Kitabı oku: «Призрак оперы. Уровень 1 / Le Fantome de l`Opera»

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© Алмазова Н. А., адаптация текста, комментарии, упражнения и словарь, 2025

© ООО «Издательство АСТ», 2025

AVANT-PROPOS
où l'auteur de ce singulier ouvrage raconte au lecteur comment il fut conduit à acquérir la certitude1 que le fantôme de l'opéra a réellement existé2

Le fantôme de l'Opéra a existé, en chair et en os3, bien qu'il essayait d'avoir les apparences d'un vrai fantôme4, c'est-à-dire d'une ombre.

Il ne serait point difficile5 de trouver encore aujourd'hui des vieillards fort respectables, qui se souviennent comme si la chose datait d'hier, des conditions mystérieuses et tragiques qui accompagnèrent l'enlèvement de Christine Daaé, la disparition du vicomte de Chagny et la mort de son frère aîné le comte Philippe, dont le corps a été trouvé sur la berge du lac qui s'étend dans les dessous de l'Opéra6.

Un jour, j'avais passé7 de longues heures en compagnie des Mémoires d'un directeur, œuvre légère de ce trop sceptique Moncharmin qui ne comrenait rien8 à la conduite du fantôme. Il était la première victime de la curieuse opération financière qui se passait à l'intérieur de «l'enveloppe magique»9.

Désespéré, je venais de quitter10 la bibliothèque quand j'ai rencontré le charmant administrateur de notre Académie nationale, qui bavardait avec un petit vieillard vif et coquet, auquel il m'a présenté allègrement11. M. l'administrateur était au courant12 de mes recherches et savait avec quelle impatience j'avais en vain tenté de découvrir la retraite du juge d'instruction de la fameuse affaire13 Chagny, M. Faure. Ce petit vieillard était M. Faure lui-même.

Il m'a raconté toute l'affaire Chagny telle qu'il l'avait comprise. Bien entendu14, quand je lui parlais du fantôme, il rirait. Mais il avait entendu un témoin qui avait affirmait qu'il avait eu l'occasion de rencontrer le fantôme. Ce personnage – le témoin – tout le monde appelait «le Persan». Il était bien connu de tous les abonnés de l'Opéra.

J'ai découvert le Persan dans son petit appartement de la rue de Rivoli.

Tout d'abord15, je me méfiais; mais quand le Persan m'a tout raconté et quand il m'a montré l'étrange correspondance de Christine Daaé, j'ai compris: le fantôme n'était pas un mythe!

On se rappelle que dernièrement des ouvriers ont trouvé un cadavre dans le sous-sol de l'Opéra; or, j'ai eu tout de suite16 la preuve que ce cadavre était celui du Fantôme de l'Opéra! J'ai fait toucher cette preuve, de la main, à l'administrateur lui-même.

Mais nous reparlerons17 de ce cadavre; maintenant, il est important de terminer ce très nécessaire avant-propos en remerciant ceux qui m'ont fait du plus utile secours et grâce auxquels je vais pouvoir, avec le lecteur, revivre, dans leurs plus petits détails, ces heures de pur amour et d'effroi. – G. L.

I
Est-ce le fantôme?

Ce soir-là MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l'Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l'occasion de leur départ18. La loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet19. La Sorelli était très superstitieuse. Elle a entendu une des filled, la petite Jammes, parler du fantôme et a dit:

«Petite bête!»20

Mais elle lui a demandé tout de suite21:

«Vous l'avez vu?

– Comme je vous vois!» a répliqué la petite Jammes.

«Bah! a dit l'une des danseuses qui avait à peu près conservé son sang-froid22, vous voyez le fantôme partout.»

Et c'est vrai que, depuis quelques mois23, tout le monde parlait de ce fantôme en habit noir qui se promenait comme une ombre du haut en bas24 du bâtiment.

Au fond25, qui l'avait vu? On peut rencontrer tant d'habits noirs à l'Opéra qui ne sont pas des fantômes. Mais celui-là avait une spécialité que n'ont pas tous les habits noirs. Il habillait un squelette.

L'imagination du squelette était née de la description de Joseph Buquet, chef machiniste26, qui, l'avait réellement vu. Voici ce qu'il a dit du fantôme:

«Il est très maigre et son habit noir flotte sur un corps squelettique. Ses yeux sont si profonds qu'on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs. Sa peau n'est point blanche, mais jaune. Il n'a pas de nez du tout.»

Ce chef machiniste était un homme sérieux. Sa parole était écoutée avec stupeur et intérêt, et aussitôt les autres aussi avaient rencontré un habit noir avec une tête de mort.

Et puis, des incidents curieux et inexplicables se sont produits coup sur coup27.

Un lieutenant de pompiers, c'est brave! Il ne craint rien, il ne craint surtout pas le feu!

Mais un lieutenant de pompiers, qui s'en était allé faire un tour de surveillance28 dans les dessous, était soudain réapparu sur le plateau, pâle et tremblant, les yeux hors des orbites. Et pourquoi? Parce qu'il avait vu s'avancer vers lui, à hauteur de tête29, mais sans corps, une tête de feu! Et je le répète, un lieutenant de pompiers, il ne craint pas le feu.

Ce lieutenant de pompiers s'appelait Papin.

La Sorelli elle-même, entourée de toutes les danseuses, avait, – au lendemain de l'histoire du lieutenant de pompiers, – sur la table un fer à cheval30.

Voilà qui donne assez rapidement un aperçu de l'état d'âme de ces demoiselles31, le soir où nous pénétrons avec elles dans la loge de la Sorelli.

«C'est le fantôme!» s'est écriée la petite Jammes. «Écoutez!»

Aucun bruit de pas. La Sorelli s'est avancée vers la porte, et a demandé:

«Qui est là?»

Mais personne ne lui a répondu.

Alors, elle s'est forcée à être brave et a dit très fort:

«Il y a quelqu'un derrière la porte?»

Puis la Sorelli, armée d'un stylet qui ne la quittait jamais, a osé tourner la clef dans la serrure, et ouvrir la porte.

Le couloir était désert. Et la danseuse a refermé la porte.

«Et pourtant, nous l'avons bien vu! a affirmé encore Jammes. Il doit être quelque part, par-là.»

La Sorelli a dit aux petites danseuses:

«Mes enfants, il faut vous «remettre»!32 Le fantôme? Personne ne l'a peut-être jamais vu!

– Si! si! Nous l'avons vu!.. nous l'avons vu tout à l'heure! ont repris les petites.

– Chut! M'man dit que le fantôme n'aime pas qu'on l'ennuie!33 – a dit Meg.

– Et pourquoi ta mère dit ça?

– Parce que… Parce que… rien… J'ai juré de ne rien dire!»

Mais elles ne lui ont laissé point de repos34 et Meg, qui brûlait du désir35 de raconter ce qu'elle savait, a commencé, les yeux fixés sur la porte:

«Voilà… c'est à cause de la loge…

– Quelle loge?

– La loge du fantôme! C'est la première loge, numéro 5, vous savez bien, la première loge à côté de l'avant-scène de gauche. C'est m'man qui en est l'ouvreuse… Mais vous me jurez bien de ne rien raconter?

– Mais oui, va!..

– Eh bien, c'est la loge du fantôme… Personne n'y va depuis plus d'un mois, excepté le fantôme, bien entendu, et on a donné l'ordre à l'administration de ne plus jamais la louer… On ne voit pas le fantôme! Et il n'a pas d'habit et de tête!.. On l'entend seulement quand il est dans la loge. M'man ne l'a jamais vu, mais elle l'a entendu… et pour sûr que Joseph Buquet a tort de s'occuper de choses qui ne le regardent pas36… ça va lui porter malheur…37»

À ce moment, on a entendu une voix qui criait:

«Cécile! Cécile! es-tu là?

– C'est la voix de maman! a dit Jammes. Qu'y a-t-il?»

Et elle a ouvert la porte. Une honorable dame est entrée dans la loge et tombée dans un fauteuil.

«Quel malheur! a-t-elle dit!.. Quel malheur!

– Quoi? Quoi?

– Joseph Buquet…

– Eh bien, Joseph Buquet…

– Joseph Buquet est mort! On vient de le trouver pendu dans le troisième dessous!.. Mais le plus terrible, continuait la pauvre dame, le plus terrible est que les machinistes qui ont trouvé son corps, prétendent qu'on entendait autour du cadavre le chant des morts38!

– C'est le fantôme!» a dit la petite Meg Giry.

