Kitabı oku: «Mémoire sur les antiquités religieuses, civiles, politiques de Manigot»
Jean Veyrat-Charvillon
Mémoire sur les antiquités religieuses, civiles, politiques de Manigot

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333263
Table des matières
PRÉFACE.
PREMIÈRE PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
SECONDE PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX.
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
TROISIÈME PARTIE.
CHAPITRE I er .
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
PRÉFACE.
Table des matières
Mon cher lecteur, je ne viens point vous offrir une histoire complète de Manigod: seulement, dans ce petit Mémoire, vous trouverez une collection de faits de l’ordre politique, civil, religieux, qui vous paraîtront plus ou moins remarquables, plus ou moins intéressants, plus ou moins édifiants.
Vous verrez quelles sont les familles les plus anciennes, celles qui ont figuré le plus honorablement dans la paroisse. Vous pourrez remarquer par quelles phases d’élévation et d’abaissement la divine Providence les a fait passer successivement. — Vous en concluerez que Dieu seul est grand, et que les hommes ne sont grands que par la religion.
Pour mettre de l’ordre, de la clarté dans ce récit des antiquités de Manigod, j’ai cru devoir ranger en trois classes les faits dont il se compose: je veux dire les faits politiques, les faits civils, les faits religieux. — Il me semble convenable d’ajouter ici ce qui me paraît le plus remarquable dans l’état actuel de la paroisse.
Par conséquent, ce Mémoire se trouve tout naturellement divisé en trois parties: antiquités politiques, religieuses, civiles de Manigod. Mais je vous préviens qu’en parlant de son état actuel depuis 1811, je ne m’attacherai qu’aux choses les plus édifiantes, les plus importantes: parce que j’ai cru que la prudence le voulait ainsi.
V. S. V.
PREMIÈRE PARTIE.
Table des matières
Antiquités politiques.
De 1020 à 1792, c’est-à-dire pendant environ 772 ans.
N° 1. — Avant l’an 1020, Manigod se trouve complètement perdu dans la nuit des temps. Par conséquent, malgré toutes nos recherches, il nous a été impossible de savoir quel fut son état sous les Romains et sous la domination des trois Rodolph, rois de la Bourgogne transjuranne.
Dans un grand nombre de communes, on trouve encore quelques vieilles masures d’abbayes ou de châteaux, qui sont d’un merveilleux secours pour en retracer l’histoire et remonter à leur origine; mais, à Manigod, on ne voit aucun de ces monuments archéologiques: ce n’est qu’en fouillant dans la poussière des archives ecclésiastiques et civiles, que nous avons pu trouver quelques documents propres à jeter quelque jour sur ses commencements.
CHAPITRE Ier.
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Manigod soumis aux barons de Villette.
De 1020 à 1300.
N° 2. — Au Xe siècle, plusieurs familles de Savoie profitèrent de la faiblesse des rois de Bourgogne pour se rendre maîtresses d’une certaine étendue de pays, qu’on appelait baronie. Telle fut, entr’autres, la famille de Chevron de Villette, de Tarentaise, qui possédait diverses terres qui ne relevaient pas de l’empire d’Allemagne , lorsque les rois de Bourgogne abandonnèrent la Savoie. — Or, un titre, bien conservé dans nos archives civiles, paraît indiquer fort clairement qu’au commencement du XIe siècle, les barons de Villette régnaient sur Manigod, comme les rois de Sardaigne y règnent aujourd’hui.
Pendant que la famille de Villette possédait l’autorité souveraine sur Manigod, elle donna à l’Eglise le pape Nicolas II , trois archevêques à la Tarentaise et un évêque à la cité d’Aoste.
CHAPITRE II.
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Manigod acquis par les comtes de Savoie et abandonne, en qualité de fief, aux barons de Villette.
De 1300 à 1447. — 16 juin.
N° 3. — La souveraineté sur Manigod n’appartenant pas aux rois de Bourgogne, il est évident qu’ils ne purent la transmettre à la Maison de Savoie. Aussi l’histoire de Savoie nous apprend que, vers l’an 1300, Amé V, comte de Savoie, prince alors régnant, voulant régner seul dans ses Etats, acheta, entr’autres des seigneurs de Villette, les terres qu’ils possédaient en Savoie.
Or, ce point de l’histoire coïncide parfaitement avec un titre trouvé dans les archives de Manigod. — C’est par un acte du 5 septembre 1304 qu’Amé V, comte de Genevois, acheta des frères Mermet et Aymonet de Villette tout ce qu’ils possédaient et avaient possédé leurs ancêtres rière la paroisse de Manigod .
L’histoire ajoute que, quelques années plus tard, les comtes de Savoie, tout en conservant le haut-domaine sur les terres qu’ils avaient achetées des barons de Villette, les leur cédèrent en qualité de fief. — Sur ce point encore, on voit un accord parfait entre l’histoire de Savoie et les archives de Manigod.
N° 4. — Ce fut par un acte, en date du lundi après le dimanche Lætare 1319, que Guillaume, comte de Genevois, investit le baron Henri de Villette et ses successeurs de la juridiction sur les habitants de Manigod et de la possession des terres de la dite commune. — Ce baron Henry était de la branche de la famille de Villette, qui existe aujourd’hui à Giez, près de Faverges .
N° 5. — Manigod était soumis aux barons de Villette, lorsque Madame Bonaventure de Villette, baronne de Menthon, devint marraine du grand saint François de Sales, en l’église de Saint-Maurice de Thorens, le parrain étant Rd François de la Fléchère, prieur de Sillingy .
Dans le procès de la canonisation de saint François de Sales , on voit que, pour essayer de le détourner de l’état ecclésiastique, le comte, son père, employa les conseils, les sollicitations d’un jeune baron de Villette, qui était seigneur de Manigod. — Or, ce jeune seigneur de Villettte avait l’honneur d’être l’un des amis de notre saint patron: ce qui prouve qu’il était vertueux.
CHAPITRE III.
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Des Seigneurs. — Des Fiefs
N° 6. — Pour l’intelligence de ce qui précède et de ce qui va suivre, il importe de rappeler ici ce qu’on entendait jadis par fiefs et par seigneurs d’un pays.
Or, ces divers seigneurs étaient des marquis, ou des comtes, ou des barons, qui obtenaient du souverain régnant divers droits sur les personnes et sur les terres d’un pays. L’étendue des terres que possédait chaque seigneur, s’appelait fief. — Ainsi, depuis 1304, jusques vers la fin du XVIIIe siècle, Manigod était un fief, appartenant à divers seigneurs, auxquels la commune a été soumise pendant ce laps de temps.
N° 7. — A Manigod, comme partout, le seigneur avait droit de faire la levée militaire, de s’entourer de soldats, qu’il envoyait aux armées de l’État, sur la demande du souverain, dont il était feudataire
Sous les comtes et les ducs de Savoie, jusqu’aux rois de Sardaigne exclusivement, le prince régnant se déchargeait sur le seigneur de Manigod du soin d’y faire rendre la justice. Les seigneurs confiaient cet emploi important à des hommes du pays, qui prenaient le titre de châtelains.
Les souverains, qui conservaient le haut-domaine sur Manigod et sur ses habitants, percevaient annuellement une faible imposition: mais la plus grande partie de la taille était payée aux seigneurs. — De nombreux cottets attestent que ces droits consistaient en blé et autres denrées.
CHAPITRE IV.
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Manigod soumis à plusieurs seigneurs.
N° 8. — De 1500 à 1600, les barons de Villette firent de fréquents voyages à Manigod, où ils n’habitaient jamais. Toujours ils y furent très bien accueillis, parce qu’ils traitaient les habitants avec beaucoup de bonté.
Dès le milieu du XVe siècle, les barons de Villette ne furent plus seuls possesseurs du fief de Manigod, qu’ils partagèrent dès-lors avec les comtes d’Arenthon-d’Alex. Ce fut le 16 juin 1447 que le duc Louis de Savoie investit les comtes d’Arenthon d’une partie des droits féodaux sur Manigod.
Cent ans plus tard, les comtes d’Arenthon vendirent leurs droits féodaux sur Manigod au seigneur Léaval, écuyer de la ville de Thônes. — On sait qu’une fois investis d’un fief par le prince, les seigneurs pouvaient vendre leurs droits; mais l’acquéreur devait toujours obtenir l’agrément du souverain.
CHAPITRE V.
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Manigod sous François Ier, roi de France.
De 1536 à 1559.
N° 9. — Dame Louise de Savoie, reine de France, avait acquis quelques possessions à Manigod, avant que son fils, François Ier, roi de France, s’emparât de la Savoie, en 1556.
Pendant les 25 ans, pendant lesquels la Savoie fut alors soumise à la France, les seigneurs conservèrent leurs droits sur Manigod. On a tout lieu de présumer qu’alors il s’opéra fort peu de changements dans cette commune de la province du Genevois; parce que le Genevois formait l’apanage de la famille de Savoie-Nemours, toujours privilégiée par la France.
Cependant tout porte à croire que les lois françaises furent alors publiées à Manigod; car, par un édit du 6 juin 1559, François Ier ordonna que la langue latine, dont on se servait en Savoie pour les actes civils, serait remplacée par la langue française. Or, il est à remarquer qu’on trouve dans la commune plusieurs titres écrits en latin, avant cette époque, et qu’on n’en trouve point depuis l’édit de François Ier.
Depuis lors, plusieurs fois la Savoie passa sous la domination de divers souverains étrangers; mais pendant ces dominations étrangères, plus ou moins longues, jamais les seigneurs de Manigod ne perdirent leurs droits féodaux.
CHAPITRE VI.
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Des barons de Villette et des comtes d’Arenthon la seigneurie de Manigod passe à d’autres seigneurs.
N° 10. — En 1610, les droits féodaux sur Manigod passèrent des comtes de Villette et d’Arenthon aux comtes de Reydet, qui les transmirent plus tard aux barons de la Forêt-de-Saumont de la Cour (Chambéry), comtes de la Barre.
Les comtes de la Barre sont les seuls seigneurs qui aient résidé à Manigod. Leur château était situé à l’endroit où l’on voit aujourd’hui une maison, qu’on appelle vulgairement le Château.
N° 11 — En 1762, dame Dupont, comtesse de la Barre, vendit sa seigneurie de Manigod au notaire F. Missilier, de Thônes, qui fut le dernier seigneur de Manigod . Lorsqu’il eut mis le comble à sa tyrannie, par un acte d’une insigne cruauté, la divine Providence brisa son sceptre de fer, en fournissant à la commune le moyen de s’en affranchir, comme nous allons le dire dans les chapitres suivants.
CHAPITRE VII.
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Le conseil communal achète du notaire Missilier la seigneurie de Manigod.
N° 12. — La seigneurie de Manigod demeura à peine quatre ans entre les mains du notaire Missilier: car, l’ayant acquise en 1762, il la vendit à la commune en 1766. — Voici pourquoi et comment arriva cette vente.
Lorsque la comtesse de la Barre vendit ses droits seigneuriaux au notaire Missilier, elle lui vendit, en même temps, tous les arrérages qui lui étaient dus et qui étaient considérables. Le dit notaire, voulant se prévaloir de ses droits avec une rigueur intolérable, plongea la commune dans une position affreuse. Dans cette triste extrémité, le conseil communal adressa au roi une supplique, pour prier S. M. de vouloir bien amener le dit notaire Missilier à céder ses droits à la commune, moyennant une somme voulue.
N° 15. — Par lettres du 9 avril 1766, le roi donna ordre à l’intendant-général de Chambéry d’accorder satisfaction à la demande de la commune et de faire désister le notaire Missilier de ses droits, moyennant le remboursement du prix d’achat.
A cette bonne nouvelle, le conseil communal se hâta de passer une procuration à deux conseillers, qui furent les sieurs François Veyrat, de Joux , et Claude Fillon-Robin . Ces deux procureurs traitèrent avec Missilier et arrêtèrent les bases du contrat; mais, avant de le signer définitivement, ils voulurent avoir l’approbation formelle des chefs de famille, réunis en assemblée générale; parce qu’il s’agissait d’une affaire très-importante, et que d’ailleurs le notaire Missilier demandait une hypothèque générale sur tous les biens de la commune, pour garantie de la somme convenue et stipulée, et qu’on ne pouvait lui compter alors.
N° 14. — Après avoir fait treize voyages à Chambéry, à l’occasion de cet achat de la dite seigneurie, les dits François et Claudy adressèrent une requête à l’intendant-général de la Savoie, pour lui demander l’autorisation de convoquer à une séance publique la commune tout entière.
Or, le 13 septembre, le dit intendant, comte de Castellamont, accorda celte autorisation.... Le 21 septembre, au sortir de la messe paroissiale, plus des deux tiers des contribuables se trouvèrent réunis sur la place, et, par un acte (Golliet, notaire), t us consentirent aux clauses du contrat d’achat.
Enfin, le 31 décembre 1766, les deux procureurs susdits, par acte (Chabert, notaire), achetèrent du notaire Missilier, pour le prix de neuf mille cinq cents livres, tous ses droits sur Manigod, c’est-à-dire tous les droits et privilèges dont les seigneurs feudataires avaient joui depuis 1304 .
CHAPITRE VIII
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Débats entre la commune et le notaire Missilier.
N° 15 — Le notaire Missilier, comme on l’a dit ci-dessus, n’ayant consenti à cette vente que sur un ordre royal, n’en subissait les conséquences qu’avec regret et dépit. Bien plus, profitant de la faiblesse des habitants de Manigod, il porta l’audace jusqu’à se remettre en possession de ses anciens droits. De là, de grands et longs débats entre la commune et lui.
N° 16. — Au commencement de 1775, le conseil communal établit pour son procureur spécial Claudy Fillon-Robin susdit, aux fins de défendre la commune contre les prétentions et exigeances du notaire Missilier. Son premier soin fut de faire approuver l’acquisition de la dite seigneurie par messire Joachim Léger, commissaire des extentes de Sa Majesté en deçà des monts. Il fut secondé, auprès du commissaire royal, par le R. P. Josserand, originaire de Manigod et qui résidait alors à Chambéry .
N° 17. — On sait que les seigneurs avaient seuls le droit de chasse et de pêche dans la commune; mais lorsque le Conseil communal eût acquis tous les droits seigneuriaux , les habitants crurent avec raison pouvoir se mettre en possession du droit de chasse et de pêche, etc.
Par contre, le notaire Missilier porta la tyrannie, l’injustice jusqu’à ne vouloir rien céder de ses droits seigneuriaux sur Manigod: ce qui donna lieu à une anecdote fort remarquable, qui finit par avoir les suites les plus graves et dont la tradition populaire a conservé un souvenir confus jusqu’à ce jour. La voici:
N° 18. — Pendant le mois de septembre 1774, un individu des Pythières, nommé Claude Burgat, ayant tué un lièvre, le notaire Missilier lui fit infliger une amende de dix livres et lui fit subir frais sur frais pour obtenir le paiement de cette amende. Comme le dit Burgat ne pouvait payer ni l’amende, ni les frais, Missilier fit saisir judiciairement la seule vache qu’il possédait.
Un dimanche du mois de janvier, à l’issue de la messe paroissiale, le peuple trouva, au-dessous du cimetière, l’huissier Barchoud, qui tenait la vache et qui avait commission de la mettre à l’enchère .
Le châtelain, M. Aimé Golliet, notaire, qui relevait du seigneur, avait reçu de Missilier des ordres à ce sujet, qu’il voulait faire exécuter. De là une vive altercation entre le syndic Bernard-Bernardet et M. le châtelain, soutenu par ses fils, Aimé et Bernard Golliet; mais M. le châtelain et ses fils ne tardèrent pas à reconnaître les torts de Missilier.
N° 19. — Alors le conseiller François Veyrat de Joux, exacteur de la taille, dit à l’huissier de rendre la vache à Burgat et que lui, François Veyrat, se chargeait de payer l’amende; mais l’huissier ne cessait de crier: «Qui veut de la vache? qui veut de la vache?...» et tout le monde de répondre avec indignation: «Personne!... personne!... rendez-là à Burgat, ou remettez-là au syndic!»
Enfin, transporté d’une juste indignation, le syndic arracha la vache des mains de l’huissier et la remis à Burgat, en le faisant accompagner chez lui par deux hommes.
N° 20. — Lorsque le notaire Missilier eut été informé de ce qui venait de se passer, il fit envisager au sénat de Savoie la conduite de la commune comme une émeute populaire, comme un attroupement séditieux, défendu par les lois; enfin il voulut faire punir la commune dans ses représentants.
CHAPITRE IX.
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Le Conseil communal emprisonné. — 1775.
N° 21. — Un mandat d’arrêt fut envoyé par le Sénat aux carabiniers royaux, qui vinrent saisir le syndic et son conseil, sauf Claudy Fillon-Robin, qu’on ne put trouver. Fort heureusement il était muni de tous les pouvoirs du Conseil au sujet des débats avec le notaire Missilier.
Ce fut au commencement de février 1775 que le Conseil communal fut conduit dans les prisons d’Annecy.
Cependant Claudy, plein de confiance dans les sentiments religieux de ses compatriotes, laissa la commune sans administrateurs, passa les monts, alla au pied du trône implorer deux faveurs, l’élargissement du Conseil communal et les franchises de la commune, c’est-à-dire la faculté de jouir librement de tous les droits et privilèges des anciens seigneurs et que le notaire Missilier avait vendus à la commune .
Après trois mois de séjour à Turin, à force de démarches, de sollicitations, il obtint la promesse qu’on donnerait l’ordre d’élargir le Conseil; c’était un bon commencement de succès.
Au mois d’avril, de l’intérieur des prisons d’Annecy, le Conseil communal adressa une supplique au Sénat, pour lui exposer l’histoire de la vache et implorer son indulgence.
Or, le 11 avril, le Sénat envoya cette supplique à l’avocat fiscal, qui la renvoya au Sénat le 19 du même mois. Enfin, le 31 mai, cette pauvre supplique eût le sort qui est assez ordinairement réservé aux demandes, qui partent de dessous les verrous; elle fût renvoyée à Annecy avec ces mots:
«Nous disons n’y avoir lieu aux fins suppliées.»
C’est dans l’original de cette supplique que nous avons trouvé tous ces détails.
Enfin, trois grands mois s’écoulèrent, pendant lesquels les femmes des conseillers furent obligées de présider, de vaquer aux grands travaux de leurs maisons. Il leur avait fallu non-seulement faire cuire le pain à leurs enfants, mais encore ensemencer leurs terres, etc... On trouvait le temps bien long; il était tort naturel de se demander: «Que fait à Turin notre intrépide Claudy?» Nous allons le dire dans le chapitre suivant.