Kitabı oku: «Nouvelle Histoire du temps»
François Hédelin Aubignac
Nouvelle Histoire du temps
La relation véritable du royaume de la Coqueterie

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335038
Table des matières
LE SIEGE DE BEAUTÉ.
LA BLANQUE DES ILlustres Filoux.
LES MARIAGES bien assortis,
OU
LA RELATION
veritable du Royaume de
la Coqueterie.
LA BLANQUE DES IL-
lustres Filoux du mesme Royaume
de Coqueterie.
Et les Mariages bien assortis.
Revus corrigé&augmenté de
nouveau.

A PARIS,
chez MARIN LE CHE, dans la
grand’ Salle du Palais, vis à vis la
Cour des Aydes. 1655,
Avec permission.
NOUVELLE
HISTOIRE
DU TEMPS,
Table des matières

A curiosité de voir les Terres &les Nations esloignées, m’ayant fait embarquer au Port de Touvent, nous fismes une route assez heureuse durant quelques jours: mais en nous esloignant des dernieres costes de l’Afrique, nous tombasmes dans les courantes que les Pilotes ne connoissent point,&ne pouvants pas resister à leur impetuosité, nous fusmes emportez aupres d’une Isle, qui n’avoit point encore esté découverte, &qui n’est point marquée sur les Cartes Marines.
D’abord nous y vismes tant de Cocqs&de Genilotte; e tout plumage, que nous en prismes sujet de la nõmer l’Isle des Cocquets. En quoy nous renconctasmes assez bien, parce, que la ville capitale se nomme Coqueterie, &le Prince qui la gouverne l’Amour Coquet. Aussi tost que nous eusmes jetté l’Ancre, le moüillage estant presque bon par tout, nous fismes descendre le Capitaine la Jeunesse avec deux de nos meilleurs Soldats, Bontemps,&Belle-humeur, pour découvrir le Pays,& sur la foy desquels je vous en fais cette Relation.
Situation.
Cette Isle est scituée vers le Cap de Bonne Esperance, regardant au Tropique du Capricorne, remplie de plusieurs Pontaines d’eau de fleurs d’oranges, d’arbres qui tousjours ont la teste verte: &d’une si grande quantité de Muguet&Marjolaine, que l’air en est tout parfumé.
Fertilité.
Les terres y sont assez fertiles,&mesme quelquesfois plus que les habitans ne voudroient: car en ces rencontres, comme elles portent à contre temps, les fruicts en sont meurs avant la saison, d’où naissent plusieurs differents contre le bien de la chose publique,& le repos de l’Estat.
Tempe rature du teps
L’air en est sain, qu’on n’y void jamais de grandes maladies,&pour peu qu’une coquette ait le teint mauvais ou quelque rougeur apparente, elle s’en plaint à tout le monde, comme d’un outrage que la Nature fait à l’Amour. Ce n’est pas qu’il soit defendu d’y garder le lict, pourveu que ce soit pour tenir ruelle plus à son aise, diversifier son ieu, ou d’autres interests que l’experience seule peut apprendre.
Places importantes.
A l’Orient de l’Isle, font deux Chasteaux celebres, Oysiveté&Libertinage, où les hommes sont ordinairement obligez de prendre attache des Gouverneurs pour avoir entrée favorable à la Cour;& vers le couchant sont deux maisons de Campagne Teste-folle&Courte-monnoye, où plusieurs des Dames qui suivent l’Amour Coquet, qui vont chercher leur attestation de vie&de mœurs.
Le
Princë du païs
L’Amour coquet qui regne sur tous les peuples de ce pays, est vn Prince jeune,&qui ne vieillit jamais. Aussi ne reçoit-il en son Estat aucuns Vieillards que pour en faire le joüet des compagnies; il fait tous ses desseins à la volée,&ne prend iamais conseil. On tient qu’’il est frere de l’Amour, ce Souverain des Monarques, qui tient sous sa puissance les Elements, &les Cieux, mais frere bastard, enfant de la Nature&du desordre,& qu’il en a mal à propos usurpe le nom&les armes. Aussi est-il vray que ses affaires sont plus meslées d’interests que daffection,&les dereglemens de la desbauche y sont plus approuvez que la conduite de la raison.
Caiolerie.
