Kitabı oku: «Philippe de Champaigne»
Henry Roujon
Philippe de Champaigne
huit reproductions fac-simile en couleurs

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333812
Table des matières
La première de couverture
Page de titre
Texte

POUR PARAITRE LE 1er DE CHAQUE MOIS:
FANTIN-LATOUR.
GOYA.
LE BRUN.
BASTIEN-LEPAGE.
DECAMPS.
ROSA BONHEUR.
DÉJA PARUS:
VIGÉE-LEBRUN.
REMBRANDT.
REYNOLDS.
CHARDIN.
VELASQUEZ.
FRAGONARD.
RAPHAEL.
GREUZE.
FRANZ HALS.
GAINSBOROUGH
L. DE VINCI.
BOTTICELLI.
VAN DYCK.
RUBENS.
HOLBEIN.
LE TINTORET.
FRA ANGELICO.
WATTEAU.
MILLET.
MURILLO.
INGRES.
DELACROIX.
LE TITIEN.
COROT.
MEISSONIER.
VÉRONÈSE.
PUVIS DE CHAVANNES.
QUENTIN DE LA TOUR.
H. ET J. VAN EYCK.
NICOLAS POUSSIN.
GÉROME.
FROMENTIN.
BREUGHEL LE VIEUX.
GUSTAVE COURBET.
LE CORRÈGE.
H. VAN DER GOES.
HÉBERT.
PAUL BAUDRY.
ALBERT DURER.
HENNER.
LOUIS DAVID.

PHILIPPE DE CHAMPAIGNE
Table des matières
EN abordant ce grave et digne maître, écrit Charles Blanc, j’éprouve comme un sentiment de respect. Son œuvre réfléchit tout un côté du grand siècle, non pas le côté brillant, celui de l’action, mais le côté sérieux au contraire et ce qu’il y a de plus élevé dans la pensée d’alors. Par opposition au XVIe siècle qui avait été si sceptique, si plein d’amour pour l’antiquité païenne, le siècle de Louis XIV fut un retour au christianisme, à l’autorité de la foi. Il y eut un jour où toute une classe d’hommes, la plupart tenant à la haute bourgeoisie, les Lemaistre, les Sacy, les Saint-Cyran, les Nicole, et cette grande famille des Arnauld, et des génies à jamais illustres, tels que Pascal, furent saisis tout à coup d’une grande terreur en songeant au fond des choses. Au milieu du relâchement des mœurs, ils résolurent de se soumettre à toutes les rigueurs de la pénitence et de s’enfermer dans la solitude. Le siècle croyait à la liberté de l’homme, ils établirent solennellement le dogme de la prédestination. Ils voulurent écraser, au moyen de la grâce, la doctrine du libre arbitre qui bientôt permettrait à l’homme de s’affranchir lui-même et d’être son rédempteur;aux vanités du monde, ils opposèrent l’ascétisme de leur vie. Un de leurs amis les plus fidèles fut le peintre Philippe de Champaigne. Il est enregistré dans le Nécrologe, dressé par la mère Angélique, de tous les solitaires de Port-Royal et de tous ceux qui avaient honoré de leur amitié ce monastère, et y avaient puisé ou donné l’exemple de quelque grande vertu. ”
La vie de Philippe de Champaigne fut constamment celle d’un homme probe, honnête, alliant la dignité d’une existence exemplaire à la sincérité d’un art plein de noblesse. Cette beauté morale transparaît dans les portraits que le peintre a laissés de lui-même. Son visage régulier, un peu sévère, indique la réflexion et l’habitude des pensées austères; le regard franc, légèrement scrutateur, dénote la droiture et aussi l’observation profonde qu’il appliqua toujours dans l’exécution de ses portraits. Il ne fut pas de ces artistes dont le génie s’est affirmé par des œuvres éclatantes qui forcent l’admiration de la foule, mais son art est puissant, équilibré, étayé de qualités solides, conçu par un esprit vigoureux, exécuté par une main ferme. Son talent honore la peinture comme son caractère honore l’humanité.
LES DÉBUTS
Philippe de Champaigne naquit à Bruxelles, le 26 mai 1602, d’une famille de bourgeois aisés, originaires de Reims. Plus encore que par cette lointaine origine, il se rattache à l’école française par sa carrière d’artiste tout entière accomplie en France, depuis ses débuts jusqu’à sa mort. Tout en lui était français, le goût, l’esprit, sa préférence intime. Aussi notre pays a-t-il pris l’habitude de le considérer comme un de ses enfants et il l’honore comme tel au même titre que Poussin, son contemporain, dont l’existence s’écoula presque entièrement à Rome.
II. — PORTRAIT DU CARDINAL DE RICHELIEU
(Musée du Louvre)
Philippe de Champaigne, qui avait été le protégé de Marie de Médicis, aimait peu Richelieu auteur de la disgrâce de la reine-mère. Celui-ci, toutefois, lui marqua toujours une grande estime et lui confia d’importants travaux. L’artiste eut à faire plusieurs fois le portrait du puissant cardinal et notamment celui que nous donnons ici et qui est un véritable chef-d’œuvre.

