Kitabı oku: «Un chapitre de l'histoire des enfants trouvés»
Léon Lallemand
Un chapitre de l'histoire des enfants trouvés : la maison de la Couche à Paris (XVIIe et XVIIIe siècles)

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066338275
Table des matières
AVANT-PROPOS
CHAPITRE PREMIER
FONDATION. — ADMINISTRATION. — REVENUS.
§ 1 er . — LES ENFANTS-TROUVÉS A PARIS ET SAINT VINCENT DE PAUL.
§ 2. — L’ADMINISTRATION DE LA MAISON DE COUCHE DE 1670 A 1791 .
§ 3. — PROPRIÉTÉS ET REVENUS DE L’HOPITAL.
I
II
III
IV
CHAPITRE II
ADMISSION ET MISE EN NOURRICE DES ENFANTS TROUVÉS.
§ 2. — CHIFFRES DES ADMISSIONS.
§ 3. — LE SÉJOUR DES ENFANTS A LA COUCHE.
§ 4. -- ENVOI DES ENFANTS EN PROVINCE: LES MENEURS ET MENEUSES.
§ 5. — ENVOI DES ENFANTS EN PROVINCE. LES NOURRICES.
§ 6. — LA VISITE DES ENFANTS EN PROVINCE.
CHAPITRE III
MISE EN PLACEMENT ET EN APPRENTISSAGE DES ENFANTS-TROUVÉS.
2. — LA MISE EN APPRENTISSAGE DES ENFANTS RAMENÉS A PARIS.
§ 3. — SORTIE DES ENFANTS DE TUTELLE. RETRAITS PAR LES PARENTS.
CHAPITRE IV
LA MORTALITÉ DES ENFANTS, — LE SERVICE MÉDICAL ET L’HOSPICE DE VAUGIRARD.
§ 1 er . — LA MORTALITÉ DES ENFANTS TROUVÉS.
§ 2. - LES ENFANTS GASTEZ ET L’HOSPICE DE VAUGIRARD.,
PIÈCES JUSTIFICATIVES
ANNEXE N° 1
ANNEXE N° 2
PROCÈS-VERBAUX D’EXPOSITIONS ET D’ABANDONS.
PIÈCE n° 1.
PIÈCE n° 2.
PIÈCE n° 3.
PIÈCE n° 4.
PIÈCE n° 5.
PIÈCE n° 6.
PIÈCE n° 7.
PIÈCE n° 8.
PIÈCE n° 9.
PIÈCE n° 10.
PIÈCE n° 11.
PIÈCE n° 12.
PIÈCE n° 13.
PIÈCE n° 14.
PIÈCE n° 15.
PIÈCE n° 16.
PIÈCE n° 17.
PIÈCE n° 18.
ANNEXE N° 3
ANNEXE N° 4
ANNEXE N° 5
ANNEXE N° 6
ANNEXE N° 7
ANNEXE N° 8
ANNEXE N° 9
ANNEXE N° 10
ANNEXE N° 11
PIÈCE N° I.
PIÈCE N° II.
PIÈCE N° III.
PIÈCE N° IV.
PIÈCE N° V.
PIÈCE N° VI.
ANNEXE N° 12
ANNEXE N° 13
PIÈCE N° I.
PIÈCE N° II.
ANNEXE N° 14
PIÈCE N° 1.
PIÈCE N° 2.
PIÈCE N° 3.
ANNEXE N° 15
AVANT-PROPOS
Table des matières
L’Académie des sciences morales et politiques a couronné, il y a quelques mois, un mémoire que nous lui avions adressé sur l’Histoire des enfants abandonnés et délaissés. Ce mémoire, à l’impression en ce moment, renfermant quatre chapitres relatifs à la Maison de la Couche au parvis Notre-Dame, composés d’après des documents en partie inédits, il nous a paru intéressant de les publier à part, en y joignant les pièces justificatives qui en forment le complément.
Nous dédions ce modeste travail à nos collègues de la Société de l’histoire de Paris et de l’Ile-de-France, en les priant d’en agréer l’hommage.
LÉON LALLEMAND.
Paris, 5, rue des Beaux-Arts.
CHAPITRE PREMIER
Table des matières
HISTOIRE DE LA MAISON DE LA COUCHE A PARIS
FONDATION. — ADMINISTRATION. — REVENUS.
Table des matières
§ 1er. — LES ENFANTS-TROUVÉS A PARIS ET SAINT VINCENT DE PAUL.
Table des matières
A Paris, aux XVe et XVIe siècles, les doyens, chanoines et chapitre de Notre-Dame s’occupaient plus ou moins directement des enfants trouvés, «qu’ils ont accoutumé de recevoir et faire nourrir pour l’honneur de Dieu», disent les lettres patentes de 1536, portant création de l’hôpital des Enfants-Rouges.
