Kitabı oku: «Mémoire sur les antiquités religieuses, civiles, politiques de Manigot»
Jean Veyrat-Charvillon
Mémoire sur les antiquités religieuses, civiles, politiques de Manigot

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333263
Table des matières
PRÉFACE.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
SECONDE PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
TROISIÈME PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
PRÉFACE.
Table des matières
Mon cher lecteur, je ne viens point vous offrir une histoire complète de Manigod: seulement, dans ce petit Mémoire, vous trouverez une collection de faits de l’ordre politique, civil, religieux, qui vous paraîtront plus ou moins remarquables, plus ou moins intéressants, plus ou moins édifiants.
Vous verrez quelles sont les familles les plus anciennes, celles qui ont figuré le plus honorablement dans la paroisse. Vous pourrez remarquer par quelles phases d’élévation et d’abaissement la divine Providence les a fait passer successivement. — Vous en concluerez que Dieu seul est grand, et que les hommes ne sont grands que par la religion.
Pour mettre de l’ordre, de la clarté dans ce récit des antiquités de Manigod, j’ai cru devoir ranger en trois classes les faits dont il se compose: je veux dire les faits politiques, les faits civils, les faits religieux. — Il me semble convenable d’ajouter ici ce qui me paraît le plus remarquable dans l’état actuel de la paroisse.
Par conséquent, ce Mémoire se trouve tout naturellement divisé en trois parties: antiquités politiques, religieuses, civiles de Manigod. Mais je vous préviens qu’en parlant de son état actuel depuis 1811, je ne m’attacherai qu’aux choses les plus édifiantes, les plus importantes: parce que j’ai cru que la prudence le voulait ainsi.
V. S. V.
PREMIÈRE PARTIE.
Table des matières
Antiquités politiques.
De 1020 à 1792, c’est-à-dire pendant environ 772 ans.
N° 1. — Avant l’an 1020, Manigod se trouve complètement perdu dans la nuit des temps. Par conséquent, malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de savoir quel fut son état sous les Romains et sous la domination des trois Rodolph, rois de la Bourgogne transjuranne.
Dans un grand nombre de communes, on trouve encore quelques vieilles masures d’abbayes ou de châteaux, qui sont d’un merveilleux secours pour en retracer l’histoire et remonter à leur origine; mais, à Manigod, on ne voit aucun de ces monuments archéologiques: ce n’est qu’en fouillant dans la poussière des archives ecclésiastiques et civiles, que nous avons pu trouver quelques documents propres à jeter quelque jour sur ses commencements.
CHAPITRE Ier.
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Manigod soumis aux barons de Villette.
De 1020 à 1300.
N° 2. — Au Xe siècle, plusieurs familles de Savoie profitèrent de la faiblesse des rois de Bourgogne pour se rendre maîtresses d’une certaine étendue de pays, qu’on appelait baronie. Telle fut, entr’autres, la famille de Chevron de Villette, de Tarentaise, qui possédait diverses terres qui ne relevaient pas de l’empire d’Allemagne , lorsque les rois de Bourgogne abandonnèrent la Savoie. — Or, un titre, bien conservé dans nos archives civiles, paraît indiquer fort clairement qu’au commencement du XIe siècle, les barons de Villette régnaient sur Manigod, comme les rois de Sardaigne y règnent aujourd’hui.
Pendant que la famille de Villette possédait l’autorité souveraine sur Manigod, elle donna à l’Eglise le pape Nicolas II , trois archevêques à la Tarentaise et un évêque à la cité d’Aoste.
CHAPITRE II.
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Manigod acquis par les comtes de Savoie et abandonne, en qualité de fief, aux barons de Villette.
De 1300 à 1447. — 16 juin.
N° 3. — La souveraineté sur Manigod n’appartenant pas aux rois de Bourgogne, il est évident qu’ils ne purent la transmettre à la Maison de Savoie. Aussi l’histoire de Savoie nous apprend que, vers l’an 1300, Amé V, comte de Savoie, prince alors régnant, voulant régner seul dans ses Etats, acheta, entr’autres des seigneurs de Villette, les terres qu’ils possédaient en Savoie.
Or, ce point de l’histoire coïncide parfaitement avec un titre trouvé dans les archives de Manigod. — C’est par un acte du 5 septembre 1304 qu’Amé V, comte de Genevois, acheta des frères Mermet et Aymonet de Villette tout ce qu’ils possédaient et avaient possédé leurs ancêtres rière la paroisse de Manigod .
L’histoire ajoute que, quelques années plus tard, les comtes de Savoie, tout en conservant le haut-domaine sur les terres qu’ils avaient achetées des barons de Villette, les leur cédèrent en qualité de fief. — Sur ce point encore, on voit un accord parfait entre l’histoire de Savoie et les archives de Manigod.
N° 4. — Ce fut par un acte, en date du lundi après le dimanche Lætare 1319, que Guillaume, comte de Genevois, investit le baron Henri de Villette et ses successeurs de la juridiction sur les habitants de Manigod et de la possession des terres de la dite commune. — Ce baron Henry était de la branche de la famille de Villette, qui existe aujourd’hui à Giez, près de Faverges .
