Kitabı oku: «La fauconnerie ancienne et moderne»
Œillet Des Murs, Jean-Charles Chenu
La fauconnerie ancienne et moderne

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066325305
Table des matières
FAUCONNERIE
DESCRIPTION DES FAUCONS
FAUCON BLANC.
FAUCON D’ISLANDE.
FAUCON GERFAUT.
FAUCON SACRE.
FAUCON LANIER.
FAUCON PÈLERIN.
FAUCON ÉMERILLON.
FAUCON HOBEREAU.
FAUCON CRESSERELLE.
AUTOUR, Buffon.
ÉPERVIER.
ÉDUCATION DES OISEAUX DE VOL
OBSERVATIONS
LISTE ALPHABÉTIQUE
DES TERMES DE FAUCONNERIE


FAUCONNERIE
Table des matières
Le Faucon monte au ciel avec la rapidité de la prière,
il en descend avec la rapidité d’un sort.
Légende arabe.
L’histoire des animaux nous intéresse en proportion des services qu’ils peuvent rendre à l’homme ou des plaisirs qu’ils lui procurent. A ce point de vue, le Faucon a joué et peut jouer encore un rôle très-important. Il y a longtemps qu’on a trouvé le moyen d’exploiter la force et l’instinct destructeur de diverses especes de la famille des Falconidés. Les premiers essais n’ont pas tardé à constituer un art qu’on a toujours mais bien gratuitement considéré comme très-difficile. La fauconnerie a été la distraction favorite de la noblesse de tous les États d’Europe, et, de nos jours, elle est encore très-recherchée par les Orientaux et les Arabes.
Il n’est guère possible d’indiquer exactement l’époque à laquelle remontent les premiers essais de chasse à l’aide d’oiseaux de proie; cependant comment parler de fauconnerie sans commencer par l’histoire de cet art, et, pour nous conformera l’usage généralement établi, nous devrions à tout prix en découvrir l’origine, perdue dans la nuit des temps. Nous n’entreprendrons pas des recherches si éloignées du but que nous nous proposons. Depuis des siècles les auteurs répètent ce qu’il ont trouvé d’écrit sur l’origine de la fauconnerie, et il serait bien difficile aujourd’ hui de rien dire de positif à cc sujet. Que l’Asie ait donné les premiers fauconniers; qu’Ulysse, après la prise de Troie, ait apporté en Grèce l’usage de ce genre de chasse; que les Turcs aient appris aux Perses et aux Arabes à chasser à l’aide du Faucon, comme on dit que les Chinois l’ont appris aux Japonais, le fait est que la fauconnerie a été en trop grand honneur pour que nous ne lui accordions pas une part dans nos leçons, puisque nous devons aborder toutes les questions qui peuvent intéresser les chasseurs.
Messire Arthelouche de Alagona, dans la préface de son Traité de Fauconnerie, donne à penser que la volerie était recommandée comme l’exercice le plus favorable aux enfants de bonne maison. «Combien, dit-il, que nul n’ignore que l’antiquité n’ayt eu cela de péculier pour la noblesse, que d’adresser les enfans de bonnes maisons à la chasse, tant pour leur donner cueur et accoustumer aux dangers, comme aussi pour les renforcer et rendre plus usitez au travail et leur oster ceste délicatesse qui suyt.les grans maisons: veu qu’à la suyte des bestes, les ruses de guerre y sont observées: car on y dresse un escardron d’abbayeurs, les Chiens courans sont aux flancs pour suyvre l’ennemy, et l’homme à cheval sert de luy donner la chasse lors qu’il se prent à brosser, les trompes n’y manquans pour sonner le mot et donner cueur aux Chiens qui sont en devoire: si bien qu’il semble que ce soit un camp de bataille dressé pour le plaisir de ceste jeunesse. Si est-ce que de la chasse sont procédez de grands malheurs. Meleager en perdit la vie, pour la victoire remportée sur le Sanglier de Callidoine. Le bel Adonis fut tué par un Sanglier. Acteon fut dévoré de ses propres Chiens. Cephale y tua sa chère Pocris, et Acaste en fut interdit, ayant occis le fils du Roy qui luy avoit été donné en charge, comme fut Brutus pour avoir tué son pere Sylvius par mesgarde. Un emperéur fut occis par la beste qu’il poursuivoit. Un roy en courant à la chasse se cassa le col en tombant de cheval. Que qui craindra ces dangereux effectz qu’il s’adonne à la vollerie, où il trouvera sans doubte plus grand plaisir.»
