Kitabı oku: «Samoëns-Sixt : vallées supérieures du Giffre, d'Annemasse à Sixt»

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François Bosson

Samoëns-Sixt : vallées supérieures du Giffre, d'Annemasse à Sixt

Itinéraire historique et pittoresque


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066333607

Table des matières

DE TANINGES A SAMOENS

CHAPITRE I er

CHAPITRE II

CHAPITRE III.

I. — Promenades aux environs de Samoëns, excursions et ascensions.

II. — Excursions et ascensions de Samoëns sur la rive gauche du Giffre.

DE SAMOENS A SIXT

CHAPITRE PREMIER

I. — Vallon et le Criou.

II. — Gouffres des Tines ou Serra de Sixt.

III. — Panorama de la vallée de Sixt du sommet des Tines.

CHAPITRE II

CHAPITRE III

EXCURSIONS ET ASCENSIONS

CHAPITRE PREMIER

I. — Le Fer-à-Cheval

II. — Le Fond-de-la-Combe (hauteur: 998 mètres) .

III. — Ascensions et cols ou passages dans la région du Haut-Giffre.

CHAPITRE II

CHAPITRE II

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

Conclusion.

DE TANINGES A SAMOENS

Table des matières

CHAPITRE Ier

Table des matières

Jutteninge. — Verchaix-Morillon. — Le Bérouze. La Bourgeoise.

Pour le géologue, la manière la plus intéressante de faire la course de Taninges à Samoëns, est de passer par le sommet des montagnes de la rive droite du Giffre, en visitant le Grand massif de Serpentine que nous connaissons depuis notre course à Loy.

Le touriste a trop hâte d’aller contempler les merveilles qui l’attendent, pour ne pas prendre la ligne du tramway qui se dirige tout droit vers le Buet, dont la coupole argentée domine tous les monts de la vallée. La course à pied demande 2 h. 1/2 à travers le plus ravissant des paysages. Moins déflorée que beaucoup d’autres par les guides, et plus agreste encore, la région est pleine de séductions.

Au sortir de Taninges, la plaine longue et étroite se déroule entre deux versants mi-boisés. Le Giffre serpente au loin, sur la droite, derrière un rideau de vernes.

La nature capricieuse et tourmentée des montagnes qui forment le cadre du paysage, étale aux regards de ravissants contrastes. A droite et à gauche du Buet se dressent fièrement de hautes cimes marbrées de neiges, au-dessus de la robe verte et fraiche des alpages: c’est l’hiver qui sourcille en face des sourires de l’été.

Cette superbe pyramide rocheuse qui se détache de la grande chaîne sous forme d’un gigantesque éperon qui domine Samoëns, c’est le Criou (du celte Greg-You, rocher de Jupiter) . La cime terminale de ces aiguilles rapides et serrées qui, partant de la pointe du Criou, semblent escalader le ciel, c’est l’Avoudru ( de avou, aiguille, dru, rapide), étroit belvédère trop ignoré des touristes, dont le brillant glacier du Folly encadre gracieusement les bases. Le Buet semble appuyer sur les scintillantes ondulations du Grenier et du Grenairon son dôme colossal. L’Aiguille Verte aux parois éblouissantes perce dans le lointain l’azur du ciel: Au-dessus des forêts, vers le S. s’élèvent les pointes de Salles, piles colossales aux dentelures puissantes, aux flancs noirs, au front soucilleux; on dirait une forteresse aérienne élevant au-dessus des nues ses créneaux ravinés et ses tours démantelées.

La route entièrement plane est bordée de pommiers, de cerisiers, de noyers qui la rafraîchissent d’une ombre perpétuelle: des champs bien cultivés, des prairies verdoyantes et émaillées de fleurs, des coteaux aux pâturages éclatants couverts de maisonnettes blanches à demi cachées par une végétation luxuriante, une série de hameaux et de villettes qui s’égrenent le long du chemin en vous présentant leurs habitants anciens et nouveaux. tout ce tableau est à la fois si agreste, si coquet et si séducteur, qu’on n’a pas eu tort de comparer la vallée à une véritable Arcadie.

