Kitabı oku: «Trois jours en Savoie. Congrès des clubs alpins à Annecy (août 1876)»
François Descostes
Trois jours en Savoie. Congrès des clubs alpins à Annecy (août 1876)

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066306946
Table des matières
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
ÉPILOGUE
I
Table des matières
EN ROUTE POUR ANNECY — TIGNES — RUMILLY VAL & GORGES DU FIER
Les 13, 14 et 15 août 1876, pendant que Grenoble inaugurait la statue du mécanicien Vaucanson et que Dijon célébrait la mémoire du compositeur Rameau, la charmante cité d’Annecy faisait, pour la première fois, les honneurs des montagnes savoyardes au tourisme européen, dans une succession de fêtes alpines, dont la splendeur n’a été égalée que par le patriotisme des habitants et le ravissement de leurs hôtes.
La réunion de Tignes, organisée par la section de Tarentaise et présidée par sir Richard Budden , avait déjà, les 8, 9 et 10 août, attiré près de cent touristes italiens ou français dans cette merveilleuse région.
Les Italiens s’y étaient rendus par le Petit-Saint-Bernard ou le col de la Galise; les Français, par Moûtiers, Bourg-Saint-Maurice et Sainte-Foy . On avait savouré le chamois, à 2,100 mètres d’altitude, sous une vaste tente dressée sur un monticule dominant le lac, au sein de ce cirque imposant de montagnes couronnées de glaciers; et l’ascension du Mont-Pourri, le Mont-Thuriaz de l’état-major , exécutée à travers une route entièrement nouvelle par M. Louis Bérard et quatre autres alpinistes de Moûtiers, avait été, en quelque sorte, l’apothéose de ce premier épisode et le lever de rideau du grand congrès d’Annecy.
Dès le 12 août, de nombreux touristes convergeaient, isolés ou par groupes, au rendez-vous.
Le 13, au matin, le train d’Italie en amenait un important convoi, que rejoignaient au passage les députations de Chambéry, d’Aix-les-Bains et de Paris, celle-ci commandée par le président, le secrétaire général et l’administrateur délégué du Club Alpin français: MM. Adolphe Joanne, Abel Lemercier et le colonel Pierre.
A huit heures et demie, notre train, d’une longueur exceptionnelle, abandonnait, à la station d’Aix, la grande ligne de Paris au Mont-Cenis pour s’engager sur cet embranchement de 40 kilomètres qui, à travers une contrée des plus pittoresques, doit nous conduire au chef-lieu de la Haute-Savoie.
Le lac du Bourget, dont la nappe bleue se montre discrètement derrière un rideau de peupliers; le Mont-du-Chat, dont la Dent monstrueuse trace un profil hardi dans l’azur du ciel; la colline bosselée de Touvières, aux vignobles estimés, et les hautains gracieux de la campagne d’Aix; la tour démantelée de Grésy, sur la hauteur, à droite, et à gauche, les abords, dissimulés par les broussailles, de la célèbre cascade; le tunnel du Sauvage; l’étroit et frais vallon qui le suit; Orlié, où naquit, le 19 juin 1767, Michaud, l’historien des Croisades; Albens et ses blanches maisons cachées dans les arbres; la vallée de l’Albanais qui s’ouvre à partir de là et offre à l’œil toutes les cultures, toutes les perspectives et toutes les teintes; Bloye et sa terre de Conzié, fertile en noms illustres: tels sont, à vol d’oiseau, les points les plus marquants que le sourire d’un ciel sans nuage nous faisaient apparaître plus séduisants encore, dans ce défilé rapide dont le galop de la locomotive marquait l’allure.
A Rumilly, — la ville du eh capoë légendaire , — débordement d’enthousiasme, dont les initiés ne s’étonnent pas, étant donnée la température ordinaire du patriotisme rumillien;... vivats, flots de voiles bleus, de foulards aux armes du Club et de bâtons ferrés s’agitant houleux sur le quai de la gare. Les profanes ne tardent pas à avoir, eux aussi, le mot de l’énigme. Soixante alpinistes lyonnais et la caravane scolaire du collége Rollin ont tenu, comme Francis Wey , à faire leur entrée en Savoie par le magnifique vestibule du Val de Fier .
