Kitabı oku: «Hygiène du cheval : ferrure»

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Jean-Pierre Mégnin

Hygiène du cheval : ferrure


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066325633

Table des matières

INTRODUCTION

FERRURE DU CHEVAL

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

A

B.


INTRODUCTION

Table des matières

ZOOLOGIE ET HISTOIRE

DU CHEVAL

Le Cheval a été classé par les naturalistes dans l’ordre des PACHYDERMES, la famille des SOLIPÈDES et le genre Equus qui constitue à lui seul cette famille.

Le genre Equus a pour caractères: un seul doigt et un seul sabot à chaque pied; de chaque côté du métatarse et du métacarpe des stylets osseux représentant les rudiments de deux doigts latéraux; six insisives et douze molaires à chaque mâchoires et dans les deux sexes; des canines chez les mâles, absentes ou rudimentaires chez les femelles.

Le genre Equus se compose de nos jours de six espèces qui présentent de grandes ressemblances; chez toutes on trouve sur le corps un poil ras en été qui s’allonge et s’épaissit pendant la saison froide; chez toutes, ce pelage tend à présenter des bandes transversales alternativement claires et foncées; toutefois cette tendance est peu prononcée dans l’Ane et dans l’Hémione, tout à fait exceptionnelle chez le Cheval domestique et très-prononcée au contraire chez le Couagga, le Dauw et surtout le Zèbre. Toutes les espèces du genre Equus ont un instinct qui les porte à se réunir en troupes nombreuses et à accepter pour chef celui d’entre eux que sa force, son courage et sans doute aussi son expérience rendent plus digne de ce poste élevé. C’est cet instinct qui, détourné à son profit par l’homme, lui a permis de soumettre à son empire et de rendre domestique le Cheval, le Bœuf, le Mouton, etc. Les animaux sauvages chez lesquels l’instinct d’obéir à un chef n’existe pas, peuvent être domptés et apprivoisés, mais jamais réduits à la domesticité.

Les six espèces du genre Equus sont les suivantes:

1° Le Cheval (Equus caballus, L.).

2° L’Ane (Equus asinus, L.).

3° L’Hémione (Equus hemionus, Pallas).

4° Le Couagga (Equus quaccha, Gmel.).

5° Le Dauw (Equus montanus, Burchell).

6° Le Zèbre (Equus zebra, L.).

Nous ne nous occuperons dans ce travail que des deux premiers et du produit infécond de leur accouplement.

LE CHEVAL (Equus caballus, L.)

Le Cheval, d’après M. H. Milne Edwards, se distingue des autres espèces du genre par sa queue garnie de crins dès sa racine et par ses petites oreilles.

A propos de sa robe, on sait combien sont grandes les variétés de couleur qu’elle présente chez nos chevaux domestiques: les trois couleurs, blanc, alezan ou rouge jaunâtre et noir, s’y remarquent, soit seules, soit combinées deux à deux et trois à trois d’un grand nombre de façons. On peut cependant remarquer un fait, c’est que le poulain, quelle que soit la robe qu’il aura définitivement naît toujours avec une robe uniforme, souris, fauve ou isabelle, fréquemment accompagnée de raies de mulet et de zébrures; cela indiquerait, — d’après une science toute nouvelle qui se fonde en ce moment, la science des origines, — que telle était la robe des types primitifs, c’est-à-dire des types sauvages. On sait, en effet, que les Trapans ou Chevaux sauvages des stéppes de la Tartarie, que quelques naturalistes regardent sans preuves aucunes, comme descendant de Chevaux domestiques, sont tous isabelle ou gris-souris. Les Chevaux sauvages des pampas de l’Amérique, que l’on regarde généralement aussi comme ayant pour souche des Chevaux d’Europe échappés à la domestication après la découverte du Nouveau-Monde — on a trouvé cependant depuis quelques temps des Chevaux fossiles dans ce pays — sont au contraire plus généralement bai-châtain.