A n’en pas douter, l’usage de la volerie, tel est le mot consacré, s’est retrouvé dans toutes les parties du monde; mais, de nos jours, il ne s’est conservé, en Europe, qu’en Hollande, en Russie et en Angleterre.
En France, jusqu’à l’abolition de la féodalité, les rois et les grands seigneurs entretenaient de grandes fauconneries; une fauconnerie était une des principales dépendances d’un domaine, et l’on jugeait souvent de la valeur d’une terre seigneuriale par l’importance de l’équipage qui s’y trouvait. L’envoi de quelques beaux Faucons était un cadeau royal, et l’on sait que les rois de France en recevaient du Nord, du Midi et de l’Orient pour l’entretien de leur fauconnerie.
«Le plaisir de la volerie, dit Lacurne de Sainte-Palaye, étant réservé à la noblesse, et les dames le partageant avec les gentilshommes, il ne pouvait manquer d’être en honneur. Les gentilshommes y trouvaient sans cesse de nouvelles occasions d’exercer cette galanterie qui a toujours fait le caractère des Français. Chacun s’empressait de témoigner combien il était jaloux de plaire à sa dame, par les soins et les attentions qu’il avait pour son oiseau; il fallait savoir le lâcher à propos; il fallait le suivre à toute, vitesse, ne le jamais perdre de vue, l’animer de la voix, aller promptement détacher de ses serres la proie dont il s’était saisi, le faire revenir au leurre, le rapporter triomphant, l’enchaperonner, le présenter et enfin le replacer avec dextérité sur le poing de sa maîtresse.
La fauconnerie subsista dans son éclat jusqu’au siècle dernier, et ne cessa d’être en faveur que depuis l’invention du menu plomb. Cette découverte rendit l’exercice de la chasse plus facile et plus commode, mais aussi elle le réduisit au seul plaisir de voir tomber le gibier sous les coups du chasseur. Elle en bannit ce qui autrefois en faisait le plus grand agrément, la présence des dames. En effet, il ne s’en trouve maintenant qu’un très-petit nombre qui osent se familiariser avec le bruit des armes à feu et avec l’idée des dangers auxquels leur usage expose quelquefois.
La charge de grand fauconnier était très-recherchée; Jean de Beaune, grand maître de la fauconnerie du roi saint Louis, touchait pour sa charge 3 sols parisis par jour. Etienne Grange, sous Philippe le Hardi, vit bientôt augmenter ses émoluments; il touchait 4 sols parisis par jour, plus 100 sols pour manteaux à vie. Charles le Bel se montra plus généreux encore; il accordait à Etienne de Montguyard, son grand fauconnier, 5 sols parisis par jour, plus 12 livres 10 sols par an, pour manteaux, à prélever sur la prévôté d’Orléans. Ne pouvant ici faire l’histoire des grands maîtres des fauconneries royales, nous arrivons à René de Cossé, qui eut cette charge pendant le règne de François Ier; il avait déjà de fort beaux émoluments et cinquante gentilshommes appointés sous ses ordres, ainsi que cinquante fauconniers, qui recevaient 200 livres par an et entretenaient trois cents oiseaux. Louis XIII est, de tous nos rois, celui qui a eu le plus de passion pour la fauconnerie; il faisait des dépenses énormes pour le temps, et, comme nous le verrons bientôt, il chassait presque tous les jours avant d’aller à la messe. Le dernier capitaine de fauconnerie, sous Louis XVI, fut le marquis de Forget, qui avait sous ses ordres un des plus habiles fauconniers de la Hollande, Van den Heuvel, mais Louis XVI ne fit aucune dépense extraordinaire, et chercha même à réformer beaucoup d’abus. Le grand fauconnier avait certains priviléges; il pouvait chasser en tout temps et en tous lieux; il nommait les chefs de vol et les gardes des aires des forêts royales. Sa juridiction s’étendait même sur les marchands oiseleurs. Lui seul avait le droit de présenter le Faucon au roi et de le lui mettre sur le poing. «Il n’y avait qu’un seul cas où le grand fauconnier ne jouissait pas de cette prérogative. C’était à l’occasion de la réception annuelle par le roi de douze oiseaux envoyés par le grand maître de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ces oiseaux étaient présentés au monarque par un chevalier français de l’ordre, et ce chevalier recevait en cadeau la somme de 3,000 livres et les frais de son voyage.»