L’arrêt de Parlement en date du 11 août 1552, obligeant les seigneurs justiciers de la ville et faubourgs à contribuer à l’entretien de ces enfants, décida que pour la régularité des opérations «les deniers adjugez pour ladite nourriture et autres qui seroient aumosnez ausdicts enfans seroient mis ès mains des maistres et gouverneurs de l’Hostel Dieu de la Trinité », à charge de commettre une femme pour recevoir les enfants exposés «soit en ladicte église de Paris ou ailleurs». «Laquelle femme, continue l’arrêt, faira résidence et recevra lesdicts enfans en la forme et manière qui parcy-devant a esté gardée en la dicte église de Paris, et iceux par elle retirez seront par lesdicts administrateurs baillez à sages femmes honnestes et connues pour iceux eslever et nourrir. Et néantmoins a la dicte cour ordonné et ordonne que le berseau et bouette estans en la dicte église de Paris pour recevoir les enfans exposez et aumosnes a eux faictes demoureront en icelle église; et que la femme que cy-devant a eu la charge de recevoir lesdicts enfans exposez en la dicte église, aura les salaires qui par cy-devant luy ont esté ordonnez par lesdicts doyen et chappitre, à la charge que s’il y a aucuns enfans mis et exposez en la dicte église, elle sera tenue iceux recevoir et faire apporter audict hospital de la Trinité .»
Bouchel, qui vivait au commencement du XVIIe siècle, trace le tableau suivant de la manière dont se faisait la levée des enfants trouvés (édit de 1671, t. Ier, p. 1013):
«Quand il se trouve par les ruës de Paris quelque enfant exposé, il n’est loisible à personne de le lever, fors au commissaire du quartier, ou à quelque autre passant son chemin. Et se doit porter aux Enfants trouvez a Nostre-Dame, en la maison destinée pour les nourrir et allaicter, qui est auprès la maison épiscopale et fait le bas d’une ruelle decendante à la riviere... Et quant à lever l’enfant trouvé, si le commissaire ou autre ne s’en entremet, craignant la dérision et soupçon l’enfant estre de son fait, on envoye quérir la dame des enfans-trouvez qui ne fait difficulté de l’enlever, en luy payant cinq sols pour le domicilier, à la porte ou estau du quel ledit enfant aura esté trouvé .»
Ces maisons du port Saint-Landry avaient été affectées à cette destination par le chapitre de Notre-Dame «moyennant récompense raisonnable», et en 1570 le Parlement, désirant rendre plus efficace son arrêt de 1552, fit visiter ces immeubles et ordonna des réparations, en décidant que les personnes ecclésiastiques, seigneurs justiciers de Paris, dénommées en l’arrêt précité, «s’assembleroient aux jours, lieux et heures qui leur seroient préfix et assignez par ledict evesque de Paris pour conférer et dresser mémoires et articles de la police qui leur sembleroit bonne et devoir estre gardée et observée pour la nourriture, gouvernement et administration desdicts enfans trouvez...»
Par manière de provision il était statué «que Marie de la Croix, veufve de feu Philippe le Jay, Anne Guyon, veufve de feu M. Pierre d’Estampes, docteur en médecine, et Catherine de Moussy, veufve de feu Denis Guillebon, cy devant nommées par ledict procureur général, auroient intendance sur la nourriture et entretenement desdicts enfans trouvez; et que Pierre Hotman, marchand orfevre bourgeois de Paris, recevroit les deniers ez quels les dénommez audict arrest avoient esté cottisez.» De plus le nommé Thibault Choisi devait continuer «la garde et nourriture desdicts enfans.» (Felibien et Lobineau, Histoire de Paris, preuves, t. II, p. 831.)
On peut présumer que ces sages dispositions du Parlement, déjà fort tardives en comparaison de ce qui se passait dans certaines provinces, tombèrent partiellement en désuétude au milieu des guerres sanglantes de la fin du XVIe siècle; la Saint-Barthélemy est de 1572 et les sièges de Paris par Henri III et Henri IV n’étaient certainement pas faits pour permettre le développement des maisons du port Saint-Landry, près la rue d’Enfer, en la Cité ; aussi les historiens s’accordent-ils pour peindre au XVIIe siècle la situation des enfants exposés comme fort triste, et c’est alors qu’apparaît l’initiative et le dévouement de Monsieur Vincent.
La veuve qui avait succédé aux femmes désignées dans l’arrêt de 1570 s’occupait avec deux servantes du soin des trouvés; le nombre en était grand, les ressources plus que minimes; aussi ces pauvres petits mouraient-ils presque tous. Les servantes les soignaient du reste fort mal, leur donnant des narcotiques pour les faire dormir, les vendant même moyennant vingt sols à des mendiants, des bateleurs, des gens qui les faisaient servir à des opérations magiques.
Un pareil abandon émut l’âme compatissante de saint Vincent; il envoya les dames qu’il formait à l’exercice des bonnes œuvres, visiter la maison de la Veuve. Le spectacle qu’elles eurent sous les yeux les épouvanta et elles décidèrent de se charger de quelques-uns de ces pauvres enfants. Une maison fut louée à la porte Saint-Victor, en 1638, et Mlle Legras en prit la direction avec ses Filles de la Charité. D’un autre côté le saint sut émouvoir la Cour, et Louis XIII, «quoiqu’il n’eût que la moindre de toutes les justices de la ville ,» consentit à donner quatre mille livres prises sur le domaine de Gonesse ; Louis XIV alloua plus tard huit mille livres sur le revenu des cinq grosses fermes . Mais les dépenses croissaient chaque jour, et les dames, effrayées de leur tâche, étaient presque décidées à y renoncer. C’est alors que se place cet épisode si connu de la vie de saint Vincent de Paul.