L’espèce cheval présente un grand nombre de variétés ou de races que nous étudierons plus loin.

Jusqu’à ces derniers temps, on regardait toutes les races de Chevaux domestiques comme provenant d’une souche unique dont la patrie était l’Arabie pour les uns et l’Égypte pour les autres (Huzard). A cette dernière opinion, émise par l’auteur du plus remarquable traité des Haras que nous possédions, et qui s’étayait des textes les plus anciens et les plus savamment colligés, s’étaient ralliés les naturalistes les plus éminents; mais les découvertes paléontologiques et ethnographiques de ces dernières années sont venues détruire ces deux opinions aussi bien que celle émise par M. de Quatrefage, dans l’article étendu qu’il a consacré au Cheval dans le Dictionnaire d’histoire naturelle de d’Orbigny, à savoir: qu’il n’existait aucune trace de l’existence de cette espèce à l’état sauvage et que l’époque de sa domestication remontait si haut «qu’il semblait avoir été créé animal domestique. »

L’exploration de la grotte d’Aurignac, entre autres, faite par M. Lartet, dans ces dernières années, a prouvé qu’à l’époque où l’Ours des cavernes, le Rhinocéros et le Mammouth foulaient le sol de la France actuelle, le Cheval, l’Auroch et le Renne y vivaient aussi en grande abondance; que ces derniers animaux, surtout les jeunes sujets, y étaient l’objet d’une chasse très-active par les hommes de cette époque, car leurs os, fendus et brisés artificiellement pour en extraire la moelle, se trouvent en abondance dans les débris de cuisine humaine que cette grotte a fournis, et on y a même trouvé des vertèbres de Cheval et de Renne montrant encore les traces de coups, et même portant incrustées dans leur corps les pointes de flèches en silex qui avaient servi à tuer les animaux dont ces os provenaient.

Ainsi donc il est bien prouvé qu’à l’époque dite de l’âge de pierre, de grandes troupes de Chevaux sauvages, qui ne différaient en rien des Chevaux actuels, existaient sur le sol de notre pays, comme à l’époque tertiaire s’y trouvaient déjà les petits Chevaux à trois doigts, les Hipparions des paléontologistes, dont les premiers proviendraient d’après la théorie de Darwin.

Les fouilles des habitations lacustres de l’âge de pierre, qui prouvent, d’après Rutimeyer, que quelques espèces animales étaient déjà domestiquées, ou, dans tous les cas réunies en parcs d’approvisionnements, ne donnent encore aucun renseignement sur l’asservissement du Cheval; bien mieux, on ne trouve plus ses os dans les restes de cuisine, ce qui indique que sa chasse même était abandonnée, et que le Chien, le Bœuf, le Mouton et la Chèvre, devenus les hôtes de l’homme, étaient ses pourvoyeurs de viande fraîche: il ne s’exposait plus à chasser les grands pachydermes ou ruminants sauvages qui, auparavant, fournissaient les éléments de son alimentation.

Il faut arriver jusqu’à l’âge de bronze pour trouver des indices de la domestication du Cheval: elle est donc probablement due aux Gaëls, dont l’arrivée en Gaule remonte à dix-huit siècles avant notre ère, et qui y apportèrent les premiers arts métallurgiques; effectivement, à partir de cette époque, on trouve souvent le Cheval et son cavalier réuni dans le même tumulus.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que l’avoine, ce pain du Cheval domestique des régions tempérées et septentrionales, ne s’est pas trouvée dans les fouilles des habitations lacustres de l’âge de pierre, qui pourtant ont fourni le froment, l’orge, le lin, aussi bien que les pommes, les poires et les prunes; cette graine n’apparaît qu’avec les métaux, en compagnie du seigle et du chanvre; c’est dire qu’elle nous a été apportée d’Orient par des hommes qui savaient dompter les chevaux et qui, s’ils ont pu amener avec eux du plateau central de l’Asie, leur pays d’origine, des Chevaux de cette contrée, ont certainement réduit à la domesticité les Chevaux sauvages indigènes, bien plus nombreux, et avec lesquels ils remplaçaient leurs montures au fur et à mesure de leur extinction; rien n’empêche non plus d’admettre qu’ils aient pu croiser les uns avec les autres.

