Kitabı oku: «Histoire de l'abbaye de Saint-Maixent et sur ses abbés»
Hilaire Ravan
Essai historique sur l'abbaye de Saint-Maixent et sur ses abbés depuis l'année 459 jusqu'en 1791

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066318833
Table des matières
INTRODUCTION.
PREMIÈRE PARTIE.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
AGAPIT, I er ABBÉ.
ADJUTOR, 2 e ABBÉ.
SAINT LÉGER, 6 e ABBÉ.
AUDULPHE, 7 e ABBÉ.
TETBERG, 9 e ABBÉ.
RAINAUD I er , 10 e ABBÉ.
ABBON, 11 e ABBÉ.
DEUXIÈME ÉPOQUE.
ARNULFE, 12 e ABBÉ.
ADÉMARD I er , 15 e ABBÉ.
ERMENFROI, 16 e ABBÉ.
EBLES, 17 e ABBÉ.
GERBERT II, 22 e ABBÉ.
BERNARD, 23 e ABBÉ.
RAYNAUD II, 24 e ABBÉ.
GULFERT, 25 e ABBÉ.
AMBLARD, 26 e ABBÉ.
EMMON, 27 e ABBÉ.
TROISIÈME ÉPOQUE.
ARCHAMBAUD, 28 e ABBÉ.
AIMERY MAYRISTROLLE, 29 e ABBÉ.
ARCHAMBAUD I er , 30 e ABBÉ.
BENOIST I er , 31 e ABBÉ.
ANGÉSISE, 32 e ABBÉ.
ADAM, 33 e ABBÉ.
ROBERT, 34 e ABBÉ.
GARNIER, 35 e ABBÉ.
GEOFFROY I er , 36 e ABBÉ.
PIERRE I er RAYMOND 37 e . ABBÉ.
ADÉMARD II, 40 e ABBÉ.
MARTIN, 41 e ABBÉ.
QUATRIÈME ÉPOQUE.
AUTRES ABBÉS.
GUILLAUME V DE VESANÇAY, 55 e ABBÉ.
AUTRES ABBÉS.
CINQUIÈME ÉPOQUE.
PIERRE VII DE CLERVAUX, 61 e ABBÉ, ET AUTRES ABBÉS.
SIXIÈME ÉPOQUE.
JEAN II DE SAINT-GELAIS, 72 e ABBÉ.
CATHELIN OU CATHÉRIN CHRÉTIEN, 73 e ABBÉ.
JEAN DE HAUTEFAYE, 74 e ABBÉ.
CATHÉRIN CHRÉTIEN, 75 e ABBÉ.
GUILLAUME VI FOUQUET DE LA VARENNE, 76 e ABBÉ.
JACQUES III LE BER, 77 e ABBÉ.
LOUIS III DE RUACELLAY, 78 e ABBÉ.
SEPTIÈME ÉPOQUE.
BERTRAND DES CHAUX, 79 e ABBÉ.
JEAN-ARMAND DU PLESSIS RICHELIEU, 80 e ABBÉ.
JACQUES DE CREVANT D’HUMIÈRES; 81 e ABBÉ.
BALTHAZARD D’HUMIÈRES, 82 e ABBÉ.
HENRI-CHARLES ARNAULD DE POMPONE, 83 e ABBÉ.
MATHIEU-YSORÉ D’HERVAULT, 84 e ABBÉ.
AUTRES ABBÉS.
LISTE DES ABBÉS DU MONASTÈRE DE SAINT-MAIXENT,
LISTE DES PRIEURS CLAUSTRAUX DE L’ABBAYE.
DEUXIÈME PARTIE.
RECONSTRUCTION DE L’ÉGLISE.
CRYPTE DE L’ÉGLISE.
APPENDICE.
Charte n° 1.
Charte n° 2.
Charte no° 3.
Charte n° 4.
Charte n° 5.
Charte n° 6.
Charte n° 7.
Charte n° 8.
INTRODUCTION.
Table des matières
Autrefois, lorsqu’on écrivait l’histoire du passé, on puisait ses inspirations dans des répertoires apocryphes, ou d’antiques fatras dont l’autorité était douteuse. Ainsi, à l’aide de faits groupés dans un ordre nouveau, auxquels on ajoutait des réflexions ingénieuses, des maximes piquantes, on construisait un ouvrage tel quel, ingénieux, amusant, varié, comme le Louis XI, par exemple, de Jean de Troyes, mais on y eût vainement cherché l’exactitude, la réalité et la vérité que réclame un ouvrage historique.
Ces temps sont heureusement loin de nous. Une nouvelle école, née des enseignements des Guizot, des Augustin Thierry, des Villemain, etc., a démontré combien il était dangereux de croire sur parole ces chroniqueurs dépourvus de critique. L’histoire doit être écrite sur des originaux d’où découle l’instruction des âges suivants. Tout de première main, rien de seconde. Telle est la devise de l’annaliste, tel est le programme de l’érudition moderne.
C’est sous l’influence de ces considérations qu’il nous sera permis de parler de la ville de Saint-Maixent, fondée sous la protection d’un antique monastère. En effet, il nous a suffi de lire les documents recueillis par le savant dom Fonteneau sur l’abbaye dont il s’agit, pour apprécier combien la connaissance des chartes qu’il nous a transmises, est indispensable à ceux qui doivent étudier l’histoire de cet établissement religieux. La société du moyen-âge y apparaît tout entière. C’est dans des milliers de pièces et d’actes, émanés de personnes de toute condition et établissant les rapports qui ont existé entre elles, qu’il nous a fallu chercher la véritable physionomie, les intérêts, les passions et les croyances de cette époque. Les renseignements que ces anciens titres contiennent sont d’autant plus précieux, qu’ils ont été écrits sans aucune prétention historique.
