Kitabı oku: «Le fils du Soleil», sayfa 4

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–-Déjà! s'écria celui-ci. Oh! pas un instant à perdre! mon cheval, vite!

–-Que se passe-t-il donc? lui demanda Pincheira.

–-Rien qui vous intéresse, mon ami. Ce soir, à la passée du Guanaco, vous saurez tout.

–-Vous partez ainsi seul?

–-Il le faut. A ce soir.

Le cheval de Neham-Outah hennit et partit comme un éclair.

Dix minutes plus tard, tous les Indiens avaient disparus, et autour de l'arbre de Gualichu régnaient la solitude et le silence.

VII.–LES COUGOUARS

La conversation de don Luis Munoz avec don José Diaz se prolongea fort avant dans la nuit. Dona Linda s'était retirée dans sa chambre.

–-Merci, José, mon ami! dit don Luis en finissant. Ce don Juan Perez n'a jamais plu à ma fille ni à moi; ses façons mystérieuses et l'air de son visage repoussent l'affection et inspirent la méfiance.

–-Que comptez-vous faire? demanda le capataz.

–-Je suis fort embarrassé; comment lui fermer ma porte? Quel prétexte aurais-je?

–-Non Dieu! dit José, peut-être nous effrayons-nous trop vite. Ce gentilhomme est sans doute, ni plus ni moins, qu'un amoureux fantasque. Dona Linda est dans l'âge d'aimer, et sa beauté attire don Juan. Vous n'en voulez pas pour gendre, rien de mieux; mais l'amour est, dit-on, une étrange chose, et, un jour ou l'autre…

–-J'ai des intentions sur ma fille.

–-C'est différent. J'y songe, ce cavalier ténébreux, qui sait? ne serait-il pas un agent secret du général Oribe, qui guetterait le Carmen, pour être à peu de distance de Buenos-Ayres? C'est, je crois, la vérité; ces recommandations aux gauchos, ces absences inattendues dont on ignore le but, ce n'est que la politique, et don Juan est tout simplement un conspirateur.

–-Pas davantage. Veillez sur lui.

–-En cas d'attaque et de prise d'armes du général Oribe, mettons-nous en sûreté. L'estancia de San-Julian est voisine du fort San-José et de la mer; allons-y dès le point du jour. Là, loin du danger, nous attendrons l'issue de ces machinations, d'autant plus en sûreté qu'un navire, mouillé en face de l'estancia, sera à mes ordres et nous conduira à la moindre alerte, à Buenos-Ayres.

–-Cette combination rompt toutes les difficultés; à la campagne vous n'aurez plus l'ennui des visites de don Juan.

–-Caramba! tu as raison, et je vais ordonner les préparatifs du départ. Ne t'éloigne pas; j'ai besoin de ton aide. Tu viens avec nous.

Don Luis se hâta de réveiller les domestiques et les peones (serviteurs indiens civilisés) qui dormaient à double paupière. On emballa les objets précieux.

Aux premières lueurs de l'aube, qui fut étonné? Ce fut dona Linda, quand une jeune mulâtresse, sa camériste, lui apprit la résolution subite de son père. Dona Linda, sans faire une seule observation, s'habilla et serra ses bagages.

Vers huit heures du matin, José Diaz que son frère de lait avait envoyé avec une lettre au capitaine de sa goëlette appareillée devant le Carmen et chargée de marchandises brésiliennes, rentra dans l'habitation et annonça que le capitaine allait mettre à la voile et serait le soir même ancré devant San-Julian.

La cour de la maison ressemblait à une hôtellerie. Quinze mules, pliant sous les ballots, piétinaient impatientes de partir, pendant qu'on disposait le palanquin de voyage pour dona Linda. Une quarantaine de chevaux harnachés, réservés aux domestiques, étaient attachés dans les anneaux scellés dans le mur. Quatre ou cinq mules devaient servir de montures aux servantes de la jeune fille, et deux esclaves noirs tenaient en main deux superbes coureurs qui piaffaient et rongeaient leurs freins d'argent en attendant leurs cavaliers, don Luis et son capataz. C'était un tohu-bohu, un vacarme assourdissant de cris, de rires et de hennissements. Dans la rue, la foule, où étaient mêlés Mato et Chillito, regardait avec curiosité ce départ, glosant et commentant, étonnée que don Luis choisit pour séjourner à la campagne une époque aussi avancée de l'année.

