Kitabı oku: «Mes quatre premières années de montagne»

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Jean Coste

Mes quatre premières années de montagne


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066306724

Table des matières

PRÉFACE

CAMPAGNE 1920

PREMIERE SORTIE.

LE VALLON DES LACS.

LE VALLONNET — VIRAYSSE.

LE COL DE LA NOIRE.

CAMPAGNE 1921

SAINTE ANNE.

LE MARINET

PAS DE LA CAVALE.

UNE TENTATIVE AU BREC.

LE GRAND RUBREN.

LE PARPAILLON EN VELO.

CAMPAGNE 1922

LE TOURILLON.

LA MEYNA.

LE BREC DE CHAMBEYRON.

BIVOUAC.

SEJOUR AUX SAGNES.

LA MOUTIERE.

LE PAIN DE SUCRE.

CAMPAGNE 1923

COURSES D’ENTRAINEMENT.

LE SAUTRON.

LE PELVOUX.

LE VISO.

LA TETE DE MOYSE.

LA FONT-SANCTE.

L’AIGUILLE.

TROIS PREMIERES.

NOTRE AIGUILLE.

LE GRAND BERARD.

PREMIERES DE JEAN COSTE

AUTRES TRAVAUX DE L’AUTEUR

PRÉFACE

Table des matières

Le 16 Juillet 1924, occupant le sommet de la Grande Séolane pour une de mes stations géodésiques, j’y avais entraîné l’effectif complet d’une compagnie du 15e Bataillon de Chasseurs, à laquelle s’étaient joints quelques officiers des autres unités et plusieurs de leurs amis parmi lesquels Jean Coste dont j’avais fait récemment la connaissance.

Deux ans plus tard, trois des jeunes hommes qui venaient, une fois de plus, en ces heures, demander à la montagne ses joies et ses inspirations — parmi les plus grandes et les plus sûres qui peuvent embellir la vie — reposaient déjà à tout jamais dans la mort.......

Les lieutenants Barnola et de Parscau sont tombés au Maroc pour la Patrie.

Jean Coste est tombé à la Meije pour la Montagne.

Pour la Patrie, par la Montagne.

Valeureux jeunes gens, quel héroïque contrat signiez-vous donc ce jour là, par lequel vous mettiez votre point d’honneur et votre héroïque idéal à exécuter les deux termes de la belle devise dans un délai si rapproché et sur des théâtres si différents?

Le premier des trois, frappé un an avant les deux autres, aurait-il rappelé à ceux-ci d’une façon inéluctable, par de mystérieuses effluves, la promesse du magnifique sacrifice, pour que les destins des survivants se soient ainsi accomplis presque simultanément?

Une balle au front en entraînant ses hommes, un glorieux corps à corps dans une écrasante infériorité numérique, abattent nos deux officiers de chasseurs. Etendus sur le champ d’honneur, ils ont réalisé le but suprême des rêves de leur carrière de désintéressement et d’enthousiasme.

Et Jean Coste?

Pourquoi ne revendiquerai-je pas la même désignation pour le sol sur lequel il est venu s’abîmer?

N’était-il pas tout entier voué au pur culte de l’effort, du courage, du sublime, enfin de la lutte contre les faiblesses matérielles de notre misérable enveloppe charnelle?

N’a-t-il pas succombé en plein entraînement et en préparation intensive — plus ou moins explicitée, mais en tout cas suprêmement efficace — des efforts, des courages, des sublimités, des luttes qu’il faudra peut-être encore un jour exalter pour la Patrie?

Alors, tomber dans l’exercice de ce qui constitue la plus forte et la plus énergique de toutes les disciplines physiques et morales conduisant à la plus parfaite exécution des gestes qu’il faudra accomplir en foulant les terres destinées à devenir les champs d honneur de l’avenir, n’est-ce pas précisément transformer immédiatement le terrain d’exercice lui-même en champ d’honneur?

Ces vertus, cet idéal je les ai trouvés en lisant attentivement les pages auxquelles la douleur d’un excellent père m’a fait le grand honneur de me demander ces quelques lignes d’introduction.