Dès son jeune âge, il montra de grandes dispositions pour le dessin. Loin de combattre ses goûts, ses parents l’encouragèrent et lui donnèrent des maîtres. A douze ans, il entre dans l’atelier d’un peintre bruxellois, Jean Bouillon, puis dans celui de Michel Bourdeaux. De caractère docile et laborieux, le jeune élève s’adonne au travail avec ardeur, mais peut-être n’eût-il pas réalisé de très grands progrès avec des maîtres aussi médiocres si sa bonne étoile n’avait amené un jour, dans l’atelier de Bourdeaux, un peintre de talent que Rubens appréciait beaucoup. Ce peintre était Jean Fouquières. Il vit les essais de Philippe de Champaigne et s’y intéressa. Il le prit en affection, lui donna des conseils et finalement l’adopta comme élève et collaborateur. Fouquières était paysagiste et décorateur, Champaigne fit du paysage et de la décoration. Il y devint rapidement si habile qu’il put exécuter des tableaux que Fouquières signait hardiment comme étant de sa main, sans que nul s’aperçût de la supercherie. Au demeurant, le maître aimait l’élève et ne cherchait pas à l’exploiter. Appelé à la cour de France avec Rubens pour y travailler à la décoration du palais du Luxembourg, Fouquières n’oublia par son jeune ami demeuré à Bruxelles. Il l’invita bientôt à venir le rejoindre.
Philippe de Champaigne avait dix-neuf ans quand il arriva à Paris. Les succès de son maître avaient éveillé dans sa jeune âme une véritable fringale de gloire, mais son esprit déjà très réfléchi lui fit éviter les occasions de dissipation si nombreuses dans la brillante capitale. Modestement il se logea, comme pensionnaire, au collège de Laon, au pied de la montagne Sainte-Geneviève. Dans cette résidence austère, il fit la rencontre d’un autre peintre, à peine plus âgé que lui, et possédé comme lui de la passion de l’art, Nicolas Poussin. Moins heureux que Champaigne, Poussin, pauvre et sans appuis, avait déjà fait le rude apprentissage de la misère. Parti à pied, par étapes, pour l’Italie, il avait dû s’arrêter à Florence, vaincu par la maladie et la détresse, et il venait à peine de regagner la France lorsque Philippe de Champaigne arriva au collège de Laon. Les deux jeunes gens se lièrent d’amitié ; ils travaillèrent de compagnie, s’acharnant à dessiner jusque très avant dans la nuit, à la lueur d’une chandelle, poussés par un même désir de gloire et apportant, pour l’atteindre, l’un son application flamande, l’autre son indomptable ténacité de Normand.
Tous les deux furent appelés par Fouquières et Rubens à collaborer à la décoration du Luxembourg que Marie de Médicis venait de faire construire. Le directeur de ces travaux de peinture était alors Nicolas Duchesne, artiste consciencieux et non sans mérite, mais dont la réputation n’a pas traversé les siècles. On raconte que Duchesne ne tarda pas à jalouser le jeune artiste et qu’il lui refusa la main de sa fille dont il s’était épris. Un voyage à Bruxelles que fit Champaigne à cette époque permit même de supposer qu’il avait dû renoncer à sa collaboration dans les travaux du palais. Il semble que ce soient là de pures fantaisies. Quoi qu’il en soit, pendant son absence, Nicolas Duchesne mourut. Ce fut l’abbé Maugis, intendant général des bâtiments de la reine-mère, qui lui annonça cette mort, en lui offrant la place devenue vacante. Cette offre montre en quelle estime on tenait déjà le talent du jeune peintre. C’était d’ailleurs une aubaine inespérée qu’il s’empressa de saisir. Cette charge lui valait le titre de peintre de la reine avec logement au Luxembourg et une pension annuelle de 1200 livres, environ 5000 francs de notre monnaie. Il continua donc la décoration du palais, avec l’aide de collaborateurs choisis par lui. Rubens et Poussin n’étaient plus là, étant partis l’un pour Anvers, l’autre pour Rome,mais il s’acquitta néanmoins de sa tâche avec honneur.
Le 30 novembre 1628, c’est-à-dire quelques mois après la mort du Duchesne, il épousait sa fille Charlotte Duchesne, ce qui semble prouver que le père, de son vivant, ne s’était pas opposé à cette union. Philippe de Champaigne assumait d’ailleurs une lourde charge en épousant Charlotte Duchesne; il devenait, par le fait, le tuteur naturel de ses trois cadettes, Geneviève, Denise et Catherine. Mais il était jeune, laborieux, plein de courage et la vie, qui ne s’était pas montrée trop hostile pour ses débuts, lui apparaissait pleine de promesses et d’espoirs.
Sous son habile direction, les travaux du Luxembourg se poursuivirent sans interruption. Ce que fut sa contribution personnelle dans cette décoration, il est bien difficile aujourd’hui de le déterminer. Elle dut être considérable, car Philippe de Champaigne fut toujours un travailleur infatigable. A défaut des œuvres, aujourd’hui disparues, nous avons le témoignage de ses contemporains qui louaient sans restrictions le peintre de la reine-mère. Celle-ci ne lui ménageait pas non plus les marques de sa satisfaction et de sa faveur. Malheureusement, les événements politiques éloignèrent Marie de Médicis de Paris et même de la France: elle dut, ne voulant pas plier, céder la place devant la rancunière hostilité de Richelieu. Philippe de Champaigne, très dévoué à la reine-mère, ressentit vivement cette disgrâce, et bien que sa propre fortune n’ait pas eu à en souffrir, il ne pardonna jamais au puissant cardinal un acte de rigueur considéré par lui comme une injustice.
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