Chillito et Mato s'esquivèrent.

Enfin, vers huit heures et demie du matin, au milieu du silence, les arrieros (conducteurs de mules) se placèrent à la tête de leurs mules; les domestiques se mirent en selle, armés jusqu'aux dents, et dona Linda, vêtue d'un charmant costume de voyage, descendit du perron de la maison et se glissa, rieuse et légère, dans la palanquin, où elle se pelotonna comme un bengali dans un nid de feuilles roses.

Sur un signe du capataz, les mules, attachées à la queue les unes des autres défilèrent. Don Luis se tourna vers un vieux nègre qui, le chapeau à la main, se tenait respectueusement près de lui.

–-Adieu, tio Lucas, lui dit-il je te confie la maison; je te laisse Mono et Quinto.

–-Votre Seigneurie peut compter sur ma vigilance, répondit le vieillard. Que Dieu bénisse Votre Seigneurie, ainsi que la nina (demoiselle). J'aurai bien soin de ses oiseaux.

–-Merci, tio Lucas, dit le jeune fille en se penchant hors du palanquin.

La cour était déjà vide. Le vieux nègre d'inclina, content des éloges de ses maîtres.

L'orage de la nuit avait entièrement balayé le ciel qui était d'un bleu mat; le soleil, déjà assez haut sur l'horizon, répandant à profusion ses chauds rayons, tamisés par les vapeurs odoriférantes du sol; l'atmosphère était d'une transparence inouïe; un léger souffle de vent rafraîchissait l'air, et des troupes d'oiseaux, brillants de mille couleurs, voletaient çà et là. Les mules, qui suivaient le grelot de la yegua madrina (la jument marraine), trottaient aux chansons des arrieros. La caravane marchait gaiement à travers les sables de la plaine, soulevant la poussière autour d'elle, et ondulant, comme un long serpent, dans les détours sans fin de la route. A l'avant-garde, José Diaz commandait dix domestiques qui exploraient les environs, surveillaient les buissons et les dunes mouvantes. Don Luis, un cigare à la bouche, causait avec sa fille. Sur les derrières, vingt hommes résolus fermaient la marche et protégeaient le convoi.

Dans les plaines de la Patagonie, un voyage de quatre heures, comme celui du Carmen à l'estancia de San-Julian, exige autant de précautions que chez nous un voyage de deux cents lieues: les ennemis sont partout embusqués et prêts au pillage et au meurtre, et il faut se mettre en garde contre les gauchos, les Indiens et les bêtes fauves.

Depuis longtemps déjà les blanches maisons du Carmen avaient disparu derrière les plis sans nombres du terrain, lorsque le capataz, quittant la tête de la caravane, accourut au galop auprès du palanquin.

–-Quoi de nouveau? demanda don Luis.

–-Rien, répliqua José. Cependant, Seigneurie, regardez, continua-t-il en étendant le bras dans la direction du Sud-Ouest.

–-C'est un feu.

–-Tournez maintenant vos yeux vers l'Est-Sud-Est.

–-C'est un autre feu. Qui diable a allumé ces feux sur ces pointes escarpées et dans quel but?

–-Je vais vous le dire. Cette pointe est la falaise des Urubus.

–-En effet.

–-Celle-ci est la falaise de San-Xavier.

–-Eh bien?

–-Eh bien! comme un feu ne s'allume pas de lui-même, comme il y a quarante degrés de chaleur, comme…

–-Tu en conclus?

–-J'en conclus que ces feux ont été allumés par les gauchos de don Juan et que ce sont des signaux.

–-Tiens! tiens! tiens! mon ami, c'est très-logique, et tu as peut-être raison. Mais, que nous importe?