«Arrivés dans la nuit à Seyssel, — nous dit l’un d’eux, — nous nous sommes acheminés, ce matin, dès l’aube; nous avons admiré au passage, éclairées par les premiers rayons du soleil, les convulsions géologiques et les parois gigantesques de cet étroit défilé, qui rappelle les sublimes horreurs du Splugen ou de la Tamina. Le confluent du Fier et du Rhône et les murs tapissés de lierre, du manoir de Châteaufort, les Portes du Fier et le Grand Tunnel, l’Observatoire et le Pont des Allobroges, la Chambre de la Dame et la Forge du Maréchal, la Voie romaine et le Pont-Navet: toutes les stations de ces lieux étranges ont été contemplées et crayonnées à loisir; et quand, las d’émotions, nous débouchions à Saint-André, sur le riant hémicycle du bassin de Rumilly, voici qu’on nous crie: Halte-là !... L’endroit est un vrai coupe-gorge... Un parapet d’un demi-mètre d’où l’on peut de la belle façon expédier son homme, sans crainte d’un retour offensif, dans les oubliettes du Fier! En Calabre, c’eùt été le cas de porter la main à son revolver... Mais les brigands ici, ce sont les alpinistes Rumilliens qui, sous le commandement de M. d’A-nières, le généralissime du Club Alpin savoyard, cernent habilement notre troupe, trop surprise pour opposer la moindre résistance, l’enlèvent et la précipitent, ô scandale! dans douze voitures conduites en poste, qui la versent bientôt... sur le sol hospitalier de l’ancienne capitale de l’Albanais.
«Il n’y a pas de temps à perdre: on nous hisse prestement à l’hôtel-de-ville, dans la grande salle des tableaux; nous y contemplons les toiles guerrières de Lévigne et la Nature morte vraiment vivante de Johannès Rubellin; Lyonnais et Rumilliens y vident force rasades matinales à l’union de la seconde ville de France et de la troisième ville de Savoie; et, tandis qu’une dépêche, incontinent rédigée, va photographier la réception, toute chaude, dans les colonnes du Salut Public, nous prenons le pas gymnastique et... nous voici!»
Ainsi discourait, dans notre compartiment, un nouveau venu que la mousse du Seyssel et la gaieté communicative de la patrie de Béard avaient visiblement gagné.
Cependant, le train s’est remis en marche... Nous saluons le paysage, aimé des peintres, que le Chéran a découpé du sanctuaire de N.-D. de l’Aumône à ce pont hardi de Saint-Joseph, que les mauvaises langues disent avoir été fait ici; puis nous nous engageons au sein d’une nature plus sévère, semée d’obstacles naturels et de travaux d’art. Le Fier , que nous abordons à notre tour, y est huit fois, en quelques minutes, franchi par des viaducs aussi audacieux que ceux du Stelvio ou du Vorarlberg; rien n’égale la capricieuse irrégularité de son cours. On dirait tantôt un cheval de manége galopant en zig-zag, tantôt, qu’on nous passe le rapprochement et l’expression, un enfant jouant à cache-cache. On le voit à droite; un instant après, il est à gauche, ne cessant d’offrir le spectacle excentrique de ses fuites et de ses retours.
Mais ce n’est là que le prélude des surprises qu’il nous réserve... Attention! car nous voici à Lovagny, à la porte de ce théâtre où, nouvel Othello, il va nous jouer la grande scène de la colère dans un décor merveilleusement approprié à ses rugissements.
La gare de Lovagny, trop petite, en vérité, pour son importance, occupe le centre d’une immense prairie elliptique, appelée le Pré clu Seigneur. Nous y sommes reçus par l’avant-garde du Club Alpin d’Annecy: avec une amabilité exquise, qui ne devait pas se démentir une seule minute durant ces trois journées, des commissaires, — parmi lesquels nous reconnaissons M. Gustave Ruphy, conseiller de préfecture, le docteur Rey, le comte de Fésigny et l’ingénieur Lheureux, — s’emparent des arrivants et dirigent la caravane, qui compte à elle seule plus de 120 membres, vers les Galeries du Fier.
