Kitabı oku: «Taninge et ses environs : mémoire descriptif et historique»

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Hippolyte Tavernier

Taninge et ses environs : mémoire descriptif et historique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066305222

Table des matières

TANINGE ET SES ENVIRONS

I

II

III

IV

V

VI.

VII

VIII

DOCUMENTS

I.

II.

III.

IV.

V.

VI.

VII.

VIII.

IX.

X.

XI.

XII

XIII

XIV

XV

TANINGE ET SES ENVIRONS

Table des matières

I

Table des matières

De l’étroit d’Antart à Taninge. — Le bourg; premier aspect. — Origines historiques et étymologie du nom. — Franchises et Bourgeoisie. — Le Comté. — Chute du régime féodal. — Familles distinguées. — Monuments et curiosités. — La ville moderne. — Institutions et commerce.

Franchir la cluse d’Antart est l’affaire de quelques minutes. Le défilé est étroit et ne laisse de place que pour le Giffre et la chaussée. Jadis, un cordon calcaire, d’une hauteur quelconque, unissait par la base les deux monts voisins, Orsaix et Antart; la rivière, rencontrant cet obstacle, a formé en amont un lac. Avec les siècles, les eaux, rompant le barrage, se sont écoulées peu à peu. Les cassures du rocher, sur l’une et l’autre rive, attestent assez ce travail de la nature. «Combien d’anciens bassins lacustres on reconnaît encore au pied des remparts ébréchés des montagnes. Telles sont les plaines de Sallanches, de Bonneville, de Taninge, de Samoëns et tant d’autres ayant encore l’horizontalité de niveau que leur ont donnée les alluvions déposées par les eaux dormantes. Dans ces incessantes révolutions, la nature, qui avait formé ces lacs, s’est servie de la même cause pour les détruire. Les torrents avaient empli les bassins, ils les ont vidés plus tard en rongeant les parois inférieures .»

On débouche sur un terrain plat. La vue est circonscrite: à droite, par une colline verdoyante; à gauche, par une grande montagne à escarpements rocheux. La plaine s’élargit, animée par les cultures, les hameaux, les vergers; elle s’enchâsse longuement entre des versants mi-boisés, couverts de végétation jusqu’à la ligne de faite. Voici la tour haute et grise d’un clocher et, dans le lointain, la coupole blanche du Buet. La route court entre une fromagerie et un gros village à campanile, passe entre des bâtiments de ferme et un faubourg, et, bientôt, vous entrez dans une petite bourgade. Un torrent, un beau pont neuf, des quais ombragés de tilleuls, une vaste église, des maisons proprettes aux toits d’ardoises, une villa somptueuse, un monticule herbeux: tel est le premier aspect de la ville.

Taninge, bourg de 780 habitants, commune de 2,316 âmes, avec une superficie de 4,001 hectares, chef-lieu de canton (altitude 645 mètres). Hôtels: les Balances, l’Union; plusieurs auberges et cafés. Situé sur la ligne transversale des cols des Gets et de Châtillon; au point d’intersection de la route départementale de Bonneville à Samoëns et de la route nationale n° 202, de Grenoble à Thonon; à l’angle d’une belle plaine, entre le mollard de Brion et le pied du Marcelly, à l’entrée des gorges du Foron: «Bourg bien bâti, mais mal percé,» a dit un voyageur. Allons d’une rue à l’autre et esquissons la chronique.

HISTOIRE

Tout d’abord, écrivons Taninge sans l’s final, comme on écrivait généralement avant 1860. L’origine de ce bourg se perd dans l’obscurité des siècles. S’il faut en croire Albanis Beaumont, «la ville de Taninge a été fondée par une colonie de Bourguignons qui chassèrent de cette vallée une tribu celtique. Suivant le même écrivain, la loi Gombette y fut en vigueur jusqu’au xe siècle . Quoiqu’il en soit, le nom de Taninge (Tagninge, d’après le patois oral; Tagningium, d’après les manuscrits latins), a une terminaison du Nord. Le radical Tan, Tann ou Tanne, qu’il signifie caverne, sapin ou plutôt chêne , a pu être le nom propre d’un chef burgonde, dont un descendant, Amédée de Taninge, vivait en 1262. Viennent ensuite Johannette de Taninge, en 1317; Rodolphe de Taninge, en 1357; Guillaume, dominus Guillelmus de Tagningio, en 1369; noble Aimon de Taninge, juge du Faucigny, 1414-1425; Pierre de Taninge, licencié en droit, homme-lige du prince, qui déclare tenir de ce dernier en fief des terres situées dans la paroisse de Flérier. Enfin, un Antoine de Taninge possédait un droit d’aigage, dans le Foron, en 1506 . Les biens de cette famille sont passés aux nobles de la Grange dans le XVIe siècle.

D’après une légende, la bourgade s’élevait sur la rive droite du Foron. Un éboulement de rochers l’aurait détruite presque en entier; après le désastre, l’église fut transférée au village de Flérier. Au moyen âge, Taninge dépendait de la châtellenie de Châtillon et Cluses. Notre bourg ne devint chef-lieu de mandement, avec un juge spécial, qu’en 1815. Il dut son importance au commerce et son histoire n’est guère un peu connue que dès le commencement des temps modernes, soit dès la fin du XVe siècle.

En 1457, le bourg de Taninge obtient le marché du jeudi et la foire d’avril.Plus tard,en 1543, Charlotte d’Orléans, mère et tutrice de Jacques de Savoie-Nemours, concède un conseil de ville, deux syndics, un châtelain, juge des causes minimes,plus des libertés assez étendues dont la teneur est codifiée en vingt-six articles. Ces franchises s’appelaient la Bourgeoisie. On devient bourgeois par Lettres-patentes, ou par le fait de demeurer depuis un an dans l’enceinte d’un territoire déterminé. Le bourgeois est lige et franc; il est sous la protection du prince, il dispose à volonté de ses biens; s’il meurt intestat, ses parents sont ses héritiers. Il peut tenir des fiefs francs, placer des bancs sous la halle en payant un droit à la ville et au domaine. La prison pour dette civile est abolie. Octroi sur la vente du vin au profit de la ville. Telles furent les principales dispositions de ces franchises . Ces privilèges profitaient à ceux qui demeuraient dans le bourg et sa banlieue, depuis Flérier inclusivement jusqu’à Chessins, et depuis les forges des Vuavres jusqu’au pont d’Etaisières. Les franchises commerciales sont ensuite augmentées de trois autres foires, celle de la saint Barthélemi, en 1563, celles du 7 janvier et du 3 novembre, en 1696. Ces deux dernières foires ont été accordées par le prince «en récompense de la fidélité des habitants et de leur bonne conduite pendant la guerre, et sans finance payer» .

En dehors du bourg franc, le territoire se partageait entre divers fiefs ou rentes féodales de propriété privée et le fief du prince. Ce dernier, appelé aussi le Domaine était de beaucoup plus considérable: il fut aliéné par Victor-Amédée, en 1700, pour le prix de 72,000 florins, à Paul-Joseph de Gex, baron de Saint-Christophe et érigé en titre de comté . Quinze ans plus tard, ce fief a pour maître le président Joachim de la Grange. Mais l’institution ne fut heureuse pour personne. Il y eut lutte entre le nouveau comte et ses compatriotes, lutte plus âpre encore après l’établissement des communes, en 1738, et qui finit par l’extinction du comté. En effet, le roi accorde aux communes de Taninge et de Rivière-Enverse le droit de rachat, après quoi ces communes se font rétrocéder le fief pour le prix de 49,000 livres (1762) . Dès ce moment on affranchit corps et biens les habitants taillables. Les autres possesseurs de fiefs en firent autant, si bien que plusieurs années avant la fin du même siècle, le peuple se trouva libéré de la taillabilité dans toute l’étendue de la paroisse de Flérier .