Ce n’est pas seulement dans les pièces et dans les actes que nous venons de signaler, qu’il nous a été permis de découvrir les faits relatifs à la grandeur ou à la décadence de l’abbaye, mais encore dans quelques chartes inédites, échappées jusqu’à ce jour au vandalisme révolutionnaire, chartes très-curieuses dont nous donnerons le texte au cours de notre récit .
Quand on compte les nombreuses propriétés qui couvraient le sol du Poitou et de l’Aunis, et qu’on se rappelle la splendeur et la puissance des abbés de Saint-Maixent, il est facile de se convaincre des ressources que présentent les chartes qui les consacrent. Plus on remonte à une époque reculée, plus leur importance est grande. Cette assertion porte surtout sur les siècles qui ont été remplis par la domination anglaise.
Mais ce ne sont pas encore là tous les documents historiques que nous avons dû consulter; nous avons trouvé encore d’utiles renseignements dans une notice publiée, en 1846, par A.-D. de la Fontenelle de Vaudoré, auteur de plusieurs ouvrages justement estimés, notice imprimée à la suite du journal de Guillaume et de Michel le Riche, avocats du roi à Saint-Maixent.
A l’aide des matériaux authentiques dont nous nous sommes entourés, nous pensons que nos recherches permettront à l’antiquaire de pénétrer au sein de l’un des plus importants établissements monastiques du moyen-âge,.d’assister à sa fondation, à son administration spirituelle et temporelle, à ces luttes sanglantes que soutinrent les religieux, lorsque apparurent dans le Poitou les sectateurs de Calvin; enfin aux divers évènements qui déterminèrent la présence à Saint-Maixent de Clovis Ier, de Pépin, roi d’Aquitaine, de Charles VII, ainsi que celle de la reine de Navarre, Marguerite d’Angoulême, protectrice des doctrines de Luther, et de Catherine de Médicis, dont la politique et l’administration furent si désastreuses pour la France.
PREMIÈRE PARTIE.
Table des matières
FONDATION DE L’ABBAYE.
Parmi les abbayes qui florissaient au dix-huitième siècle dans le diocèse de Poitiers, l’une des plus remarquables était, sans aucun doute, celle à laquelle un religieux nommé Adjutor, originaire de la ville d’Agde avait, en l’an 500, donné le nom de Saint-Maixent. L’histoire de ce monastère offre un grand intérêt, soit que l’on considère l’antiquité de son origine ou les richesses immenses qu’il posséda, soit que l’on envisage les privilèges dont tant de rois le dotèrent, ou enfin les sièges qu’il soutint, les dévastations et les incendies qui tant de fois menacèrent de l’anéantir.
Je crois à propos de rappeler en quelles circonstances fut fondée l’abbaye de Saint-Maixent, quoique plusieurs écrivains aient déjà traité ce sujet: Un pieux religieux du nom d’Agapit, abbé de Saint-Hilaire de Poitiers, ayant été contraint d’abandonner son monastère qu’Attila, roi des Huns , avait détruit, vint en 459 accompagné de quelques moines, chercher un refuge dans la forêt de Vauclair, située sur la rive droite de la Sèvre-Niortaise, et à 18 kilomètres de la ville de Niort. Là., par leurs soins actifs et éclairés, ces pieux cénobites construisirent des cellules et élevèrent dans ce lieu solitaire un oratoire en l’honneur de Saint-Saturnin, évêque de Toulouse et martyr .
Sous la direction de ce premier abbé, nous devons faire remarquer que cet établissement ne possédait aucun revenu; dès lors pour pourvoir à la subsistance et à l’entretien des religieux, de même qu’aux frais du culte et aux réparations de l’église, on conçoit facilement qu’ils devaient être nécessairement économes, sobres et laborieux. Bien que les terres incultes qui entouraient la forêt où les moines s’étaient établis, fussent défrichées et fertilisées par eux-mêmes, néanmoins le revenu modique qu’ils retiraient des travaux auxquels ils se livraient journellement, suffisait à peine à leurs premiers besoins. Ils ne commencèrent donc à augmenter leurs ressources que lorsque des étrangers en grand nombre, arrivant de toutes les parties de la France, vinrent dans l’intention de se fixer dans ce saint lieu. Ce fut alors que les religieux leur cédèrent certaines parties de quelques-unes des terres qu’ils avaient défrichées, afin d’y construire des logements; mais comme cette cession se fit à un prix inférieur à la valeur des terrains concédés, les acheteurs s’engagèrent à payer à l’établissement, soit en nature, soit en monnaie poitevine, une redevance annuelle.
Les religieux attachés à cette abbaye étaient de l’ordre de Saint-Benoît. On connaît les grands hommes que cette congrégation a produits, on sait également qu’elle a été très-utile à la religion et aux lettres. La règle des bénédictins de cet ordre, œuvre vraiment philosophique et morale, recommandait entre autres choses les exercices de piété, la culture des terres, les travaux littéraires et l’enseignement.
Parmi les bienfaiteurs qui favorisèrent cette institution naissante, nous citerons plusieurs Souverains qui, soit par piété, soit par politique, s’attachèrent dans le principe de la monarchie, à inspirer à leurs peuples les sentiments de religion dont ils étaient animés. Ainsi ils élevèrent des autels, construisirent des temples, fondèrent des monastères qu’ils prirent sous leur protection, créèrent des bénéfices et firent des libéralités.
