Kitabı oku: «Les Peintres illustres Jordaens»
Henry Roujon
Les Peintres illustres Jordaens

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333256
Table des matières
DÉJA PARUS
Ouvrages de la 3e Série
JACQUES JORDAENS
LA VIE DE JORDAENS
L’ŒUVRE DE JORDAENS
LE DÉCORATEUR
LE PORTRAITISTE
LE PEINTRE DE MYTHOLOGIES
LES CONCERTS ET LES REPAS DE FAMILLE
NOMENCLATURE
DES PRINCIPALES ŒUVRES DE JORDAENS

DÉJA PARUS
Table des matières
VIGÉE LEBRUN.
REMBRANDT.
REYNOLDS.
CHARDIN.
VELASQUEZ.
FRAGONARD.
RAPHAËL.
GREUZE.
FRANZ HALS.
GAINSBOROUGH.
L. DE VINCI.
BOTTICELLI.
VAN DYCK.
RUBENS.
HOLBEIN.
LE TINTORET.
FRA ANGELICO.
WATTEAU.
MILLET.
MURILLO.
INGRES.
DELACROIX.
LE TITIEN.
COROT.
MEISSONIER.
VÉRONÈSE.
PUVIS DE CHAVANNES.
QUENTIN DE LA TOUR.
H. ET J. VAN EYCK
NICOLAS POUSSIN.
GÉROME.
FROMENTIN.
BREUGHEL LE VIEUX.
GUSTAVE COURBET.
LE CORRÈGE.
H. VAN DER GOËS.
HÉBERT.
PAUL BAUDRY
ALBERT DÜRER.
HENNER.
LOUIS DAVID.
PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
GOYA.
BASTIEN-LEPAGE.
DECAMPS.
ROSA BONHEUR.
FANTIN-LATOUR.
BOUCHER.
ZIEM.
PRUDHON.
LE BRUN.
RIGAUD.
GÉRICAULT.
TÉNIERS.
MEMLING.
CLAUDE LORRAIN.
THOMAS LAWRENCE.
MANTEGNA.
HORACE VERNET.
LARGILLIÈRE.
GUSTAVE MOREAU.
POUR PARAITRE SUCCESSIVEMENT
Ouvrages de la 3e Série
Table des matières
RIBERA
HENRI REGNAULT
LE GRECO
ALFRED STEVENS
NATTIER
BENJAMIN CONSTANT
DIAZ
WHISTLER
BURNE JONES
LE SUEUR