–-Par ces signaux, don Juan Perez apprend que don Luis Munoz et sa fille dona Linda ont quitté le Carmen.

–-Tu m'avais parlé de cela, je crois? Je me moque que don Juan connaisse mon départ.

Un cri soudain se fit entendre, et les mules s'arrêtèrent sur leurs jarrets tremblants.

–-Que se passe-t-il là-bas? demanda José.

–-Un cougouar! un cougouar! crièrent les arrieros épouvantés.

–-Canario! c'est vrai, dit le capataz; seulement, il n'y en a pas un, mais deux.

A deux cents mètres à peu près, en avant de la caravane, deux cougouars (le felis discolor de Linnée, ou lion d'Amérique) se tenaient en arrêt, l'oeil fixé sur les mules. Ces animaux, jeunes encore, étaient de la grosseur d'un veau; leur tête ressemblait beaucoup à celle d'un chat, et leur robe, douce et lisse, d'un fauve argenté, était mouchetée de noir.

–-Allons! s'écria don Luis; découplez les chiens, et en chasse!

–-En chasse! répéta le capataz.

On délia une douzaine de molosses qui, aux approches du lion, hurlaient tous ensemble. On rassembla les mules, on forma un grand cercle au centre duquel fut placé le palanquin. Dix domestiques eurent la garde de dona Linda; don Luis resta auprès d'elle pour la rassurer.

Chevaux, cavaliers et chiens se ruèrent à l'envi sur les bêtes féroces avec des hurlements, des cris et des aboiements capables d'effrayer des lions novices. Les nobles bêtes, immobiles, flagellaient leurs flancs de leur forte queue et aspiraient l'air à pleins poumons, puis elles s'élancèrent et se mirent à fuir en bondissant. Une partie des chasseurs avaient couru en ligne droite pour leur couper la retraite, tandis que d'autres, penchés sur leurs selles et gouvernant leurs chevaux avec le genou, brandissaient leurs terribles bolas et les lançaient de toutes leurs forces sans arrêter les cougouars qui, furieux, se retournaient contre les chiens et les envoyaient à dix pas d'eux glapir de douleur. Cependant les molosses, habitués de longue main à cette chasse, épiaient l'occasion favorable, se jetaient sur le dos des lions et enfonçaient les dents dans leur chair, mais ceux-ci, d'un coup de leur griffe meurtrière, les balayaient comme des mouches et reprenaient leur cours effarée.

L'un d'eux, entravé par les bolas, entouré de chiens, roula sur le sol en faisant voler le sable sous sa griffe crispée et en poussant un hurlement effroyable. Don Luis l'acheva par une balle qu'il lui planta dans l'oeil.

Restait le second cougouar qui était encore sans blessure et qui, par ses bonds, déroutait l'attaque et l'adresse des chasseurs. Les molosses, fatigués, n'osaient l'approcher. Sa fuite l'avait conduit à quelque pas de la caravane; tout à coup il se détourna sur la droite, sauta par-dessus les mules et tomba en arrêt devant le palanquin. Dona Linda, pâle comme une morte, l'oeil éteint, joignit instinctivement les mains, recommanda son âme à Dieu et s'évanouit.

Au moment où le lion allait se précipiter sur la jeune fille, deux coups de feule frappèrent en plein poitrail. Il fit volte-face devant son nouvel adversaire, qui n'était autre que le brave capataz, et qui, les pieds écartés et fortement appuyés sur le sol, le fusil à l'épaule, immobile comme un bloc de pierre, l'oeil fixé sur le lion, attendait le monstre. Le cougouar hésita, lança un dernier regard sur sa proie gisante dans le palanquin et s'élança en rugissant sur José, qui lâcha de nouveau la détente. Le quadrupède se tordit sur le sable; le capataz, son machete en main, courut vers lui. L'homme et le lion roulèrent ensemble, mais bientôt un seul des combattants se releva, ce fut l'homme.

