Kitabı oku: «Conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture»
Henry Jouin
Conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066321833
Table des matières
LES ARTISTES ÉCRIVAINS
INTRODUCTION
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
XXVI
XXVII
XXVIII
XXIX
XXX
XXXI
XXXII
CHARLES LE BRUN
PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
GÉRARD VAN OPSTAL
NICOLAS MIGNARD
JEAN NOCRET
CHARLES LE BRUN
SÉBASTIEN BOURBON
PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
NICOLAS-PIERRE LOIR
JEAN NOCRET
MICHEL ANGUIER
THOMAS REGNAUDIN
SÉBASTIEN BOURDON
L’AUBE DU JOUR
LE LEVER DU SOLEIL
LE MATIN.
LE MIDI.
L’APRES-MIDI.
LE SOLEIL COUCHANT.
COMMENTAIRE.
SÉBASTIEN BOURDON
HENRI TESTELIN
HENRI TESTELIN
HENRI TESTELIN
HENRI TESTELIN
HENRI TESTELIN
HENRI TESTELIN
LOUIS BOULOGNE
ANTOINE COYPEL
ANTOINE COYPEL
LE COMTE DE CAYLUS
JEAN-BAPTISTE OUDRY
JEAN-BAPTISTE OUDRY
LOUIS GALLOCHE
LES ARTISTES ÉCRIVAINS
Table des matières
INTRODUCTION
Table des matières
LES ARTISTES ÉCRIVAINS
Y a-t-il des degrés dans les diverses manifestations du beau?
N’en doutons pas.
L’orateur use de procédés qui ne sont pas ceux de l’écrivain, et, de son côté, l’artiste, peintre, sculpteur, architecte ou musicien, a ses modes d’expression qu’il serait difficile de comparer entre eux, mais qui placent l’homme d’art dans une sphère autre que celle où vivent l’homme de lettres et l’homme de tribune.
Tous sont artistes au sens élevé du mot. Tous ont pour terme de leur activité la domination de l’esprit et du cœur par le jeu d’une pensée noble, impétueuse, aimable ou touchante, rendue dans un langage élevé ou sous une forme élégante et choisie.
Entre tous, celui qui a le privilège de l’éclat et de la puissance dans la plus ample mesure, c’est l’orateur.
I
Table des matières
Un poète a dit: L’orateur, c’est le semeur.
L’image n’est pas complète. Le semeur est un ouvrier patient qui travaille pour l’avenir. Le semeur ne sait ce qu’il fait, parce qu’il ignore quels soleils luiront sur la graine qu’il jette au vent, et que le vent porte à la glèbe. Le semeur est passif; ce n’est pas lui qui transforme le grain de la veille en l’épi des moissons futures. Le semeur est l’artisan muet de sa propre vie. Sa pensée n’est pas en mouvement lorsqu’il agit. Il marche, et sa main, par un geste rythmé qui n’est pas sans grandeur, abandonne aux sillons la source de tout aliment. Mais cette haute mission, le semeur l’accomplit chaque année le même jour, à la même heure, sans initiative, sans liberté, incapable de hâter l’instant de son action, empêché de surseoir dans son œuvre, s’il ne veut compromettre la richesse nationale en appelant la disette sur lui-même et sur son pays.
Tel n’est pas l’orateur.
Maître du moment et du lieu, il l’est encore de la semence qu’il va répandre. A son gré, l’orateur peut fonder ou détruire. Ses triomphes ont la soudaineté de la foudre. Ils s’étendent sur des foules, des armées, des peuples auxquels ils communiquent une même vie, qu’ils orientent vers un même but. Une conviction ardente, une évidence imprévue et irrésistible s’emparent des âmes que remue l’orateur. Il n’a qu’un instrument, le verbe, cette chose étrange et supérieure qui est l’attribut exclusif de l’homme et le fait roi de la création; le verbe, cette arme et ce lien dont notre Montaigne a dit: «Nous ne sommes hommes et ne nous tenons les uns les autres que par la parole». L’orateur a cette haute fortune de trouver son outil dans la parole: voilà pourquoi le prestige de l’éloquence est universel.