Enfin le roi Charles-Albert accorde au bourg de Taninge le titre et les privilèges de ville (29 décembre 1835) . La ville paraît avoir des armoiries qui, suivant M. François Rabut, sont «écartelé en sautoir, à dextre et à senestre d’azur, en chef et en pointe de gueules, à trois chevrons d’argent, ceux du chef renversés, sur le tout de Savoie. Ces armes sont à enquérir» .

Au nombre des familles distinguées, aujourd’hui éteintes ou émigrées, qui ont habité le bourg de Taninge, il y eut, outre les nobles dits de Taninge, les suivantes: d’Avonay, de Mandolle, de Chignin, Burdet, Goudard, Duclos, de la Grange, toutes qualifiées nobles. Entre les familles qui ont donné des notaires et des avocats, on compte celles-ci: Pleyson, Mermet, Fabry, Faure, Ducrettet, Jay, Clerc, Mullin, Duchastel, Perron, Parchet, Saddoz, Pellis, Danthon, Richard, Moënne, Montant, Jacquier Joachim, Messy, etc.

Maintenant, disons un mot de quelques-unes de ces maisons et des principaux édifices et monuments.

L’ÉGLISE

Dédiée à saint Jean-Baptiste, construite en 1825-1832, sur le dessin de l’architecte Prosper Dunant, l’église est de style néo-grec. La façade principale est ornée de quatre pilastres d’ordre dorique avec leur entablement et fronton, le tout reposant sur un socle qui fait le tour de l’édifice. La porte, garnie d’un chambranle avec frise et corniche, occupe l’entre-pilastre central. Deux niches sans moulurés. La façade, qui fait attique au-dessus de l’ordre, est terminée par une corniche avec sa frise; elle est percée d’une grande fenêtre demi-circulaire avec son bandeau qui repose sur une plinthe. La décoration intérieure montre des pilastres d’ordre corinthien simplifié, avec leur entablement et attique, disposés sur chaque pied-droit des portiques. La voûte est à berceau, à plein cintre, divisée par des arcs doubleaux et renfoncement qui correspondent aux pilastres et aux pieds-droits des portiques. Les arcs des portiques sont ornés d’une archivolte et d’une imposte avec moulures; au niveau de l’imposte est placée la tribune garnie d’une balustrade et supportée par des colonnes d’ordre dorique grec. Les bas-côtés ont neuf autels ou chapelles. La voûte, dominant le sanctuaire, est un quart de sphère embelli de peintures imitant des rosaces dans des caissons. La nef, y compris le sanctuaire et le vestibule, a, dans oeuvre, 49 mètres de longueur et 11 mètres de largeur. Bref, le visiteur suppléera le reste . La tour du clocher, avec sa lanterne octogone, a 39 mètres. Un touriste a trouvé que la flèche n’était pas en harmonie avec la tour: «Ce clocher, dit-il, a des prétentions qui ne se continuent pas.» Beau temple qui attend encore ses orgues.

EDIFICES ET MAISONS HISTORIQUES

En remontant la rue principale, notons quelques anciennes demeures des autres siècles: 1° Château des nobles Duclos (hôtel des Balances). Là vivait, en 1635, noble Claude-Urbain Duclos, seigneur d’Hauteville (Combloux), veuf de Michelle Mermet, remarié à Antonine Desbordes. Vient ensuite son neveu, noble Balthasard Duclos, marié à Marguerite d’Arenthon d’Alex, dont il a a) Antoine, né à Taninge en 1671, officier de dragons; b) Marguerite, femme de noble Claude Duboin; c) Isidore qui continua la branche aînée, à Cluses et à la Place (Thiez); le suivant, noble Charles Duclos, mort en 1729, marié à noble Marie de Comnène, veuve Delarieu, dont il eut: Jean, Isidore et Jean-François. Ce dernier, par son testament du 26 mai 1768, Pralon, notaire, fait héritier noble Jacques-Gabriel Duclos, seigneur de la Place, et lègue trois mille livres à Jean Duclos fils de la Marie Chappuis. La maison-forte devint, à la fin du siècle dernier, une auberge tenue par Jean-Dominique Duclos. La place, devant l’église, faisait partie du manoir. 2° Maison de Chignin (aux frères Pralon). Elle est flanquée d’une tour à pigeonnière. Les nobles de Chignin, de Taninge, ainsi que la branche qui demeura à Cluses et qui eut la seigneurie de la Place, descendaient de l’illustre famille de Chignin, près Chambéry, à laquelle appartient saint Anthelme, évêque de Belley, général des Chartreux. En 1626 vivaient, à Taninge, Georges, 80 ans; Jean, fils de Nicolas, 43 ans; Etienne, chanoine de Moûtiers, 40 ans; Georges, fils de Nicolas, 41 ans; François, 30 ans. Après avoir donné un curé à la paroisse, en 1480, Rd Ambigar de Chignin, et plusieurs autres ecclésiastiques, vicaires, recteurs de sainte Anne et régents de l’école publique, plus des syndics, à la ville et des femmes à plusieurs maisons de la vallée, nos de Chignin s’éteignent à François, marié à noble Philiberte de Marigny, qui fut son héritière .. Une console de cheminée porte les armes de la famille: «de gueules au chevron chargé de mouchetures d’hermine.»

3° Maison Vuy (à Charles Rouge). Cette maison, qui fait angle sur la place, était, en 1651, une hôtellerie tenue par Félix Vuy, pour devenir ensuite la demeure des notaires Pierre et François-Joseph Vuy et du châtelain Georges Vuy. La famille s’est partagée en trois branches: l’une est allée s’établir à Contamine-sur-Arve et de là à Carouge; l’autre, en Piémont; la troisième, en Allemagne. Celle-ci, qui vient de s’éteindre, eut pour chef Pierre-Joseph Vuy, médecin de l’archevêque de Trêves,mort à Sarrebruck à l’âge de 109 ans . A la branche de Carouge appartient M. Jules Vuy, jurisconsulte, poète et historien, père de M. Alphonse-Jules-Aimé ; né le 21 septembre 1815, docteur en droit.

4° Maison des nobles d’Avonay (à Joseph Lavanchy), sur le Char, contiguë à la maison Joëgne. Nous parlerons de cette famille à l’article «village d’Avonay.»

5° Maison actuelle Crochon-Signoud, au-dessus de la fontaine et regardant la place publique. Quels furent les anciens habitants de cette maison remarquable, aux fenêtres géminées, avec meneaux, accolades et chanfreins? Peut-être les Burdet ou les Goudard, deux familles contemporaines et sans doute alliées. Pierre Burdet, fondateur de la chapelle de saint Antoine, en l’église de Flérier, vivait en 1394. On trouve ensuite Claude et Lancelot en 1437 (ce dernier, ainsi que Pierre, était notaire), les frères, François, docteur en droit, Henri et Claude, en 1456; noble Angelin Burdet, en 1568; noble Aimon, père d’Etienne et de Claude Burdet, en 1585 .

Raoul Goudard achète d’Aimon Passerat des prés, au Pradelis, en 1372.