Dona Linda était sauvée. Son père la serra avec joie contre sa poitrine; elle rouvrit enfin les yeux, et, sachant à quel dévouement elle devait la vie, elle tendit la main à don José.

–-Je ne compte plus les fois que, mon père et moi, vous nous avez sauvés.

–-Oh! senorita! répondit le digne homme en lui baisant le bout des doigts.

–-Tu es mon frère de lait, et je ne puis m'acquitter envers toi que par une amitié éternelle, dit don Luis. Vous autres, ajouta-t-il en se tournant vers les domestiques, prenez les peaux des lions. Linda, devenus tapis, ils ne t'effraieront plus j'imagine.

Personne n'égale l'habilité d'un Hispano-Américain pour écorcher les animaux; en un instant, les deux lions, au-dessus desquels déjà planaient et tournoyaient les urubus et les vautours des Andes, furent dépouillés de leurs peaux. L'ordre se rétablit dans la caravane, qui se remit en route, et une heure après arriva à l'estancia de San-Julian, où elle fut reçue par le Pavito et tous les peones de l'habitation.

VIII.–LES BOMBEROS

Les bomberos, accompagnés de Maria, s'enfoncèrent dans le désert. Leur course dura quatre heures et les conduisit sur les bords du Rio-Négro, dans une de ces charmants oasis créées par le limon du fleuve et semée de bouquets de saules, de nopals, de palmiers, de chirimoyas, de citronniers et de jasmins en fleurs, dans les branches desquels un peuple d'oiseaux variés de plumage et de voix gazouillaient à plein gosier.

Sanchez saisit Maria dans ses bras robustes, l'enleva de dessus sa selle et la posa doucement sur le gazon. Les chevaux se mirent à brouter en paix les jeunes pousses des arbres.

–-Voyons, comment as-tu retrouvé notre soeur? dit Simon.

Le frère aîné, comme s'il n'eût pas entendu, ne répondit pas, et, les yeux fixés sur la jeune fille, il écoutait chanter en lui une voix intérieure; il croyait revoir le portrait vivant de sa mère, et il se disait tout bas:

–-Même regard doux et tendre à la fois! même sourire empreint de bonté! Pauvre mère! pauvre soeur. Maria, fit-il à haute voix, te rappelle-tu bien tes grands frères qui t'aimaient tant?

–-Ah çà! s'écria Julian en frappant du pied avec mauvaise humeur, ce n'est pas juste cela, frère; tu nous tiens là le bec dans l'eau comme une volée de canards et tu confisques à ton profit les gentillesses de cette enfant. Si elle est réellement notre Maria tant regretté, parle, caraï! Nous avons autant que toi le droit de l'embrasser, et nous en mourons d'envie.

–-Vous avez raison, répondit Sanchez; pardon frères: la joie rend égoïste. Oui, c'est notre chère petite soeur, embrassez la.

Les bomberos ne se le firent pas répéter, et sans demander la moindre explication à Sanchez, ils se disputaient à qui la dévorerait de caresses. La jeune fille émue, et que les Indiens n'avaient point accoutumée à de pareils bonheurs, se laissait aller à l'ivresse de la joie. Pendant qu'ils se livraient à leurs transports, Sanchez avait allumé du feu et préparé un repas substantiel composé de fruits et d'une cuisse de guanaco. On s'assit, on mangea de bon appétit. Sanchez raconta ses aventures à l'arbre de Gualichu, sans omettre un seul détail. Son récit dura longtemps, parfois interrompu par les jeunes gens qui riaient de tout leur coeur des péripéties tragi-comiques de la scène entre le matchi et Gualichu.

–-Sais-tu, lui dit Quinto, tu as été un dieu.

–-Un dieu qui a bien failli devenir immortel plus tôt qu'il n'aurait voulu, répliqua Sanchez car je sens que j'aime la vie depuis que j'ai retrouvé la chica. Enfin, la voilà! bien fin qui viendra la reprendre. Cependant nous ne pouvons la garder avec nous et l'associer à notre existence nomade.

–-C'est vrai, dirent las autres frères.