J’y ai revécu avec joie l’ardeur juvénile intense des débuts, où l’amour de la Montagne pour elle-même, dépourvu de toute autre préoccupation —notamment de l’effet à produire — joue le rôle fondamental.

J’y ai aperçu tant de cet amour et de cette sincérité que j’ai compris et que j’ai excusé, quoique ne les ayant pas éprouvées, certaines intransigeances relatives à la qualification de l’alpiniste qui ne mériterait ce titre et ne devrait ses joies qu’à l’escalade sans guides; cependant celle-ci ne procure qu’une des multiples variétés des sensations éprouvées en montagne, souvent d’ailleurs au détriment d’autres au moins aussi profondes, qui s’évanouissent alors entièrement dans la préoccupation de la lutte physique et du salut immédiat. Et la valeur des bienfaits de l’alpinisme serait en effet très amoindrie si elle ne se capitalisait pas avant tout — plus que sur aucun théâtre offert aux yeux de l’homme — par une matérialisation de l’idéal, pour ainsi parler.

D’ailleurs, à l’origine du mouvement qui appela depuis un siècle et demi les foules de plus en plus ardentes vers les hauteurs, ne se place-t-il pas leur besoin de se retremper et de se fortifier dans l’atmosphère de la Beauté qui ne rayonne nulle part autant que dans le domaine des cimes?

Aussi bien ce culte du Beau, je l’ai senti à travers toutes les lignes de Jean Coste. Qu’il raconte joliment les heures remplies de fraîcheur des premiers contacts avec la grande nature en compagnie de ses jeunes camarades, qu’il évoque d’une façon impressionnante — aujourd’hui que nous savons sa destinée — son indifférence, j’allais dire sa dilection de la mort en montagne, c’est la religion de la Beauté qui soutient la trame de ses récits, malgré le développement de sa volonté tendue de plus en plus spécialement vers la lutte contre les dangers et vers la poursuite des difficiles victoires.

Quelle qu’eut été, s’il avait vécu, la directive finale de Jean Coste, soit vers une recherche de plus en plus spécialisée de la lutte physique, soit vers une plus large conception de l’exploitation des innombrables bénéfices récoltés en montagne dans tous les domaines intellectuels et moraux en même temps que dans toutes les disciplines de l’énergie, le désir exprimé dans une de ses lignes était sur le point de se réaliser: il allait se classer parmi les grands alpinistes, au moment où pour achever de préparer minutieusement un projet caressé depuis plusieurs années, il succombait après avoir atteint la célèbre cime par la voie habituelle qui lui paraissait insuffisante et dont il ne se servait que pour reconnaître l’itinéraire nouveau qu’il était décidé à tenter.

PAUL HELBRONNER

Paris, novembre 1926.

CAMPAGNE 1920

Table des matières

«Il part, il monte pour la première fois de sa vie, et marche d’émerveillement en émerveillement. Devant ces cimes qui grandissent à chaque pas, il sent grandir en son cœur une vocation nouvelle. Arrivé à la crête de la montagne, une émotion profonde, religieuse, s’empare de lui, il regarde, il adore: le Dieu s’est révélé.»

(Charles Durier, cité par Myrtil Schwartz).

Autographe de JEAN COSTE


CAMPAGNE 1920

PREMIERE SORTIE.

Table des matières

18 Août

«Enfin! m’écriais-je lorsqu’à 3 heures mon Père vint m’éveiller, enfin! le voilà venu le jour où je verrai ces montagnes dont j’ai tant entendu parler, où j’approcherai de ces solitudes lointaines qui pour moi sont remplies de choses étranges et inconnues. Enfin, ça y est! Le temps est beau, on y va!»

Depuis plusieurs jours cette excursion au Marinet était décidée; nous devions, sous la conduite d’I. Foucheriq, la faire avec nos voisins les Soubra ne et leur famille. Ces derniers ayant résolu d’aller en voiture jusqu’à la Blachière, au jour dit, mon Père et moi prenons les devants, à pied. Nous causons; il fait nuit noire mais le ciel très pur est rempli d’étoiles; tout est d’un calme profond que trouble a peine le bruit de l’Ubaye.