N° 5. — Manigod était soumis aux barons de Villette, lorsque Madame Bonaventure de Villette, baronne de Menthon, devint marraine du grand saint François de Sales, en l’église de Saint-Maurice de Thorens, le parrain étant Rd François de la Fléchère, prieur de Sillingy .
Dans le procès de la canonisation de saint François de Sales , on voit que, pour essayer de le détourner de l’état ecclésiastique, le comte, son père, employa les conseils, les sollicitations d’un jeune baron de Villette, qui était seigneur de Manigod. — Or, ce jeune seigneur de Villettte avait l’honneur d’être l’un des amis de notre saint patron: ce qui prouve qu’il était vertueux.
CHAPITRE III.
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Des Seigneurs. — Des Fiefs
N° 6. — Pour l’intelligence de ce qui précède et de ce qui va suivre, il importe de rappeler ici ce qu’on entendait jadis par fiefs et par seigneurs d’un pays.
Or, ces divers seigneurs étaient des marquis, ou des comtes, ou des barons, qui obtenaient du souverain régnant divers droits sur les personnes et sur les terres d’un pays. L’étendue des terres que possédait chaque seigneur, s’appelait fief. — Ainsi, depuis 1304, jusques vers la fin du XVIIIe siècle, Manigod était un fief, appartenant à divers seigneurs, auxquels la commune a été soumise pendant ce laps de temps.
N° 7. — A Manigod, comme partout, le seigneur avait droit de faire la levée militaire, de s’entourer de soldats, qu’il envoyait aux armées de l’État, sur la demande du souverain, dont il était feudataire
Sous les comtes et les ducs de Savoie, jusqu’aux rois de Sardaigne exclusivement, le prince régnant se déchargeait sur le seigneur de Manigod du soin d’y faire rendre la justice. Les seigneurs confiaient cet emploi important à des hommes du pays, qui prenaient le titre de châtelains.
Les souverains, qui conservaient le haut-domaine sur Manigod et sur ses habitants, percevaient annuellement une faible imposition: mais la plus grande partie de la taille était payée aux seigneurs. — De nombreux cottets attestent que ces droits consistaient en blé et autres denrées.
CHAPITRE IV.
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Manigod soumis à plusieurs seigneurs.
N° 8. — De 1500 à 1600, les barons de Villette firent de fréquents voyages à Manigod, où ils n’habitaient jamais. Toujours ils y furent très bien accueillis, parce qu’ils traitaient les habitants avec beaucoup de bonté.
Dès le milieu du XVe siècle, les barons de Villette ne furent plus seuls possesseurs du fief de Manigod, qu’ils partagèrent dès-lors avec les comtes d’Arenthon-d’Alex. Ce fut le 16 juin 1447 que le duc Louis de Savoie investit les comtes d’Arenthon d’une partie des droits féodaux sur Manigod.
Cent ans plus tard, les comtes d’Arenthon vendirent leurs droits féodaux sur Manigod au seigneur Léaval, écuyer de la ville de Thônes. — On sait qu’une fois investis d’un fief par le prince, les seigneurs pouvaient vendre leurs droits; mais l’acquéreur devait toujours obtenir l’agrément du souverain.
CHAPITRE V.
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Manigod sous François Ier, roi de France.
De 1536 à 1559.
N° 9. — Dame Louise de Savoie, reine de France, avait acquis quelques possessions à Manigod, avant que son fils, François Ier, roi de France, s’emparât de la Savoie, en 1556.
Pendant les 25 ans, pendant lesquels la Savoie fut alors soumise à la France, les seigneurs conservèrent leurs droits sur Manigod. On a tout lieu de présumer qu’alors il s’opéra fort peu de changements dans cette commune de la province du Genevois; parce que le Genevois formait l’apanage de la famille de Savoie-Nemours, toujours privilégiée par la France.
Cependant tout porte à croire que les lois françaises furent alors publiées à Manigod; car, par un édit du 6 juin 1559, François Ier ordonna que la langue latine, dont on se servait en Savoie pour les actes civils, serait remplacée par la langue française. Or, il est à remarquer qu’on trouve dans la commune plusieurs titres écrits en latin, avant cette époque, et qu’on n’en trouve point depuis l’édit de François Ier.
Depuis lors, plusieurs fois la Savoie passa sous la domination de divers souverains étrangers; mais pendant ces dominations étrangères, plus ou moins longues, jamais les seigneurs de Manigod ne perdirent leurs droits féodaux.
CHAPITRE VI.
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Des barons de Villette et des comtes d’Arenthon la seigneurie de Manigod passe à d’autres seigneurs.
N° 10. — En 1610, les droits féodaux sur Manigod passèrent des comtes de Villette et d’Arenthon aux comtes de Reydet, qui les transmirent plus tard aux barons de la Forêt-de-Saumont de la Cour (Chambéry), comtes de la Barre.
Les comtes de la Barre sont les seuls seigneurs qui aient résidé à Manigod. Leur château était situé à l’endroit où l’on voit aujourd’hui une maison, qu’on appelle vulgairement le Château.