–-Que faire? demanda Julian tristement.

–-La pauvre soeur mourrait, dit Sanchez; nous ne pouvons en faire une bombera, ni la traîner à notre suite dans nos hasards, ni la laisser seule.

–-Je ne serai jamais seule avec vous, mes bons frères.

–-Notre vie est au bout d'une balle indienne. La peur que tu ne retombes entre les mains des Aucas ou des Puelches me trouve; si tu restais avec nous, mêlée à nos dangers, je deviendrais lâche et je n'aurais plus le courage d'accomplir mon devoir de bombero.

–-Depuis dix ans que nous rôdons dans la pampa, dit Julian, nous avons rompu avec toutes nos anciennes connaissances.

–-Mais, observa Quinto, nous cherchons un abri sûr? j'ai une idée.

–-Laquelle?

–-Vous rappelez-vous le capataz de l'estancia de San-Julian? Comment se nomme-t-il déjà?

–-Don José Diaz.

–-C'est cela même, reprit Quinto. Il me semble que nous avons un peu sauvé la vie à lui et à son maître, et que tous deux nous doivent une fameuse chandelle.

–-Don Luis Munoz et son capataz, dit Simon sans nos carabines, laissaient leur peau à ce démon de Pincheira, qui voulait les faire écorcher vifs.

–-Voilà notre affaire: Quinto a raison.

–-Don Luis passe pour un homme serviable.

–-Il a, je crois, une fille qu'il aime tendrement; il comprendra donc la peine où nous sommes.

–-Oui; mais, fit Julian, nous ne pouvons pas aller au Carmen.

–-Allons à l'estancia de San-Julian; c'est l'affaire d'une heure et demie.

–-Partons, dit Sanchez, Simon et Quinto resteront ici; Julian et moi accompagnerons la chica. Embrasse tes deux frères, Maria. En route, Julian! Vous deux, veillez bien, et attendez-nous au coucher du soleil.

Maria fit un dernier signe d'adieu à ses deux frères, et, escortée de Julian et de Sanchez, elle galopa vers San-Julian.

Vers trois heures, ils aperçurent à cinquante pas l'estancia, où Don Luis Munoz et sa fille étaient arrivés depuis deux heures à peine.

L'estancia de San-Julian, sans contredit la plus riche et plus forte position de toute la côte de Patagonie, d'élève sur une presqu'île de six lieues de tour, couverte de bois et de pâturages où paissent en liberté plus de dix mille têtes de bétail. Entourée par la mer qui lui forme une ceinture de fortifications naturelles, la langue de terre de l'isthme, large de huit mètres au plus, était bouchée par une batterie de cinq pièces de gros calibre. L'habitation, qu'enveloppaient de hautes murailles crénelées et bastionnées aux angles, était une espèce de forteresse capable de soutenir un siège en règle, grâce à huit pièces de canon qui, braquées aux quatre bastions, en défendait les approches. Elle se composait d'un vaste corps-de-logis élevé d'un étage avec les toits en terrasses, ayant dix fenêtres de façade et flanqué de deux ailes. Un grand perron, garni d'une double rampe en fer curieusement travaillée et surmontée d'une varandah, donnait accès dans les appartements meublés avec ce luxe simple et pittoresque particulier aux fermes espagnoles de l'Amérique.

Entre l'habitation et le mur d'enceinte percé en face du perron et fermé par une porte de cèdre de cinq pouces d'épaisseur que doublaient de fortes lames de fer, s'étendait un vaste jardin anglais, touffu et accidenté. L'espace laissé libre derrière la ferme était réservé pour les parcs ou corrales où chaque soir l'on renfermait les bestiaux et à une immense cour où tous les ans l'on abattait le bétail.

Cette maison était blanche, gaie et riante. Le faîte en apparaissait au loin à moitié caché par les branches des arbres qui la couronnaient de vert feuillage. Des fenêtres du premier étage la vue planait d'un côté sur la mer et de l'autre sur le Rio-Négro qui, comme un ruban d'argent se déroulait capricieusement dans la plaine et se perdait dans les lointains bleuâtres de l'horizon.

