Kitabı oku: «Histoire de l'abbaye de Saint-Maixent et sur ses abbés»
Hilaire Ravan
Essai historique sur l'abbaye de Saint-Maixent et sur ses abbés depuis l'année 459 jusqu'en 1791

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066318833
Table des matières
INTRODUCTION.
PREMIÈRE PARTIE.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
AGAPIT, I er ABBÉ.
ADJUTOR, 2 e ABBÉ.
SAINT LÉGER, 6 e ABBÉ.
AUDULPHE, 7 e ABBÉ.
TETBERG, 9 e ABBÉ.
RAINAUD I er , 10 e ABBÉ.
ABBON, 11 e ABBÉ.
DEUXIÈME ÉPOQUE.
ARNULFE, 12 e ABBÉ.
ADÉMARD I er , 15 e ABBÉ.
ERMENFROI, 16 e ABBÉ.
EBLES, 17 e ABBÉ.
GERBERT II, 22 e ABBÉ.
BERNARD, 23 e ABBÉ.
RAYNAUD II, 24 e ABBÉ.
GULFERT, 25 e ABBÉ.
AMBLARD, 26 e ABBÉ.
EMMON, 27 e ABBÉ.
TROISIÈME ÉPOQUE.
ARCHAMBAUD, 28 e ABBÉ.
AIMERY MAYRISTROLLE, 29 e ABBÉ.
ARCHAMBAUD I er , 30 e ABBÉ.
BENOIST I er , 31 e ABBÉ.
ANGÉSISE, 32 e ABBÉ.
ADAM, 33 e ABBÉ.
ROBERT, 34 e ABBÉ.
GARNIER, 35 e ABBÉ.
GEOFFROY I er , 36 e ABBÉ.
PIERRE I er RAYMOND 37 e . ABBÉ.
ADÉMARD II, 40 e ABBÉ.
MARTIN, 41 e ABBÉ.
QUATRIÈME ÉPOQUE.
AUTRES ABBÉS.
GUILLAUME V DE VESANÇAY, 55 e ABBÉ.
AUTRES ABBÉS.
CINQUIÈME ÉPOQUE.
PIERRE VII DE CLERVAUX, 61 e ABBÉ, ET AUTRES ABBÉS.
SIXIÈME ÉPOQUE.
JEAN II DE SAINT-GELAIS, 72 e ABBÉ.
CATHELIN OU CATHÉRIN CHRÉTIEN, 73 e ABBÉ.
JEAN DE HAUTEFAYE, 74 e ABBÉ.
CATHÉRIN CHRÉTIEN, 75 e ABBÉ.
GUILLAUME VI FOUQUET DE LA VARENNE, 76 e ABBÉ.
JACQUES III LE BER, 77 e ABBÉ.
LOUIS III DE RUACELLAY, 78 e ABBÉ.
SEPTIÈME ÉPOQUE.
BERTRAND DES CHAUX, 79 e ABBÉ.
JEAN-ARMAND DU PLESSIS RICHELIEU, 80 e ABBÉ.
JACQUES DE CREVANT D’HUMIÈRES; 81 e ABBÉ.
BALTHAZARD D’HUMIÈRES, 82 e ABBÉ.
HENRI-CHARLES ARNAULD DE POMPONE, 83 e ABBÉ.
MATHIEU-YSORÉ D’HERVAULT, 84 e ABBÉ.
AUTRES ABBÉS.
LISTE DES ABBÉS DU MONASTÈRE DE SAINT-MAIXENT,
LISTE DES PRIEURS CLAUSTRAUX DE L’ABBAYE.
DEUXIÈME PARTIE.
RECONSTRUCTION DE L’ÉGLISE.
CRYPTE DE L’ÉGLISE.
APPENDICE.
Charte n° 1.
Charte n° 2.
Charte no° 3.
Charte n° 4.
Charte n° 5.
Charte n° 6.
Charte n° 7.
Charte n° 8.