Les races de Chevaux qui existent actuellement en France ont donc plusieurs origines: à côté de races certainement autochtones, et dont la taille et les formes ont été modifiées par les progrès de l’agriculture, s’en trouvent d’autres amenées à diverses époques par les envahisseurs qui se sont successivement rués sur notre pays; mais l’influence du sol et du milieu, aussi bien que les croisements avec les races indigènes les ont modifiées au point qu’il est tout à fait impossible de les reconnaître; il n’y a que les races de Chevaux importées à une époque relativement récente et qui sont l’objet de soins continuels qui ont conservé leurs caractères; quant aux autres, elles ont subi l’influence des milieux, au point qu’elles ont acquis tous les caractères des races du pays. Ainsi il n’est pas possible, suivant nous, de faire remonter l’origine de telle ou telle race soit à l’invasion des Romains, des Francs, des Arabes, ou aux croisades; un peu d’histoire va le démontrer.

Les fouilles archéologiques de ces derniers temps ont prouvé que, pendant la période qu’on appelle antéhistorique, les Chevaux sauvages parcouraient le sol de notre pays par troupeaux immenses; leurs restes ont même été trouvés accumulés en si grande quantité en certains endroits, que l’on s’est demandé si réellement, à ces époques reculées, le Cheval n’était point déjà domestique. De ce que l’homme à ces époques était encore sauvage, ce ne serait pas une raison à invoquer contre la domesticité du Cheval, puisque nous voyons aujourd’hui les Sioux et les autres peuplades de Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord se servir parfaitement du Cheval, bien que l’agriculture et l’industrie des métaux leur soient totalement inconnues. Attendons pour vider cette question que de nouveaux faits, apportant des preuves évidentes pour ou contre l’une ou l’autre opinion, se soient produits.

Aussi loin que l’on puisse remonter dans l’histoire écrite de notre pays, on voit que les Chevaux sont extrêmement abondants et que la cavalerie fait la principale force des armées. (STRABON, Géographie, lib. IV, cap. III.) Veut-on savoir pour quelle proportion comptait l’élément cavalerie dans ces immenses armées de valeureux Gaulois devant qui tout pliait, Etrusques, Romains, Grecs, Macédoniens, Perses, etc.? L’armée celtique qui écrasa Sosthène et la phalange macédonienne, l’an 280 av. J.-C. et qui pilla le temple de Delphes, se composait de 150,000 fantassins et de soixante mille cavaliers sans compter les innombrables chariots qui transportaient les femmes, les enfants et les valétudinaires (H. MARTIN, Histoire de France, 4e édit., II, p. 26); ainsi il y avait deux cavaliers pour cinq fantassins, c’est-à dire trois fois plus que dans les armées actuelles. Pausanias (Phocide, XIX, 10, 11), parlant des anciens Gaulois qui avaient pénétré jusqu’ à Delphes, dit: «Chacun de leurs cavaliers avait avec lui deux écuyers aussi à cheval; lorsque la cavalerie avait engagé le combat, ces écuyers se tenaient derrière le corps d’armée soit pour remplacer les cavaliers tués, soit pour donner leur cheval à leur compagnon, s’il perdait le sien, soit pour remplacer celui-ci dans le cas où il était blessé, tandis que l’autre écuyer l’emportait hors de la mêlée.... Leurs armées traînaient après elles une multitude de chariots même dans les expéditions les moins importantes. »