JACQUES JORDAENS
Table des matières
LORSQUE vint au monde la glorieuse lignée des grands Flamands, il semblait que l’art des Van Eyck se fût à jamais effacé devant l’italianisme triomphant. Rien n’était demeuré de l’originalité première, de ce parfum de terroir, de cette fleur de réalisme qui marqua toujours la peinture flamande jusque dans ses plus dévots représentants, et c’était pitié de voir ces artistes robustes, sanguins, repus de vins, coureurs de filles, essayer d’atteindre à la suavité italienne et se plier au facile et déshonorant métier d’imitateurs et de copistes. Et si profonde était devenue la médiocrité de cet art qu’il paraissait à jamais condamné lorsque surgit en Flandre, sur la fin du XVIe siècle, une génération de peintres robustes et vaillants qui, marqués à l’antique empreinte du génie national, allaient redonner une physionomie flamande à l’art flamand. Tandis que les Breughel, race de paysans naïfs et spirituels, faisaient déjà, sous la dictée de la nature, des tableaux singuliers que méprisaient sans doute les ambitieux sectateurs du style ultramontain, un homme fantasque et violent, Adam Van Noort, s’abandonnait à tous ses caprices sans s’inquiéter des importations étrangères et de cette Italie qui était devenue le pèlerinage obligé de ses devanciers et de ses rivaux. Vivant dans les tavernes et les mauvais lieux, sa manière Originale, fougueuse et désordonnée comme sa vie, contrastait avec la froide manière des imitateurs. C’est à l’école de ces maîtres bizarres, et puissants que la grande pléiade se forma, c’est de ces fantaisies burlesques mais vigoureuses que naquit l’œuvre fougueuse, éclatante et spirituelle de Rubens, de Jordaens, de Van Dyck, de Téniers.
Dans cette illustre compagnie, Jordaens occupe une place honorable, on pourrait dire parallèle à côté de son grand rival et ami, Pierre-Paul Rubens. L’un et l’autre avaient retrouvé l’âme des Flandres; l’un et l’autre possédaient un ardent génie, plein de fougue et d’exubérance; tous les deux brossaient d’immenses toiles en se jouant, prodiguaient des couleurs éclatantes sur des chairs généreuses, faisaient monter jusqu’à la noblesse du grand style, par la puissance de leur génie, les charnelles aspirations de la Flandre, sa joie de vivre, sa robuste et un peu vulgaire santé, ses matrones rebondies et ses ivrognes titubants.
Si Rubens, dans ses Bacchanales, est le peintre de Bacchus et des nymphes sensuelles, Jordaens est le peintre de Silène et des lubriques satyres. Si Rubens n’était pas le créateur et la suprême expression du style flamand, Jordaens eût été de force à inventer cette peinture abondante, charnue, pleine de muscles et de vitalité. Car on ne saurait dire que Jordaens ait imité Rubens. Ils sont de la même famille et du même tempérament, celui-ci plus distingué, plus pensif et plus profond, l’autre, ordinairement, plus rude et plus grossier; encore, lorsqu’il a contenu sa verve et tempéré son exécution, ressemble-t-il à son maître, de même que Rubens, lorsqu’il s’emporte et rugit, pourrait être pris pour Jordaens. Rubens tient le milieu entre Jordaens et Van Dyck. Rubens, a-t-on dit, est d’or, Van Dyck d’argent, Jordaens de sang et de feu. Mais tous trois ont quelquefois parcouru toute cette gamme de couleur, du haut en bas. Aussi le fin et délicat Van Dyck s’est emporté jusqu’au rouge de Jordaens dans un Silène soutenu par les satyres du musée de Bruxelles; Rubens a fait de même, dans un tableau de ce musée, le Saint Lievens, où le bourreau arrache la langue du saint au milieu d’une gloire d’anges descendus du ciel pour lui offrir la palme du martyre. Jordaens représente donc, même au-delà de Rubens, la fureur du coloris et l’ampleur de la pratique. Sa peinture flambe, brûle, éclate. Ses personnages s’étalent avec une incomparable prospérité. Sur ses toiles, on n’a jamais vu de femmes maigres et pâles, mais de vigoureuses commères, avec des formes exaltées et du sang pourpre dans les veines.
PLANCHE II. — LES QUATRE ÉVANGÉLISTES
(Musée du Louvre)
Dans ses proportions réduites, ce tableau passe pour la plus belle peinture religieuse de Jordaens. Le grand artiste a peint d’immenses toiles destinées à décorer des églises, jamais il n’a atteint à la beauté d’expression de ces quatre figures. Le saint Jean, dans sa blanche tunique, est notamment d’une suavité parfaite, et le tout baigne dans une lumière idéale du plus saisissant effet.

M. Fierens-Gevaert, le savant commentateur de Jordaens, à qui nous aurons souvent recours dans cette étude, parle en connaisseur et en admirateur passionné de cette œuvre qui «sonne comme un éclat de rire — le rire gras, sain, énorme des géants septentrionaux de l’art». — Et il écrit:
«Jordaens aima par-dessus tout les ripailles, les grandes tablées, les gros ivrognes qui sablent leur broc d’un trait, les drilles qui fument, bâfrent, brandissent les poings, ruent du talon, crient à réveiller un cimetière... Et comme si sur palette ruisselaient les rouges incorruptibles, les jaunes fauves, les teintes pâles de l’ivoire, les coulées blondes de miel, les subtiles traînées de lumière qui allument les panses vermeilles des aiguières, et que toutes ces notes s’accordaient sur ses toiles en fanfares de triomphe, nul ne contribua plus éloquemment que lui à imposer cette croyance simpliste que l’art flamand est surtout matériel, sanguin, charnel. Mais qu’importe, après tout! C’est la gloire de Jordaens d’avoir exalté l’un des aspects de l’humanité flamande au point de la faire admettre pour la physionomie entière de la race, et d’avoir conservé à son inspiration populaire une hauteur telle qu’à côté de l’universalité de Rubens elle garde autant d’attraits que les séductions princières de Van Dyck et se place en évidence au-dessus des autres richesses de de la grande école d’Anvers. ”
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