Laurent Goudard était notaire en 1480, et noble Nicolas Goudard en 1522. Ces deux dernières maisons sont assises sur les déclivités du mont Brion.

BRION

Ce monticule protège la ville contre le torrent. Il a reçu son nom (bry) haut, (on) eau, de la tribu gauloise qui vint camper alentour. Il appartient au triasique moyen, repose sur le terrain houiller et présente, avec des marnes jaunâtres ou rougeâtres, un calcaire peu utilisable. Ce calcaire, gris ou noir, en plaques ou en rognons, bréchiforme ou jaspoïde, renferme des traces de végétaux indéterminables. L’ancien glacier du Giffre est venu buter là et y a laissé, outre un grand dépôt argileux, une surface polie au sud-est. Quoiqu’en dise Albanis Beaumont, on n’a pas la preuve que notre mamelon eut un château-fort au moyen âge . Une chapelle, sous le vocable du Saint-Sacrement, fondée le 10 juin 1632,Ducrettet notaire,par noble François de Chignin, y subsiste jusqu’en 1794. Jolie vue sur la vallée. A son flanc sud-occidental fut construite la Voie-Neuve, à la fin de l’autre siècle, chemin qui a succédé à un antique sentier dont on aperçoit les traces parmi les broussailles et dont une branche descendait vers le Foron pour atteindre, par un pont en bois, le hameau des Vuavres.

CHAPELLE DE SAINTE ANNE

Au sommet de la place et sur les bords du Foron, voici un vieil édifice avec beffroi aplati en oignon, une sorte de clocher à la russe. C’était une chapelle dédiée à la mère de la Vierge Marie. Un cartouche en pierre de la façade porte le millésime 1583. Suivant une légende, ce fut à la suite d’une grande inondation qu’on aurait bâti là une chapelle protectrice. Son histoire n’est bien connue qu’à partir de 1606, année où le conseil de ville fondait une rente de 40 florins annuels «pour recevoir les prédicateurs de carême.» La chapelle devint comme une succursale du culte, on y chantait, fêtes et dimanches, les Vêpres fondées en 1727 par la comtesse de Taninge, dame Marguerite d’Arestel. Unie à la régence du Saint-Esprit (celle-ci école publique), sainte Anne eut des recteurs qui furent en même temps les instituteurs ou régents jusqu’à la Révolution . Après avoir été un instant le temple de la Raison, où se tenaient les assemblées populaires, l’édifice reprit sa destination religieuse qu’il perd en 1833. Rappelons que vers 1638, les évêques, députés pour informer sur la béatification de saint François de Sales, savoir André Frémiot, archevêque de Bourges, Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, et dom Juste Guérin, «choisirent, pour faire les enquêtes en Faucigny, la chapelle de sainte Anne, à Taninge. On y entendit 137 témoins,dont environ 80 répondirent en attestant un ou deux miracles sous la foi du serment .» Ce palladium de la bourgade est aujourd’hui une scierie avec habitation du propriétaire.

JAQUEMART

Avant de quitter la place publique n’oublions pas feu l’Hôtel-de-Ville et sa cloche appelant les plaideurs aux audiences du juge du mandement. L’horloge publique, auparavant à Sainte-Anne, avait pour compagnon Jaquemart, le gai sonneur des heures. Le vieux serviteur municipal est maintenant à la retraite, mais il aime encore la foule et le bruit. Il faut le voir, le lendemain de la vogue, faisant avec entrain son tour de la ville en habit à épaulettes, chapeau gancé, bottes à l’écuyère. Toujours populaire, Jaquemart.

LE FORON

Traversons sur le vieux pont notre torrent. Foron du gaulois for (amont), et de on (eau), l’eau d’en haut ou le torrent. Il a ses jours de colère. Ainsi, en juillet 1571, il emporte le pont, des moulins, des maisons. Citons aussi les dates: 20 novembre 1825, 2 septembre 1853, 1er novembre 1859. La crue de 1853 est décrite en ces termes dans une délibération du conseil municipal: «Un sac d’eau tombé sur la montagne a grossi Foron au point qu’il s’est répandu de toutes parts en emportant les artifices et presque toute la promenade publique avec les arbres séculaires qui en faisaient l’ornement. Il s’est replié ensuite sur la rive gauche où il a rompu une digue en pierres de taille, construite à grands frais, il y a douze ans, pour protéger la route provinciale.» Plus fortement digué que jamais, le fougueux torrent se rabat sur son lit qu’il creuse profondément en mettant à découvert un banc de grès houiller.

LA VILLA HUMBERT

Au débouché du pont, voici, sur des terrasses disposées en parterre, le Clos-elu-Chalet, une belle résidence créée en 1856-1857, par M. Humbert, dans l’ancien parc des comtes de Taninge. Le 7 août 1859, le comte de Cavour, venant de Chamonix par le col d’Anterne, avec un cousin, M. de la Rive, l’intendant Bergoin et le guide Auguste Balmat, arrive à Taninge. Grand dîner à la villa, dîner auquel sont conviés les notables de la ville. M. de Cavour parla peu, écouta bien, se montra gracieux. Pas un mot de politique: craignit-il, le célèbre ministre, de laisser échapper son secret, car lui seul savait, à cette heure, que dans quelques mois la contrée, berceau de la famille royale, cesserait d’être italienne? Il passa ici deux jours. Le 24, même mois, viennent à leur tour les princes de Savoie, Humbert et Amédée, accompagnés du géologue Sismonda. Les princes sont gais, enjoués, comme des écoliers en vacances. Le futur roi d’Italie cause de chasse et de la faune des Alpes; le duc d’Aoste joue au billard et bat son monde au carambolage. De Taninge les fils de Victor-Emmanuel vont à Sixt, d’où, revenus à Samoëns, ils assistent à une fête de nuit, au milieu des illuminations et de l’allégresse générale.

Le Clos-du-Chalet occupe les dépendances du château des comtes de Taninge, comme nous l’avons dit. Ce manoir, acquis par la commune de la marquise du Wache, en 1850, fut vendu à M. Humbert 30,000 francs, le 21 mars 1857. Le château, que le nouveau propriétaire fit raser, s’élevait là où se montre aujourd’hui la caserne de la gendarmerie. Il était de l’autre siècle, à toit aigu d’ardoises et comprenait: «au rez-de-chaussée, trois caves, une cuisine, lavoir et chambre voûtée; au premier étage, cinq chambres, une chapelle, archives voûtées; au deuxième étage, sept chambres, deux greniers à plafond, galetas au-dessus.» L’on verra au Decument XV la généalogie de ses anciens habitants.

HOSPICE DES CAPUCINS

Au XVIIe siècle, les Pères, le plus souvent des Cordeliers de Cluses, qui venaient prêcher le carême à la chapelle de sainte Anne, logeaient à l’hôtellerie (la Croix-Blanche). Frappé de cet inconvénient, un marchand, Claude Desbois, leur donna sa maison appelée dès lors l’Hospice des Capucins. C’est aujourd’hui l’auberge Pessat.