Or, les princes qui se signalèrent par des actes de bienfaisance, en faveur de l’abbaye, que nous rapporterons en leur lieu, furent Clovis, roi très-chrétien; Pépin-le-Bref; Pépin Ier, roi d’Aquitaine; Charlemagne qui agrandit noblement et gouverna heureusement la France; les empereurs Louis-le-Débonnaire et Lothaire son fils; Charles le Chauve et Pépin II.
Plus tard, des lettres de garde-gardienne ou de protection furent accordées par Philippe-Auguste, Philippe-le-Hardi, Philippe-le-Long, Philippe de Valois et Charles VII.
Indépendamment des avantages exclusifs dont jouirent ces pieux solitaires, ils furent encore protégés par les divers papes qui occupèrent le Saint-Siège du XIe au XVe siècle. Les souverains pontifes Pascal II, Innocent II, Eugène III, Alexandre III, Grégoire XI, etc., leur octroyèrent de hautes prérogatives.
Mais ces libéralités, ces privilèges, ces prérogatives, accordées par la munificence des princes et par la puissance des papes, ne furent encore qu’une faible partie des bienfaits affectés au monastère. Après les rois, les plus grands seigneurs, ainsi que plusieurs fidèles apportèrent aussi leurs offrandes. Les premiers abbés du couvent, ainsi que ceux qui leur succédèrent par la suite, durent employer tous les avantages qui leur furent attribués, à faire des acquisitions propres à augmenter les propriétés qu’ils possédaient déjà.
Aux revenus directs que les abbés retirèrent de leurs nombreux domaines, fruits de libéralités publiques et privées, s’ajoutèrent toutes les redevances qu’ils perçurent: cens, dîmes, droits de péage, de passage, etc.; en outre, par suite de concessions accordées par les rois, les papes, les évêques et les seigneurs, l’abbaye put étendre son patronage sur plusieurs églises, prieurés, chapelles, paroisses, ayant sur les uns le droit de collation directe et sur les autres celui de présentation.
Grâce à ces immenses richesses, à ces nombreux priviléges ecclésiastiques conférés aux abbés, leur puissance temporelle égala, bientôt leur opulence. Dès le moyen-âge ils comptèrent pour vassaux les plus grands seigneurs du Poitou qui leur rendaient foi et hommage. Parmi ceux-ci, on remarquait Hugues Brun, seigneur de Lusignan; un autre Hugues Brun, comte de la Marche et d’Angoulême, seigneur de Couhé ; Aymard, fils de Hugues, comte de la Marche; Hugues l’Archevêque, seigneur de Parthenay et de Vouvant; Arthur, fils du duc de Bretagne, comte de Richemont, seigneur de Parthenay et connétable de France, etc.
En conférant au monastère toutes ces dotations et de si nombreux privilèges, les princes et seigneurs de ce temps étaient sans doute déterminés par le double motif de la piété et de la politique; car il leur importait d’accorder au clergé régulier une utile prépondérance; mais le résultat dépassa leurs prévisions, puisque les religieux placés dans des conditions si brillantes devaient finir par avoir la haute main sur la direction des affaires spirituelles et temporelles. Mais ces hautes prérogatives, ces sages institutions que le moyen-âge protégea pendant bien des siècles, étant devenues plus tard incompatibles avec les idées professées en 1789, elles furent détruites par la Révolution.
Pour donner une idée plus juste et plus étendue des divers événements qui se sont produits du ve au XVIIIe siècle, c’est-à-dire depuis la fondation de l’abbaye jusqu’à sa chûte, en 1791, nous allons diviser notre histoire par époques.
PREMIÈRE ÉPOQUE.
Table des matières
Depuis l’année 459 jusqu’à l’invasion des Normands en 814 et en 855.
AGAPIT, Ier ABBÉ.
Table des matières
459-499.
Nous avons déjà expliqué dans la première partie de notre travail ce qu’était cet abbé, la cause qui avait motivé sa fuite du monastère de Saint-Hilaire de Poitiers et son établissement, avec quelques moines, dans la forêt de Vauclair, par conséquent nous n’insisterons pas davantage; seulement, nous ferons remarquer que, vers l’année 500, il se démit de ses fonctions d’abbé ; qu’il vivait en 507, lorsque Clovis vint à l’oratoire, après avoir battu et tué de sa propre main, Alaric, roi des Visigoths , dans une bataille livrée à Vouillé, près Poitiers; que si l’époque de la mort d’Agapit nous est inconnue, il est certain qu’il fut inhumé dans l’église de Saint-Saturnin où fut trouvée, en 1099, sa dépouille mortelle.
ADJUTOR, 2e ABBÉ.
Table des matières
500-515.
Au digne abbé Agapit succéda, en 500, Adjutor. Cet homme éminent était de la ville d’Agde. Ses parents que la noblesse distinguait, le mirent sous la discipline d’un religieux nommé Sévère, qui était venu de Syrie se fixer à Agde. Adjutor fit bientôt sous cet habile directeur de grands progrès dans la science des Saints et dans la pratique des vertus évangéliques. Ses talents lui attirèrent d’un côté les applaudissements et le respect des gens de bien, et de l’autre l’envie et la persécution des méchants. Pensant qu’il n’y avait que la retraite et l’éloignement qui fussent capables de le délivrer des uns et des autres, il prit la résolution d’abandonner sa patrie et dirigea ses pas vers le Poitou, attiré dans cette contrée par la réputation justement méritée dont jouissait la mémoire du grand saint Hilaire; il se mit ensuite sous la conduite d’Agapit, auquel l’éclat de son enseignement et de sa réputation de haute vertu, attiraient d’illustres disciples de toute la France et de plusieurs pays de l’Europe. Pour demeurer inconnu et empêcher ses parents et ses amis de venir le troubler dans ses exercices de piété, il changea alors son nom d’Adjutor en celui de Maixent
Ce nouveau religieux si humble, si mortifié, si plein de charité et si éclairé dans les choses de Dieu, fut bientôt élu par la communauté, aux suffrages de laquelle l’éclat de ses vertus, la fermeté de son caractère, tempéré par une douce charité, le désignaient d’avance.