La délibération est ouverte; il expose à l’assemblée qu’elle n’a pris aucun engagement; il montre cependant le bien réalisé, les résultats plus consolants à obtenir encore, et enfin s’écrie, avec l’abondance de ce zèle qui a déjà fait tant de merveilles: «Or sus, Mesdames, la compassion et la charité vous ont fait adopter ces petites créatures pour vos enfants; vous avez été leurs mères selon la grâce, depuis que leurs mères selon la nature les ont abandonnés; voyez maintenant si vous voulez aussi les abandonner. Cessez d’être leurs mères pour devenir à présent leurs juges; leur vie et leur mort sont entre vos mains; je m’en vais prendre les voix et les suffrages; il est temps de prononcer leur arrêt et de scavoir si vous ne voulez plus avoir de miséricorde pour eux. Ils vivront, si vous continuez d’en prendre un charitable soin, et au contraire ils mourront et périront infailliblement si vous les abandonnez; l’expérience ne vous permet pas d’en douter .»
L’assemblée répond par son acquiescement unanime, et la maison des enfants trouvés de Paris peut être considérée comme fondée.
On obtient du roi le château de Bicêtre; l’air est trouvé trop vif pour ces poitrines délicates, on ramène les enfants dans Paris au faubourg Saint-Denis , puis dans deux maisons, sises l’une devant Notre-Dame, l’autre au faubourg Saint-Antoine. Ces dernières acquisitions, faites par les directeurs de l’hôpital général, appartiennent à la période administrative qui date de 1670 .
Antérieurement, les seigneurs hauts justiciers, vu les charges croissantes pour l’entretien des enfants, avaient été condamnés par le Parlement à payer quinze mille livres annuellement; nous sommes loin, comme on le voit, des 960 livres de l’arrêt de 1552. Le charité de saint Vincent avait su triompher de tous les obstacles.
§ 2. — L’ADMINISTRATION DE LA MAISON DE COUCHE DE 1670 A 1791 .
Table des matières
Jusqu’en 1670, l’administration de l’œuvre des enfants trouvés avait été laissée à l’initiative privée; pour en assurer le développement, il parut utile de la fondre en quelque sorte dans ce vaste rouage créé en 1656 et qui avait nom l’hôpital général.
L’édit du roi, de juin 1670, déclare cependant l’établissement: «l’un des hôpitaux de notre bonne ville de Paris,» pouvant «agir, contracter, vendre, aliéner, acheter, acquérir, comparoir en jugement et y procéder, recevoir toutes donations et legs universels et particuliers, et généralement faire tous les autres actes dont les hôpitaux de notre dite ville et fauxbourgs sont capables.»
Afin donc de rattacher la maison de la Couche à l’hôpital général, tout en lui laissant une vie propre, l’édit l’unit à cette administration puissante. «Ordonnons, dit le roi, que la direction dudit hôpital des enfants trouvés sera faite par les directeurs de l’hôpital général, auquel nous l’avons uni et unissons par ces présentes. Mais comme cela ne désire pas un si grand nombre de personnes , voulons que le premier président, notre procureur général en notre parlement de Paris, en prennent soin, avec quatre directeurs dudit Hôpital Général, qui seront nommés au bureau d’icelui, ainsi que les commissaires des autres maisons dudit Hôpital Général et y serviront pendant trois ans, s’il n’est trouvé à propos de les continuer... et feront pendant ce temps toutes les choses nécessaires pour ladite administration, à la réserve néanmoins des acquisitions d’immeubles ou aliénations... lesquels ne pourront être arrêtées que dans le bureau dudit Hôpital Général.»
Il devait y avoir de plus un receveur rendant ses comptes au bureau de l’hôpital général, et les dames étaient exhortées à continuer a leurs zèle et charitables soins envers les enfans».
Un arrêt du conseil d’État (21 juillet 1670) régla les bases de l’administration des directeurs conformément à l’édit de juin. La première séance eut lieu le 5 septembre 1670 «en la maison des Filles de la Charité où est la Couche des enfants trouvés vis-à-vis l’église de Notre-Dame, sur les deux heures de relevée».
S’y étaient rendus: «Mesdames la duchesse d’Aiguillon, la présidente Nicolay, d’Aligre, Jolly, Violle, Teste et Petit. De la part de l’hospital général: Messieurs Loyseau, de Mouhers, Berryer et Pinette; et M. Parent receveur.
«A esté commencée par la prière et l’invocation du Saint-Esprit et lesdites dames prirent leurs places à main droite et messieurs les directeurs à la gauche .»
La séance du 16 septembre se tint «en la maison des enfants trouvés au faubbourg Saint-Denis». Plus tard ces réunions devinrent hebdomadaires, mais les dames n’assistaient souvent qu’à l’assemblée générale qui fut] mensuelle ; deux d’entre elles se trouvaient cependant «tous les mardy et après disné au bureau desdits enfans, rue Neuf Notre-Dame.» En 1676 elles établirent à ce sujet une sorte de roulement pour ces séances du mardi .
L’édit de 1670 continua à régir l’hôpital des enfants trouvés, jusqu’en 1791. Au nombre des attributions du bureau non mentionnés dans les arrêts ou déclarations, il faut indiquer qu’en vertu du règlement général de 1742, et après entente avec le supérieur des Lazaristes, la nomination des sœurs supérieures des maisons de la Couche et de Saint-Antoine, se faisait au choix de l’administration. En effet, dit une délibération de 1782. «dans un hôpital tel que celui des enfants trouvés les fonctions de supérieure ne se bornent pas à régir simplement une communauté ; les premiers soins doivent avoir pour objet la conservation des enfants abandonnés; il s’agit de maniment d’argent, de comptabilité réglée, de correspondance avec les dames de charité et autres personnes charitables; sans compter la surveillance pour faire observer les règlements et les délibérations du bureau; enfin il faut tenir plus à la chose même de l’hôpital qu’à l’observance de règles particulières, ou du moins savoir allier les exercicees de communauté avec les règlemens hospitaliers .»