A l’entrée de la Ville Capitale est une place nomée Cajolerie, ouverte de tous costez,&qu’on a renduë spacieuse par la ruine d’un vieux Temple de la Pudeur, qu’autresfois on y avoit basti. Là se rendent tous les jours, sans y manquer les chucheteurs fieffez,&les Admirateurs des choses mediocres, avec des Idoles animées qui veulent absolument estre encensees à tort ou à droict. On y void plusieurs boutiques mouvantes assez bien parées, mais sans ordre, où les Marchands donnent pour rien des loüanges sur toute sorte de sujets, à condition de n’en point examiner la verité, des protestatiõs d’amitié peu sinceres&des sermens de fidelité mal observez, des asseurances de souhaits des-interessez, de plaintes de mesconnoissance, &des desespoirs en appa rence, avec force beaux mots, paroles douces, regrets affectez pour un depart,&mille morts pour une absence de quatre jours. Il n’est pas permis d’y vendre des frondes, fussent elles de soye ou de cannetille d’or,&d’argent, il ne s’en trouve qu’au quartier de la lalousie pour s’en servir addroitement contre les Rivaux&les Trouble-festes.
Palais des bonnes fortunes.
Cette ville où est l’amour coquet tient sa Cour publiqe, mais le lieu qui luy sert de retraitte pour recevoir les hommes secrets de ses Courtisants est le Palais des bonnes fortunes, c’est une maison de Plaisance, dont la Nature a jette les fondemés. sur lesquels l’artifice a depuis eslevé beaucoup d’ajustemens&de decorations. Toutes les portes y sont faites de faux plaisirs,&les appartemens de honte perduë,&tout ce qui s’y passe de plus secret se peut nommer un mystere scandaleux; le silence y commande sous l’authorité de l’Amour coquet, mais souvent l’indiscretion,&quelquesfois le dégoust en laissent approcher les faux bruits qui sont les advancoureurs de la Renommée, sur le rapport desquels elle ne peut retenir les chamades de sa Trompette,&le caquet de ses cent langues. Ce Palais est dans un Valon si couvert d’arbres&de retranchemens, qu’il n’est pas facile de le voir ny de l’aborder, les seuls privilegiez en ont l’entrée libre, encore que ce soit le dernier but de tous les Coquets,&que plusieurs s’efforcent de persuader qu’ils en sont revenus. Ils en sçavent tous la scituation&les chemins qui les y peuvent conduire: mais comme il y en a plusieurs&fort differents
Chemins pour y aller.
chacun prend celuy qui revient mieux à son humeur.
Les uns vont par la Plaine des Aggréemens, qui est le plus beau&le moins perilleux.
D’autres prennent la routte d’Or, qui sans doute est la plus certaine, &ou l’on fait beaucoup de chemin en peu d’heures, mais il n’est pas permis à tout le monde d’y passer: elle est presque reservée aux enfans de Maltoste, &autres de pareille force.
Il y en a qui vont par le Gay de l’Occasion qui n’est pas le plus mauvais chemin, mais il faut estre soigneux de regarder sa monstre à chaque bout de champ pour bien prendre l’heure du Berger.
Quelques-uns s’arrerestent au Sentier de la Reconnoissance, mais c’est le plus long&le moins asseuré.
Aucuns passent par le Fort d’Entreprise, c’est bien le plus court, mais il est dangereux de s’engager dans le mauvais pas du Contretemps, car c’est un endroit inaccessible, &qui contraint les voyageurs de retourner sur les pas.
Les Dames ne tiennent pas tous ces mesmes chemins, car souvent elles vont par les Montagnes des Advances, d’autres par la Valée de Tolerance,&plusieurs par la Solitude Favorable.
Il y en a qui suivent aussi quelquesfois la route d’Or, mais c’est quand elles y sont engagées par deux mauvais Guides, Grand Aage&petit Merite.
Mais la meilleure voye pour les uns&les autres est le chemin de moitié figue&moitié raisin, il est fort propre à ceux qui sçavent peu plaire, un peu souffrir,&un peu donner, attendre quelque temps,&entreprendre quelquesfois,&ces gens la sont les mieux venus de l’’Amour coquet.
Distinction des sujets.
A sa Cour sont toutes sortes de personnes depuis les Princes&Princesses jusques aux Bourgeois&Bourgeoises de toutes conditions&de toute aage.