L’éloquence est l’art des grands et des humbles.
Peu d’hommes reçoivent de Dieu ce don de commandement, mais il n’est pas un homme que l’éloquence n’ait subjugué. Je ne sais quoi d’auguste et de tragique s’attache aux pas de l’orateur. Nouveau Fabius, il porte dans ses discours la paix ou la guerre. Lorqu’il parle, de violentes passions se font jour pour le combattre ou le défendre. L’émotion monte comme une mer qui grossit, le théâtre s’étend, le rayon de la parole franchit de vastes espaces, qu’il couvre de sa lumière irréfutable et souveraine.
Tel est l’ébranlement des esprits sous la parole de l’orateur, que, dans ses heures d’inquiétude, c’est à lui qu’un grand peuple veut remettre ses destinées. La Grèce a fait Démosthène homme d’État; Rome fit d’Antoine un général, de Cicéron un consul. En des jours plus proches de nous, lorsqu’une foule ameutée battait les portes de l’Hôtel de Ville de Paris, en arborant le drapeau rouge, c’est à Lamartine que ses concitoyens terrifiés demandèrent de dompter, par son éloquence, la populace en délire.
Qui n’a présent à l’esprit le spectacle d’un seul homme, hissé sur une chaise boiteuse, à l’une des fenêtres du palais, dominant de sa voix stridente le bruit des fusils, le cri monotone et hideux des forcenés qui réclament le drapeau rouge, les longs murmure qui montent des rangs serrés de ce peuple épars sur la place de Grève? Qui n’admirerait l’audace, la fermeté, la grandeur de cette parole magnifique, par laquelle Lamartine eut raison de l’émeute: «Le drapeau rouge que vous nous apportez n’a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie!»
Aux applaudissements qui couvrirent cette protestation superbe, personne n’osa s’y méprendre, il était évident que l’honneur national était sauf; la France était reconquise sur la Révolution, tout à l’heure quasi triomphante. Et son indépendance recouvrée, la France la devait à l’éloquence d’un seul.
II
Table des matières
Nous avons nommé Montaigne. On sait quelles relations étroites existèrent entre Montaigne et La Boëtie. «Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, écrit Montaigne, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en disant: Parce que c’était lui, parce que c’était moi!»
Ainsi parle l’auteur de la Lettre sur la mort de La Boëtie. Cette Lettre est un chef-d’œuvre de piété fraternelle. Il semble que le nom de «frère», nom «plein de dilection» dont les deux magistrats avaient fait «leur alliance», leur appartînt de par une naissance commune. Cette union de deux âmes, de deux esprits, union qui ne pouvait être rompue que par la mort, est l’un des attraits des livres de Montaigne. En maint endroit des Essais, il jette une plainte, un cri à l’adresse de l’ami qu’il regrette «en un pensement si pénible que cela lui fait grand mal.» Des larmes roulent entre les lignes de l’inimitable chapitre de l’Amitié, et c’est Montaigne qui signale à l’attention de son siècle un court traité de La Boëtie sur la Servitude volontaire. Informées du mérite de cet ouvrage, les générations successives voudront l’ouvrir, et l’un des maîtres de notre temps rendra ce magnifique témoignage du génie précoce de La Boëtie: «Le traité de la Servitude volontaire, qu’il écrivit à vingt ans, étincelle de pensées fortes, d’images hardies, et semble un manuscrit antique trouvé dans les ruines de Rome, sous la statue brisée du plus jeune des Gracques.»
Tel est le livre, telles la puissance et la contrainte relatives de l’écrivain.