Fig. 1. — Vol du Héron.

Les goûts des rois sont généralement partagés par toute la noblesse, aussi, «autrefois, tous les gentilshommes riches ou pauvres chassaient au Faucon; ceux même pour qui la chasse n’était point un plaisir avaient des oiseaux pour entretenir noblesse.» C’est à cette occasion qu’on donna aux gentilshommes campagnards le surnom de hobereaux, «parce qu’ils voulaient faire montre de plus de moyens qu’ils n’avaient, et que, ne pouvant avoir de Faucons, qui coûtaient fort cher d’achat et d’entretien, ils chassaient avec le Hobereau, qu’ils se procuraient facilement, et qui amenait à leur cuisine Perdrix et Cailles.»
La fauconnerie fut la passion des grands seigneurs du moyen âge et de la Renaissance. Elle était tellement en honneur autrefois, dit Elzéare Blaze, qu’un gentilhomme et même une dame châtelaine ne paraissaient pas en public sans avoir le Faucon sur le poing. Beaucoup d’évêques et d’abbés les imitaient: tous entraient dans les églises avec leurs oiseaux, qu’ils déposaient pendant l’office divin sur les marches de l’autel. Les prélats les mettaient du côté de l’Évangile, s’attribuant ainsi la place d’honneur; les seigneurs laïques les plaçaient du côté de l’Épître. Dans les cérémonies publiques, dans les réceptions solennelles, les nobles hommes portaient un Faucon sur le poing droit, comme ils portaient une épée sur la cuisse gauche. Les prélats eux-mêmes se délassaient de leurs graves occupations en chassant au Faucon; mais, comme ils ne voulaient pas se donner la peine de dresser les oiseaux, certaines redevances leur accordaient des Faucons apprivoisés et exercés à la chasse. Ainsi la terre de Maintenon devait; tous les ans, à l’évêque de Chartres, «un Espervier armé et prenant proye,» c’est-à-dire dressé à la chasse, garni de jets, de sonnettes, de chaperon, etc. Denys, évoque de Senlis, et Philippe de Victri, évêque de Meaux, sont cités par Gace de la Vigne comme auteurs de traités sur la fauconnerie. Enfin, un homme de qualité ne voyageait pas sans ses Faucons et ses Chiens.