La vérité est39 qu'on n'a jamais bien su comment était mort Joseph Buquet. L'enquête n'a donné aucun résultat. Dans les Mémoires d'un Directeur, M. Moncharmin, qui était l'un des deux directeurs, est écrit:

«Le temps que je mis à dégringoler l'escalier40, le pendu n'avait déjà plus sa corde!»

II
La Marguerite nouvelle

Tout le monde est allé vers le foyer de la danse41, où il y avait déjà beaucoup de gens.

Le compte de Chagny a exclamé:

«Ah! Sorelli, quelle belle soirée! Et Christine Daaé: quel triomphe!

– Pas possible! protestait Meg Giry. Il y a six mois, elle chantait comme un clou!»

Tout le triomphe était pour Christine Daaé, qui chantait d'abord dans quelques passages de Roméo et Juliette. La salle, tout entière, saluait Christine. Elle semblait avoir rendu l'âme42.

Le comte de Chagny avait assisté, debout dans sa loge, il a crié ses bravos éclatants43.

On disait qu'elle venait d'aimer pour la première fois! L'amour seul est capable d'accomplir un pareil miracle44, une telle transformation.

Le comte de Chagny (Philippe-Georges-Marie) avait alors exactement quarante et un ans. C'était un grand seigneur et un bel homme. D'une taille au-dessus de la moyenne, d'un visage agréable, malgré des yeux un peu froids. Il avait un cœur excellent et une honnête conscience. La fortune des Chagny était considérable. Ses deux sœurs et son frère Raoul ne voulaient point entendre parler de partage.

Quand le vieux comte était mort, Raoul avait douze ans. Philippe s'est occupé activement de l'éducation de l'enfant. Raoul est entré à Saint-Cyr45, il était là dans les premiers numéros46.

La timidité de ce marin, son innocence, était remarquable. À cette époque, il avait un peu plus de vingt et un ans et en paraissait dix-huit. Il avait une petite moustache blonde, de beaux yeux bleus et un teint de fille.

Philippe gâtait beaucoup Raoul. Il l'emmenait partout avec lui, il lui a fait même connaître le foyer de la danse. Cependant il restait célibataire.

Philippe, après avoir applaudi ce soir-là la Daaé, s'était tourné du côté de Raoul, et l'avait vu très pâle.

«Vous ne voyez donc point, avait dit Raoul, que cette femme se trouve mal?47»

En effet, sur la scène, on devait soutenir Christine Daaé.

«C'est toi qui vas défaillir… a dit le comte à Raoul. Qu'as-tu donc?»

Mais Raoul était déjà debout.

«Allons! a-t-il dit, la voix frémissante. – C'est la première fois qu'elle chante comme ça!»

Ils ont pénétré sur le plateau. Raoul n'avait jamais été moins timide. Il était uniquement préoccupé du désir de voir celle dont la voix magique lui avait arraché le cœur48. Oui, il sentait bien que son pauvre cœur tout neuf ne lui appartenait plus.

Il avait bien essayé de le défendre depuis le jour où Christine, qu'il avait connue toute petite, lui était réapparue. Il ne pouvait pas même penser à épouser une chanteuse!

Le comte Philippe avait peine à49 le suivre.

La belle enfant n'avait pas encore repris connaissance50, et on était allé chercher le docteur du théâtre, qui est arrivé très vite.

Le médecin et l'amoureux se sont trouvés dans le même moment aux côtés de Christine, qui recevait les premiers soins de l'un et a ouvert les yeux dans les bras de l'autre.

«Ne trouvez-vous point, docteur, que ces messieurs devraient «dégager» un peu la loge? a demandé Raoul. On ne peut plus respirer ici.

– Mais vous avez parfaitement raison», a dit le docteur, et il a mis tout le monde à la porte51, à l'exception de Raoul et de la femme de chambre52.

Le docteur s'est imaginé que si le jeune homme agissait ainsi, c'était évidemment parce qu'il en avait le droit53.

Dans la loge, Christine Daaé a poussé un profond soupir et elle a tourné la tête vers Raoul. Elle a regardé le docteur auquel elle a sourit, puis sa femme de chambre, puis encore Raoul.

«Monsieur! a-t-elle demandé à ce dernier, d'une voix qui n'était encore qu'un souffle… qui êtes-vous?

– Mademoiselle, a répondu le jeune homme qui a mis un genou en terre et a baisé la main de la diva, mademoiselle, je suis le petit enfant qui est allé ramasser votre écharpe dans la mer.»

Christine regardait encore le docteur et la femme de chambre et tous trois se sont mis à rire54. Raoul s'est relevé très rouge.

«Je vous remercie, docteur!.. a dit tout à coup Christine. J'ai besoin de rester seule… Allez-vous-en tous!55 je vous en prie… laissez-moi… Je suis très nerveuse ce soir…»

Le médecin s'en est allé avec Raoul. Il a dit:

«Je ne la reconnais plus ce soir…»

Et ils sont sortis.

Raoul est resté seul. Il a attendu dans la solitude et le silence. Soudain la loge s'est ouvert et il a vu la femme de chambre qui s'en est allée toute seule, emportant des paquets. Il l'a arrêté au passage et lui a demandé des nouvelles de sa maîtresse. Elle lui a répondu en riant que celle-ci allait tout à fait bien. Une idée a traversé la cervelle de Raoul: Évidemment la Daaé voulait rester seule pour lui!.. Il s'est rapproché de sa loge et voulait frapper. Mais il s'est arrêté. Il a entendu, dans la loge, une voix d'homme:

«Christine, il faut m'aimer!»

Et la voix de Christine a répondu:

«Comment pouvez-vous me dire cela? Moi qui ne chante que pour vous!56»

Raoul souffrait. Il a pris son cœur à deux mains pour le faire taire.

La voix d'homme a repris:

«Vous devez être bien fatiguée57?

– Oh! ce soir, je vous ai donné mon âme et je suis morte.

– Ton âme est bien belle, mon enfant, a repris la voix grave d'homme et je te remercie. Les anges ont pleuré ce soir.»

Après ces mots: les anges ont pleuré ce soir, le vicomte n'entendait plus rien. Il s'est rejeté dans son coin d'ombre, a décidé à attendre là. À sa grande stupéfaction58 la porte s'est ouverte, et Christine Daaé est sortie seule. Elle a refermé la porte, mais Raoul a observé qu'elle n'a refermé point à clef. Il a ouvert la porte de la loge et l'a refermé derrière lui. Il se trouvait dans l'obscurité.

«Il y a quelqu'un ici! a dit Raoul. Pourquoi se cache-t-il?»

Raoul n'entendait que le bruit de sa propre respiration. Et il fait craquer une allumette59. La flamme a éclairé la loge. Il n'y avait personne dans la loge!

«Ah çà! a-t-il dit tout haut, est-ce que je deviens fou?»

Il est sorti. Il ne savait pas quoi faire, où aller. Il se trouvait au bas d'un étroit escalier. Derrière lui, un cortège d'ouvriers descendait avec un brancard couvert avec un linge blanc.

«Qu'est-ce que c'est que ça60?» a-t-il demandé.

L'ouvrier a répondu:

«Ça, c'est Joseph Buquet que l'on a trouvé pendu dans le troisième dessous.»

Il s'est effacé devant le cortège, a salué et est sorti.

III
Où, pour la première fois, MM. Debienne et Poligny donnent, en secret, aux nouveaux directeurs de l'opéra, MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard, la véritable et mystérieuse raison de leur départ de l'académie nationale de musique

Pendant ce temps la cérémonie des adieux avait lieu61.

J'ai dit que cette fête magnifique était donnée par MM. Debienne et Poligny à l'occasion de62 leur départ de l'Opéra. Ils voulait mourir comme nous disons aujourd'hui: en beauté.

Tout le monde était au foyer de la danse.

À Paris, on est toujours au bal masqué et MM. Debienne souriaient déjà trop à la Sorelli, qui commençait son compliment quand une réclamation de cette petite folle de Jammes a brisé le sourire63 de MM. les directeurs:

«Le fantôme de l'Opéra!»

Jammes avait jeté cette phrase sur un ton de terreur et son doigt désignait dans la foule des habits noirs un visage.

«Le fantôme de l'Opéra! Le fantôme de l'Opéra!»

Mais le fantôme de l'Opéra a disparu!

La Sorelli était furieuse: elle n'avait pas pu achever son discours; MM. Debienne et Poligny l'a embrassée, remerciée et ils sont sauvés aussi rapides que le fantôme lui-même. Nul ne s'en est étonné, car on savait qu'ils devaient avoir la même cérémonie à l'étage supérieur, au foyer du chant. Leurs amis intimes étaient reçus une dernière fois dans le grand vestibule du cabinet directorial, où un véritable souper les attendait.