Je me sentais plus léger.

Cette marche de nuit me plût beaucoup.

A 6 heures nous sommes au pont des Houerts en même temps que Soubrane et Foucheriq qui nous ont imités et viennent de nous rejoindre. Le reste de la caravane: Mme Hellion, Paul Jaubert, Mme Soubrane, Marie-Louise et Jean ses deux enfants, arrivent peu après et nous trouvent installés autour d’un feu que nous avions allumé pour nous réchauffer.

Le soleil, rougissant les cimes, annonce son approche, nous attaquons la montée.

Je procède comme un débutant montant tout droit, très vite.

Nous atteignons la cabane de Chillol en même temps que le soleil. Halte, déjeuner, photographie. A cette première rencontre le petit lac de Chillol me parut immense.

Bientôt nous repartons et, après une seconde halte au pied des éboulis, j’arrive le premier au col. D’un seul coup un tableau merveilleux se dresse devant moi. C’était la première fois qu’un vrai panorama de Montagne s’offrait à ma vue. Quelles couleurs! Je fus surtout frappé de leur richesse et de l’allure élancée des sommets qui, dans une gamme de bleus d’une infinie variété, allaient se perdre dans le lointain en ae confondant avec le ciel. Cette vue restreinte mais si simple si facile à retenir m’a laissé une impression inoubliable, ce fut pour moi la Révélation.

En attendant l’arrivée des autres avec Jean Soubrane nous nous livrons au plaisir de nous battre, en Août, à coups de boules de neige!

Nous dînons sur un tertre herbeux qui forme une terrasse au-dessous du col. Après dîner, mon Père se met à dessiner, Foucheriq va dans les rochers cueillir du génépi, les Dames se reposent, Paul fait des ricochets sur le lac dont les eaux miroitent au pied de notre campement et M. Soubrane infatigable entraîne «les enfants» vers les glaciers .

Nous franchissons une crêtes après quelques tâtonnements, passons la moraine, éboulis qui me parurent atroces, et nous voila sur le glacier. Je dois avouer que ce glacier ne me fit guère plus d’impression que les champs de St Paul en hiver, mais j’admirais beaucoup, entre deux blocs de la moraine, une grotte tapissée de glace.

Pour revenir, ayant décidé de passer par te bas, nous suivons le glacier, puis la moraine pénible et interminable, Marie-Louise traîne, il faut l’attendre, elle donne des signes évidents du «mal des montagnes». A grand peine nous la ramenons au petit camp où elle se repose; la descente devait heureusement la remettre bien vite.

Ah! cette descente, je l’ai faite étourdiment, au grand galop, et il m’a fallu attendre une heure à La Blachière le retour de la caravane!

Nous étions tous très contents et, bien que nous soyons rentrés pédestrement à St Paul, nous étions en somme peu fatigués surtout nous «les enfants» parce que nous étions fiers d’avoir subi avec succès la première épreuve de la Montagne.

De ce jour date pour moi la volonté de faire de belles ascensions; ce qui m’attirait le plus c’était la grande liberté, l’immensité, le danger que je devinais et puis aussi (j’avoue humblement cette petite vanité qui était alors de mon âge et que je n’ai plus) et puis aussi la gloire qui pourrait en résulter pour moi. Plus tard seulement la Montagne devait peu à peu me conquérir par sa seule beauté ; à présent je fais de la Montagne pour la Montagne, tout simplement.

LE VALLON DES LACS.

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26 Août.

Dès le lendemain du Marinet, «les enfants» réclamaient à grands cris une autre excursion.

On choisit le Chambeyron ou, pour mieux dire, le vallon aux nombreux lacs qui sépare l’Aiguille du Brec de Chambeyron; mais il fallut renvoyer parce qu’il était tombé de la neige en haute montagne.

Aussitôt le temps rétabli, le 26 Août, nous partions de St Paul à 4 heures, tous ensemble, à pied. Sauf les Dames et Paul Jaubert, nous étions les mêmes qu’au Marinet.