Construites d’hier , (c’est le 15 juillet 1869 qu’elles ont été inaugurées) ces galeries sont déjà célèbres, et elles reçoivent aujourd’hui la consécration d’une visite internationale de l’Europe et même des Deux-Mondes. Elles la méritent à coup sûr; car tout ce que la nature a d’horrible, de pittoresque et de sublime originalité semble avoir été collectionné dans ce site où les émotions varient à chaque pas, où chaque détour révèle un antre inexploré, où les rochers, en se tordant, en s’enchevêtrant, produisent les accidents les plus bizarres et les effets les plus imprévus .
Nous voici, à la file les uns des autres, sur ce cordon de fer aérien qui, le long d’un trajet de 252 mètres, s’attache aux anfractuosités des rocs, s’incline devant leurs caprices, les esquive quand ils sont menaçants, les caresse et les franchit, s’ils sont d’humeur accommodante, et transporte le visiteur stupéfié au sein d’une féerie de sauvages beautés.
Le corridor, étroit et sombre, s’insinue et se prolonge en une série de compartiments successifs, qui paraissent sans issue; se resserrant à certains endroits au point d’être mesuré par l’écartement des deux bras, il s’élargit à d’autres, et passe tour à tour de la lumière du jour à l’obscurité de la nuit. Çà et là, des grottes étranges, des chaires colossales, des tambours et des anneaux gigantesques sont incrustés dans ses parois.
Sous nos pas, le Fier se démène à une profondeur vertigineuse, à travers des blocs contre lesquels il se cabre en bouillonnant dans sa rainure sonore. Sur nos têtes: ici, des ponts hardis nous montrent la concavité de leurs arches; là, les roches se recourbent en dômes gracieux, ou étendent, sur les lèvres supérieures de l’abîme, des velums de verdure qui tamisent les rayons du soleil; plus loin, des arbres s’élancent formant passerelle, ou des lianes pendent suant des gouttelettes de cristal.
Et transportés au sein de ces merveilles, cramponnés à une barrière qui paraît frêle, malgré sa solidité, entrevoyant à travers les fissures, le vide et l’eau noire qui mugit, nous demandant ce qu’il adviendrait de nous s’il prenait à la planchette qui nous porte la fantaisie de se rompre, nous éprouvons presque tous, à en juger par nos figures, non pas de l’effroi, mais une sorte de saisissement, quelque chose d’analogue à ce recueillement involontaire qui s’empare des plus braves, dans la région des glaciers, en face d’un pont de neige ou d’une crevasse sans fond à franchir.
Un déjeùner froid nous attend, au retour, sous les frais ombrages du Bois du poète. Charmant spectacle que cette kermesse alpestre, que cette cordialité qui s’épanouit, que ces fourchettes qui fonctionnent avec les clapotements tumultueux du Fier pour accompagnement, le gentil chalet, au premier plan, les rochers à pic et le château féodal de Montrottier, au second, pour décor!
C’est avec regret que nous quittons cette oasis, salués par un chaleureux discours de M. le Maire. Le train de midi amène l’arrière-garde; nous traversons le tunnel de Brossilly, nous débouchons sur les cascades tapageuses de l’industrieux village de Cran, au-delà duquel la riante plaine des Fins se déroule avec ampleur: quelques minutes après, nous abordons au port.
II
Table des matières
A ANNECY
Le port, c’est Annecy!...
Annecy! Nom plein de douceur, prélude de mille enchantements!
Sur le quai de la gare, voici, entouré de son état-major, M. Camille Dunant, président du Club Alpin annécien, le digne général de cette phalange, qui est au feu depuis trois mois et qui attend, impatiente, l’effet que vont produire, — non pas, Dieu merci, ses torpilles ni ses mitrailleuses, — mais les ingénieuses surprises qu’elle a semées sous les pas de ses hôtes.
Les voici bien, ces lieutenants revêtus de leurs insignes verts, rouges ou blancs: Carron, Pichollet, Crettet, Léonce Duparc, Louis Boch, Alexis Dunand, Eugène Tissot, Mangé, Eloi Serand et tant d’autres...
