Kitabı oku: «Quand j'étais petit garçon»

Yazı tipi:

Jules Girardin

Quand j'étais petit garçon


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066317775

Table des matières

PRÉFACE

AUX PETITS GARÇONS D’AUJOURD’HUI

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

PRÉFACE

Table des matières

AUX PETITS GARÇONS D’AUJOURD’HUI

Table des matières

QUAND J’ÉTAIS PETIT GARÇON, je faisais pas mal de sottises: ce qui ne m’empêchait pas d’être très content de moi.

Aujourd’hui que je suis grand, j’appelle mes sottises des sottises et je comprends à peine comment j’ai pu les commettre.

Si j’entreprends de les raconter, ce n’est pas la vanité qui me pousse; on peut m’en croire sur parole. Ce qui me pousse, c’est un désir très charitable.

Peut-être y a-t-il encore de nos jours quelques petits garçons qui font des sottises; du moins, on me l’a dit.

A l’époque où je faisais les miennes, il me semble que, si j’avais eu entre les mains un livre comme celui que je vous destine, c’est-à-dire la confession sincère d’un petit garçon, cela m’eût donné à réfléchir et m’eût arrêté plus d’une fois au moment où j’allais succomber à la tentation.

UN EX-PETIT GARÇON.


QUAND J’ÉTAIS PETIT GARÇON

Table des matières


CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LE PAUVRE CHEVAL ET LE MÉCHANT SOLDAT

QUAND J’ÉTAIS PETIT GARÇON, je parlais souvent de choses que je ne savais pas, et alors je disais de grosses sottises.

Un jour que je m’en allais à l’école, je vis un soldat qui conduisait un cheval par la bride. J’aime les soldats et j’aime les chevaux. Alors, comme j’avais du temps devant moi, je m’arrêtai pour voir où le soldat conduisait le cheval.

Le soldat conduisit le cheval à l’abreuvoir. Toujours en le tenant par la bride, il le fit entrer dans la rivière. Le cheval mit sa bouche dans l’eau et but un bon coup. Quand le cheval eut fini de boire, il releva la tête, et je crus que le soldat allait l’emmener à l’écurie.

Point du tout, le soldat remonta la pente de l’abreuvoir, mais il ne permit pas au pauvre cheval de la remonter avec lui. Le soldat remontait donc la pente, et le pauvre cheval suivait le pied du mur, les jambes dans l’eau. Cela ne lui plaisait pas de suivre le pied du mur, car plusieurs fois, il tira sur la bride pour retourner en arrière.

Mais le méchant soldat tirait de son côté ; et le pauvre cheval était bien forcé d’aller en avant. Quand le soldat fut sur le quai, il regarda autour de lui comme s’il cherchait quelque chose. Moi, je ne pouvais pas deviner ce qu’il cherchait.

Le soldat conduisit le cheval à l’abreuvoir.


Arrivé au premier tilleul de la rangée qui commence le Mail, le méchant soldat attacha le bout de la bride au tronc de l’arbre, et s’en alla tranquillement, comme s’il venait de faire un beau coup. Or figurez-vous que la bride n’était pas très longue et que le mur du quai était assez haut.

Aussi le pauvre cheval était bien gêné. Il ne pouvait bouger. C’est comme si le soldat l’avait mis en pénitence. Il ne pouvait pas seulement baisser la tête jusqu’à l’eau pour boire encore un bon coup, s’il en avait eu envie. Comme les chevaux ne parlent pas, celui-là ne pouvait pas dire que tout cela l’ennuyait. Mais je voyais bien tout de même qu’il n’était pas content. Avec ses pieds de devant il raclait le fond de l’eau. C’est comme s’il avait dit: «Je voudrais bien m’en aller.»

Malheureusement c’était l’heure d’entrer en classe, sans cela je crois bien que j’aurais couru jusqu’au tilleul, j’aurais détaché la bride, le cheval se serait promené en ville et le soldat aurait été puni. Convenez avec moi qu’il avait bien mérité de l’être.