§ 3. — PROPRIÉTÉS ET REVENUS DE L’HOPITAL.
Table des matières
Un asile aussi considérable que celui des enfants trouvés nécessitait des revenus importants; ils provenaient de sources diverses: subventions royales; concessions de droits d’octroi et de loteries; réunions d’œuvres déjà existantes; dons et legs, quêtes et produits de propriétés foncières.
L’examen rapide de ces ressources permettra de se rendre compte de la fortune totale de la fondation de saint Vincent de Paul.
I
Table des matières
Subventions et concessions royales.
L’édit de 1670 portait confirmation expresse des donations antérieures, ainsi que de la part contributive mise à la charge des justiciers par les arrêts de 1667. Quatre ans plus tard, le 1er décembre 1674, le roi ayant par son édit du mois de février précédent réuni à la justice royale des Châtelets de Paris «toutes les hautes justices de l’archevêché, du chapitre de Notre-Dame et des abbayes, prieurés et chapitres dans la ville, fauxbourgs et banlieue de Paris», se chargea de l’acquittement des sommes dues de ce chef à l’hôpital des enfants trouvés, en portant la redevance à vingt mille livres, eu égard aux charges croissantes de l’établissement .
Cette libéralité maintenue jusqu’à la Révolution n’empêchait pas les dons extraordinaires dans les circonstances pressantes. Ainsi, le 9 mars 1767, comme il résultait de l’examen des états remis au contrôleur général qu’un secours de 120,000 livres était absolument nécessaire, le roi autorisa l’allocation annuelle de cette somme, indépendamment du secours de 150,000 livres déjà assigné le 1er janvier 1767 sur la caisse d’escompte et qui prit fin avec cette caisse en 1769 .
En vue de favoriser une maison d’une telle utilité, une part lui était attribuée également dans les droits perçus sur les objets entrant dans Paris.
L’arrêt du conseil (7 juin 1695) ordonne notamment qu’il sera opéré distraction au profit de l’hôpital des enfants trouvés sur l’octroi du vin (trente sols par muid), «la quatorzième partie de ce qui est touché par l’Hôtel-Dieu et la cinquième partie de ce qui est reçu pour l’hôpital général .» Au siècle suivant ces droits furent étendus à maintes reprises concurremment avec ceux établis pour l’hôpital général. Une des dernières déclarations faites dans ce sens est du mois de juin 1783 .
Un des moyens le plus fréquemment employés au siècle dernier pour constituer, en dehors des octrois, des revenus aux établissements hospitaliers, était la concession de loteries. Ce mode de subvention; qui tend à reparaître en ce moment dans des proportions désastreuses, est condamné par l’expérience et la science économique. L’argent ainsi recueilli en vue d’un gain trompeur sert pour une forte part à solder les intermédiaires; il est prélevé sur l’épargne du pauvre; en outre l’espoir d’une chance favorable, continuellement entretenue par la fréquence des tirages, détruit chez lui toute idée de travail et de prévoyance, seul véritable moyen d’améliorer son sort.
Quoi qu’il en soit, la loterie était un moyen usité et les enfants trouvés eurent la leur.
Sur la demande faite en 1717 par M. de Mesmes, premier président du parlement de Paris et l’un des chefs de l’administration de l’hôpital général, basée sur les dépenses croissantes de la maison, le Roi, de l’avis de Monseigneur le duc d’Orléans, accorda une loterie à vingt-cinq sols le billet dont on devait retirer cinq sols au profit de l’établissement «digne d’une charité et d’une attention particulières » .
Cette disposition fut ensuite modifiée avant d’avoir été exécutée et la loterie ne commença en réalité qu’au mois de mai 1721. Le billet étant fixé à 20 sols avec 15% de bénéfice pour les enfants trouvés ce qui produisait annuellement, en moyenne, plus de 240,000 livres.
Un arrêt du conseil d’Etat attribua en outre à l’hôpital les lots non reclamés .
Cette situation prospère continua jusqu’en 1755, où les abbés et chanoines réguliers de Sainte-Geneviève dont l’église menaçait ruine obtinrent du roi que les billets des trois loteries qui se tiraient alternativement chaque mois dans la ville de Paris en faveur de l’église Saint-Sulpice, des enfants trouvés et de plusieurs communautés religieuses seraient augmentés d’un cinquième et fixés à 24 sols, «pour être le produit de la moitié de cette augmentation appliqué sans déduction d’aucun frais à la reconstruction de la dite église .»
Cette mesure fut désastreuse et les recettes baissèrent dans des proportions énormes.
«Les sages et pieuses intentions de Sa Majesté (disent les administrateurs de la maison de la Couche ), pour la reconstruction d’une église précieuse aux habitants de la ville de Paris, la vénération et la confiance que ces habitants ont de tout temps eues dans la patrône de cette ville, sembloient promettre qu’ils redoubleroient leur ardeur et leur empressement à faire le fonds de ces loteries et à l’augmenter; mais le public, attentif à son interrest particulier et à ce qui peut luy être avantageux... plusieurs dès le premier mois de l’établissement de cette augmentation ont borné leur interret, d’autres ont cessé de s’interresser à ces loteries, ce qui depuis la dite augmentation des quatre sols a occasionné une diminution considérable... plus de 144,000 livres par année.»
