Kitabı oku: «Voyage à travers mon atelier»
Jules Deschamps
Voyage à travers mon atelier

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306205
Table des matières
PRÉFACE
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
A PARIS DES PRESSES DE D. JOUAUST

PRÉFACE
Table des matières
SI j’ai pris la plume pour faire la description de mon atelier, ce n’est cerles point dans le but d’imiter l’illustre auteur du VOYAGE AUTOUR DE MA CHAMBRE. Un chef-d’œuvre comme le sien, créé d’un seul jet, s’improvise, mais ne s’imite pas. Je ne l’ai fait simplement que pour décrire les charmes de l’endroit où l’on se plaît à entasser tout ce qui peut réjouir les yeux, et pour faire ressortir les conversations humoristiques, littéraires et artistiques que l’on peut y entamer à perte de vue lorsque le hasard ou les circonstances réunissent autour de vous quelques amis.
Malheureusement, si les bibelots deviennent rares, les bons amis le sont encore plus.
L’atelier est à la fois salon, boudoir, cabinet de travail, tout ce qu’il vous plaira; il remplace à lui seul les différents appartements d’une maison, et chaque personne qui y entre s’y trouve à l’aise. Vous pouvez y mettre n’importe quels objets, meubles, bahuts, dessins, livres, tableaux, statues, armures, faïences, tapisseries, etc., et c’est là précisément où se trouve un certain piquant, si la fantaisie vous fait entreprendre une excursion à travers ce dédale, mille fois plus compliqué qu’un vieux meuble Henri II à tiroirs secrets.


VOYAGE
A TRAVERS
MON ATELIER
I
Table des matières
JE dois tout d’abord avouer que j’ai un grand défaut: c’est d’aimer tout ce qui est beau. J’en demande pardon à plus d’une aimable lectrice, qui verra peut-être dans cet aveu une déclaration faite à brûle-pourpoint; mais c’est plus fort que moi. Seulement, comme je le disais plus haut, c’est un défaut: car aimer tout, c’est aimer trop, et il faudrait avoir le don de décupler son temps et son existence pour pouvoir répondre aux mille exigences que nécessitent tant de passions.
J’ai d’abord commencé par les livres, et, si cette passion a été la première, je dois dire qu’elle m’a procuré et me procure encore de bien agréables distractions. Quelle délicieuse émotion n’éprouve-t-on pas en rentrant chez soi avec un incunable, un vieux gothique, un Aide, un Elzevier ou un de ces beaux livres à vignettes que l’on n’avait pas dans sa collection, et dont l’achat a donné lieu à des négociations capables de rendre jaloux un maquignon bas normand! Et cette plaquette que l’on cherchait depuis bien des années! et cette reliure armoriée que l’on entrevoyait dans ses rêves! et cette édition originale de Corneille, de Molière, de Racine, dont on s’était privé jusqu’alors parce qu’il aurait fallu la couvrir d’or! Quelle sensation, quel triomphe, en la plaçant victorieusement sur les rayons de sa bibliothèque! Non, l’amant qui presse amoureusement sa maîtresse dans ses bras, l’avare qui contemple son or en y plongeant fiévreusement les mains, le navigateur qui découvre une terre inconnue, le mineur qui voit scintiller à l’improviste la fortune sous la forme d’une grosse pépite, n’éprouvent pas de jouissance plus vive que celle du bibliophile lorsqu’il revient avec une pièce rarissime qu’il a dénichée, découverte et (ô bonheur suprême!) enlevée à la barbe d’autres amateurs dont la sagacité a été mise en défaut. J’en appelle à tous les bibliophiles, bibliomanes ou bibliotaphes connus ou inconnus, et j’ose affirmer à l’avance qu’ils ne me contrediront pas.
Après le goût des livres est venu celui des tableaux, puis la passion des beaux dessins anciens, sans négliger pourtant les modernes. Je n’ai pu rester insensible aux autographes, qui ont à coup sûr un charme tout particulier, ni aux belles gravures anciennes et modernes, dont je me suis plu à entasser une quantité considérable; mais, après avoir rempli les bibliothèques et les meubles à tiroirs de livres et d’autographes, après avoir couvert les murs de tableaux et bourré les bahuts de dessins et de gravures, il ne m’a plus manqué qu’une chose: la place. C’est alors que l’idée m’est venue de collectionner les objets de petite dimension, comme les émaux, les miniatures, les boîtes, les éventails, etc., et je vous jure que ces mille riens charmants procurent nombre de distractions non moins charmantes.