Composé dans le silence et la réflexion, le livre est fait de pages. L’abondance des pensées constitue la richesse de l’écrivain. Il ne s’inquiète pas de limiter ses tableaux. Ceux qui le liront dans vingt ans le rencontrent aujourd’hui sans se douter qu’il est en travail et qu’il fait son œuvre. Il est maître de son labeur. Nul ne le presse d’achever. Chaque jour, lorsqu’il reprend sa plume, il peut dire à nouveau son deuil, sa joie, son enthousiasme, sa colère avec une énergie croissante, et des hommes lui naîtront qui partageront sa haine ou son amour.
Son outil n’est pas le verbe. On ne l’entendra pas au Forum appeler et retenir pour une heure tout un peuple au pied de la tribune. Ses outils sont la plume de l’oiseau, une goutte d’encre, un rouleau de papier. Des signes conventionnels, indéchiffrables pour les ignorants, froids et sans beauté pour l’œil du lettré, aident l’écrivain à fixer sa pensée.
Où est le verbe éclatant, où cette lave brûlante qui s’échappait tout à l’heure des lèvres de Lamartine ou de Cicéron? L’écrivain n’a pas le don fougueux et superbe qui fait l’orateur. Mais cette foule que les tribuns électrisent est une foule impatiente. Elle a ses murmures significatifs. Elle sera vaincue peut-être par l’homme qui lui parle, mais elle indique à son vainqueur, par l’attitude, le regard ou la voix, les arguments qu’il doit invoquer. Elle dicte à l’orateur, qu’elle redoute et qui l’attire, la pensée, l’action dont elle subira l’ascendant.
Un discours est un dialogue.
Deux interlocuteurs sont en présence: l’orateur et l’auditoire. Aussi, tout discours porte sa date. La scène, le cadre dans lesquels s’est exercé l’homme de parole veulent être restitués par le curieux qui tentera de ressaisir toute la portée d’un discours.
Il n’en est pas de même des pages écrites. Le philosophe et l’historien s’étant écartés de la foule lorsqu’ils ont résolu de donner une forme à leur pensée, la lecture silencieuse de leurs écrits ne leur est pas défavorable. Rédigés avec une sage lenteur, à la claire lumière du bon sens et de la réflexion, leurs livres inclinent l’âme à des convictions pleines de mesure. Ils mûrissent l’esprit du lecteur. Montaigne écrivant sur La Boëtie élève un monument impérissable à l’amitié. Tacite ayant parlé de son temps avec le désintéressement du citoyen qui juge les hommes et les faits comme s’ils lui étaient étrangers, Tacite nous émeut et nous convainc par le calme et sévère enchaînement de son récit.
Sans doute, l’action de l’historien n’est pas immédiate, mais elle est durable; l’histoire n’a pas pour but d’entraîner, elle instruit. Tacite n’est pas Cicéron, mais les hommes que combattit Cicéron par son éloquence se sont appelés Catilina, Verres, Antoine. Tacite a flétri plus que des hommes, il s’est érigé en justicier des coups de force, des gouvernants indignes et de leurs courtisans. Des faits il remonte au principe. Moraliste, non moins que narrateur, il émeut, il persuade, il passionne presque à l’égal d’un orateur. «On confond son âme avec celle de Tacite, a dit un penseur, et on se sent fier de la parenté avec lui. Voulez-vous rendre le crime impossible à vos fils? Voulez-vous passionner la vertu dans leur imagination? Nourrissez-les de Tacite. S’ils ne deviennent pas des héros à cette école, c’est que la nature en a fait des lâches ou des scélérats. Un peuple qui aurait Tacite pour évangile politique grandirait au-dessus de la stature commune des peuples. Ce peuple jouerait enfin devant Dieu le drame tragique du genre humain dans toute sa majesté.» Jamais orateur recueillera-t-il un plus complet éloge?
III
Table des matières
Le livre est fait de pages, avons-nous dit. L’œuvre d’art n’a qu’une page.
Qu’il s’agisse d’un monument d’architecture, d’une toile, d’une statue, l’oeil perçoit du même coup dans son ensemble l’œuvre de l’artiste. Et, souvent, la volonté demeure presque étrangère à l’opération de l’œil. C’est d’un regard distrait, paresseux, inconscient que nous avons fixé sans effort, dans un demi-sommeil de l’esprit, un marbre de Praxitèle, une fresque de Sanzio, la façade du palais des Doges.