Dans son magnifique ouvrage sur la chasse au vol, Schlegel dit que la fauconnerie, après avoir fleuri, en Europe, depuis son introduction au quatrième siècle de notre ère jusque vers la fin du dix-huitième, commença, dans les dix dernières années de ce siècle, à tomber successivement en désuétude dans les différents États du continent; elle fut complétement oubliée pendant les guerres dans lesquelles presque toute l’Europe fut engagée depuis la grande révolution française jusqu’à la paix générale, en 1815; et ce ne fut que de nos jours que l’on s’efforça de faire revivre, sur quelques points de l’Europe, un art qui avait fait pendant tant de siècles les délices de nos ancêtres. Les auteurs modernes qui, dans leurs écrits, ont parlé de l’histoire de la fauconnerie, ont généralement attribué la décadence de cet art aux causes suivantes. Ce seraient, selon eux, la diminution du nombre, et par suite le prix élevé des Faucons, l’invention du petit plomb, ainsi que le goût universel de la chasse au fusil, et la culture toujours croissante des terres. Pourtant il est facile de réfuter ces assertions. Les essais de fauconnerie faits de nos jours ont prouvé la possibilité de se procurer des Faucons en nombre suffisant pour exercer toutes sortes de chasses au vol. Il est vrai que l’invention du petit plomb, dans la dernière moitié du dix-septième siècle, a beaucoup contribué à rendre le goût de la chasse au fusil plus général qu’auparavant; mais nous avons vu que la fauconnerie florissait encore, pendant la plus grande partie du siècle passé, dans la plupart des pays de l’Europe. La culture plus étendue des terres enfin a pu contribuer à restreindre l’exercice de la chasse au vol, mais non pas influer de manière à le rendre tout à fait impossible. Nous ajouterons que la plus puissante de ces causes se trouve dans la ruine successive des priviléges seigneuriaux, dont le vol à l’oiseau tirait son principal éclat, et dans la division de la propriété qui en a été la conséquence, le dessèchement des marais, l’envahissement de la vigne sur tous les coteaux, et enfin le défrichement des forêts.
On ne peut nier que le goût individuel des princes qui ont été successivement à la tête des différents États de l’Europe n’ait très-souvent contribué d’une manière sensible à faire fleurir ou languir la chasse au vol dans les pays qu’ils gouvernaient; mais ces sortes de fluctuations ont existé à diverses époques de l’histoire, et elles sont demeurées sans effet hors des limites du pays où elles avaient lieu. Néanmoins, il fallait des circonstances plus puissantes que celles que nous venons d’énumérer, pour amener la décadence d’un art cultivé par tant de peuples, avec tant d’amour, tant de délire, et pendant une si longue suite d’années.
Le bouleversement général de l’ancien ordre de choses, et plus de vingt ans de troubles tels que l’Europe n’en avait pas essuyé depuis des siècles, suffirent pour faire oublier un exercice qui rappelait trop ouvertement la somptuosité et les profusions des temps passés, pour ne pas encourir désormais la désapprobation publique. Les fauconniers existant alors, ne trouvant plus d’emploi, se virent pour la plupart obligés de chercher d’autres occupations; ils vieillirent ou moururent, et leurs fils, n’ayant aucune perspective de gagner leur vie en se vouant à l’art de la fauconnerie, abandonnèrent le métier de leurs pères ou furent appelés sous les armes.
Les derniers fauconniers habitaient, en Hollande, le village de Valkenswaard. Cependant on en trouve encore, et, tous les ans, une nombreuse société (Hawking-club) se réunit, du 15 mai au 15 juillet, dans une dépendance du château royal de Loo, pour voler le Héron. La société est présidée par Sa Majesté le roi des Pays-Bas, et prend chaque année de cent à deux cents Hérons.
Avant de parler de la fauconnerie moderne, il n’est pas sans intérêt de rappeler quelques-uns des usages établis autrefois, et d’Arcussia nous fera connaître, mieux que nous ne pourrions le dire, l’état de la fauconnerie de Louis XIII et des vols auxquels ce roi s’exerçait avec passion:
Le Roy s’exerce à toutes sortes de vols; et se peut dire avec vérité qu’il n’y a fauconnier au monde qui luy puisse rien apprendre en cette science. J’en parle pour en avoir veu les effects. Et si je diray encore qu’il n’y a sorte d’oyseau que les siens ne prennent; les Aigles mesme ne s’en peuvent sauver. Je sçay bien qu’on me dira que pour s’attaquer au grand Aigle noir, il n’y a point d’oyseau qui entreprenne de le lier: mais de le mettre bas à force de corps, les oyseaux du Roy le feront fort bien si on leur en fait voir, et moyennant le secours qu’on leur donnera, ils le feront mourir aussi facilement qu’ils prennent l’Aigle pescheur, la Buse et le Corbeau. Or j’ay estimé estre à propos de faire voir à combien de vols Sa Majesté s’exerce et la plus part de son invention; et quels oyseaux ont été pris par les siens. Je les mets icy par rang et premièrement.