Et c'est là que nous les retrouvons avec les nouveaux directeurs MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard.

Le souper était presque gai. MM. Debienne et Poligny avaient déjà remis à MM. Armand Moncharmin et Firmin Richard les deux clefs minuscules, les passe-partout64 qui ouvraient toutes les portes de l'Académie nationale de musique. Ces petites clefs passaient de main en main65 quand quelqu'un a découvert cette étrange et fantastique figure aux yeux caves au bout de la table, qui était déjà apparue au foyer de la danse et qui avait été saluée par la petite Jammes de cette apostrophe: «le fantôme de l'Opéra!»

Il n'a pas prononcé un mot. Les amis de MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin croyaient qu'il était un intime de MM. Debienne et Poligny66, tandis que les amis de MM. Debienne et Poligny pensaient qu'il était du coté de MM. Richard et Moncharmin.

MM. Debienne et Poligny, placés au milieu de la table, n'ont pas encore aperçu l'homme à la tête de mort, quand celui-ci s'est mis tout à coup à parler67.

«Les rats ont raison, a-t-il dit. La mort de ce pauvre Buquet n'est peut-être point si naturelle qu'on le croit68.»

Debienne et Poligny ont sursauté.

«Buquet est mort? se sont-ils écriés.

– Oui, a répliqué tranquillement l'homme ou l'ombre d'homme… Il a été trouvé pendu, ce soir, dans le troisième dessous.»

Les deux directeurs sont devenus plus pâles que la nappe. Enfin, Debienne a fait un signe à MM. Richard et Moncharmin: Poligny a prononcé quelques paroles d'excuse à l'adresse des invités, et tous quatre sont passés dans le bureau directorial. Je laisse la parole à M. Moncharmin.

«MM. Debienne et Poligny semblaient de plus en plus agités, raconte-t-il dans ses mémoires. Ils nous ont donné le conseil de faire de nouvelles serrures, dans le plus grand secret, pour les appartements et les cabinets. Ils étaient si drôles en disant cela, que nous nous sommes mis à rire en leur demandant s'il y avait des voleurs à l'Opéra? Ils nous ont répondu qu'il y avait quelque chose de pire. C'était le fantôme. Richard hochait la tête69 avec tristesse. Cependant, malgré tous nos efforts, nous n'ont pas pu, à la fin, nous empêcher de «pouffer» à la barbe70 de MM. Debienne et Poligny.

Richard a demandé: «Mais enfin qu'est-ce qu'il veut ce fantôme-là?»

M. Poligny s'est dirigé vers son bureau et en revenu avec une copie du cahier des charges71.

Cette copie, a dit M. Moncharmin, était à l'encre noire et entièrement conformait à celle que nous possédions.

Mais sous l'article 98 il y avait une écriture bizarre et tourmentée, comme écriture d'enfant:

5° Le directeur ne doit pas retarder de plus de quinze jours la mensualité qu'il doit au fantôme de l'Opéra, mensualité fixée jusqu'à nouvel ordre à 20 000 francs – 240 000 francs par an.»

«C'est tout? Il ne veut pas autre chose? a demandé Richard avec sang-froid.

– Si, a répliqué Poligny.»

Et il a feuilleté encore le cahier des charges et lu:

«Art. 63. – La grande avant-scène de droite des premières n° i, sera réservée à toutes les représentations pour le chef de l'État…»

Et encore, en fin de cet article, M. Poligny nous a montré une ligne à l'encre rouge qui y avait été ajoutée.

«La première loge n° 5 sera mise à toutes les représentations à la disposition du fantôme de l'Opéra.»

Sur ce dernier coup72, nous ne pouvaient que nous lever et serrer chaleureusement les mains de nos deux prédécesseurs en les félicitant d'avoir imaginé cette charmante plaisanterie.

Richard a dit:

«Mais enfin, il me semble que vous êtes bien bons avec ce fantôme73. Si j'avais un fantôme aussi gênant que ça, je n'hésiterais pas à le faire arrêter74…

– Mais où? Mais comment? se sont-ils écriés en chœur; nous ne l'avons jamais vu!

– Mais quand il vient dans sa loge?

– Nous ne l'avons jamais vu dans sa loge.

– Alors, louez-la.

– Louer la loge du fantôme de l'Opéra! Eh bien! messieurs, essayez!»

Sur quoi, nous sommes sortis tous quatre du cabinet directorial. Richard et moi nous n'avions jamais «tant ri»«.

IV
La loge n° 5

Armand Moncharmin a écrit des volumineux mémoires et il n'avait pas assez de temps de s'occuper de l'Opéra. M. Moncharmin ne connaissait pas une note de musique, mais il tutoyait le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, avait fait un peu de journalisme sur le boulevard et avait d'une assez grosse fortune. Enfin, c'était un charmant garçon et qui était assez intelligent à commanditer l'Opéra. Il a choisi celui qui serait utile comme directeur et est allé tout droit75 à Firmin Richard.

Firmin Richard était un musicien distingué76, il avait environ cinquante ans. Il a publié de la musique de chambre77 très appréciée des amateurs, de la musique pour piano, des sonates ou des pièces fugitives remplies d'originalité, un recueil de mélodies. M. Firmin Richard aimait à peu près toute la musique et tous les musiciens, il était du devoir de tous les musiciens d'aimer M. Firmin Richard. Disons en terminant ce rapide portrait que M. Richard était ce qu'on appelle un autoritaire, c'est-à-dire qu'il avait un fort mauvais caractère78.

Les premiers jours avec les nouveaux directeurs ont passé à l'Opéra tout à la joie et ils avaient certainement oublié cette curieuse et bizarre histoire du fantôme. Mais un jour un incident s'est produit et leur a prouvé que – s'il y avait farce – la farce n'était point terminée79.

M. Firmin Richard est arrivé ce matin-là à onze heures à son bureau. Son secrétaire, M. Rémy, lui a montré une demi-douzaine de lettres qui portaient la mention «personnelle»80. L'une de ces lettres a attiré tout de suite l'attention81 de Richard non seulement parce que la suscription de l'enveloppe était à l'encre rouge, mais encore parce que l'écriture lui a semblé connue. C'était l'écriture rouge avec laquelle on avait complété si étrangement le cahier des charges. Il a ouvert l'enveloppe et a lu:

«Mon cher directeur, je vous demande pardon de venir vous troubler82 en ces moments si précieux où vous prenez les décisions importantes avec une sûreté de vue, une entente du théâtre, une science du public et de ses goûts, une autorité qui a été bien près de stupéfier ma vieille expérience. Je suis au courant de ce que vous venez de faire pour la Carlotta, la Sorelli et la petite Jammes, et pour quelques autres. Vous avez deviné les admirables qualités, le talent ou le génie. – (Vous savez bien de qui je parle quand j'écris ces mots-là; ce n'est point pour la Carlotta, qui chante horriblement; ni pour la Sorelli, qui est seulement belle; ni pour la petite Jammes, qui danse comme un veau dans la prairie. Ce n'est point non plus pour Christine Daaé, dont le génie est certain83, mais que vous ne donnez pas de grands rôles.) – Enfin, vous êtes libres d'administrer votre petite affaire comme vous voulez n'est-ce pas? Tout de même, je désirerais entendre Christine Daaé ce soir dans le rôle de Siebel, puisque celui de Marguerite, depuis son triomphe de l'autre jour, lui est interdit. Je vous prierai84 de ne pas disposer de ma loge aujourd'hui ni les jours suivants; car je ne terminerai pas cette lettre sans vous avouer combien j'ai été désagréablement surpris, ces temps derniers, en arrivant à l'Opéra, d'apprendre que ma loge avait été louée sur vos ordres. Je n'ai point protesté, d'abord parce que je suis l'ennemi du scandale, ensuite parce que je m'imaginais que vos prédécesseurs, MM. Debienne et Poligny, qui ont toujours été charmants pour moi, avaient négligé avant leur départ de vous parler de mes petites manies. Or, je viens de recevoir la réponse de MM. Debienne et Poligny à ma demande d'explications, réponse qui me prouve que vous êtes au courant de85 mon cahier des charges et par conséquent86 que vous vous moquez de moi.

Si vous voulez que nous vivions en paix, il ne faut pas commencer par m'enlever ma loge! Sous le bénéfice de ces petites observations, veuillez me considérer, mon cher directeur, comme votre très humble et très obéissant serviteur87.»

Signé… F. de l'Opéra.