Après avoir passé Serennes et le Châtelet nous quittons la route de Fouillouze, guidés par l. Foucheriq. Le jour nous prend dans les bois; il fait un froid intense, nous sommes gelés; nous allumons un buisson tout entier pour nous réchauffer.

Longue montée pour atteindre le canal que nous suivons à bonne allure. Parcours facile, un seul mauvais passage (et encore!), les plus intrépides le franchissent les autres le tournent.

Au lac Premier halte. Les eaux du lac s’engouffrent sous un rocher, c’est l’écoulement du lac; ce sont les sources de la Baragne. Oui, nous étions bien encore des enfants! n’avons-nous pas essayé d’aveugler cette perte!

Deuxième étape: la croix Bujon. Cette croix «élevée par ses camarades du 28e bataillon de chasseurs alpins au lieutenant Bujon mort au Chambeyron» m’a vivement impressionné. J’ai été profondément ému par ses inscriptions, surtout par celle-ci: «Qui sait si son frère, le petit ange qui est au ciel, n est pas venu chercher son âme échappée de son corps brisé sur les rochers». Et je pensais: «Moi aussi, j’ai un petit ange au ciel...Qui sait...Si jamais mon corps devait se briser sur des rochers ou reposer pour toujours dans un cercueil de glace, au fond d’une crevasse, j’aimerais avoir quelque part une croix comme celle-là, avec la même inscription .»

Nous longeons plusieurs lacs, plusieurs névés et atteignons le lac des Neuf Couleurs. Ce lac est peut-être le plus beau de l’Ubaye. Serré entre l’Aiguille, le Brec et la Fréma, il s’étale dans un site sauvage et grandiose; les éboulis y plongent à pic; un glacier y descend du col de la Gypière et vient le peupler de minuscules icebergs; les Aiguilles y renversent leur muraille fantastique. C’est là que nous dînons.

Après dîner, tandis que mon Père crayonne et que Foucheriq retourne à ses génépis, M. Soubrane et les enfants, dont je suis, montent au col de la Gypière. Nous y laissons Marie-Louise et faisons l’ascension de la Fréma.

La Fréma! mon premier sommet!

Je contemplais sans rien dire le panorama immense. J’aurais voulu le retenir, l’emporter.... Mais un panorama ça ne s’emporte pas!

Je revois encore la pyramide blanche du Viso et la face Est du Brec qui m’effraya à l’idée qu’on pouvait la franchir; ce qui d’ailleurs ne me fit pas perdre ma vieille résolution de l’escalader.

Après avoir inscrit nos noms sur un papier laissé là-haut dix ans auparavant par M. Soubrane, nous redescendons au lac. Repos, goûter, photographie et retour par la même voie avec nouvel arrêt à la, croix Bujon et au lac Premier.

Nous étions à St Paul à 6 heures et demie du soir, enchantés mais Marie-Louise, trop légèrement chaussée, n’avait plus de bottines!

LE VALLONNET — VIRAYSSE.

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1er Septembre.

Le 1er Septembre à 4 heures du matin nous quittons St Paul, mon Père et moi, et gagnons Fouillouze par la route habituelle. Nous y arrivons au lever du jour. L’aurore s’était accompagnée d’un abaissement de température tel que nous sommes tout heureux de trouver des gens en train de chauffer le four banal, nous nous y réfugions Pour déjeuner.

Réchauffés nous repartons, nous traversons la Baragne à l’extrémité Sud du village. Un vieux chemin qui se change bientôt en un mauvais sentier, nous conduit dans le Vallonnet, vallon délicieux dont nous admirons les prés-bois qu’encadrent les à-pics sauvages du Brec de Chambeyron à l’Est de la Tête de la Combe à l’Ouest. Ce site est comparable à celui d’Ailefroide.

Comme il serait bon de passer un été là, dans ce petit châlet que nous remarquons sur notre route!

Nous arrivons, toujours sur prés, au col du Vallonnet, ce col, très plat, est situé entre un renflement, la Plate Lombarde, à l’Ouest et une très belle montagne, la Rocca Bianca, à l’Est. Après nous y être reposés quelques instants, nous nous engageons dans un vallon au Sud-Est. Nous suivons d’abord un torrent à sec ensuite une piste mal tracée qui finit par disparaître dans les cailloux.

La Meyna vue de là est superbe.

Elle domine de 500 mètres!

Au Nord-Est le col de Portiolette parait pénible; nous renonçons à le franchir comme nous en avions d’abord eu l’intention et, traversant les éboulis Nord de la Meyna, nous nous dirigeons vers la route stratégique.

Nous l’atteignons au niveau d’un petit lavoir.

Cette route, carrossable, bien entretenue, nous mène aux Baraquements, auprès desquels nous nous reposons, puis au fort de Viraysse.

Le vallon de Viraysse mérite d’être vu. C’est le type d’un camp retranché en haute montagne. En bas les baraquements avec toutes leurs dépendances; en haut le fort avec ses grilles, ses galeries, ses casemates, ses positions de batterie creusées dans le roc, sa plateforme d’où l’on jouit d’un panorama magnifique; entre les deux une route aux nombreux lacets coupés par un raccourci balisé qui suit une crête très aiguë. Ces ouvrages, complétés par un observatoire à Roisalpe, constituent une véritable forteresse; elle est réduite mais complète.

De Viraysse on peut observer tout le massif montagneux dont Larche est le centre; on domine le col de la Madeleine et la vallée de l’Ubayette depuis le Lauzanier jusqu’aux Gleizolles, petit hameau au dessus duquel se dressent les escarpements du fort de Tournoux au delà desquels on distingue dans le lointain les vallons sauvages du Parpaillon. Tout autour s’élancent dans le ciel des crêtes dentelées, des cimes majestueuses dont la plus proche, la Meyna, est la plus attirante. Cette pyramide qui se donne des airs de petit Viso, fixe l’attention; on y revient sans cesse malgré soi. Je la contemplais longuement; en moi naissait et grandissait le désir de la grimper mais je me gardais bien de rien en dire à mon Père qui était en train de me faire un cours sur les difficultés et les dangers de cette ascension.

Une impression que je dois noter est celle-ci: de Viraysse on a la sensation d’être directement au dessus de Larche, sur la même verticale. Tous les bruits vous en parviennent très nets.

Mais voici qu’au fond de la vallée plusieurs clochers sonnent midi nous rappelant l’heure traditionnelle du repas; vite, sur le parapet du fort, nous préparons notre festin. Ce jour là, heureux, ravis, nous avons dîné dans un décor féerique.

Par la crête balisée, par des éboulis, de mauvais prés et finalement par le vallon de Rouchouse nous descendons à Larche où nous arrivons vers 2 heures.

A l’hôtel de la Paix, Madame Pinoncély, détaillant du regard notre équipement, nous reçoit d’un «mais d’où venez-vous donc?» qui traduit sa surprise; mon Père le lui ayant dit, elle s’exclame: «A votre âge! vous n’êtes pas fou!»

Il est vrai que la course est longue mais elle est si belle, si variée, qu’elle ne coupe pas l’appétit, l’omelette au lard qu’on nous servit s’en est aperçue!

LE COL DE LA NOIRE.

Table des matières

8 Septembre.

Depuis longtemps mon Père caressait le projet de traverser le col de la Noire sans se séparer de sa bicyclette, ce qui ne lui semblait pas impossible puisque ce col est muletier et que chaque année, avant la guerre, au moment des manœuvres les batteries d’artillerie alpine le franchissaient avec armes et bagages; mais il voulait démontrer que l’admirable circuit St Paul, Maurin, col de la Noire, St Véran, Mt Dauphin, Guillestre, col de Vars, St Paul, est à la portée de tous les touristes qui, ne mettant pas leur plaisir dans la vitesse et les tourbillons de poussière, emploient pour se déplacer la bicyclette, cette robuste compagne de celui qui veut vivre la route qu’il parcourt.

La seule difficulté consistait à faire passer nos machines par le col de la Noire qui est à 2999 mètres; nous y avons heureusement réussi grâce à l’excellente «miaule» de Pierre André et à son habile conducteur.