Dieu, voulant faire connaître combien la conduite d’un serviteur si affectionné lui était agréable, le favorisa du don des miracles. Grégoire de Tours, le père de notre histoire, nous a transmis à ce sujet le fait suivant:
«Il y avait déjà quelques années que Maixent gouvernait son
«monastère, lorsque Clovis, roi de France, déclara la guerre à
«Alaric, roi des Visigoths, lequel régnait dans une grande partie
«de l’Espagne et de l’Aquitaine. En ce temps-là, les moines voyant
«un détachement de soldats du camp s’approcher de leur monas-
«tère, prièrent leur supérieur de sortir de sa cellule, afin de les
«préserver de cette invasion. Comme il tardait à se rendre à cette
«prière et leur frayeur augmentant, ils l’obligèrent de sortir.
«Alors l’abbé se porta à la rencontre des militaires, comme aurait
«fait un médiateur qui aurait voulu traiter de la paix. L’un d’eux
«s’approche du vénérable Maixent; mais peu sensible aux repré-
«sentations qui lui sont faites, il tire aussitôt sa dague afin de
«trancher la tête du saint confesseur, mais la main de l’assaillant,
«levée pour frapper, demeure sans mouvement; saisi d’étonne-
«ment et de respect, le soldat se jette à ses genoux pour invoquer
«son pardon. Le bienheureux Maixent, pénétré de son repentir,
«s’empresse aussitôt de frotter le bras malade avec de l’huile
«bénite, et ayant fait le signe de la croix, la guérison fut opérée.»
Cet événement miraculeux sera, sans doute, regardé par certains détracteurs comme peu croyable; quant à nous, nous le considérons comme ayant été inspiré par la toute-puissance divine, au moment où la vie du saint abbé était menacée.
Saint Maixent ayant heureusement fourni la carrière où Dieu l’avait fait entrer, mourut dans son monastère le XXVI des calendes de juillet 515, âgé de 77 ans. Il fut inhumé dans l’église de Saint-Saturnin. Ses obsèques furent célébrées avec les honneurs, la pompe, la magnificence et les cérémonies religieuses qu’exigeaient son nom et sa naissance; sa dépouille mortelle était précédée par la communauté entière des moines. Ce cortège, silencieux dans sa marche, lugubre dans son appareil, déposa ses restes mortels dans le tombeau qui lui était destiné. Quelque temps après, ces mêmes restes en ayant été extraits, furent déposés dans la basilique du monastère; puis, dans la crainte des Normands dont on redoutait l’invasion, on les transféra dans divers lieux.
Pendant le gouvernement de ce pieux confesseur dont la perte était d’autant plus profonde qu’elle était plus sentie, et d’autant plus sincère qu’elle était générale, il avait nommé neuf officiers claustraux auxquels il confiait la gestion des affaires de l’abbaye; ces officiers étaient l’aumônier, le chantre, le sacristain, l’infirmier, le cellérier, le chambrier, le prévôt et le pitancier. Il avait aussi jeté les bases de l’établissement dont l’organisation avait été confiée à son zèle éclairé.
SAINT LÉGER, 6e ABBÉ.
Table des matières
640-681.
Sur la liste des abbés de Saint-Maixent, ne trouvant, dans aucun document authentique que nous ayons pu consulter, de renseignements sur les religieux qui ont dû administrer le monastère de 515 à 640, nous dirons que saint Léger, né en 616, noble Frank, d’une maison très-illustre, fut envoyé fort jeune par ses parents à la cour de Clotaire II, roi de France. Ce prince le mit sous la conduite de l’évêque de Poitiers qui l’ordonna diacre à 20 ans, puis grand archidiacre de son église. Saint-Léger fut ensuite élu abbé de Saint-Maixent en 640, et 6 ans après il fut appelé par la reine Bathilde qui gouvernait alors l’Etat comme régente, pendant la minorité de Clotaire III, fils de Clovis II, pour l’aider de ses conseils dans l’administration des affaires publiques. Il s’acquit une si grande estime à la cour qu’il fut bientôt promu à l’évêché d’Autun et invité à donner des soins au gouvernement de l’Etat. Pendant qu’il s’attirait l’estime et l’admiration de ses diocésains, le roi Clotaire mourut. A l’occasion de cet événement si inattendu, les grands du royaume s’assemblèrent, afin de placer Childéric II sur le trône, bien qu’Ebroïn, maire du palais, employât tous les moyens en son pouvoir pour faire donner la couronne à Thierry, frère puîné de Childéric. Saint Léger se trouva à cette assemblée et obtint qu’Ebroïn fut seulement relégué dans l’abbaye de Luxeuil, au comté de Bourgogne. Childéric retint saint Léger à sa cour.