Cette lettre était accompagnée d'un extrait de la petite correspondance de la Revue théâtrale, où on lisait ceci: «F. de l'O.: R. et M. sont inexcusables. Nous les avons prévenus et nous leur avons laissé votre cahier des charges. Salutations.»

«La plaisanterie continue, a dit M. Richard à M. Armand Moncharmin qui venait d'entrer88 dans son bureau avec la même lettre dans les mains; mais elle n'est pas drôle!

– Qu'est-ce que ça signifie? a demandé M. Moncharmin. Pensent-ils que parce qu'ils ont été directeurs de l'Opéra nous allons leur donner une loge pour toute la vie?»

«Au fait, qu'est-ce qu'ils veulent? a dit M. Richard, une loge pour ce soir?»

M. Firmin Richard a donné l'ordre à son secrétaire d'envoyer la première loge n° 5 à MM. Debienne et Poligny, si elle n'était pas louée.

Elle ne l'était pas. Moncharmin a examiné les enveloppes. MM. Debienne et Poligny habitaient: le premier, au coin de la rue Scribe et du boulevard des Capucines; le second, rue Auber. Les deux lettres du fantôme F. de l'Opéra avait été mises au bureau de poste du boulevard des Capucines.

«As-tu vu comme ils nous traitent à propos de89 la Carlotta, de la Sorelli et de la petite Jammes? Il faut quand même être polis!90 a observé Moncharmin.

– Eh bien, cher, ces gens-là sont malades de jalousie!.. Quand je pense qu'ils sont allés jusqu'à payer une petite correspondance à la Revue théâtrale!.. Ils n'ont donc plus rien à faire?91

À propos! a dit encore Moncharmin, ils ont l'air de s'intéresser beaucoup92 à la petite Christine Daaé…»

Là-dessus, Firmin Richard a donné l'ordre à l'huissier de faire entrer les artistes. Toute cette journée s'est passé en discussions, pourparlers, signatures ou ruptures de contrats. Les directeurs étaient autant fatigués qu'ils ne sont pas allés vérifier la loge n° 5, pour savoir si MM. Debienne et Poligny trouvaient le spectacle à leur goût93.

Le lendemain matin, MM. Richard et Moncharmin ont trouvé dans leur courrier, d'une part94, une carte de remerciement du fantôme, ainsi conçue:

«Mon cher Directeur,

Merci. Charmante soirée. Daaé exquise. Soignez les chœurs. La Carlotta, magnifique et banal instrument. Vous vais écrire bientôt pour les 240 000 francs, – exactement 233 424 fr 70; MM. Debienne et Poligny m'ayant fait parvenir les 6575 fr 30, représentant les dix premiers jours de ma pension de cette année, – leurs privilèges finissant le 10 au soir.

Serviteur

F. de l'O.»

D'autre part95, une lettre de MM. Debienne et Poligny:

«Messieurs,

Nous vous remercions de votre aimable attention, mais vous comprendrez facilement que la perspective de réentendre Faust, si douce soit-elle à d'anciens directeurs de l'Opéra, ne peut nous faire oublier que nous n'avons aucun droit à occuper la première loge n° 5, qui appartient exclusivement à celui dont nous vous avons parlé, en relisant avec vous, une dernière fois, le cahier des charges, – dernier alinéa de l'article 63.

Veuillez agréer96, messieurs, etc.»

«Ah! mais, ils commencent à m'agacer, ces gens-là!» a déclaré violemment Firmin Richard.»

Ce soir-là, la première loge n° 5 était louée.

Le lendemain MM. Richard et Moncharmin ont trouvé un rapport d'inspecteur à propos les événements la veille au soir dans la première loge n° 5. Voici le passage essentiel du rapport, qui est bref:

«J'ai été dans la nécessité97, écrivait l'inspecteur, d'appeler ce soir un garde municipal pour faire évacuer par deux fois, au commencement et au milieu du second acte, la première loge n° 5. Les occupants – ils sont arrivés au commencement du second acte et causaient un véritable scandale par leurs rires et leurs réflexions saugrenues. La salle commençait à protester quand l'ouvreuse est venue me trouver. Ces gens paraissaient fous et parlaient des choses stupides. J'ai leur a dit qu'ils devraient quitter la loge et je suis revenu avec un garde municipal qui les a fait sortir. Ils ont déclaré, toujours en riant, que je dois leur rendre leur argent. Enfin, ils se sont calmés, et je les ai laissés rentrer dans la loge; aussitôt les rires ont recommencé, et, cette fois, je les ai fait sortir définitivement.»

«Qu'on fasse venir l'inspecteur98», a crié Richard à son secrétaire.

L'inspecteur est entré, un peu inquiet.

«Racontez-nous ce qui s'est passé», a dit brusquement Richard.

L'inspecteur a répété tout ce qui était dans le rapport.

«Enfin! ces gens-là, pourquoi riaient-ils? a demandé Moncharmin.

– Monsieur le directeur, ils devaient avoir bien dîné et paraissaient plus préparés à faire des farces qu'à écouter de la bonne musique. Quand ils sont arrivés, ils ont dit à l'ouvreuse: «Regardez dans la loge, il n'y a personne, n'est-ce pas?.. – Non, a répondu l'ouvreuse. – Eh bien, ont-ils affirmé, quand nous sommes entrés, nous avons entendu une voix qui disait qu'il y avait quelqu'un.»

M. Moncharmin ne pouvait pas regarder M. Richard sans sourire, mais M. Richard, lui, ne souriait point.

«Enfin, quand ces gens-là sont arrivés, a demandé Richard, il n'y avait personne dans la loge?

– Personne, monsieur le directeur! personne! Ni dans la loge de droite, ni dans la loge de gauche, personne, je vous le jure99! et c'est ce qui prouve bien que tout cela n'est qu'une plaisanterie.100

– Et l'ouvreuse, qu'est-ce qu'elle a dit?

– Oh! pour l'ouvreuse, c'est bien simple, elle dit que c'est le fantôme de l'Opéra. Alors!»

La physionomie de M. Richard, de sombre qu'elle était, est devenue farouche.

«Allez me chercher l'ouvreuse! a-il commandé… Tout de suite! Mettez tout ce monde-là à la porte!»

L'inspecteur voulait protester, mais Richard lui a fermé la bouche: «Taisez-vous! Vous l'avez vu, vous, le fantôme de l'Opéra?»

Par un geste énergique de la tête, l'inspecteur a nié qu'il l'avait vu.

«Tant pis101! a déclaré froidement M. Richard. Parce que je vais faire régler leur compte à tous ceux qui ne l'ont pas vu!102 J'aime qu'on fasse son service, moi!103»

V
Suite de «la loge n° 5»

Par les soins de M. Rémy104, on a trouvé l'ouvreuse, qui était concierge rue de Provence, à deux pas105 de l'Opéra.

«Comment vous appelez-vous?

– Mame Giry. Vous me connaissez bien, monsieur le directeur; c'est moi la mère de la petite Giry, la petite Meg, quoi!»

M. Richard a regardé Mame Giry. On voyait bien, à l'attitude de M. le directeur, qu'il ne connaissait nullement Mame Giry, ni même la petite Giry, ni même la petite Meg! Mais l'orgueil de Mame Giry était tel que cette ouvreuse s'imaginait être connue de tout le monde.

«Vous et M. l'inspecteur, hier soir vous avez appeler un garde municipal… s'est intéressé M. le directeur.

– J'voulais justement vous voir pour vous en parler, m'sieur le directeur. MM. Debienne et Poligny… Eux, non plus, ils ne voulaient pas m'écouter…

– Je ne vous demande pas tout ça. Je vous demande ce qui vous est arrivé hier soir!»

Mame Giry est devenue rouge d'indignation. On ne lui avait jamais parlé sur un ton pareil. Elle s'est levée comme pour partir, mais, elle s'est rassise et a dit d'une voix rogue:

«Il est arrivé qu'on a encore embêté le fantôme!»

Madame Giry entendait la voix dans une loge où il n'y avait personne. Elle ne pouvait s'expliquer ce phénomène. Ce fantôme, personne ne le voyait dans la loge, mais tout le monde pouvait l'entendre. Elle a dit qu'elle ne mentait jamais et on pouvait demander à MM. Debienne et Poligny et à tous ceux qui la connaissaient, et aussi à M. Isidore Saack, à qui le fantôme avait cassé la jambe!

«Le fantôme a cassé la jambe à ce pauvre Isidore Saack?» a interrompu Moncharmin.

