Kitabı oku: «Maximes et pensées»
Honoré de Balzac
Maximes et pensées

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066300609
Table des matières
I LES ARTS ET LES ARTISTES.
II LA LITTERATURE ET LES ÉCRIVAINS.
III LA RELIGION .
IV LA SOCIÉTE ET LES GENS DU MONDE . – TYPES D’INDIVIDUS ET DE RACES .–
V LA NATURE.
VI LA POLITIQUE .
COLLECTION HETZEL.
MAXIMES&PENSÉES
DE
H. DE BALZAC.
LES ARTS ET ARTISTES.
— LA LITTERATURE ET LES ÉCRIVAINS.—LA RELIGION. —
LA SOCIÉTÉ ET LES GENS DU MONDE.—
LA NATURE.–LA POLITIQUE.
Édition autorisée pour la Belgique et l’Étranger
Interdite pour la France.
BRUXELLES & LEIPZIG,
AUGUSTE SCHNÉE ET CE, ÉDITEURS,
Rue Villa-Hermosa, 1.
1856
I
LES ARTS ET LES ARTISTES.
Table des matières
L’inspiration, c’est l’occasion du génie; elle court, non pas sur un rasoir: elle est dans les airs et s’envole avec la défiance des corbeaux. Elle n’a pas d’écharpe par laquelle le poëte puisse la prendre. Sa chevelure est une flamme. Elle se sauve comme ces beaux flamants blancs et roses, le désespoir des chasseurs.
Les grands hommes appartiennent à leurs œuvres. Leur détachement de toutes choses, leur dévouement au travail, les constituent égoïstes aux yeux des niais. On voudrait les lions de l’Atlas peignés et parfumés comme des bichons de marquise.
Le travail est une lutte incessante que redoutent et que chérissent les belles et puissantes organisations qui souvent s’y brisent. Un grand poëte de ce temps disait: «Je m’y mets avec désespoir, et je le quitte avec chagrin.»
Dans leurs effets grandioses, les arts ne sont que l’expression des grands spectacles de la nature.
La forme est un Protée bien plus insaisissable que le Protée de la Fable.
L’art moderne s’est fait aussi petit que le consommateur.
Les Muses sont sœurs. Le danseur et le poëte ont également les pieds sur la terre.
On peut faire de la passion, parce que, en fait de passion, tout est vrai;–mais le génie a pour mission de chercher, à travers les hasards du vrai, ce qui doit sembler probable à tout le monde.
Les créations humaines veulent des contrastes puissants. Aussi, les artistes demandent-ils ordinairement à la nature ses phénomènes les plus brillants, désespérant sans doute de rendre la grande et belle poésie de son allure ordinaire, quoique l’âme humaine soit aussi profondément ramenée dans le calme que dans le mouvement, et par le silence que par la tempête.
Il y a un fanatisme inexprimable produit en nous par le long enfantement d’une grande œuvre.
Le travail constant est la loi de l’art comme celle de la vie; car, l’art, c’est la création idéalisée. Les grands artistes et les poëtes complets n’attendent ni les commandes ni les chalands: ils enfanten t aujourd’hui, demain, toujours. Il en résulte cette habitude du labour, cette perpétuelle connaissance des difficultés qui les maintient en concubinage avec la Muse. Canova vivait dans son atelier comme Voltaire dans son cabinet. Phidias et Pindare ont dû vivre ainsi.
Penser, rêver, concevoir de belles œuvres est une occupation délicieuse: c’est fumer des cigares enchantés, c’est mener la vie de la courtisane occupée à sa fantaisie. L’œuvre apparaît alors dans la grâce de l’enfance, dans la joie folle de la génération, avec les couleurs embaumées de la fleur et les sucs sapides du fruit dégusté par avance. Tels la conception et ses plaisirs... Mais produire, mais accoucher, mais élever laborieusement l’enfant; le coucher, gorgé de lait, tous les soirs; l’embrasser tous les matins avec le cœur inépuisé de la mère, le lécher sale, le vêtir cent fois des plus belles jaquettes qu’il déchire incessamment; mais ne pas se rebuter des convulsions de cette folle vie et en faire ce chef-d’œuvre animé qui parle à tous les regards en sculpture, à toutes les intelligences en littérature, à tous les souvenirs en peinture, c’est l’exécution et ses travaux. La main doit s’avancer à tout moment, prête à tout moment à obéir à la tête. Or, la tête n’a pas plus les dispositions créatrices à commandement que l’amour n’est continu.
