Kitabı oku: «Милый друг. Уровень 1 / Bel-Ami», sayfa 11
Elle tendit ses deux mains d'un geste ravi, et Duroy, que l'aspect médiocre de l'appartement mettait à son aise40, les ayant prises, en baisa une, comme il avait vu faire à Norbert de Varenne.
Elle le pria de s'asseoir; puis, le regardant des pieds à la tête: «Comme vous êtes changé! Vous avez gagné de l'air41. Paris vous fait du bien. Allons, racontez-moi les nouvelles.»
Et ils se mirent à bavarder tout de suite, comme s'ils eussent été d'anciennes connaissances, sentant naître entre eux une familiarité instantanée, sentant s'établir un de ces courants de confiance, d'intimité et d'affection qui font amis, en cinq minutes, deux êtres de même caractère et de même race.
Tout à coup, la jeune femme s'interrompit, et s'étonnant: «C'est drôle comme je suis avec vous. Il me semble que je vous connais depuis dix ans. Nous deviendrons, sans doute, bons camarades. Voulez-vous?»
Il répondit: «Mais, certainement», avec un sourire qui en disait plus.
Il la trouvait tout à fait tentante, dans son peignoir éclatant et doux, moins fine que l'autre dans son peignoir blanc, moins chatte, moins délicate, mais plus excitante.
Elle parlait toujours, semant en chaque phrase cet esprit facile dont elle avait pris l'habitude, comme un ouvrier saisit le tour de main qu'il faut pour accomplir une besogne réputée difficile et dont s'étonnent les autres. Il l'écoutait, pensant:
«C'est bon à retenir tout ça. On écrirait des chroniques parisiennes charmantes en la faisant bavarder sur les événements du jour42.»
Mais on frappa doucement, tout doucement à la porte par laquelle elle était venue; et elle cria:
«Tu peux entrer, mignonne.» La petite fille parut, alla droit à Duroy et lui tendit la main.
La mère étonnée murmura: «Mais c'est une conquête. Je ne la reconnais plus.» Le jeune homme, ayant embrassé l'enfant, la fit asseoir à côté de lui, et lui posa, avec un air sérieux, des questions gentilles sur ce qu'elle avait fait depuis qu'ils ne s'étaient vus. Elle répondait de sa petite voix de flûte, avec son air grave de grande personne.
La pendule sonna trois heures. Le journaliste se leva.
– Venez souvent, demanda Mme de Marelle, nous bavarderons comme aujourd'hui, vous me ferez toujours plaisir. Mais pourquoi ne vous voit-on plus chez les Forestier?
Il répondit:
– Oh! pour rien. J'ai eu beaucoup à faire. J'espère bien que nous nous y retrouverons un de ces jours.
Et il sortit, le cœur plein d'espoir, sans savoir pourquoi.
Il ne parla pas à Forestier de cette visite.
Il demeurait sous l'obsession de son image, comme il arrive quelquefois quand on a passé des heures charmantes auprès d'un être. On dirait qu'on subit une possession étrange, intime, confuse, troublante et exquise parce qu'elle est mystérieuse.
Il fit une seconde visite au bout de quelques jours.
La bonne l'introduisit dans le salon, et Laurine parut aussitôt. Elle tendit, non plus sa main, mais son front, et dit:
– Maman m'a chargée de vous prier de l'attendre. Elle en a pour un quart d'heure, parce qu'elle n'est pas habillée. Je vous tiendrai compagnie.
Duroy, qu'amusaient les manières cérémonieuses de la fillette, répondit:
– Parfaitement, mademoiselle, je serai enchanté de passer un quart d'heure avec vous: mais je vous préviens que je ne suis point sérieux du tout, moi, je joue toute la journée; je vous propose donc de faire une partie de chat perché43.
La gamine demeura saisie, puis elle sourit, comme aurait fait une femme, de cette idée qui la choquait un peu et l'étonnait aussi; et elle murmura:
– Les appartements ne sont pas faits pour jouer.
Il reprit:
– Ça m'est égal. Moi je joue partout. Allons, attrapez-moi.
La fillette enchantée jouait avec lui et riait de tout son cœur.
Mme de Marelle entra et, stupéfaite: «Ah! Laurine… Laurine qui joue… Vous êtes un ensorceleur, monsieur.»
Il reposa par terre la gamine, baisa la main de la mère, et ils s'assirent, l'enfant entre eux. Ils voulurent causer, mais Laurine, grisée, si muette d'ordinaire, parlait tout le temps, et il fallut l'envoyer à sa chambre. Elle obéit sans répondre, mais avec des larmes dans les yeux.
Dès qu'ils furent seuls, Mme de Marelle baissa la voix: «Vous ne savez pas, j'ai un grand projet, et j'ai pensé à vous. Et elle le demanda d'aller dîner avec elle et les Forestier samedi, au Café Riche.
Il accepta avec bonheur. Elle reprit: «Nous serons tous les quatre seulement. C'est très amusant ces petites fêtes-là, pour nous autres femmes qui n'y sommes pas habituées.»
Elle portait une robe marron foncé, qui moulait sa taille, ses hanches, sa gorge, ses bras d'une façon provocante et coquette; et Duroy éprouvait un étonnement confus, presque une gêne dont il ne saisissait pas bien la cause, du désaccord de cette élégance soignée et raffinée avec l'insouci visible pour le logis44 qu'elle habitait.
Il la quitta, gardant, comme l'autre fois, la sensation de sa présence continuée dans une sorte d'hallucination de ses sens. Et il attendit le jour du dîner avec une impatience grandissante.
Ayant loué pour la seconde fois un habit noir, ses moyens ne lui permettant point encore d'acheter un costume de soirée, il arriva le premier au rendez-vous, quelques minutes avant l'heure.
On le fit monter au second étage, et on l'introduisit dans un petit salon de restaurant, tendu de rouge et ouvrant sur le boulevard son unique fenêtre.
Forestier entra et lui serra la main avec une familiarité cordiale qu'il ne lui témoignait jamais45 dans les bureaux de La Vie Française.
«Ces deux dames vont arriver ensemble, dit-il; c'est très gentil ces dîners-là!»
Puis il regarda la table, fit éteindre tout à fait un bec de gaz, ferma un battant de la fenêtre, à cause du courant d'air, et choisit sa place bien à l'abri de peur d'attraper froid.
On ouvrit la porte et les deux jeunes femmes parurent, suivies d'un maître d'hôtel, voilées, cachées, discrètes, avec cette allure de mystère charmant qu'elles prennent en ces endroits où les voisinages et les rencontres sont suspects.
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