L’ECOLE DU SAINT-ESPRIT

On passe au bas du Clos-du-Chalet et l’on atteint, à l’angle sud-ouest, la croix dite du Saint-Esprit. Ce nom rappelle le souvenir de la première école publique du pays dont la maison se trouvait là. «Par acte du 28 avril 1632, Delagrange notaire, Jean fils de Pierre Roget, fondait, dans la chapelle de sainte Anne, un autel dédié au Saint-Esprit, à charge, par le recteur qui sera nommé, d’enseigner la jeunesse et d’y célébrer la messe les jours fériaux. » La Régence, ainsi que s’appelait l’institution, prospéra. Jean Roget avait donné à cette fin quatre journaux de terre au Cruat, une montagne aux Verchères, une vigne à Châtillon; cinq cents florins, plus une maison et son jardin, lieu dit vers la Tour. Ces dons s’accrurent, dans la suite, de plusieurs fondations particulières à charge de messes. Jusqu’à 1793 cette école eut huit instituteurs ecclésiastiques, les Révérends François Pavy, Benoît Delarieu, François Delarieu, Jean-François Delagrange, Claude Chastry, Bernard Bel, Jean-Baptiste Martin et Jean-Baptiste Briffoz. Dès lors, ce furent des instituteurs laïcs jusqu’en 1833, année où l’on confia l’instruction primaire aux Frères des écoles chrétiennes. (Arch. de la mairie et du presbytère de Taninge.)

MAISON PELLIS

Tout auprès, sous le n° 4092, se montrait la maison des Pellis, aujourd’hui à M. Basile Orsat. On trouve les notaires Jean et Jacques Pellis; ensuite Jean Pellis, docteur en droit, en 1693, marié à Marie Delagrange; enfin, l’avocat Jean-François Pellis, marié à Charlotte-Françoise Jorand. Josephte Pellis, l’une de leurs quatre filles, eut, dans le partage du 7 avril 1734, quatre journaux de terre au Clos-Devant.

BREGIL. LA TOUR

Vient ensuite Bregil ou Bresil et la Tour, petit faubourg où se voit, avec de jolies demeures, un superbe moulin à turbine, dirigé par M. Jean-Claude Bel. Ce nom de La Tour semble remémorer quelque construction féodale; mais légende et manuscrits sont muets.

A Bregil demeura, pendant près de deux siècles, la branche cadette des de la Grange ou Delagrange, domaine acquis d’un François Pittet, le 29 mars 1598, Deronis notaire, pour 3,300 florins. Là se sont succédé, de père en fils, au sein d’une famille nombreuse, les notaires Aimé, François, Jean, autre François et Jean-Claude Delagrange; ils s’allièrent, par mariage, aux familles Carrier, Dumullin, Bastian, Famel, Anthoine, Bel, Dumont, de Verdale, Presset, etc. On trouve François-Joseph Delagrange, avocat, François-Louis-Marie, sénateur, et Joseph-Marie, procureur à Bonneville. Ce dernier vend Bregil le 3 septembre 1774, Me Jean-Claude Delagrange notaire, au notaire François-Joseph Jacquier. A Bonneville, les Delagrange donnèrent des femmes aux familles Bastian, Décret, Jacquier, Pacthod, Rey, etc. A cette branche appartiennent dom Claude Delagrange, religieux du Saint - Bernard, prieur d’Aulps et de Chésery, et Claude-Jacques Delagrange, curé-doyen de Viry.

HAUTE-VILLE

Remontons le quartier qui s’élève en côte sur les premiers gradins de la montagne. Voici d’abord, au lieu dit en Bellegarde, François Lullin, tourneur de son état. Ce beau vieillard vous apprendra qu’il descend, par une branché émigrée de Genève à la Réformation, des nobles Lullin de cette ville, «la plus ancienne, dit Galiffe, de toutes nos familles genevoises actuelles. La branche aînée fut proscrite par le parti intolérant .» Nos Lullin, de Taninge, avant de s’établir ici, il y a un siècle et demi, demeuraient à Loëx, près Fillinges. Grillet rappelle cette origine en parlant de Jean Lullin, né à Taninge le 20 février 1729, et qui fut, à Chambéry, un libraire-éditeur de renom .

Ce vieux faubourg éparpille ses maisons et ses martinets sur un sol inégal coupé de murgiers. Les pierres, dont sont formés les murs secs, sont toutes de ce calcaire brèche de la haute montagne qui domine l’endroit. La présence de ces blocs, comme l’aspect des lieux, accusent un ancien éboulement. La catastrophe aurait eu pour point de départ cette dent sans nom qui précède le pic de Marcelly, dent qui se montre encore fière, sinon menaçante; heureusement les couches s’inclinent vers l’intérieur du massif. Il y a, sur cet événement, une tradition dont nous parlons plus loin. En amont de ce quartier, au lieu dit Epinettes, jaillit du sol une source assez abondante pour alimenter d’une excellente eau les cinq fontaines de la ville.

Quittons la ville haute et, longeant le nant de Croyère, rentrons dans la ville basse par le faubourg qui avoisine le Foron. Ici furent autrefois les meilleurs moulins du pays avec le grand four banal.

Voici maintenant la rue des Arcades, rue bordée à droite de maisons à jardins qui furent les demeures d’anciens bourgeois, et, à gauche, d’une ligne de maisons avec magasins et ateliers ornés de portiques. Cette rue aboutit à la partie orientale du bourg, au débouché du val des Gets et de la vallée d’Aulps, quartier peuplé d’auberges et fort commerçant. Entrepôt d’ardoises de Morzine. Les carrières fournissent par an deux millions de ces ardoises; le marché principal est à Taninge. Les grosses, de beaucoup plus nombreuses, vendues vers 1873 jusqu’à 45 francs le millier, coûtent, en 1886, de 30 à 33 francs. Le haut de ce faubourg, au pied du rocher, s’appelle à la Pendue, nom patibulaire dont l’origine est perdue, mais qui doit rappeler quelque tragique événement. Ici, pour traverser la ville, la route nationale emprunte la route dite de Sixt à Annemasse. Cette dernière route, créée vers 1853, aux frais des communes riveraines, a coûté à la commune de Taninge, pour sa part, cinquante mille francs. Voie très fréquentée; les comptages des ponts et chaussées donnent 80 colliers par jour.

Le marché du jeudi, huit foires, des banques-escomptes donnent au trafic local une vive impulsion . Outre les animaux domestiques et leurs produits, on vend des écorces, planches, bois de chauffage, bois d’œuvre pour charpente, charronage, menuiserie, des râteaux, etc. Il y a une brasserie, des martinets, des scieries, des taillanderies, des tanneries, etc. Deux foires de poulains. Les mulets et mules de Taninge sont très demandés en Piémont, en Dauphiné et jusqu’en Espagne; la race est à la fois fine et robuste.

La première moitié de ce siècle jusqu’en 1860 (année à laquelle s’arrêtent nos recherches), le conseil communal et l’initiative individuelle ont été d’une activité remarquable. Après la construction de cette grande église et du presbytère sont venus divers travaux, embellissements, institutions. De ce nombre sont: les bâtiments scolaires, fontaines, quais-digues, éclairage de la ville, etc. Ont été établies, la gendarmerie ( carabiniers royaux) en 1822, la musique en 1838, la pharmacie en 1839, la compagnie des pompiers en 1844, la société philanthropique en 1853, etc., le tout sans subvention du département ni de l’Etat. Ce mouvement s’est accentué encore depuis 1860, notamment en matière de voirie. Ainsi les conquêtes du progrès s’enchaînent les unes aux autres; chaque génération apporte son contingent pour en transmettre l’héritage aux descendants .