Il s’agit de divulguer les beautés de la terre natale de donner le coup de grâce aux préjugés des géographes de fantaisie et des voyageurs en robe de chambre.
Rentiers, avocats, notaires, artistes, négociants, ingénieurs, médecins, simples ouvriers, toutes les conditions, toutes les opinions, tous les âges ont apporté leur concours à l’œuvre, sans arrière-pensée, sans rivalité, avec un complet effacement personnel, sans autre ambition que celle de se surpasser en dévouement... Beau et malheureusement trop rare spectacle que celui de cette ville où le patriotisme provincial, — comblant un instant les abîmes que creuse la politique, — rapproche tous les partis et réunit tous les cœurs sur le terrain neutre d’une noble et généreuse idée !
Les vivats et les joyeuses sonneries de la Fanfare municipale dirigée par M. Gentil et présidée par MM. Blanchet et Buttin, se mêlent aux souffles précipités de la locomotive; on se serre la main,... sans se connaître encore; et bientôt, superbe d’allure, compact, sac au dos et voiles au vent, le bataillon international s’achemine vers l’intérieur de la cité.
Les Italiens marchent en tête; deux vaillantes ascensionnistes, Mmes Martelli et Chiapusso, ouvrent la marche; leurs compatriotes se distinguent à première vue, par l’éclat et la solidité de leurs insignes, qui représentent un aigle royal, ailes éployées, prenant son vol d’un écusson d’argent. Les Suisses qui ont accouru en rangs serrés à l’appel de leurs voisins, viennent ensuite; ils portent la plume blanche et rouge au chapeau et la décoration en étoffe, aux initiales S. A. C., à la boutonnière.
Voici les Lyonnais, les plus nombreux et les plus joyeux de tous; puis, les jeunes touristes du collége Rollin; puis les députations de Paris, de Nancy, de Marseille, de Besançon, de Bordeaux, de Bourg, de Grenoble, de Briançon, de Vesoul et de Calais, et enfin le Club Alpin Savoyard, formant la gauche: Chambéry en tête, La Tarentaise à la suite, Aix-les-Bains et Rumilly au centre, Annecy en serre-file 1.

La ville est en fête, une foule énorme encombre la rue Royale et pousse des hourrahs; balcons et fenêtres sont pavoisés aux couleurs italiennes, suisses, anglaises, américaines et françaises; de gracieux visages s’épanouissent à tous les étages; des gerbes de fleurs tombent sur le passage du cortége et il n’est pas jusqu’aux alpinistes chevronnés, prêts à doubler la cinquantaine, qui ne se croient revenus aux fraîches émotions de la vingtième année. Soleil sénégalien et fatigues de la route, tout est bien vite oublié, grâce aux parfums des fleurs de la bienvenue et à la brise du lac, dont nous abordons les rives.

A l’Hôtel-de-Ville, l’adjoint au maire, M. Bru-nier, nous reçoit dans le salon d’honneur et nous salue en termes émus, au nom de la cité ; M. D’A-nières lui répond, en l’absence momentanée de M. Joanne, au nom du Club Alpin français. M. César Isaïa, membre de la Direction centrale de Turin, la main sur le cœur, dit aux applaudissements de l’assistance:
«Ce n’est pas la langue, c’est le cœur ici qui doit parler! C’est avec le cœur qu’au nom de l’Italie vous me permettrez, en vous disant merci, de pousser ce double vivat: Vive la France! Vive la Savoie!... »
L’électricité est dans l’air, la glace est rompue, la fusion est faite et l’on n’a plus qu’à s’abandonner tête baissée, aux étreintes de l’hospitalité.
Mais ce qui nous frappe, dès la première heure, c’est la prévoyance minutieuse et l’esprit pratique avec lesquels nos confrères annéciens ont paré aux moindres détails d’une réception, la première de ce genre qui eût lieu en France et dont l’organisation était chose entièrement nouvelle.