La cavalerie gauloise avait tant de réputation que c’était à qui se l’adjoindrait: Annibal en avait à Cannes et à Trasimène, et l’histoire a constaté que c’est aux troupes gallo-kymriques qu’il dut la victoire. (D’HALLWIN, Les deux yeux de l’histoire.) Dans la guerre de Jules César contre Arioviste «la cavalerie était composée presqu’en totalité d’auxiliaires gaulois.» (Jules CÉSAR, Commentaires.) Et dans celle qui décida du sort de la Gaule, ce n’est qu’en appelant à son aide la cavalerie germaine qu’il pût vaincre ses anciens alliés: «Sachant que l’ennemi tire sa principale force de la cavalerie, il mande un corps de cavaliers germains qu’il achève d’équiper avec les montures mêmes de ses officiers.» (CÉSAR, De Bell. gall., lib. VII, c. LXV.)

Ces faits prouvent que les Chevaux étaient très-rares dans les armées romaines du temps de Jules César, et, en effet, les légions étaient alors exclusivement composées de fantassins. Les Chevaux étaient même devenus très-rares en Gaule à la même époque, puisque dans l’armée de Vercingétorix, la dernière de la Gaule libre et qui comptait 80,000 hommes, il n’y avait plus que 15,000 cavaliers, nombre bien réduit et qui atteste les pertes énormes qu’avait faites la Gaule dans la guerre de l’indépendance.

Par suite de l’usage qu’avaient les cavaliers gaulois de se faire enterrer avec leurs armes et leur cheval de bataille, on a retrouvé, dans les nombreux tumuli celtiques que l’on a explorés, assez de squelettes pour se rendre compte de la conformation des Chevaux de la période gauloise depuis les temps historiques les plus reculés jusqu’à la conquête romaine: pendant toute cette période, la taille des Chevaux et leur conformation ont très-peu varié ; ils étaient de petite taille, la tête un peu forte, les membres minces mais solides et le pied très-petit; ils étaient en un mot tout à fait comparables aux Chevaux cosaques ou tartares modernes, et rien n’indique qu’il y eût diverses races en Gaule; partout où les tombeaux gaulois ont rendu des squelettes de Chevaux, partout on a retrouvé à peu près le même type. Le Cheval germain ne différait pas du Cheval gaulois et présentait exactement les mêmes caractères indiqués, surtout la même petitesse de pied, dont la mesure est donnée par les fers à cheval, authentiquement germains et gaulois, que l’on a trouvés souvent avec le squelette et les armes du guerrier inhumé ; car nous pouvons dire, dès à présent, que les Gaulois et les Germains d’avant l’ère chrétienne, connaissaient la ferrure du Cheval ainsi que nous le démontrerons plus loin.

Pendant la période gallo romaine, époque où l’agriculture prit un grand développement, le Cheval grandit un peu et s’étoffa, ce qui est encore constaté par les squelettes et surtout par les fers du temps trouvés dans le sol des grandes voies de communications dont la surface du pays fut sillonnée. Mais il faut croire que pendant cette période on s’occupa beaucoup plus de la production et de la multiplication des animaux de trait lent, bœufs et mulets, que des Chevaux, car à l’arrivée des Francs, le Cheval était d’une très-grande rareté en France, peu prisé, même par les nouveaux envahisseurs, et il faut arriver jusqu’à Charlemagne pour voir le Cheval de nouveau en honneur; ce qui prouve que les Gaulois avaient pris les goûts et les mœurs de leurs conquérants, les Romains, qui furent d’admirables fantassins mais jamais cavaliers.

Il faut admettre aussi que les invasions successives des barbares qui ravagèrent la Gaule pendant les IVe et Ve siècles contribuèrent pour une grande part à l’arrêt de la production du Cheval; toujours est-il que, pendant toute la période mérovingienne, le Cheval disparaît pour ainsi dire des armées franques qui, au dire de Sismondi «étaient constituées par une excellente infanterie, constante, inébranlable au combat et cependant facile à manœuvrer. Aucun autre peuple ne pouvait mieux remplacer dans les armées de l’empire l’ancienne infanterie romaine qui avait dû aux mêmes qualités la conquête du monde.» (SISMONDI, Histoire des Français, t. I, p. 40.)