Ceux à qui la probité de ce prélat ne pouvait plaire, le calomnièrent injustement auprès du roi qui, ayant ajouté foi à ces fausses imputations, le condamna à être renfermé dans le monastère de Luxeuil où était Ebroïn. Le meurtre de ce prince, arrivé en 673, changea bientôt la face des affaires. Ebroïn se rétablit dans son poste sous le règne de Thierry, et saint Léger revint dans son diocèse. Ce fut alors que le maire du palais résolut de se venger de ce saint prélat, qu’il accusa d’avoir autrefois contribué à sa disgrâce; en conséquence, il envoya à Autun Didon et Weimar avec des troupes pour se saisir de sa personne. Le vénérable évêque, n’ayant fait aucune résistance, ils lui crevèrent les yeux et l’enfermèrent dans un monastère.
Deux ans après, Ebroïn le fait venir à la cour et l’accuse devant le roi d’avoir trempé dans le meurtre de Childéric II, qui venait de tomber sous le fer du seigneur Bodillon, accusation qu’il repoussa et dont il n’eut pas de peine à se justifier; mais l’implacable Ebroïn, auteur de tous les troubles qui agitèrent la France en 680, le fit décapiter; son corps, trouvé dans une forêt, au diocèse d’Arras, fut enterré dans le village de Sarfingue.
En 681, Ebroïn fut tué lui-même en Neustrie, par un seigneur nommé Hermanfroi, qu’il avait dépouillé de ses biens, fin très méritée par un homme dont le génie turbulent mettait tout en combustion autour de lui et semait partout la discorde.
AUDULPHE, 7e ABBÉ.
Table des matières
681-685.
Pendant que l’abbé Audulphe gouvernait l’abbaye, l’évêque de Poitiers, Ansoalde, parent de saint Léger qu’il considérait comme étant mort pour la foi divine, chargea ce religieux d’aller dans le nord de la France chercher les restes mortels de ce saint martyr, pour les déposer à Saint-Maixent, où il avait été élu abbé. A l’occasion de cette translation, une vive contestation s’éleva entre le clergé d’Autun, dont saint Léger avait été l’évêque diocésain, celui d’Arras sur le territoire duquel il avait été martyrisé si cruellement, et enfin l’évêque de Poitiers, sous lequel il avait été diacre, puis grand archidiacre. Malgré ce débat, le sort favorisa le prélat Ansoalde. D’une commune voix les reliques de saint Léger lui furent accordées et on lui donna la permission de les enlever.
L’évêque Ansoalde chargea de ce soin le vénérable abbé de Saint-Maixent. Celui-ci fit transporter les restes de saint Léger dans son monastère. Des miracles,, qui s’opéraient en Artois sur le tombeau de ce saint, continuèrent à suivre son corps en Poitou. Pendant la translation, Audulphe en recueillit quelques-uns et les fit connaître à l’abbesse Ermenane qui l’en avait prié. Dans son récit, cet abbé disait que ces miracles étaient tellement nombreux qu’il y aurait de quoi en faire un volume plus gros que le psautier. A Poitiers on laissa pendant quelque temps les reliques de saint Léger, afin de satisfaire à la dévotion des peuples qui accouraient de toutes parts pour prier sur le tombeau de ce saint dont les miracles avaient eu un aussi grand retentissement.
Les religieux de Saint-Maixent considérant saint Léger comme l’un de leurs principaux abbés, s’empressèrent de recevoir dans leur monastère les restes du saint homme. Mais l’évêque Ansoalde, voulant signaler sa vénération à l’occasion de ce précieux dépôt, fit bâtir une église d’une structure toute nouvelle et tout-à-fait différente des autres construites jusqu’à ce jour. Il vint lui-même en faire la dédicace lorsqu’elle fut terminée, et ordonna que le tombeau de saint Léger y serait placé.
Les recherches que nous avons faites de 686 à 814 n’ayant pu nous faire découvrir quels furent les différents religieux qui administrèrent successivement le monastère pendant cette période, nous nous bornerons à dire que vers 814, les Normands envahirent l’Aquitaine et par suite le Poitou, soumis à l’empereur Charlemagne et à ses descendants, et répandirent partout la désolation la plus profonde dont nos annales aient conservé le souvenir. Les monastères étant surtout en proie à leurs attaques et à leur cupidité, l’abbaye de Saint-Maixent reçut bientôt la visite de ces hordes sanguinaires; à leur approche, l’abbé et ses religieux eurent à peine le temps de se soustraire à leur fureur. Dans leur fuite précipitée, ils ne purent emporter que les restes de leur bienheureux patron et ceux de l’infortuné saint Léger, restes mortels qu’ils transportèrent d’abord en Bretagne, puis en Auvergne où l’on espérait plus de sécurité contre les insultes de ces bandes dévastatrices.
Les Normands, attirés par le riche butin que pouvait leur procurer leur cruelle expédition et encouragés d’ailleurs par le défaut de résistance, se précipitèrent bien vite dans l’abbaye, et après avoir pillé les ornements et les vases sacrés, ils détruisirent cet établissement jusque dans ses fondements.
TETBERG, 9e ABBÉ.
Table des matières
815-824.
Il semblerait que les malheurs arrivés à l’abbaye, les perles qu’elle avait éprouvées et les dangers que ses religieux avaient courus, auraient dû ralentir le zèle, refroidir la piété des princes et leur faire craindre pour l’avenir de pareilles dévastations de la part de ces barbares, qui ont si longtemps couvert la France de ruines; néanmoins, Charlemagne appela Tetbert, qui était moine au Mont-Cassin , pour administrer le monastère de St-Maixent et y faire renaître la vie régulière. Louis-le-Débonnaire, s’associant aux bienfaits qu’avait répandus son père sur cet établissement, mit, le 18 juin 815, l’abbaye de Saint-Maixent en Poitou sous sa protection, en confirma les biens et domaines, rétablit en 817 les lieux dévastés par les Normands lors de leur première invasion; enfin, accorda aux religieux la liberté d’élire leur abbé.