Après cela, pour être franc, je dois dire que, si j’avais eu du temps devant moi, je n’aurais peut-être pas détaché le cheval tout de même, parce que le soldat aurait pu arriver juste au moment. Il m’aurait pour sûr tiré les oreilles; car un homme qui est méchant avec les bêtes doit être méchant avec les petits garçons; cela c’est sûr.

Quand j’arrivai à l’école, il n’était que temps, on commençait à réciter les leçons. Notre maître, M. Trinquesse, me regarda de côté d’un air mécontent. D’habitude, après avoir appris mes leçons à la maison, je les repassais encore une fois avant d’entrer en classe. Cette fois le cheval et le soldat m’avaient fait oublier de les repasser.

«Giraud, récite-moi la leçon d’histoire de France,» me dit M. Trinquesse.

Je me levai et je devins tout rouge. Je ne me rappelais plus les premiers mots de la leçon. M. Trinquesse me les dit; mais je ne pus pas continuer. Mon voisin voulut venir à mon secours, et il me souffla les mots suivants.

Je ne compris pas ce qu’il disait, mais M. Trinquesse entendit un chuchotement, et il comprit tout de suite que quelqu’un avait soufflé. Il s’en prit à moi et me dit: «Tu ne sais pas ta leçon; la preuve, c’est que tes voisins te la soufflent. Je te marque une mauvaise note. Je t’en ai déjà marqué une ce matin. Une ce matin et une ce soir, cela fait deux. Prends garde à la troisième.»

Je me laissai tomber sur le banc, et je me cachai la figure dans mes deux mains. J’avais honte et j’étais en colère. J’avais honte d’avoir été grondé devant les autres. J’étais en colère contre le soldat et contre le cheval, qui m’avaient fait oublier de repasser ma leçon; j’étais en colère contre M. Trinquesse, qui m’avait grondé, et contre le camarade qui m’avait soufflé ma leçon. En un mot, j’étais en colère contre tout le monde.

Et cependant c’était par charité que mon voisin m’avait soufflé ma leçon; M. Trinquesse avait eu raison de me gronder. Si j’avais perdu mon temps à regarder le soldat et le cheval, ce n’était pas leur faute, car ils ne m’avaient pas demandé de les regarder. Mais voilà ! quand j’étais petit garçon, il m’arrivait quelquefois d’en vouloir à tout le monde lorsque j’aurais dû ne m’en prendre qu’à moi-même. On me dit que cela arrive quelquefois aux petits garçons d’aujourd’hui. Est-ce vrai?

Quand je sortis de classe et que j’arrivai sur le quai, savez-vous ce que je vis? Je vis le même cheval, attaché au même tilleul. Je pensai en moi-même que le soldat avait dû passer tout le temps au cabaret, qu’il avait bu beaucoup de vin, peut-être de l’eau-de-vie, et qu’il avait oublié le cheval. Quelle négligence et quelle cruauté, n’est-ce pas?

Cette fois j’avais devant moi tout le temps possible pour aller détacher la pauvre bête. Mais je pensai que le soldat pourrait me surprendre. Maintenant qu’il était ivre, il aurait été capable de m’arracher les oreilles, au lieu de les tirer. Car vous savez comme moi qu’un homme ivre ne sait plus ce qu’il fait, c’est comme une bête féroce.

Je rentrai donc à la maison, pour dire à mon père de parler au colonel du régiment de chasseurs qu’il connaissait, et de faire punir le soldat.

«Tu as quelque chose à me raconter, me dit mon père, quand il me vit arriver, tout rouge de colère et d’indignation.

— Oui, Papa; oh! si tu savais comme les soldats sont méchants et comme leurs chevaux sont malheureux!

— Voyons cela,» reprit mon père d’un ton sérieux.

Quand je lui eus tout conté, je fus surpris de le voir sourire, car c’était un homme très bon, et qui s’indignait quand il voyait les gens maltraiter les animaux.

«Mon cher petit, me dit-il, j’aime à voir que tu as bon cœur, et que tu éprouves de la pitié pour les animaux. Mais cette fois tu as mal placé ta pitié. Le cheval que tu as vu dans la rivière n’est pas une victime et le soldat n’est pas un bourreau. Tu sais ce que c’est qu’un vétérinaire, n’est-ce pas?

— Oui, Papa, c’est le médecin des chevaux.