Les chefs supérieurs, seuls dans l’armée franque, étaient montés et, même chez les descendants de Clovis, leurs écuries étaient si peu fournies que c’était un grand luxe pour le roi d’avoir six Chevaux. (GRÉGOIRE DE TOURS, lib. III, p. 24, 198.)

«Appelé par Justinien, Théodebert, petit-fils de Clovis, entra lui-même en Italie (539) avec une armée qu’on évaluait à cent mille combattants. Parmi ceux-ci il n’y avait que quelques cavaliers, armés de lances, qui formaient la garde du roi; tout le reste combattait à pied (Agathiæ » (SISMONDI, loc. cit., t. I, p. 275.)

Une preuve encore que chez les Francs les Chevaux étaient rares, nous est fournie par l’historien que nous avons déjà cité, Grégoire de Tours: Clovis ayant défait les Visigoths à Vouglé, va au tombeau de saint Martin remercier Dieu de sa victoire; il offre en présent au monastère le Cheval sur lequel il était monté le jour de la bataille. Mais bientôt, tant un bon coursier est chose rare, Clovis regrette son offrande; il redemande son cheval au prix de 50 marcs d’argent. Les moines répondent que saint Martin tenait beaucoup au présent qui lui avait été fait. Clovis fut obligé de doubler la somme pour faire taire les scrupules du monastère. Ce fut alors que le rude Sicambre murmura, dit-on, dans sa barbe: «Saint Martin sert bien ses amis, mais il vend ses services un peu cher.»

Si les rois et les chefs supérieurs francs ont des Chevaux, ce sont pour eux de pures machines, aucune idée de noblesse n’est attachée à leur possession, comme cela arrivera plus tard. Quand ils voyagent, c’est en basterne traînée par des bœufs et ceci n’est pas particulier aux rois fainéants: les plus nobles dames du temps de Clovis ne voyagent pas autrement. (H. MARTIN, Histoire de France, t. I, p. 416.) Quand un prince fait son entrée solennelle dans une ville, c’est à pied, ainsi que toute sa suite, qu’il se présente. (H. MARTIN, loc. cit., t. I, p. 406, note.) Si les rois francs ont un tribut à imposer aux Saxons qu’ils ont vaincus, ce sont des Vaches qu’ils demandent; Pépin le Bref est le premier à changer ce tribut annuel de 500 Vaches contre un autre de 300 Chevaux. (SISMONDI, loc. cit., t. II, p. 32, et FRÉDÉGAIRE, contin. cap. CXVIIII, p. 1.) Ce dernier regarde ce tribut comme extrêmement onéreux.

Le goût du Cheval reparut en France à l’avènement des Carlovingiens, et cela pour plusieurs raisons:

Avec saint Colomban, ce druide christianisé, avec les savants qu’il amena à sa suite de la verte Erin «oasis de lumière où s’unit la charité chrétienne à la science druidique» on vit les légendes celtiques renaître de toute part. Or, ces légendes celtiques étaient trop pleines des hauts faits des «colliers d’or» des chevaliers gaulois, pour que les Francs, qui avaient fini par aimer la fixité, la propriété et la vie fastueuse, ne cherchassent pas à les imiter; pour marcher sur les traces des chevaliers de la Table-Ronde, il fallait d’abord des Chevaux: voilà pourquoi nous les voyons les rechercher et se les procurer même par la conquête sous Pépin.