On s’est distribué les attributions et les rôles: des commissaires sont affectés à chaque section; d’autres, à chaque partie du programme. Aucun désordre, aucun froissement, aucun oubli... Tout a été prévu, tout arrive à point nommé, sans que ces mains invisibles, qui tiennent les mille fils de ce réseau compliqué, trahissent leur modeste incognito .
Un bureau de renseignements, ouvert en permanence, est installé à l’Hôtel-de-Ville. On y reçoit son billet de logement, on s’y inscrit pour le banquet du soir ou les courses du lendemain, on y va cueillir toutes les indications utiles, qui vous sont données de la meilleure grâce du monde, et le besoin d’une heure de détente se faisant généralement sentir, on s’éparpille dans toutes les directions pour secouer la poussière du voyage et se mettre en tenue... de traversée...
III
Table des matières
LE TOUR DU LAC & LE TOUR DU MONDE
«Quel joli endroit qu’Annecy, ce petit pays retiré, verdoyant, avec son lac à lui, et tout autour des vergers frais, des vallons montants, des cimes à portée !»
Cette réflexion de Töpffer était sur toutes les lèvres quand, à deux heures, le bataillon rallié se rassemblait sur le quai du port.
Les deux vapeurs, la Couronne de Savoie et l’Allobroge, nous attendent: ils doivent partir à quelques minutes d’intervalle. Les capitaines donnent des ordres; les équipages, en grande tenue comme les navires, sont à leur poste; les drapeaux et les banderoles multicolores flottent au vent; nous prenons place sur le pont, abrités du soleil par une vaste tente que gonfle la brise; un coup de sifflet strident, hourrahs échangés entre les passagers et la terre ferme, et les bâtiments, luttant de vitesse et d’élégance, s’élancent sur le miroir azuré du lac.
Commodément assis à l’arrière de l’Allobroge, une lorgnette de Lafontaine à la main, nous étions là, quelques alpinistes d’Italie et de France, formant un groupe à part, les yeux braqués sur les aspects divers qui se déroulaient à notre vue, l’oreille tendue à la légende intéressante d’un spirituel Annécien connaissant son lac, passez-moi le mot, comme sa poche, et mieux encore, si c’est possible, tous les écrivains qui l’ont décrit.
Grâce à lui, et il y avait des cicerones de la même trempe dans les autres groupes, ce lac, à la physionomie chatoyante et mobile, n’eut bientôt plus de secrets pour nous.
La Tour, où mourut Eugène Suë ; les Barattes, où s’éteignit Replat; la maison où s’abrita Rousseau; Menthon, où Taine écrit ses Origines de la France contemporaine; l’antique château qui vit naître saint Bernard, le héros des Alpes, et où un illustre enfant de la Savoie, Mgr Dupanloup , vient se reposer chaque année des fatigues de son apostolat; celui de Duingt, près duquel de Custine traça son Histoire de la campagne de Russie; Talloires, «le joyau de cette rive,» comme l’appelait Francis Wey , où s’élevait jadis une majestueuse abbaye; Doussard, dont les ours hantent les forêts vierges; le port de Bredannaz, dont la prise par les Espagnols fut célébrée par un Te Deum triomphal dans la cathédrale de Madrid: tout est passé en revue pendant que nous naviguons, en face de ces rives pleines de souvenirs, sur ce lac riant et gracieux au départ, sévère et presque sauvage à l’autre extrémité, pittoresque partout.
«On a fait le Tour du monde en 80 jours, — s’écrie au retour un passager enthousiaste. — Belle merveille! Sur le lac d’Annecy, on le fait en deux heures! En voguant sur ses ondes, on passe tour à tour des rivages plantureux de l’Italie méridionale aux régions des neiges éternelles, des plus frais vallons de l’Oberland aux plus ombreux vergers de la Normandie, des castels les plus mystérieux des bords du Rhin aux jardins les plus ensoleillés de la Provence; on y goûte et on y voit de tout, voire même de grands bois dignes de la Savane.»
Charles Yriarte, qui a pourtant bien vu, n’avait-il pas raison de le dire:
«Je ne vois pas de rival à ce lac heureux et, dans quelques années, on découvrira qu’on a tort d’aller chercher si loin le repos et l’ombre, quand on a en France... le lac d’Annecy .»
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