N’est-ce pas un problème intéressant à résoudre pour l’art en lui-même, que de savoir si la nature textuellement copiée est belle en elle-même?
La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer.
Les fruits de l’amour passent vite; ceux de l’art sont immortels.
Peu d’oeuvres donnent beaucoup d’amour-propre; beaucoup de travail donne infiniment de modestie.
Le talent doit peut-être se mesurer sur cette timidité première, sur cette pudeur indéfinissable que les gens promis à la gloire savent perdre dans l’exercice de leur art, comme les jolies femmes perdent la leur dans l’exercice de la coquetterie.
Le travail,–la chasse dans les hautes régions de l’intelligence, est un des plus grands efforts de l’homme.
Ce qui doit mériter la gloire dans l’art,– car il faut comprendre sous ce mot toutes les créations de la pensée,–c’est surtout le courage, un courage dont le vulgaire ne se doute pas.
Les grandes œuvres ne se fabriquent pas comme des canons; et l’État doit être, comme Louis XIV, comme François Ier et Léon X, aux ordres du génie.
Une œuvre conçue avec passion porte toujours un cachet particulier. La faculté d’imprimer aux productions de la nature ou de la pensée des couleurs vraies constitue le génie, et souvent la passion en tient lieu.
Il y a des gens de génie, à Paris, qui passent leur vie à se parler, et qui se contentent d’une espèce de gloire de salon. Charmants eunuques!
A celui qui, léger d’argent et adolescent de génie, n’a pas vivement palpité en se présentant devant un maître, il manquera toujours une corde dans le cœur, je ne sais quelle touche de pinceau, un sentiment dans l’œuvre, une certaine expression de poésie...
Les artistes sont de grands enfants qui ne deviennent des géants que quand ils saisissent leur oui il créateur.
La paresse est l’état normal de tous les artistes; car leur paresse est occupée. C’est le plaisir des pachas au sérail. Ils caressent des idées. Ils s’enivrent aux sources de l’intelligence.
Faire penser trente hommes par capitale,– telle est la récompense des artistes qui s’adressent à eux!
Dans tous les métiers, les artistes ont un amour-propre invincible, un sentiment de l’art, une conscience des choses qui est indélébile chez l’homme. On ne corrompt pas, on n’achète jamais cette conscience.
Un grand artiste est un prince non titré.
Il se rencontre dans la génération des œuvres artistiques les mêmes hasards de naissance que dans les familles, où il y a des enfants heureusement doués, qui viennent beaux et sans faire mal à leurs mères, à qui tout sourit, à qui tout réussit; il y a, enfin, les fleurs du génie comme les fleurs de l’amour.
Si l’artiste ne se précipite pas dans son œuvre comme Curtius dans le gouffre, comme le soldat dans sa redoute, sans réfléchir,–et si, dans ce cratère, il ne travaille pas comme le mineur enfoui sous un éboulement; s’il contemple, enfin, les difficultés au lieu de les vaincre une à une, à l’exemple de ces amoureux des féeries, qui, pour obtenir leurs princesses, combattaient des enchantements renaissants, l’œuvre reste inachevée. Elle périt au fond de l’atelier où la production devient impossible, et l’artiste assiste au suicide de son talent. Rossini, ce génie frère de Raphaël, en offre un exemple dans sa jeunesse indigente superposée à son âge mûr opulent. Telle est la raison de la récompense pareille, du pareil triomphe, du même laurier accordé aux grands poëtes et aux grands généraux.
Le mauvais ton est le salaire que les artistes prélèvent en disant la vérité.
Le désordre d’un atelier,–c’est le symbole d’une tête d’artiste!
Ne pensez pas que l’homme de talent soit personnellement à la hauteur du talent;–quand cela est, c’est une exception.
Les peines enfouies sont l’art tout entier.
La loi de la vie est celle de tous les arts qui n’existent que par les contrastes. L’œuvre faite sans cette ressource est la dernière expression du génie, comme le cloître est le dernier refuge du chrétien.