Depuis la dernière guerre avec les Indiens, guerre qui remontait à dix années, et pendant laquelle l'estancia avait failli être surprise par les Aucas, on avait construit sur le toit du principal corps de logis un mirador où se tenait jour et nuit une sentinelle chargée de veiller et d'avertir au moyen d'une corne de boeuf de l'approche des étrangers. Du reste, un poste de six hommes gardait la batterie de l'isthme dont les canons étaient prêts à faire feu à la moindre alerte..

Aussi, les bomberos étaient-ils encore assez éloignés de l'estancia, que déjà leur venue avait été signalée, et que don José Diaz, accompagné de Pavito, se tenait derrière la batterie pour les interroger dès qu'ils seraient à portée de voix.

Les bomberos connaissaient la consigne, qui est commune à tous les établissements espagnols, surtout sur les frontières, où l'on est exposé aux déprédations continuelles des Indiens. Arrivés à une vingtaine de pas de la batterie, les deux hommes s'arrêtèrent et attendirent.

–-Qui vive? cria une voix.

–-Amis, répondit Sanchez.

–-Qui êtes-vous?

–-Bomberos.

–-Bien. Que demandez-vous!

–-Le senor capataz don José Diaz.

–-Eh! mais, s'écria José lui-même, c'est Sanchez.

–-Oui, oui, don José dis Sanchez, et je vous ai tout de suite reconnu; mais la consigne est la consigne. Voici mon frère Julian pour vous servir.

–-Comme nous l'avons déjà fait, don José, sans reproche, fit Julian d'un ton goguenard.

–-C'est juste. Qu'on baisse le pont-levis.

Les bomberos entrèrent, et immédiatement le pont levis fut relevé derrière eux.

–-Caraï! quelle agréable surprise, mes amis! dit le capataz. Vous êtes d'une rareté désespérante. Venez chez moi, et, en buvant un trago (coup), vous me conterez ce qui vous amène, une sérieuse affaire, si je vous connais bien.

–-Très-sérieuse, en effet, répondit Sanchez.

–-Pavito, dit José, restez ici; je vais à l'estancia.

Et le capataz monta à cheval et se plaça à côté de Sanchez.

–-Dites-donc, caballero, sans indiscrétion, quelle est cette jeune fille vêtue à l'indienne? C'est une blanche, n'est-ce pas?

–-C'est notre soeur, capataz.

–-Votre soeur, non Sanchez? Plaisantez-vous?

–-Dieu m'en garde!

–-J'ignorais que vous eussiez une soeur, pardonnez-moi, je ne suis point sorcier.

Les cavaliers étaient arrivés. Le capataz mit pied à terre. Les bomberos l'imitèrent et le suivirent dans une grande salle du rez-de-chaussée, où une femme d'un certain âge et d'une belle santé était occupée à égrener du maïs. C'était la mère de don José, la nourrice de don Luis. Elle accueillit les arrivants d'un sourire de bonne humeur, leur offrit des sièges et alla cher un pot de chicha qu'elle posa devant eux.

–-A votre santé, senores! dit le capataz après avoir rempli jusqu'aux bords les gobelets d'étain. Le soleil est chaud en diable et cela égaie des voyageurs de se rafraîchir.

–-Merci! dit Sanchez qui avait vidé son verre.

–-Voyons, qu'avez-vous à me conter? Parlez librement, à moins, ajouta don José, que ma mère ne vous gêne. Dans ce cas, la digne femme passerait dans une chambre voisine.

–-Non, fit vivement Sanchez, non! que la senora reste, au contraire: ce que nous avons à dire, tout le monde peut l'entendre, votre mère surtout; nous venons au sujet de notre soeur.

–-C'est égal, soit dit sans vous offenser, senor Sanchez, interrompit le capataz, vous avez tort de garder cette enfant avec vous car elle ne peut partager tous les périls de votre vie endiablée; n'est-ce pas, mère?