II

Table des matières

Industrie et mœurs. — La mine de charbon. — Anciennes forges et maîtres fabricants. — La chaudronnerie. — Ouvriers en bâtiment; colonie genevoise. — Emigration et millionnaires. — Mouvement de la population. — Familles anciennes et familles modernes.

Avant de commencer nos promenades par monts et par vaux, un mot sur la vie industrielle du pays dans le passé et au temps présent.

Voici d’abord un produit naturel du sol qui, s’il se présentait dans les conditions voulues, serait de nature à améliorer considérablement la situation économique de la vallée. A quelques cents mètres en amont de la ville, les gorges du Foron montrent un chétif hameau appelé Vers les Vuavres. Là, sur les deux rives du torrent affleure un charbon fossile, mine qui, dans ce siècle, a été plus d’une fois l’objet de recherches, jamais d’une exploitation régulière. Signalé, dès la fin de l’autre siècle par le Journal de Genève, exploré dès lors par des personnes du pays, par un Anglais, M. Farr, ce gisement fut étudié par les géologues vers 1850, au moment qu’un autre étranger, M. Marchand, y faisait des fouilles. On a constaté, en cette localité,la présence de roches triasiques (cargnieule et gypse), et, plus bas, le grès houiller bien caractérisé. Ce dernier terrain renferme des végétaux déclarés identiques aux espèces du terrain houiller. M. Heer regarde Taninge comme l’endroit le plus riche en plantes fossiles et il en donne la liste .

D’autre part, M. François Burtin, de Taninge, ingénieur des mines, a examiné ce bassin dans un rapport manuscrit adressé, en 1856, au directeur des mines de Saint-Etienne. Il explique géologiquement la formation de ce charbon, dans les conditions où ce dernier se trouve relativement aux roches cristallines de la chaîne des Alpes, et il dit que l’absence de principes gazéïfiables doit le faire placer parmi les anthracites, espèce de charbon qui se rapproche plus ou moins de la houille. Enfin, après avoir fait l’historique des recherches, M. Burtin termine par ces considérations: «Il est (le charbon des Vuavres) d’un noir grisâtre, brillant, à texture feuilletée; il a une densité qui varie entre 1.60 et 1.70; il brûle en laissant une cendre grisâtre, ne s’agglutinant pas, impropre à la fabrication du coke. Pour brûler, il exige un courant d’air continu, de sorte que le menu de ce combustible serait sans emploi; mais, avec les procédés connus d’agglomération, on pourrait l’utiliser avec avantage. Le charbon de Taninge, moins utilisable pour les forges, peut, selon moi, être employé dans les hauts fourneaux pour cuire la chaux, pour le chauffage domestique, chauffage des chaudières, etc. Il serait à souhaiter qu’une compagnie riche se mît à faire des recherches actives pour connaître l’allure et la richesse du gîte. Cette mine est d’un accès facile et, à très peu de frais, on établirait une bonne route pour venir en ville. Je suis convaincu que des hommes de l’art, visitant soigneusement ces montagnes, y découvriraient d’autres gîtes très utiles et peut-être abondants, tels que minerais de fer, de plomb ou d’étain.»

Une tentative d’exploitation a été faite, en 1878, par M. Antoine Laroche; la mine fut attaquée vigoureusement par trois galeries, une sur la rive droite, deux sur la rive gauche. On recueille quelques beaux échantillons, on lance un pont sur le torrent, on construit un four à plâtre. Mais, faute de capitaux, à ce qu’il paraît, ce dernier essai ne réussit pas mieux que les autres.

Si l’on remonte à deux ou trois siècles, on trouve que le vallon des Vuavres avait une usine où l’on fabriquait des faux et autres instruments à l’usage de l’agriculture. Ces outils, dit un écrivain du XVIIe siècle, Augustin Chiesa, étaient l’objet d’un commerce considérable tant en Savoie qu’en Piémont et en Lombardie .

«Taninge borgo non molto grande ma assai populato come quello che eccede 1,500 persone, ove si fabricano e si vendono le falci le quali non solamente per tuta la baronia di Faucigny et Savoja, ma anche per Lombardia e Piemonte in tanta quantità si distribuiscono, ch’ alcuni hanno creduto haver da esse la provincia il nome di Falciniacum riportato.» (Corona reale, II, 89).

Jacques du Mullin, «maistre feseur de daux et dailles,» fabriquait ici des faux portant la marque d’un rasoir surmonté du soleil. Des rivaux lui prennent sa marque, il réclame; le duc de Savoie lui accorde le privilège (1578) . Au nombre des maîtres «faucheurs ou faucheux,» comme on appelait ces fabricants, citons: Aimon Foncet, Jean Dessuet, Jean-François Pittet, Joseph Mogenier, etc. Jean Roget, l’un d’eux, travailla aux forges de Vizille pour le fameux Lesdiguières. Le gouverneur du Dauphiné en fut très content. Par un certificat élogieux, délivré à ce Taningeois, il déclare qu’il l’a servi fidèlement deux ans (20 août 1612) .

Le fer, employé par nos ouvriers, provenait sans doute de l’usine de Sixt, celle-ci créée par l’abbaye. Cependant la ruche de nos forgerons avait essaimé. D’après une légende, quelques-uns, comme Joseph Foncet, s’en allèrent en Allemagne, emportant avec eux le secret de leur art. Un autre, Jean Ducrest, part pour le Dauphiné ; il obtient d’Henri, duc de Genevois, la marque de fabrique, «un dauphin autour duquel il gravera son nom,» et il épouse Luciane, soeur de l’avocat Jean Pellis. En 1639, il demeurait à Voiron où il fabriquait «des faux belles et bonnes qu’on débitait dans tout le royaume de France.» Un jour, le roi Louis XIII se trouvant au château du sire de la Buisse, voulut visiter les forges de Jean Ducrest et demanda à voir confectionner une faux; ce qui fut fait. Charmé, le monarque fait distribuer quelques pièces d’or aux ouvriers et confirme au patron la possession de la marque du dauphin couronné. Ses descendants ont continué là cette profession jusqu’à 1836. Leur aciérie de la Tivolière était devenue célèbre. De nos jours la famille est représentée par M. Camille Ducrest, commandant de cavalerie en retraite, et par M. Louis Gautier, président à la Cour d’appel de Grenoble, fils d’Aspasie Ducrest; tous les deux sont venus à Taninge et nous les avons accompagnés vers les Vuavres. Un Louis Ducrest et son camarade nommé Rophillie, de Taninge, émigrèrent en Espagne d’où ils ne sont pas revenus .

Le nom de Vuavres ou Forges est resté à l’endroit qui, autrefois, s’appelait en Pellis. Notre houille n’aurait pas été, ce semble, employée dans ces martinets. Les clouteries et forges qui se trouvaient à Taninge en 1782, consommaient, pour faire du charbon, deux mille chariots de bois qui provenait en partie de Sixt . On ne fabrique plus de faux dans notre bourg, mais la taillanderie prospère toujours.

Il y eut aussi, à une époque, les travailleurs en cuivre, et l’on faisait un commerce assez actif d’ustensiles fabriqués avec ce métal. L’un d’eux, Jean Foncet, s’établit, dans l’autre siècle, à Saint-Jeoire, où il fit de bonnes affaires. Son fils, Jean-Joseph, excellent jurisconsulte et conseiller d’Etat, est la tige des barons Foncet de cette dernière ville. Un Joseph Avril, bourgeois de Taninge et chaudronnier, partit pour l’Alsace et demeura à Büchelberg. Son fils, Claude Avril, était, en 1773, greffier de S. A. le prince de Heitersheim, dans le Palatinat .