Le vol du Millan, de l’Aigle pescheur, du Millan noir, de la Buse et autres semblables oyseaux, se faict avec des Gerfaux, Tiercelets de Gerfaut et Sacres.
Le vol du Héron, avec des Gerfaux, Tiercelets de Gerfaut, Sacre, Sacrets et Faucons.
Le Fauperdrieu (le Busard), le Jean-le-Blanc, l’oyseau Sainct-Martin et le Chahuan se prend avec les Faucons qui volent pour Corneilles.
La Canne petière, le Courly, le Choucas, le Hobereau, le Corbeau, la Corneille et l’Esparvier, par Faucons.
Le Canard, par Faucons; c’est le vol pour rivière.
Le Gabereau, la Poule d’eau, la Chouette, l’Arondelle de mer, la Cresserelle et le Vaneau, par Tiercelets de Faucons:
Le Butor, par Sacrets.
La Perdrix, par Laniers, Sacres, Sacrets, Faucons et Tiercelets, Autours et Tiercelets et Alethes.
La Caille, par Esparviers et Emerillons.
L’Estourneau, par Emerillons.
Le Lievre, par Gerfauts, Alphanets, Sacres, Laniers, Faucons et Autours.
Le Connin (Lapin), par Autours et Tiercelets.
Le vol de la Pie se faict par Tiercelets de Faucon et Esparviers en compaignie.
La Huppe se prend avec deux Emerillons.
Le Geay, le Pinson, la Gorge rouge, le Verdier, le Pesche-Veron (Martin pescheur), la Mésange, le Rossignol, le Pivert ou Becheboys, par Esparviers.
La Pie grièche, par trois Emerillons ou l’Esparvier.
Le Merle, par Emerillon ou l’Esparvier.
L’Alouette legere et le Cochevy, par deux Emerillons.
La Grive, par trois Emerillons.
Le Ralle d’eau et Ralle des champs, par Esparviers.
Le Moyneau, par Esparviers et Pigriesches.
Le Burichon ou Roytelet, par Esparviers, Emerillons et Pigriesches.
Ordre de la fauconnerie du Roy.
Le Roy se leve au point du jour, prie Dieu en son oratoire; puis desjeune: cela faict il monte au cabinet des oyseaux où il y a des Gerfaux blancs et d’autres, des Tiercelets de Gerfaut blancs et autres, des Laniers communs et Lanerets, des Alphanets qu’on dit Laniers de Tunis et Lanerets Tunissiens, des Sacres et Sacrets, des Laniers de Russie et leurs Lanerets, des Faucons pelegrins, des Faucons gentils, des Faucons niais, des Faucons antenaires, des Faucons muez des champs et des muez en main d’homme, des Faucons tagarots et leurs Tiercelets de toutes sortes; des Alethes, des Emerillons, des Autours et Tiercelets, des Esparviers et Mouchets, des Hobereaux, des Cresserelles, des Pigriesches, des Falquets: et généralement de toutes espèces d’oyseaux de proie; desquels le sieur de Luyne en a la charge, pour estre lesdits oyseaux du cabinet du Roy; et soubs le dit sieur de Luyne, le petit Buisson et son frère que Sa Majesté nomme Buissonnet.
Monsieur le Baron de la Chastaigneraye est grand fauconnier de France, et en cette qualité tous ceux qui tiennent des oyseaux, portants les vervelles du Roy, le recognoissent comme a esté jugé par arrest du conseil: ledit sieur Baron m’a asseuré avoir ceste année sept vingts pièces d’oyseaux sous sa charge, pour laquelle il a payé cinquante mille escus à monsieur de la Vieville.
Le sieur de Luyne a la charge du vol pour Millan, duquel le sieur de Cadenet son frere est ayde: pour ce vol, il y a dix hommes entretenus. Outre cela, il y a un vol pour Corneille et autre vol pour les champs et le vol des Emerillons.
Le vol du Héron est sous la charge du sieur de Lignié. Il a douze oyseaux entretenus, bien qu’aprèsent il y en ayt plus: outre cela il a quatre Levriers et quinze hommes.