Et puis, les guerres avec les Maures commencées avec Charles-Martel, se continuant ensuite des siècles durant, mirent en évidence l’utilité du Cheval de guerre, ce précieux auxiliaire des peuples orientaux. Charles-Martel put les vaincre à Poitiers grâce à la solidité de son infanterie, mais s’il eût eu de la cavalerie, sa victoire eût été complète et les débris de l’armée musulmane ne lui eussent pas échappé avec leurs armes et leurs chevaux, «Le lendemain, quand les Francs voulurent recommencer la lutte, ils constatèrent que le camp des musulmans était vide. Les débris harassés de l’armée d’Abd-er-Rhaman étaient partis en silence à la faveur des ténèbres, abandonnant tout, hormis leurs Chevaux et leurs armes.» (H. MARTIN, loc. cit., t. II, p. 203.) — Les auteurs hippiques qui ont avancé que la race limousine descendait des Chevaux des Sarrasins abandonnés après la bataille de Poitiers, ne connaissent pas le fait historique que nous venons de rapporter, car il prouve la fausseté de leur opinion.

Charlemagne comprit si bien l’utilité de la cavalerie qu’il s’attacha pendant tout son règne à s’en créer une formidable, à en assurer le recrutement et à en réglementer les moindres détails (voyez les Règlements militaires dans ses Capitulaires): aussi lui doit-il la plupart de ses succès (EGINHARD, Annales, p. 206 et suiv.), et il lui accordait une telle confiance qu’après qu’une épizootie meurtrière la lui eut moissonnée en Pannonie (EGINHARD, Annales, p. 210), il préféra rester dans l’inaction trois longues années malgré les provocations qu’il recevait, et ne reprit l’offensive que quand, grâce aux nombreux chevaux d’Espagne que ses lieutenants lui envoyaient comme sa part de leurs conquêtes sur les Maures, sa cavalerie fut enfin reconstituée. Cette source fut dans la suite assez abondante pour lui permettre d’envoyer en cadeau au roi de Perse, des chevaux et des mulets d’Espagne. (LE MOINE DE SAINT-GALL, Histoire des Gaules.)

La faveur croissante dont les choses équestres devinrent l’objet sous Charlemagne et ses successeurs s’étendit bientôt à tout ce qui s’y rattachait; aussi voyons-nous les fonctions serviles du comte de l’étable (comes stabuli) devenir une distinction honorifique (le connétable), donnant droit au commandement des armées. Le maréchal (mar cheval, schalk serviteur, valet chargé de ferrer et de donner ses soins à douze chevaux, d’après les lois allemandes), qui était sous les ordres du comte de l’étable, bénéficia naturellement de l’élévation de son supérieur, car moins d’un siècle après, c’est-à-dire lorsque la chevalerie est définitivement constituée, nous le retrouvons réunissant à ses anciennes fonctions celles qu’a abandonnées le connétable, c’est-à-dire le gouvernement de l’écurie et des haras et portant le titre d’écuyer, ou d’officier du seigneur féodal auquel il est attaché : «A la suite d’un noble de grande maison, il y avait un écuyer de corps: c’était le plus élevé en grade, un écuyer de chambre ou chambellan, un écuyer de table ou tranchant, un écuyer d’écurie ou maréchal, un écuyer d’échansonnerie, de fauconnerie, etc. Servait-on un pauvre chevalier, il fallait lui tenir lieu de quatre ou cinq écuyers. Ce n’était pas assez de se connaître en oiseaux, en chiens, en chevaux, de savoir manier avec adresse la lance, la hache et l’épée, franchir une haie ou un fossé, grimper à l’assaut, parler avec politesse aux dames et aux princes, habiller son maître et le déshabiller, le servir à table, parer les coups qu’on lui portait dans la mêlée; on devait en outre s’entendre en médecine afin de pouvoir au besoin poser le premier appareil sur la blessure; on devait être en état de ferrer un cheval, de réparer avec un marteau une armure faussée et avec l’aiguille un manteau troué ; — les connaissances variées acquises formaient l’écuyer accompli, et on pouvait aspirer après aux honneurs de la chevalerie et se flatter d’en être digne.» (A. CALLET, Dictionnaire historique; art. Écuyer.)