L’artiste est une exception. Son oisiveté est un travail; son travail, un repos. Il est élégant et négligé tour à tour. Il revêt à son gré la blouse du laboureur et décide du frac porté par l’homme à la mode. Il ne subit pas de lois, il les impose. Qu’il s’occupe à ne rien faire ou médite un chef-d’œuvre sans paraître occupé, qu’il conduise un cheval avec un mors de bois ou mène à grandes guides les quatre chevaux d’un britschka, qu’il n’ait pas vingt-cinq centimes à lui ou jette l’or à pleines mains, il est toujours l’expression d’une grande pensée et domine la société.
L’artiste a une élégance et une vie à lui. Autant d’artistes, autant de vies caractérisées par des idées neuves. Chez eux, la fashion doit être sans force. Ces êtres indomptés façonnent tout à leur guise. S’ils s’emparent d’un magot, c’est pour le transfigurer.
Un grand artiste, doué du pouvoir de créer, n’est-il pas armé d’un blessant égoïsme? Il existe autour de lui je ne sais quel tourbillon de pensées dans lequel il enveloppe tout, même sa maîtresse, qui doit en suivre le mouvement.
Nature artiste! nature folle à laquelle tant de pouvoirs sont confiés, et qui trop souvent en abuse! emmenant la raison, les bourgeois, et même quelques amateurs, à travers mille routes pierreuses où pour eux il n’y a rien; tandis que la folâtre y découvre des épopées, des œuvres d’art! Nature moqueuse et bonne, féconde et pauvre!
L’homme qui peut empreindre perpétuellement la pensée dans le fait est un homme de génie; mais l’homme qui a le plus de génie ne le déploie pas à tout instant: il ressemblerait trop à Dieu.
Quand un artiste a le malheur d’être plein de la passion qu’il veut exprimer, il ne saurait la peindre, car il est la chose même au lieu d’en être l’image. L’art procède du cerveau et non du cœur. Quand votre sujet vous domine, vous en êtes l’esclave et non le maître. Vous êtes comme un roi assiégé par son peuple. Sentir trop vivement au moment où il s’agit d’exécuter, c’est l’insurrection des sens contre la faculté.
Les grands artistes sont des êtres qui, suivant un mot de Napoléon, interceptent à volonté la communication que la nature a mise entre les sens et la pensée.
Un grand artiste est réellement un oligarque; il représente tout un siècle et devient presque toujours une loi.
Les rêveurs, en fait d’artistes, tous ces mangeurs d’opium, tombent dans la misère; tandis que, maintenus par l’inflexibilité des circonstances, ils seraient devenus des grands hommes.
Est-ce qu’un cœur aimant et simple peut suffire à un artiste? Pour balancer le poids de ces âmes fortes, ne faut-il pas les unir à des âmes féminines dont la puissance soit égale à la leur?
Un visage d’artiste est toujours exorbitant. Il se trouve toujours au-dessus ou au-dessous de ce que les imbéciles appellent le beau idéal.
Les artistes gênés sont impitoyables;–ils fuient ou se moquent.
Les artistes, sur la fin de leur carrière, ont tant joui de la vie, qu’ils ne se demandent presque jamais la raison de leur ruine.
Les idées vous tombent au cœur ou à la tète sans vous consulter. Nulle courtisane ne fut plus fantasque ni plus impérieuse que ne l’est la con ception pour les artistes. Il faut la prendre, comme la fortune, à pleins cheveux, quand elle vient.
Une des plus douces choses qui puissent consoler les souffrants, les martyrs, les artistes, au fort de la passion divine que leur imposent la haine et l’envie, c’est de trouver l’éloge là où ils ont trouvé la censure et la mauvaise foi.
Quand on est artiste, on se gâte la main à ramasser des écus. C’est à la gloire à vous apporter la fortune.
La camaraderie, mot créé par un homme d’esprit, corrode les plus belles âmes. Elle rouille leur fierté, tue le principe des grandes œuvres et consacre la lâcheté de l’esprit.
Si on forgeait de belles œuvres comme des clous, les commissionnaires en feraient.
Les poëtes ne sont grands que parce qu’ils savent revêtir les faits ou les sentiments d’images éternellement vivantes.
Il est dans l’esprit des poëtes de préférer un supplice à un jugement.
Hoffman est le poëte de ce qui n’a pas l’air d’exister et de ce qui pourtant a vie.
Toute figure est un monde.