Des palliatifs furent essayés sans succès, et en 1762 l’hôpital devait à l’abbaye de Sainte-Geneviève pour les sept années écoulées depuis l’établissement de cette augmentation une somme totale de 584,238 I. 17 s. qu’il était dans l’impossibilité de payer, la réduction des recettes coïncidant avec une augmentation du chiffre des admissions, et les administrateurs ayant appliqué cet argent au fur et mesure des besoins à la subsistance des enfants et à leur placement en nourrice dans les provinces .
L’abbaye ainsi lésée se pourvut au Conseil, qui, en présence du texte formel de la concession, ne put que rendre des arrêts ordonnant le paiement (9 décembre 1754, 20 janvier 1762), les directeurs formèrent opposition le même jour, et répandirent un mémoire exposant leur triste situation financière. Des secours royaux comblèrent en partie le déficit, ainsi que nous l’avons vu plus haut, et en 1776 la question perdit de son intérêt par la suppression de toutes les loteries et la création d’une seule dite loterie royale de France, à laquelle était unie celle précédemment accordée aux enfants trouvés . La part faite à l’hôpital, basée sur la moyenne des dix premières années et qui ne devait être alors que de 97,602 I. 5 s. 4 d., fut, sur les réclamations des directeurs, et afin de venir en aide à la maison, augmentée et portée à 140,234 1. 17 s. 8 d. .
Ces loteries occasionnaient, en dehors de la part réservée pour les lots, des frais très élevés: bureaux de placements dans les provinces, remises, etc. Au moment le plus florissant de l’institution, alors qu’elle produisait 240,000 livres par an de bénéfices, il fallait placer 1,600,000 billets à 20sols, pour obtenir cette somme; que d’argent inutilement employé, au détriment de la fortune publique et de l’épargne du peuple!
II
Table des matières
Réunions d’œuvres préexistantes.
En dehors de ces donations royales, concessions de droits d’octroi, etc., l’hôpital des enfants trouvés bénéficia de 1670 à 1791 de la cession qui lui fut faite de plusieurs établissements préexistants.
La première cession par ordre chronologique est celle des revenus de la confrérie de la Passion et Résurrection de Notre-Seigneur: confrérie autorisée primitivement par lettres patentes du roi Charles VI (décembre 1402) à faire représenter ces mystères en public dans l’église de la Trinité, mais dont le but avait complètement dégénéré. Louis XIV, «voulant pourvoir à ce que les dits biens et revenus de la dite confrairie, qui sont sans aucune destination, ne soient dissipés en des dépenses inutiles et superflues, et voulant pourvoir au contraire à ce qu’ils soient bien et duement administrés,» ordonna, par arrêt du conseil du 14 avril 1676 , que l’entière administration de ces biens serait unie à l’hôpital général «pour être employés (la charge du service divin déduite et satisfaite) à la nourriture et entretien des pauvres de l’hôpital des Enfants Trouvés».
Quatre années plus tard, l’hôpital des Enfants-Dieu (dit Enfants-Rouges), fondé par François Ier en 1536, pour recevoir principalement les enfants dont les parents étaient morts à l’Hôtel-Dieu, et autres orphelins de la ville et des villages environnants, fut uni également à la maison de la Couche (déclaration royale 20 mai 1680 ). Cet établissement subsista cependant jusqu’en 1772; il renfermait alors environ quatre-vingts pensionnaires , mais à cette époque il fut prouvé que les revenus de la maison étaient insuffisants, que depuis 1765 la dépense annuelle montait à 26,000 livres et la recette à 11,000 livres seulement, l’hôpital général devant fournir la différence; aussi les lettres patentes de mai 1772 autorisèrent-elles la translation des enfants existants, en mettant les biens à l’entière disposition des administrateurs des Enfants-Trouvés, à charge d’acquitter les fondations . Le droit de quêter pour les Enfants Rouges accordé par François Ier était néanmoins maintenu aux enfants trouvés, indépendamment de leurs anciennes quêtes particulières .
La troisième union est de l’année 1781 et s’applique aux biens de l’hôpital Saint-Jacques, avec cette clause particulière qu’au moyen de ces ressources nouvelles les administrateurs «étaient tenus d’acquérir un lieu qui par ses bâtimens et emplacemens pût être rendu propre à recevoir tous les enfants reconnus, soit par la visite et inspection, soit par les témoignages des accoucheurs et sages-femmes, pouvoir être atteints de maladies communicables... .»
III
Table des matières
Fondations et aumônes.
Jusqu’ici nous n’avons parlé que des concessions de l’autorité royale; il faut examiner les actes dus à la charité privée en faveur des pauvres trouvés.
A l’origine, nous voyons les dames fondatrices de la maison de la Couche fournir généreusement à tous les besoins; l’établissement du faubourg Saint-Antoine est acheté, agrandi avec ces libéralités.
