Kitabı oku: «La vallée du Giffre»
Jean D'Ardenne
La vallée du Giffre

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066332853
Table des matières
LA HAUTE-SAVOIE
LE BUET
GENÈVE
DE GENÈVE A ANNEMASSE
LA ROUTE DU GIFFRE
LA VALLÉE INFÉRIEURE DU GIFFRE
TANINGES ET SES ALENTOURS
SAMOËNS ET SIXT LE HAUT-GIFFRE
LES PICS ET LES COLS DU GRAND-GIFFRE
LE PETIT-GIFFRE ET LE BUET

LA HAUTE-SAVOIE
Table des matières
LE département de la Haute-Savoie, limitrophe de la Suisse, baigné par le Léman dont son territoire forme presque toute la rive méridionale, comprenant d’autre part les plus hautes altitudes du massif alpin et offrant un relief des plus pittoresques, est néanmoins resté assez étranger à l’industrie si perfectionnée par ses voisins: l’organisation d’un pays au point de vue du tourisme.
A part Chamounix et les stations du lac de Genève, la contrée savoisienne ne présente pas encore au voyageur tout ce que le génie hospitalier de la Suisse a su lui fournir, pour satisfaire ce qu’on appelle les «exigences du confort moderne».
Beaucoup ne se plaindront pas, au contraire, de voir conserver le plus possible, chez ces braves montagnards du Genevois, du Faucigny, du Chablais, l’ancien cachet du sol et les vieilles mœurs des habitants. La funicularisation des pics et la transformation en phalanstères internationaux des auberges à la bonne mode locale, universellement accomplies, ne sont pas faites pour plaire aux gens doués de quelque saine curiosité.
Je parle de l’excès, — tel qu’il se rencontre en certains lieux helvétiques, par exemple sur ce rivage célèbre de Montreux, où l’on voit aujourd’hui le cachot de Bonnivard éclairé par des lampes Edison et le cadre de la Nouvelle Héloïse si banalisé que Saint-Preux lui-même ne s’y reconnaîtrait plus.
Mais, telle qu’elle est, la Savoie offre aux touristes des facilités d’accès et des conditions de séjour très suffisantes, tout en gardant ses précieux avantages: le charme naturel n’y a point souffert à force d’être mis à la portée de gens les moins capables de le comprendre et de le goûter.
Le département formé en 1860 des trois provinces, ci-dessus nommées, de l’ancien duché de Savoie — le Genevois, à l’ouest et au sud (arrondissements de Saint-Julien et d’Annecy), le Faucigny, au centre et au sud-est (arrondissement de Bonneville), le Chablais, au nord, limité par le lac de Genève (arrondissement de Thonon), se trouve scindé, du sud-est au nord-ouest, en deux parties à peu près égales par une fissure méandreuse et irrégulière: la vallée de l’Arve qui, resserrée en d’autres parties, forme sur le territoire de Bonneville, entre Cluses et Contamine, une large plaine alluviale, ancien bassin lacustre. C’est le cours d’eau le plus important de la région. Il naît au col de Balme, au revers des montagnes du Valais, et apporte au Rhône, en dessous de Genève, le tribut des eaux de tout le versant septentrional du Mont-Blanc.
LA VALLÉE DU GIFFRE
Table des matières
Le Giffre coule en plein Faucigny dans une direction générale à peu près parallèle à celle de l’Arve qu’il rejoint par un brusque crochet.
Il se forme sous le village de Sixt, au pied du Mont-Buet, par la jonction du Grand-Giffre ou Giffre-Haut et du Petit-Giffre ou Giffre-Bas. Le premier sort du glacier du Ruan, cime rattachée à la Dent-du-Midi, se grossit des innombrables torrents et cascades du Fond-de-la-Combe et du Fer-à-Cheval, baigne quelques hameaux et le village même de Sixt. Le second descend du versant occidental du Buet par la vallée des Fonds, et reçoit, entre autres torrents affluents, le ruisseau d’Anterne.
SIXT

Les deux branches se réunissent sous le Benet, montagne sombre, dressée sur la rive gauche, qui semble clore en aval la vallée de Sixt.
Le cours d’eau ainsi formé s’engage tout de suite dans le défilé des Tines, d’où il gagne la vallée élargie, aux riants pâturages, aux jolis hameaux, de Samoëns-Taninges.
