Kitabı oku: «Sophonisba»
Giovanni Giorgio Trissino
Sophonisba
Tragedie tresexcellente, tant pour l'argument, que pour le poly langage et graves sentences dont elle est ornée

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066082871
Table des matières
Gilles Corrozet au Lecteur.
Advertissement.
Les personnages de la Tragedie.
Sophonisba.
Premiere intermedie.
Seconde Intermedie.
Histoire servant d'argument à ceste Tragedie.
Troisiesme Intermedie
Autre partie de l'argument de ceste Tragedie.
Raisons de Scipion contre Masinissa.
Quatriesme Intermedie.
Gilles Corrozet au Lecteur.
Table des matières
Il n'est besoin, lecteur, que je te recommande beaucoup le petit œuvre present, par ce que l'authorité, sçavoir, noblesse, et experience de ceulx qui l'ont mis en François (et avec grande pompe et digne appareil ont representé les mesmes personnages de la tragedie, devant la majesté Roialle, en sa ville de Blois) sont tressuffisans tesmoignages de la beauté et elegance de la matiere: laquelle de soymesme se descœuvre ornée des parties de bien parler, parer des affections, et passions tragiques, et enrichie de sentences graves et moralles, demonstrantes l'instabilité de fortune, et la varieté de la vie humaine: sur l'exemple de la Royne Sophonisba laquelle pour ne venir captive en la puissance des Romains eleut plustost la mort par poison que la conservation de sa vie.
Advertissement.
Table des matières
Intermedie, signifie pause, à la manierre de France: ou Scene selon les Latins.
Les personnages de la Tragedie.
Table des matières
Sophonisba Royne, Fille d'Asdrubal.
Herminia dame de chambre.
Assemblee de Dames, que les Latins nomment Chorus.
Premier Soldat.
Second Soldat.
Masinissa Roy des Massiliens.
Lelius Capitaine Romain.
Caton Consul Romain.
Scipion chef, ou lieutenant general des Romains en Afrique.
Siphax Roy de Numidie.
Premier Gentil homme de la Royne.
Second Gentil homme.
Femme premiere de la Royne.
Femme seconde.
Femme troisiesme.
Sophonisba.
Table des matières
Dequoy puis-je la [un mot illisible] tenir propoz sinon de ce que jour et nuict tourmente ma pensée? et quel moyen ay-je de donner à mon triste cueur aucun alegement de l'infinie douleur qui le tient opprimé, Si ce n'est en la manifestant? Et si je la doy dire, a qui puis-je avec plus de fiance descouvrir qu'a vous Herminia?
Herminia.
Madame vous ne vous sauriez adresser à personne qui plus que moy vous porte d'obeissance et d'amour, ny qui plus vivement sente voz ennuiz. Qui par dignité m'estes royne et maistresse, Et par affection et bonté m'avez tousjours tenue en lieu de sœur: De sorte que vous povez seurement descharger vostre cueur, et me dire ce qu'il vous plaira.
Sopho.
Je ne fay point de doubte, et vous ay tousjours trouvée fidelle des que vous feustes contante en noz premiers ans de venir avec moy, en nostre Cité de Cirte, plus pour l'amour que vous me portiez, que pour consideration de parenté, ne d'affinité que vous eussiez. Et pource Herminia je veulx librement et au long parler à vous comme à moymesmes. Et vous souvient bien du temps que Hasdrubal mon pere passa en Hespaigne pour faire teste aux Romains qui la travailloient: et de la prosperité qu'il y eut au commancement. Et comme la fortune se tournant bien tost apres, le contraignit de s'en retirer avec sept gaillaires seullement. Et venir trouver Siphax Roy de Numidie.
Herminia.
Il me souvient, ma dame, que le jour mesmes qu'il revint, arriva aussy Scipion chef de larmée des Romains, lequel l'avoit vaincu. Et diligenta de praticquer le Roy Siphax qui tost apres entra en ligue avec luy.
Sophonisba.
Il est ainsy. Or ceste ligue despleut beaucoup aux nostres. Et pour la rompre, et regaigner Siphax, Ilz me donnerent à luy en mariaige, sans avoir esgard à l'accord que mon pere avoit faict de moy à Masinisa Roy des Massiliens, lequel s'offença tellement de ce change, Qu'onques puis il ne cessa d'estre de Siphax. Et de tout le pais, mortel ennemy.
Herminia.
Et ce fut ma dame, lors que vous vintes, et je vous accompaignay en ce Roiaulme, et en ceste vostre ville de Cirte.
Sophonisba.