Une autre industrie, toujours en vigueur, c’est l’art du bâtiment. Suivant Albanis Beaumont, cette profession remonterait jusqu’aux Burgondes. «C’est à cet amour pour le travail, dit-il, qu’il faut attribuer l’aisance, la propreté et le degré d’instruction que l’on observe dans cette partie du Faucigny. Chaque homme qui sort de chez lui pour aller exercer au dehors l’état de maçon ou de tailleur de pierre, rapporte, dans l’année, une moyenne de 250 livres, et, comme chaque printemps il sort de la vallée quinze cents hommes, il y rentre ainsi plus de trois cent mille livres» .

Le chantier principal est à Genève. A partir de 1850, époque où l’enceinte fortifiée a été rasée, cette ville a doublé sa population. Or, elle a eu jusqu’à trois cents travailleurs de Taninge. Plusieurs d’entre eux, devenus contre-maîtres, entrepreneurs, architectes, se sont créé une honnête aisance et y sont demeurés. Ils conservent entre compatriotes des relations aimables. Travail, honneur, probité, voilà leur devise; un bon exemple à toute la colonie. Cependant le souvenir de la patrie est resté vivant dans les cœurs. Des bords du lac on aperçoit la grande Pointe de Marcelly. Lorsque l’été arrive, ils songent aux parents, à la maison natale. Une excursion est arrêtée et vite en voiture.

Laissons l’un d’entre eux raconter à sa manière leur arrivée à Taninge; «Nous entrons dans une vallée resserrée, les rochers nous surplombent, le ruisseau coule au fond du ravin, le paysage est splendide. Les vigies, perchées sur l’impériale, signalent, dans le lointain, le clocher de la ville: nous y voilà. Mais, que se passe-t-il? Des messieurs en barrent l’entrée, des tables sont dressées sur la place, on tire les boîtes. Y a-t-il fête? oui, c’est la fête de tout le monde. Ils ont appris le projet de leurs parents et amis, ils les reçoivent dignement. C’est le maire, c’est le notaire qui nous souhaitent la bienvenue. Notre président, dit le Petit-Gris (M. Pierre Grange), qui a la parole à son commandement, leur répond. On trinque, on boit, on retrinque, en un mot l’on est heureux. La musique de cuivre s’en mêle et nous accompagne à l’hôtel. Bref, la fête est complète.» (Souvenirs d’une promenade dans la vallée du Giffre, 11 pages in-8°.)

Nos émigrants ont abordé les grandes villes de France: Grenoble, Lyon, Marseille, Bordeaux, Paris, etc. A Paris, où elle prospère, la colonie des enfants du pays vient de se grouper en une Société de secours mutuels portant le titre d’Union fraternelle de la vallée du Giffre, sous la présidence de M. Bourgoin, négociant. Plusieurs sont allés en Algérie, en Amérique et jusqu’en Australie. La famille d’André Burtin possède à Novo (Illinois) un domaine agricole valant deux millions de dollars. Le récit de toutes ces émigrations serait trop long .

Au groupe des voyageurs en France, sous le régime sarde, appartiennent M. Humbert, ancien négociant en bois, et M. Rubin Marie-Auguste, né au Châtelard, près Taninge. Ce dernier, pauvre et orphelin, partit fort jeune pour Paris. Plus tard, il gagna le Pérou d’où il est revenu, il y a quelques années, possesseur de dix-huit cent mille francs. Il vient de mourir célibataire après avoir testé ; il laisse 5,000 francs à chacun des hospices de Saint-Sigismond, de Cluses et d’Annecy, ainsi qu’une égale somme aux représentants de chaque branche collatérale de sa famille; il donne 25,000 francs à la ville de Lima, «en reconnaissance, dit-il, de l’amitié que j’ai reçue dans ce pays où j’ai fait ma fortune.» Enfin, il crée pour ses héritiers les hospices de Paris.

Mais ces départs multipliés entraînent la dépopulation de nos villages. Voici quelques chiffres qui le prouvent assez. La population de la paroisse entière de Flérier, y compris la Rivière, était, en 1412, d’environ 800 âmes; en 1765, elle s’élevait à 2,200. Seule, la commune de Taninge avait, en 1801, 2,534 habitants, chiffre qui est allé en augmentant jusqu’à l’année 1844, où il atteignait le beau chiffre de 4,200 . Dès lors, la population n’a cessé de décroître; elle ne compte plus, en 1881, que 2,253 âmes. De 1812 à 1822 la moyenne annuelle des décès fut de 63, celle des naissances de 84. De 1860 à 1870 cette moyenne est de 70 pour les décès et de 56 pour les naissances. Cette diminution, que l’on constate ainsi dans la commune de Taninge seule, se rencontre également dans les autres communes du canton, excepté à Côte-d’Arbroz. Ainsi, le canton de Taninge qui, il y a quarante ans, avait 9,000 habitants, n’en compte plus aujourd’hui que 6,650.

Si au lieu d’un petit canton des Alpes on regarde le pays en général, on voit la même chose un peu partout. «Dans toute la France, dit M. Leroy-Beaulieu, la population urbaine est le tiers, la population rurale est les deux tiers du nombre total des Français. Or, depuis plusieurs années, on remarque ce grand fait économique, savoir: progrès constant de la population des grandes villes et décroissance de la population rurale. D’autre part, et pour le territoire envisagé dans son ensemble, on signale comme un symptôme fâcheux, inquiétant même pour un prochain avenir, à savoir que l’accroissement se ralentit progressivement depuis 1851, et que l’on peut prévoir l’époque où cet accroissement s’arrêtera peut-être pour se transformer en un mouvement rétrograde. L’augmentation vient surtout de l’émigration d’étrangers. Si les moeurs ne se réforment pas, avant quinze ou vingt ans nous n’aurons plus aucun excédent de naissances sur les décès, et il se produira une sorte de migration occulte, mais continue d’éléments étrangers, belges, allemands, italiens, conquérant la France à la dérobée, et, dans quelques siècles, l’élément purement français pourra ne plus être en majorité dans notre vieille Gaule» . Dieu nous en préserve!

La lutte pour la vie et le besoin d’acquérir un peu d’aisance ne sont pas le seul mobile de ce courant des gens de la campagne vers les villes; il y a aussi le désir de devenir riche en peu d’années. Mais ce désir est-il bon? La fortune a son ivresse, et l’une des erreurs du parvenu est de croire que l’argent c’est tout. D’ailleurs, ainsi que l’a dit un spirituel écrivain: «la fortune, tant enviée de ceux qui en sont privés, ne fait pas le bonheur de ceux qui l’ont, parce que ceux qui l’ont ne s’en servent pas assez pour faire le bonheur de ceux qui ne l’ont pas» . Enfin, si la spéculation enrichit vite, elle ruine plus vite encore.

Vu l’état économique dans lequel se trouve aujourd’hui la vallée du Giffre, beaucoup de nos concitoyens, sans doute, sont contraints d’émigrer. Toutefois, depuis 1850, ce mouvement est excessif. Quelques-uns abandonnent tout esprit de retour, vont jusqu’à vendre leur patrimoine; mais viendront les regrets, et plus d’un peut-être redira cette plainte toujours si vraie exprimée par ce couplet de nous ne savons plus quel auteur:

— «Vous m’avez dit: à Paris, jeune pâtre,

Viens, suis-nous, cède à tes nobles penchants;

Notre or, nos soins, l’étude et le théâtre

T’auront bientôt fait oublier les champs!