Après un étranglement — le Détroit-Denté — il passe dans l’assiette pittoresque de Mieussy, à l’issue de laquelle se présente un second défilé, la gorge de la Serraz.
C’est en sortant de cette gorge étroite que le Giffre, ayant reçu le Risse (rive droite), fait un coude vers le sud-est, longe le versant oriental du Môle et va rejoindre l’Arve au-dessus de Bonneville, à Marignier, en face de Vougy.
Son cours, à partir de Sixt, est d’environ 5o kilomètres.
Les défilés rocheux qu’il traverse en aval de Sixt et de Mieussy n’ont pas encore été rendus accessibles, comme les gorges de la Diozas, sa voisine (affluent de l’Arve à Servoz), et celles du Fier, en aval d’Annecy, pourvues de galeries de bois accrochées aux parois rocheuses, à l’instar du Trient, de la Tamina et des «klamms» du Tyrol. Mais, s’il est impossible de les parcourir, il est facile d’en mesurer la profondeur et d’en apprécier la sauvage beauté.
Entre ces deux fissures, le Giffre a formé autrefois un lac allongé, de Notre-Dame-de-Grâce à Mieussy.
Au-dessus des Tines et de la réunion des deux Giffres, l’intéressante vallée de Sixt est également une cuvette lacustre qui trouva son écoulement par la crevasse, comme le lac inférieur par celle de la Serraz. Tout indique, en ce curieux repli du massif alpin, la présence des eaux à une époque très voisine de la nôtre. Les premières traces d’habitation à Sixt ne remontent point au-delà du Xe siècle. 11 est probable que l’émersion du sol, le long du thalweg, ne fut guère antérieur. Comme révolution naturelle, c’est de la dernière modernité. «La nature qui avait formé ces lacs — dit Elisée Reclus — s’est servie de la même cause pour les détruire: les torrents avaient rempli les bassins; ils les ont vidés plus tard en rongeant les parois inférieures.»
On peut indiquer le cours du Giffre par les hauteurs qui dominent les deux rives, ainsi:
Grand-Giffre, rive droite: Les pics de l’Avoudru et du Criou et leurs épaulements, le Boray et le Salvadon, appelé aussi Chambet ou Sambet; rive gauche: le Sageroux, le Ruan, le Prazon, le Tanneverge, le cirque du Fer-à-Cheval, la Tête Noire, les épaulements nord et ouest du Buet: Cheval-Blanc, Grenairon et Grenier, ce dernier projeté vers Sixt.
Petit-Giffre; rive droite: versant occidental du Grenairon et du Grenier; rive gauche: le massif des Fiz, rattaché à celui du Buet par le col d’Anterne et comprenant les sommets déchiquetés de la Tète-à-l’Ane et de la pointe de Salles, les montagnes de Gers, que domine la Tête-Pelouse, la montagne de la Porte, contrefort des Grands-Vents, projetée au confluent.
A partir de la réunion des deux Giffres; rive droite: le Criou, dont notre vallée contourne la base, et ses contreforts, le Planay auquel Sixt est adossé et la Poya sous lequel se creuse le gouffre des Tines; après Samoëns, la Bourgeoise, les hauteurs de Jouplane, le mont Loex ou Loi et les Têtes-de-Verchaix, la montagne des Gets; au delà du foron de Taninges, le mont Marcelly, qui domine la vallée de Taninges à Mieussy, le Somman, auquel se rattache la Serraz où le Giffre traverse son dernier défilé, enfin, après le coude de la jonction du Risse, le Môle qui domine le confluent; rive gauche: le Benet et, au-dessus, la Tête de Pré des Saix, puis la chaîne du delta allongé entre l’Arve et le Giffre: les monts d’Arâches, la pointe d’Orchex ou d’Orsaix, dont les versants forment le promontoire entre les deux rivières. Ce delta est coupé, de Taninges à Cluses, par le col de Châtillon, où passe la route nationale de Grenoble à Thonon.
La vallée du Giffre a des aspects d’une variété très caractéristique en ses parties haute et basse. Cette dernière, entre les deux gorges susdites, offre le spectacle d’une sorte de Tempé dans un cadre de montagnes sévères, où la vie agricole s’est développée à l’aise, favorisée par la nature et les dispositions du sol, donnant à toute la contrée une expression de bonheur, de paix, de joie souriante.