INTRODUCTION.
Table des matières
Autrefois, lorsqu’on écrivait l’histoire du passé, on puisait ses inspirations dans des répertoires apocryphes, ou d’antiques fatras dont l’autorité était douteuse. Ainsi, à l’aide de faits groupés dans un ordre nouveau, auxquels on ajoutait des réflexions ingénieuses, des maximes piquantes, on construisait un ouvrage tel quel, ingénieux, amusant, varié, comme le Louis XI, par exemple, de Jean de Troyes, mais on y eût vainement cherché l’exactitude, la réalité et la vérité que réclame un ouvrage historique.
Ces temps sont heureusement loin de nous. Une nouvelle école, née des enseignements des Guizot, des Augustin Thierry, des Villemain, etc., a démontré combien il était dangereux de croire sur parole ces chroniqueurs dépourvus de critique. L’histoire doit être écrite sur des originaux d’où découle l’instruction des âges suivants. Tout de première main, rien de seconde. Telle est la devise de l’annaliste, tel est le programme de l’érudition moderne.
C’est sous l’influence de ces considérations qu’il nous sera permis de parler de la ville de Saint-Maixent, fondée sous la protection d’un antique monastère. En effet, il nous a suffi de lire les documents recueillis par le savant dom Fonteneau sur l’abbaye dont il s’agit, pour apprécier combien la connaissance des chartes qu’il nous a transmises, est indispensable à ceux qui doivent étudier l’histoire de cet établissement religieux. La société du moyen-âge y apparaît tout entière. C’est dans des milliers de pièces et d’actes, émanés de personnes de toute condition et établissant les rapports qui ont existé entre elles, qu’il nous a fallu chercher la véritable physionomie, les intérêts, les passions et les croyances de cette époque. Les renseignements que ces anciens titres contiennent sont d’autant plus précieux, qu’ils ont été écrits sans aucune prétention historique.
Ce n’est pas seulement dans les pièces et dans les actes que nous venons de signaler, qu’il nous a été permis de découvrir les faits relatifs à la grandeur ou à la décadence de l’abbaye, mais encore dans quelques chartes inédites, échappées jusqu’à ce jour au vandalisme révolutionnaire, chartes très-curieuses dont nous donnerons le texte au cours de notre récit .
Quand on compte les nombreuses propriétés qui couvraient le sol du Poitou et de l’Aunis, et qu’on se rappelle la splendeur et la puissance des abbés de Saint-Maixent, il est facile de se convaincre des ressources que présentent les chartes qui les consacrent. Plus on remonte à une époque reculée, plus leur importance est grande. Cette assertion porte surtout sur les siècles qui ont été remplis par la domination anglaise.
Mais ce ne sont pas encore là tous les documents historiques que nous avons dû consulter; nous avons trouvé encore d’utiles renseignements dans une notice publiée, en 1846, par A.-D. de la Fontenelle de Vaudoré, auteur de plusieurs ouvrages justement estimés, notice imprimée à la suite du journal de Guillaume et de Michel le Riche, avocats du roi à Saint-Maixent.
A l’aide des matériaux authentiques dont nous nous sommes entourés, nous pensons que nos recherches permettront à l’antiquaire de pénétrer au sein de l’un des plus importants établissements monastiques du moyen-âge,.d’assister à sa fondation, à son administration spirituelle et temporelle, à ces luttes sanglantes que soutinrent les religieux, lorsque apparurent dans le Poitou les sectateurs de Calvin; enfin aux divers évènements qui déterminèrent la présence à Saint-Maixent de Clovis Ier, de Pépin, roi d’Aquitaine, de Charles VII, ainsi que celle de la reine de Navarre, Marguerite d’Angoulême, protectrice des doctrines de Luther, et de Catherine de Médicis, dont la politique et l’administration furent si désastreuses pour la France.
PREMIÈRE PARTIE.
Table des matières
FONDATION DE L’ABBAYE.