N° 11 — En 1762, dame Dupont, comtesse de la Barre, vendit sa seigneurie de Manigod au notaire F. Missilier, de Thônes, qui fut le dernier seigneur de Manigod . Lorsqu’il eut mis le comble à sa tyrannie, par un acte d’une insigne cruauté, la divine Providence brisa son sceptre de fer, en fournissant à la commune le moyen de s’en affranchir, comme nous allons le dire dans les chapitres suivants.
CHAPITRE VII.
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Le conseil communal achète du notaire Missilier la seigneurie de Manigod.
N° 12. — La seigneurie de Manigod demeura à peine quatre ans entre les mains du notaire Missilier: car, l’ayant acquise en 1762, il la vendit à la commune en 1766. — Voici pourquoi et comment arriva cette vente.
Lorsque la comtesse de la Barre vendit ses droits seigneuriaux au notaire Missilier, elle lui vendit, en même temps, tous les arrérages qui lui étaient dus et qui étaient considérables. Le dit notaire, voulant se prévaloir de ses droits avec une rigueur intolérable, plongea la commune dans une position affreuse. Dans cette triste extrémité, le conseil communal adressa au roi une supplique, pour prier S. M. de vouloir bien amener le dit notaire Missilier à céder ses droits à la commune, moyennant une somme voulue.
N° 15. — Par lettres du 9 avril 1766, le roi donna ordre à l’intendant-général de Chambéry d’accorder satisfaction à la demande de la commune et de faire désister le notaire Missilier de ses droits, moyennant le remboursement du prix d’achat.
A cette bonne nouvelle, le conseil communal se hâta de passer une procuration à deux conseillers, qui furent les sieurs François Veyrat, de Joux , et Claude Fillon-Robin . Ces deux procureurs traitèrent avec Missilier et arrêtèrent les bases du contrat; mais, avant de le signer définitivement, ils voulurent avoir l’approbation formelle des chefs de famille, réunis en assemblée générale; parce qu’il s’agissait d’une affaire très-importante, et que d’ailleurs le notaire Missilier demandait une hypothèque générale sur tous les biens de la commune, pour garantie de la somme convenue et stipulée, et qu’on ne pouvait lui compter alors.
N° 14. — Après avoir fait treize voyages à Chambéry, à l’occasion de cet achat de la dite seigneurie, les dits François et Claudy adressèrent une requête à l’intendant-général de la Savoie, pour lui demander l’autorisation de convoquer à une séance publique la commune tout entière.
Or, le 13 septembre, le dit intendant, comte de Castellamont, accorda celte autorisation.... Le 21 septembre, au sortir de la messe paroissiale, plus des deux tiers des contribuables se trouvèrent réunis sur la place, et, par un acte (Golliet, notaire), t us consentirent aux clauses du contrat d’achat.
Enfin, le 31 décembre 1766, les deux procureurs susdits, par acte (Chabert, notaire), achetèrent du notaire Missilier, pour le prix de neuf mille cinq cents livres, tous ses droits sur Manigod, c’est-à-dire tous les droits et privilèges dont les seigneurs feudataires avaient joui depuis 1304 .
CHAPITRE VIII
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Débats entre la commune et le notaire Missilier.
N° 15 — Le notaire Missilier, comme on l’a dit ci-dessus, n’ayant consenti à cette vente que sur un ordre royal, n’en subissait les conséquences qu’avec regret et dépit. Bien plus, profitant de la faiblesse des habitants de Manigod, il porta l’audace jusqu’à se remettre en possession de ses anciens droits. De là, de grands et longs débats entre la commune et lui.
N° 16. — Au commencement de 1775, le conseil communal établit pour son procureur spécial Claudy Fillon-Robin susdit, aux fins de défendre la commune contre les prétentions et exigeances du notaire Missilier. Son premier soin fut de faire approuver l’acquisition de la dite seigneurie par messire Joachim Léger, commissaire des extentes de Sa Majesté en deçà des monts. Il fut secondé, auprès du commissaire royal, par le R. P. Josserand, originaire de Manigod et qui résidait alors à Chambéry .
N° 17. — On sait que les seigneurs avaient seuls le droit de chasse et de pêche dans la commune; mais lorsque le Conseil communal eût acquis tous les droits seigneuriaux , les habitants crurent avec raison pouvoir se mettre en possession du droit de chasse et de pêche, etc.
Par contre, le notaire Missilier porta la tyrannie, l’injustice jusqu’à ne vouloir rien céder de ses droits seigneuriaux sur Manigod: ce qui donna lieu à une anecdote fort remarquable, qui finit par avoir les suites les plus graves et dont la tradition populaire a conservé un souvenir confus jusqu’à ce jour. La voici:
N° 18. — Pendant le mois de septembre 1774, un individu des Pythières, nommé Claude Burgat, ayant tué un lièvre, le notaire Missilier lui fit infliger une amende de dix livres et lui fit subir frais sur frais pour obtenir le paiement de cette amende. Comme le dit Burgat ne pouvait payer ni l’amende, ni les frais, Missilier fit saisir judiciairement la seule vache qu’il possédait.
Un dimanche du mois de janvier, à l’issue de la messe paroissiale, le peuple trouva, au-dessous du cimetière, l’huissier Barchoud, qui tenait la vache et qui avait commission de la mettre à l’enchère .
Le châtelain, M. Aimé Golliet, notaire, qui relevait du seigneur, avait reçu de Missilier des ordres à ce sujet, qu’il voulait faire exécuter. De là une vive altercation entre le syndic Bernard-Bernardet et M. le châtelain, soutenu par ses fils, Aimé et Bernard Golliet; mais M. le châtelain et ses fils ne tardèrent pas à reconnaître les torts de Missilier.
N° 19. — Alors le conseiller François Veyrat de Joux, exacteur de la taille, dit à l’huissier de rendre la vache à Burgat et que lui, François Veyrat, se chargeait de payer l’amende; mais l’huissier ne cessait de crier: «Qui veut de la vache? qui veut de la vache?...» et tout le monde de répondre avec indignation: «Personne!... personne!... rendez-là à Burgat, ou remettez-là au syndic!»
Enfin, transporté d’une juste indignation, le syndic arracha la vache des mains de l’huissier et la remis à Burgat, en le faisant accompagner chez lui par deux hommes.
N° 20. — Lorsque le notaire Missilier eut été informé de ce qui venait de se passer, il fit envisager au sénat de Savoie la conduite de la commune comme une émeute populaire, comme un attroupement séditieux, défendu par les lois; enfin il voulut faire punir la commune dans ses représentants.
CHAPITRE IX.
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Le Conseil communal emprisonné. — 1775.
N° 21. — Un mandat d’arrêt fut envoyé par le Sénat aux carabiniers royaux, qui vinrent saisir le syndic et son conseil, sauf Claudy Fillon-Robin, qu’on ne put trouver. Fort heureusement il était muni de tous les pouvoirs du Conseil au sujet des débats avec le notaire Missilier.
Ce fut au commencement de février 1775 que le Conseil communal fut conduit dans les prisons d’Annecy.
Cependant Claudy, plein de confiance dans les sentiments religieux de ses compatriotes, laissa la commune sans administrateurs, passa les monts, alla au pied du trône implorer deux faveurs, l’élargissement du Conseil communal et les franchises de la commune, c’est-à-dire la faculté de jouir librement de tous les droits et privilèges des anciens seigneurs et que le notaire Missilier avait vendus à la commune .
Après trois mois de séjour à Turin, à force de démarches, de sollicitations, il obtint la promesse qu’on donnerait l’ordre d’élargir le Conseil; c’était un bon commencement de succès.
Au mois d’avril, de l’intérieur des prisons d’Annecy, le Conseil communal adressa une supplique au Sénat, pour lui exposer l’histoire de la vache et implorer son indulgence.
Or, le 11 avril, le Sénat envoya cette supplique à l’avocat fiscal, qui la renvoya au Sénat le 19 du même mois. Enfin, le 31 mai, cette pauvre supplique eût le sort qui est assez ordinairement réservé aux demandes, qui partent de dessous les verrous; elle fût renvoyée à Annecy avec ces mots:
«Nous disons n’y avoir lieu aux fins suppliées.»
C’est dans l’original de cette supplique que nous avons trouvé tous ces détails.
Enfin, trois grands mois s’écoulèrent, pendant lesquels les femmes des conseillers furent obligées de présider, de vaquer aux grands travaux de leurs maisons. Il leur avait fallu non-seulement faire cuire le pain à leurs enfants, mais encore ensemencer leurs terres, etc... On trouvait le temps bien long; il était tort naturel de se demander: «Que fait à Turin notre intrépide Claudy?» Nous allons le dire dans le chapitre suivant.
CHAPITRE X.
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Elargissement du Conseil communal.
N° 22. — La question des franchises de la commune avait été résolue favorablement; mais, si la signature du roi était gratuite, l’entérinement de la Chambre des comptes ne l’était pas; car il fallait 200 livres pour frais d’enregistrement.
Or, notre cher Claudy ne s’était pas enrichi en faisant antichambre à la porte des grands. D’un autre côté, l’autorité communale étant prisonnière ne pouvait aviser aux moyens de lui envoyer la dite somme de 200 livres. Dans cette pénible extrémité, Claudy sous-délégua sa procuration à messire Félix Bertholozon, comte d’Arrachés (Faucigny); après quoi il repassa les monts avec le billet royal pour l’élargissement du Conseil.
N° 23. — A son arrivée à Chambéry, Claudy écrivit aux femmes des conseillers d’amener à Annecy sept juments. Aussitôt les femmes ou filles des dits conseillers partirent de Manigod avec leurs sept juments. En traversant la ville de Thônes, cette cavalcade singulière intrigua tellement le notaire Missilier, qu’il crut devoir la suivre de près à Annecy, où l’attendait un désappointement bien désagréable pour lui, accablant pour son amour-propre.
En effet, lorsque nos chers conseillers, tout joyeux de leur élargissement, gaillardement montés sur leurs sept juments, accompagnés de leurs femmes ou de leurs filles, se trouvèrent réunis au Pasquier, ils aperçurent le notaire Missilier, qui arrivait à la ville par la route de Thônes... Ils se dirent entre eux: «Nous allons lui rendre les honneurs que Claudy lui rendra.»
Or, Claudy était trop fier des avantages obtenus à Turin, pour consentir à abaisser sa tête devant ce petit tyran, qu’il venait de terrasser... Tous passèrent donc hardiment à côté de cet ex-seigneur de Manigod, sans lui donner la moindre marque de respect.
N° 24. — Quand ils approchèrent du chef-lieu de Manigod, le curé Terrier fit sonner la grande cloche; c’était un véritable jour de fête pour toute la commune: aussi le peuple arriva-t-il en foule vers l’église. La même place sur laquelle, au mois de janvier précédent, s’était produit un acte public de charité vraiment chrétienne, quoique un peu trop bruyante pour la forme, fut témoin des plus tendres embrassements et fut arrosée des larmes que la joie et le bonheur faisaient répandre.
CHAPITRE XI.
Table des matières
Noms du syndic et des conseillers, alors élargis.
N° 25. — Nous croyons devoir donner ici les noms des hommes dont ce composait le Conseil communal, qui eut tant à souffrir pour procurer l’affranchissement de la commune:
1° François Bernard-Bernardet, syndic;
2° François à feu Maurice Veyrat de Joux ;
3° Pierre Veyrat, frère du précédent ;
4° François Veyrat-Charvillon de Joux ;
5° Nicolas Favre-Regnillon;
6° Claude-François Veyrat;
7° Claudy Fillon-Robin, le plus célèbre de tous, d’après tout ce qui vient d’être dit dans les deux chapitres précédents.
CHAPITRE XII.
Table des matières
Le roi Investit la commune de la seigneurie de Manigod.
N° 26. — L’année suivante, le roi Victor-Amé III investit la commune de la seigneurie de Manigod, et cela dans la personne de son procureur, le comte Berthalozon , comme on peut le voir par les lettres patentes signées par le roi, écrites sur parchemin, scellées du grand sceau royal et qui sont conservées précieusement dans les archives de Manigod. En voici la partie la plus intéressante:
ARTICLE 1er
Lettres patentes de l’an 1776.
N° 17. —
«VICTOR-AMÉ,
«Par la grace de Dieu, roi de Sardaigne, etc., etc., etc.,
«prince et vicaire perpétuel de l’empire Romain.....,
«A cause de l’acquisition faite de la juridiction de Ma-
«nigod et fiefs en dépendants par le notaire Missilier, sans
«en avoir rapporté l’agrément royal et dérogeant à ces fins
«aux constitutions de 1729, liv. 6, tit. 3, chap. 6, avons
«permis et permettons, par nos patentes, lettres d’amor-
«tissement et d’agrément, à la communauté de Manigod, de
«tenir, posséder à perpétuité la seigneurie et juridiction
«de Manigod et tous les droits en dépendants, avec expresse
«rémission de finances, en dérogeant au règlement par-
«ticulier de Savoie, approuvé par nos patentes du 13 août
«1773 et aux précédents édits émanés de nos royaux pré-
«décesseurs...
«Validons et approuvons les affranchissements faits par
«la dite communauté en faveur de ses particuliers et des
«biens de son territoire, sans aucun paiement de la qua-
«torzième......
«Mandons à notre Chambre des comptes d’entériner les
«présentes, selon leur forme et teneur; car ainsi nous plaît.
«Donné à ia Vénerie, le 4 juin 1776 et de notre règne
«le quatrième.»
«VICTOR-AMÉ.»
ARTICLE 2.
Lettres patentes, plus explicites, données en 1778.
N° 28. — Deux ans plus tard, de nouvelles lettres patentes, revêtues du même caractère d’authenticité, mais plus explicites que les précédentes, furent délivrées à la commune de Manigod. En voici la copie:
«VICTOR-AMÉ,
«Par la grace de Dieu roi de Sardaigne, etc...
«A tous soit manifeste que, tout bien vu et bien consi-
«déré..., nous investissons la commune de Manigod, en
«la personne de ses syndic et conseillers, d’ici absents, en
«la personne du comte Joseph-Félix Berthalozon d’Ar-
«rache, leur procureur, stipulant, acceptant, humblement
«remerciant, de la terre, paroisse, juridiction dudit Ma-
«nigod, avec dignité de seigneurie, le mixte-empire et
«l’omnimode juridiction, avec pouvoir de députer les juges,
«châtelains, greffiers et autres officiers pour l’administra-
«tion de la justice, dont elle devra jouir en conformité de
«ce qui est prescrit par les royales constitutions...: droit
«de chasse et de pèche, cours et décours d’eau, hommes,
«hommages, alpéages, censes et servis...
«Et pour marque de véritable investiture, l’épée nue
«lui a été remise entre les mains et l’accolade donnée,
«en nous réservant cependant le droit de supériorité...
«En sa qualité de procureur, le comte Berlhalozon,
«ayant la tête découverte, s’est mis à genoux devant Nous
«avec le dû respect, et tenant ses mains sur les Saints
«Evangiles, par devant un crucifix, Nous a, par son ser-
«ment prêté, promis fidélité..., affirmant que la dite com-
«mune est, sera et doit être à jamais noble, lige, fidèle
«vassale et bonne sujette de Nous et de nos royaux suc-
«cesseurs...
«En foi de quoi, Nous lui avons accordé les présentes,
«signées par notre secrétaire; lesquelles seront munies
«de notre sceau accoutumé.
«Donné à Turin, au bureau des comptes, le 25 jan-
«vier 1778.»
«VICTOR-AMÉ.»
CHAPITRE XIII.
Table des matières
ce qui reste de cette seigneurie de Manigod.
N° 29. — Il est certain que de 1778 à 1792 la commune de Manigod a pleinement et librement joui des franchises ci-dessus.
Ainsi, le Conseil communal nommait les châtelains, les greffiers et autres officiers pour rendre la justice; il conférait aux particuliers le droit de chasse, de pèche, d’user des cours et décours d’eau...
Mais depuis l’invasion française, en 1792, le dit conseil a entièrement perdu le droit de nommer les divers magistrats chargés de rendre la justice.
CHAPITRE XIV.
Table des matières
Etat politique de Manigod de 1793 à 1851.
N° 30. — Pendant ce laps de temps son histoire politique n’offre rien de spécial, rien de vraiment remarquable.
Comme le reste de la Savoie, cette commune fut d’abord soumise à la République française ; plus tard, à l’empereur Napoléon ; enfin, en 1815, elle rentra sous la domination du roi de Sardaigne, en même temps qu’Annecy et le reste de la province des Genevois, dont elle fait partie.
SECONDE PARTIE.
Table des matières
Antiquités religieuses.
CHAPITRE Ier.
Table des matières
NOTIONS GÉNÉRALES.
N° 51. — Nous consacrons ce chapitre à dire quelques mots sur l’origine, le gouvernement, l’indépendance, la population de cette paroisse.
ARTICLE 1er.
Origine de cette paroisse.
1° En 1700, le titre de l’érection de Manigod en paroisse fut recherché avec le plus grand soin par le sénat de Savoie et par le R. curé du lieu qui en avaient besoin pour terminer un procès important, dont nous parlerons ci-après ; malgré les recherches les plus minutieuses, on ne put découvrir ce titre; dès-lors il est permis de croire qu’il n’existe plus.
2° Néanmoins, on ne peut douter de l’existence, ni même de l’ancienneté de cette paroisse; car, depuis plusieurs siècles, elle a eu ses curés, dont nous traçons la série ci-après .
3° Avant la fin du xe siècle, l’état religieux, politique et civil de Manigod est enseveli dans la nuit des temps.
Mais comme nous l’avons démontré précédemment , dès le commencement du XIe siècle, les barons de Villette étaient seigneurs-souverains de Manigod; d’où l’on doit conclure que la religion catholique y régna avec cette noble famille, qui, au milieu du XIe siècle, donna un pape à l’Eglise , et qui plus tard a donné à la Tarentaise trois archevêques et enfin un évêque au diocèse d’Aoste.
D’ailleurs, quand on considère que, dès son origine, la noble maison de Villette a contracté diverses alliances, vécu dans des rapports d’amitié avec les illustres et antiques familles de saint Bernard de Menthon et de saint François de Sales, on est convaincu que la piété des seigneurs de Manigod leur aura fait prendre les moyens nécessaires pour y faire adorer le Seigneur des Seigneurs.
ARTICLE 2.
Son gouvernement spirituel.
1° La direction spirituelle de la paroisse a toujours été confiée à des prêtres nommés et institués par l’évêque diocésain. Donc le curé de Manigod ne fut jamais du nombre de ceux qui furent jadis institués, ou du moins nommés par le prieur de Talloires, ou par le vénérable Chapitre de Notre-Dame d’Annecy, etc.
En effet, dans l’ensemble des procès-verbaux des visites pastorales que Mgr de Bertrand, évêque de Genève, fit dans toute la vallée, l’an 1414, on voit que le curé de la Clusaz était institué par le prieur de Talloires, celui de Thônes était nommé par le dit prieur et institué par l’évêque; tandis que les autres curés ne relevaient que de l’évêque diocésain.
2° Les prêtres qui ont desservi, dirigé la paroisse, n’ont pas toujours porté le titre de curé, comme on le verra plus loin .
ARTICLE 3.
Son indépendance des Clefs.
1° Une certaine tradition populaire semble supposer que jadis Manigod fût une annexe, puis un démembrement de la paroisse des Clefs.
2° Or, tout nous porte à croire que cette prétendue tradition est une erreur: 1° le contrat dont il est parlé ci-dessus, n° 3 et note qui l’accompagne au bas de la page; 2° en 1580, M. Delétris, étant depuis peu curé de Manigod et des Clefs, Mgr de Granier lui ordonna de choisir l’un où l’autre bénéfice, et il choisit celui de Manigod. Donc, dès-lors, ces deux paroisses étaient parfaitement distinctes l’une de l’autre.
3° D’ailleurs, on peut encore s’en convaincre, en considérant ce que nous allons dire des registres et de la popupulation des deux paroisses.
ARTICLE 4.
Population de Manigod.
N° 32. — En 1580, Mgr de Granier, faisant sa visite pastorale à Manigod, y trouva trois cents feux (trecentos focos habet). D’après les registres de ce temps là, on voit que la moyenne des naissances et des décès s’élevait à environ quarante par an.
Or, tout cela indique une population d’environ 1,600 âmes. Comme alors il n’y avait pas ou presque pas d’émigrations, la conclusion est qu’à cette époque la population était à peu près ce qu’elle est aujourd’hui dans la paroisse.
Mais de 1635 à 1640, la moyenne des naissances et des décès n’était plus que de 50 par an; par conséquent alors la population n’était plus que de 1,200 âmes. La conclusion est que la peste, qui eut lieu en 1631 avait fait mourir environ 400 personnes.
En 1687, lors de la troisième visite pastorale de Mgr d’Arenthon-d’Alex, 56 ans après la peste de 1651, on voit que la population de la paroisse était toujours de 1,200 à 1,300 âmes; en 1766, elle était de 1,500 .
Aujourd’hui, y compris les divers émigrés en pays étrangers, la population totale est d’environ 2,000 habitants.
Nous prions le lecteur de remarquer qu’en 1617 la population des Clefs n’était que 700 âmes; tandis que celle de Manigod s’élevait depuis longtemps à plus de 1,600. La conclusion est que Manigod n’a pu être ni une annexe, ni un démembrement de la paroisse des Clefs.
ARTICLE 5.
Registres de la paroisse.
N° 33. — Les plus anciens registres connus de la paroisse de Manigod remontent à l’an 1567, c’est-à-dire à l’année de la naissance du grand saint François de Sales; tandis que les plus anciens registres des Clefs ne remontent qu’à l’an 1617, cinquante ans plus tard. Nouvelle preuve que la paroisse des Clefs n’a pas donné naissance à celle de Manigod.
De tous les anciens registres, ceux qui renferment le plus d’exactitude et de détails, sont ceux qui furent rédigés pendant l’épiscopat de saint François de Sales.
De tous les prêtres qui les rédigèrent alors, celui qui les rédigea avec le plus de clarté fut le R. Burgat, originaire de Manigod, dont il était vicaire, lorsque saint François de Sales y fit sa visite, en 1607.
CHAPITRE II.
Table des matières
Eglise paroissiale.
I.
Son emplacement.
N° 34. — Il paraît certain que l’église paroissiale de Manigod fut toujours placée là où nous la voyons maintenant; tout le prouve et rien ne permet d’en douter le moins du monde.
N° 35. — Le projet de rebâtir l’église paroissiale, qui existe aujourd’hui, fut arrêté le 9 juin 1687, jour où Mgr d’Arenthon-d’Alex faisait sa troisième visite pastorale à Manigod .
Le 14 mars suivant (1688), la bénédiction de la pierre fondamentale fut faite par le R. Fichet, curé de Manigod, à ce dûment autorisé .
Le plan en fut donné par Aimé Riondet, de Samoëns, qui en fut l’entrepreneur et y travailla de ses propres mains à la tête des maçons.
Lorsqu’il fut question d’en fixer l’emplacement, il s’éleva une grande contestation: la majorité du Conseil, de toute la paroisse , ayant à sa tête le R. curé Fichet et le notaire Maniglier, voulait absolument qu’on la plaçat au lieu dit le Crèt; mais la minorité forma une opposition si grande, que, pour un bien de paix, la majorité crut devoir céder. Ce ne fut donc pas sans réflexion, sans raison que nos pieux ancêtres placèrent notre église sur une espèce de précipice, où nous la voyons et où elle est dérobée à la plus grande partie de la paroisse. Il est à présumer que l’inconvénient de déplacer le cimetière aura puissamment contribué à cette détermination.
II.
Sa construction.
36. — Quoiqu’il en soit, la majorité céda de bonne grace; les matériaux de construction furent rassemblés avec tant d’activité, pendant l’automne de 1687 et l’hiver suivant, que le 14 mars 1688 on bénit la pierre fondamentale, comme nous venons de le dire.
Il paraît que l’on consacra environ deux ans à la construction de cette église; de sorte qu’elle fut achevée l’an 1690.
Les personnes de l’art pensent que, parmi les églises paroissiales de la campagne, il y en avait alors bien peu qui fussent plus belles que celle de Manigod.
III.
Sa consécration.
N° 37 — Elle fut consacrée par Mgr Michel-Gabriel de Roussillon, de Bernex, faisant sa visite pastorale, le 4 août de l’an 1703, c’est-à-dire environ treize ans après sa construction; comme on le voit dans le procès-verbal de cette visite pastorale, que nous rapportons ci-après :
IV.
Construction du premier rétable,
N° 38. — Cette construction eut lieu en 1718. Il y avait vingt-huit ans qu’on célébrait la sainte messe au maître-autel, lorsqu’il fut possible aux paroissiens de faire les sacrifices à ce nécessaires; tant ils avaient été épuisés par les grandes dépenses que leur avait occasionnées la construction de l’église.
L’entreprise en fut donnée à Marin, de Faverges, par le Rd Fichet, curé , le Rd J.-F. Bernard de la Chenale , le spectable C. Burgat, notaire, et le sieur Maurice Veyrat, de Joux , agissant tant en leur nom, qu’au nom de tous les autres paroissiens. La somme qui fut stipulée s’élevait à 1,200 florins ; pour y faire face, on ouvrit, dans la paroisse, une souscription dont le produit fut de quinze vaches, six génisses, deux bœufs, un veau, douze chèvres et vingt-huit moutons ou brebis.
Aujourd’hui la valeur de ces divers animaux formerait un capital assez considérable; mais alors, probablement, elle équivalait à peine aux 1,200 florins promis à l’entrepreneur.
Quoi qu’il en soit, l’entrepreneur se trouvant en perte, on fit dans la paroisse une collecte, à l’effet de le dédommager; cette cueillette produisit 404 florins, auxquels M. le curé en ajouta 34 , en tout 438 florins .
V.
Construction du rétable actuel.
N° 39. — L’an 1804, l’ancien rétable tombant en ruines, le maire, Aimé Cohendet, et son adjoint voulurent le remplacer par un autre; à cette fin, ils se transportèrent chez M. Bétemps, curé de St-Nicolas-de-la-Chapelle, et là, donnèrent à J.-B. Gilardy l’entreprise de construire celui qui existe maintenant , moyennant la somme de 3,000 fr.
Pour aviser aux moyens de solder cette somme, M. l’abbé Gurcel, vicaire de Manigod, fit dans la paroisse une collecte qui produisit 400 livres. Cet excellent maire trouva bien dans la commune quelques opposants à ces pieuses dépenses; mais sa noble fermeté, sagement inspirée, dirigée par sa foi chrétienne, sut vaincre tous les obstacles: les 2,600 livres qui manquaient furent trouvées; le rétable payé, Aimé Cohendet, qui venait de se couvrir de gloire par l’habileté avec laquelle il avait traité avec quelques généraux français, demeura complètement vainqueur de l’opposition, que quelques-uns de ses administrés crurent devoir lui faire en cette circonstance.
VI.
Clocher. — Cloches.
N° 40. — Avant la révolution de 1793, la paroisse de Manigod possédait trois cloches; de plus, chacune de nos chapelles rurales possédait la sienne. Connaissant l’existence de ces huit cloches, les terroristes sacrilèges ordonnèrent, sous des menaces terribles, de les transporter à Annecy.
Le maire, Aimé Cohendet, avait caché chez lui la plus petite des trois, qui existent aujourd’hui dans notre clocher; cependant il fallait absolument en envoyer huit à Annecy. Que faire? pour tirer d’embarras ce bon maire, le hameau de Joux se détermina à sacrifier généreusement ses propres intérêts à ceux de la commune.
La chapelle de Joux possédait deux Cloches, dont une seule était connue des Jacobins; celle qui était inconnue fut livrée pour sauver celle de l’église paroissiale. D’un autre côté, notre grande cloche ayant été brisée, une partie des fragments fut cachée par M. Cohendet et l’autre fut envoyée à Annecy.
Dans tout le bien qu’il faisait dans la commune, M. Cohendet était puissamment secondé par M. son adjoint, Pierre-Marie Veyrat de la Grange. En 1803, ces deux administrateurs donnèrent l’entreprise de fondre deux cloches pour la paroisse; en fournissant le métal dont nous venons de parler, la dépense qu’on fit pour cet objet s’éleva à la somme de 2,208 francs.
VII.
Clocher de l’Eglise.
N° 41. — Les terroristes sacrilèges de 1793 ne se contentèrent pas d’abattre et de voler nos cloches; mais, dans leur frénésie vraiment satanique, ils causèrent de grands dommages au clocher.
Il y a environ une vingtaine d’années, la commune fit élever d’un étage la tour actuelle du clocher et y fit placer la flèche que nous y voyons maintenant. Cette dépense coûta environ 3,000 francs.
VIII.
Endroit où l’on célébra les divins offices pendant la construction de l’église actuelle.
N° 43. — Pendant que l’on construisait l’église actuelle, on célébrait les divins offices dans une chapelle en bois, qu’on avait construite devant la cure. Nous le savons par une note écrite par le notaire C. Burgat. La voici textuellement.
«En 1688, le soir de la nuit de Noël, il y a fait une grande inondation avec des vents furieux, sans discontinuer toute la nuit, qui ont causé un grand dommage tant aux arbres qu’aux couvertures des bâtiments. C’était alors qu’on bâtissait l’église et que l’on avait fait une petite chapelle devant la cure. Encore qu’elle fût bien mal attachée, elle n’a point bougé du tout; grace à Dieu.
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