— Eh bien, mon petit, c’est sur l’ordre du médecin des chevaux que ce soldat a mené le cheval à la rivière et qu’il l’a laissé là pendant des heures. Quand un cheval a trop travaillé ou trop marché, ou bien encore quand il a mangé trop d’avoine, il est sujet à une maladie que l’on appelle la fourbure, et l’on dit alors qu’il est fourbu. Les veines de ses jambes se gonflent outre mesure. Alors on le saigne aux jambes, et on lui fait passer plusieurs heures dans l’eau.»

Mon père, pour me laisser réfléchir, fit semblant d’écheniller un rosier, car notre conversation avait eu lieu dans le jardin. Je compris que j’avais parlé trop vite d’une chose que je ne savais pas, et que j’avais manqué de charité envers le pauvre soldat.



CHAPITRE II

Table des matières

IL M’A CASSÉ TOUS MES SOLDATS!

QUAND J’ÉTAIS PETIT GARÇON, j’avais quelquefois des accès de mauvaise humeur, et alors j’en disais plus long qu’il n’y en avait pour faire gronder mes camarades.

C’était un jeudi, et il pleuvait très fort. Quand je sautai du lit, en chemise, pour aller voir quel temps il faisait, je frappai du talon, très en colère. Tout ce que j’y gagnai pour le moment, ce fut de me faire grand mal. Car la veille au soir j’avais laissé tomber sur le tapis mon petit trousseau de clefs, et par négligence je l’avais laissé où il était. Or c’est sur mon trousseau de clefs que j’avais frappé du talon.

«On est toujours puni par où l’on a péché,» me dit la vieille Jeannette, qui, m’entendant aller et venir, était entrée dans ma chambre, pour m’apporter une chemise blanche et pour m’aider à faire ma toilette.

Pour toute réponse, je lui tirai la langue.

«La journée commence mal et elle finira mal, si cela continue, me dit tranquillement Jeannette.

— Aussi pourquoi pleut-il un jeudi? lui répondis-je d’un ton maussade, et surtout un jeudi où nous devions aller goûter dans la forêt avec mon cousin Louis!

— Le fait est que c’est malheureux, reprit Jeannette en regardant du côté de la fenêtre; mais qui sait si le temps ne s’éclaircira pas sur les midi?

— Non, il ne s’éclaircira pas.

— Mettons qu’il ne s’éclaircira pas. Dans tous les cas, ce n’est la faute de personne.

— Si! c’est la faute de quelqu’un!»

Cette réponse était si niaise, si niaise, que Jeannette aima mieux n’y pas faire attention.

Je déclarai à Jeannette que je voulais m’habiller tout seul; j’espérais qu’elle voudrait m’aider et que nous nous querellerions tout le temps. Elle s’en alla sans rien dire.

Je fus bien puni de ma sottise. Car j’eus une peine infinie à m’habiller, et encore j’étais habillé tout de travers. Il est vrai de dire que je m’en prenais à toutes les pièces de mon costume et que je les jetais de tous les côtés avant de les mettre.

Au déjeuner, mon père dit: «Jeannette, cet enfant est fait comme un voleur.

— J’ai voulu l’aider, répondit Jeannette, mais il a refusé.

— Très bien, reprit mon père. Alors qu’il reste toute la journée tel qu’il est.»

Je fus bien penaud, car il faut que je l’avoue, quand j’étais petit garçon, j’aimais beaucoup à être bien habillé.

Je fis mes devoirs en grognant; aussi ils étaient très mal faits. Sur les deux heures, par une pluie battante, ma tante Langlois arriva avec mon cousin Louis. Elle était très bonne et très complaisante, ma tante Langlois, aussi je l’aimais beaucoup.

En m’embrassant, elle parut surprise, mais elle ne dit rien. Je compris qu’elle me trouvait mal habillé, et cette pensée m’ôta pour un moment tout le plaisir que j’éprouvais à la voir.

«Puisque la pluie, dit-elle à ma mère, gâte le plaisir que nos enfants s’étaient promis, il me semble que nous pouvons leur offrir une compensation.

— Laquelle? demanda ma mère.