Parmi les abbayes qui florissaient au dix-huitième siècle dans le diocèse de Poitiers, l’une des plus remarquables était, sans aucun doute, celle à laquelle un religieux nommé Adjutor, originaire de la ville d’Agde avait, en l’an 500, donné le nom de Saint-Maixent. L’histoire de ce monastère offre un grand intérêt, soit que l’on considère l’antiquité de son origine ou les richesses immenses qu’il posséda, soit que l’on envisage les privilèges dont tant de rois le dotèrent, ou enfin les sièges qu’il soutint, les dévastations et les incendies qui tant de fois menacèrent de l’anéantir.
Je crois à propos de rappeler en quelles circonstances fut fondée l’abbaye de Saint-Maixent, quoique plusieurs écrivains aient déjà traité ce sujet: Un pieux religieux du nom d’Agapit, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, ayant été contraint d’abandonner son monastère qu’Attila, roi des Huns , avait détruit, vint en 459 accompagné de quelques moines, chercher un refuge dans la forêt de Vauclair, située sur la rive droite de la Sèvre-Niortaise, et à 18 kilomètres de la ville de Niort. Là., par leurs soins actifs et éclairés, ces pieux cénobites construisirent des cellules et élevèrent dans ce lieu solitaire un oratoire en l’honneur de Saint-Saturnin, évêque de Toulouse et martyr .
Sous la direction de ce premier abbé, nous devons faire remarquer que cet établissement ne possédait aucun revenu; dès lors pour pourvoir à la subsistance et à l’entretien des religieux, de même qu’aux frais du culte et aux réparations de l’église, on conçoit facilement qu’ils devaient être nécessairement économes, sobres et laborieux. Bien que les terres incultes qui entouraient la forêt où les moines s’étaient établis, fussent défrichées et fertilisées par eux-mêmes, néanmoins le revenu modique qu’ils retiraient des travaux auxquels ils se livraient journellement, suffisait à peine à leurs premiers besoins. Ils ne commencèrent donc à augmenter leurs ressources que lorsque des étrangers en grand nombre, arrivant de toutes les parties de la France, vinrent dans l’intention de se fixer dans ce saint lieu. Ce fut alors que les religieux leur cédèrent certaines parties de quelques-unes des terres qu’ils avaient défrichées, afin d’y construire des logements; mais comme cette cession se fit à un prix inférieur à la valeur des terrains concédés, les acheteurs s’engagèrent à payer à l’établissement, soit en nature, soit en monnaie poitevine, une redevance annuelle.
Les religieux attachés à cette abbaye étaient de l’ordre de Saint-Benoît. On connaît les grands hommes que cette congrégation a produits, on sait également qu’elle a été très-utile à la religion et aux lettres. La règle des bénédictins de cet ordre, œuvre vraiment philosophique et morale, recommandait entre autres choses les exercices de piété, la culture des terres, les travaux littéraires et l’enseignement.
Parmi les bienfaiteurs qui favorisèrent cette institution naissante, nous citerons plusieurs Souverains qui, soit par piété, soit par politique, s’attachèrent dans le principe de la monarchie, à inspirer à leurs peuples les sentiments de religion dont ils étaient animés. Ainsi ils élevèrent des autels, construisirent des temples, fondèrent des monastères qu’ils prirent sous leur protection, créèrent des bénéfices et firent des libéralités.
Or, les princes qui se signalèrent par des actes de bienfaisance, en faveur de l’abbaye, que nous rapporterons en leur lieu, furent Clovis, roi très-chrétien; Pépin-le-Bref; Pépin Ier, roi d’Aquitaine; Charlemagne qui agrandit noblement et gouverna heureusement la France; les empereurs Louis-le-Débonnaire et Lothaire son fils; Charles le Chauve et Pépin II.
Plus tard, des lettres de garde-gardienne ou de protection furent accordées par Philippe-Auguste, Philippe-le-Hardi, Philippe-le-Long, Philippe de Valois et Charles VII.