Les sculpteurs peuvent plus approcher de la vérité que les peintres: la nature comporte une suite de rondeurs enveloppées les unes dans les autres. Rigoureusement parlant, le dessin n’existe pas!
La sculpture est la réalisation continuelle du fait qui s’est appelé pour la seule et unique fois dans la peinture: Raphaël!
Les gens superficiels (les artistes en comptent beaucoup dans leur sein) ont dit que la sculpture existait pour le nu seulement, qu’elle était morte avec la Grèce et que le vêtement moderne la rendait impossible. D’abord, les anciens ont fait de sublimes statues entièrement voilées, comme la Polymnie, la Julie, etc.; puis, que les vrais amants de l’art aillent voir, à Florence, le Penseur de Michel-Ange, et, dans la cathédrale de Mayence, la Vierge d’Albert Durer, qui a fait, en ébène, une femme vivante sous ses triples robes, et la chevelure la plus ondoyante, la plus maniable que jamais femme de chambre ait peignée; que les ignorants y courent, et tous pourront voir que le génie peut imprégner l’habit, l’armure, la robe d’une pensée, et y mettre un corps, tout aussi bien que l’homme imprime son caractère et les habitudes de sa vie à son enveloppe.
Entre un projet en plâtre et une statue exécutée en marbre on peut défigurer un chef-d’œuvre ou faire une grande chose d’une mauvaise. Le plâtre est le manuscrit; le marbre est le livre.
L’oeuvre de la sculpture est si grandiose, qu’une statue suffit à l’immortalité d’un homme, comme celles de Figaro, de Lovelace, de Manon Lescaut suffisent à immortaliser Beaumarchais, Richardson et l’abbé Prévost.
Les bronzes de l’Empire ont trouvé le moyen d’être plus froids que les cuivres de Louis XIV.
La sculpture est, comme l’art dramatique, à la fois le plus difficile et le plus facile de tous les arts. Copier un modèle, et l’œuvre est accomplie; mais y imprimer une âme, faire un type en représentant un homme ou une femme, c’est le péché de Prométhée.
La poésie, la peinture et les jouissances de l’imagination possèdent sur les esprits élevés des droits imprescriptibles. Ce sont les besoins d’une âme forte.
Les plus beaux portraits du Titien, de Raphaël et de Léonard de Vinci sont dus à des sentiments exaltés qui, sous diverses conditions, engendrent d’ailleurs tous les chefs-d’œuvre.
Dans certaines peintures, il est impossible de séparer l’esprit de la forme.
Raphaël seul a réuni l’idée et la forme; c’est un raccroc du Père éternel, qui a fait la forme et l’idée ennemies.
La peinture de David est de la sculpture coloriée.
En peinture, l’unité simule une des conditions de la vie.
Il est des effets vrais dans la nature, qui ne sont plus probables sur la toile.
La musique est une langue mille fois plus belle que celle des mots; elle est au langage ce que la pensée est à la parole. Elle réveille les sensations at les idées sous leur forme même, là où chez nous naissent les idées et les sensations, mais en les laissant ce qu’elles sont chez chacun. Cette puissance sur notre intérieur est une des grandeurs de la musique. Les autres arts imposent à l’esprit des créations définies; la musique est infinie dans les siennes.
Il y a des êtres pour lesquels la musique est une autre vie dans la vie;–de même que le paysan russe prend, dit-on, ses rêves pour la réalité, sa vie pour un profond sommeil.
Les incrédules n’aiment pas la musique, céleste langage développé par le catholicisme, qui a pris le nom des sept notes dans une de ses hymnes: –chaque note est la première syllabe des sept premiers vers de l’hymne à saint Jean.
C’est la mélodie–et non l’harmonie–qui a le pouvoir de traverser les âges.
Quand la musique passe de la sensation à l’idée, elle ne peut avoir que des gens de génie pour auditeurs; car eux seuls ont la puissance de la déve lopper. Il en arrive autant aux femmes: quand, chez elles, l’amour prend des formes divines, les hommes ne les comprennent plus.
Là où les autres arts cerclent nos pensées en les fixant sur une chose déterminée, la musique les déchaîne sur la nature entière, qu’elle a le pouvoir de nous exprimer.