— Je leur en offre deux, répondit ma tante. Ou bien j’emmènerai nos enfants à la ménagerie Wombwell qui vient d’arriver et qui donne une représentation à deux heures, ou bien je vous laisserai Louis pour qu’il joue avec Albert.»

J’aurais donné tout au monde pour aller à la ménagerie Wombwell; mais pour rien au monde je n’aurais voulu me présenter en public dans l’état où je me trouvais. Et je savais d’avance que mon père ne permettrait pas à Jeannette ou à ma mère de réparer le désordre de ma toilette. Quand il avait décidé une chose, il ne revenait jamais sur sa décision. Je ne le savais que trop bien, l’ayant appris par expérience. Oh! comme notre Jeannette avait raison de dire: «On est puni par où l’on a péché !»

Je répondis en rougissant que j’aimerais mieux jouer avec Louis que d’aller à la représentation.

Je suis sûr que Louis aurait mieux aimé aller à la représentation; et c’était bien naturel. A sa place j’aurais fait la moue. Louis ne fit point la moue, et répondit gaiement: «C’est cela; nous passerons l’après-midi à jouer ensemble.»

Je le pris aussitôt par la main et je l’emmenai dans ma chambre.

Dans ma chambre, il y avait une grande armoire, que l’on appelait l’armoire aux joujoux.

«Par quel jeu veux-tu commencer?» demandai-je à Louis.

Et il me répondit: «Par celui que tu voudras.

— Non, je veux que tu choisisses.»

Je tenais à être très aimable avec lui parce qu’il avait renoncé à la ménagerie Wombwell sans faire la moue.

Et je fus aimable comme cela pendant plus d’une grande heure.

Mais au bout d’une heure le jeu commença à m’ennuyer. Je crois que c’est la pluie qui m’agaçait, parce qu’elle faisait continuellement pan! pan! pan! sur les vitres. Et puis j’étais mécontent d’être mal habillé, et puis ma méchanceté du matin revenait tout doucement, et puis notre Jeannette m’avait dit que cela finirait mal!

Nous en étions au jeu du casse-tête géographique, et nous rassemblions les petits morceaux détachés, qui, une fois réunis, devaient former la carte de France.

«Ce jeu m’ennuie, m’écriai-je tout à coup.

— Eh bien, changeons-en,» me répondit Louis.

Sans le prévenir, je passai brusquement ma main sur la table, et j’envoyai de tous les côtés les morceaux découpés de la carte de France.

Louis ne réclama pas, et même, se mettant à quatre pattes sur le tapis, il ramassa les morceaux un à un.

Cela m’agaçait de le voir ramasser les morceaux si tranquillement; d’ailleurs je sentais que tout m’agaçait. Je me levai et je poussai les morceaux dans tous les coins pour taquiner Louis.

Il se mit à rire. Son rire m’agaça. Je le lui dis; et même j’ajoutai: «Au lieu de rire niaisement, tu ferais mieux de te fâcher, ce serait Plus amusant!»

Je savais que j’avais tort de lui dire cela, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le lui dire. Quand j’étais petit garçon, il y avait des moments comme celui-là, où je faisais exprès de trouver à redire à tout.

Quand il eut ramassé toutes les pièces, Louis les rangea dans la boîte, et replaça la boîte dans l’armoire.

Il tira de l’armoire la boîte aux soldats de plomb, qui contenait des fantassins français et des fantassins allemands.

Cela me déplut que Louis eût tiré cette boîte de l’armoire, sans m’en avoir demandé la permission, et je le lui dis.

Il parut étonné, et il me répondit que je lui avais donné le choix des jeux et qu’il choisissait celui-là.

Je haussai les épaules, parce que je ne trouvais rien à répondre, et que cela me déplaisait d’avoir tort.

«Dans tous les cas, dis-je à Louis, c’est toi qui seras le général allemand.»

Louis rougit.

C’est toi qui seras le général allemand.


«Si tu crois, dit-il en hochant la tête, que c’est agréable d’être le général allemand!

— Agréable ou non, je veux que tu le sois.

— Écoute, reprit-il, cela n’est pas juste que je sois le général allemand simplement parce que tu le veux. Nous tirerons au sort comme les autres fois.