La première bienfaitrice est Mme d’Aligre; «puis S. A. S. Mme la princesse de Condé eut la charité en 1709, M. Rousseau directeur général des monnoyes de France en 1718, et successivement plusieurs autres personnes de piété, de faire construire à leurs dépens les bâtiments qui forment les deux ailes, au moyen de quoi la maison pouvait contenir 6 à 700 enfans..» Plus tard, en 1758, «une personne de considération,» qui ne voulut jamais être nommée, proposa au bureau d’élever deux pavillons nouveaux, l’un pour les garçons, l’autre pour les filles . Cette pieuse personne paya non seulement toutes les dépenses de construction, mais encore celles des lits et des meubles nécessaires.
Voici maintenant quelques libéralités relevées au hasard dans les procès-verbaux et intéressantes par leur importance ou leur origine.
Le 26 janvier 1671, Mme Jolly apporte au bureau vingt louis d’or de «l’Aumosne du Roy».
En 1673, Mme Amyot donne la somme nécessaire pour l’élévation des fonts baptismaux de la chapelle.
Le 10 septembre 1674, Mme de Guisse (sic) envoye«deux louis d’or pour faire prier Dieu pour monsieur d’Alençon lequel est malade».
Le père Edmond Boutonné, de l’Oratoire de Gesù, donne deux mille livres, à condition qu’on lui servira une rente viagère de 153 livres (14 février 1674 ).
Mme Faverolles offre cent louis d’or, valant 1,100 livres, à charge de faire dire une messe pour le repos de l’âme de frère Faverolles, son fils, religieux profès à la Trappe (9 mars 1678).
Mme de Fromon fait envoyer au bureau soixante louis d’or, «provenant de la queste faitte en la cour, à Pasques, par les soins de Mme de Maintenon» (20 may 1693).
Pierre Petit, enfant trouvé, décédé à la Charité, laisse à la maison où il avait été élevé ses habits, linges, hardes et 170 livres 10 sous 23 deniers (18 novembre 1693).
Le 10 avril 1720 on trouve dans un des troncs de l’église Notre-Dame un paquet cacheté contenant cinq billets de banque de mille livres chacun, «et estait escrit sur le papier servant d’enveloppe que l’intention de celuy qui donne ces billets est que messieurs les administrateurs en fassent apprendre des métiers aux enfants, et que l’on fasse dire 50 messes pour demander que le bon Dieu luy fasse miséricorde ».
Le 16 février 1751, M. le marquis de Delassay fait don d’une somme de 100,000 livres. Deux ans plus tard M. Delahaye lègue 50,000 livres, moitié à l’hôpital général, moitié aux enfants trouvés (4 décembre 1753).
Un habitant de Saint-Domingue, paroisse du fort Dauphin, nommé Carcallier, comprend l’hôpital dans son testament pour 30,000 livres (10 juin 1755). En 1760 (1er juillet) on constate qu’après transaction avec les héritiers de M. de Bauve il reste du legs fait par ce bienfaiteur 304,077 liv. 15 sols 7 deniers. Un sieur Martinet, chirurgien en chef de l’hôpital général, donne 12,000 livres (10 juin 1760). Enfin le 1er octobre 1781 on trouve mention de la rentrée d’une souscription relative à la publication de la musique posthume de Rousseau, l’éditeur ayant contracté l’engagement vis-à-vis du public d’appeler les enfants trouvés à profiter du bénéfice qui en résulterait.
Indépendamment de ces dons, les troncs placés dans les églises et les quêtes rapportaient des sommes assez élevées .
Dès l’année 1670 des troncs étaient mis en effet avec l’assentiment de l’archevêque dans les principales églises , et l’on continua pendant tout le XVIIIe siècle à placer dans berceau de la cathédrale, ainsi que nous l’avons vu plus haut, des enfants destinés à solliciter par leur présence la charité des fidèles . La quête ainsi faite le dimanche de la Passion de cette même années 1671 produisit 59 liv. 17 sols . En 1672 les quêtes de toute la semaine sainte fournirent 659 I. 2 s. .
Il est intéressant de noter que, lors de la réunion des justices seigneuriales àla justice royale des Chatelets (1674), les doyen et chapitre de Notre-Dame devaient un reliquat de 4,500 1. sur leur contribution annuelle; il fut décidé par transaction que remise était faite de cette somme à condition qu’ils laisseraient établir «deux troncs nouveaux dans le milieu de la nef de leur église, l’un pour l’hôpital et l’autre pour celui des dits enfants trouvés, outre les cinq qui sont dans la dite église avec la couche» .
La maison des enfants trouvés était aussi chargée de fondations nombreuses avec destination spéciale. Nous trouvons d’abord le legs de M. Belin, trésorier de France, fait en 1697 et consistant en une rente de 550 1. assignée sur la ferme des postes «pour être employée à dotter les filles et les garçons de l’hôpital des enfans trouvez qui se trouveront en état de passer dans le mariage .»
Dès l’année 1720 cette rente se trouvait déjà réduite a 1821. 13 s. .
En 1697 M. Jacques le Beuf, conseiller du roy, receveur général et payeur des rentes sur le clergé, donna par contrat «200 1. de revenu sur la ville, en principal au denier vingt de 40001., à la charge que les arrérages seraient employés annuellement à mettre en métier deux enfans» choisis par lui ou ses héritiers .
Dans le même ordre d’idées on voit des fondations dues à l’abbé Valôt (1709), Jean-Baptiste Buchère écuyer conseiller secrétaire du roy (1717) , Me Delusancy prêtre chanoine de l’Eglise de Paris (1756) .