Indépendamment des avantages exclusifs dont jouirent ces pieux solitaires, ils furent encore protégés par les divers papes qui occupèrent le Saint-Siège du XIe au XVe siècle. Les souverains pontifes Pascal II, Innocent II, Eugène III, Alexandre III, Grégoire XI, etc., leur octroyèrent de hautes prérogatives.
Mais ces libéralités, ces privilèges, ces prérogatives, accordées par la munificence des princes et par la puissance des papes, ne furent encore qu’une faible partie des bienfaits affectés au monastère. Après les rois, les plus grands seigneurs, ainsi que plusieurs fidèles apportèrent aussi leurs offrandes. Les premiers abbés du couvent, ainsi que ceux qui leur succédèrent par la suite, durent employer tous les avantages qui leur furent attribués, à faire des acquisitions propres à augmenter les propriétés qu’ils possédaient déjà.
Aux revenus directs que les abbés retirèrent de leurs nombreux domaines, fruits de libéralités publiques et privées, s’ajoutèrent toutes les redevances qu’ils perçurent: cens, dîmes, droits de péage, de passage, etc.; en outre, par suite de concessions accordées par les rois, les papes, les évêques et les seigneurs, l’abbaye put étendre son patronage sur plusieurs églises, prieurés, chapelles, paroisses, ayant sur les uns le droit de collation directe et sur les autres celui de présentation.
Grâce à ces immenses richesses, à ces nombreux priviléges ecclésiastiques conférés aux abbés, leur puissance temporelle égala, bientôt leur opulence. Dès le moyen-âge ils comptèrent pour vassaux les plus grands seigneurs du Poitou qui leur rendaient foi et hommage. Parmi ceux-ci, on remarquait Hugues Brun, seigneur de Lusignan; un autre Hugues Brun, comte de la Marche et d’Angoulême, seigneur de Couhé ; Aymard, fils de Hugues, comte de la Marche; Hugues l’Archevêque, seigneur de Parthenay et de Vouvant; Arthur, fils du duc de Bretagne, comte de Richemont, seigneur de Parthenay et connétable de France, etc.
En conférant au monastère toutes ces dotations et de si nombreux privilèges, les princes et seigneurs de ce temps étaient sans doute déterminés par le double motif de la piété et de la politique; car il leur importait d’accorder au clergé régulier une utile prépondérance; mais le résultat dépassa leurs prévisions, puisque les religieux placés dans des conditions si brillantes devaient finir par avoir la haute main sur la direction des affaires spirituelles et temporelles. Mais ces hautes prérogatives, ces sages institutions que le moyen-âge protégea pendant bien des siècles, étant devenues plus tard incompatibles avec les idées professées en 1789, elles furent détruites par la Révolution.
Pour donner une idée plus juste et plus étendue des divers événements qui se sont produits du ve au XVIIIe siècle, c’est-à-dire depuis la fondation de l’abbaye jusqu’à sa chûte, en 1791, nous allons diviser notre histoire par époques.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
Table des matières
Depuis l’année 459 jusqu’à l’invasion des Normands en 814 et en 855.
AGAPIT, Ier ABBÉ.
Table des matières
459-499.
Nous avons déjà expliqué dans la première partie de notre travail ce qu’était cet abbé, la cause qui avait motivé sa fuite du monastère de Saint-Hilaire de Poitiers et son établissement, avec quelques moines, dans la forêt de Vauclair, par conséquent nous n’insisterons pas davantage; seulement, nous ferons remarquer que, vers l’année 500, il se démit de ses fonctions d’abbé ; qu’il vivait en 507, lorsque Clovis vint à l’oratoire, après avoir battu et tué de sa propre main, Alaric, roi des Visigoths , dans une bataille livrée à Vouillé, près Poitiers; que si l’époque de la mort d’Agapit nous est inconnue, il est certain qu’il fut inhumé dans l’église de Saint-Saturnin où fut trouvée, en 1099, sa dépouille mortelle.