Le chargement fut un peu laborieux; néanr moins, à l’aube, en bonne forme, nous quittions Maurin où, la veille, nous étions allé coucher.

En sortant de Combe-Brémond nous rencontrons une caravane de gens de St-Véran. A cheval sur leurs mulets, ils viennent chercher à Maurin le grain pour leurs semailles d’automne parce que chez eux le seigle n’arrive jamais à maturité complète. Ils ont fait sans encombres tout le trajet de nuit, c’est de bon augure pour notre voyage.

Nous passons au bord du lac Paroir. Pauvre lac Paroir! il s’engrave lentement. Moi qui l’ai connu si joli, je le vois réduit à l’état d’une grande mare vaseuse. Hélas! le salut que nous lui adressons est un adieu! quelques jours après une trombe d’eau dévastatrice devait lui donner le coup de grâce.

Après le Ga, le sentier grimpe au flanc du rocher dans une gorge étroite; le bât subit les à-coups de la montée, une partie de notre paquetage se détache, bondit de roche en roche; notre conducteur doit aller la repêcher dans le torrent qui l’emporte.

Le site des Blavettes, dominé à l’horizon par la Tête de Toillies dont l’énorme cube terminal affecte un air penché, nous retient un instant; des troupeaux l’animent à souhait.

Bientôt nous arrivons au col du Longet, décor théâtral: au premier plan le col, très large, très gazonné, forme un plateau qu’agrémente un lac; le Viso en constitue le fond, il paraît tout proche au point qu’on a l’envie de faire quelques pas de plus pour le toucher; le Viso-Valante qui se projette sous son sommet principal, fait paraître sa forme plus élancée; son isolement, la régularité de ses lignes font que vu du Longet il est encore plus prestigieux que vu du Guil.

Au col du Longet s’arrête le sentier que nous suivions depuis Maurin et, il faut bien le reconnaître, s’arrêtent aussi les connaissances de notre guide qui, devant l’évidence, avoue n’être jamais allé au col de la Noire.

«Lorsque je suis allé à St-Véran, nous explique-t-il, j’y suis allé par le col de...» mais passons! Il faut en appeler à la carte, faire le point et tâtonner. Plusieurs ravines, nous arrêtent, je les coupe et finis par trouver les lacets d’un sentier. Mon Père, suivi de Pierre menant sa bête, me rejoint par un long détour. Ce sentier qui va de Maurin à St-Véran est excellent, il s’amorce sur le sentier du Longet au niveau de la cabane Bonnardel, nous l’avions manqué. Je dois dire, pour la décharge de Pierre André, qu’il est plus fréquenté par les gens de St-Véran que par ceux de Maurin.

Le col de la Noire, très étroit, s’ouvre, au-dessus d’un petit lac, entre deux mamelons l’un de roches noires l’autre de roches vertes. La vue qu’on en a ne présente rien de remarquable.

La descente dans le vallon de Clausis se fait par un sentier qui déroule, au milieu d’éboulis très inclinés, d’innombrables lacets très courts et très serrés. Durant cette partie de notre voyage que de souci mon Père ne s’est-il pas fait pour nos bicyclettes! «Pierre! attention!»..... «Attention! Pierre!» Ce sont les seules paroles que répétèrent les échos.

A la chapelle de Clausis nous déchargeons la bête, dînons, quittons notre guide qui retourne à Maurin et en route pour St-Véran, village curieux jouissant du prestige de détenir la plus haute situation d’Europe (2070 mètres d’altitude). Nous y arrivons à 5 heures. Nous y couchons.

Le lendemain, tout en nous abandonnant délicieusement à notre roue libre, nous visitons la pittoresque vallée du Queyras et le surlendemain, conformément au programme que nous nous étions tracé, nous bouclons notre circuit non sans avoir, en traversant Sainte-Marie-de-Vars, réduit une luxation de la mâchoire qu’une bonne vieille venait de se faire.... en?... J’ai toujours supposé que c’était à la vue de deux touristes attaquant a bicyclette le col de Vars. Si je suis dans le vrai, nous lui devions bien ce service!

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Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
135 s. 10 illüstrasyon
ISBN:
4064066306724
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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