de répétition. Le local où se déroulaient les soirées et les concerts avant la construction de la salle des fêtes, n’était qu’une vaste remise qu’on appropriait et décorait, mise gracieusement à la disposition de la fanfare par M. Honoré Girod. Après la démolition de cette remise en 1905 par M. Tapponnier pour y construire sa maison d’habitation, un local fut mis à disposition par M. A. Borgel.

La chorale de Beaumont
Table des matières
En 1886, des jeunes gens de Beaumont se groupent «dans le but de fonder une chorale afin de développer cette œuvre de progrès et de moralisation...» . Un règlement est établi le 31 janvier. Il ne fallait pas badiner avec!
La société prendra le nom de “Union Chorale de Beaumont”. (...)
Art. 16 – Pendant les leçons, on se tiendra debout et nu-tête, en signe de respect pour la leçon. (...)
Art. 18 – L’usage du tabac est formellement interdit pendant les répétitions. (...)
Art. 20 – Pour fonder une bonne société de chant, il faut bien faire observer chaque faute, soit dans le langage, soit dans la prononciation; donc personne ne doit se fâcher d’une remarque personnelle, et personne ne devra en rire, en avançant des termes choquants, tout cela ne pouvant que nuire à la société. (...)
Art. 21 – Il est moralement défendu, pendant tout le temps d’existence de la société, à tout membre de la chorale de se faire entendre seul, en public, pour tout morceau appris en chœur, afin de maintenir l’harmonie...
L’Union chorale de Beaumont sera officialisée par arrêté préfectoral en date du 15 mars 1886. Le président est Pierre Tapponnier. La société compte vingt-trois membres.
Un local est nécessaire pour permettre, en toute quiétude, réunions et répétitions. On pense à une salle de classe. Une autorisation est demandée pour utiliser la classe de l’école de garçons. Le 2 mars 1886, l’inspecteur primaire refuse catégoriquement, sauf éventuellement pour un concert. Suite à ce refus, la salle de mairie est mise à disposition pour les répétitions et les réunions.
En 1888, la chorale reçoit la somme de 100 F du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, à titre d’encouragement.
Son activité se manifeste par une fête annuelle et des soirées récréatives. Nous en citerons quelques-unes, ainsi que deux promenades, dont le compte-rendu nous montre l’immense plaisir procuré aux participants par de simples sorties. On ne craignait pas la marche à pied pour rejoindre Cruseilles lors d’une promenade à Thônes!
Pour les soirées récréatives, l’inspecteur primaire autorise l’utilisation d’une salle de l’école, sous réserve «de lavage à grande eau de la salle dès le lendemain».
Le dimanche 26 février 1905, la soirée a connu un vif succès. Chœurs, chants, monologues se sont succédé et ont été très applaudis. On termine la fête par une audition de «morceaux de phonographe» .
La même année, le 14 mai, a lieu la fête annuelle, avec concours de tir à la carabine ; de nombreux prix sont distribués. C’est vers 18 heures qu’a lieu un concert très apprécié de la chorale. La fête se poursuit par un bal animé par l’orchestre de la fanfare du Châble.
Promenade de la chorale en juin 1905
Dimanche 18 juin, la Société chorale de Beaumont faisait sa promenade annuelle, dont le but était les gorges du Fier et Thônes.
A 1 heure du matin, malgré un temps sombre et pluvieux, nos choristes se mettaient en route pour Cruseilles, d’où le grand breack de M. C. Brand devait les conduire à Chavanod.
Les nuages menaçants qui assombrissaient le ciel finirent par se dissiper, et c’est par un soleil radieux que nous descendîmes visiter les gorges. Le spectacle était merveilleux et impressionnant. Le torrent, considérablement grossi par les trombes de la veille, roulait abondamment une eau boueuse qui s’engouffrait en tourbillonnant dans cet étroit passage pratiqué dans le roc.
Ravis de notre excursion, nous rentrâmes à Annecy. Après avoir visité à la hâte la ville, les promenades, le quai, admiré le lac et le splendide panorama des montagnes qui l’entourent, nous prîmes, à 10 h 40, le tramway qui devait nous conduire à Thônes. Nous arrivâmes au milieu d’une ville en fête: l’amicale des Douanes y célébrait son 25e anniversaire. Mais, pressés par un appétit qu’avaient suffisamment aiguisé la marche, la promenade et l’air vif du matin, nous abandonnâmes bien vite les réjouissances pour aller savourer et faire honneur au menu succulent et varié du repas copieux que nous avait préparé M. I. Thévenet, de l’Hôtel du Commerce. Qu’il reçoive ici le témoignage de notre satisfaction et nos sincères remerciements.
Après avoir visité la coquette ville de Thônes, nous rentrâmes à Annecy à 7 heures du soir et de là à Cruseilles et, enfin, à Beaumont, à 2 heures du matin, où chacun fut heureux d’aller se reposer après une journée si bien remplie et si agréablement employée.
Un choriste
La chorale de Beaumont célébrait, dimanche dernier, sa fête annuelle
Les chanteurs avaient choisi comme but l’hospitalier chalet de la Thuile où un bon dîner les attendait, car pour être chanteur on n’en est pas moins homme. D’ailleurs à cette réjouissance l’art n’a rien perdu: des chœurs exécutés avant et après le repas – après aussi correctement qu’avant – ont montré aux nombreux visiteurs et pensionnaires que les voix montagnardes, outre la vigueur, connaissent aussi la nuance et l’ensemble.
L’assistance a été enchantée de cette aubaine musicale, peu ordinaire à l’altitude de la Thuile et c’est un des auditeurs, charmé de la rencontre, qui tient par ces lignes à adresser aux chanteurs un cordial merci.
Le Cultivateur Savoyard, 30 août 1906.
La chorale de 1912.

En 1910, 23 choristes suivent les répétitions qui ont lieu cinq mois par an, deux fois par semaine. Quelquefois, la chorale donnait un concert au Châble à l’occasion de la vogue. Par réciprocité, la fanfare du Châble participait à la fête annuelle de la chorale. Bien évidemment, toute activité a cessé pendant la Guerre de 1914-1918.
Comme auparavant, l’activité de la société va reprendre en 1921, mais elle supporte mal l’absence d’un local indépendant. Au cours de sa séance du 11 juin 1922, le conseil municipal reconnaît la nécessité d’une salle de réunions et conférences publiques au chef-lieu. La possibilité de la construire à la place d’un des préaux de l’école est envisagée.
Des années s’écouleront avant qu’un projet prenne corps. Entre temps, la Société chorale, de même que les habitants de la section de Beaumont, réclament, parfois avec insistance, une salle. Elle devra attendre 1934 avant d’obtenir un local adéquat, alors que la commune construit la salle des fêtes de Beaumont.
Le 9 juin 1935 a eu lieu une fête champêtre très réussie. La fanfare du Châble a donné un concert très applaudi l’après-midi. Le soir, un bal très animé a clôturé la fête.
Hélas, la Deuxième Guerre mondiale sonnera le glas de l’Union chorale de Beaumont.
Nous terminerons en citant les noms de présidents et directeurs connus.

Le dimanche de la vogue, tant à Beaumont qu’au Châble, était l’occasion d’inviter dans la plupart des familles les proches parents. A Beaumont, ce jour-là, on confectionnait des rissoles aux poires appelées «blossons». On nous rapporte que, dans quelques-unes de ces délicieuses pâtisseries, les poires étaient remplacées par... du coton hydrophile! On riait quand un convive extirpait de sa dentition les brins d’ouate!
Une société de lecture
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Le 1er juin 1887 est créée la Société de Lecture du Châble, une bibliothèque populaire et scolaire. Son président est Eugène Tapponier, le président d’honneur André Folliet.
La société prête des livres achetés par elle ou offerts gracieusement; leur nombre s’élève à 86.
Voici quelques articles du règlement:
Art. 4 – Les prêts sont faits pour 15 jours et sont renouvelables. Si les livres sont mal tenus, l’emprunteur est passible d’une amende de 0,10 F. S’ils sont perdus ou trop détériorés, il en remboursera le prix. (...)
Art. 6 – L’emprunteur est passible d’une amende de 0,10 F pour chaque semaine de retard. (...)
Art. 7 – Les livres ne doivent pas sortir de la maison de l’emprunteur sous peine d’une amende de 0,50 F. (...)
Les sociétés sportives
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C’est en 1921-1922 que l’on commence à parler football au Châble. Des jeunes gens ayant fréquenté des établissements d’enseignement secondaire, où ils avaient pratiqué ce sport, constituent une équipe.
Bien évidemment, pour l’entraînement et les matchs, un terrain est essentiel. Il sera mis à disposition par la fromagerie Corajoud du Châble sur le territoire de la commune de Présilly, au lieu-dit “La Charbonnière”, près de l’ancienne porcherie Mégevand. Le vestiaire était tout simplement... le petit bois qui jouxte le terrain. Un voisin, M. Berthet, avait ouvert un débit de boisson à l’enseigne du “Café des Sports”...
Au cours de l’hiver 1922-1923, M. Bogain, instituteur à Présilly rêve de constituer une union sportive avec diverses sections, notamment: athlétisme, football, coursé, rugby. A cet effet, il provoque une réunion, qui se tient dans une remise de l’Hôtel des Négociants au Châble . La jeunesse y vient très nombreuse. Bogain fait un exposé sur les bienfaits du sport et invite les jeunes gens à adhérer à cette société.
L’équipe de rugby de 1922.

L Union sportive du Châble-Beaumont est régulièrement constituée en août 1923. Le comité est formé de Bogain, qui devient président, M. Ronchail, vice-président (il était vérificateur des contributions indirectes à Saint-Julien...), Pierre Goy, instituteur à Beaumont, secrétaire et Elie Dussaud, vérificateur des contributions indirectes au Châble, trésorier. Les autres membres du comité sont Henri et Emile Pillet, du Petit-Châble, René Desgeorges, boucher, du Châble, B. Héritier, camionneur, de Saint-Julien et Célestin Perravex de Beaumont.
C’est le rugby qui sera surtout pratiqué . M. Dussaud, récemment nommé vérificateur des contributions indirectes au bureau du Châble, était originaire du Sud-Ouest, fervent de rugby; c’est lui qui animera ce sport. Des supporters seront contactés ou se manifesteront.
M. Chenévard, de la manufacture de bonneterie du Châble, fera fabriquer dans ses ateliers les maillots des joueurs, en jersey de couleur mauve avec parements violets. La fromagerie Corajoud fournira le terrain et des véhicules pour le transport des joueurs lors de matches à l’extérieur, à Thonon, Annemasse, Oyonnax, etc. Son existence cessera après plusieurs années d’activité.
Au printemps de 1938, cette société renaît après quelques années d’interruption. Le comité est formé de: J. Guerraz du Châble, président; Léon Tapponnier, maire de Beaumont, vice-président; André Masson de Présilly, secrétaire et Albert Bussat du Châble, trésorier.
Article 2. – Elle a pour but la pratique des exercices physiques, et notamment du foot-ball association, de préparer au pays des hommes robustes et de créer entre tous les membres des liens d’amitié et de bonne camaraderie...
Les joueurs évoluent en maillot et bas rouge. Un terrain est mis à disposition aux communaux des Eplanes.
La Guerre de 1939-1940 arrête pour un temps les compétitions. Après l’armistice, elles reprennent... avec Viry, en novembre 1940, par un match qui manqua de mal se terminer. Ce ne sera pas le dernier!
La société devient, en 1952, “L’Entente sportive du Châble-Beaumont”, et son président est P. Ricard. Parmi tant d’autres, les M. Mabut, R. et J. Tapponnier, R. Teppe feront les beaux jours de la Société jusqu’à sa fusion avec Saint-Julien sous le titre d’“Entente sportive du Genevois” .
Les sociétés paroissiales
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Les sociétés paroissiales les plus importantes furent les confréries, dont trois existaient sur la paroisse: celle du Rosaire, celle du Saint Sacrement et enfin celle du Scapulaire du Mont Carmel. Certaines avaient une origine très ancienne. Elles furent abandonnées pendant un certain nombre d’années. Le curé Richard leur redonna vie en 1864 en reconstituant la confrérie du Rosaire dont les membres se manifestaient notamment en récitant le chapelet avant les vêpres. La confrérie du Saint-Sacrement: lors des cérémonies, les femmes portaient un voile blanc, les hommes l’insigne de la confrérie. Nous avons trouvé mention de l’existence de la confrérie du Scapulaire du Mont-Carmel. Nous ne connaissons rien sur cette société qui eut sans doute une existence brève.
Sous la houlette de l’abbé Rémi Duparc, curé de Beaumont, prêtre particulièrement dynamique, une association catholique d’éducation populaire, littéraire et musicale portant le titre d’“Etoile Stéphanaise” fut constituée, le 12 décembre 1931. Cette association a pour objet «la création et la propagation des œuvres intéressant la jeunesse catholique de Beaumont et de la région». Administrée par un conseil comprenant sept membres, elle organise principalement les kermesses ou les fêtes du village et assure la gestion de la chapelle du Châble dont elle est la propriétaire.
Dans Le Cultivateur Savoyard du 12 août 1937, on peut lire:
Beaumont. Grande Kermesse. C’est dimanche 15 août qu’aura lieu à Beaumont (Salle Paroissiale), la kermesse annuelle organisée par l’Association d’Education Populaire “L’Etoile Stéphanaise”, au profit des œuvres, avec le gracieux concours d’un orchestre réputé de Carouge.
Dimanche 15 août

Lundi 16 août

L’abbé Duparc, curé de Beaumont, ne s’arrêta pas en si bon chemin et il constitua, vers 1934, une clique formée de jeunes gens de 14 à 20 ans. Ils furent sept au début, plus tard une douzaine. Cette clique participait aux offices religieux, tant dans la paroisse qu’en dehors et aux différents concours musicaux extérieurs à la paroisse. Les déplacements s’effectuaient à l’aide de l’automobile du curé, une Peugeot torpédo, sur laquelle s’aguillaient les jeunes. Pendant la guerre, c’est à vélo qu’ils se déplaçaient
Vers 1945, la maladie du Révérend Duparc mit fin à cette société.
ANNEXE
Extraits du journal Le Cultivateur Savoyard
L’UNION CHORALE
• 8 avril 1923...
Beaumont. Grand Tir. La Société Union Chorale de Beaumont organise pour les dimanches 15, 22, 29 avril et 6 mai 1923, de 8 h. à 11 h., et de 13 h. à 19 h., un grand tir à la carabine Buffalo-Lebel (arme de précision).
Prix et dons d’honneur offerts par la société et par souscription: valeur, 550 F. 1er prix, valeur 70 F; 2e, 50 F, etc. Les prix et règlement du tir seront affichés au stand.
Les armes et les munitions sont à la disposition de Messieurs les Tireurs. Les armes étrangères à la société ne seront pas admises.
Dimanche 6 mai: Grande fête. 16 h., Concert donné par la société devant la Maison d’Ecole. Jeux divers, course en sac, mât de cocagne. Grand bal. Cantine au stand.
Lundi 7 mai: Continuation du tir, de 13 h à 16 h, et distribution des prix.
Le meilleur accueil est réservé aux visiteurs. Le Comité.
Nota – En cas de mauvais temps, la société se réserve de prolonger le tir.
• 13 décembre 1928
Beaumont-A l’occasion de son banquet annuel, l’Union Chorale de Beaumont organise un grand bal au café Dupraz à Jussy, le dimanche 16 décembre, qui sera conduit par un excellent orchestre.
• 27 décembre 1928
Beaumont. Vogue des rissoles. Dimanche 30 décembre, aura lieu à Beaumont la vogue des rissoles. A cette occasion, grand bal par l’Union chorale de Beaumont au café Blanc, où danseurs et danseuses seront conduits par un excellent orchestre. Attractions diverses.
LES RÉJOUISSANCES SPORTIVES
• 3 mai 1923
Le Châble-Beaumont. Rugby. Dimanche, devant un très nombreux public, l’Union sportive du Châble disputait son premier match et recevait l’excellente équipe de l’Olympique Thononais.
La première partie du jeu fut toute à l’avantage des Thononais qui marquèrent 5 essais.
Dès la reprise, Le Châble se reprend et ses 3/4 bien servis tentent plusieurs belles attaques qui échouent de justesse devant la défense serrée des visiteurs. Ceux-ci réussissent cependant à passer encore par deux fois la ligne blanche.
Au Châble, l’équipe entière est à féliciter et dut à son seul courage d’éviter un score plus élevé. M. Tapponnier arbitra à la satisfaction générale.
Dimanche prochain, l’Union Sportive recevra la puissante équipe du Servette de Genève; c’est encore une belle partie en perspective.
17 mai 1923
L’équipe première de l’Union Sportive s’est déplacée dimanche à Thonon, pour y rencontrer en match retour l’équipe de l’Olympique de cette ville.
Les équipes firent jeu égal durant la première mi-temps qui fut émaillée de jolies phases de jeu ouvert. Cependant, sur coup de pied à suivre, les Thononais réussirent à marquer un essai transformé. Thonon: 5.
A la reprise, les avants du Châble, en grand progrès, dominèrent le plus souvent leurs adversaires en touches et marquèrent en force un essai qui n’est pas transformé. Le Châble: 3.
La fin est sifflée sur ce résultat qui n’indique pas la vraie physionomie de la partie qui fut, surtout en seconde mi-temps, constamment à l’avantage du Châble qui perdit, par manque de fini, affolement ou maladresse, plusieurs belles occasions de conclure.
• 17 mars 1938
L’après-midi et la soirée de dimanche prochain seront entièrement réservées aux réjouissances sportives et chorégraphiques que vous prépare l’Union Sportive du Châble.
Dès 14 h. 30, un grand match de football mettra aux prises le F.C. Gaillard et l’U.S. du Châble; l’intérêt de cette rencontre attirera certainement de nombreux sportifs.
Le soir, à 8 h. 30, danseurs et danseuses se réuniront en la Salle des Fêtes, où notre jeune société sportive organise un grand bal. Un brillant orchestre conduira ce bal qui, par son entrain et sa gaieté, en feront la plus belle manifestation chorégraphique de l’année.
Le 20 mars sera donc la journée de l’U.S.
• 28 novembre 1940
E.S. Viry bat U.S. Le Châble par 8 à 1. L’équipe du Châble, renforcée Par des éléments nouveaux, montre dès les premières minutes qu’elle veut effacer la défaite du match-aller. Mais elle trouve en l’E.S. Viry un adversaire qui, à chaque rencontre, devient plus coriace et dont la supériorité ne va pas tarder à se manifester.
A la mi-temps 4 à 0. Peu après la 2e mi-temps, sur une faute du gardien de but de Viry, Le Châble sauvera l’honneur. 10 minutes avant la fin, une partie de l’équipe du Châble quitte le terrain, contestant un but dont la régularité ne prête à aucune discussion.
Incident très regrettable, montrant le peu de sportivité du vaincu qui a eu la faiblesse de suivre son public et celui, qui grâce à son jeu viril a su éviter une défaite encore plus écrasante à son équipe. Dimanche prochain, l’E.S. Viry recevra l’U.S. Frangy.
L’institution de la fête nationale sarde en 1854.

La vie autrefois
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Fêtes et cérémonies
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Cliché
O. Guillon
A.D. H.S.
En 1793, on a planté l’arbre de la Liberté au Châble.
Le préfet du département du Mont Blanc invite les maires, en 1801, (19 messidor an IX) à célébrer l’anniversaire du 14 juillet 1789.
Sa Majesté Charles Albert, roi de Sardaigne, et sa suite ont traversé Le Châble en 1834. Un arc de triomphe a été construit à l’entrée du village par M. Mollot, employé du Génie de Saint-Julien, pour un coût de 10,45 L.
1851: Institution de la fête du Statut.
Le 29 avril 1853, une somme de 25 livres a été inscrite au budget de cette même année pour la célébration de la fête du Statut du deuxième dimanche de mai. L’intendant général laisse toute latitude au conseil pour l’emploi de cette somme, soit en réjouissances publiques, soit à des secours pour les pauvres. Les intempéries de cette saison laissaient présager une récolte peu abondante. Beaucoup d’habitants étaient déjà dans une situation proche de la misère. On décida de consacrer cette somme au secours des plus démunis.
Le 1er juin 1854, le conseil communal vote une dépense de 25 livres pour célébrer la fête du Statut, soit:
– 6 livres pour achat de poudre pour annoncer la célébration de la fête au bruit des détonations des boîtes;
– 19 L pour distribution de pain aux familles les plus pauvres de l’endroit.
Le 10 février 1859, il décide l’achat de onze boîtes pour la section du Châble, pour un coût de 68,30 L.
En juillet, de petites festivités eurent lieu à l’occasion des victoires de Magenta et Solférino (24 juin 1859) par les Alliés (armées sarde et française) sur les Autrichiens .
Le passage des Altesses
Le 13 août, le syndic est informé du prochain passage de Leurs Altesses par M. l’intendant général.
Leurs Altesses, le prince de Piémont et le duc d’Aoste devant partir d’Annecy dans l’après-midi du mardi 16 courant pour se rendre à Genève, le soussigné a décidé que MM. les syndics des communes qui voisinent le parcours de la route royale devraient se trouver ceints de leur écharpe, à la tête de leur conseil communal sur des points désignés de la route pour acclamer les Augustes voyageurs à leur passage. Conséquemment le soussigné prie monsieur le syndic de Beaumont de vouloir bien se trouver au Châble vers les 4 heures de l’après-midi du jour indiqué ci-dessus, revêtu de ses insignes, en ayant avec lui tous les membres du conseil communal.
Monsieur le syndic voudra bien en outre convoquer la garde nationale qui devra être rendue à la même heure au Châble en grande tenue avec ses officiers et tambours en tête. Elle se déploiera en bataille sur les bords de la route en avant du village, et à l’arrivée du cortège les tambours battront au champ et la troupe présentera les armes.
Le soussigné compte sur l’empressement de MM. les syndics pour témoigner par sa présence de son dévouement et de ses sympathies pour les Augustes rejetons de l’Illustre maison de Savoie.
Pour la circonstance, un arc de triomphe avait été construit à l’entrée du village. La garde nationale est alignée de part et d’autre de la route près de l’arc, où se trouvent le syndic et le conseil communal. A l’écart se tient la population. Dès que le cortège est apparu, les boîtes tonnent et leur écho se répercute au loin. A l’arrivée des princes, la garde, sous le commandement du capitaine François Taponier, présente les armes. Les tambours battent “aux champs”. M. le syndic salue Leurs Altesses qui répondent. Puis le cortège reprend la route pour Genève.
Le 20 août, M. l’intendant général envoie, par lettre, un témoignage de satisfaction au syndic pour l’accueil qui a été réservé à Leurs Altesses.
Le zèle et l’empressement que vous avez eu à vous poster vous, votre conseil et la garde nationale lors du passage des Princes me fait éprouver le besoin de vous en témoigner toute ma satisfaction. J’éprouve également le même besoin à l’égard de la milice qui a été si admirable pour sa bonne tenue et sa discipline. Je vous prie, par conséquent, M. le syndic, de vouloir bien le lui témoigner de ma part en lui communiquant la présente. Je suis persuadé que Leurs Altesses Royales conserveront un souvenir durable des témoignages d’amour et de sympathie que leur ont montrés partout sur leur passage les populations si dévouées de ce pays.
Voici le coût de cette furtive traversée de notre commune:

Une visite épiscopale à l’occasion de la confirmation (5-6 juillet 1866).
La paroisse est en fête! Au Châble, les habitants ont dressé un arc de triomphe et décoré le village de feuillages, sapins et guirlandes; il en est de même à Jussy et à Beaumont.
Monseigneur Magnin, évêque d’Annecy, arrive au Châble le 5 juillet à 6 heures du soir. Il est reçu par le conseil municipal et complimenté par le maire Jérémie Girod. Puis par une pluie “à ciel ouvert”, il gagne le chef-lieu où l’attendait la population; à l’entrée du village, une quarantaine de petites filles, toutes de blanc vêtues et portant des oriflammes, ont entouré la voiture de Sa Grandeur.
Pendant que les “boîtes” tonnaient et au son des cloches, Monseigneur est arrivé en traversant la route et les alentours de l’église garnis de sapins et de guirlandes; ensuite il a visité l’église, trouvant le tout propre mais non riche... Puis M. le curé lui a montré l’état moral de la paroisse qui était loin d’être satisfaisant.
Le lendemain, cérémonie de la confirmation aux enfants... Monseigneur et sa suite sont repartis vers les quatre heures du soir.
En 1884, une somme de 30 F est votée par le conseil municipal pour célébrer dignement la fête nationale du 14 juillet. Notons que depuis, facilité par la constitution de la Fanfare, de nombreuses fêtes sont organisées par cette société au Châble. Il en sera de même à Beaumont deux ans plus tard avec la constitution de la Société Chorale. Nous en parlons dans le chapitre «Sociétés».
La fête patronale se déroule le dernier dimanche de décembre, saint Etienne étant le patron de la paroisse. Cette fête devint la “vogue”. Dans les années 1880, Le Châble, en raison de la date tombant en période hivernale, décida de “faire la vogue” le premier dimanche du mois d’août, puis le dernier dimanche de juillet. Beaumont continua la tradition.
5 mai 1889: la commune de Beaumont commémore le centenaire du 5 mai 1789, date de l’ouverture des Etats généraux qui préludèrent à la Révolution française. Un crédit de 40 F est voté par le conseil municipal, ainsi réparti: 10 F pour l’achat de poudre pour les salves d’artillerie ; 20 F pour distribuer des secours aux malades et indigents; 10 F pour l’illumination des bâtiments des deux écoles.
Anniversaires des annexions de la Savoie à la France
Quoique ce ne soit pas une fête, nous pensons utile de rappeler un événement auquel s’est associé, modestement il est vrai, la commune par la voix du conseil municipal. Pour commémorer l’annexion de la Savoie à la France en 1792, le conseil général de notre département a décidé la construction, à Reignier, d’un asile de vieillards . Il est demandé à chaque commune de verser son obole. Nous citons ci-après la délibération prise le 15 février 1891:
A l’unanimité, s’associe entièrement et de grand cœur aux intentions du conseil général de fêter dignement l’annexion de la Savoie à la France et de perpétuer le souvenir de ce grand événement par l’érection d’un asile de vieillards et incurables, d’autant plus que c’est joindre habilement l’utile à l’agréable. Vote à cet effet une somme de 100 F à prendre sur le budget de la commune, tout en regrettant de ne pouvoir mieux faire pour le moment.
A l’occasion du cinquantenaire de l’annexion de la Savoie à la France, le président de la République, A. Fallières, a effectué un voyage à travers les deux départements. En raison de l’amitié qui avait lié le sénateur Folliet au président, celui-ci avait tenu à saluer la veuve du sénateur, ce qui valut à notre village l’honneur d’accueillir le premier personnage de l’Etat, le mardi 6 septembre 1910. Il était accompagné notamment de MM. Gaston Doumergue , ministre de l’Instruction publique, du général Brun, ministre de la Guerre. Nous donnons in extenso la relation de cette visite, faite par Le Cultivateur Savoyard du 8 septembre 1910.
M. le Président de la République, au cours de son voyage en Savoie, s’est arrêté mardi 6 septembre au Châble pour saluer la veuve de son ami le regretté sénateur Folliet. En prévision de cette visite, les habitants si républicains de cette localité avaient tenu à faire au chef de l’Etat une digne réception. Aussi la route nationale, qui traverse l’agglomération, était-elle bordée de sapins dans les branches desquels étaient piquées des fleurs multicolores; de nombreuses guirlandes de buis agrémentées de dalhias de toutes nuances, rendaient le pavoisement encore plus coquet. Les couleurs nationales avaient été arborées à toutes les fenêtres, à tous les balcons . Dans la cour précédant la maison de Madame Folliet, des plantes vertes avaient été rangées avec art par M. Tapponnier, le fleuriste du Châble bien connu.
Le cortège officiel arrive à neuf heures du matin. Tandis que la fanfare du Châble joue la Marseillaise, les pompiers rendent les honneurs. M. Fallières descend de son automobile. Il est reçu par M. Girod, maire, entouré de son conseil municipal. M. le Maire souhaite la bienvenue au Président et lui dit combien les habitants du Châble et de Beaumont sont fiers de l’honneur qui leur est fait. Puis le Chef de l’Etat s’avance vers Madame Folliet, dont l’émotion est à peine contenue, et lui serre la main.
Au moment où il remonte en automobile, trois gracieuses jeunes filles offrent à M. Fallières de magnifiques bouquets tandis que la fanfare attaque les premières mesures des Allobroges.
Inauguration du Monument aux Morts de la Guerre 1914-1918
La Première Guerre mondiale a été particulièrement meurtrière; trente-neuf enfants de la commune sont morts pendant les cinquante-deux mois que durèrent ce conflit. Quelle somme de souffrances endurèrent ces soldats dans les zones de combats! Que devait être l’agonie des mourants, loin des leurs? Quelques-uns ont été ramenés au cimetière communal; la plupart reposent dans les cimetières militaires dans les Vosges, à Verdun, en Champagne, en Artois. D’autres ont été portés disparus, ensevelis sous les bombardements.
Notre commune, comme toutes les communes de France, se devait de perpétuer leur mémoire. Un comité s’est constitué sous la présidence du maire dès 1919. Une souscription est lancée à l’aide de bulletins remis à tous les habitants et envoyés aux personnes originaires de la commune. Une somme de 10 500 F sera ainsi recueillie.
Le conseil municipal, en accord avec le comité, décide d’ériger un monument dans la cour de l’école du Châble, un autre, plus petit au cimetière et une plaque dans la salle de mairie. MM. Anthonioz Frères, marbriers à Carouge et Evian, sont pressentis pour construire ces monuments et remettront quatre plans différents.
Le choix étant fait, un devis s’élevant à la somme de 17 500 F est remis au maire. Le conseil municipal approuve et décide que le complément du financement sera assuré par les ressources communales. Le conseil municipal prie le gouvernement d’autoriser l’érection des deux monuments et de la plaque. Le monument du cimetière sera livré en août 1920, celui du Châble en décembre.
L’entreprise Clavenna, de la Croix de Rozon, exécute courant 1921 les travaux préparatoires (terrassements, maçonnerie) pour un coût de 2149,70 F. L’entreprise Anthonioz construit, par l’assemblage des dix pièces d’un poids total de 15 000 kilos, le monument du Châble, puis édifie celui du cimetière. Tout est prêt pour l’inauguration fixée au dimanche 17 juillet 1921.
Cette cérémonie empreinte de recueillement s’est déroulée avec le concours d’une assistance particulièrement nombreuse; témoignage de souvenir des disparus et de sympathie envers les familles des victimes de la longue et cruelle épreuve que fut cette guerre.
En voici le compte-rendu dans Le Cultivateur Savoyard du 21 juillet.
C’est dimanche dernier qu’a eu lieu au Châble-Beaumont l’inauguration du Monument élevé à la mémoire des quarante héros de la commune de Beaumont morts pour la Patrie. Une foule nombreuse assistait à cette belle cérémonie.
Parmi les notabilités, nous avons pu remarquer: MM. Fernand David, sénateur, ancien ministre; Henri Girod, maire de Beaumont; Chautemps, Lachenal, Lachat, maires de Valleiry, Neydens et Présilly; Rosay, président de la Section des Mutilés de Saint-Julien.

Le cortège formé des enfants des Ecoles, de la Compagnie des Sapeurs-Pompiers, de la Fanfare du Châble, de la Section des Mutilés de Saint-Julien avec son drapeau, des familles des disparus et des autorités, se rendit au pied du monument érigé près du bâtiment scolaire.
La remise du Monument à M. le Maire de Beaumont fut faite par M. Corajoud, trésorier du Comité. Mlle Claire Dubosson fit ensuite l’appel des Morts et le jeune Tissot, écolier, a déclamé «Aux Morts pour la Patrie» de Victor Hugo.
M. Henri Girod, maire, ainsi que M. Fernand David, sénateur, prononcèrent des discours patriotiques qui furent très applaudis. Enfin M. Rosay, président des mutilés, apporta le salut de ces derniers à leurs frères d’armes tombés pour “la cause du Droit et l’Honneur de la Patrie”.
Cependant, une note discordante interviendra le 29 septembre 1921 par une lettre du ministère de l’Intérieur au préfet, transmise au maire par le sous-préfet le 12 octobre, dont voici la teneur:
Vous m’avez transmis le dossier du projet d’érection de Monument aux Morts et d’apposition d’une plaque commémorative présenté par le maire de Beaumont. Cette plaque commémorative, qui doit être apposée dans la grande salle de la mairie, est ornée d’un emblème religieux. Cette ornementation est en contradiction avec les dispositions de l’article 28 de la loi du 9 décembre 1905. Je vous prie d’appeler l’attention de la municipalité intéressée et lui demander de modifier le projet présenté.
Pour le ministre de l’Intérieur, le directeur.
Après discussion, le conseil municipal décide d’apposer cette plaque à l’église, en l’agrémentant d’un encadrement en marbre rose.
Les noms des victimes de la guerre de 1939-1945 seront gravés sur des plaques scellées en 1947 sur les deux monuments ainsi qu’à l’église et inaugurées le 15 août par le sous-préfet Henri Baud. Le cortège, parti du Châble vers Beaumont, sera escorté par la fanfare, les pompiers, les enfants des écoles et une foule nombreuse.
Le souvenir de Jérémie Mégevand
Le premier novembre 1928, sur la place de l’Eglise à Beaumont, une émouvante cérémonie s’est déroulée à l’occasion de la remise d’une plaque à la municipalité , en souvenir de la mort héroïque de Jérémie Mégevand, gendarme, qui rejoignait son nouveau poste au Tonkin à bord du paquebot Cap Lay. Ce dernier fit naufrage en 1928 en baie d’Along, proche du port de Haïphong, terminus de la ligne. Jérémie, après avoir sauvé plusieurs personnes, s’est noyé en allant au secours d’autres passagers.
Le capitaine de gendarmerie Raffort-Duretet, commandant la compagnie de Saint-Julien, retraça la carrière de Jérémie Mégevand et évoqua les circonstances de sa mort.
La Fête des Pompiers de 1896
Grâce aux archives de la compagnie, nous pouvons faire la relation de cette fête qui s’est déroulée le dimanche 9 août 1896.
Bien évidemment, un banquet est prévu. Le menu est composé au préalable par le conseil d’administration puis mis en concurrence auprès des restaurateurs du village. Ainsi pour cette fête, M. Borgel fit la soumission la moins élevée avec 2,50 F par repas, vin non compris.
La fête débuta le samedi soir par la retraite aux flambeaux. Le dimanche matin, à 9 heures, la compagnie fut passée en revue. A 11 heures fut servi le vin d’honneur offert par le sénateur Folliet. A midi, dans la remise Girod, le banquet fut égayé par de nombreuses chansons et par un discours prononcé par le sénateur. Le vin avait été offert par les officiers de la compagnie.
A l’issue du repas, chaque pompier rejoignit le poste que les officiers lui avaient assigné pour assurer la bonne réussite de cette fête. Cette dernière se poursuivit par un concours de tir à la carabine Buffalo-Stand, ouvert à tous. Le soir furent organisés un feu d’artifice et un bal.
La Fête des Pompiers en 1938
Le Cultivateur Savoyard dans son numéro du 18 août 1938, relate la fête des pompiers qui avait eu lieu le 14 août.
Le coquet village du Châble était en liesse. La compagnie des sapeurs-pompiers avait organisé sa fête, renouant ainsi une vieille tradition, perdue depuis la guerre. Elle s’est déroulée selon le programme établi.
10 h. 30, la compagnie est rassemblée sur la place publique avec, à ses côtés, la Fanfare du Châble. On note également la présence d’un officier de la compagnie de Présilly et du lieutenant commandant celle de Collonges-sous-Salève. Après les sonneries réglementaires, M. le Maire de Beaumont remet à trois sapeurs la médaille d’argent, juste récompense de 25 ans de présence à la compagnie, puis vin d’honneur offert par la municipalité. Ensuite, le cortège se forme pour se rendre au Monument aux Morts de la guerre, où une superbe gerbe de fleurs est déposée par le jeune capitaine commandant la compagnie, pendant l’exécution de la Marseillaise par la Fanfare; puis c’est le défilé à travers le village au son d’entraînants pas redoublés.
A midi trente, tout le monde se retrouve à la Salle des Fêtes pour savourer le délicieux repas servi par le restaurant Grandchamp. Au dessert des discours furent prononcés par le capitaine du Châble, le président de la Fanfare, le lieutenant de Collonges et le maire de Beaumont qui présidait. Tous ont fait l’éloge de l’esprit de société qui règne chez les sapeurs pompiers; puis ce fut le tour des chanteurs. A 20 heures, le bal est ouvert, il fut très animé et se prolongea tard dans la nuit.
Le prix du banquet était de 15 F, vin compris.
Pour terminer, notons que la section de première intervention, avec un effectif de quinze hommes, qui a remplacé la compagnie de 45 hommes depuis 1955, est toujours très active.
Faits et événements anciens
Table des matières
Avant que ne tombent dans l’oubli certains faits ou événements peu connus des plus jeunes, il est temps d’en mentionner quelques-uns.
Lors d’épidémies de peste, les personnes atteintes de cette maladie étaient rassemblées en un lieu isolé, excepté dans les bourgs importants dotés de léproserie. Les traditions nous rapportent que, sur le territoire de la commune, les pestiférés étaient regroupés dans une cabane construite dans les bois, en bordure du chemin reliant Le Châble à Viry , près du ruisseau dit “Nant de la Folle”.
Lors d’une épidémie au XVIIe siècle, nous relevons en 1629 à Beaumont que, sur huit décès, six sont dus à la peste. L’année suivante, sur quatorze personnes décédées, huit le furent de cette maladie.
Ici était un hameau...
Au XVIIe siècle existait encore le petit hameau “Chez les Clèges”, situé à l’ouest des maisons de “Chez Cuta”. De nos jours, il n’en reste aucune trace, si ce n’est le lieu-dit “Les Clèges”.
Les moulins de Cutafort
Ces moulins, propriété des chartreux de Pomier, fonctionnaient encore au XVIIIe siècle et avaient une certaine importance. Les propriétés de la chartreuse de Pomier étant déclarées «biens nationaux», les moulins de Cutafort seront vendus à Etienne Pissard le 3 thermidor de l’an IV (21 juillet 1796), puis connaîtront la décadence. Sur les ruines d’un de ces moulins, M. Lachenal construira une scierie en 1910 . Les autres bâtiments, non entretenus, disparaîtront sauf un peut-être, actuellement propriété de la famille Eusébio.
Le 29 mai 1793: on a brûlé les titres de la chartreuse de Pomier avec les officiers municipaux en écharpe avec les citoyens, ceux de la présente commune qui étaient du fief de la cy-devant chartreuse étant joints avec d’autres des paroisses voisines ont subi le sort du feu à la dite chartreuse, toute la municipalité n’ayant pu s’y rencontrer par rapport à la troupe couchée au Châble et qu’il n’en avait pas été brûlé qui puisse porter préjudice au publique (sic).
Le jour de la Toussaint de 1823
La commune est en émoi... un vol a été commis à l’église au cours de la nuit précédente. Les paroissiens se rendant aux offices ont abondamment commenté ce délit dont voici la relation: «Des voleurs ayant forcé les barrots (sic) de la fenêtre à côté de la chapelle du Rosaire, sont entrés dans l’église où ils ont volé le calice avec sa patène en argent, la croix processionnelle en cuivre plaquée en argent, la boîte des Saintes Huiles, et morcelé le drap des morts». Ces objets n’ont pas été retrouvés et le curé Vuarin a remplacé le calice; il lui en a coûté 228 livres. Le calice lui appartient. Après le décès du révérend Vuarin en 1827, son frère, le célèbre curé de Genève, Jean François Vuarin, dans une déclaration datée du 21 août 1830, fait don de ce calice en argent à l’église paroissiale de Beaumont, ainsi que d’une somme de 427 F, due par le conseil de Fabrique de la paroisse de Beaumont. Seule condition à cet abandon: que soient célébrées cinq grand-messes pour le repos de l’âme du défunt.
L’armée de Bourbaki
Nous avons entendu les “anciens” parler du passage des soldats de l’armée de Bourbaki en 1871, et du souvenir pénible qu’ils en conservaient.
Après la bataille d’Héricourt (Haute Saône) du 17 janvier 1871, l’armée de l’Est, commandée par le général Bourbaki, en déroute, se réfugie en Suisse où elle sera internée. Puis ce sera le rapatriement. A ce sujet, nous citons un article du journal l’Echo du Salève du 18 mars 1871:
Une partie du rapatriement des militaires internés en Suisse s’effectue par Saint-Julien. Aujourd’hui même, 16 mars, une première colonne de 1 500 à 2 000 hommes partira de Genève à 14 heures et stationnera à Saint-Julien. Nous nous sommes entendus avec l’autorité administrative pour les répartir entre Le Châble, Feigères, Viry et Thairy.
Le 20 mars 1871, le maire délivre un «bon pour 20 kilos de foin délivré à quatre chevaux du train des équipages, 1er régiment, 19e compagnie; 0,25 F le kilo, soit 5 F».
Toujours de L’Echo du Salève, en date du 25 mars: «Le rapatriement des militaires français internés en Suisse est terminé. La dernière colonne est arrivée hier jeudi à Saint-Julien. L’état sanitaire est bon».
“La Scierie”
Au pied du Salève, près du lieu-dit “l’Orcené”, un endroit est appelé (encore de nos jours) “La Scierie”. En 1880, M. Bastian a vendu les bois de résineux (près de 37 hectares) de sa propriété sur le Salève, sise sur le territoire de la commune de Beaumont. Les deux acheteurs, l’un de Plan-les-Ouates, l’autre de Genève, décidèrent de débiter les bois au pied de la montagne.
Un arrêté préfectoral du 16 août 1880 a autorisé la construction d’une scierie actionnée par une machine à vapeur près du lieu-dit “l’Orcenaz” pour débiter les bois provenant de la forêt dite de “la Joux”, propriété de M. Bastian. Un autre arrêté a autorisé la vidange des bois par le couloir de “l’Orcenaz” et la construction de deux baraques, dont une à usage d’écurie. Le matériel comprenait, outre la machine à vapeur, deux scies battantes, une circulaire et divers outils. Pour les transports, deux chevaux et trois chars à quatre roues étaient nécessaires. Cette scierie temporaire a été entièrement détruite par un incendie le 23 octobre 1883.
Le Châble inondé les 21, 22 et 23 janvier 1910
A la suite d’une pluie diluvienne augmentée de la fonte des neiges sur le Salève, les ruisseaux en descendant ont grossi démesurément, provoquant notamment, par les débris charriés par les eaux, l’engorgement du lit du ruisseau de “Fontaine Froide”. L’eau est descendue sur une partie du chemin des Crêts et celui du Châble à Beaumont (CV 02) découvrant, par endroits, la conduite principale d’eau potable posée cinq ans plus tôt. Puis l’eau a dévalé dans le village du Châble, inondant caves et maisons d’habitations de plain-pied, au grand désarroi des habitants impuissants.
La pluie cessant, il fallut débarrasser la chaussée des gravats et réparer les dégâts. Pour le seul CV 02, ils ont été évalués à 600 F; l’Etat a attribué une subvention de 309 F. Le maire a fait appel au dévouement des habitants du Châble, et la différence a été couverte par des prestations volontaires.
Une tombe burgonde (?) à Jussy
En 1921, la carrière de Jussy est en pleine activité ; on y extrait du gravier. Les ouvriers, en creusant, découvrent une dalle de pierre. Pour les besoins de l’exploitation, ils la déplacent et trouvent en-dessous les restes, presque en poussière, d’un corps humain. Je me souviens avoir entendu dire qu’il s’agissait d’une tombe, présumée burgonde , dont rien ne fut conservé.
Rattachement
En 1925-1926, les habitants du haut du village du Châble, dans la partie située sur le territoire de la commune de Présilly, ont demandé le rattachement à la commune de Beaumont à cause de leur proximité du Châble, et de leur éloignement de Présilly. Cette demande a été refusée.
Les Bohémiens
Terreur des enfants, ces nomades au teint basané vivaient en roulotte (plus ou moins en état) tirée par un cheval. Leur lieu de stationnement était le chemin des “Eplanes”. Femmes et enfants mendiaient. On leur attribuait souvent quelques larcins. Plus rarement s’arrêtait une caravane, composée de plusieurs roulottes, certaines bâchées genre voiture du “Far-West”. Je me souviens des passages de la tribu des “Manavets”.
Le chapardage était courant, les femmes étaient le plus souvent accusées, parce qu’elles étaient vêtues de très longues robes avec de grandes poches, facilitant le camouflage de leurs larcins. Pendant leur séjour, les habitants fermaient soigneusement portes et volets. Ces nomades avaient souvent maille à partir avec la gendarmerie car, à tort ou à raison, ils étaient soupçonnés de vols. C’est avec soulagement qu’on les voyait “déguerpir”.
Le mendiant
Souvent vêtu de haillons, il errait de village en village en quête d’un pot de soupe ou de quelques sous. Le soir venu, il cherchait un abri dans une grange ou une écurie où on voulait bien l’héberger. Rares étaient les semaines où il n’en passait pas. Plusieurs étaient connus dans la commune et y séjournaient à maintes reprises dans l’année. Lors du stationnement de la distilleuse (alambic) au Châble, il bénéficiait de la chaleur dégagée par cet appareil, et en profitait pour absorber force eau-de-vie.
Souvent le mendiant terminait sa vie au bord d’un chemin ou sous un abri. Nous ne mentionnerons qu’un seul décès, parmi d’autres. L’approbation par la junte municipale, le 18 mars 1860, d’une facture de Louis Berthoud, voiturier au Châble: «48,10 F pour transport d’un cadavre trouvé axphixié (sic) dans les neiges du Mont Salève dans le courant de l’hiver».
Les calèches
Dans les années 20, je me rappelle du passage (que la guerre avait interrompu), de plusieurs calèches, chaque année au printemps. Après la saison hivernale sur la Côte d’Azur, où les cochers avaient promené les “touristes” en villégiature, ces voitures de louage se rendaient à Montreux, et même à Interlaken paraît-il. Courant septembre, elles passaient de nouveau, effectuant le parcours inverse.
Quelquefois, les cochers s’arrêtaient à l’hôtel pour se désaltérer et donner le “picotin” aux chevaux. Cela faisait notre joie, à nous les enfants, d’admirer ces belles voitures; puis, ayant questionné les cochers sur leur travail, nous restions rêveurs en évoquant de si longs voyages.
Le château des Avenières
Je me souviens d’avoir souvent entendu parler, par les anciens, des nombreux charrois hippomobiles ou tirés par des bœufs, traversant Le Châble pendant les années 1906-1907, venant de Saint-Julien et se rendant sur le chantier de construction de ce château qui domine Cruseilles.
La moraine à Bayard
Ainsi appelait-on le terrain très pentu situé au Châble, lieu-dit “Les Grandes Resses”. Que de générations d’enfants se sont livrées aux plaisirs de la neige sur cette moraine! Que de descentes enivrantes, se terminant quelquefois par une magistrale culbute! C’est au cours de l’une d’elles que le futur chanoine Emile Berthoud, encore enfant, se cassa le bras gauche.
Par ailleurs, parlant de jeux de neige, nous avons vu, le soir, des plus grands montés cinq sur un bob, partir du Mont-Sion, se laisser glisser sur la RN 201 et, quand la neige était bien tassée, arriver à hauteur du réservoir des eaux de Saint-Julien (Cervonnex). Bien évidemment, une seule descente par soir était possible, car il fallait traîner le bob pour regagner Le Châble.
A Beaumont, c’était dans la moraine du château ou sur le chemin n° 1 que nous effectuions nos glissades, en partant du hameau de “Chez Marmoux” ; quand les conditions de neige étaient bonnes, le bob emmenait les jeunes jusqu’à Jussy.
Heureuse époque! Les routes n’étaient pas encombrées de véhicules, qu’ils soient à... crottin! ou à moteur. On avait beaucoup de plaisir, enfants, à glisser sur la neige avec des douves de tonneau. Pour fixations nous n’avions que des lanières de cuir avec lesquelles nous attachions nos pieds chaussés de sabots! Ainsi, avec cet équipement des plus sommaires, nous effectuions de bonnes descentes à la “station” de Beaumont-Le Châble!
Coutumes disparues
Table des matières
Les failles (ou brandons)
La veille du premier dimanche de carême, après l’école, nous nous rendions au Crêt, accompagnés par les plus grands, pour rassembler du bois mort, des épineux, etc. Plus le tas était grand, plus nous étions contents. Nous devons confesser qu’il nous arrivait de “chiper” quelques fascines dans les bois des alentours. Le dimanche, après les Vêpres (où bien souvent nous étions absents!), nous terminions la préparation. Le soir venu, le feu était allumé. A la lueur des flammes, nous dansions en chantant, tout en contemplant le rougeoiement d’autres feux allumés jusqu’au pied du Jura. Bien évidemment, semblable “cérémonial” se déroulait à Beaumont sur la moraine du château.
Au sujet de cette coutume, nous relevons dans le journal L’Echo du Salève du 16 mars 1867 la chronique suivante:
Dimanche dernier, à sept heures du soir, le bassin de Saint-Julien et le pays de Gex offraient un magnifique spectacle. Plus de cinquante feux placés à différentes hauteurs, éclairaient la montagne et la plaine. C’était le dimanche des Brandons. Bécherelle nous apprend que le dimanche des brandons se disait anciennement du premier dimanche du carême parce que, ce jour-là, le peuple allumait des feux, dansait à l’entour et parcourait les rues et les campagnes en portant des brandons ou des tisons allumés.
Cet usage n’était autre chose que les restes d’une fête que l’on célébrait anciennement en l’honneur de l’agriculture. Nous lisons en effet dans Virgile (Géorgiques, livre 2, traduction de l’abbé Delille) qu’«au commencement de l’année (l’année commençait le 1er mars), les Romains invoquaient les dieux qui présidaient à l’agriculture pour se les rendre favorables. Ces fêtes en l’honneur de Cérès s’appelaient Ambarvalia, parce que la victime faisait le tour des champs...».
Les allouilles
Ce même dimanche, nous étions vraiment très occupés! Il y avait également les allouilles. En quoi consistait cette coutume? Les plus grands avaient soigneusement noté les mariages célébrés l’année précédente et, tous ensemble, nous nous rendions devant le domicile des nouveaux mariés en criant: «Aux allouilles, aux allouilles», jusqu’à ce qu’une fenêtre ou une porte s’ouvre et que noix, noisettes, bonbons, quelquefois des sous, soient jetés sur la route où l’on se disputait pour les ramasser.. C’est avec envie que nous regardions les paniers ou les sacs bien remplis de nos camarades!
Le charivari
Dans le courant de la semaine de la célébration du mariage d’un veuf avec une jeune fille ou d’une veuve avec un célibataire, les jeunes gens du village se rassemblaient le soir venu, munis de casseroles, clochettes, tambours, etc. et se rendaient près du domicile de l’intéressé(e). A grand renfort de bruit produit par ces “instruments” disparates, ils criaient: «Charivari, charivari». Le plus souvent la porte s’ouvrait et le maître (-esse) des lieux offrait des boissons, plus rarement une collation.
S’il nous arrivait de ne pas être reçus, le tapage s’amplifiait. Au Châble, en 1920, un charivari dégénéra à la suite d’un refus. Des dégâts furent commis et une plainte fut déposée. Depuis, cette coutume a disparu.
Notons que le mariage entre veuf et veuve ne donnait pas lieu à charivari.
La météo des anciens
Table des matières
Dans ma commune, essentiellement rurale, on attachait une importance certaine au temps des lendemains, en raison de la lenteur des travaux, en général effectués manuellement. Au cours des ans, au fil des saisons, des remarques ou observations faites permettaient d’apporter quelques éléments d’appréciation quant aux prévisions du temps. Nous en rapportons quelques-unes.
Tout d’abord, les signes avant-coureurs de mauvais temps ou de changement:
– trois jours après une forte gelée blanche, la lavée (la pluie);
– quand la teinte du rocher de la Grande Paroi devient sombre;
– dans le mur d’une maison ancienne, une pierre devient humide: il s’agit d’un grès poreux qui subit l’influence de l’humidité de l’atmosphère;
– quand les hirondelles font du “rase-mottes” ;
– faisant face à l’ouest, si un nuage s’immobilise à l’extrême sud du Jura, au-dessus du Fort l’Ecluse;
– de même, en regardant à l’ouest, si la chaîne du Jura et les villages du Pays de Gex paraissent plus rapprochés;
– quand la lune “baigne” (halo autour de ce satellite);
– depuis environ 1880, année de la mise en service de la liaison ferroviaire Bellegarde-Annemasse, on a remarqué que, si l’on percevait le son du sifflet de la locomotive annonçant l’arrivée du convoi en gare de Viry, de même que le bruit de roulement du train, on pouvait prévoir du beau temps; – lorsque l’on entend le tintement de la cloche de l’église de Saint-Blaise, le temps va changer.
D’autres signes, plus généraux, sous forme de dictons:
«Quand la lune se renouvelle en beau, trois jours après de l’eau».
«Quand la lune se renouvelle dans l’eau, trois jours après le beau».
Ci-après, extrait du journal L’Echo du Salève du 16 février 1867:
«Au cinq de la lune, quel temps tout le mois donnera», c’est-à-dire: s’il pleut au cinquième jour de la lune, la pluie dominera jusqu’à la nouvelle lune; s’il fait du vent, ce vent dominera; s’il fait beau, il fera beau jusqu’à la nouvelle lune.
La lune rousse (nouvelle lune après Pâques): «Commence en mouton finit en lion, commence en lion finit en mouton», c’est-à-dire commence en beau, finit en mauvais et inversement.
En mars lorsque l’«agace» (la pie) construit son nid très bas, dans une haie, un buisson, l’année sera venteuse. Elle le sera moins si elle le construit à la cime d’un l’arbre.
Notons que l’on utilisait un “baromètre” basé sur l’hygrométrie ambiante, constitué d’une petite branche de “voirne” (sapin), en forme de T, fixée à un support. L’extrémité de cette branche se relève par beau temps sec; au contraire, à l’annonce très prochaine de pluie, elle se baisse.
LES ADMINISTRATIONS
Le tract distribué dans la commune.

(Cliché 0. Guillon, A.D. H.S. 1990.)

Syndics et maires
Table des matières
L’organisation administrative
Table des matières
Les règles pour présider aux destinées de la commune ont considérablement évolué depuis la Révolution française. Sous tous les régimes, la place de premier magistrat n’a jamais été une sinécure pour son titulaire.
En 1792, maire et conseillers (appelés officiers municipaux) sont élus et nommés par l’assemblée des citoyens. La durée de leurs fonctions sera éphémère: du 27 novembre au 22 janvier 1793.
Dès 1793 (an II), ce sera l’assemblée primaire, composée des citoyens payant une contribution directe de trois journées de travail qui élira le maire et les officiers municipaux. L’assemblée de ces élus formera le conseil général.
Les citoyens âgés de plus de 21 ans, soumis au payement d’une contribution directe et inscrits sur le registre civique du canton, ont élu l’agent municipal et son adjoint le 1er brumaire an IV (24 novembre 1795); eux seuls administrent la commune sous la tutelle de l’administration municipale du canton, formée des agents municipaux des 14 communes du canton.
En 1800 et durant tout l’Empire, maire, adjoint et conseillers municipaux sont nommés par le préfet.
Ainsi que nous l’avons décrit par ailleurs, Beaumont fit retour à la couronne de Sardaigne en 1815 (20 novembre). Dès cette date, un syndic et quatre conseillers forment le conseil communal (comme avant 1792) et sont nommés par l’intendant. A partir de 1817, ils le seront sur une liste de noms présentée par les électeurs. Dès 1832, le vice-intendant désigne trois conseillers adjoints pris parmi les personnes les plus imposées de la commune pour doubler le conseil communal: c’est le conseil double.

Il se réunit notamment pour les questions financières (budgets, contributions, grosses dépenses).
Le statut constitutionnel du 4 mars 1848 a libéralisé le régime et complètement modifié l’organisation communale par la loi sur l’administration communale du 3 octobre 1848. D’après cette loi, les conseillers communaux sont au nombre de 15 et élus par les plus gros contribuables, “les plus imposés”, dont le nom figure dans le rôle des contributions directes de la commune, pour un nombre correspondant à 10 % de la population pour les 500 premiers habitants, ce qui est le cas de Beaumont; ils sont ainsi “sélectionnés” et s’occupent d’élire – entre autres – les magistrats municipaux. Les militaires décorés, les maîtres élémentaires (régents) munis d’un certificat de méthode, les commerçants, fabricants se trouvant inscrits au registre du commerce et occupant un local (habitation, boutique, ateliers) d’une valeur locative de 40 L, ont également le droit de vote. Les individus absolument illettrés ne sont ni électeurs, ni éligibles.
Le syndic est nommé par le roi et choisi parmi les conseillers. Il reste en charge trois ans et peut être confirmé ; il prête serment entre les mains de l’intendant général ou de son représentant. Les vice-syndics sont nommés par l’intendant général pour une année. Les communes de troisième catégorie, dont fait partie Beaumont, ont droit à deux vice-syndics.
Dans l’intervalle de leurs réunions, les conseils communaux sont remplacés par un conseil délégué. Le nombre des conseillers, comme celui des suppléants, est également de deux pour les communes de troisième catégorie. Le conseil délégué est principalement appelé à prendre, en cas d’urgence absolue, les délibérations qui seraient de la compétence du conseil communal. Les conseillers délégués sont nommés par le conseil communal à la majorité absolue des voix. Ils sont choisis au sein de ce conseil. Leurs fonctions sont d’une année.
Les conseils communaux s’assemblent régulièrement deux fois l’an, dans le mois d’avril ou mai (session de printemps) et dans celui d’octobre ou novembre (session d’automne). Le jour de la réunion est fixé par le syndic avec l’approbation de l’intendant.
Le 20 février 1860 a lieu la dernière élection sous le régime sarde des membres de la “junte municipale” pris parmi les conseillers municipaux, au nombre de deux et deux suppléants.
L’annexion à la France remplacera toutes ces institutions. Dès 1860 et sous le Second Empire, le maire est nommé par le préfet et choisi parmi les membres du conseil municipal. Le nombre des conseillers municipaux est fixé à douze pour les communes de la taille de Beaumont.

En septembre 1870, l’Empire s’effondre et la Troisième République est proclamée. Avec la loi du 20 janvier 1874 les maires et adjoints sont nommés par le préfet; avec celle du 12 août 1876, le conseil municipal élit le maire-adjoint parmi ses membres au scrutin secret, à la majorité absolue.
Vers 1877, les plus imposés étaient convoqués aux séances de conseil municipal où étaient délibérées certaines questions financières.
Quelques mésaventures et tribulations de syndics et maires
Table des matières
Un syndic bien «emmouscaillé »
On a volé le cachet (sceau) communal détenu par le syndic. Par lettre adressée à l’intendant à Saint-Julien, province de Carouge, le syndic, M. Grivet, relate les faits:
J’ai l’honneur de vous prévenir que hier, le 23 du mois d’août 1830, les voleurs sont entrés chez moi sur les dix heures et demie du matin pendant que la maison était seule. Ils ont forcé les barrots (sic) d’une fenêtre, ils m’ont pris six cents livres avec le cachet de la paroisse, et ce vol a été fait pendant que ma femme assistait à un service funèbre qui se faisait à la paroisse. J’ai l’honneur d’être, avec un profond respect, votre obéissant et fidèle serviteur.

Puis le malheureux syndic, très ennuyé, fait adresser une lettre à l’intendant par le secrétaire communal, dont voici le texte:
Monsieur l’Intendant,
Vous avez été informé, Monsieur, qu’il s’est commis dernièrement un vol chez e sieur Grivet, syndic de la commune de Beaumont et que dans le nombre des objets volés se trouve le cachet de la commune, d’où il peut résulter plusieurs inconvénients. D’abord par le motif qu’il ne peut plus être apposé sur les pièces qu’il est appelé à délivrer. Si les voleurs avaient commis ce vol dans l’intention e s’en servir et faire de fausses pièces, ce dernier motif me fait imaginer qu’il serait prudent de faire une remarque (sic) à celui que l’on fera faire, par exemple en faisant figurer le millésime.
Comme il est urgent de remplacer le cachet, Monsieur le Syndic m’a chargé e vous consulter à ce sujet. Veuillez bien me faire part des mesures que vous croirez les plus convenables en cette circonstance.
Dans l’attente...
Une affaire embarrassante aux conséquences inattendues
Durant cinq ans, un bien curieux litige a opposé un propriétaire terrien à la commune.
En 1832, pour permettre l’élargissement du chemin du Châble à Beaumont par Jussy, un poirier a dû être abattu. Bien évidemment, le propriétaire a réclamé une indemnité... par devant le tribunal de préfecture de Saint-Julien. Une forte somme aurait été accordée au demandeur.
Cette affaire à rebondissements, avec un véritable chassé-croisé de correspondances, délibérations du conseil, etc., ne connaîtra son épilogue qu’en 1837.
Le 31 mars 1837, l’intendant a mandé l’adjudant du Génie Mollot de faire un rapport avec consultation de témoins sur l’emplacement, la taille, la grosseur, l’ancienneté, la valeur du bois et la production annuelle de cet arbre, abattu depuis cinq ans. Voici quelques-unes des estimations des “experts” :
Le syndic a dit que cet arbre était bien âgé, qu’il pouvait avoir cinq pieds de circonférence ce qui fait 1 pied 7 pouces de taille, que le produit de ce poirier était de beau fruit quoique sauvage et pouvait faire cinq seytiers de cidre lors d’une bonne récolte, et comme ces arbres saisonnent et en égard au gel on peut évaluer cette récolte à tous les quatre ans, ce qui produirait cinq seytiers dans trois ans (...) le bois peut avoir produit un moule valant trente livres et cinquante fascines valant huit livres; il observe en outre que l’usage du pays lorsque l’on donne à faire le cidre est de laisser un tiers du liquide à celui qui a ramassé, pilé et pressé le fruit, en sorte que les deux tiers forment le revenu net.
Paul Marin dit que cet arbre pouvait avoir quatre pieds et demi de circonférence, qu’il pouvait durer encore douze ans avant de péricliter (...) que lui-même a un poirier plus gros qui, la meilleure année ne lui a produit que cinq seytiers mais que les deux années suivantes, il n’en récoltait pas, soit par rapport qu’il saisonne et au gel (...). Cet arbre peut avoir produit trois quart de moule de bois (...).
Claude Pillet (...) Il peut avoir produit un demi moule de bois évalué à vingt livres et porte à trois livres cinquante centimes le seytier de cidre; cet arbre pouvait produire pendant 20 ans, les branches nuisaient au champ et gênaient sur le chemin pour le passage d’un homme à cheval [...]. Cet arbre était un peu vieux, mais pouvait produire pendant plus de trente ans (...). Symphorien Duchâble dit que l’arbre avait de cinq pieds et demi à six pieds de circonférence (...). Tous s’accordent à dire que cet arbre n’était pas très élevé, son tronc pouvait avoir de huit à neuf pieds jusqu’aux branches (...).
Les experts évaluent ensuite, suivant de savants calculs, le montant que devra toucher le propriétaire. Il accepte la somme de 36 L 90 à titre de dommage et demande que la commune prenne à sa charge les frais entraînés par la procédure que l’intéressé évalue à 72 L. Le conseil double, en juillet, à l’invitation de l’intendant, conteste cette note de frais et déclare ne vouloir payer que les frais du rapport Mollot, soit 21 L.
Pour clore ce litige, l’intendant, au vu de cette délibération, déclare le 5 juillet que la commune devra payer 25 L 27 à titre d’indemnité du dommage causé et 18 L 20 pour frais de procédure. A partir du 15 janvier 1851, en signe de protestation, le docteur Despré, syndic depuis près de quatre ans et qui fut contesté à plusieurs reprises, décide de «boycotter» les séances du conseil communal. En avril, il résilie le bail de location de la salle consulaire, située chez lui, puis démissionnera de ses fonctions de syndic.
Son successeur, après environ trois ans de mandat, sera violemment critiqué ; des propos injurieux sont même tenus à son égard, à tel point que l’intendant-régent, le 19 mars 1855, note au bas d’une délibération:
«Les termes de cette délibération auraient dû être plus mesurés!»
L’accalmie après la tempête
Sans doute dans un but d’apaisement, un décret royal daté du 24 janvier 1856 nomme un nouveau syndic en la personne de François Tapponnier du Châble, remplacé au terme de son mandat par Joseph-Marie Greffier de Beaumont.
La tempête après le calme
Le syndic doit faire face à des attaques sournoises, comme le 24 juillet 1859. Les séances des conseils, tant communal que délégué, deviennent houleuses.
Le 14 juillet, le syndic se rend à Annecy auprès de l’intendant général pour s’entretenir des affaires communales en instance. Rien d’anormal à cela semble-t-il.

Le 24 du même mois, au matin, les habitants, surpris, ont pu voir affichée en divers points de la commune une caricature représentant le syndic. Bien évidemment, cela alimente les conversations. Dans les cabarets ou auberges, les discussions vont bon train, souvent passionnées, les opinions étant divisées. Certains font des gorges chaudes, d’autres sont scandalisés.
Sans plus attendre, le syndic met au courant le bureau de la Sûreté Publique de Saint-Julien. Dès le lendemain, l’intendant général est informé. Des noms circulent...
Attendu que de forts soupçons tomberaient sur le secrétaire communal M. Pellet, individu très hostile à M. le Syndic ainsi que sur le conseiller Blanc Jules, le soussigné se rendra demain sur le lieu pour prendre des informations et recevoir la déposition de plusieurs individus dont M. le Syndic a témoigné le désir qu’ils soient entendus. S’il parviendra à découvrir les auteurs, il ne manquera pas de les signaler à M. l’Intendant Général et de les dénoncer à l’autorité judiciaire pour la procédure voulue.
Le Délégué A. Biglione
Le 8 août, le syndic demande à l’intendant général la poursuite de l’instruction de cette affaire. Il semble qu’il n’en fut rien.
Nous donnons ci-après de larges extraits de délibérations qui témoignent de l’état d’esprit qui régnait.
Le 13 novembre, durant une longue séance du conseil communal, diverses factures de créanciers pour travaux et fournitures de gravier pour les chemins sont vérifiées. Un différend surgit à l’examen de la créance du syndic, qui est sérieusement épluchée: on lui reproche d’avoir subtilisé du gravier appartenant à la commune. En juillet 1859, un stock de 88,898 m3 de pierres cassées et de gravier a été constitué. Lorsqu’on a voulu les faire transporter sur les chemins, le conseil délégué a fait mesurer le cubage de ce tas afin d’en permettre la mise aux enchères. Il ne restait plus que 63,887 m3. Où donc sont passés les 25 m3 manquants? Par de savants calculs, on essaye de le savoir.
Tout d’abord, le syndic reconnaît avoir pris, sans autorisation, 2,50 m3. Ensuite, le carrier qui a extrait le gravier à raison de 0,60 L le mètre cube, s’étant plaint de n’avoir pas gagné pour le travail effectué «l’eau qu’il avait bue», le vice-syndic lui en avait porté 5 m3 de plus.
Entre les deux mensurations, il s’est écoulé un an; durant ce laps de temps, les tas de pierres se sont affaissés, affaissement évalué à 5 m3. Le gravier, qui est presque de la terre glaise, s’est fortement resserré, d’où une diminution évaluée à 6 m3. On évalue également la “bonne mesure” à 3,50 m3, cela donne un total en diminution de 22 m3. Il manque encore 3 m3? Le syndic ayant reconnu avoir distrait 2,50 m3, rien ne prouve qu’il n’en ait pas pris davantage! Par ailleurs, le syndic a déjà perçu une somme de 12 L pour 4 m3 de pierres transportées sur un chemin de dépouille non classé et entretenu par les propriétaires riverains. On fait remarquer que le syndic a aussi un champ desservi par ce chemin!
Pourquoi accorder au syndic, qui n’a pas pris l’avis du conseil délégué avant de mettre quelques tombereaux de pierres sur ce chemin, ce qu’on refuserait à un particulier? Ce serait donner l’exemple du scandale...
Le triste rôle joué par le syndic dans ces réparations de chemins – on le voit abandonner ses fonctions pour se faire entrepreneur de gravier – disputant quelques misérables intérêts avec la commune au lieu d’imprimer une direction intelligente aux travaux, va motiver un blâme que le conseil va lui adresser. Sept conseillers se sont prononcés pour cette sanction, deux se sont abstenus, deux autres avaient quitté la salle au milieu de la séance.
Le 17 novembre de cette même année 1859 a lieu une séance particulièrement agitée. Les conseillers communaux sont appelés à procéder à l’élection des deux conseillers délégués et des suppléants. Le syndic propose de voter pour un conseiller au Châble et un à Beaumont. Si les conseillers acceptent sa proposition, il veut que l’on vote en premier pour Le Châble et ensuite pour Beaumont. Huit conseillers protestent et veulent un vote libre.
Se faisant autoritaire, le syndic proclame que, si le dépouillement des votes ne donne pas un résultat conforme à sa proposition, il annulera le vote. Alors le secrétaire fait lecture d’un article de loi sur la nomination des conseillers délégués: on peut les nommer indifféremment dans l’une ou l’autre section. A plusieurs reprises, le syndic répète qu’il voulait l’exécution de sa volonté. Si on lui désobéissait, il annulerait tout.
On passe néanmoins au vote pour un premier conseiller délégué. 14 votants: 8 voix à Jules Taponier du Châble, qui est déclaré élu.
On passe au scrutin pour le deuxième conseiller. Le dépouillement commence. Il s’avère que François Conversy du Châble a déjà 5 voix, alors que deux autres conseillers de Beaumont n’ont chacun qu’une voix. Le syndic, irascible, d’un mouvement subit et violent, prend les bulletins dépouillés et ceux restant dans l’urne, les fait jeter au feu, puis lève la séance en disant qu’on ne se conformait pas à ses ordres. Il refuse de signer le procès-verbal, paraphé par tous les conseillers.
Au vu de cette délibération, l’intendant général nomme un délégué pour se rendre à Beaumont à la séance du conseil communal pour «faire en sorte de ramener l’union parmi les membres du dit conseil et, cas échéant, prendre toutes mesures qu’il jugera convenables dans l’intérêt public».
Lors de la séance du 22 novembre, il est procédé à un vote pour élire le deuxième conseiller délégué ainsi que les deux suppléants. Il y a 13 votants sur les 14 conseillers présents. François Conversy du Châble est élu avec 7 voix. Pour les suppléants, 9 conseillers ont voulu prendre part au vote, les 5 autres ont refusé en signe de protestation parce qu’il n’y avait pas de conseiller délégué à Beaumont. Notons que la présence du délégué de l’intendant général a été efficace.
Il semble qu’une certaine suspicion continue à se manifester envers le syndic. En effet, au cours de sa séance du 27 novembre, le conseil revient sur sa gestion. Une commission, composée de trois conseillers, a “épluché” un compte de déboursés et de quelques voyages et dressé un rapport. Ce dernier fait ressortir que le syndic n’a pas fait, ou ne devait pas faire, tous les voyages portés dans sa note; et que, notamment, la requête des habitants de Jussy pour s’adjoindre à la section de Beaumont étant une affaire privée, les frais ne doivent pas être à la charge de la commune.
Les sept voyages à Saint-Julien sont réduits à trois, etc. Le conseil unanime, moins le syndic, approuve la note de frais ainsi réduite à 32 livres:

Le nombre des conseillers municipaux, égal dans chacune des deux sections, créa des difficultés au sein de l’assemblée communale, notamment lors d’élections des maires et adjoints. L’égalité des voix favorisait, après trois tours de scrutin , le candidat le plus âgé. Ce fut le cas lors de l’élection du maire en mai 1900. Ce dernier démissionne l’année suivante, abandonnant également ses fonctions de conseiller municipal de la deuxième section (Le Châble). Pour élire un maire, le conseil municipal doit être au complet. En conséquence, les électeurs du Châble sont convoqués le dimanche 4 août afin d’élire un conseiller.
Le bureau n’ayant pu être formé, le scrutin n’a pas eu lieu. L’élection a été reportée au dimanche suivant 11 août.
Le journal satirique de Genève Le Guguss s’est emparé de l’événement pour en faire un pamphlet reproduit ci-après.
Le 25 du même mois, par acclamation, les conseillers nomment le sénateur A. Folliet au poste de maire . Son autorité et sa grande expérience apportent la quiétude au sein du conseil municipal trop longtemps divisé.

MAIRES, AGENTS MUNICIPAUX, SYNDICS DE 1792 A 1940

Nous relevons que trois syndics se sont succédé au cours de l’année 1860. Cela appelle un commentaire. M. Greffier, syndic depuis février 1859, sera remplacé, suite aux élections du 4 février, par François Taponier. Ce dernier sera révoqué et remplacé par Marie Mabut.
Pamphlet du «Guguss».

Les conseils communaux et municipaux
Table des matières
Ce chapitre consacré aux conseils communaux ou municipaux nous amène tout naturellement à essayer de connaître l’origine de l’animosité, manifestée quelquefois avec passion, entre Beaumont et Le Châble, et à nous efforcer d’en comprendre les motivations qui, à notre avis, sont diverses. Animosité éloignée dans le temps, certes, mais tenace et qui, fort heureusement, s’est estompée au cours du siècle actuel.
Une réponse possible peut nous être apportée par des faits, évoqués dans divers chapitres, tels que:
– appartenance à des régimes différents sous la féodalité ;
– religions différentes pendant l’occupation bernoise;
– partage de la commune par les zones franches;
– déplacement de l’économie.
Par ailleurs, si des tiraillements entre les habitants de Beaumont et ceux du Châble sont apparus au cours des ans, nous pouvons même avancer des siècles, la répartition du nombre des conseillers entre ces deux sections en est, à notre avis, également une des causes.
Nous avons dit des siècles! En effet, dans une supplique adressée en 1760 au seigneur intendant de la province du Genevois, les habitants du Châble et de Jussy se plaignent de la mauvaise répartition des conseillers:
Supplient humblement les communiers et habitans des communautés du Châble et de Jussy en personne de honnêtes Pierre Jaquier et Humbert Portier à ces fins spécialement députés. Disons que le jour d’hier le sieur Berthollet, châtelain de Beaumont s’étant transporté au dit Beaumont pour procéder à l’éleision (sic) du sindic et de quatre conseillers suivant les nouveaux ordres qu’il a reçu il y survin les mêmes difficultés qu’il y avait déjà eu précédement par raport aux trois communautés qui sont réunies pour faire le corps de cette paroisse que sont Beaumont, Jussy et le Châble et quoique l’on ait eu soin par le passé de nommer deux des conseillers pour la partie du Châble, un pour chaque village du dit Châble lesquels dans les tems de passage peuvent à peine suffire, un autre à Jussy, les deux autres de la partie de Beaumont. Les habitans de Beaumont aians à leur tête Claude Greffier et Etienne Mégevand accoutumés à les gouverner à leur guise ont prétendu avoir trois conseillers de leur hameau et n’en nommer qu’un à Jussy et l’autre au Châble, ce qui serait très préjudiciable... puisque les deux hameaux du Châble étant situés sur le Grand chemin c’est à eux que toute la charge et la foule tombés, soit pour faire fournir des voitures à la troupe des guides, des logements, du fourrage et semblable incombences auxquelles un seul conseiller ne pouvoir suffire et servir au Châble tandis que les autres qui sont éloignés et au pré de la montagne ne soufriraient rien...
A ce qu’il vous plaise, monsieur, ordonner que dans les nominations à faire pour la formation du conseil de la dite commune de Beaumont, Jussy et le Châble on se conformera a ce qui a été observé ci-devant en prenant deux conseillers dans les hameaux qui forment le quartier de Beaumont, un dans celui de Jussy et les deux autres dans les deux hameaux du Châble.
Sont accordées les injonctions requises.
Fait à Annecy le 10 juin 1760.
Le temps n’apaisera pas le désaccord qui persistera malgré les changements de régime. Un seul remède interviendra: le sectionnement électoral qui, cependant, s’avèrera un palliatif; les événements qui vont suivre nous le prouveront amplement.
La première élection après le “Statut” a eu lieu le 3 janvier 1849; les quinze conseillers communaux élus sont du Châble. Mécontentement des habitants de Beaumont, quelque peu apaisé par une élection complémentaire de trois conseillers de Beaumont, le 29 juillet de la même année. Il n’en sera pas de même lors du renouvellement partiel de trois conseillers le 12 août 1850. Les trois élus sont du Châble.
Courant janvier 1851, le vice-syndic J. Blanc, dans une lettre adressée à l’intendant général, dit que les conseillers, les électeurs et les plus fort imposés du chef-lieu, Châtillon, Fond de Beaumont, Prémacoux, les Travers, les Pralets, Chez Marmoux et Jussy, demandent notamment l’autorisation de faire nommer pour ces hameaux un nombre de conseillers proportionné à la population, faisant observer que dix conseillers étaient originaires de la section du Châble.
La lettre étant restée sans réponse, Blanc réitère sa demande le 31 mai de la même année, précisant:
La prochaine séance du conseil communal laisse prévoir de graves débats à ce sujet; pour les prévenir, il est urgent qu’une décision intervienne (...) Supplie l’intendant général d’accueillir favorablement cette demande pour mettre fin aux luttes assez graves et sans cesse renaissantes de cette injuste répartition des conseillers.
Le 13 juin, dans sa réponse, l’intendant général dit que
cette requête a dû s’égarer; vu la proximité des élections, votre lettre sera soumise au conseil délégué qui devra établir un projet de règlement de répartition à faire approuver par le conseil communal... Il importe que ce règlement ne comporte que deux ou trois fractions...
Sans plus tarder, le conseil délégué se met à l’ouvrage! Le 28 juin, le projet de règlement est établi selon deux critères, à savoir le nombre d’habitants et la contribution foncière payée par l’ensemble des habitants de chacune des trois agglomérations principales, soit:

Le règlement prévoit dix conseillers à Beaumont, cinq au Châble.
Soumis au conseil communal le 2 juillet, ce projet donne lieu à de sérieux accrochages entre les conseillers de Beaumont et ceux du Châble, ces derniers déclarant ne pouvoir l’approuver, les bases sur lesquelles il est fondé étant mensongères. Quant aux conseillers de Beaumont, ils déclarent se référer tant au recours sus-énoncé qu’au règlement dont ils ont présenté et soumis le projet. Ce à quoi la section du Châble fait observer que les conseillers qui ont fait la demande de répartition forment le conseil délégué et ajoutent... qu’ils réclament la séparation administrative.
Au vu du projet de règlement de répartition des conseillers et de la délibération précitée, l’intendance demande le 15 juillet un état des contributions foncières imposées aux trois sections, un état des électeurs , un état très exact du chiffre de la population dans chacune des trois sections.
Le 23 juillet, l’intendant général, au vu des documents demandés le 15 juillet, déclare... «il résulte que Jussy compte trop peu d’électeurs et que, placé plus près de Beaumont que du Châble, il doit être rattaché à Beaumont...».
Suit l’arrêté comprenant sept articles, fixant la répartition des conseillers communaux. Nous ne citerons que les articles premier et troisième:
Article 1 – Les quinze conseillers de la commune de Beaumont sont répartis comme suit: dix appartiennent à la fraction de Beaumont, cinq à la fraction du Châble...
Article 3 – Les élections se feront dans une seule assemblée [...], seulement les électeurs de chacune des deux fractions voteront séparément, c’est-à-dire déposeront leurs votes dans deux urnes distinctes pour la nomination de leurs conseillers respectifs.
C’est le “sectionnement électoral”.
Le 27 juillet, élection partielle pour cinq conseillers communaux. Les élus sont tous de Beaumont. Séance tenante, les électeurs de la section du Châble adressent à l’intendant général une vive protestation dont voici quelques extraits:
Nous venons protester et protestons contre cette élection:
1. Parce que, d’après la délibération du 2 juillet 1851 relativement à la répartition des conseillers par bourgade, le conseil communal a reconnu que les bases d’après lesquelles le conseil délégué avait proposé la répartition étaient captieuses, mensongères et erronées, mais qu’il était prêt à admettre, d’après l’application véridique de l’article 70, la répartition des conseillers en trois bourgades et ce d’après la population exacte et le cens de chaque bourgade.
2. La bourgade (village) de Jussy, qui devrait avoir trois conseillers suivant la population... ayant été agglomérée, sans motif et sans aucune délibération préalable du conseil communal, à la bourgade de Beaumont... Nous demandons à ce qu’il soit procédé à un nouveau recensement et à de nouvelles élections.
Suivent les signatures.
Le 26 août 1851, l’intendant général a émis son avis au bas: “Attendu que l’élection dont est plainte a eu lieu régulièrement, conformément au règlement de répartition des conseillers de la commune de Beaumont dûment approuvé le 23 juillet proche passé. Disons qu’il n’y a lieu à s’arrêter à la protestation ci-dessus...”.
Les esprits sont-ils apaisés dans la commune? Non. Le feu couve sous la cendre!
Des habitants de Jussy adressent un recours à l’intendant général, le 20 janvier 1852, et demandent leur séparation de la section de Beaumont et leur rattachement à celle du Châble. Une fois de plus, les habitants du Châble protestent contre les bases adoptées dans le règlement du 23 juillet précédent, dans lesquelles on a omis la population flottante de cette section où habite un nombreux personnel des douanes. A la demande de l’intendant général, le conseil délibère le 29 avril sur les deux recours formulés par les habitants de Jussy et du Châble. Les conseillers du Châble (cinq) soutiennent l’exactitude de l’exposé formulé dans leurs recours. Ceux de Beaumont et un de Jussy (sept au total) repoussent en termes plus ou moins mesurés les deux requêtes.
L’intendant général semble être décidé à régler ce différend. A cet effet, par ordonnance en date du 19 juillet, il délègue M. Deléglise, secrétaire du bureau de l’intendance générale, pour se rendre sur les lieux et s’assurer:
– des véritables intentions des chefs de famille de Jussy relativement à leur annexion à Beaumont ou au Châble;
– du chiffre exact de la population de chaque section;
– du chiffre exact des contributions payées par les habitants de chacune d’elles.
M. Deléglise s’est rendu à Beaumont le 25 juillet. Au vu du résultat de ses investigations, l’intendant général prend un arrêté :
Nous, Intendant général de la division administrative d’Annecy,
Vu le règlement pour la répartition des conseillers communaux de Beaumont (...) du 23 juillet 1851 (...);
Vu le recours des habitants de Jussy du 20 janvier 1852;
Vu le recours des habitants du Châble du même jour (...);
Vu notre ordonnance du 19 de ce mois par laquelle nous avons délégué M. Deléglise (...);
Ouï le rapport du dit délégué d’après lequel tous les chefs de famille de Jussy, à l’exception de trois, demandent réellement leur annexion à la section du Châble où ils envoient déjà leurs enfants aux écoles, quoiqu’il y ait également des écoles à Beaumont;
Vu le recensement de la population de la commune fait par le dit délégué en contradictoire de monsieur le syndic de Beaumont et d’un conseiller du Châble, d’après lequel la population de Beaumont et de ses dépendances est de 418 habitants et celle du Châble et de Jussy et de leurs dépendances de 492 habitants;
Vu les états de dépouillement des contributions payées par les dites sections, y compris l’octroi communal, lesquels ont été dressés par le secrétaire de la commune, d’après lesquels les habitants de la section de Beaumont paient 464,19 L et ceux du Châble et de Jussy 551,19 L;
Nous modifions comme suit le règlement précité du 23 juillet 1852, dont tout le surplus est maintenu en vigueur:
Article 1 – Le hameau de Jussy et ses dépendances est séparé de la section communale de Beaumont et réuni à celle du Châble avec laquelle il ne formera qu’une seule et même section dénommée section communale de Châble-Jussy.
Article 2 – Des 15 conseillers de la commune de Beaumont, sept appartiendront à la section de Beaumont et huit à celle du Châble-jussy.
Article 3 – Les élections qui auront lieu incessamment se feront en conformité de la présente ordonnance qui sera publiée dimanche prochain à l’issue des offices divins.
Annecy, le 30 juillet 1852, signé Craveri.
Un calme précaire paraît revenu quand une nouvelle “pomme de discorde” survient avec une protestation des conseillers de Beaumont.
Le conseil communal au cours de diverses séances de 1855 décide:
1. la suppression des corvées pour l’entretien des chemins et les substituer par voie d’adjudication;
2. la création de nouveaux chemins;
3. l’établissement d’un bureau de distribution postale au Châble;
4. le changement du nom de la commune;
5. la publication des actes municipaux au Châble;
6. la construction d’un bâtiment pour écoles à Beaumont;
7. l’institution d’une taxe sur les chemins.
Les conseillers de la section de Beaumont ont adressé une lettre de protestation à l’intendant général le 18 janvier 1856, faisant remarquer:
1. Les gens de la campagne font des corvées sans s’en apercevoir et sans perte de temps lorsqu’on a soin de choisir les époques de l’année où le travail des champs ne les occupe pas, tandis que, si le rôle des corvées vient à être exigible en argent, les contributions, déjà si lourdes, deviendront intolérables, surtout dans un moment où la pénurie d’argent se fait sentir. Un grand nombre de petits cultivateurs qui peuvent faire des corvées ne pourront pas les racheter en argent...
2. Avant de créer de nouveaux chemins qui seront un surcroît de dépenses, il serait plus conforme de perfectionner ceux existant. Vouloir tout faire à la fois, c’est courir le risque d’échouer partout...
3. La création d’un bureau de distribution postale au Châble occasionne des dépenses que ne justifie point l’utilité de cette création qui ne profite qu’au Châble... La commune est trop rapprochée de Saint-Julien pour avoir besoin d’un bureau de distribution.
4. On ne s’étendra pas sur l’étrange prétention manifestée par les conseillers du Châble de changer le nom de la commune. Beaumont, le village de l’église, est le point central de la commune, tandis que Le Châble est à une des extrémités et en partie sur la commune de Présilly. Beaumont possède église et cure neuves. (Suit un exposé contestant les chiffres de la population des deux sections)... Si Le Châble paie plus de contributions, il faut l’attribuer aux impôts mis sur les aubergistes, mais cela ne rend pas Le Châble plus central.
6. Une somme de 3 500 L a été votée en prévision de la construction d’une école à Beaumont, sur le sol d’un ancien chemin... Les huit conseillers du Châble ont décidé que cette construction serait adossée à l’église (...).
Les soussignés espèrent que monsieur l’intendant général maintiendra la délibération du 17 janvier 1855 et soustraira ainsi la section de Beaumont à la tyrannie des conseillers du Châble.
7. Un grand nombre de maisons isolées ont besoin de chiens pour la garde des maisons et des troupeaux, les conseillers du Châble ont voté une taxe de cinq livres sur tous les chiens (...) cela est illégal (...).
Les soussignés protestent contre ces décisions et prient monsieur l’intendant général de les repousser comme contraire à l’équité, à la loi et aux intérêts de la commune.
Le 11 février, l’intendant général transmet cette lettre de protestation au conseil délégué pour que ce dernier fasse une réponse pertinente. Un long exposé, fait à la suite de la délibération du conseil délégué, en date du 28 février, est transmis à l’intendant général. Ce dernier, le 4 avril, réfute les arguments contenus dans la lettre de protestation et déclare «n’y avoir lieu à prendre en considération la requête sus-énoncée».
Nouveaux problèmes en 1859 au sujet de la répartition des conseillers! Afin d’avoir une majorité au sein du conseil communal, les deux sections convoitent les habitants du hameau de Jussy.
Dans le courant du mois de juillet, quelques habitants de Jussy adressent une requête à l’intendant général par laquelle ils demandent l’annexion de leur hameau à la section de Beaumont. Prise en considération par l’intendant général, ce dernier établit, en date du 14 juillet, un nouveau règlement de répartition des conseillers qui renverse la majorité en rattachant Jussy à la section de Beaumont. Dorénavant huit conseillers sont de Beaumont, sept du Châble.
Cinq mois plus tard, certains des signataires de cette pétition se rétractent et avec d’autres habitants de Jussy protestent contre la décision de l’intendant. Une lettre est adressée au gouverneur de la province d’Annecy pour le rattachement de Jussy à la section du Châble.
Après avoir rappelé les divers décrets ou règlements concernant la répartition des conseillers, les signataires constatent que:
1. Le dernier décret (14 juillet) fut pris à la suite d’une requête signée par sept électeurs dont la religion fut trompée. La preuve, c’est que plusieurs d’entre eux signent le présent recours.
2. Les informations prises par monsieur l’intendant général sont de mauvaises sources; il est certain que tous les intérêts des habitants de Jussy les appellent au Châble et non à Beaumont, c’est au Châble qu’ils sont obligés de passer pour se rendre soit à Genève, soit à Saint-Julien, deux centres de leurs affaires. C’est au Châble que leurs enfants viennent à l’école.
3. Dans la requête qui précède le décret du 14 juillet, plusieurs des signataires avaient été trompés; on leur avait dit, en leur demandant leur signature, que c’était pour autre chose...».
Puis la requête se termine ainsi: «... Monsieur le Gouverneur... qu’il vous plaise (de) révoquer le décret de monsieur l’Intendant général du 14 juillet 1859 et dire que le règlement du 30 juillet 1852 sera seul en vigueur.»
Suivent neuf signatures ou marques.
Le 12 janvier 1860, le vice-gouverneur a transmis la requête au conseil communal dont la réunion extraordinaire est autorisée. Après avoir pris connaissance de la requête, le conseil se prononce par huit voix contre sept pour que Jussy fasse partie de la section du Châble.
Dans un long exposé circonstancié en date du 2 février 1860, le vice-gouverneur dit notamment que la majorité obtenue dans le conseil communal pour l’annexion de Jussy au Châble est si faible qu’elle ne peut pas motiver un jugement sur les prétentions de la section du Châble ou celle de Beaumont sans s’exposer à une modification du règlement dans quelques jours si la majorité au sein du conseil venait à changer, comme cela se présente aujourd’hui pour la quatrième fois!... Pour tous ces motifs, le vice-gouverneur arrête: «La commune de Beaumont sera divisée en trois sections. La répartition des conseillers sera de sept à Beaumont, sept au Châble et un à Jussy.»
Avec le rattachement à la France le 22 avril 1860 et l’introduction des lois françaises en Savoie, le sectionnement est supprimé. Les élections municipales du 7 juillet 1861 réveillent le ressentiment des habitants des sections du Châble et de Jussy. La totalité des conseillers élus appartiennent à la section de Beaumont.
La réaction ne se fera pas attendre. Cette fois-ci on réclame la scission de la commune, et la création d’une commune distincte au Châble.
La population de la commune, d’après le dernier recensement, est de 674 habitants répartis dans les hameaux suivants: Le Châble, 260, Jussy, 80, Beaumont, 334. Le chef-lieu, Beaumont, est situé dans la montagne, au pied des rochers du Salève, à l’extrémité la plus reculée, la moins accessible et la moins centrale de la commune (...) Le Châble (...) est au contraire sur la Route Impériale d’Annecy à Saint-Julien et à Genève. C’est à sa position favorable et à la facilité de communication que ce village se doit de posséder un bureau de distribution postale qui dessert les quatre communes de Présilly, Feigères, Neydens et Beaumont. Le petit hameau de Jussy est à égale distance de Beaumont et du Châble (...) les rapports sont plus fréquents et plus intimes avec ce dernier village qu’avec le chef-lieu. Aussi les intérêts de cette petite localité sont-ils étroitement liés à ceux du Châble. Le village du Châble est le seul commerçant; c’est aussi là que l’instruction et l’aisance sont les plus répandues.
La raison qui pousse les villages du Châble et de Jussy à former une commune séparée (tout en continuant à faire partie de la même paroisse) est unique: c’est l’impossibilité de pouvoir vivre avec Beaumont sous une même administration communale, bonne et équitable. En effet, l’antipathie invincible et l’ancienne animosité qui règnent depuis longtemps entre ces localités a reçu du nouveau régime français un nouvel aliment: on se rappelle le dernier règlement de répartition, sous le régime sarde, disparu depuis. L’administration de la commune réside toute entière à Beaumont.
On fait valoir que Le Châble et Jussy possèdent «l’école avec logements, (une) salle consulaire, (un) hangar pour la pompe à incendie, etc. Ils jouissent en outre d’une rente de 40 F léguée par un habitant du Châble pour servir à payer les mois d’école des enfants...».
Et de conclure:
Le chiffre de la population ne pourrait pas être un obstacle à la formation d’une nouvelle commune; 340 habitants... peuvent être regardés comme suffisamment nombreux lorsqu’il s’agit de former une association aussi restreinte et aussi éminemment fractionnée que la commune, surtout dans cette partie de la France.
Bien évidemment, aucune suite n’a été donnée.
Le sectionnement est rétabli en 1870 avec huit conseillers pour la section de Beaumont-Jussy et quatre au Châble. Cette répartition soulève des protestations.
Pour les élections de 1871, chaque section élira six conseillers.
En 1876, les passions se réveillent! Cette fois ce sont les habitants de Jussy qui demandent à être rattachés à la section électorale de Beaumont. Ils déclarent être plus proches des fruitière, école, église, etc. Puis ils font état du dernier recensement: Beaumont compte 287 habitants, Le Châble 258 et Jussy 79.
La requête est soumise au conseil municipal le 25 juin (9 conseillers présents). Aussitôt, les conseillers du Châble protestent d’une manière “musclée” et demandent le maintien de Jussy au Châble tel que cela était sous le régime sarde et tel que cela est devenu sous le gouvernement de la République. On passe au vote. Une majorité se dégage pour le rattachement de Jussy à Beaumont.
Au bas de la délibération on peut lire:
Les conseillers de la section du Châble et Jussy, réduits au nombre de quatre Par suite du décès d’un conseiller, et M. Folliet, député à l’Assemblée nationale, protestent contre la délibération ci-dessus et demandent le maintien de la section telle qu’elle était sous le régime sarde et restituée par le gouvernement de la République.
On a “discuté ferme” parmi les habitants à la suite de cette décision. Il y eut, sans doute, des prises de position et, dans sa séance du 15 août, le conseil municipal décide que, «suite aux tempêtes de protestations et dans un but de conciliation, demande que soit annulée la délibération précitée».
En 1880, la répartition sera de sept conseillers à la section Le Châble-Jussy et cinq à celle de Beaumont. 1884 verra l’égalité du nombre de conseillers par section. La même année, le conseil municipal est appelé à se prononcer sur le maintien ou la suppression du sectionnement. Il le fait le 28 juillet. Neuf conseillers sont présents. Après discussions, on passe au vote. Quatre se prononcent pour le maintien, trois pour la suppression, deux (dont le maire) s’abstiennent.
L’égalité du nombre de conseillers prendra fin en 1925 avec sept conseillers pour Le Châble-Jussy et cinq à Beaumont, puis, en 1935, huit au Châble-Jussy et quatre à Beaumont.
Ces dissensions se sont estompées au cours des dernières décennies du siècle actuel et c’est heureux. C’est en toute ‘sérénité que le conseil municipal a demandé, par délibération du 23 février 1971, la suppression du sectionnement électoral.
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