— Je suis venu; mais voyez mon visage:

Sous tant de fleurs mon printemps s’est fané !

Ah! rendez-moi, rendez-moi mon village

Et la chaumière où je suis né !»

Les étrangers prendront les places vacantes. Cependant à Taninge on tient encore bon avec la forte réserve des vieilles familles, celles-ci répondant à quarante-quatre noms patronymiques. Voici ces noms: Amoudruz, Avril, Baud, Bel, Bon, Bosonnet, Bouvet, Brun, Burtin, Coste, Decostaz, Delintraz, Deront (jadis Derons), Dessuet, Devant, Dorier, Dumont, Emonet, Favre, Gay, Gerdil, Grange, Henriod, Humbert, Jacquier, Laurat, Lavanchy, Marcelly (autrefois de Marciller), Michallat, Mogenier, Montant, Mugnier, Mullatier, Passerat, Pel, Perrier, Pralon, Pittet, aliàs Pictet, Nachon, Rouge, Roget, Roullet, Rubin, Vuy . Les personnes qui portent ces noms forment les cinq sixièmes de la population totale. Les Burtin et les Grange comptent jusqu’à trente feux. Les registres anciens de la paroisse renferment des noms d’hommes, noms aujourd’hui perdus, tels que: Biron, Bondard, Bullier, Cathan, Deleschaux, Descombes, Dufour, Dumullin, Duperrier, Durier, Faure, Gentil, Gonet, Guyat, Isambert, Lethant, Levet, Macheret, Robert, Rophilie, Foncet, etc. A côté des anciennes familles précitées et non éteintes, il en existe encore d’autres, de nos jours, familles plus ou moins récentes et qui comptent jusqu’à soixante-quatre noms. Elles sont, pour la plupart, venues des communes des environs; quelques-unes sont originaires du Dauphiné ou de la Franche-Comté. Parmi les derniers étrangers venus ici, il y en a de la Suisse et du Piémont, une douzaine de ménages en tout. Le sang indigène, nous l’espérons, se défendra toujours.

D’autre part, quelques-uns de nos émigrés sont déjà rapatriés, tout heureux. A leur imitation, d’autres rentreront sans doute dans cette vallée que la nature a parée de tant de charmes et qui leur offre de nobles et doux souvenirs.

III

Table des matières

Mélan. — Aspect et monuments. — Signification du nom et origines historiques. — Une villa princière. — La Chartreuse et Béatrix de Faucigny. — Donateurs illustres et sépultures. — Le Collège et son Observatoire. — Pourpris et paysage.

Mélan, au sud-est et à un demi-kilomètre de la ville de Taninge; agglomération de bâtiments aux toits d’ardoises, isolés dans la plaine, entre le Giffre et le Foron. Collège d’instruction secondaire, autrefois chartreuse et prieuré de Dames. Curiosités principales: une chapelle gothique et des cloîtres.

Albanis Beaumont explique le nom de Mélan par «les eaux traversant les terres de Mars.» Il y eut là, ajoute cet écrivain, un village qui fut-submergé par le Giffre au VIIIe siècle . Mais l’étymologie de ce nom n’est pas si compliquée: Mélan signifie tout simplement, comme Milan, le milieu du pays. «En effet, dit M. Ch. Toubin, professeur au lycée d’Alger, au temps de la Gaule indépendante, chaque tribu avait une localité où résidaient les druides et où se tenaient les assemblées annuelles des guerriers. Cette localité, située au centre même du territoire, était appelée médiolan et meadon, mots qui tous deux signifiaient sanctuaire central et qui, en s’altérant, sont devenus, au moyen âge, Moidon, Médion, Malain, Meylan, Montmélian, etc. De toutes les parties du territoire, les personnages marquants s’y faisaient transporter après leur mort pour y être inhumés » . Bref, temple, vicus ou nécropole, Mélan ne nous a transmis de ces temps reculés que son vocable gaulois.

Les seigneurs de Faucigny firent de Mélan une belle résidence à leur usage. Agnès, épouse du comte Pierre de Savoie, dictait, à Mélan, son testament à son clerc Jean de Collonges, en présence de son médecin Gilibert, de son chapelain Veste vent et de huit autres personnes, prêtres séculiers, moines, chevaliers (mai 1262). Ce document, en langue romane, est clos en ces termes: «Fait au mandement de Chastelion, en la terre de Fucignie, en la parroche de Fleirie, en un lue qui est appelez Melans, dedans la chapelle.» (Saint-Genis, Hist. de Savoie, III, p. 441-446.)

Agnès et le comte Pierre étant morts, Béatrix, leur fille, gouverne le Faucigny. De son mariage avec le dauphin Guigues VII, elle a trois enfants, Anne, Catherine et Jean. Formée à l’école du Petit-Charlemagne, son père, cette princesse administrait ses Etats d’une main à la fois ferme et libérale; on l’appelait la Grande Dauphine. Jean, son fils, qui devait lui succéder, était sa joie et son orgueil; mais, hélas, il trépassa à l’âge de dix-huit ans, à Bonneville. La pauvre mère, en proie à une douleur qui ne peut se décrire, s’arrachait les cheveux, déchirait ses vêtements. Ses femmes la contenaient à grande peine, et, pour la consoler, lui présentent un jeune enfant issu du mariage de sa fille Anne avec Humbert, sire de la Tour .

Les grandes épreuves rapprochent de Dieu l’âme humaine. La pensée de la fragilité des choses de ce monde n’aura pas été étrangère au projet que Béatrix méditait pour l’exécuter bientôt: établir un couvent et y finir ses jours. Le Faucigny avait déjà plusieurs monastères d’hommes; il n’avait encore aucun couvent de femmes. Or, une institution de ce genre devait répondre aux mœurs de l’époque. Il y avait plus de cent ans que saint Anthelme de Chignin, prieur de la Grande-Chartreuse, sollicité par de saintes femmes qui voulaient vivre en communauté sous la règle de Saint-Bruno, avait chargé le bienheureux Jean d’Espagne de leur rédiger des statuts. Telle fut l’origine des chartreuses de dames dont la ferveur s’est soutenue jusqu’à la fin de l’autre siècle .

En 1284, deux ans après la mort du dauphin Jean, Béatrix se trouvait à Mélan le samedi après Saint-Luc, et aussi le 4 novembre. L’année suivante, le 3 juin, elle posait à Mélan les bases d’une chartreuse de filles à établir dans sa propre villa. Cette donation est antérieure de sept ans à la date jusqu’ici admise par les historiens; on en trouve la preuve dans un inventaire manuscrit et inédit des titres de ce couvent . Le pape Clément V et Gaston de Baugé, second mari de Béatrix, donnent leur approbation. Puis, le 12 avril 1292, elle fait rédiger la grande charte de fondation . Ce document énumère les biens donnés en 1285, savoir les bâtiments de Mélan et leur pourpris jusqu’ à l’île de Chessins, l’alpe de Roy, le pré de Lyex, le tènement de Brédillon, etc. Il en ajoute d’autres comme la pêche du Giffre. Il y aura 40 religieuses et 7 religieux prêtres, dont deux, le vicaire et le procureur, sont chargés de l’administration. A la tête de la communauté est une prieure. Catherine, sa fille, y prend le voile.