Mame Giry tousse, assure sa voix… elle commence…

«Voilà, monsieur. Il y avait, ce soir-là, au premier rang, M. Maniera et sa dame et, derrière Mme Maniera, leur ami intime, M. Isidore Saack. Méphistophélès chantait, et alors M. Maniera entend dans son oreille droite (sa femme était à sa gauche) une voix. M. Maniera se retourne à droite, personne! Il se frotte l'oreille. Méphistophélès continue sa chanson (Mame Giry chantait pour recréer la situation) et aussitôt M. Maniera entend, toujours dans son oreille droite, la voix qui lui dit: «Ah! ah! Julie ne refuserait pas un baiser à Isidore106?» Là-dessus, il se retourne, mais, cette fois, du côté il y a Isidore qui a pris la main sa dame et qui la couvrait de baisers. Clic! Clac! M. Maniera, qui était grand et fort comme vous, monsieur Richard, a distribué une paire de gifles107 à M. Isidore Saack, qui était mince et faible comme M. Moncharmin. C'était un scandale. Dans la salle, on criait: «Assez! Assez!.. Il va le tuer!..» Enfin, M. Isidore Saack a pu s'échapper…

– Le fantôme ne lui a donc pas cassé la jambe?» demande M. Moncharmin.

«Il la lui a cassée, mossieu, réplique Mame Giry. Il la lui a cassée dans la grande escalier, qu'il descendait trop vite, mossieu!

– C'est mossieu Maniera qui vous a raconté tout cela. Mais vous, vous avez déjà parlé au fantôme, ma brave dame?

– Comme je vous parle, mon brav' mossieu…

– Et quand il vous parle, le fantôme, qu'est-ce qu'il vous dit?

– Eh bien, il me dit de lui apporter un p'tit banc pour ça dame! Lui, il a une douce voix d'homme! Il arrive toujours vers le milieu du premier acte, il frappe trios fois à la porte de la loge n° 5. Cette fois, la voix était assise sur le premier fauteuil du premier rang à droite. La loge n°7 comme la loge n°3 à gauche n'étaient pas encore occupées.

– Et qu'est-ce que vous avez fait?

– J'ai apporté le petit banc. À la fin du spectacle, il me donne toujours une pièce de quarante sous, quelquefois cent sous, quelquefois même dix francs. Il les laisse sur la tablette de la loge. Je les trouve là avec le programme que je lui apporte toujours; des soirs je retrouve même des fleurs dans ma loge, une rose qui était tombée du corsage de sa dame. Seulement, maintenant, il ne me donne plus rien du tout…»

Cette fois, Richard a commencé à rire de compagnie avec Moncharmin et le secrétaire Rémy; mais, instruit par l'expérience108, l'inspecteur ne riait plus.

«Vous devrez rendre compte du fantôme comme M. Poligny. Une fois M. Poligny voulait assister, tout seul, dans la loge du fantôme, à la représentation. Quand la chanteuse a commencé a chanter «Fuyons!» M. Poligny s'est levé tout droit, et est parti raide comme une statue. Il était plus pâle qu'un mort!109 Il marchait comme dans un mauvais rêve, et il ne souvenait pas son chemin.

– C'est bien, Mame Giry… Vous pouvez vous retirer.»

Quand M. l'inspecteur s'est retiré à son tour, MM. les directeurs ont averti M. l'administrateur qu'il fallait régler le compte110de M. l'inspecteur. Quand ils sont resté seuls, MM. les directeurs ont eu une même pensée, qu'il fallait faire un petit tour du côté de la loge n° 5111.

Nous les y suivrons bientôt112.

VI
Le violon enchanté

Christine Daaé ne chantait plus à l'Opéra après la fameuse soirée de gala. Elle a seulement participé une fois dans la soirée chez la duchesse de Zurich, où elle a chanté les plus beaux morceaux de son répertoire. Elle refusait toutes les invitation sans expliquer la raison.

Elle savait que le compte de Chagny, pour faire plaisir à son frère, parlait beaucoup d'elle avec les directeurs. Christine lui a écrit pour le remercier et pour prier de ne plus faire cela. Quelles pouvaient bien être alors les raisons d'une aussi étrange attitude? Les uns ont prétendu qu'il y avait là un incommensurable orgueil, d'autres ont crié à une divine modestie. «Je ne me reconnais plus quand je chante!» disait-elle.

La pauvre, la pure, la douce enfant! Elle ne se montrait nulle part, et le vicomte de Chagny a essayait en vain113 de se trouver sur son chemin. Il lui a écris, pour lui demander la permission de se présenter chez elle, et il désespérait d'avoir une réponse, quand un matin, elle lui a répondu avec une lettre suivante:

«Monsieur, je n'ai point oublié le petit enfant qui est allé me chercher mon écharpe dans la mer. Je ne pouvais pas m'empêcher de vous écrire cela, aujourd'hui où je pars pour Perros, conduite par un devoir sacré114. C'est demain l'anniversaire de la mort de mon pauvre papa, que vous avez connu, et qui vous aimait bien. Il est enterré là-bas, avec son violon, dans le cimetière qui entoure la petite église, au pied du coteau115 où, tout petits, nous avons tant joué; au bord de cette route où, un peu plus grands, nous nous sommes dit adieu pour la dernière fois.»

Quand il a reçu cette lettre de Christine Daaé, le vicomte de Chagny s'est précipité sur un indicateur de chemin de fer pour prendre le train du matin sur lequel il comptait.

Raoul a passé une journée maussade et ne reprenait goût à la vie116 que vers le soir quand il est installé dans son wagon. Tout le long du voyage117, il relisait la lettre de Christine, il en respirait le parfum; il pensait à ses jeunes ans. Quand il est arrivé, il a interrogé le cocher. Il savait que la veille au soir une jeune femme qui avait l'air d'une Parisienne allait à Perros et est arrêtait à l'auberge du Soleil-Couchant. Ce ne pouvait être que Christine.118 Elle est venue seule. Raoul enfin pouvait, en toute paix, parler à Christine, dans cette solitude. Il l'aimait à en étouffer.119 Ce grand garçon, qui avait fait le tour du monde, était pur comme une vierge qui n'a jamais quitté la maison de sa mère.

Au fur et à mesure120 qu'il se rapprochait d'elle, il se rappelait l'histoire de la petite chanteuse suédoise.

Le père Daaé était un grand musicien. Il jouait du violon et était considéré comme le meilleur ménétrier de toute la Scandinavie. La mère Daaé, impotente, est morte quand Christine avait six ans. Aussitôt le père, qui n'aimait que sa fille et sa musique, a vendu sa terre et s'en est allé chercher la gloire à Upsal. Il n'y trouva que la misère.

Alors, il a retourné dans les campagnes, allant de foire en foire121, raclant ses mélodies scandinaves, son enfant l'accompagnait en chantant. Un jour, à la foire de Limby, le professeur Valérius les a entendus tous deux et les emmena à Gothenburg. Il prétendait que le père était le premier violoneux du monde122 et que sa fille avait le talent d'une grande artiste. On a commencé à lui donner l'éducation et l'instruction.

Ses progrès étaient rapides.

Le professeur Valérius et sa femme ont persuadé le père et la fille de venir s'installer en France. La maman Valérius traitait Christine comme sa fille. À Paris, Daaé ne sortait jamais. Il vivait dans une espèce de rêve qu'il entretenait avec son violon. Il avait la nostalgie de son ciel scandinave.

Le père Daaé reprenait des forces à l'été123, quand toute la famille s'en allait à Perros-Guirec, dans un coin de Bretagne. Il aimait beaucoup la mer de ce pays, lui trouvant, disait-il, la même couleur que là-bas. Il participait aux fêtes de villages avec son violon. Sa fille l'accompagnait toujours. Ils avaient du succès énorme et voyageaient du village au village.

Un jour, un jeune garçon de la ville, qui était avec sa gouvernante, a fait un long chemin, car il voulait écouter la petite fille dont la voix était douce et si pure encore une fois. Ils sont arrivés ainsi au bord d'une crique que l'on appelle encore Trestraou. Ce jour là il y avait un grand vent qui a emporté l'écharpe de Christine dans la mer. Christine a poussé un cri, mais le voile était déjà loin sur les flots. Christine a entendu une voix qui lui disait:

«Ne vous dérangez pas124, mademoiselle, je vais vous ramasser votre écharpe dans la mer.»

Et elle a vu un petit garçon qui courait, qui courait, malgré les cris et les protestations indignées d'une brave dame. Le petit garçon est entré dans la mer tout habillé et lui a rapprorté son écharpe. Le petit garçon et l'écharpe étaient dans un bel état! La dame en noir ne pouvait pas se calmer, mais Christine riait de tout son cœur, et elle a embrassé le petit garçon.