Pour le vol de Corneille, les sieurs de Villé et de la Roche, le tiennent à moitié. Ils ont vingt-quatre pièces d’oyseaux entretenus et seize hommes.
Le vol des champs est en la charge du sieur de Lasson, qui pour cest effect a certain nombre d’oyseaux entretenus, six hommes et dix huit Épaigneux: il a aussi le vol pour Pie de la grande fauconnerie.
Fig. 2. — Groupe de chiens, d’après une gravure du temps.

Le vol pour rivière a pour chef le sieur du Buisson. Il a six hommes entretenus et huit oyseaux. Il faut noter que de chasque volerie il y a double vol.
Il y a un vol pour Héron et un autre pour Corneille sous le maistre de la garderobe, tenu par le sieur de Bay, où sont entretenus seize hommes et dix-huit oyseaux; les chefs sont, le comte de la Roche-Foucaut et le marquis de Rambouillet, maistres alternativement de la dite garderobe.
Plus à la chambre, soubs le premier gentilhomme, il y a un vol pour les champs tenu par le sieur de Rambure, de quatre oyseaux et dix-huit Epaigneux et trois hommes entretenus.
Le sieur de Rouilly, tient un vol pour Pie, de quatre oyseaux et d’autant d’hommes.
Monsieur de Pallaiseau a encore un vol pour rivière dont il a d’entretenement quatre cens escus par an.
Comme le Roy va à la chasse et à quels jours.
Les jours pour le plaisir de la chasse du Roy sont le lundy, le mercredy et le samedy: il y va aussi les autres jours, s’il n’y a affaires importans. Le dimanche il l’employé à servir Dieu, pour estre Sa Majesté le fils aisné de l’Église en effect comme de nom: et mesmes les jours de chasse il n’y va jamais en hyver qu’il n’ait ouy sa messe de grand matin: Puis il desjeune; et à dix heures, entre dans son carrosse et s’en va, ou vers le bois de Vincennes ou vers Sainct-Cloud, ou du costé de Sainct-Denys; estans les issues de Paris extremement belles et propres aux vols auxquels le Roy se plaist le plus. Il a d’ordinaire, outre monsieur le Baron de la Chastaigneraye grand fauconnier de France, un bon nombre de seigneurs qui l’accompagnent et sa compagnie de chevaux-legers conduite par monsieur de la Curée. Monsieur de Luyne qui a les oyseaux du cabinet, le vol pour Milan et les Emerillons où Sa Majesté se plaist grandement est tousjours près de luy; comme sont aussi les sieurs de Cadenet et de la Brandes, ses frères; estants tous trois des plus accomplis gentilshommes de la cour, et dont Sa Majesté fait beaucoup de cas, tant pour leur mérite en toutes choses, que pour estre particulièrement très capables en cette science. Et je puis dire que jamais on ne vola si bien en France qu’on fait aujourd’huy. Jamais Roy n’eut tant ne de si bons oyseaux que Sa Majesté a de présent. De toutes parts on les luy apporte sçachant comme il les ayme. Les Grecs lui apportent les Sacres, les Hollandais les Gerfauts: le present annuel vient de Malte, duquel Sa Majesté me donna de sa Grace un Sacret le moys passé, que je cheris à l’esgal de ma vie, le nommant Real, parcequ’en me le donnant elle l’honora de ce nom, et me commanda de le nommer ainsi. Je dis aussi que jamais Roy n’eut de personnes plus propres pour faire bien voler que maintenant; et qu’on regarde depuis le premier vol jusques au dernier, tout y va par ordre. En ceste suite de chasse il fait beau voir tous ces chefs des vols suivis de cent ou six vingts fauconniers portant les oyseaux, et tous vestus des livrées de Sa Majesté : Puis quatre autres portans les Ducs pour attirer le Milan, les Corneilles, la Buse, la Cresserelle, le. Corbeau, le Faux Perdrieu et autres oyseaux qui viennent au Duc pour le buffeter. Ces quatre, aussi tost que le Roy est à demye lieue des faubourgs de Paris, et en part où l’on puisse commencer à voler, vont deux deçà et deux delà des aisles du chemin que Sa Majesté fait: et faisant voler leurs Ducs, ils attirent de toutes sortes de ces oyseaux: et aussi tost qu’on les voit venir on crie pour advertir: Milan Milan, Corneille Corneille, ainsi des autres. Et s’il se trouve quelque soupçon d’empeschement, soit de quelque bois, ou maison des champs, ou village trop proche, on jette un Duc à cinq cens pas de l’autre; et de l’un à l’autre on attire ces oyseaux en lieu où se puisse voler commodément, esloignant par cette ruse les Corneilles ou autres oyseaux de leurs retraittes. Alors sortant le Roy de son carrosse, il monte à cheval et incontinent on luy apporte tel oyseau qu’il demande, ou bien le grand fauconnier présente à Sa Majesté, l’oyseau le plus propre à ce qu’on prétend de voler. Et à ce point chacun s’arreste pour n’approcher trop le Roy et ne luy donner de l’empeschement à son vol.