Cependant Béatrix n’oubliait pas ses devoirs de souveraine. Elle donne au bourg du Château, Burgum castri, le nom de Bonneville. Cette ville qu’elle aimait est dotée par elle de franchises et de libertés considérables pour l’époque (1289) . Comme elle avançait en âge, elle met Hugues Dauphin, son petit-fils, en possession de la terre de Faucigny, se réservant pour elle les mandements de Sallanches et de Châtillon. Après quoi elle se retire à Mélan et meurt le 10 avril 1310. On enterra Béatrix dans la chapelle de ce couvent où, dit-on, reposait dejà son premier mari . Plus tard, Humbert de Cholay, le célèbre ministre des derniers barons de Faucigny, choisissait de même sa sépulture à Mélan, dans une chapelle qu’il fonda à cette fin en 1345. Ainsi Mélan eut après Contamine-sur-Arve l’honneur d’être une nécropole princière.

Les biens de Mélan, affranchis par le prince, étaient allodiaux. La chartreuse exploitait ses possessions par les mains de certains serviteurs appelés Frères donnés, Sœurs données. Les princes de Savoie prirent ce prieuré sous leur protection spéciale et Amédée VII y fondait une chapelle en 1374 . La chartreuse se recrutait dans les premières familles du pays, familles toujours peuplées de nombreux enfants. Elle subsiste ainsi paisiblement pendant cinq siècles. En 1793, ces Dames sont expulsées, leurs biens sont confisqués. Les terres, autour du monastère, furent lotisées en cent portions et vendues . Restait le corps principal de l’édifice, avec les jardins, que l’abbé Ducrey achète quelques années plus tard pour y créer un collège qu’il dirige jusqu’en 1833. Viennent ensuite les PP. de la Compagnie de Jésus qui y demeurent quinze ans avec trois cents élèves. Aujourd’hui, Mélan est un petit séminaire diocésain sous la conduite des PP. de Saint-François de Sales, prêtres savoisiens; il y a cent étudiants.

Les monuments les plus intéressants à voir sont, avons-nous dit, l’église et les cloîtres. M. le chanoine Poncet les a fort bien décrits: «L’église, dit-il, longue de 31m40, large de 9m95, et d’une élévation égale, à une seule nef, frappe au premier coup d’œil. Elle est d’une ampleur qui séduit et d’un calme qui convenait merveilleusement aux saintes filles qui devaient la fréquenter. Dégradée avant la Révolution, sous prétexte de peintures et de restaurations à l’italienne, elle vient, grâce à l’intelligente initiative du P. Messelod, d’être rétablie dans ses anciennes formes. Les arcs doubleaux et les nervures à cinq pans de la voûte retombent sur des culs-de-lampe. Le fond du chœur, carré, est éclairé par une grande et magnifique fenêtre, à deux meneaux, dont la baie centrale est plus élevée que les deux voisines, et qui vient d’être enrichie, comme celle-ci, d’un très beau vitrage à personnages. Tout cela est contenu dans un vaste encadrement ogival, décrit, à l’extérieur, par un évasement à double retraite, surmonté d’une archivolte faisant goutte pendante. L’intérieur de l’église est encore orné de belles et nombreuses stalles et du riche parquet en bois de diverses couleurs qui s’y trouvait du temps des chartreuses. Cette belle construction, faite en grandes assises de tuf, rappelle celle des abbayes d’Aulps et d’Abondance, bien qu’un peu postérieure. Les mêmes matériaux et les mêmes formes architectoniques se trouvent encore à la chapelle de Flérier, chœur conservé de l’ancienne église de Taninge. Ces deux édifices sont bien du XIIIe siècle.

«Chose remarquable, en examinant les anciennes constructions du petit cloître ou bâtiment extérieur qui servait de logement aux prêtres attachés à la maison, on aperçoit, dans le bas des murailles, de petites fenêtres romanes entièrement bouchées. Ceci paraît indiquer que, antérieurement à la construction du grand couvent et de l’église, il y avait déjà là, peut-être, un commencement de communauté avec une chapelle. C’est là, sans doute, ce qui aurait déterminé le choix de l’emplacement actuel.

«En rentrant au couvent, on trouve une construction élevée, deux siècles plus tard, qui sert de vestibule à l’église: c’est le cloître. La longueur des galeries est de 23 mètres d’un côté du préau, et de 17m60 sur le côté perpendiculaire, ce qui donne un carré long. La largeur est de 3m85 sur une hauteur de 3m63. Cette élévation peu considérable, mais suffisante pour des religieuses, eu égard à l’âpreté du climat, est justifiée, du reste, par la position des fenêtres du couvent qu’une plus grande élévation aurait bouchées. Les voûtes de ce cloître sont à nervures allongées, à cavet, et reposent, ainsi que les arcs doubleaux, sur des culs-de-lampe. Les galeries sont partagées, dans leur longueur, par des arcades dont les. trumeaux sont en pierre de taille avec colonnettes prismatiques aux tores espacés sur les angles. Une belle porte d’entrée de même style avec trois colonnettes de chaque côté, encadrant le linteau et la voussure, et une quatrième, portant un pinacle, a été construite simultanément pour l’église, l’utilité de la galerie le demandait. En face, sur l’un des trumeaux, a été placé également un beau bénitier élégamment taillé et faisant corps avec celui-ci. Toute cette construction, dont les caractères appartiennent évidemment à la dernière période ogivale, est d’une date qui n’est pas douteuse du reste; on a eu soin de l’écrire sur une espèce de cartouche, à l’angle sud-est de cette galerie: 1530.» .

Le bâtiment extérieur, aux fenêtres romanes bouchées, devait être, à l’origine, la chapelle de la villa princière qui a précédé le couvent, chapelle desservie par un aumônier ou chapelain. On voit encore, à Mélan, la chapelle du Comte-Rouge, avec les armes de Savoie sculptées au-dessus de la porte d’entrée, plus une autre chapelle latérale montrant l’épitaphe de l’abbé Ducrey. Celle-ci est peut-être la chapelle sépulcrale qui, au témoignage de l’inventaire des titres de notre chartreuse, aurait été fondée par le sire de Cholay. Quoiqu’il en soit, les monuments funéraires, s’ils ont jamais existé, relatifs à ces anciens et illustres morts, sont perdus. On ne retrouve pas les tombes de Béatrix, du Dauphin son époux, ni celle de leur fils Jean.

A l’exception d’un second étage construit par les jésuites, et de l’entrée principale du monastère qu’ils ont changée en la reportant du levant au couchant, Mélan est encore à peu près tel qu’on le voyait avant 1793. Un observatoire météorologique et hydrométrique, créé et dirigé par l’abbé Alexandre Montagnoux, professeur de physique et médaillé du Ministère, est installé dans les jardins; il correspond avec Annecy et Paris .

Autour de la plaine fleurie se déroule une double colline avec ses hameaux et ses prés-bois d’une splendide verdure, le tout couronné par un panorama onduleux de cimes, depuis le Môle jusqu’ aux neiges du Buet. Il n’a pas son égal le massif du Marcelly , vu de cette plaine, de jour comme de nuit, per amica silentia lunæ ; il se dresse là, pareil à une tente gigantesque montrant les ombres et les reliefs de ses plis, pompeux décors sculptés dans la grande montagne. Annales plus de six fois séculaires, traditions pieusement conservées, lieu favorable à l’étude, air pur, paisible athénée, séjour aimé, voilà Mélan.

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
136 s. 11 illüstrasyon
ISBN:
4064066305222
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