La voix du chanteur vient frapper en nous non pas la pensée, non pas les souvenirs de nos félicités, mais les éléments mêmes de la pensée, et fait mouvoir les principes de nos sensations. Il est déplorable que le vulgaire ait forcé les musiciens à plaquer leurs expressions sur des paroles, sur des intérêts factices; mais il est vrai qu’ils ne seraient plus compris par la foule.
La musique est le seul art qui parle à la pensée par la pensée même, sans le secours de la parole, de la forme et des couleurs.
Le miracle de cette fée parisienne,–l’archi tecture,–est de rendre tout grand.
Réunissez toutes les conditions de la brute, vous obtenez Caliban, qui, certes, est une grande chose. Là où la forme domine, le sentiment dis paraît.
L’esprit est une qualité rare chez les comé diens. Il est si naturel de supposer que les gens qui dépensent leur vie à tout mettre eh dehors n’aient rien au dedans! Mais, si on pense au petit nombre d’acteurs ou d’actrices qui vivent dans chaque siècle, et à la quantité d’auteurs dramatiques et de femmes séduisantes que cette population a fournis, il est permis de réfuter cette opinion, qui repose sur une éternelle critique faite aux artistes, accusés tous de perdre leurs sentiments personnels dans l’expression plastique des passions, tandis qu’ils n’y emploient que les forces de l’esprit, de l’imagination et de la mémoire.
Si l’opinion ne donne pas le talent, elle le gâta toujours... L’opinion d’un artiste doit être la foi dans ses œuvres... et son seul moyen de succès, le travail, quand la nature lui a refusé le feu sacré.
Dans les arts, nous devons recevoir des âmes qui servent de milieu à notre âme, autant de force que nous leur en communiquons.
Charlet a démêlé deux types qui l’immortalisent: le soldat, l’enfant; l’enfant presque toujours soldat en France, et le soldat si souvent enfant!
Beaucoup de choses véritables sont souve rainement ennuyeuses; aussi est-ce la moitié du talent que de choisir dans le vrai ce qui peut devenir poétique.
II
LA LITTERATURE ET LES ÉCRIVAINS.
Table des matières
Les écrivains n’inventent jamais rien.
Autrefois, on mettait des livres dans un bon mot, tandis que, aujourd’hui, c’est à peine si on trouve un bon mot dans un livre.
Quel que soit le genre d’où procède un ouvrage, il ne demeure dans la mémoire humaine qu’en obéissant aux lois de l’idéal et à celles de la forme.
Un beau livre est une victoire remportée tous les jours par la langue française sur tous les pays.
La beauté, c’est le génie des choses. Elle est l’enseigne que la nature a mise à ses créations les plus parfaites. Elle est le plus vrai des symboles, comme elle est le plus grand des hasards.
Le sublime élève la pensée tout en l’attristant; car il donne le regret des choses inconnues, entrevues par l’àme à des hauteurs désespérantes.
L imagination est comme le soleil, qui compose le paysage de Rio-de-Janeiro et celui de Naples, celui de Constantinople et celui du lac de Genève avec les mêmes principes constituants: le vert de la végétation, l’air, la terre et les eaux.
S’il est au monde une propriété sacrée, s’il est quelque chose qui puisse appartenir à l’homme, n’est-ce pas ce que l’homme crée entre le ciel et la terre, ce qui n’a de racines que dans l’intelligence et qui fleurit dans tous les cœurs?
Je crois que, si jamais une critique patiente, complète, éclairée, a été nécessaire, c’est dans un moment où la multiplicité des travaux, où l’ardeur des ambitions produit une mêlée générale et cause en littérature le même désordre que dans la peinture, qui n’a plus ni maîtres ni écoles, où le défaut de discipline compromet la sainte cause de l’ art, et gêne tout, même la conscience du beau, sur laquelle repose la production.
L’épigramme aujourd’hui ne tombe plus, comme pendant le XVIIIe siècle, ni sur les per sonnes, ni sur les choses, mais sur les événements mesquins, et meurt avec la journée.
La raillerie est toute la littérature des sociétés expirantes.
Le vrai de la nature ne sera jamais le vrai de l’art; mais, si l’art et la nature se rencontrent exactement dans une œuvre, c’est que la nature, dont les hasards sont innombrables, est alors arrivée aux conditions de l’art.