Assurément, nous sachant dans ces dispositions nous n’ouvririons pas un livre. Ce n’est point avec cette somnolence de la pensée que nous courons entendre un orateur. D’ailleurs, le livre est plein d’imprévu, de raisonnements, de tableaux qui mettent l’esprit en éveil. L’orateur a tels accents qui donnent le frisson. Quand le cœur bat plus rapide, l’être tout entier se sent ému.
Le livre et la parole humaine ont donc une puissance que ne porte pas en elle, au même degré, l’œuvre d’art. Muette et déroulée, sans artifices qui soient de nature à soutenir l’attention ou à provoquer la surprise, une page peinte ou sculptée ne captivera pas toujours des témoins illettrés.
Je me trompe. L’œuvre d’art a pour elle les proportions, la forme, la couleur. Si précieuses que soient les Annales de Tacite, elles se présentent à nous sous l’aspect d’un volume, c’est-à-dire de feuilles sans attrait, couvertes de signes convenus. La Vénus de Cnide, le Sposalizio de la Brera, le palais construit par Brunelleschi pour l’antagoniste des Médicis commandent au moins attentif par le rythme, la grandeur, la grâce ou l’harmonie.
L’art est l’interprétation de la nature. L’artiste choisit dans le poème divin dont a parlé Platon quelques-unes de ces syllabes brillantes, jetées à profusion par le Créateur, et l’artiste les fait siennes: syllabes de lumière s’il est peintre, d’élégance et de force s’il est sculpteur, d’ordre et de majesté s’il est architecte, de nombre et de mélodie s’il est musicien. C’est cette forme, c’est ce vêtement somptueux et rayonnant dont l’artiste pare sa pensée comme d’une pourpre royale, qui appelle devant son œuvre des générations éblouies. Certes, lui aussi est orateur. Lui aussi sait remuer les foules, et tandis que l’éloquence pâlit lorsque l’homme de tribune a disparu, l’Assomption de Titien, l’Histoire de Joseph de Benozzo Gozzoli qui domine au Campo-Santo la tombe que les Pisans ont élevée au peintre florentin, reçoivent des siècles qui s’écoulent une autorité toujours plus grande, une jeunesse renouvelée. Que parlé-je des maîtres de Venise ou de Florence? Ils sont d’hier. Mais l’auteur inconnu des Noces Aldobrandines recevrait parmi nous l’hommage universel de toutes les écoles si son nom nous était révélé.
IV
Table des matières
Que l’artiste soit à sa manière un orateur, et que l’éloquence de l’œuvre d’art défie les siècles, nous n’en disconvenons pas. Mais il n’y a pas d’éloquence sans idée. L’homme de tribune ne saurait obtenir l’attention si un sujet élevé, généreux ou patriotique n’est la moelle de son discours.
Quelle sera la place de l’idée dans l’œuvre d’art?
Question brûlante. Toutefois, elle n’a passionné autant d’artistes que parce qu’on a négligé de s’entendre sur la valeur des mots.
L’idée et le sujet sont deux choses distinctes. Il n’y a pas de forme sans idée, mais plus d’un chef-d’œuvre est possible pour le peintre sans qu’il ait à faire choix d’un sujet.
En revanche, il se peut que; ravis par la richesse des couleurs, la beauté des formes, l’ampleur et la simplicité des proportions, la mélodie, l’harmonie et le rythme des sons, l’auditoire du musicien, le spectateur de l’œuvre composée par le peintre, le statuaire ou l’architecte oublient de chercher la pensée du maître.
Il n’importe.