Dans le Haut-Giffre, le caractère change brusquement, la sauvagerie et la rusticité s’accentuent, en gardant toutefois un singulier cachet de gaîté pittoresque: mille accidents aimables à voir accrochent le regard du passant, et le paysage, malgré ses lignes imposantes, n’a rien qui rappelle l’horreur tragique ou la gravité hautement intéressante, mais peu attractive, de certaines régions alpines.
C’est le domaine des vaux encaissés et tortueux, des torrents aux lits caillouteux, des eaux ruisselantes et des cascades, des roches disloquées, des groupes de chalets jetés sur les cimes, accrochés aux flancs des monts, des alpages qu’on dirait inaccessibles, montrant leurs plaques vertes entre les pics et les crêtes, des sentiers abrupts, en escalade, se hissant vers les cols.
Hors le chemin de la vallée, à l’ouest, ceux-ci forment les issues dans toutes les autres directions pour passer du Giffre au Rhône et à l’Arve. En décrivant du côté de l’est, autour de Sixt, une portion de cercle qui suit les crêtes environnantes, du nord-ouest au sud-ouest, on trouve successivement: La golette de l’Oulaz, les cols de Sageroux, de Tanneverge, du Grenairon, du Genévrier ou du Vieux, de Léchaud, d’Anterne, du Dérochoir, de Platet, de Flaine ou des Grands-Vents. Ce sont les passages qui environnent immédiatement l’entonnoir de Sixt, d’où fluent les sources des deux Giffres et leurs innombrables tributaires.
LE BUET
Table des matières
Le mont Buet, appelé autrefois Mortine, s’élève à une altitude de 3,109mètres, entre les deux branches du Giffre supérieur, dont il commande, vers l’ouest, la vallée naissante, comme il domine d’autre part celles de la Barberine au nord, du Bérard et de l’Eau Noire de Valorcine à l’est, de la Diozas au sud.
La situation qu’il occupe à la naissance des vallons savoisiens et valaisans, juste à la distance requise du Mont-Blanc (dont il n’est séparé que par la chaîne du Brévent et des Aiguilles-Rouges) et au point voulu pour fournir une vue merveilleuse, incomparable, du géant des Alpes, lui donne un attrait exceptionnel, maintes fois reconnu et justement vanté.
Son massif forme une crête allongée du nord au midi, du col de Tanneverge qui le rattache au massif du Ruan et de la Dent du Midi, au col d’Anterne, qui le relie au massif des Fiz. Mais le Buet proprement dit, la cime principale, occupe la partie médiane de cette crête, à peu près à égale distance des deux cols. Elle a une conformation toute spéciale, celle d’un dôme aplati, d’une courbe régulière nettement profilée en blanc immaculé sur l’azur du ciel, résultant d’une épaisse calotte de frimas et de glace qui recouvre son amortissement rocheux, le signale de loin et le distingue de tous les sommets d’alentour.
L’admirable panorama, un des plus réputés de toutes les Alpes, que l’on voit se dérouler du haut du Buet et qui embrasse non seulement la superbe perspective du Mont-Blanc, mais aussi toute la Savoie, le Jura, la Bourgogne lointaine, le Valais, la grande chaîne de l’Oberland, les pics du Combin, du Cervin et du Mont-Rose, désigne tout particulièrement cette montagne aux amateurs d’ascensions faciles, n’exigeant ni grand temps, ni dépenses extraordinaires et n’offrant aucun danger.
Et c’est de la vallée du Giffre que l’ascension est la plus recommandable sous tous les rapports. Elle se faisait d’abord par les autres versants, vers l’orient et le midi: la Vallorcine, Couterey et le Bérard, ou Servoz (sur l’Arve entre Sallanches et Chamounix), les chalets de Villy et le col de Salenton.
L’itinéraire par Sixt et la vallée des Fonds est bien préférable et l’est devenu plus encore depuis que l’accès du Haut-Giffre se trouve facilité, grâce à l’installation d’une voie rapide qui relie Samoëns à Genève.