Les hommes auxquels nous devons des chefs-d’œuvre ont toujours étudié l’état de l’atmosphère des connaissances humaines. Ils ont, pour ainsi dire, regardé en l’air, tâté le pouls de leur époque, senti sa maladie, observé sa physionomie, étudié ses humeurs. Leur livre a été le brillant et sonore appel auquel ont répondu, dans un temps donné, les idées contemporaines, les fantaisies en germe, les passions inédites. Pour employer un mot plaisant, le besoin de leur livre se faisait généralement sentir. Il était tacitement et invisiblement demandé. Le génie entend ces sympathies muettes et les devine.
Gens de lettres, gens de peine, deux mêmes genres de gens.
Le conte, cette magnifique, cette puissante forme de la pensée humaine, et qui va si loin, témoin Peau-d’Ane, Barbe-Bleue, la Courtisane amoureuse, Roméo et Juliette, porte avec lui quelque secret, quand il a la vie refusée à tain d’œuvres.
Le comique est l’ennemi de la méditation et de l’image.
Le génie a un souffle qui lui est propre et qui passe dans ses moindres créations.
En littérature, il ne suffit pas d’amuser et de plaire, il faut attacher un sens à la plaisanterie. Conter pour conter est l’arabesque littéraire; mais l’arabesque n’est un chef-d’œuvre que sous le pinceau de Raphaël. Un peintre médiocre en fera, mais pour les cafés. L’homme de génie seul leur donne une signification qui, bien que vague, arrête encore le regard et fait songer, comme la fumée d’un cigare, qu’on brûle.
Les héros d’un roman doivent être des généralités.
L’art littéraire, en France, ne pourra jamais divorcer avec la raison.
Rien ne trahit plus l’impuissance d’un auteur que l’entassement des faits.
Vous avez au front du génie;–si vous n’en avez pas au cœur la volonté, si vous n’en avez pas la patience angélique, si, à quelque distance du but que vous mettent les bizarreries de la destinée, vous ne reprenez pas, comme les tortues en quelque, pays qu’elles soient, le chemin de votre infini comme elles prennent celui de leur cher Océan, renoncez dès aujourd’hui!
Il est des mots qui, semblables aux trompettes, aux cymbales, à la grosse caisse des saltimbanques, attirent toujours le public. Les mots beauté, gloire, poésie, ont des sortiléges pour les esprits les plus grossiers.
La parole, espèce d’arme à bout pourtant, n’a qu’un effet immédiat. La réflexion tue la parole quand la parole n’a pas triomphé de la réflexion.
Si le but de la poésie est de mettre les idées au point précis où tout le monde peut les voir et les sentir, le poëte doit incessamment parcourir l’échelle des intelligences humaines, afin de les sa tisfaire toutes. Il doit cacher sous les plus vives couleurs la logique et le sentiment, deux puissances ennemies. Il lui faut enfermer tout un monde de pensées dans un mot, résumer des philosophies dans une peinture. Enfin, ses vers sont des graines dont les fleurs doivent éclore dans les cœurs, en y cherchant les sillons creusés par les sentiments personnels.
Le musicien et le poëte se savent aussi promptement admirés ou incompris, qu’une plante se sèche ou se ravive dans une atmosphère amie ou ennemie.
On ne relit une œuvre que pour ses détails.
L’harmonie est la poésie de l’ordre.
Il faut savoir dire de ces mots incisifs qui résument les questions et qui les commandent.
Un poëte n’est pas plus la poésie que la graine n’est la fleur.
La mélodie est à la musique ce que l’image et le sentiment sont à la poésie,–une fleur qui peut s’épanouir spontanément. Aussi, les peuples ont-ils eu des mélodies nationales avant l’invention de l’harmonie. La botanique est née après les fleurs.
On nous parle de l’immoralité des Liaisons dangereuses et d’un autre livre qui a un nom de femme de chambre; mais il existe un livre horrible, sale, épouvantable, corrupteur, .toujours ouvert, qu’on ne fermera jamais, le grand livre du monde; sans compter un autre livre, mille fois plus dangereux, qui se compose de tout ce qui se dit à l’oreille, entre hommes, ou sous l’éventail, entre femmes, le soir, au bal.