D’un autre côté M. Etienne Braquet, avocat et directeur de l’hôpital général, avait légué aux enfants trouvés le quart de sa fortune, en obligeant les administrateurs à répartir chaque année 1500 I. «entre dix pauvres étudiants pour les élever daus les études et les rendre capables de servir l’Eglise ».
IV
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Revenus immobiliers.
La maison des enfants trouvés possédait enfin des revenus de propriétés foncières; une seule de ces propriétés mérite notre attention; elle provenait de la confrairie de la Passion et est indiquée dans l’arrêt du 14 avril 1676, sous le titre de «place et masure de l’hôtel de Bourgogne » ; on y représentaient les mystères dès l’année 1548.
En 1716 la troupe italienne rétablie par ordonnance du roi (18 mai) sous le nom de «nouvelle troupe des comédiens italiens de Monseigneur le duc d’Orléans », loua cette maison par bail passé devant Me Dutartre notaire le 9 août 1717, moyennant le prix annuel de 30001. pour une durée de 9 ans de jouissance à compter du 1er juin 1716 . Dix ans plus tard, les comédiens s’étant acquittés assez inexactement de leurs loyers, les administrateurs décident de commencer des poursuites contre eux . Le receveur est chargé de les voir «dans la huitaine pour savoir s’ils s’arrangent pour le payement, et en cas qu’ils ne donnent pas de paroles positives pour donner de l’argent sera passé outre à l’exécution.» Le 21 février les comédiens comparaissent au bureau ; il est constaté que le total de la dette s’élève au 31 décembre 1727 à la somme totale de 34,750 1. sur laquelle il a été payé 30,250 1. «sur quoy ils promettent payer 15001. à la clôture de la dite comédie qui arrivera le dimanche de la Passion, ensemble les frais du bail et commandement fait en conséquence, et les autres 30001. dans le courant de l’année.» Le bureau se tient pour satisfait et le 3 avril suivant il agite la question de savoir s’il est opportun de convoquer à nouveau les comédiens italiens pour leur demander de passer un nouveau bail; mais un membre fait observer qu’ils pourraient demander des réductions «et qu’il seroit plus avantageux de les laisser jouir par tacite reconduction .»
Au mois de septembre 1751 ces locataires sollicitent l’autorisation de percer une porte dans le mur mitoyen, vu que, pour faciliter leurs représentations, ils ont loué une petite maison contiguë appartenant à M. Parent, conseiller au Parlement. Passée cette époque, les procès-verbaux ne parlent plus de cette location; ils ne contiennent pas non plus un état des propriétés appartenant à l’établissement des enfants trouvés , qui, toujours à bout de ressources, en cherchait une dans la faible rétribution allouée aux enfants conduits aux enterrements.
Il était d’usage alors de faire accompagner les convois par des orphelins appartenant à diverses œuvres, et les trois maisons de la Couche, du faubourg Saint-Antoine et des Enfants-Rouges fournissaient un large contingent sous ce rapport. On demandait en 1690 cinq sols par enfant et vers la fin du XVIIe siècle ce droit rapportait environ 40 livres par semaine .
C’était évidemment une pensée pieuse mêlée d’un peu de vanité qui avait donné naissance à cet usage; des parents désiraient entourer celui qui venait de mourir d’âmes innocentes pouvant prier pour lui; d’autres y voyaient une pompe nouvelle au cortège funèbre; quoi qu’il en soit, cette coutume ne pouvait être que déplorable pour les enfants; aussi en 1754 un administrateur, M. Ravault, obtint-il la suppression de l’envoi des Enfants-Rouges; les raisons excellentes qu’il donne à l’appui de sa proposition font regretter que la pénurie de la maison de la Couche ne permît pas de prendre à cet égard une mesure générale. «Nonobstant les soins et les attentions des maîtres, dit-il, les enfans n’apprennent que très imparfaitement à lire et à écrire, vu qu’yls sont continuellement dissipés soit par les convoys soit par les récréations.»
De plus les enfants étaient exposés à gagner des maladies par la fatigue et la chaleur, en revenant des convois, surtout des paroisses très éloignées, et pendant les mauvais temps .
Telles étaient d’une manière générale les ressources de l’œuvre des enfants trouvés à Paris. On pourrait les croire suffisantes au premier abord; mais, ainsi que nous le verrons, le chiffre des enfants admis grossissant d’année en année les dépenses dépassaient toujours les recettes, et cette situation dura jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les provinces environnantes formant un réservoir inépuisable de pauvres petits êtres que l’on amenait dans la capitale pour les mettre à la charge de la charité parisienne.
Il fallait donc constamment que l’hôpital général vint avec ses propres revenus combler le déficit, en prenant les enfants au retour des placements ou en fournissant directement les sommes dues pour mois de nourrice. Dans la séance du 3 mai. 1712 les administrateurs de l’hôpital général constatent qu’ils avaient déjà fourni de ce chef 288,000 livres. Ces sacrifices étaient continuels en raison de cet envahissement d’enfants étrangers à Paris, et même à l’Ile-de-France
CHAPITRE II
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HISTOIRE DE LA MAISON DE LA COUCHE A PARIS.
ADMISSION ET MISE EN NOURRICE DES ENFANTS TROUVÉS.