Un jour j’accompagnay le Roy à la chasse, où je vy voler admirablement ses Emerillons. Ce fut entre Sainct-Denis et la Chapelle où va Sa Majesté le plus souvent pour estre l’endroit commode à trouver de quoy employer les Emerillons que le Roy prend plaisir de voir voler. On ne fut longuement en chasse qu’on crie Cochevy-Cochevy. Lors le sieur de Luyne, qui a ce vol, présente à Sa Majesté un Emerillon nommé la damoyselle. Il en prend un autre dit le Moyneau Tiercelet. On fait partir le Cochevy qu’on avait remarqué. Mais il ne vola guiere pour estre trop rudement poussé et fut pris sans se deffendre, dont les oyseaux en furent puz. Sa Majesté qui veut tout voir voler, demande d’autres Emerillons. On lui apporte le Fousque qu’il prend sur son poing, et le sieur du Buisson en avait un autre dit la Baronne. On crie: Sa Majesté s’en va ou était le Cochevy; on le faict partir par son commandement. Sa Majesté jette aussi lost: mais par malheur au mesme instant une trouppe d’Alouëttes légères partent que les Émerillons entreprennent; et les suyvent si haut que nostre veuë nous défaillit à tous. Lors les piqueurs, qui d’un costé, qui de l’autre, font telle diligence qu’en peu de temps ils furent de retour et presque aussi tost qu’on put trouver de quoy voler Le Roy fut bien content d’avoir vu faire un si grand effort à ses Emerillons sans les perdre. Un peu après on voit un Cochevy. Le Roy averty, s’approche pour jetter à propos: ce qu’il fit parfaictement bien: car les Emerillons l’aveüent ensorte qu’ils ne le quiterent jamais, encore que le Cochevy passast au milieu d’une trouppe d’Alouëttes légères pour se sauver et donner le change. Après il monta d’extrême hauteur: mais les Emerillons le ramenerent à bas après plusieurs atteintes. En fin le Cochevy gaigne une vigne, où il fut aussi tost pris en vie par les laquais. Au même instant les Emerillons estans encores en aisle, part sous eux une Alouëtte légere que les Emerillons choisissent et les voila apres, tantost haut tantost bas; en fin ils la travaillent tant, que ceste pauvre beste se rendit d’où elle était partie, et l’ayant prise les oyseaux en eurent plaisir et en furent puz, avec bonne chere qu’on leur en fit. Et m’approchant de là, Sa Majesté me fit voir que c’estoit une Alouëtte legere, à quoy j’avois doute auparavant.