La vieille dame fit un signe affirmatif, et les deux frères échangèrent un regard d'espérance.

–-Vous en ferez ce que vous voudrez, reprit don José; chacun est le maître dans ce monde d'arranger sa vie à sa guise, pourvu que ce soit honnêtement. Mais voyons votre affaire.

–-Votre avis, don José, dit Sanchez, nous comble de joie. Vous êtes un homme de bon conseil et de bon coeur.

Et, sans plus tarder, il lui raconta l'histoire singulière de Maria. Pendant la fin du récit, sa Diaz avait quitté la salle sans être remarquée par son fils ni par les bomberos.

–-Vous êtes un brave homme Sanchez, s'écria don José. Oui, le diable m'emporte! quoique, en général, les bomberos passent pour d'assez mauvais compagnons. Vous m'avez bien jugé et je vous remercie d'avoir pensé à moi.

–-Vous acceptez? fit Julian.

–-Un moment, sapristi! laissez-moi achever, reprit le capataz en remplissant les verres: à votre santé! à la santé de la senorita! Je suis un pauvre diable, moi, et garçon par dessus le marché; ma protection serait compromettante pour une jeune fille; les langues sont malignes ici comme partout, et, quoique je vive avec ma mère, une excellente femme, une méchante parole est vite lâchée. Senores, la réputation d'une jeune fille est comme un oeuf; on ne le raccommode pas quand il est fêlé. Vous comprenez?

–-Que faire? murmura Sanchez découragé.

–-Patience, compadre! je ne puis rien moi-même; mais canario! don Luis Munoz, mon maître, est bon, il m'aime, il a une fille qui est charmante; je plaiderai auprès de lui la cause de votre soeur.

–-La cause est gagnée, mon ami, dit don Luis que Diaz avait averti de la démarche des bomberos.

Dona Linda, qui accompagnait son père, avait été très-émue des malheurs de Maria; une bonne action lui avait tenté le coeur, et elle avait prié son père de se charger de la soeur des bomberos qu'elle voulait garder auprès d'elle. Julian et Sanchez ne savaient comment exprimer leur reconnaissance au senor Munoz.

–-Mes amis, dit celui-ci je suis heureux de m'acquitter envers vous. Nous avons un vieux compte ensemble, n'est-ce pas, José? et si ma fille a encore son père, c'est à vous qu'elle le doit.

–-Oh! senor! firent les deux jeunes gens.

–-Ma fille Lindita aura une soeur, et moi, au lieu d'une fille, j'en aurai deux. Tu le veux bien, Lindita?

–-Je vous en remercie, mon père, répondit-elle en faisant mille caresses à Maria. Ma chère enfant, ajouta-t-elle, embrassez vos frères et suivez-moi dans mon appartement; je vais vous donner moi-même les choses de première nécessité, et avant tout vous débarrasser de ce costume de païenne.

–-Voyons, voyons, petite fille! dit dona Linda en l'entraînant; ne pleurez pas ainsi, vous les reverrez; essuyez vos yeux, je veux que vous soyez heureuse, entendez-vous! Allons, souriez bien vite, ma mignonne, et venez.

–-Merci, encore une fois, don Luis, dit Sanchez; nous partons tranquilles.

–-Au revoir, mes amis.

Sanchez et Julian, légers de corps et d'âme, sortirent de l'estancia et croisèrent sur leur passage un cavalier qui au grand trot, se dirigeait vers le perron.

–-C'est singulier, fit Sanchez. Où ai-je vu cet homme? Je l'ignore; mais, à coup sûr, je le connais.

–-Vous connaissez don Juan Perez? demanda le capataz.

–-Je ne sais si tel est le nom de ce caballero, ni qui il est, ni même où je l'ai vu; cependant, je puis assurer qu'il y a peu de temps que nous nous sommes rencontrés.

–-Ah!

–-Adieu, don José, et merci! dirent les deux bomberos en lui serrant la main.

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Litres'teki yayın tarihi:
09 nisan 2019
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220 s. 1 illüstrasyon
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