Le roi de France, comme tous les nobles, ses vassaux, avait parmi ses officiers un maréchal qui veillait à ses écuries et aux soins à donner à ses Chevaux, le tout sous la surveillance du connétable, et ce qui prouve bien que ses fonctions étaient les mêmes que celles qui sont dévolues aux vétérinaires militaires actuels, c’est ce passage qu’on lit dans le Père Anselme, à propos des fonctions du connétable: «Le roi payait aux cavaliers les Chevaux qu’ils perdaient à la guerre et tous ceux tuez ou estropiez au service; le connétable doit faire priser par son maréchal les Chevaux d’armes de lui et ses compagnons et de tous les gens de son hôtel, et tel prix comme son maréchal y met le roi lui doit rendre. (Privilége du connétable, dans l’Histoire de la maison royale de France, par le P. ANSELME.)

Le premier maréchal du roi qui commença d’élever sa position et de la rendre essentiellement militaire, fut Albéric Clément, seigneur du Mez en Gâtinais. Il accompagna Philippe-Auguste en terre sainte, et s’y signala par son courage au siège de Saint-Jean d’Acre où il fut tué à un assaut en 1101, selon Guillaume le Breton et Rigord; d’après ces chroniqueurs il commanda souvent l’avant-garde dans plusieurs combats et c’est lui qui commence la série des maréchaux de France. Son fils, Jean Clément, seigneur du Mez et d’Argentan, fut conservé par le roi Philippe-Auguste, en la charge de maréchal, quoiqu’il fût fort jeune, en reconnaissance des services de son père. Il en faisait l’exercice au mois de juillet 1223, comme il s’apprend d’une charte du trésor du roi, de laquelle charte il résulte que, malgré sa position militaire de commandant d’avant-garde, il conserva le gouvernement des Chevaux de la maison du roi en tant qu’entretien et soins de toutes sortes. (Le Père ANSELME, loco citato.) Il faut arriver au quinzième siècle pour voir les maréchaux de France n’avoir plus aucune relation avec l’écurie et marcher à la suite du connétable à la conquête de la position où nous les voyons actuellement, la première après celle du souverain.

Quant aux maréchaux ferrants, c’est-à-dire aux manouvriers à qui resta dévolu le soin des Chevaux, après que le vrai maréchal ne daigna plus s’en occuper, la route qu’ils suivirent fut précisément l’inverse: au seizième siècle nous les trouvons au dernier degré de l’abjection et de l’ignorance.

Ainsi l’époque où le Cheval eut le plus d’importance, puisque sa possession constitue un titre de noblesse, et le droit de s’en servir à la guerre un privilége réservé à l’aristocratie, ce sont les siècles qui suivirent celui de Charlemagne et où la féodalité prit naissance. C’est de là que date réellement la production du Cheval en France. A cette époque tous les seigneurs eurent leurs haras dont les soins et la surveillance étaient la principale occupation. Les plus en réputation étaient ceux des ducs de Normandie, qui se trouvaient spécialement aux environs de Rouen et de Caen; ces princes avaient, pour présider aux soins de leurs Chevaux et à la récolte des foins que fournissaient leurs immenses prairies, un officier noble qui portait le titre de maréchal et qui, en raison de cet office, possédait le fief de Venoix, aussi était-il appelé maréchal de Venoix ou maréchal de la Prairie.

C’est de cette époque, et sous l’influence des diverses qualités du sol et des prairies où l’on élevait les Chevaux en France, que datent les diverses races qui se sont produites dans notre pays; avant Charlemagne, nous le répétons, les races de Chevaux n’étaient pas distinctes puisque cet animal était une rareté et presque un mythe.

Races françaises actuelles.

Les différents centres de production du Cheval qui se créèrent en France à l’époque de la féodalité, dans chaque province ou subdivision de province, amenèrent à la longue, l’influence du sol aidant, la formation de variétés de l’espèce cheval à types constants qui donnèrent ce qu’on est convenu depuis d’appeler des races ; ainsi il y eut la race normande, la race flamande, la race ardenaise, la race comtoise, la race auvergnate, la race limousine, la race navarine, etc., et il est très-facile, sans chercher des causes éloignées, ante-historiques, de s’expliquer la création des susdites races, rien que par l’influence du sol prolongée durant une longue suite d’années et même de siècles. Quand nous disons le sol, nous voulons parler surtout des influences de la végétation ou de la nourriture végétale propre au cheval que produit ce sol, auxquelles influences, il faut joindre celles du climat, du milieu enfin.