Un autre jour le Roy estant à la chasse vers le Bourget, les piqueurs qui estoient en queste, vindrent rapporter à monsieur le Baron de la Chastaigneraye, qu’ils avaient descouvert des Hérons. Il le vint aussi tost dire à Sa Majesté. En mesme temps on descouvre une trouppe de gens de cheval; et fut jugé que c’estoit la Reyne par les chevaux blancs qui tirent son carrosse: dont le Roy voulut l’attendre pour luy donner ce plaisir. La Reyne estant arrivée, on apporta au Roy un Gerfaut nommé la Perle, qui hormi les aisles, est blanc comme un Cygne, et fut présenté à Sa Majesté par monsieur le grand fauconnier, lequel après en porta un autre à la Reyne. Mais a cause que le temps estoit quelque peu humide, elle ne voulut quiter son carrosse; qui fut cause qu’il s’arresta près d’elle pour tenir son Gerfaut, et le jetter à point nommé. En après le Roy commanda d’attaquer le Héron. Le sieur de Ligné s’en va le faire partir et jette en queue un Tiercelet de Gerfaut nommé le Gentilhomme, oyseau bien dressé pour hausse pié. Alors on tira quelques coups d’escopette pour faire mieux monter le Héron. Le hausse pié le mena aussi haut que nostre veuë pouvait porter. Ce que voyant Sa Majesté, qui avoit son Gerfaut sur son poing, les aisles ouvertes, s’apprestant pour l’effet auquel on le vouloit employer, commence à le descouvrir, l’ayant longuement tenu en patience, pour mieux faire voir la gaillardise de son oyseau par un admirable jet. Ce Gerfaut blanc ayant bien aveüé le Heron, part du poing du Roy; la Reyne fait jetter le sien partant presque aussi tost l’un que l’autre. Or à mesme dessin ces oyseaux vont par différente carrière, et montant sur queue, font si bien qu’en peu de temps ils se trouvent de hauteur presque esgale. Et lors le hausse-pié qui voici approcher son secours redouble sa diligence, ensorte que les trois assaillans se trouvent à qui donnerait le premier. Or voicy le combat qui commence: Le hausse-pié donne la première atteinte; chacun des autres en fait sa part à son tour. Le Héron tient tousjours le bec droict de l’oyseau qui plus l’approche en tirant des estoquades. Les trois lui font chacun leur assaut, si bien qu’en fin le Héron print l’espouvante, et ne sçachant comme résister, se laisse choir en bas, les aisles ouvertes, les pieds devant, et le col en haut. En cest estat, un des Gerfauts, nommé la Perle, le lia et mena à bas: Estant à terre aussi tost qu’il sent approcher les Levriers, il eschappe et repart, mais en vain; car la Perle le lia encore et le retint sans autre secours. Qui n’a veu à ce vol les Levriers qui sont pour secourir les oyseaux, il ne pourroit le croire, mesmes lorsqu’ils attendent la cheute du Héron; ils vont courant qui deçà, qui delà à toute leur force, ayant tousjours les yeux en haut pour aveüer les oyseaux et se trouver à la chaute pour avoir leur part à la victoire, et s’ils ont rencontre de quelque fossé ; les voilà dedans sans y prendre garde. Or le Héron estant pris, on fit plaisir aux oyseaux; et comme on les vouloit paistre, on descouvre encore un autre Héron en ceste même prairie d’où le premier estoit party, qui n’osoit se bouger, tant il avoit l’alarme d’avoir veu mal mener son compagnon. On le dit à Sa Majesté. En ceste attente les fauconniers tardent de paistre et amusent les oyseaux. Sa Majesté mande qu’elle vouloit encores voir ce plaisir. La Reyne qui estoit desja partie pour s’en retourner à Paris, revint encore au mesme lieu d’où elle avoit veu voler l’autre Héron. Je vous diray que comme ces deux-estoient compagnons aux prairies, aussi leur vol fut tout semblable, et firent memes deffenses: et ce en quoy ils furent seulement différents, ce fut que le dernier se jetta dans une basse cour parmy des Poulles pour donner le change aux oyseaux et sauver sa vie par ceste ruse. Ce jour mesme le Roy en revenant de sa chasse, vola en chemin quatre Corneilles, un Fauperdrieu, une Cresserelle et une Buse; et deux Cochevys que Sa Majesté avoit pris en venant: de sorte qu’elle rapporta onze testes de sa volerie.