Le premier guide du voyageur en Suisse, le vieil Ebel, publié en 1810, a déjà cette note caractéristique, concernant le Buet:
«C’est sur la cime du Buet que l’on voit tout ce que le Mont-Blanc a de grand et d’admirable. C’est aussi de là que l’on a, pour la première fois, mesuré avec exactitude le point le plus élevé de l’ancien monde. Rien de plus sublîme que le spectacle dont on jouit sur le Buet. La vue s’étend à l’est sur tout le Valais jusqu’au Saint-Gothard et à l’ouest sur une multitude de montagnes et de vallées de la Savoie jusque dans le Dauphiné. On distingue, en outre, le lac d’Annecy, ainsi que plusieurs parties de Genève et de la grande vallée qui borne le Jura.»
Au siècle dernier les indigènes de Sixt pas plus que ceux de Vallorcine, de l’autre côté, n’étaient renseignés d’une façon précise sur la situation de la montagne. Les uns et les autres ignoraient que le Buet lui-même s’élevât devant eux, formant, par ses contreforts du Grenier et de l’Oreb, un des versants de leurs vallons respectifs.
Les premiers qui atteignirent le sommet furent les frères De Luc, les célèbres naturalistes genevois, le 20 septembre 1770, après trois tentatives infructueuses.
GENÈVE
Table des matières
Genève est le point de départ indiqué des excursions dans la Haute-Savoie. A ce titre, il mérite ici un paragraphe spécial. (Je renvoie pour le surplus aux descriptions détaillées de la ville et de son territoire qu’on trouve dans tous les guides.)
De ses quais, de ses ponts, des artères qui y aboutissent par la rive droite, la Haute-Savoie se présente en un magnifique raccourci dont le Salève, les Voirons, le Môle, d’une part, les cimes prestigieuses du Mont-Blanc découpées sur l’horizon, de l’autre, marquent l’avant et l’arrière-plan.
La vallée de l’Arve, qui descend du principal massif montagneux de la Savoie, débouche sur le territoire genevois par une large échancrure allant des Voirons au Salève, bossuée, sur la pente prolongée des Voirons, par la butte de Monthoux.
Dans la courbe de ce vaste «bois de lit», se dresse l’imposante pyramide du Môle. D’un côté, le Salève découpe sa silhouette caractéristique à la ligne dorsale déprimée par le vallon de Monnetier et montre ses escarpements rocheux dressés comme une muraille sur l’immense plaine du Rhône, en regard du Jura. De l’autre, les pentes verdoyantes et boisées des Voirons font un riant belvédère sur le lac.
PANORAMA DE LA HAUTE-SAVOIE, PRIS DE LA RIVE DROITE DU LÉMAN, AU PETIT-SACCONEX

Par les journées claires, le Mont-Blanc se dessine à droite du Môle; à gauche, les aiguilles d’Argentière et le dôme argenté du Buet. C’est notre direction. D’ici, le but du voyage se marque d’une façon précise.
Au touriste qui s’est mis en route pour visiter la région si intéressante où notre itinéraire pénètre comme un glaive enfoncé au cœur de la Savoie, Genève fournit une station de départ, ou mieux une première étape des plus recommandables, en ce qu’elle réunit toutes les conditions que l’on peut ambitionner: au seuil même de la contrée à parcourir, dont elle laisse entrevoir, comme je viens de le dire, le relief sommaire, elle renferme par son caractère, l’intérêt et les ressources qu’elle présente, la vie qu’on y mène, les éléments de civilisation qui y sont développés, de quoi satisfaire amplement le besoin naturel de diversité et de contraste qui s’impose à l’homme en tout état, sédentaire ou voyageur. Je veux dire que, avant de se livrer au charme puissant de la nature alpestre, on trouve à Genève une aimable halte de quelques heures — ou de quelques jours, selon les loisirs — qui constitue la meilleure des dispositions et des préparations.
Le Genève moderne se distingue avant tout par la multiplicité des voies de communication. Il est le centre d’un rayonnement très complet de chemins de fer, de tramways, de bateaux à vapeur (ceux-ci, exclusivement dans le secteur du lac, d’où sont exclus les autres, est-il besoin de le faire remarquer?).
La place du Molard, d’où partaient naguère encore les bonnes diligences à coupé, à rotonde, à cabriolet, du service de Chamounix, est devenue le point central de croisement ou de départ de tramways en communication avec tout le réseau de la banlieue, les diverses lignes de chemins de fer, à la gare Cornavin comme à celle des Eaux-Vives, le tramway électrique de Carouge, le funiculaire du Salève, soit par Veyrier soit par Etrembières, enfin le chemin de fer vicinal d’Annemasse à Samoëns.
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.