RAINAUD Ier, 10e ABBÉ.
Table des matières
825-828.
Pour ce qui concerne ce monastère, pendant l’administration de l’abbé Rainaud, laquelle ne dura que quatre ans, nous mentionnerons entre autres privilèges ou donations, un diplôme du 22 décembre 826, émané de Pépin Ier, roi d’Aquitaine, qui rend à l’abbaye un village nommé Titiacus, que Bernard, comte de Poitou, possédait à titre de bénéfice; un autre diplôme, du 10 octobre 827, des empereurs Louis-le-Débonnaire et Lothaire son fils, par lequel ils mettent sous leur protection l’abbaye, lui restituent une partie de ses biens possédés par des seigneurs séculiers à titre de bénéfice, et rétablissent la discipline régulière; enfin, un dernier diplôme, du 11 janvier 828, du roi d’Aquitaine, confirmatif du précédent.
Les actes de justice que nous venons de signaler, témoignant en faveur des princes qui les ont dictés et ne pouvant que produire d’heureux effets, durent provoquer de la part des religieux, non-seulement le sentiment de leur éternelle reconnaissance, mais encore celui de leurs vives sympathies pour les bienfaits dont ils étaient comblés par la monarchie.
ABBON, 11e ABBÉ.
Table des matières
828-855.
Sur la liste des abbés de Saint-Maixent figure à la suite de Rainaud, le religieux Abbon, élu par la communauté à une grande majorité. Ce serait lui qui, en 828, aurait reçu dans l’abbaye Pépin Ier, roi d’Aquitaine, qui y serait venu pour assister à la célébration des fêtes de Pâques. Aussitôt son arrivée à la ville, il fut conduit en pompe aux tombeaux de saint Maixent et de saint Léger. Cette cérémonie observée, Pépin prit un bain, conformément à l’usage du temps, puis il fut se revêtir de ses ornements royaux, à cause de la solennité de la fête, et assista aux offices du jour. A son retour de l’église, les moines se jetèrent à ses pieds et Gundacrus, leur prieur, portant la parole, lui exposa le triste état du monastère, qui jouissait anciennement des revenus de plus de quinze mille manoirs et se trouvait alors réduit au revenu du dixième de la dîme d’un millier; que les bâtiments du monastère étaient tombés en ruine et qu’on ne pouvait, faute de bois, réparer les charpentes. Touché de ces doléances, le roi d’Aquitaine ordonna qu’on rendrait aux religieux les domaines qui leur appartenaient, et que l’on fournirait à l’abbaye, en le prenant dans les forêts royales, tout le bois nécessaire pour la réparer.
Le passage de ce prince fut marqué par de nouveaux bienfaits. Les moines, se plaignant d’avoir perdu plusieurs menses ou revenus, le souverain vint à leur aide et répara le préjudice qu’ils avaient éprouvé. Ces actes de bienfaisance se trouvant rapportés dans une notice remarquable souscrite vers 830, par Ebles, comte de Poitou, nous allons en donner la traduction:
«Comme il est connu par la relation des anciens, Pépin, roi
«d’Aquitaine, fondateur de monastères, surnommé le Pieux, fils
«de l’empereur Louis-le-Pieux, après avoir opéré beaucoup d’œu-
«vres dignes de louanges qui lui méritèrent la vie éternelle, dési-
«rant accroître les dons des rois ses prédécesseurs, accorda sur
«ses propres biens, à Saint-Adjutor-Maixent, l’église Bracidu-
«nensis, qui est un bourg, l’église de Périgné, avec dix-huit
«paroisses, des terres et tout ce qui en dépend.
«Il donna aussi son propre alleu qui ensuite a été appelé
«Malcistais, avec des terres cultivées et incultes, et les églises
«qui furent ensuite bâties, le château n’existant pas encore. Après
«la mort de Pépin, le roi Charles-le-Chauve, son frère, voulant
«confirmer ce don, ordonna qu’une chapelle fût érigée au même
«lieu, en l’honneur de saint Maixent. Mais les fidèles de la con-
«trée, peu de temps après, édifièrent par son ordre, près de
«la même chapelle et dans le même alleu, une église en l’honneur
«de saint Pierre, chef des apôtres. Or, quelque temps après, les
«Normands se répandirent dans toute l’Aquitaine, dévastant tout,
«par la permission de Dieu; ils détruisirent presque entièrement
«le monastère royal de Saint-Adjutor, et la plupart des domaines
«acquis par les moines furent convertis en déserts et tombèrent
«dans l’oubli. Mais longtemps après, le très-noble Ebles, évêque
«de Limoges et comte de Poitou, touché de l’état de désolation
«d’un lieu si notable et animé d’un vif désir de le restaurer, du
«consentement de son frère Guillaume, duc d’Aquitaine, fit
«construire, d’abord un château dans l’enceinte du monastère,
«puis, recherchant avec soin les églises, les biens et tout ce que
«les rois ou les puissants et les autres fidèles avaient donné à ce
«monastère, non-seulement ce qui est désigné ci-dessus, mais
«encore beaucoup d’autres choses qu’il découvrit dans les chartes,
«et restitua le tout au monastère susdit et pria le duc d’Aquitaine
«et les principaux seigneurs du pays de souscrire cette charte.»
«Ebles y traça une croix de sa propre main, laissant cela pour
«servir de mémoire à la postérité.»