ADJUTOR, 2e ABBÉ.
Table des matières
500-515.
Au digne abbé Agapit succéda, en 500, Adjutor. Cet homme éminent était de la ville d’Agde. Ses parents que la noblesse distinguait, le mirent sous la discipline d’un religieux nommé Sévère, qui était venu de Syrie se fixer à Agde. Adjutor fit bientôt sous cet habile directeur de grands progrès dans la science des Saints et dans la pratique des vertus évangéliques. Ses talents lui attirèrent d’un côté les applaudissements et le respect des gens de bien, et de l’autre l’envie et la persécution des méchants. Pensant qu’il n’y avait que la retraite et l’éloignement qui fussent capables de le délivrer des uns et des autres, il prit la résolution d’abandonner sa patrie et dirigea ses pas vers le Poitou, attiré dans cette contrée par la réputation justement méritée dont jouissait la mémoire du grand saint Hilaire; il se mit ensuite sous la conduite d’Agapit, auquel l’éclat de son enseignement et de sa réputation de haute vertu, attiraient d’illustres disciples de toute la France et de plusieurs pays de l’Europe. Pour demeurer inconnu et empêcher ses parents et ses amis de venir le troubler dans ses exercices de piété, il changea alors son nom d’Adjutor en celui de Maixent
Ce nouveau religieux si humble, si mortifié, si plein de charité et si éclairé dans les choses de Dieu, fut bientôt élu par la communauté, aux suffrages de laquelle l’éclat de ses vertus, la fermeté de son caractère, tempéré par une douce charité, le désignaient d’avance.
Dieu, voulant faire connaître combien la conduite d’un serviteur si affectionné lui était agréable, le favorisa du don des miracles. Grégoire de Tours, le père de notre histoire, nous a transmis à ce sujet le fait suivant:
«Il y avait déjà quelques années que Maixent gouvernait son
«monastère, lorsque Clovis, roi de France, déclara la guerre à
«Alaric, roi des Visigoths, lequel régnait dans une grande partie
«de l’Espagne et de l’Aquitaine. En ce temps-là, les moines voyant
«un détachement de soldats du camp s’approcher de leur monas-
«tère, prièrent leur supérieur de sortir de sa cellule, afin de les
«préserver de cette invasion. Comme il tardait à se rendre à cette
«prière et leur frayeur augmentant, ils l’obligèrent de sortir.
«Alors l’abbé se porta à la rencontre des militaires, comme aurait
«fait un médiateur qui aurait voulu traiter de la paix. L’un d’eux
«s’approche du vénérable Maixent; mais peu sensible aux repré-
«sentations qui lui sont faites, il tire aussitôt sa dague afin de
«trancher la tête du saint confesseur, mais la main de l’assaillant,
«levée pour frapper, demeure sans mouvement; saisi d’étonne-
«ment et de respect, le soldat se jette à ses genoux pour invoquer
«son pardon. Le bienheureux Maixent, pénétré de son repentir,
«s’empresse aussitôt de frotter le bras malade avec de l’huile
«bénite, et ayant fait le signe de la croix, la guérison fut opérée.»
Cet événement miraculeux sera, sans doute, regardé par certains détracteurs comme peu croyable; quant à nous, nous le considérons comme ayant été inspiré par la toute-puissance divine, au moment où la vie du saint abbé était menacée.
Saint Maixent ayant heureusement fourni la carrière où Dieu l’avait fait entrer, mourut dans son monastère le XXVI des calendes de juillet 515, âgé de 77 ans. Il fut inhumé dans l’église de Saint-Saturnin. Ses obsèques furent célébrées avec les honneurs, la pompe, la magnificence et les cérémonies religieuses qu’exigeaient son nom et sa naissance; sa dépouille mortelle était précédée par la communauté entière des moines. Ce cortège, silencieux dans sa marche, lugubre dans son appareil, déposa ses restes mortels dans le tombeau qui lui était destiné. Quelque temps après, ces mêmes restes en ayant été extraits, furent déposés dans la basilique du monastère; puis, dans la crainte des Normands dont on redoutait l’invasion, on les transféra dans divers lieux.