— Nous ne tirerons pas au sort. Je veux, entends-tu, je veux que tu sois le général allemand. Si tu refuses, ajoutai-je en m’excitant de plus en plus, j’irai dire à Maman que tu es un mauvais camarade, et que tu fais exprès de ne pas vouloir ce que je veux!»

Il secoua tranquillement la tête; et ce geste tranquille me mit en fureur.

Prenant dans le fouillis de soldats un fantassin allemand, je le plantai tout debout devant mon cousin, et je lui dis:

«Range les autres soldats allemands tout de suite à côté de celui-là, ou bien tu auras affaire à moi.»

Sans rien dire, il prit le fantassin allemand et le jeta au bout de la chambre.

«Ramasse-le tout de suite, lui dis-je avec fureur, en tendant la main droite vers le coin où était tombé le soldat allemand.

— Je n’ai pas d’ordres à recevoir de toi,» me répondit Louis, qui avait fini par se fâcher à son tour. Seulement il ne se mettait pas en fureur, lui; et, même quand il était fâché, il savait toujours ce qu’il disait.

Je me précipitai à bas de ma chaise, et je courus au petit salon où Maman se tenait toujours dans la journée, occupée à travailler ou à lire.

«Maman, Maman! m’écriai-je en m’élançant dans le petit salon. Oh! Maman, si tu savais comme Louis est méchant; il m’a cassé tous mes soldats!»

Maman, qui connaissait bien son petit garçon, me demanda sans s’émouvoir: «Tous à la fois? ou bien les uns après les autres?

— Il ne les a peut-être pas cassés tous, repris-je en balbutiant; mais il en a jeté un de toutes ses forces à l’autre bout de la chambre!»

«Oh! oh! dit Maman, il était donc bien en colère?

— Je t’en réponds! ah! si tu l’avais vu!

— Et à propos de quoi était-il en colère?

— Parce qu’il voulait me forcer à être le général allemand; et moi, je ne voulais pas l’être.

— C’est grave, dit ma mère avec un grand sérieux; mais comment se fait-il que Louis ait voulu te forcer? il me semblait que d’habitude vous tiriez au sort le commandement des deux armées.»

Le calme de ma mère agit sur moi comme une belle petite douche d’eau froide. Ma colère tomba subitement, et alors je vis combien j’avais été injuste en accusant Louis lorsque j’étais le seul coupable.

«Je crois, repris-je en balbutiant, et même je suis sûr maintenant, que c’est moi qui ai voulu forcer Louis. Comme il désirait tirer au sort, j’ai mis un soldat allemand devant lui, et je lui ai dit: Je veux que tu sois le général allemand. Entends-tu, je le veux! Alors il a jeté le soldat allemand.

— Peut-être, reprit ma mère, ce soldat allemand n’est-il pas aussi malade que tu le crois.

— Il ne doit pas être cassé du tout, car il est tombé sur le tapis.

— Allons, dit ma mère, Louis n’est pas si méchant que je l’avais cru d’abord.

— Il n’est pas méchant du tout, repris-je avec vivacité ; c’est moi qui suis méchant; mais, vois-tu? je suis si malheureux depuis ce matin! cette pluie, cette partie manquée, cette ménagerie Wombwell!

— Faut-il, me demanda ma mère, que j’aille demander à Louis de faire la paix avec toi?

— Je ne suis plus fâché contre Louis, répondis-je vivement, et lui, il n’est jamais fâché contre moi.

— C’est un brave garçon.

— Oh! je crois bien.

— J’ai bien envie, pour célébrer votre réconciliation, de faire prévenir sa mère que je le garde à dîner.

— Oh oui! Maman.»

La journée finit beaucoup mieux qu’elle n’avait commencé, et le dîner fut très gai malgré la pluie et malgré le désordre de ma toilette.

Personne ne m’a jamais reparlé de ce fameux jeudi où j’avais été si méchant; mais moi, je ne l’ai jamais oublié ; et ce souvenir plus d’une fois m’a arrêté tout net, au moment où j’allais me mettre en colère, ou accuser les autres, lorsque c’était moi justement qui avais tous les torts.


Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
155 s. 43 illüstrasyon
ISBN:
4064066317775
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi: