Kitabı oku: «Beaumont : Haute-Savoie : 1814-1940»
Félix Croset
Beaumont : Haute-Savoie : 1814-1940

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305550
Table des matières
Préface
Introduction
La commune de Beaumont
Les origines de la commune et la présence romaine
Beaumont dans la province de Savoie
Les origines de la Maison de Savoie
Les châteaux de Beaumont
Beaumont sous quatre régimes
La vie à la maison
La maison
L’alimentation
La santé et l’hygiène
Les loisirs
Les sociétés
La Société de Tir de Beaumont
La fanfare
La chorale de Beaumont
Une société de lecture
Les sociétés sportives
Les sociétés paroissiales
La vie autrefois
Fêtes et cérémonies
Faits et événements anciens
Coutumes disparues
La météo des anciens
Syndics et maires
L’organisation administrative
Quelques mésaventures et tribulations de syndics et maires
Les conseils communaux et municipaux
Les employés communaux
Le secrétaire de mairie
Garde-bois et garde-champêtre
Les cantonniers
Les prestations de serment
La salle consulaire
La douane au Châble les zones franches
Les origines de la zone franche de Haute-Savoie
Le poste de douane au Châble
La zone sarde ou petite zone
La grande zone ou zone d’annexion La douane abandonne Le Châble
Le Traité de Versailles (28 juin 1919)
La douane revient au Châble
Les contributions indirectes au Châble
Routes et chemins
La place publique du Châble
Les sentiers du Salève
Les transports publics
La diligence
Les véhicules automobiles
Une voie ferrée passera-t-elle au Châble?
Les écoles
Les écoles et l’instruction publique
Les bâtiments scolaires
La lutte contre les incendies
L’achat de la pompe
Le logement de la pompe
Les pompiers
L’alimentation en eau potable l’assainissement
L’assainissement
Le courrier, la poste
La malle-poste
Le bureau de distribution des lettres
Le télégraphe
Le téléphone
Le bureau de poste
Le pedon
Le cimetière
Autres équipements
Le poids public
L’éclairage public
La salle des fêtes
Le secteur primaire, l’agriculture
Les divers travaux agricoles
Les foires au Châble
Les fruitières
Les syndicats
Le secteur secondaire
Les fromageries
Une fabrique de bonneterie au Châble
Les commerçants et artisans
Les commerçants
Les artisans
Les petits métiers ambulants
Les cabarets
Les médecins à Beaumont
L’église
Le bâtiment
Projet de reconstruction du bâtiment
Les travaux de reconstruction
Difficultés avec la toiture
L’horloge et les travaux de restauration
Le mobilier de l’église
Les chapelles
La chapelle des seigneurs de Menthon
La chapelle Notre-Dame-de-Grâce
Le clocher et les cloches
Le presbytère et le clergé
Le presbytère
Les prêtres
Les annexes de l’Eglise
La sacristie
La salle paroissiale
Pratiques et traditions disparues
Funérailles d’antan
Autres pratiques religieuses
Les sonneries des cloches de l’église
Stationnement de troupes
La garde nationale
La milice communale
L’observatoire du Salève
Les repères d’altitude
Démographie
Dons et legs
Postface
Sources
Préface
Table des matières
L’histoire de Beaumont a été écrite par le sénateur André Folliet. Elle figure aux tomes XIII et XIV (1899-1900) des Mémoires et documents publiés par l’Académie chablaisienne. Elle s’arrête donc à l’orée du xxe siècle.
Monsieur Félix Croset, qui fut maire de Beaumont de 1945 à 1971, a pensé qu’il serait d’un grand intérêt de retracer la vie de sa commune au cours de ces cent dernières années. Sur cette courte période, l’évolution constatée lui paraissait particulièrement importante et valant la peine d’être étudiée. Il s’est donc courageusement mis au travail, a consulté les sources les plus diverses, rassemblant documents et témoignages qui s’ajoutent aux constatations qu’il a pu faire lui-même au cours d’une existence bien remplie et en grande partie vouée au développement de sa commune. Il n’hésite pas, d’ailleurs, dans bien des cas, à remonter aux périodes plus anciennes pour expliquer mœurs et coutumes décrites. Et il nous donne aujourd’hui le fruit de ce long labeur en un volume qui complète avec bonheur les deux précédemment cités.
A le lire, je suis allé, sinon de surprises en surprises, du moins d’étonnements en souvenirs puis en assentiments. Se peut-il qu’en un laps de temps relativement court, la vie ait si profondément changé ? Changements qui touchent tous les domaines: politique, religieux, culturel, rapports sociaux, économie, modes de vie, etc. L’époque communément appelée contemporaine montre une succession ininterrompue de mutations, parfois de bouleversements dont même ceux qui les ont vécus ont de la peine à se souvenir.
M. Croset a eu l’heureuse idée de procéder par thèmes. L’ouvrage est ainsi composé d’une série de chapitres traitant, souvent avec un historique remontant à un ou deux siècles, des différentes institutions communales: mairie, écoles, adduction d’eau, voirie, pompiers, affaires religieuses, etc. On ne se doute pas des difficultés auxquelles a donné lieu la création de ces institutions qui nous paraissent aujourd’hui aller de soi. Ces difficultés furent aggravées par la division de la commune en deux sections: Beaumont, où se trouvent la mairie et l’église et Le Châble, où passe la route nationale Annecy-Genève. Ainsi, pour la construction d’une école, une délibération de 1849 insiste-t-elle sur la nécessité de construire une école. Mais aussitôt le lieu d’implantation fait l’objet d’un différend entre les deux sections, Le Châble estimant la distance trop grande si c’est Beaumont qui est retenu. Faut-il alors en construire deux? Finalement les habitants du Châble prennent l’initiative d’édifier leur propre école par souscription publique, et tous, jusqu ‘au simple journalier, tinrent à honneur d’y contribuer par leur bourse ou par leur travail. Le gouvernement sarde ne donna qu’une subvention de 200 livres. L’école put être inaugurée en 1853. Ce n’est que dix ans plus tard que Beaumont construisit sa propre classe.
Les mêmes difficultés se retrouvent lorsqu’il s’agit d’acheter une pompe à incendie, achat qui, cette fois, est fait par une souscription de Beaumont et de Présilly, commune qui jouxte Beaumont.
Ces deux exemples nous ont paru caractéristiques de l’état d’esprit régnant dans la commune, mais la même rivalité se manifeste à propos du tracé des chemins, de la «salle consulaire» (mairie), de la construction de l’église ou de beaucoup d’autres activités.
Cependant l’histoire de Beaumont ne se réduit pas à ces différends. L’unité de la commune est bien réelle et, lorsqu’à la suite du Traité de Vienne de 1815, la commune est coupée en deux par la ligne de douane, Beaumont étant en zone franche, Jussy et Le Châble en territoire douanier, des doléances se manifestent, doléances qui seront renouvelées en 1932 lorsque, après la sentence de La Haye, les deux sections sont à nouveau séparées.
La vie économique est traitée avec beaucoup de soin et de précision. Et c’est dans ce domaine qu’on ressent l’évolution rapide du précédent demi-siècle. En 1906 est constituée une société pour exploiter, par voitures automobiles passant par Le Châble, le transport des voyageurs et des marchandises entre Annecy et Genève. Il faut trois heures pour couvrir ces quarante-trois kilomètres. On appelle «cheval d’acier» les voitures pétaradantes. Le vol d’un petit avion au-dessus du village suscite la sortie de l’institutrice et des élèves de l’école pour voir le spectacle. Les métiers les plus divers sont exercés: taillandier, scieur de long, forgeron, charron qui est à l’occasion dentiste... petits métiers ambulants: magnin (rétameur), raccommodeur de vaisselle, de parapluies, taupier (poseur de piège); métiers de femmes également: couturière, modiste, coquetière (personne qui ramassait les œufs et les vendait à Carouge).
On apprend qu’il y eut un projet de construire un observatoire au Salève, qu’une bonneterie fut créée en 1880, remplacée en 1939 par la Société Alsacienne d’Aluminium. C’est en 1928 qu’on utilisa le premier tracteur pour l’exploitation agricole. On trouve un tableau du cheptel en 1794, puis de 1822 à 1900.
L’étude des mentalités, grand souci de l’histoire actuelle, n’est pas absente et fournit des anecdotes savoureuses, tel ce cultivateur possesseur d’une vigne qui vint bombarder de pierres la croix de mission parce que sa vigne avait été endommagée par la grêle!
Enfin, de très nombreux documents sont transcrits, qui montrent le sérieux avec lequel ont été étudiées les sources de ce beau travail dont l’intérêt sera ressenti bien au-delà de la commune qui en est l’objet.
Comme maire, M. Croset s’est dévoué pendant 26 ans au service de Beaumont. Dès sa retraite, il s’est attaché à en compléter l’histoire, accomplissant ainsi une tâche pour laquelle il avait une particulière compétence, et qui dénote un intérêt, une attention, un amour profond porté à son terroir natal. C’est là un témoignage de prix et une pierre de qualité apportée à notre histoire de la Savoie.
Henri Baud
Sous-Préfet honoraire
Président de l’Académie chablaisienne
Introduction
Table des matières
La première loi de l’Histoire est de ne pas oser mentir;
la seconde, de ne pas craindre d’exposer toute la vérité.
Léon XIII
Descendant de familles qui puisent leurs lointaines racines en terre savoyarde, passionné d’histoire locale et en possession de divers éléments, encouragé par mes amis, notamment Claude Girod, directeur des Fromageries de Beaumont, je me suis décidé à écrire cet essai sur ma commune. Celui-ci couvre la période de 1814 à 1940; cependant, un retour en arrière s’est avéré nécessaire pour expliciter certains faits. Plus tard, j’ai reçu les encouragements de mon frère François, aujourd’hui décédé, de mon neveu François Déprez et de son épouse Marielle, vice-présidente de la société d’histoire du Bas-Genevois, “La Salévienne”. Je dois également remercier ma fille, Monique Dupraz-Croset, qui a illustré cet ouvrage.
Bien évidemment, je me défends d’écrire une monographie de Beaumont, cela a été fait en 1901 par un de mes éminents prédécesseurs à la fonction de maire, le sénateur et historien André Folliet. Je considère cette étude comme un complément à l’œuvre de Folliet et, également, son prolongement jusqu’en 1940.
Je ne m’étendrai pas sur les événements propres à la Savoie qui ont précédé l’époque que j’ai fixée pour cette étude et je ne mentionnerai, brièvement, que ceux qui concernent particulièrement ma commune. C’est par une description de la commune de Beaumont que je débute, avec sa situation, ses hameaux, ses lieux-dits – même ceux aujourd’hui disparus – tous sentent bon leur terroir. J’aborde ensuite ses origines, la présence romaine, la féodalité avec l’existence de deux châteaux. Je situe Beaumont dans le cadre de la Savoie, en faisant ressortir son appartenance à différents régimes politiques du fait des annexions successives de l’ancien duché, et je mentionne les particularités propres à notre commune.
J. J. 129 Salève – Tour des Pitons

Grâce à de patientes recherches, 4 des souvenirs, à des anecdotes glanées auprès de mes concitoyens, j’étudie la vie des communautés de Beaumont, Jussy et Le Châble jusqu’en l’an 1940, ainsi que je l’ai dit plus haut, quoique dans certains chapitres l’année 1940 soit dépassée pour exposer le devenir d’entreprises, de sociétés ou de faits.
On remarquera, au cours des chapitres concernant les travaux communaux, les difficultés qu’avaient entrepreneurs ou fournisseurs à obtenir le règlement de leurs créances. Très souvent cela se terminait par une mise en demeure de l’autorité de tutelle, à laquelle quelquefois on restait sourd... voire par un règlement judiciaire.
Lors de citations de documents, j’en ai conservé l’orthographe.
Étant amoureux de l’histoire de mon pays, et non historien, je demande au lecteur de bien vouloir être indulgent à mon égard.
⊲ La Tour du Piton, point culminant de la commune.

La commune de Beaumont
Table des matières
• Superficie: 956 hectares
• Altitudes
point le plus élevé : le Grand Piton du Salève: 1.380 mètres. point le plus bas: au nord, en limite avec Neydens: 621 mètres.
• Confins
au sud-ouest: Présilly
au sud-est: Le Sappey
au nord-est: Archamps
• Chef-lieu: Le Châble
à l’ouest: Feigères
au nord: Neydens
Les origines de la commune et la présence romaine
Table des matières
La présence d’évêques à la tête du vaste diocèse de Genève dès le IVe siècle laisse supposer qu’ils s’employèrent à évangéliser les environs et à fonder des paroisses. De ce fait, l’origine de la paroisse de Beaumont date vraisemblablement de la fin du IVe siècle ou du commencement du Ve. Elle fut placée, dès le début, sous le vocable de saint Étienne.
D’après Folliet, le village de Beaumont date peut-être de la fin de la domination romaine. Nous pensons que la plus ancienne maison se situe au hameau de “Prémaqueu”, propriété Charra. Quant au village romain ayant existé sur, ou aux environs, de l’emplacement du hameau de Jussy, nous ignorons son nom. Le Châble, toujours d’après Folliet, et citant Grillet, dit «que les chartreux de Pomier fondèrent la colonie du Châble et y établirent la grande route de Cruseilles à Genève».
HAMEAUX ET PRINCIPAUX LIEUX-DITS
Chez Marmoux
Chez Frémillon
Chez Mabut
Le Château
Prémaqueu
Les Pralets
Les Creux
Les Travers
Beaumont
Les Pharnages
Fond de Beaumont
Châtillon
Marliaty
Molliets
Les Clèges
Le Bugnon
Chez Cutaz
Jussy
Chez Marin
Les Crêts
Clos Meunier
Le Mollard
Cutafort
Les Chainays
Les Grandes Resses
Les Usses-Forêts
Le Martinet
Les Roquettes
Les Eplanes
Philinges
CHALETS SUR LE SALÈVE
La Thuile
Petit Pomier
AUTRES LIEUX-DITS
Au Coppet
Au Cublet
Aux Corsons
Bois de la Cure
Bois des Creux
Bois des Fées
Bois Mouchés
Charraz
Combe à Bossenet
Contamine
Cornalety
Côte de Bet
Côtes de l’Eteret
Chez Bellot
Chez le Cuisinier
Chez Pipi
Chez Ramu
Crêt Brulé
Crêt Caron
Crêt de Sodome
Crêt du Grillet
Crêt du Moine
Creux du Loup
Creux du Vuarger
Fontaine à Gogo
Fontaine Froide
Juge Guérin
La Cornache
La Corne
La Dégrédalire
La Grande Paroi
La Joux
La Pérusaz
La Marquise
La Ravine
La Scierie
La Velaz
Le Crémième
L’Enfer
Les Aralles
Le Savenion
Les Biolles
Les Cours
Les Ecoudres
Les Grands Crêts
Les Lorins
Les Ouaz
Les Rippes
L’Orcené
Nillet
Pierre Pointe
Place à Jean Bouvet
Pré à la Grenouille
Pré de Ville
Pré Tioly
Reusa
Sur les Crottes
Tâtes à Broutter
QUELQUES NOMS DE LIEUX-DITS DISPARUS
Au Soufflet
Chez les Dames
Au Bigaret
Champ de la Pesse
Praz Laidezot
A La Pize
La Moille à Guillot
Chez l’Allemand
Jatta Caron
Pré de Gros Claude
La Tuillière
Pré de la Maria
Le Bachal à la Guillote
Luche Seigneur
Sur le Créveteau
En Rosai
Pré Cornu
Chavassine
Au Cheraudin
Praz Papaz
Au Paquier
Cré de Baugi
La Panessière
A La Rasse
Comba Louvet
Crez Manget
Au Sandron
Pierre Mercier
Plus loin il ajoute: «Cependant le Regeste Genevois mentionne à la date de juin 1178, l’acte le plus ancien où il soit question du Châble, et cette date semblerait indiquer que le Châble existait déjà lors de la fondation de cette Chartreuse».
Il ressort de cela que l’origine exacte du village du Châble est inconnue; cependant elle doit être postérieure à celle de Beaumont et même de Jussy.
Rappelons que Rome a occupé l’Allobrogie (provinces actuelles de la Savoie et du Dauphiné) de 120 avant J.-C. à l’an 443 après J.-C.
Evoquer, voire seulement effleurer, la question de la présence romaine dans notre commune tient de la gageure. Cependant, nous aidant d’écrits d’historiens et de quelques observations personnelles, nous ne pouvons douter de cette présence.
Tout d’abord les voies romaines et, en particulier la voie primitive, parcouraient le sommet de la montagne du Salève, du sud au nord; on peut encore en suivre le tracé en de nombreux endroits grâce à des pierres plantées. Cette voie avait peut-être, à l’origine, un intérêt double; l’un stratégique (n’y a-t-il pas, sur le Petit Salève, un emplacement dit le camp des Allobroges?), l’autre, disons économique, avec l’exploitation du minerai de fer présent sur le Salève (des scories trouvées en divers points l’attestent).
Claude Genoux, dans son Histoire de Savoie, nous décrit une voie qui, d’Aoste, gagnait Genève par le col du Petit-Saint-Bernard, Bourg-Saint-Maurice, Albertville, le col de Tamié, Faverges, Serraval, Annecy-le-Vieux, Pringy, Cruseilles. Cette voie, d’après Charles Marteaux (Revue Savoisienne 1907, 3e trimestre), traversait notre commune:
Dans une charte de 1179, il est dit que Humbert, vicomte de Cruseilles, reçoit des frères de Pomier, outre douze sous pour ses dépenses de guerre, trente sous pour la route (item pro strata triginta solidos); il s’agit évidemment ici de concessions territoriales à l’abbaye de Pomier, et entre autres de la route romaine qui existait bien avant la fondation de Pomier et qui appartenait aux seigneurs de Cruseilles. Le chemin que les moines ont pu construire pourrait être celui de Pomier à Présilly, après 1206, quand l’église de ce village leur fut donnée; ils le prolongeaient jusqu’à l’Eluiset, où ils possédaient des droits en 1386.