Mais à tout seigneur tout honneur! car je n’ai pas encore mentionné la jouissance la plus noble, la plus douce, la plus exquise: la musique! Vous dire les émotions charmantes qu’elle m’a fait éprouver serait superflu, et cela (dois-je le confesser?) tout aussi bien dans l’école moderne que dans l’école ancienne ou classique. Oui, au risque de paraître un profane, j’avouerai que je ressens dans l’audition des œuvres de nos grands maîtres modernes des sensations aussi agréables que dans celles des anciens maîtres. La musique de ceux-ci a peut-être, pour certaines oreilles, un charme plus intime et plus pénétrant; mais que d’admirables beautés dans Robert le Diable, Guillaume Tell, les Huguenots, la Juive, la Muette de Portici, le Trouvère, Lucie de Lammermoor! puis, dans un ordre moins élevé, mais tout aussi entraînant, dans le Pré aux Clercs, le Domino noir, la Dame blanche, Zampa, le Barbier de Séville, l’Éclair, le Chalet, le Maître de chapelle et quantité d’autres dont le nom m’échappe!
Mettez donc à côté de cela la pauvre musique d’opérette-bouffe, qui est à peu près la seule production musicale de notre époque, et dites-moi ce que vous pensez du rapprochement!
II
Table des matières
Dans un coin de l’atelier se trouve un petit meuble d’un aspect relativement mesquin, mais assez curieux cependant pour mériter les honneurs d’une description: c’est un ancien clavecin en acajou, monté sur pieds droits, ayant les touches noires et les demi-tons blancs, et contemporain, à coup sûr, de Mozart, Beethoven ou Haydn. Je me plais à penser qu’il aura servi probablement à l’un d’entre eux pour composer quelqu’une de ses mélodies immortelles, et l’idée que le divin Mozart a pu promener ses doigts sur ces touches, dont la sonorité a disparu, me rend rêveur. C’est peut-être pousser la rêverie un peu loin; mais, que voulez-vous, l’imagination galope si vite et surtout si facilement!
J’ai placé dessus une ravissante mandoline à incrustations d’ivoire et de nacre; mais celle-ci a une origine bien authentique: Grétry l’avait donnée, comme témoignage d’estime et d’amitié, à mon bisaïeul, et elle a été depuis précieusement conservée dans la famille. L’excellent maître s’en servait volontiers comme accompagnement, et peut-être aura-t-elle contribué à composer la sérénade si populaire que Blondel chante à son roi dans Richard Cœur de Lion.
Outre ces deux instruments, qui ne figurent guère que pour la curiosité, un excellent piano (mais moderne celui-là), plusieurs violons, dont deux de Guarnerius, un alto, un violoncelle et une harpe, destinés aux amateurs délicats; puis deux guitares, un tambour de basque et un clavier chinois à l’intention des mélomanes barbares, forment une petite collection musicale qui ne manque pas de charme.
Mon bataillon de morceaux de musique (partitions pour piano, piano et chant et d’orchestre) est tellement nombreux que j’ai dû y consacrer une bibliothèque particulière. J’ai pris plaisir à orner les principales partitions de portraits, d’autographes des maîtres, de gravures représentant telle ou telle scène d’opéra, et j’ai pu ainsi concilier les goûts du musicien, du bibliophile et de l’amateur d’autographes, trois goûts qui se disputent à qui mieux mieux et que j’ai bien du mal à mettre d’accord, je vous assure.
Pour compléter le tableau, j’y ai joint différentes reliures aux armes, entre autres un superbe exemplaire de l’Eau merveilleuse, de Grisar, relié en maroquin rouge et orné du chiffre de la reine des Belges: c’est, sans nul doute, l’exemplaire de présent dont le musicien aura voulu faire hommage à la souveraine.
Dans un rayon spécial sont réunies toutes les œuvres qui ont trait à la musique ancienne: airs de danse, pavanes, menuets, country-dances, etc., ainsi que des anciennes pièces de l’Académie royale de musique. Ce sont toutes choses d’un régal aussi friand pour le bibliophile que pour le musicien, car les anciens ouvrages sur la musique deviennent de plus en plus rares, et c’est là que j’ai rangé précieusement un recueil d’airs et d’ariettes, manuscrit de paroles et musique notée entièrement de la main de Jean-Jacques Rousseau. Vous savez que le grand philosophe, bien que possédant un avoir d’environ onze cents livres de rente, résultant de ses arrangements avec les directeurs de l’Opéra et de la vente de ses livres, réalisait encore quelques bénéfices en copiant de la musique à dix sous la page. La plupart des dames de la cour s’amusaient beaucoup de cette manie et venaient souvent elles-mêmes lui apporter de l’ouvrage. On connaît sa lettre si fière et si digne à la marquise de Pompadour, qui avait voulu lui faire remettre cent louis pour des copies ne valant pas plus de douze francs; et l’altière favorite, en cette circonstance, dut s’avouer vaincue par le pauvre musicien.
III
Table des matières
Ceux qui ont eu la fantaisie de se composer une collection de tableaux conviendront avec moi que ce n’est point une petite affaire. Pareil au bibliophile qui ne parvient à réunir une bibliothèque de choix qu’après avoir fait une horrible hécatombe de bouquins, le modeste amateur de peinture n’obtiendra un ensemble passable qu’après avoir entassé un nombre de croûtes effrayant. Encore le bibliophile a-t-il des manuels et des catalogues pour le guider, tandis que le collectionneur de tableaux ne peut guère compter que sur ce flair que le goût et l’expérience seuls peuvent lui donner.
Je n’entreprendrai point de décrire toutes les œuvres qui couvrent les murs de l’atelier du haut en bas: ce serait d’abord abuser de la patience du lecteur, et puis, il faut le dire, certaines ne valent pas la peine d’être mentionnées. J’y ai mis un peu de tout, de l’ancien, du moderne; mais je dois ajouter que c’est ce dernier genre qui l’emporte.
Je me contenterai donc de signaler de très beaux portraits en pied de la Dame et les Enfants de la maison, par E. Genty; un charmant H. Baron, la Querelle des Amoureux, pour lequel j’ai toujours eu un certain faible, car c’est mon premier achat en peinture; une jolie petite nymphe de Diaz, de jolies toiles de Chopin, Corot, Troyon, Musin, J. Masse, Couder, Béraud, Jeannin, Minet, Catoire, Foret, et nombre d’esquisses où figure au premier rang celle de la Chasseresse, de Roll, jeune peintre du plus grand avenir.
Quant à l’école ancienne, il me suffira de citer des œuvres de A. Dürer, J. Romain, Rembrandt, D. Téniers, Dietricy, Brauwer, Karl Dujardin, Parrocel, Wouvermans, Metzu, Miéris, Bruandet, et quelques portraits intéressants par Holbein, Clouet, Largillière, H. Rigaud, Vanloo, Allais; plusieurs beaux pastels, dont un de Rosalba, et un certain nombre de toiles dont les attributions sont incertaines, complètent cet ensemble.
Vous voyez qu’il y a de tout un peu, et, si je fais cette description, ce n’est certainement point dans l’intention d’en faire montre ou parade, mais afin de prouver que j’ai fait de mon mieux pour honorer la peinture.
Le tableau tient la première place dans la curiosité, et c’est justice: car les objets d’art les plus dignes d’intérêt ne sont-ils pas naturellement ceux qui sont uniques, comme les tableaux, les dessins, les sculptures, ou bien encore ceux que leur provenance rend précieux et rarissimes, comme les autographes, les exemplaires dans une condition unique et certaines pièces gravées? Quant aux livres tirés à petit nombre, aux gravures et aux faïences, dont il existe, dans certains cas, vingt, cinquante ou cent exemplaires tout à fait pareils, il me semble, tout en leur reconnaissant un mérite sérieux et réel, qu’il n’y a point chez eux cet intérêt particulier et ce charme inappréciable que possède l’objet unique ou presque introuvable.
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.