C'était le vicomte Raoul de Chagny. Il habitait, dans le moment, avec sa tante, à Lannion. Pendant la saison, ils se voyaient presque tous les jours et jouaient ensemble. Sur la demande de la tante le bonhomme Daaé a commencé à donner des leçons de violon au jeune vicomte. Ainsi, Raoul a appris à aimer les mêmes airs que ceux qui avaient enchanté l'enfance de Christine.

Ils avaient à peu près la même petite âme rêveuse et calme. Les soirs le père Daaé venait s'asseoir à côté d'eux sur le bord de la route, et leur contait à voix basse, comme s'il craignait de faire peur aux fantômes125 qu'il évoquait, les belles, douces ou terribles légendes du pays du Nord.

«La petite Lotte pensait à tout et ne pensait à rien. Son âme était aussi claire, aussi bleue que son regard. Elle câlinait sa mère, elle était fidèle à sa poupée, avait grand soin de sa robe, de ses souliers rouges et de son violon, mais elle aimait, par-dessus toutes choses, entendre en s'endormant l'Ange de la musique.»

Le père Daaé prétendait que tous les grands musiciens, tous les grands artistes reçoivent au moins une fois dans leur vie la visite de l'Ange de la musique. C'est ainsi qu'il y a de petits génies qui jouent du violon à six ans mieux que des hommes de cinquante. Quelquefois, l'Ange vient beaucoup plus tard, parce que les enfants ne sont pas sages et ne veulent pas apprendre leur méthode et négligent leurs gammes. Quelquefois, l'Ange ne vient jamais, parce qu'on n'a pas le cœur pur ni une conscience tranquille. On ne voit jamais l'Ange, mais on peut l'entendre.

C'est souvent dans les moments tristes et découragés et inattendus. Les personnes qui sont visitées par l'Ange en restent comme enflammées. Et elles ont ce privilège de ne plus pouvoir toucher un instrument ou ouvrir la bouche pour chanter, sans faire entendre des sons qui font honte par leur beauté à tous les autres sons humains. Les gens qui ne savent pas que l'Ange a visité ces personnes disent qu'elles ont du génie.

La petite Christine demandait à son papa s'il avait entendu l'Ange. Mais le père Daaé répondait:

«Toi, mon enfant, tu vas l'entendre un jour! Quand je serai au ciel, je te l'enverrai, je te le promets!126»

Le père Daaé commençait à tousser à cette époque.

L'automne a séparé Raoul et Christine.

Ils se sont rencontrés trois ans plus tard; c'étaient des jeunes gens. Ceci s'est passé à Perros encore et Raoul en a conservé une telle impression qu'elle le poursuivait toute sa vie. Le professeur Valérius était mort, mais la maman Valérius était restée en France. Le jeune homme est venu à tout hasard127 à Perros et, de même, il a pénétré dans la maison habitée autrefois par sa petite amie. Il a vu d'abord le vieillard Daaé, qui l'a embrassé en larmes. De fait, Christine parlait de Raoul chaque jour pendant ces trois années. Elle a reconnu Raoul tout de suite. Une flamme légère est apparue sur son charmant visage. Le papa les regardait tous deux. Raoul s'est approché de la jeune fille et l'a embrassé d'un baiser. Elle a quitté la chambre. Puis elle s'est réfugiée sur un banc dans la solitude du jardin. Elle éprouvait des sentiments très forts pour la première fois128. Raoul est venu la rejoindre et ils bavardaient jusqu'au soir. Ils étaient tout à fait changés. Pour dire “au revoir” Raoul a dit à Christine, en déposant un baiser correct sur sa main tremblante: «Mademoiselle, je ne vous oublierai jamais!» Et il regrattait après cette parole, car il savait bien que Christine Daaé ne pouvait pas être la femme du vicomte de Chagny.

Quant à Christine, elle a retrouvé son père et lui a dit: «Tu ne trouves pas que Raoul n'est plus aussi gentil qu'autrefois? Je ne l'aime plus!» Et elle a essayé de ne plus penser à lui. Elle s'est concentrée sur la musique. Ses progrès devenaient merveilleux. Ceux qui l'écoutaient lui prédisaient qu'elle allait être la première artiste du monde. Mais son père est mort, et elle a semblé avoir perdu avec lui sa voix, son âme et son génie. Elle suivait les classes du Conservatoire sans enthousiasme, mais pour faire plaisir à la vieille maman Valérius129, avec laquelle elle continuait de vivre. La première fois que Raoul a revu Christine à l'Opéra, il a été charmé par la beauté de la jeune fille et par l'évocation des douces images d'autrefois, mais il était plutôt étonné du côté négatif de son art. Elle semblait détachée de tout. Il revenait l'écouter. Il la suivait dans les coulisses. Il l'attendait derrière un portant. Il essayait d'attirer son attention130. Mais elle ne le voyait pas. Elle semblait ne voir personne. C'était l'indifférence qui passait. Raoul en souffrait, car elle était belle; il était timide et n'osait s'avouer à lui-même qu'il l'aimait. Et puis, la soirée de gala: les cieux déchirés, une voix d'ange…

Et puis, et puis, cette voix d'homme derrière la porte: «Il faut m'aimer!» et personne dans la loge…

Pourquoi avait-elle ri quand il lui avait dit: «Je suis le petit enfant qui a ramassé votre écharpe dans la mer»? Pourquoi ne l'avait-elle pas reconnu? Et pourquoi lui avait-elle écrit?

Pendant le temps qu'il marche son cœur bat très fort. La première personne qu'il aperçoit en entrant dans la vieille salle enfumée de l'auberge est la maman Tricard. Elle le reconnaît. Elle lui fait des compliments. Elle lui demande ce qui l'amène. Il rougit. La porte s'ouvre. Il est debout. Il ne s'est pas trompé: c'est elle! Il veut parler, il retombe. Elle reste devant lui souriante, nullement étonnée. Sa figure est fraîche et rose comme une fraise venue à l'ombre. Raoul et Christine se regardent longuement. Enfin Christine parle:

«Vous êtes venu et cela ne m'étonne point. On m'avait annoncé votre arrivée.

– Qui donc?» demande Raoul, en prenant dans ses mains la petite main de Christine.

«Mais, mon pauvre papa qui est mort.»

Il y a eu un silence entre les deux jeunes gens131.

Puis, Raoul reprend:

«Est-ce que votre papa vous a dit que je vous aimais, Christine, et que je ne puis vivre sans vous?»

Christine rougit. Elle dit, la voix tremblante:

«Moi? Vous êtes fou, mon ami.

– Ne riez pas, Christine, c'est très sérieux.

– J'ai vous fait venir ici. J'ai pensé que vous allez vous souvenir des jeux de notre enfance. Au fond, j'ai peut-être eu tort de vous écrire… Votre apparition l'autre soir dans ma loge, m'avait reporté loin dans le passé, et je vous ai écrit comme une petite fille que j'étais alors, qui serait heureuse de revoir, dans un moment de tristesse et de solitude, son petit camarade à côté d'elle… Je vous avais déjà aperçu plusieurs fois dans la loge de votre frère. Et puis aussi sur le plateau.

– Pourquoi avez-vous répondu comme si vous ne me connaissiez point? Il y avait quelqu'un dans cette loge qui vous gênait, Christine! quelqu'un à qui vous ne vouliez point montrer que vous pouviez vous intéresser à une autre personne qu'à lui!..

– Que dites-vous, monsieur?

– Je parle de quelqu'un à qui vous avez dit: «Je ne chante que pour vous! Je vous ai donné mon âme ce soir, et je suis morte!»

– Vous écoutiez donc derrière la porte?

– Oui! parce que je vous aime… Et j'ai tout entendu…

– Vous avez entendu quoi?» Et la jeune fille, redevenue étrangement calme, laisse le bras de Raoul.

«Il vous a dit: Il faut m'aimer!»

À ces mots Christine devient pâle, elle a l'air qu'elle va tomber132.

«Dites! dites encore! dites tout ce que vous avez entendu!»

Elle a commencé à pleurer et est sortie de la salle.

Triste et découragé Raoul est allé à la cimetière qui entourait l'église où Christine avait dit une messe pour le repos de l'âme133 du père Daaé. Il a prié pour Daaé et est allé vers la mer. C'était le soir, mais il ne sentait pas le froid. C'était là, à cette place, qu'il était venu souvent, à la tombée du jour, avec la petite Christine.

Raoul a remarqué un ombre. C'était elle. Christine voulait parler.

«Écoutez-moi, Raoul, j'ai décidé à vous dire quelque chose de grave, de très grave!»

Sa voix tremblait.

«Vous rappelez-vous, Raoul, la légende de l'Ange de la musique? Mon père est au ciel et, comme il avait promis, j'ai reçu la visite de l'Ange de la musique.

– Je n'en doute pas», a répliqué le jeune homme gravement. Il pensait que son amie mêlait le souvenir de son père à l'éclat de son dernier triomphe.

«Il vient dans ma loge et me donne ses leçons quotidiennes.»

«Dans votre loge? a répété Raoul comme un écho stupide.

– Oui, c'est là que je l'ai entendu et je n'ai pas été seule à l'entendre…

– Qui donc l'a entendu encore, Christine?

– Vous, mon ami.

– Moi? j'ai entendu l'Ange de la musique?

– Oui, l'autre soir, c'est lui qui parlait quand vous écoutiez derrière la porte de ma loge. C'est lui qui m'a dit: «Il faut m'aimer.» Mais je croyais bien être la seule à percevoir sa voix.134»

Raoul a commencé à rire.

«Pourquoi riez-vous? Je ne vous reconnais plus. Mais que croyez-vous donc? Si vous aviez ouvert la porte, vous auriez vu qu'il n'y avait personne!135

– C'est vrai! Quand vous avez été partie, j'ai ouvert cette porte et je n'ai trouvé personne dans la loge…

– Vous voyez bien… alors?»

Le vicomte a fait appel à tout son courage136.

«Alors, Christine, je pense qu'on se moque de vous!»

«Laissez-moi! laissez-moi!» a crié-elle et elle a disparu.

Raoul est revenu à l'auberge très découragé et très triste.

On lui a dit que Christine est chez elle, et elle n'allait pas descendre pour dîner. Après le repas Raoul a essayé de lire, puis, il a essayé de dormir. Que faisait Christine? Dormait-elle? Et si elle ne dormait point, à quoi pensait-elle? Et lui, à quoi pensait-il?

Ainsi les heures passaient très lentes; il pouvait être onze heures et demie de la nuit quand il a entendu les pas dans la chambre voisine de la sienne. C'était un pas léger, furtif. Le jeune homme s'est habillé très vite sans faire le moindre bruit137. Où allait Christine à cette heure? Il a ouvert un peu la porte et il a vu la forme blanche de Christine qui glissait dans le corridor et puis elle est sortie de la maison. Raoul est revenu vers la fenêtre.

M. le commissaire Mifroid quelques semaines plus tard, quand le drame de l'Opéra s'est développé, a interrogé le vicomte de Chagny sur les événements de la nuit de Perros, et voici quelques transcriptions du dossier d'enquête.

Demande. – Mlle Daaé ne vous avait pas vu descendre de votre chambre par le singulier chemin que vous aviez choisi?

Réponse. – Non, monsieur, non, non. Elle ne semblait point m'entendre et, de fait, elle agissait comme si je n'avais pas été là. Elle a quitté tranquillement le quai et puis, tout à coup, est remontée rapidement le chemin. L'horloge de l'église venait de sonner minuit moins un quart. Ainsi elle est arrivée à la porte du cimetière.

D. – La porte du cimetière était-elle ouverte?

R. – Oui, monsieur, et cela m'a surpris, mais n'a nullement étonner Mlle Daaé.

D. – Il n'y avait personne dans le cimetière?

R. – Je n'ai personne vu. La nuit était claire.

D. – On ne pouvait pas se cacher derrière les tombes?

R. – Non, monsieur. C'était très beau, très transparent et très froid. Je n'étais jamais allé la nuit dans les cimetières.

D. – Vous êtes superstitieux?

R. – Non, monsieur, je suis croyant.

D. – Dans quel état d'esprit étiez-vous?138

R. – Très sain et très tranquille. J'étais simplement étonné qu'elle ne m'a pas encore entendu marcher derrière elle, car la neige craquait sous mes pas. Mais sans doute elle était tout absorbée par sa pensée. J'ai décidé de ne la point troubler et, quand elle est arrivée à la tombe de son père, je suis resté à quelques pas derrière elle. Elle a commencé de prier. À ce moment, minuit est sonné. Après le douzième coup 'ai vu la jeune fille relever la tête; elle m'a paru en extase et elle a regardé à quelqu'un invisible, l'invisible qui nous jouait de la musique. Et quelle musique! Nous la connaissions déjà! Christine et moi l'avions déjà entendue en notre jeunesse. Mais jamais sur le violon du père Daaé. Je me suis rappelé ce que Christine venait de me dire de l'Ange de la musique. Oh! je me rappelais l'admirable mélodie. C'était la Résurrection de Lazare139, que le père Daaé nous jouait dans ses heures de tristesse et de foi. Daaé avait été enterré avec son violon et, en vérité, mon imagination ne pouvait pas s'arrêter. Mais la musique s'était fini et j'ai retrouvé mes sens. Il m'a semblé entendre du bruit du côté de la tombe.

D. – Ah! ah! vous avez entendu du bruit du côté de la tombe?

R. – Oui, il m'a paru que les têtes de morts ricanaient maintenant et je n'ai pu m'empêcher de frissonner.

D. – Vous n'avez point pensé tout de suite que derrière la tombe pouvait se cacher justement le musicien céleste qui venait de tant vous charmer?

R. – Je ne bougeais point, les yeux fixés vers la tombe, j'ai oublié de suivre Mlle Daaé qui est sortie du cimetière. Une tête de mort a roulé à mes pieds… puis une autre… puis une autre… J'ai vu un ombre qui a pénétré dans l'église. L'ombre avait un manteau. J'ai vu, monsieur le juge, comme je vous vois, une effroyable tête de mort qui regardait sur moi avec un regard où brûlaient les feux de l'enfer. J'ai pensé avoir affaire à Satan lui-même140 et je n'ai plus souvenir de rien jusqu'au moment où je me suis réveillé dans ma petite chambre de l'auberge du Soleil-Couchant.

1.comment il fut conduit à acquérir la certitude – как он пришел к уверенности
2.le fantôme de l'opéra a réellement existé – призрак оперы действительно существовал (a existé – форма законченного прошедшего времени (passé composé) – образуется с помощью глаголов avoir или être + причастие прошедшего времени (participe passé) нужного глагола
3.en chair et en os – из плоти и крови
4.bien qu'il se donnât toutes les apparences d'un vrai fantôme – хотя делал все, чтобы его считали настоящим привидением
5.Il ne serait point difficile – будет несложно
6.dont le corps fut trouvé sur la berge du lac qui s'étend dans les dessous de l'Opéra – тело которого было найдено на берегу озера, находящегося под зданием Оперы
7.j'avais passé – я провёл (форма предпрошедшего времени – plus-que-parfait – используется здесь из-за согласования времён)
8.ne comrenait rien – ничего не понимал (форма длительного прошедшего времени imparfait)
9.qui se passait à l'intérieur de «l'enveloppe magique» – получившей название «магический конверт»
10.je venais de quitter – я только что покинул… (форма недавнего прошедшего времени – passé immédiat – переводится с добавлением слов «только что», «недавно»)
11.auquel il m'a présenté allègrement – которому он меня с радостью представил
12.était au courant – был в курсе
13.j'avais en vain tenté de découvrir la retraite du juge d'instruction de la fameuse affaire – как тщетно я пытался узнать о местонахождении мирового судьи, расследовавшего знаменитое дело
14.Bien entendu – Конечно
15.Tout d'abord – Сначала
16.tout de suite – тут же, немедленно
17.reparlerons – форма простого будущего времени (future simple) глагола reparler, т. е. «снова заговорим»
18.à l'occasion de leur départ – по случаю их ухода
19.demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet – полдюжины танцовщиц кордебалета
20.«Petite bête!» – маленькая дурочка
21.tout de suite – тут же
22.conservé son sang-froid – сохранять хладнокровие
23.depuis quelques mois – вот уже несколько месяцев
24.du haut en bas – сверху донизу
25.Au fond – В сущности, по существу
26.chef machiniste – главный рабочий сцены
27.coup sur coup – один за одним
28.un tour de surveillance – обход
29.a hauteur de tête – на уровне головы
30.un fer à cheval – подкова
31.Voilà qui donne assez rapidement un aperçu de l'état d'âme de ces demoiselles – Это даёт представление о состоянии души этих девушек
32.il faut vous «remettre»! – Вы должны взять себя в руки!
33.Chut! M'man dit que le fantôme n'aime pas qu'on l'ennuie! – Цыц! Мама говорит, что призраку не нравится, когда ему надоедают!
34.Mais elles ne lui laissèrent point de repos – Но они не отставали (продолжали настаивать)
35.brûlait du désir – сгорала от желания
36.et pour sûr que Joseph Buquet a tort de s'occuper de choses qui ne le regardent pas – и конечно Жозеф Бюке зря суёт свой нос не в своё дело
37.ça lui portera malheur – это принесёт ему несчастье
38.chant des morts – песня смерти
39.La vérité est… – Правда в том…
40.Le temps que je mis à dégringoler l'escalier – За время, которое я потратил, чтобы спуститься с лестницы
41.le foyer de la danse – танцевальный зал
42.Elle semblait avoir rendu l'âme – Казалось, она отдала всю душу
43.Le comte de Chagny avait assisté, debout dans sa loge, à ce délire et s'y était mêlé par ses bravos éclatants – Граф Шаньи присутствовал, стоя в своей ложе, при этом восторге и выкрикивал громкие «браво»
44.L'amour seul est capable d'accomplir un pareil miracle – Только любовь может сотворить такое чудо
45.Saint-Cyr – Сен-Сир – военное училище, которое занимается подготовкой офицерских кадров для французской армии и жандармерии. Основано Наполеоном Бонапартом в 1802 году.
46.Il était dans les dans les premiers numéros – он был среди лучших
47.que cette femme se trouve mal – эта женщина дурно себя чувствует (сейчас упадёт в обморок)
48.dont la voix magique lui avait arraché le cœur – чей волшебный голос терзал его душу
49.avait peine à – выражение «avoir peine à» – с трудом что-либо делать
50.repris connaissance – выражение «reprendre connaissance» – прийти в сознание
51.il mit tout le monde à la porte – он выставил всех за дверь
52.la femme de chambre – горничная
53.il en avait le droit – у него было на это право
54.se mirent à rire – выражение «se mettre à rire» – начать смеяться
55.Allez-vous-en tous! – Все прочь!
56.Moi qui ne chante que pour vous! – Мне, которая пела только для вас! (выражение «ne… que» – переводится как «только»)
57.Vous devez être bien fatiguée – Должно быть вы очень устали
58.À sa grande stupéfaction – К своему большому удивлению
59.Et il fait craquer une allumette – И он зажег спичку
60.Qu'est-ce que c'est que ça? – Что это такое?
61.la cérémonie des adieux avait lieu – проходила прощальная церемония
62.à l'occasion de – по случаю
63.a brisé le sourire – стерла улыбку
64.les passe-partout – универсальных
65.de main en main – из рук в руки
66.Les amis de MM. Firmin Richard et Armand Moncharmin crurent que ce convive décharné était un intime de MM. Debienne et Poligny – Друзья Мушармена и Ришара думали, что этот бестелесный гость был близким другом Дебьенна и Полиньи
67.se mit tout à coup à parler – вдруг заговорил («se mettre à faire quelque chose» используется в значении «начать делатьчто-либо»)
68.La mort de ce pauvre Buquet n'est peut-être point si naturelle qu'on le croit – Смерть этого бедного Бюкэ возможно не так уж и естественна как можно сперва подумать
69.Richard hochait la tête – Ришар покачал головой
70.«pouffer» à la barbe – усмехаться в лицо
71.cahier des charges – инструкция
72.Sur ce dernier coup – в этот момент
73.il me semble que vous êtes bien bons avec ce fantôme – Кажется, вы хорошо ладите с этим призраком
74.Si j'avais un fantôme aussi gênant que ça, je n'hésiterais pas à le faire arrêter – Если бы я имел такое беспокойное привидение, я бы не колеблясь приказал арестовать его
75.est allé tout droit – отправился прямиком
76.un musicien distingué – выдающийся музыкант
77.la musique de chambre – камерная музыка
78.un fort mauvais caractère – скверный характер
79.s'il y avait farce – la farce n'était point terminée – если это был розыгрыш, он еще совсем не закончился
80.qui portaient la mention «personnelle» – с пометкой «личное»
81.a attiré tout de suite l'attention – сразу привлекло внимание
82.je vous demande pardon de venir vous troubler – мне жаль затруднять вас
83.dont le génie est certain – чей Гений не оспорим
84.Je vous prierai – прошу
85.vous êtes au courant de – вы осведомлены о
86.par conséquent – следовательно
87.Sous le bénéfice de ces petites observations, veuillez me considérer, mon cher directeur, comme votre très humble et très obéissant serviteur. – Исходя из этих небольших замечаний, пожалуйста, считайте меня, мой дорогой директор, вашим очень смиренным и очень послушным слугой.
88.venait d'entrer – только вошел
89.As-tu vu comme ils nous traitent à propos de – ты видел как они обращаются с нами из-за
90.Il faut quand même être polis! – Надо хотя бы оставаться вежливыми!
91.Ils n'ont donc plus rien à faire? – Им что заняться нечем?
92.ils ont l'air de s'intéresser beaucoup – кажется они очень интересовались
93.trouvaient le spectacle à leur goût – пришелся ли спектакль по вкусу
94.d'une part – с одной стороны
95.D'autre parе – С другой стороны
96.Veuillez agréer – Примите
97.J'ai été dans la nécessité – Я был вынужден
98.Qu'on fasse venir l'inspecteur – Приведите сюда инспектора
99.je vous le jure – клянусь вам
100.et c'est ce qui prouve bien que tout cela n'est qu'une plaisanterie – это доказывает, что это не более чем чья-то шутка
101.Tant pis – Тем хуже
102.Parce que je vais faire régler leur compte à tous ceux qui ne l'ont pas vu! – Потому что я заставлю всех, кто его не видел, заплатить.
103.J'aime qu'on fasse son service, moi! – Я люблю, когда работа выполняется!
104.Par les soins de M. Rémy – благодаря Реми
105.à deux pas – в двух шагах
106.Julie ne refuserait pas un baiser à Isidore – Жюли не отказала бы Исидору в поцелуе
107.a distribué une paire de gifles – влепил пару пощечин
108.instruit par l'expérience – наученный опытом
109.Il était plus pâle qu'un mort! – Он был бледен как мертвец!
110.régler le compte – рассчитаться (уволить)
111.qu'il fallait faire un petit tour du côté de la loge n° 5 – стоило наведаться в ложу номер 5
112.Nous les y suivrons bientôt. – Мы вскоре преследуем за ними.
113.en vain – тщетно
114.conduite par un devoir sacré – ведомая священным долгом
115.au pied du coteau – у подножия холма
116.goût à la vie – вкус к жизни
117.Tout le long du voyage – Всю дорогу
118.Ce ne pouvait être que Christine. – Это могла быть только Кристина.
119.Il l'aimait à en étouffer. – Он любил ее до смерти.
120.Au fur et à mesure – По мере
121.de foire en foire – от ярмарки к ярмарке
122.le premier violoneux du monde – лучший в мире скрипач
123.Le père Daaé reprenait des forces à l'été – Отец Даэ набирал силы к лету
124.Ne vous dérangez pas – Не беспокойтесь
125.comme s'il craignait de faire peur aux fantômes – как будто боясь напугать призраками
126.Quand je serai au ciel, je te l'enverrai, je te le promets! Quand je serai au ciel, je te l'enverrai, je te le promets! – Когда я буду на небесах, я отправлю его тебе! Я обещаю!
127.à tout hasard – случайно
128.Elle éprouvait des sentiments très forts pour la première fois – она впервые испытывала такие сильные чувства
129.Elle suivait les classes du Conservatoire sans enthousiasme, mais pour faire plaisir à la vieille maman Valérius – Она посещала занятия в консерватории без энтузиазма, а чтобы сделать приятно Старушке Валериус
130.d'attirer son attention – привлечь ее внимание
131.Il y a eu un silence entre les deux jeunes gens – Между молодыми людьми возникла тишина
132.elle a l'air qu'elle va tomber – кажется она вот вот упадет
133.pour le repos de l'âme – за упокой души
134.Mais je croyais bien être la seule à percevoir sa voix. – Но я думала, что я единственная кто слышит его голос.
135.Si vous aviez ouvert la porte, vous auriez vu qu'il n'y avait personne! – Если бы вы открыли дверь, вы бы увидели, что там никого не было! (conditionnel passé)
136.Le vicomte a fait appel à tout son courage – Виконт призвал все свое мужество
137.sans faire le moindre bruit – без малейшего шума
138.Dans quel état d'esprit étiez-vous? – В каком настроении вы были?
139.la Résurrection de Lazare – «Воскрешение Лазаря» (1897) – 3-я часть оратории итальянского композитора Лоренцо Перози
140.J'ai pensé avoir affaire à Satan lui-même – Я подумал, что имею дело с самим Сатаной

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