Charles Marteaux poursuit l’étude du tracé probable de la voie romaine de Boutae (Annecy-le-Vieux) à Genava (Genève) et estime qu’elle passait
par derrière Chez Cadis, au-dessus de Malbuisson et rejoignait la route actuelle (RN 201) à Jussy (Andilly). Elle contournait la montagne de Saint-Blaise ou Mont-Sion et, par un tracé plus direct, desservait Cambin et Le Châble et descendait ensuite jusqu’à Carouge entre Beaumont et Neydens, puis entre Archamps et Landecy.
Au-dessus de Malbuison, un mas s’appelle “Sous l’estraz”. Cette “estraz” ne peut être que la vieille route et celle-ci doit se confondre avec la “strata” du XIIe siècle qui passait à Jussy et en bas de Saint-Blaise et de Pomier.
Identifier, sur la foi de Grillet, cette “strata” avec le chemin de Pomier à Cruseilles par Saint-Blaise d’une part, et celui de Pomier à Beaumont, qui venait en réalité de Charly d’autre part, c’est supposer qu’avant les moines aucun chemin praticable ne desservait les villas, c’est donc ne pas admettre l’existence d’une voie dans ces parages, c’est surtout mal interpréter le texte de la charte.
Après Le Châble, une route appelée autrefois l’Estraz gagnait, par Mouvy, Saint-Julien, à gauche de la route nationale 201; cet embranchement, qui reliait la voie de Condate à Genève à celle qui nous occupe, est certainement ancien; il en est de même de ce chemin qui, de Neydens, aboutissait à cette même ville et qui a conservé le nom de “via urbana” ; enfin celui du Châble à Châtillon (Beaumont), “via publica de Cursillia versus Castellionem” est cité au XIVe siècle . Mais la voie romaine, ici encore, doit se retrouver vraisemblablement sous la vieille route, aujourd’hui chemin de grande communication n° 18 du Châble à Carouge, ou non loin d’elle, c’est-à-dire qu’elle passait sous Moisin....
Nous ajouterons que les anciens de notre village nous ont souvent parlé de l’existence d’une voie romaine dans la commune, la situant tantôt comme Ch. Marteaux, tantôt à l’ouest du Châble, venant des Cambins, se dirigeant vers Pernin et Mouvy. Y aurait-il eu un embranchement?
Quant à la présence même des Romains, elle s’affirme par des découvertes.
Dans la revue citée plus haut, Charles Marteaux écrit: «A Beaumont, près du Châble, M. Bussat trouva en 1860, au lieu-dit “Les Eplanes”, à 500 mètres à gauche de la route de Saint-Julien et à 0,45 m de profondeur, un aqueduc fait de deux tuiles à rebord» . D’après M. Mabut, carrier, il existait aux Travers une tuilerie gallo-romaine.
Dans sa Monographie de la commune de Beaumont, A. Folliet note
que dans les champs situés au pied de la colline, entre Beaumont et Le Châble, près de Jussy, on a trouvé des médailles romaines, les unes de la meilleure époque, de Claude et de Néron, surtout des Antonins, les autres de la dynastie de Constantin. On a trouvé également des débris d’aqueducs. Un village a évidemment existé dans cet endroit, où passait probablement le chemin de Genève à Annecy-le-Vieux.
Nous ajouterons qu’au cours des travaux de pose des conduites principales d’eau et d’assainissement en 1980, dans la traversée du Châble, en face de notre habitation, un puits très bien conservé ainsi que des fragments de murs ont été découverts à environ un mètre de profondeur.
De même, lors de récents travaux de terrassement pour la construction d’une maison, une quantité importante de débris de tuiles à rebord et de murs ont été mis à jour.
L’origine de la paroisse se situant vers la fin de l’occupation romaine, nous expliquerons la venue des Romains en Allobrogie en nous référant de nouveau à Claude Genoux dans son Histoire de Savoie: «C’est près d’un village des environs d’Avignon nommé Vindalie que les légions romaines vainquirent les Allobroges, 118 ans avant l’ère vulgaire; de ce jour, toute l’Allobrogie est comprise dans les États romains».
Pendant l’occupation romaine, le territoire de notre commune faisait partie de la province viennoise et de la subdivision romaine Civitas Genavensium (cité des Genevois).