Ce n’est pas que les sujets de cét Estat soient considerées sous ces divers tiers, car ils sont distinguez par d’autres qualitez bien plus Illustres.
Les uns sont les Souspirants, qui ne sont jamais vestus que de chagrin de couleur de pensée à fond de Soucy.
Les enjoüez tousjours habillez de tricottets, piroüetes&mots pour rire.
Les Avanturiers qui ne sont couverts que de taffetas changeant, qui courent toute sorte de chemins&ne s’esloigne jamais du Fort de l’Entreprise.
Les Asnes d’or pompeusement vestus, mais au reste peu considerables, qui depensent beaucoup&en tirent peu de profit.
Là pesle-mesle se voyent de tous cheveux, des tout-Canons, des Goguenards&des Turlupins, avec des Enfarinez, que aucuns disent estre devenus d’Evesques Meusniers, mais ils ne laissent d’estre Evesque ou du moins Abbez de Cour, quoy que tout blancs de farine.
On void aussi des Coquets serieux armez de fer blanc, mais si bien travaillé, qu’ils s’imaginent estre couverts d’aciers bien trempé&à toute espreuve; aussi se nomment-ils les Esprits forts, encore qu’à la premiere attaque ils se sentent toujours percez, sans resistance. Ils parlent peu si ce n’est pour faire les Critiques, ils s’estiment beaucoup&ne sont fort peu estimez, ils croyent sçavoir tout ce qu’ils ignorent&font vanité d’ignorer ce qu’ils devroient sçavoir, ils se sont erigez eux-mesmes en Reformateurs Generaux de Coqueterie, sans que personne vueille deferer à leurs ordres,&se sont rendus plus sots& les plus importuns de rous les coquets.
Mais il n’y a rien de plus divertissant à voir que les Cœurs volans dont cette ville est toute pleine: Ils sont couverts d’aisles&de flâmes,& on s’estonne que leu feu soit si doux qu’il ne brûle point leurs plumes; ils parlent&content jolis mots à toutes les Dames qu’ils rencontrent, sans se mettre beaucoup en peine d’estre veritables ny rebutez; ils font une secte particuliere, dont ils disent qu’un certain Hylas est Fondateur; ils ont pour formulaire de leur vie l’Histoire des Amans volages,&portent pour devise, Qui plus en aime, plus aime. Dans une mesme conversation ils volent sur l’espaule d’une Dame, sur la teste d’une autre,&le laissent aisément prendre à la main, ils font hommage aux yeux de celle-cy, aux cheveux de celle-là, ils adorent la bouche de l’une&la taille de l’autre, ils s’attachent à tout &ne tiennent rien, chacun se raille d’eux,&ils en rient, car ces cœurs volans sçavent aussi bien rire que parler.
Quantaux Dames, on y void les Admirables qui n’ont rien de merveilleux que le nom.
Les Precieuses qui maintenant se donnent à bon marché.
Les Ravissantes qui tirent plus à la bourse qu’au cœur.
Les Mignonnes, qui d’ordinaire ont l’esprit aussi mince que le corps.
Les Evaporez qui dansent par tout sans violon; qui chantent tout sans dessein, qui parlent de tout sans garantie,&qui respondent à tout sans malice à ce qu’elles disent.
Les Embarassées ayant tousjours dix Parties à la teste, dix Galands à la queuë.
Les Barboüillées qui sont de trois sortes; les unes sont les Barboüillées blanc, les autres Barbouillées rouge,&les derniers les Barboüillées gras, qui fuyent autant le Soleil comme les autres craignent la pluye.
Il y en a mesme qui portent la qualité de Saintes, mais de Sainte-nytouches, qui refusent tout devant le monde, &laissent tout prendre en particulier.
Les mieux venuës à la Cour&les plus recherchées des Coquets sont les Malassorties, qui ne sont pas ainsi nommées pour estre dépourveuës de graces&d’ornement, mais ce sont des jeunes beautez, lesquelles pour avoir esté condamnées injustement à souffrir la domination d’un Vieillard, d’un fscheux x ou d’un Sot, se sont pourveuës au Conseil de l’’Amour Coquet, ou leur ayant esté fait droit, ont obtenu dispense de demeurer à la maison, ou la liberté d’y faire tout ce qui leur plaist.
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