L’art, avons-nous dit, est l’interprétation de la nature. Si l’art est resté fidéle à sa mission, alors même que nous ne saisirions pas toute la profondeur de la conception de l’artiste, l’ordre dans lequel il a coordonné les divers éléments qui constituent son travail étant inspiré de l’ordre qui gouverne la nature, rien de vulgaire ou de heurté n’a pu échapper à l’artiste. Son poème porte un reflet du poème universel. Et de même que nous n’exigeons pas d’un lac, d’une prairie, d’une montagne, de l’Océan, l’expression d’une pensée particulière, ainsi est-il permis de s’abandonner sans regret au charme de quelques lignes heureuses, d’un coloris suave ou vigoureux, de sons distribués avec goût.
Guillaume Van de Velde, Wildens, Claude Gellée, Joseph Vernet, Steibelt ont surpris, sans recherche du sujet, ce que Charles Blanc appelait «les voyelles et les consonnes du silencieux langage que nous parle la création».
Par un mystère étrange, ces «lettres» du langage divin de la création permettent à chacun de nous de leur prêter un sens différent. Pendant que Virgile, pénétré de l’âme des sites, laisse tomber de ses lèvres le vers mélancolique
Quæ regio in terris nostri non plena laboris?
Horace, enivré de bonheur devant ces mêmes horizons qui inspirent si douloureusement le poète de l’Énéide Horace adresse à Virgile son ode enthousiaste «Jam Veris comites.»
Il y a donc dans la simple vision de la nature créée, dans les voix du silence, au bord des mers, au fond des bois, sur les cimes élevées, des hymnes ou des tableaux perceptibles pour l’âme de l’artiste et auxquels l’artiste n’est pas tenu d’ajouter. Qu’il soit le traducteur éclairé de la nature, qu’il épelle ces lettres sans suite, mais non sans beauté, dispersées çà et là sous son regard; et s’il est ému, s’il est vraiment doué, son œuvre ne saurait périr.
Cette fertilité promise à l’artiste n’est pas accordée à l’écrivain ou à l’orateur. C’est que les voyelles et les consonnes dont ils se servent ont été créées de main d’homme. Non seulement ces signes isolés sont sans valeur, mais la langue elle-même que parlent les hommes, fût-elle savamment correcte et rythmée, n’est qu’un outil sonore et sans mérite tant que l’idée, une idée précise, n’habite pas en elle. L’idée est la flamme intérieure qui doit transparaître avec netteté dans le discours. Il n’y a pas de parole sans idée, car le verbe n’est qu’une expression, une forme donnée à l’homme pour traduire une pensée. «Les mots, comme les verres, obscurcissent tout ce qu’ils n’aident pas à mieux voir.» C’est une parole de Joubert.
La muse de l’artiste semble donc avoir été mise en possession d’une langue plus souple, plus riche que celle dont dispose la muse de l’orateur. La première peut parler le monde extérieur avec une vérité, une grâce que la seconde n’atteint pas aisément.
L’une transcrit, tandis que l’autre transpose.
On appliquerait volontiers à la muse de l’artiste ce jugement du poète sur Vénus
Sensit læta dolis et formæ conscia)
«Ayant conscience de sa beauté, joyeuse, elle sent le triomphe de sa ruse.»
C’est une ruse, en effet, que cette séduction victorieuse du Beau sur nos organes. Ruse permise à la nature par son Créateur, pour l’enchantement de l’homme.
Si l’orateur n’a pas reçu les mêmes dons que l’artiste, il devait en être ainsi afin qu’aucune faculté intellectuelle ne fût la répétition d’un autre don de l’esprit.
Le peintre s’inspire d’une forme ou d’une couleur, et l’idée se pose comme une flamme sur ce coin de ciel ou de forêt, sur cette figure d’enfant reproduits par le peintre.
L’orateur s’inspire des spoliations, du droit violé, des commotions politiques.
Le peintre est l’initié de la nature.
L’orateur est un défenseur de la société.
Jetez Fromentin dans le Sahara, il sera peintre.
Arrachez O’Connell à l’Irlande, vous en ferez un homme impuissant.
De la différence des sources d’inspiration découle la différence des génies.
C’est pourquoi tant de peuples fiers de leurs maîtres n’ont pas compté d’orateurs,