Mais bien tost se tourna la douceur de tant d'honneur et de grandeur en tres amere vie pour moy. Car peu de jours apres, Scipion retournant en Africque et trouvant mon pere Hasdrubal, et mon mary en armes, les rompit. La fut le commancement de noz travaulx, pour lesquelz accroistre, la fortune voulut que l'armee qu'ilz avoient assez promptement remis sus, fust de nouveau deffaicte. Qui a esté cause que Massinissa avec l'ayde des Romains, ait recouvert son roiaulme que nous tenions, dequoy le Roy mon mary grandement indigné assemblant ses forces, est allé essaier de le reconquerir, et ay esté advertie par le courrier qui est venu ceste nuict, que aujourdhuy se doibt donner une bataille, dont je suis en passion, qui ne se peult dire, craignant une ruyne telle que nous ne puissions plus lever la teste. Car si les vieulx Soldatz fraiz et entiers ne peuvent resister a l'effort de telz ennemys, Que feront les nouveaulx desja las et rompuz? Et ce qui m'espouvente encores plus, est un songe que j'ay faict un peu avant le jour. Il me semble que j'estois en une forest obscure entournee de chiens et de paysans qui tenoient le Roy prins, et le mal menoient, dont craignant qu'il ne me feissent de mesme, me tournay devers un bergier, luy priant qu'il me deffendist d'eulx. Et me sembla qu'il eut pitié de moy: Et qu'il entreprint de me garder. Mais voians les chiens comme enragez l'abbaier de tous costez, et craignant qu'ilz ne me dechirassent entre ses braz, il me monstra une caverne, et me dit que puis qu'il ne me pouvoit sauver je me sauvasse moymesme la dedans. Et que lon ne m'y sçauroit mal faire. J'y entray: et lors disparut le songe, qui m'a laissée toute pensive et confuse.
Herminia.
L'occasion de vostre soucy certainement n'est pas petite, mais il me semble que vous imaginez une trop grande ruine. La fortune est inconstante: Et ne peult si longuement durer favorable à un party: doncq, ma dame, esperez mieulx, et laissez ceste aprehension, qui vous aflige avant le temps.
Sophonisba.
O que vous estes heureuse, Herminia, heureuse en ceste tranquilité d'estat, sans aulcune grandeur? Combien a moins de felicité la condition de ceulx a qui il n'est permis de faire sinon ce qui est convenable a leur supreme degré?
Herminia.
Si consiste toutesfois la gloire et reputation que le monde estime le plus, en la haulteur de ceste fortune.
Sophonisba.
Oy bien, mais elle est incertaine et doubteuse, et tousjours acompaignée d'ennuiz, importunitez, souspeçons, trahisons, guerres, et peines qui ne se peuvent estimer.
Herminia.
Oh ceste vie presente ne peult passer sans quelque incommodité, et en a l'un plus et l'autre moins, selon qu'il plaist à Dieu distribuer les biens et les maulx: mais si vous devéz vous r'amentevoir que cest euvre de magnanime de courage, d'entreprendre les grandes choses, et en esperer bien, et puis supporter vertueusement ce qui en peult advenir.
Sophonisba.
Je congnois assez qu'il se debvroit ainsy faire comme vous dites, mais la force de ma douleur lie mes sens de telle sorte qu'ilz ne peuvent obeyr à raison: Tellement que si le ciel pitoiable ne prent mon affaire en protection, je me veoy conduicte au but, oultre lequel les corps n'ont plus de vie.
Herminia.
Retournons doncques, ma dame, du tout noz esperitz vers celuy qui le tout gouverne. Et le supplions de nous conserver, et faire tourner sur noz ennemys le mal present, et la peur de l'avenir.
Sophonisba.
Ce conseil me plaist bien, car Dieu seul nous peult donner la paix sur tous biens desirée.
Premiere intermedie.
Table des matières
Assemblee de dames.
Que doy-je dire ou faire? Oseray-je appeller
Quelqu'une de leans, pour soudain s'en aller
Advertir Sophonisba, en ceste extremité
De leffroy qui sespend par toute la cité?
Pource qu'on veoit desja les bandes et cohortes,
Des ennemys, courir jusques devant les portes?
Attendray-je plustost qu'autre le luy revelle
Que de l'importuner de si dure nouvelle
Veu que ce qui desplaist ne se peult tant suspendre
Qu'on ne panse venir assez tost a l'entendre?
Ha, il vault mieulx laisser ses respectz, et ne craindre,
Car pour estre ignoré un malheur n'est pas moindre.
Et bien que pour un temps l'esprit ait quelque treve,
Si en sent il apres impression plus grieve:
Ayant nourry le mal, et tardé le secours,
Dont les biens prolongez semblent apres plus cours:
Car comme oisiveté, peine et travail aporte,
Ce plaisir donne apres ennuy de mesme sorte.
O decevant espoir, illusion, et songe,
Qui nous vient en veillant, et nous paist de mensonge,
Combien fasche aux mortelz de vous l'esloignement,
Qui sans vous vivroient mieulx, et plus heureusement.
Sans vous, O vain espoir, nostre jeune princesse
Seroit, peult estre, encor ches son pere en liesse,
Quite d'ambition, de sceptre, et de couronne,
Et du mal qui desja de bien pres l'environne.
O pauvre Sophonisba, O divine beaulté,
O doulceur assemblée à haulte roiaulté,
Combien luy seroit grief servir estrange prince,
Venant de donner loix à si grande province?
O Dieu, ne permectz poinct que ce malheur advienne,
Et de bonte si rare et vertu te souvienne,
Qui te doibt estre chere, et l'est comme je croy,
Si chose de ce monde eut oncq faveur de toy.