Pourquoi ce défaut de pénétration dans leurs affaires personnelles chez des hommes habitués à tout pénétrer? Peut-être l’esprit ne peut-il pas être complet sur tous les points; peut-être les artistes vivent-ils trop dans le moment présent pour étudier l’avenir; peut-être observent-ils trop les ridicules pour voir un piége, et croient-ils qu’on n’ose pas les jouer.
Les hommes les plus remarquables par la force de leur pensée voient matière à plaisanter dans un fait grave, semblent réserver leur esprit pour leurs œuvres, et, de peur de l’amoindrir, n’en usent point dans les choses de la vie.
Dans le monde littéraire, on n’aime que ses inférieurs; chacun est l’ennemi de quiconque tend à s’élever. Cette envie générale décuple les chances des gens médiocres, qui n’excitent ni l’envie ni le soupçon, font leur chemin à la manière des taupes, et, quelque sots qu’ils soient, se trouvent casés au Moniteur, quand les gens de talent se battent encore à la porte pour s’empêcher d’entrer.
Le génie de l’artiste est de choisir les circonstances naturelles qui deviennent les éléments du vrai littéraire. S’il ne les soude pas bien, si ces métaux ne forment pas une statue d’un beau ton, eh bien, l’œuvre est manquée.
En littérature, de nos jours, la bonhomie est une démission donnée de toutes les prétentions à une place quelconque.
L’éloquence n’est pas au barreau; rarement avocat y déploie les forces réelles de son âme; autrement, en quelques années, il y périrait. L’éloquence est rarement dans la chaire aujourd’hui;– mais elle est dans certaines séances de la chambre des députés, où l’ambitieux joue le tout pour le tout; où, piqué de mille flèches, il éclate à un mo ment donné. Mais elle est bien plus certainement, chez certains êtres privilégiés, dans le quart d’heure fatal où leurs prétentions vont échouer on réussir, et où ils sont forcés de parler.
On ne fait pas un éloge... par une comparaison.
Une revue sans nouvelles,–c’est une belle sans cheveux.
Toute histoire où l’écrivain ne contemple pas les questions sous toutes leurs faces n’est que l’apologie d’un fait.
La puissance de l’homme en littérature est la grande puissance, la puissance divine,–depuis Harpagon jusqu’à Jocrisse.
En fait d’œuvres littéraires, quelque plaisamment, artistement, curieusement que soit travaillée une lanterne, elle doit avoir sa lumière.
L’écrivain et le peintre sont toujours fidèles à leur génie, même en présence de l’échafaud.
Un trappiste ne doit rendre de comptes qu’à Dieu.–Les auteurs en doivent à tout le monde.
Quel auteur calomnié ne voudrait voir un cadi turc clouant par l’oreille un journaliste à sa table, pour punir les mensonges sur lesquels il appuie sa critique, afin de satisfaire sa haine d’eunuque contre celui qui possède une muse ou une musette?
En style, la force marche par la seule puissance du verbe et du substantif.
Le pamphlet est le sarcasme à l’état de boulet de canon.
Les grands écrivains devraient être les pensionaires de leur pays. Mais, que voulez-vous! les pays pensent qu’ils auraient trop de pensionnaires.
Tout personnage épique est un sentiment habillé qui marche sur deux jambes et qui se meut. Il peut sortir de l’âme. C’est le fantôme de nos vœux., la réalisation de nos espérances; il fait rassortir la vérité des caractères réels copiés par un auteur, et il en relève la vulgarité.
Indiquer les désastres produits par les changements de mœurs, c’est la seule mission des livres.
A toutes les époques, les narrateurs ont été les secrétaires de leurs contemporains.
Les romans les plus touchants sont des études autobiographiques, ou des récits d’événements enfouis dans l’océan du monde et ramenés au grand jour par le harpon du génie.
Il est aussi facile de rêver un livre qu’il est difficile de le faire.
En France, personne ne veut faire crédit de son attention à l’auteur le plus sublime. Dante n’y aurait peut-être jamais vu sa gloire.
Les sujets les plus simples sont ceux qui annoncent le plus de force de conception.
Les écrivains sont des abeilles dont les natu ralistes ont oublié la classification, et les lois n’ont reconnu, n’ont dégusté le miel de leurs ruches que pour s’attribuer le droit de le prendre.
La France est plus soucieuse des génies étrangers que de ses poëtes.
Le lecteur ne se prête à aucune illusion si l’écrivain ne la partage pas au moment où il crée.
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.