Voici la villa des Hôtes dont l’éminent historien de la région cite les personnes distinguées qui y vécurent l’autre siècle. Vient ensuite la ferme des Bochillies, ancienne résidence des Seigneurs de Bochillies, nobles de Mandolle que nous avons déjà cités du haut de Marcilly. Ce joli hameau qui est à gauche c’est Gelinge (Gillingium) où vivait en 1297 un Rodolphe de Gillinge. Sur une console de cheminée de la maison Garin, M. Tavernier nous montre gravées les armes des Mandolles: «d’or à la bande d’azur, accompagnée de trois cotices de sable.» Voici sucessivement les beaux villages de Chessin et la Palud que nous connaissons depuis notre panoroma de Marcelly. On voit à la Palud une grosse villa créée par M. Audéou, de Genève, qui a cherché à acclimater les mérinos dans la région, mais dont les louables efforts n’ont pas été couronnés de succès. Cette propriété appartenait, avant la révolution, au marquis de Taninges. Le village a vu naître la mère du cardinal Gerdil. Nous laissons en amont de la Palud le joli hameau de Vernex qui donna son nom à une antique famille.

Nous traversons Plonnay, berceau de la famille Vuy dont nous avons parlé à Taninges. Le village, avec ses gracieuses habitations est coquettement assis au bas d’une combette d’où une cascatelle se précipite sur la roue d’un moulin. Nous savons que l’endroit possède une source minérale.

Nous passons au pied du roc sourcilleux de Guillami que nous distinguions comme un point blanc du belvedère d’où nous avons parlé de Ver-devant, cette capitale de six villages, qui s’étale devant nous sur les rives d’un torrent parfois grincheux. Nous nous rappelons son esquisse historique. Nous traversons plus loin des sources sulfureuses et ferrugineuses qui seront peut-être dans un prochain avenir des trésors pour la région.

Jutteninge. — Les deux Jutteninge (Justigningium), nous rappellent l’antique famille du nom, que nous avons citée après M. Tavernier. Le patois oral Chegninge, signifierait par son étymologie un lieu abondant en chênes, la Chênaie, que confirme la flore locale. Le Grand-Jutteninge a sa chapelle dédiée à la Vierge Marie et à saint Théodule, et un antique tilleul.

L’ancienne route, à partir de Chessins, serpentait entre plaine et coteau et desservait chacun de ces villages. L’entretien était, dit M. Tavernier, à la charge des propriétaires riverains, sous la surveillance du châtelain. La plaine sans défenses, était livrée au caprices du Giffre qui s’y montra terrible dévastateur en 1763.

Verchaix-Morillon. — Au sortir de Jutteninge on laisse à gauche les ravissantes agglomérations de Clos-Luche, et plus haut le hameau d’Etry. Le site est enchanteur et mérite une promenade que nous ferons depuis Verchaix que voici, et où nous descendons. Montons au sommet du cône d’évasement du torrent de Graveruaz. On aborde un joli sujet pour une page d’album: ce moulin campé devant une cascade qui raffraichit le site des flots de sa vapeur argentée. Franchissons le Nant, tournons au S. un mamelon boisé et, gravissons la côte près d’une ferme isolée, nous atteignons une terrasse bordée de fayards, d’où la vue sur la vallée est de toute beauté. L’esplanade, large de 18 mètres, longue de 40, est flanquée de pans de murailles en maçonnerie, ruines d’un château féodal, qui étalent dans un site superbe leurs glorieuses misères. La route de Taninges à Samoëns passait jadis au pied du manoir qui nous rappelle l’ancienne famille ou seigneurs de Verchaix, dont l’origine était celtique, et dont le dernier rejeton, Vuillelme de Verchaix, eut la tête tranchée, dans les circonstances que nous savons. Au sujet de ces ruines, l’Histoire de Taninges et ses environs nous apprend que les chroniques du XVe siècle parlent d’une maison forte de Gravernel, qui s’écrit aussi Graveruel, et mentionnent des personnes de ce nom, dont Humbert de Gravernel, prieur de Sixt en 1400. Cette seigneurerie qui s’étendait sur les six villages disséminés sur les pieds de Loy, passa aux sires de Thoire et, de ceux-ci, aux barons de Saint-Christophe, de Samoëns. L’écusson de cette antique maison de Gravernel portait: «De sable à la croix d’argent, cantonnée de quatre coquilles oreillées d’or.»