Mais voicy arriver un courrier, qui à peine
Pour avoir travaillé, peult avoir son alleine.
Premier Soldat.
Mes Dames.
Dames.
Que cherches-tu? quoy? ne sonnes tu mot?
Premier Sol.
O mon Dieu l'aleine me fault, je ne puis parler.
Dames.
Cestuy cy me remplit d'une crainte nouvelle.
Premier Sol.
Dites moy ou trouueray-je la Royne?
Dames.
Je la veoy sortir hors du chasteau bien a point.
Mais dys nous d'ou tu viens s'il ne te fasche point.
Et d'ou vient cest effroy, que tu sembles avoir.
Premier Sol.
Du camp helas, non plus camp, mais desconfiture.
Sophonisba.
Aiez de m'appeller soing, si tost que Herminia aura achevé ce qu'elle appareille pour offrir au temple, peult estre auray-je ce pendant quelque nouvelles du Roy.
Premier Sol.
He Dieu, de trop mauvaises en entendrez vous.
Dames.
Escoutons le propos de ce nouveau venu,
Car il doibt mieulx sçavoir le tout par le menu,
Que nous, qui n'entendons les choses que confuses
Premier Sol.
Ma dame, je vous aporte à mon grant regret, de tres mauvaises nouvelles.
Sophonisba.
O triste commencement, le Roy est il vif?
Premier Sol.
Il n'est point mort, et si ne le puis dire estre vivant.
Sophonisba.
Comment est il blessé? Ou le camp est il rompu?
Premier Sol.
Le camp est rompu, et luy n'est point blessé, mais pris.
Sophonisba.
Il est pris? o malencontre! o moy defortunée! Cestuy cy est le jour, le jour qui m'a ruinée de fond en comble. Mais comme alla le tout? et comment fut la prinse.
Esvanouissement.
Premier Sol.
Ce matin à l'aube du jour aucuns des nostres estoient allez dresser une escarmouche, lesquelz mis en fuitte par les Romains, et puis soustenus des nostres, vindrent si bien aux mains, que se renforceant les trouppes d'une part et d'aultre, la bataille s'en est ensuivie. Et avoyent noz gens de cheval d'entrée si bien faict, que les ennemys s'en alloient en route, n'eust esté que quelques enseignes de leurs gens de pied se vindrent mesler parmy noz gens d'armes, qui en furent un peu arrestez. Et ce pendant marcherent leurs legions, et les vindrent charger, de sorte qu'ilz prindrent la fuitte. Ce que voiant le Roy s'avança et donna dans les Romains pour veoir, si ou de honte, de le veoir mieulx faire qu'eulx, ou de peur de le laisser en danger, les siens retourneroient au combat. Mais ce fut en vain, car il demoura si chargé et environné des ennemys, que son cheval fut tué soubz luy, dont à vive force il fut amené prisonnier, avec aucuns des siens: et la reste n'à tasché qu'a se sauver, en tel effroy, que nous avons eu prou d'affaire à gaigner la ville, sentant les Romains nous chasser de pres, tant qu'a peine avons eu loisir de lever le pont, et fermer les portes.
Sophonisba.
O moy desolée! Je voy la fin de cest Empire.
Dames.
Las combien de pitié me fais tu, doulce dame.
Sophonisba.
O fortuné Syphax, ou es tu maintenant? et es mains de qui suis-je demourée?
Dames.
Quel cueur est si cruel qui voyant en telz termes
Ceste princesse cy, peust contenir les larmes?
Sophonisba.
O malheureuse haultesse, a quel abisme m'as tu conduicte?
Dames.
Trop juste occasion vous meut à larmoyer.
Sophonisba.
Las à qui appartient-il de pleurer, qu'a moy? qui en peu de temps veoy toute ma felicité tumbée en extreme decadence, et ma joie en perpetuelle douleur, O fussé-je morte au berceau? Car il renaist qui peult mourir à temps.
Dames.
Bien devriez vous pleurer, ma dame, incessament,
Si le pleur vous pouvoit donner allegement:
Mais si la peine en croist, il vault mieulx le laisser.
Sophonisba.
O Hasdrubal? O cher pere? quelle vous semblera la perte que je fay de cest estat, auquel contre vostre jugement et volonté je fuz eslevée. Comme m'a deceu la flateresse esperance. La joye que je m'estois promise en fin de vous donner de cest avantageux mariage, sera que vous me verrez en continuel tourment: sera que je seray desnuée de toute grandeur, et esloignée du pays de ma naissance: Qu'il me fauldra passer la mer, devenir esclave: et servir à la superbe nation, naturelle ennemye de la mienne, non, non, vous n'entendrez point telles nouvelles de moy, vous orrez plus tost dire que je seray morte que serve.
Dames.
Mon Dieu, madame, helas qu'avez vous dict?
Sophonisba.
Que plus tost je me determine de mourir que vivre esclave des Romains.
Dames.
Il faict bon s'exempter de si cruelles mains.
Mais non point par la mort, car la mort est le mal
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.