«Ont souscrit: Guillaume, duc d’Aquitaine, surnommé Tête
«d’Etoupes; Roger, Audouin, Geoffroi vicomte, Cadilnot
«vicomte, Ebles évêque très-noble et comte de Poitou.»
Ainsi que le démontre la charte dont nous venons de donner le sens, Pépin Ier ne fut pas le seul bienfaiteur de l’abbaye de Saint-Maixent, le comte Ebles, à l’exemple de ce monarque, ajouta lui aussi aux libéralités faites par le prince, plusieurs biens et domaines. Pépin II, également roi d’Aquitaine délivra, le 24 mars 848, des lettres patentes en faveur de ce même monastère et de toutes ses. dépendances.
Si les princes que nous venons de nommer se firent connaître par des actes de bienfaisance en faveur des religieux de Saint-Maixent, il importe aussi de signaler combien l’abbé et ses moines étaient animés du désir de faire le bien; c’est ainsi qu’en 850, ils donnèrent l’usufruit de quelques domaines à un homme du nom de Fausbert, à son frère et à ses enfants, à condition qu’après leur mort ces domaines leur retourneraient.
Au moment où cette abbaye, connue dans l’Europe chrétienne par l’austérité des mœurs de ses religieux et par leur fervente piété, jouissait de la splendeur et de la célébrité, tout-à-coup les Normands envahissent le Poitou. Ces auxiliaires des princes Aquitains, qui s’étaient montrés de loin sous Charlemagne, plus près sous Louis-le-Débonnaire, enhardis par les discordes de ses enfants, par l’impuissance où les réduisaient les guerres civiles, pénétrèrent en 853 dans l’intérieur du Poitou, qu’ils parcoururent et ravagèrent en toutes ses parties. Pour la seconde fois, l’irruption de ces hordes du Nord fut fatale à l’abbaye; elle fut pillée, dévastée par ces cruels barbares; c’est pourquoi les religieux de l’abbaye, ou mutilés ou mis en fuite, se retirèrent dans d’autres lieux et abandonnèrent tous leurs biens.
Pendant les malheureux événements qui signalèrent l’administration de l’abbé Abbon, les religieux de Saint-Maixent qui n’avaient jamais perdu de vue le monastère consacré à leurs prières, et dans la possession duquel ils avaient toujours espéré rentrer, se décidèrent enfin, après deux ans d’absence, à y retourner. Aussitôt après leur prise de possession, leurs premiers soins furent de réparer l’affreux désastre qui avait eu lieu, puis de procéder à l’élection de leur abbé.
DEUXIÈME ÉPOQUE.
Table des matières
Depuis 855 jusqu’à l’époque où Geoffroy Martel, comte d’Anjou, et Guillaume VI, comte de Poitou, en vinrent aux mains sous les murs de Saint-Jouin-de-Marnes, en 1036.
ARNULFE, 12e ABBÉ.
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858 - 893.
Nous ne connaissons de la gestion de ce religieux qu’un seul acte; il concerne une vente qui aurait été faite à l’abbaye en 893, par un habitant nommé Segoin, d’un fonds qui lui appartenait, situé au village appelé Sedegenago.
A l’abbé Arnulfe succédèrent Audouin et Aubert, 13e et 14e abbés; leur administration fut de si courte durée que ni l’un ni l’autre n’eurent le temps nécessaire pour s’occuper sérieusement des affaires de l’établissement.
ADÉMARD Ier, 15e ABBÉ.
Table des matières
902 - 928.
Le religieux Adémard, qui gouverna le couvent pendant 27 ans, était issu de la maison des vicomtes de Thouars, alors avoués de l’abbaye de Saint-Maixent. Sous cet abbé, les moines, voyant le calme et la sécurité rendus à leur monastère et désireux de revoir les lieux où les disciples de saint Benoît avaient prié, s’empressèrent de rapporter au monastère les reliques sacrées d’Adjutor et de saint Léger, lesquelles avaient été transportées en divers lieux, par suite de l’invasion des Normands à Saint-Maixent, en 814 et en 855.
Nous citerons ici un événement jugé alors de la plus grande importance, au sujet de la translation des reliques des deux patrons de Saint-Maixent.
Les détails nous étant transmis par une notice du Cartulaire de Saint-Sauveur de Redon, rédigée à Poitiers le 12 juin 924, nous allons en faire l’analyse:
Vers 814, les religieux de l’abbaye de Saint-Maixent, ayant extrait de leur monastère les corps de saint Léger et d’Adjutor, pour les soustraire à la fureur des Normands, transportèrent ces reliques en Armorique. Le calme paraissant rétabli en Poitou après la retraite des pirates du Nord, les religieux de l’abbaye de Saint-Maixent se hâtèrent de rentrer dans la possession du trésor dont ils étaient séparés.
A cette occasion, Aimery, vicomte de Thouars, les aida de tout son pouvoir. Tutgaldus, prêtre du diocèse de Poitiers, fut député par lui au lieu où les corps avaient été transportés. Cet ecclésiastique eut commission de s’adresser aux religieux de l’abbaye de Redon et notamment à Moroë, leur doyen, qui en avait été rendu dépositaire et avait déposé les reliques dans un monastère dépendant de cette abbaye.
Le vicomte de Thouars fit offrir à ces religieux une récompense s’ils voulaient consentir à ce que le corps de saint Maixent revint en Poitou.