Au moment de leur expulsion de Mélan en 1848, les Jésuites offraient 3000 livres de cette terrasse au propriétaire, pour y construire un pavillon d’été. Il est indubitable qu’un hôtel sur cet emplacement qu’on nomme Au-Devant, aurait le plus grand et le plus légitime succès. On a trouvé dans les décombres des pièces d’or carrées.

L’histoire déplore la perte d’un sac plein de parchemins que le propriétaire du lieu a détruits. Faut-il regretter d’être venu trop tard, dit M. Tavernier, et ne pas en savoir d’avantage? Non. dit Méry: «l’histoire précise tue la fleur de l’émotion; devant la ruine, rien n’est beau que le vague de l’ignorance!»

Après une dernière contemplation du paysage, nous descendons par les prés en fleurs au chant des merles sous la ramée. Par ces tableaux aussi riants que pittoresques, on croirait parcourir les plus poétiques cantons de la Suisse. A Verchaix, ( 440 hab. haut. 800 m.) comme à la Balme, on peut se procurer le luxe du tir au canon pour réveiller les surprenants et multiples échos de la vallée. A Morillon (800 hab. haut. 691 m.) qui est en face sur la rive gauche, et dont le clocher roman émerge au-dessus des arbres fruitiers, au centre de la vallée du Giffre, on voit s’étaler des habitations environnées de riants vergers, où tout annonce un bien-être et une aisance peu ordinaires dans les Alpes, seul fruit de l’industrie des habitants. L’hospitalité est une des premières vertus de la région. Le malheureux qui traverse la vallée, est sûr de trouver un toit bienfaisant sous lequel il sera bien reçu, et des hommes assez vertueux pour respecter son infortune. Heureux peuples, puissiez-vous jouir longtemps du bonheur que vous possédez dans vos vertes campagnes. Que le philantrophe vienne au milieu de vous pour y jouir du plaisir de vous voir heureux.

Nous savons que c’est à Morillon que passe le chemin qui conduit à Arâches par la montagne des Sept-Frères.

Voici, au-delà de Verchaix et des Hôtes, le torrent au doux nom de Valentine, dont nous avons vu la source près des chalets de Nant-Golon, vers le col de Jourplane. Ici on perd de vue le Buet.

La géologie signale, par le professeur Favre, un grand développement de cargneule dans la partie inférieure du ruisseau. «Cette roche appartient, dit le savant naturaliste, à l’affleurement du terrain triasique qui se montre de Bex jusqu’ici, en passant aux cols de Golèze et de Couz. Elle disparaît sous les alluvions du Giffre pour reparaître au-delà de Morillon jusqu’à Châtillon. Dans cette ligne de gypse et de cargneule, il s’est fait, en 1845, près du hameau des Moutiers, un éboulement qui a mis à découvert du gypse inconnu jusqu’alors. Il est surmonté par le calcaire brèche de la montagne de la Bourgeoise.»

Le Bérouze. — La jolie station qui précède Samoëns de quelques minutes est le Bérouse , bien connu et apprécié des étrangers par sa villa au vaste jardin ombragé. Plusieurs nants dévalent ici des hauteurs de Jourplane, où l’on contemple avec admiration de riantes combes qui n’ont rien à envier aux plus séduisants vallons de la Suisse. Non loin, sur le coteau, s’éparpillent avec grâce les maisons de Vigny, puis de Mathonex. Près de ce dernier village, existe une source minérale qui a déjà été signalée par Albanis Beaumont et qui mérite d’autant plus l’attention de la Faculté, qu’elle se trouve dans une vallée où l’air est reconnu pour être un des plus sains des Alpes. Ces eaux ferrugineuses, légèrement acidulées et magnésiennes, sont reconnues très bonnes pour les faiblesses d’estomac et pour les obstructions. Il est certain que si l’on exploitait les eaux minérales très efficaces de la région, Samoëns ne tarderait pas à se placer dans un rang distingué parmi les résidences hygiéniques. Et qui sait si, dans un avenir plus ou moins prochain, le tramway ne s’arrêtera pas ici au cri de: Samoëns-les-Bains! ou Samoëns-les-Eaux! d’où les ravissants belvédères de Jourplane, cet autre Revard, seraient accessibles par un chemin de fer, à l’instar de celui d’Aix. Nous espérons être bon prophète à ce sujet. — De Mathonex, revenons sur nos pas, prendre le chemin du col de Jourplane, et montons, pendant deux petites heures, à travers les pelouses fleuries et les bois de sapins dont on respire l’odeur balsamique et vivifiante.

Du hameau de Noiret, on suit le chemin du col le long d’un petit nant, jusque sur les Châbles, où l’on prend, à droite, un sentier qui conduit en quinze minutes, après deux lacets, aux chalets de Mapellé. Notons ici qu’on donne généralement le nom de montagne à l’alpage, ainsi l’alpage de la Bourgeoise sera la montagne de la Bourgeoise.

La Bourgeoise. — Les touristes ne manquent jamais l’ascension de cette cime gracieuse, élégante et centrale qui se dresse sous son manteau de verdure, au-dessus de Mapellé, à une altitude de 1,773 mètres. Ce superbe belvédère, dont le nom urbain, Bourgeoise (La Borgeysa, au XVIe siècle — TAVERNIER, Histoire de Samoëns), est typique, comme pour dire la Dame, entre ses voisines à la montagne, est l’une des belles et innombrables attractions des environs de Samoëns. La splendeur du panorama, avec le mont Blanc pour fond de tableau, eet indescriptible.

Du Bérouze à Samoëns on cotoie de vastes prairies entremêlées de champs fertiles couverts d’une grande variété de productions et ombragés par de gros arbres fruitiers, noyers, pommiers, cerisiers, puis des sapins et des frênes, dont la diversité des couleurs charme la vue. A travers ces groupes d’arbres, l’on aperçoit, tapis sur la pente verte des collines qui cachent la base des montagnes latérales, des hameaux, dont les maisons bâties avec goût et propreté, entourées de grandes galeries comme sont celles de la Suisse, offrent une preuve de l’aisance des habitants, de leur population et de la fertilité de leur sol.


CHAPITRE II

Table des matières

Samoëns (2,500 habitants; hauteur: 710 mètres; hôtels, pensions). — La ville nous apparait au milieu d’une opulente végétation, véritable bijou dans un écrin d’émeraude; l’exposition est ravissante. Depuis que chaque train y verse des flots de touristes, l’animation y a pris une extension considérable. Aussi la ville se met-elle, avec raison, en frais de coquetterie pour faire bon accueil et laisser l’impression la plus favorable aux légions d’étrangers qui se donnent rendez-vous dans ce quartier général d’innombrables et ravissantes excursions et de grandes ascensions.

L’histoire de Samoëns nous manquait. Elle est des plus intéressantes. Le beau livre dû à la plume élégante du savant historien de la vallée du Giffre, est venu heureusement combler cette lacune. Chacun voudra le lire et le posséder. — Nous ne pouvons nous dispenser de donner ici une esquisse topographique de la localité, en nous inspirant des monographies qui en ont été faites.

Chef-lieu d’un canton de cinq mille âmes, la commune de Samoëns a 2,500 habitants. Son vaste territoire, plus de 11,000 hectares, occupe deux versants que relie une jolie plaine où coule le Giffre. La vigne exceptée, toutes les productions de la région moyenne, dans la Savoie septentrionale, s’y rencontrent avec le froment, le noyer, les arbres à cidre, les riches prairies. De vastes et sombres forêts, épicéas et sapins, et une grande étendue de pâturages, couronnent les sommets. La vie agricole’ alterne avec l’industrie pastorale.

Assise au bas d’un mamelon rocheux couronné d’une chapelle, entre le Bérouze et le pittoresque hameau des Moulins, la ville regarde une superbe cascade et le coteau sévère de la rive gauche.

Les origines historiques de Samoëns sont assez obscures. Les monuments de l’époque gallo-romaine font défaut. «Si l’on considère, dit M. Tavernier (Mémoire historique. La confrérie de Saint-Nicolas à Samoëns et à Taninges), le type de race, certains noms de famille, plusieurs vocables topographiques, Vercland, les Allamands, Secoën, Samoëns lui-même, plus un cimetière burgonde, on peut conjecturer que Samoëns est un nom patronymiqne de l’époque burgonde, et que l’endroit aura été peuplé surtout à partir du Ve siêcle.»

Une autre version qui est moins certaine mais qui est plus poétique et plus flatteuse, en ce qu’elle rappelle Rome aux sept collines, fait dériver le nom de Samoëns de Septem montes, la ville aux sept monts, vallis septem montium (loù sa monts), des sept collines qui l’environnent, et dont la plupart sont, comme nous l’avons dit plus haut, des alpages et non, à proprement parler, des monts: Bostan, Fréterolle, Chardonnière, Odda, Follier, Vigny et Cuidex. Les figures du sceau de la ville, une montagnes à sept pointes, donnent une espèce de consécration à cette étymologie. Grillet rapporte que l’ancien inventaire des titres de la Maison de Faucigny désigne Samoëns et son château sous le nom de Castrum et Castellania Septimontii.

Enfin, le nom de Samoëns ne serait rien autre que pur celtique, comme le Clairon sur les rives duquel la ville est bâtie. La beauté, l’altitude et surtout l’admirable exposition au soleil des sept pâturages ou montagnes qne nous venons d’énumérer, et qui se trouvent toutes sur le parcours du Clairon ou de ses branches, ont dû fixer pendant une longue période des groupements de Celtes qui arrivèrent du Valais par la montagne de Couz. Quand les eaux qui couvraient le fond de la vallée se furent écoulées à mesure que le Giffre se creusait un lit plus profond aux défilés de Vers Ange et de la Serraz, cette peuplade descendit en se laissant guider par le Clairon (de clew-ren-nen, qui fait au prétérit, clew-run, la rivière qui guide)

C’est, sans doute, à cause de la situation de la ville, proche du Clairon et du Giffre, que la première colonie celtique qui vint s’établir dans cette vallée, nomma le lieu où elle se fixa Samoëns, du celte sa-amhuin, c’est-à-dire entre rivières (ALBANIS-BEAUMONT) .

Cette dernière version fait donc remonter Samoëns à la plus haute antiquité, antérieurement même à Mélan et à Taninges.

Samoëns était beaucoup plus considérable anciennement, à en juger par les fondements de murailles trouvés hors de son enceinte. Elle était jadis commandée par le vaste château Montanier (à tort appelé Tornelette par quelques-uns), castrum Montanerii, où, dans le Xe siècle, les barons de Faucigny venaient résider pendant l’été pour se procurer le plaisir de la chasse à l’ours et au chamois, au chevreuil et au bouquetin.

Ce château, dont il ne reste plus que quelques ruines, était situé sur le sommet du rocher qui domine la ville, Samoëns étant alors un des mandements qui composaient, au XIVe siècle, le petit état de ces souverains; de sorte que ce château date d’une haute antiquité. Là s’exerçait la juridiction civile et militaire pour le mandement. On le croit même bâti du temps du premier royaume de Bourgogne, par un des généraux ou gouverneurs de ces souverains, car il est avéré, comme on vient de le dire au sujet des tombeaux antiques, que les Bourguignons ont occupé la vallée, où ils se seraient retirés pour échapper aux Francs.

Quoiqu’il en soit, Samoëns était déjà considérable au XIIe siècle, puisqu’il existe une donation de la cure de ce bourg faite en 1167, par Arducius de Faucigny, évêque de Genève, à l’abbaye augustinienne de Sixt, fondée en 1144.

Sous les dauphins, barons de Faucigny, la paroisse englobant alors les villages de Verchaix et de Morillon, se partageait entre plusieurs fiefs et quatre à cinq maisons-fortes. A côté du fief du prince ou domaine, fief qui sera aliéné en 1699, en faveur de noble Philibert Salteur et érigé en titre de marquisat, se montraient divers fiefs de domaine privé, appelés, des noms de leurs titulaires respectifs, Bardonanche, de Saint Jeoire, de Menthon, de Lucinge, de Thoire, noms forts connus dans les annales de nos contrées. Ajoutons les fiefs de Vallon et de Gravernel. (TAVERNIER.)

Les habitants de Samoëns furent déclarés combourgeois de Cluses par leurs anciens souverains; ce qui leur fut confirmé en 1438 par Amédée VIII. Ce duc leur accorda en 1431 le droit d’élire quatre syndics; l’année suivante le même prince les relève de l’échute encourue pour certains biens emphythéotiques. Le bourg fut incendié deux fois, en 1476 et 1495, ruines qui ont occasionné dans l’histoire du pays de nombreuses et regrettables lacunes, par suite de la disparition des titres qui auraient pu éclairer les investigations.

Ses malheurs, sa situation aux portes du Valais, ses besoins de défense contre des voisins hostiles, sa fidélité envers la maison de Savoie, furent autant de circonstances qui amenèrent Jacques de Savoie-Nemours, baron de Faucigny, à s’intéresser vivement au sort de la bourgade. Ce prince lui concède, à son tour, des franchises municipales et des libertés commerciales fort étendues (1562).

Relevée peu à peu de ses ruines, elle vit refleurir dans son enceinte une ère de prospérité, et plusieurs de ses enfants s’illustrèrent et jetèrent un vif éclat dans l’Eglise, l’armée, les arts libéraux et la magistrature, de sorte que, si Samoëns est la patrie des grands monts, il est aussi celle de grands hommes.

Après avoir été pendant plus de quatre siècles administrée par les abbés de Sixt, la paroisse de Samoëns est sécularisée on y établit une collégiale sous Grégoire XIII, avec un chapitre de dix chanoines présidés par un doyen (1575-1581). La nouvelle dignité accordée à cette église honorait la communauté tout entière et donnait à ce petit pays de montagne un lustre particulier. Ce clergé allait se trouver en contact avec les notables de la bourgeoisie et former avec ceux-ci, pendant trois siècles, un groupe intellectuel qu’aurait pu envier une plus grande ville (Lire à ce sujet l’ouvrage cité plus haut, imprimerie Ménard, Chambéry). En 1753, les bourgeois de Samoëns s’affranchirent de toute redevance féodale, en remboursant au marquis les sommes qu’il avait versées au trésor.

«Par tant de souvenirs historiques, par l’originalité et l’âge de ses édifices, la ville, dont les rues fourniraient de piquants sujets de tableaux, est tout à fait digne de donner son nom à ce pays trop peu visité.» (F. WEY.)

Au milieu de la ville s’élève l’ancien château de la Tour, résidence des seigneurs de Gex, barons de Saint-Christophe, l’une des plus anciennes familles du Faucigny, connue autrefois, dit Albanis Beaumont, sous le nom de seigneurs de Vallon et de Couvette; elle obtint, le 28 janvier 1622, le titre de baron de Saint-Christophe en récompense de la vaillante résistance qu’avait faite Charles de Gex, lequel, durant la guerre qu’eurent à soutenir les ducs de Savoie contre les Berno-Genevois, leva à ses frais 500 hommes, avec lesquels, non seulement il soutint les efforts des ennemis qui voulaient forcer le passage de Saint-Jeoire et pénétrer dans la vallée, mais encore les battit, en leur faisant éprouver de grandes pertes, et les força à la retraite. Les vastes toitures qui coiffent élégamment le vieux manoir sont posées sur des murailles féodales.

«D’autres habitations, à l’entour, gothiques par la base, se terminent en chalets vers les toits; le chaume recouvre des encorbellements historiés: les maisons nobles sont devenues bergères.» F. WEY. Album de la Haute-Savoie.)

La rue principale qui traverse le bourg s’épanouit en une large place où s’élève l’église, d’un style remarquable et surmontée d’un clocher de forme byzantine. Ce monument, qui offre un échantillon de plusieurs styles, ne manque pas d’une certaine noblesse. Le portail, de 1555, à cintre suraigu, précédé d’un porche, suivi d’un pronaos; est orné de quatre colonnes torses reposant sur quatre lions accroupis. A droite et à gauche de l’entrée, le mur de la façade est décoré de panneaux d’armoiries, sculptés en 1786 par un habile ouvrier nommé Mugnier. Ces deux écussons commémoratifs sont consacrés, l’un au cardinal Hyacinthe-Sigismond Gerdil; l’autre à Jean-Pierre Biord, évêque de Genève: les deux plus illustres enfants dont s’honore Samoëns.

La large nef centrale de l’église aboutit à un chœur dont l’abside est éclairée par cinq fenêtres trilobées et en plein cintre, dans le goût de la Renaissance. Au bas de l’église est un beau bénitier en basalte, du XVIIe siècle. La porte des fonds baptismaux est dans le goût gothique flamboyant.

Les habitants de Samoëns sont actifs, industrieux et spirituels Nous savons que beaucoup se répandent à l’étranger où ils se distinguent par un talent dans l’art de bâtir, de façonner la pierre et de diriger les plus grandes entreprises. Saint-Quentin leur doit son beau canal.

La commune de Samoëns est l’une des plus riches en forêts, et les immenses pâturages qu’elle a reçus en emphytéose au XVe siècle sont d’un rapport très productif. Aussi Samoëns a-t-il donné un certain aspect à ses constructions publiques et avait-il lancé sur le Giffre un très beau pont couvert, qui, rappelant ceux du canton de Zurich, contribuait à accentuer la physionomie helvétienne de cet heureux territoire. Il a été remplacé par un pont plus moderne.

La maison de Martin, de qui Béatrix de Faucigny acheta les droits régaliens en 1269, celle de Listelley en 1500, de Montpithon, etc., ont habité Samoëns. Parmi les nombreux grands personnages qui y sont nés, citons:

DE LISTELLEY (Aimon), ministre et premier secrétaire d’Etat de Charles III, duc de Savoie. Il fut chargé des plus importantes négociations à la cour de France et auprès des cantons suisses. Il passa pour l’un des premiers politiques de son siècle.

DE SOUGEY (Pierre), docteur de Sorbonne, s’était acquis la réputation d’un homme de grand mérite. Mourut, le 15 mars 1717, doyen de la collégiale de Samoëns.

BIORD (Jean-Pierre), né en 1719, le 16 octobre, à Châtillon, quoique son père, Joseph Biord, et sa mère, Claudine de Thiolaz, eussent leur domicile ordinaire à Samoëns. Après avoir étudié à Thonon, à Dijon et pris ses grades en Sorbonne. il fut nommé curé de la Sainte-Chapelle de Paris par Mgr Christophe de Beaumont. Pourvu ensuite d’un canonicat à la cathédrale de Genève et du prieuré de Douvaine, il ne tarda pas à être nommé vicaire général du diocèse par l’évèque Deschamps de Chaumont, qui le désigna à la cour de Turin comme le prêtre le plus digne de lui succéder. C’est, en effet, ce qui eut lieu le 12 août 1794.

Il solennisa la canonisation de sainte Jeanne de Chantal, et obtint du pape, en 1771, l’église et le couvent des Cordeliers d’Annecy, qu’il pensa à faire décorer et agrandir pour ses successeurs. Notre évêque y fit faire à ses frais un maître-autel en divers marbres précieux que l’on admirait dans l’ancienne cathédrale d’Annecy. Les dessins en étaient de l’architecte Plaisance, qui avait été chargé du plan de la nouvelle ville de Carouge, ce joyau, et tant d’autres, dont ont hérité nos voisins, qui ont largement profité, aux dépens de notre frontière, de la période troublée de 1815.

Les écrits de l’évèque Biord sont nombreux, mais c’est surtout sa Correspondance et ses démêlés avec Voltaire qui l’ont fait connaître en France. L’origine de ces relations est assez singulière:

«Voltaire s’était avisé, en 1768, le jour de Pâques, de se rendre à la messe paroissiale de Ferney escorté de deux gardes armés de fusils et, là, de monter en chaire après l’évangile, et de prononcer un sermon contre le vol. Après quoi il s’était fait donner la communion. L’année suivante même parodie et communion en viatique, sans autre préparation qu’une profession de foi... peu canonique. Après lui avoir écrit à plusieurs reprises, pour lui démontrer l’énormité du scandale, son chef spirituel tenta de recourir à la répressive autorité des lois. Mais, sous le ministère qui relevait de Mme du Barry, et qui venait de tolérer le partage de la Pologne, l’impiété politique ne régnait pas seule, et l’exilé de Ferney avait plus de soutien que l’évêque de Genève... »

Outre Joseph Bardy, secrétaire intime des deux rois de Pologne de la maison de Saxe, Samoëns classe aussi, parmi ses illustrations, les frères de l’évêque Biord, l’un sénateur et légiste éminent, que Victor-Amédée III fit comte de Seynod et de Châteauvieux en 1776; l’autre, châtelain de Samoëns, sous lequel les procès furent bannis des terres soumises à sa juridiction. Il se distingua par ses lumières, son intégrité et sa bienfaisance.

Tout le monde connaît le cardinal GERDIL, qui représente en Savoie la philosophie comme de Maistre la politique. On a dit de lui, quand il était à Rome: Notus orbi, vix notus urbi; connu du moude entier, à peine connu dans la ville. Il passait pour y être la lumière du Sacré-Collège: Gloria e splendor del Consistorio santo. Ses œuvres complètes forment vingt-deux volumes in-octavo.

Gerdil (Hyacinthe-Sigismond), cardinal du titre de Sainte-Cécile, préfet de la Congrégation de Propagandâ fide, membre de l’Académie royale des Sciences de Turin, de la Société royale de Londres, de l’Institut de Bologne, de l’Académie de la Crusca, de Florence, de celle des Arcades, de Rome, etc., naquit à Samoëns le 23 juin 1718, du mariage de Pierre Gerdil, notaire, et de Françoise Perrier, de la Palud.

En quittant les écoles de Bonneville et de Thonon, où il commença ses premières études à l’âge de sept ans, il fut élevé chez les Barnabites d’Annecy, où il fit sa rhétorique et sa philosophie. Ses maitres ayant reconnu sa piété éminente, sa mémoire prodigieuse et les indices prématurés de son génie naissant, accueillirent favorablement l’intention qu’il leur manifesta de vouloir entrer dans leur congrégation. Il partit à l’âge de seize ans pour aller étudier la théologie à Bologne, où ses talents ne tardèrent pas à jeter un vif éclat. Gerdil fut connu de bonne heure par sa réfutation de Locke. Professeur à l’Université de Turin en 1749, il devint provincial des collèges de Savoie en 1764, puis fut désigné in petto pour le cardinalat par le pape Clément XIV.

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15 ocak 2025
Hacim:
152 s. 5 illüstrasyon
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4064066333607
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