Pendant le gouvernement de ce pieux confesseur dont la perte était d’autant plus profonde qu’elle était plus sentie, et d’autant plus sincère qu’elle était générale, il avait nommé neuf officiers claustraux auxquels il confiait la gestion des affaires de l’abbaye; ces officiers étaient l’aumônier, le chantre, le sacristain, l’infirmier, le cellérier, le chambrier, le prévôt et le pitancier. Il avait aussi jeté les bases de l’établissement dont l’organisation avait été confiée à son zèle éclairé.
SAINT LÉGER, 6e ABBÉ.
Table des matières
640-681.
Sur la liste des abbés de Saint-Maixent, ne trouvant, dans aucun document authentique que nous ayons pu consulter, de renseignements sur les religieux qui ont dû administrer le monastère de 515 à 640, nous dirons que saint Léger, né en 616, noble Frank, d’une maison très-illustre, fut envoyé fort jeune par ses parents à la cour de Clotaire II, roi de France. Ce prince le mit sous la conduite de l’évêque de Poitiers qui l’ordonna diacre à 20 ans, puis grand archidiacre de son église. Saint-Léger fut ensuite élu abbé de Saint-Maixent en 640, et 6 ans après il fut appelé par la reine Bathilde qui gouvernait alors l’Etat comme régente, pendant la minorité de Clotaire III, fils de Clovis II, pour l’aider de ses conseils dans l’administration des affaires publiques. Il s’acquit une si grande estime à la cour qu’il fut bientôt promu à l’évêché d’Autun et invité à donner des soins au gouvernement de l’Etat. Pendant qu’il s’attirait l’estime et l’admiration de ses diocésains, le roi Clotaire mourut. A l’occasion de cet événement si inattendu, les grands du royaume s’assemblèrent, afin de placer Childéric II sur le trône, bien qu’Ebroïn, maire du palais, employât tous les moyens en son pouvoir pour faire donner la couronne à Thierry, frère puîné de Childéric. Saint Léger se trouva à cette assemblée et obtint qu’Ebroïn fut seulement relégué dans l’abbaye de Luxeuil, au comté de Bourgogne. Childéric retint saint Léger à sa cour.
Ceux à qui la probité de ce prélat ne pouvait plaire, le calomnièrent injustement auprès du roi qui, ayant ajouté foi à ces fausses imputations, le condamna à être renfermé dans le monastère de Luxeuil où était Ebroïn. Le meurtre de ce prince, arrivé en 673, changea bientôt la face des affaires. Ebroïn se rétablit dans son poste sous le règne de Thierry, et saint Léger revint dans son diocèse. Ce fut alors que le maire du palais résolut de se venger de ce saint prélat, qu’il accusa d’avoir autrefois contribué à sa disgrâce; en conséquence, il envoya à Autun Didon et Weimar avec des troupes pour se saisir de sa personne. Le vénérable évêque, n’ayant fait aucune résistance, ils lui crevèrent les yeux et l’enfermèrent dans un monastère.
Deux ans après, Ebroïn le fait venir à la cour et l’accuse devant le roi d’avoir trempé dans le meurtre de Childéric II, qui venait de tomber sous le fer du seigneur Bodillon, accusation qu’il repoussa et dont il n’eut pas de peine à se justifier; mais l’implacable Ebroïn, auteur de tous les troubles qui agitèrent la France en 680, le fit décapiter; son corps, trouvé dans une forêt, au diocèse d’Arras, fut enterré dans le village de Sarfingue.
En 681, Ebroïn fut tué lui-même en Neustrie, par un seigneur nommé Hermanfroi, qu’il avait dépouillé de ses biens, fin très méritée par un homme dont le génie turbulent mettait tout en combustion autour de lui et semait partout la discorde.