Cette proposition étant accueillie, le commencement d’exécution suivit de près; Tutgaldus et les moines de Redon se mirent en route, emportant avec eux les dépouilles mortelles du saint abbé. Mais, à peine étaient-ils arrivés à Cande, sur les bords de la Loire et prêts à pénétrer dans le Poitou, qu’il s’éleva tout-à-coup une barrière qui s’opposa à leurs projets. Les Normands étaient revenus dans ces parages et ils continuaient encore leurs horribles dévastations. Ce contre-temps fit tomber les pieux solitaires dans la plus extrême affliction et ils se repentirent vivement d’avoir déplacé le corps du saint abbé.
Cependant, comme ils ne pouvaient sans danger retourner sur leurs pas ni s’avancer en Poitou, ils en délibérèrent: ils prirent alors le parti de se diriger du côté de l’Auvergne, et parvenus dans le diocèse de Clermont, ils achetèrent pour la somme de soixante sous, l’église de Candet avec tout son territoire, située sur la rivière de Sioule. Les religieux pensaient se fixer dans ce lieu et auraient même mis leur projet à exécution si les Normands n’y avaient mis un nouvel obstacle. En effet, ces hommes sanguinaires n’interrompant point leurs incursions, on fut, sur les rives de la Sioule dans les mêmes alarmes pour les restes de saint Maixent. Dans la crainte de perdre le dépôt précieux qui leur avait été confié, les religieux, qui n’avaient jamais perdu de vue les engagements qu’ils avaient contractés envers l’avoué de l’abbaye de Saint-Maixent, après avoir transporté à Auxerre les reliques d’Adjutor avec le secours du comte Richard, envoyèrent trois députés d’Auxerre à Poitiers. Le vicomte de Thouars s’y rendit avec Adémard, abbé de Saint-Maixent, son frère. Il se tint alors dans le palais d’Ebles-Manger, comte de Poitou, une assemblée à laquelle assistèrent le vicomte, l’abbé, les députés d’Auxerre, Richard, archidiacre de l’église de Poitiers, et Mainard, doyen de la même église.
L’affaire des translations passées et futures du corps de saint Maixent y fut traitée. On y examina, entre autres choses, comment et à quelle occasion ces reliques étaient sorties de l’abbaye de Saint-Maixent pour passer en Bretagne. Le résultat de l’examen fut qu’on les transférerait d’Auxerre à Poitiers. Le vicomte de Thouars, comme avoué, et l’abbé son frère promirent la récompense à laquelle ils s’étaient engagés et qui consistait dans cent mesures de pain et de vin, payables dans le courant de l’année, un moulin et des terres.. En outre, ils promirent d’assurer le don qu’ils voulaient faire par l’autorité d’une charte. Tous les articles du traité ainsi arrêtés, le comte Ebles envoya les parties contractantes à l’église de Notre-Dame, renfermée dans la chanoinie de Saint-Pierre, c’est-à-dire dépendante de l’église cathédrale de Poitiers, pour y signer et y ratifier le traité par les serments d’usage, en présence des témoins qui avaient assisté à l’assemblée. Ce fut d’après tous ces antécédents que se fit la translation des reliques de saint Maixent dans l’abbaye de son nom.
On doit ajouter que la translation dont on vient de parler eut lieu aussi pour saint Léger, autre patron du monastère de Saint-Maixent.
Le nom de l’abbé Adémard se trouvant mentionné dans plusieurs actes relatifs à des acquisitions, à des dons et surtout à un plaid tenu par Ebles, comte de Poitou, nous citerons en première ligne ce dernier acte; il est ainsi conçu:
«Tandis que vénérable homme, le seigneur Ebles, tenait dans
«la ville de Poitiers, avec ses hauts dignitaires, ses assises, pour
«entendre les causes de la multitude et pour les juger en dernier
«ressort, le jeudi qui tombait au 29 avril, parmi les plaideurs se
«trouva Aimeri, vicomte et avoué de Saint-Maixent.
«Il se déclara poursuivant devant le seigneur Ebles, contre
«Godebaud et Ermembert, au sujet des biens de Saint-Maixent
«que ceux-ci avaient pris injustement et contrairement à la loi.
«Alors le seigneur comte demanda que les susdits Godebaud et
«Ermembert dissent ce qu’ils auraient eu à répondre touchant
«cette affaire. Or ceux-ci répondirent: «Ces biens avaient été
«reçus des moines eux-mêmes à titre de précaire (usufruit tem-
«poraire) par Fraubert, par qui ils ont passés à nous au même
«titre.» Il fut jugé par les hauts juges qui tenaient les assises
«en ce même lieu, que les défendeurs n’avaient pu retenir ces
«biens ni en vertu de ce même titre de précaire, ni en vertu
«d’aucune autre convention, et ceux-ci reconnurent là qu’ils n’a-
«vaient eu aucun droit sur les dits biens. Ils les abandonnèrent
«audit Aimeri et à Adémard, abbé du monastère. Ces biens sont
«situés dans le pagus de Melle, dans la viguerie dite Tiliolo ,
«dans le village appelé Stivalis . Ainsi, de la part du sus-men-
«tionné Aimeri, il a été nécessaire de faire connaître par écrit
«cette décision à l’abbé Adémard et aux moines de Saint-Maixent.
«Ce qui a été consenti et mis en acte par ces présentes.
«Seing du comte Ebles, etc.
«Donné au mois d’avril, l’an XXX, lorsque Charles eut été
«incarcéré avec ses infidèles . Adalbert, secrétaire.»
C’est ainsi que le seigneur Ebles termina, en 928, une contestation qui s’était élevée entre les religieux et les défendeurs qui depuis longtemps jouissaient de propriétés sur lesquelles ils n’avaient aucun droit.
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