L’influence du milieu, qui se fait sentir de nos jours absolument comme autrefois, est très-facile à constater, et les preuves ne manquent pas si on veut se donner la peine de les chercher; en voici quelques-unes: les éleveurs de cette belle race percheronne qui fait l’orgueil de notre pays, sont loin de produire en poulains tout ce qu’ils écoulent en chevaux faits; ils complètent ce qui leur manque en poulains avec de jeunes animaux, bien choisis, qu’ils vont chercher dans le Berry, le Boulonnais et même la Franche-Comté ; eh bien! les poulains de ces derniers pays, élevés au milieu des herbages du Perche, prennent tellement les caractères de ceux de leur pays d’adoption que, lorsqu’ils sont grands, il est impossible de les distinguer au point de vue de la conformation de ceux qui sont nés dans le pays même. Dans les riches prairies de Castel-Sarrasin, qui bordent la Garonne, on élève des Chevaux qu’on va chercher à l’état de poulains dans la plaine de Tarbes; ces poulains, devenus chevaux faits, ont gagné une taille et une corpulence proportionnelle qui dépasse de plusieurs centimètres celle de leurs frères restés dans leur pays d’origine; en même temps leurs formes sont devenues plus élégantes, leurs jarrets moins crochus, leurs pieds plus développés, au point que la remonte de l’armée trouve maintenant, aux environs de Castel-Sarrasin, des chevaux susceptibles de remonter des officiers de cavalerie de ligne, qui auraient été tout au plus bons à remonter de petits hussards ou de petits chasseurs, s’ils étaient restés dans leur pays. Enfin, nous avons vu à Vatan, près d’Issoudun (Berry), dans la propriété de M. Ferdinand de Lesseps, une jument et des étalons arabes ramenés d’Égypte par l’éminent créateur du canal de Suez, donner dans la susdite propriété des produits pur sang arabes qui, à trois ans, avaient déjà 3 à 4 centimètres de plus de taille que père et mère, avec un développement proportionnel, ce qui indique qu’il ne faudrait peut-être pas un très-grand nombre de générations pour que ces chevaux arabes, transplantés en France, deviennent à la longue, en tout, semblables aux chevaux berrichons indigènes.

Ainsi donc, les caractères des différentes races de chevaux de la France et de tous les pays en général, ont surtout pour origine l’influence du milieu et surtout du sol et de ses productions végétales.

Jusqu’à Louis XIV, les races françaises furent très-distinctes les unes des autres et à-peu près les seules employées par les nobles et les bourgeois commerçants qui ne voyageaient, les uns et les autres, qu’à cheval. A la suite des guerres du Grand Roi, les Chevaux étant devenus rares en France, l’importation des Chevaux d’Espagne commença sur une vaste échelle, d’autant plus que les Chevaux andalous entre autres, étaient très-propres aux exercices de manége, très en vogue depuis l’arrivée de nombreux écuyers italiens venus à la suite des princesses de la famille de Médicis. Les Chevaux andalous ont le chanfrein légèrement busqué ; cette conformation et même son exagération étant devenue très à la mode, on alla, jusqu’ en Danemark chercher les Chevaux qui la présentaient d’une manière très-prononcée, et on vit bientôt toute la noblesse du temps de Louis XIV et de Louis XV montée sur ces énormes Chevaux danois à croupe double et à tête busquée qui figurent dans tous les tableaux de bataille de Lebrun, de Vandermeulen, de Philippe de Champagne, etc., aussi bien que dans les œuvres des sculpteurs du même temps.

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
245 s. 76 illüstrasyon
ISBN:
4064066325633
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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