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Nous avons vu dans le chapitre précédent qu’au XVIe siècle les enfants trouvés étaient recueillis par les commissaires du Châtelet ou à leur défaut par la femme chargée de la maison du port Saint-Landry; lors de la constitution de la Couche, le même mode d’admission fut suivi et tous les enfants envoyés dans cet établissement, en vertu de procès-verbaux des commissaires enquêteurs. Le plus ancien procès-verbal conservé dans les archives de l’hospice des enfants assistés est ainsi conçu:
«L’an mil six cent trente neuf le lundy septiesme jour de novembre dix heures du matin, nous Jacques Autruy, commissaire et examinateur au chastelet de Paris, sur l’advis a nous donné par Pierre Auger, marchand de bled demeurant rue Mortellerie, sommes transporté en sa maison scise rue Mortellerie, dans l’allée de laquelle aurions trouvé un petit enffant nouveau nay exposé dans ces langes et linceux que nous aurions faict lever par Catherine Pasquier et développer dans la maison dudit Auger; aurions trouvé dans son lange un billet cy attaché contenant ses mots: à la requeste de Berthelemye Jolly, fille à marier, soit offert à Pierre Auger, marchand de bled, l’enfant procréé de ses œuvres et de ladite Jolly, baptisé sous le nom de Nicolle Auger sur les fondz de l’église Saint-Paul, comme appert par l’extrait du baptistaire du vingtiesme jour d’octobre dernier, et ycelle faire instruire et élever en la foix catholique, apostolique et romaine; et ouï le dit Auger sur ce que dessus, après serment par lui fait, en tel cas requis et acoustumé, a dit que la dicte Berthelemie Jolly a cy devant esté à son service et qu’il y a quatre mois qu’il l’a mis hors de sa maison sur ce qu’il descouvroit quelle estoit de mauvaise vie, laquelle depuis l’a calomnieusement accusé par devant M. le lieutenant criminel d’avoir eu affaire a elle et d’estre enceinte de son fait et œuvre et pour c’est effet fait instance par devant ledit sieur lieutenant criminel, ou ledit Auger auroit été ouy et fait ses poursuittes à l’encontre d’elle pour avoir sa réparation; ce qu’il proteste d’abondant pour l’affront et le scandai que ladite Joly lui a fait d’avoir envoyé exposer ledit enfant dans l’allée de sa maison pendant son absence. Lequel enfant, qui est une petite fille, avons à l’instant fait porter à la Couche jusqu’a ce qu’il soit par nous plus amplement informé, et ordonné par monsieur le lieutenant criminel de ladite exposition. Et a signé en notre minutte.»
Une fois prévenu de l’abandon d’un enfant, le commissaire se transportait donc de sa personne et procédait à la levée. «Nous nous sommes transporté en une maison sise rue Saint-Antoine, dit un autre procès-verbal, où est demeurant M. Joly, bourgeois de Paris, en l’allée de laquelle nous avons trouvé un petit enfant nouveau-né exposé dans ses langes que nous avons fait développer dans la chambre du dit sieur Joly .» Souvent en hiver on trouve cette mention: «démailloté devant le feu». Généralement cette opération avait lieu dans la cuisine de la maison.
Il est pris note en marge de ces pièces, des sommes payées pour le transport à la Couche (10 sols, 16 sols, 20 sols, suivant la distance).
En dehors de cette source d’admission, on envoyait aux trouvés des enfants nés à l’hôtel-Dieu et dans les lieux de force de la Salpêtrière .
Voici un procès-verbal relatant une translation faite par le premier de ces établissements. «Les administrateurs de l’hostel Dieu de cette ville de Paris députés pour avoir soin des enfans dont les mères meurent dans iceluy, prient mesdames de la charité de faire recepvoir le nommé Charles Hochaut, natif de Montmorency, fils de... et de Michelle Calais, qui est entrée malade au dit hostel-Dieu le 28 avril dernier (1658) et, où le dit Charles Hochaut son fils lui a esté apporté de Lime, proche de La Rocheguyon, le 3 may dessuivant et des suites de la dicte Michelle Calais est deceddée au dit hostel-Dieu ce jourd’huy, ainsy que de tout appert par le certificat y attaché ; fait à l’hostel-Dieu le premier de juin 1658.»
Ces envois étaient si fréquents que les dames de charité élevèrent des difficultés à ce sujet, et refusèrent en 1668 de recevoir ces orphelins .
Le lieutenant criminel donnait aussi des autorisations de transfert à la Couche; le bureau proteste même le 23 mai 1671 contre la fréquence de ces envois .
Quelquefois on trouvait avec l’enfant un billet destiné à faciliter sa reconnaissance ultérieure par ses parents ; ces feuilles indiquant les noms et prénoms de l’enfant et l’espoir de le reprendre un jour se multiplient vers 1680. A partir de 1740, les billets trouvés avec les enfants sont pour ainsi dire la règle, et les procès-verbaux des commissaires portent cette mention imprimée: «dans les langes duquel s’est trouvé un billet que nous avons paraphé ne varietur et joint au présent.»
Généralement les enfants sont exposés dans des lieux fréquentés, à la porte d’églises, d’hôtels, de couvents; en 1717, nous trouvons un procès-verbal relatant un abandon entouré de précautions particulières.
«De l’ordonnance de nous Nicolas Delamare, conseiller du roy, commissaire au Chastelet, a esté levé un garçon nouvellement né, trouvé exposé et abandonné dans une boette de bois de sapin, exposé dans le parvis Notre-Dame, sur les marches de l’église de Saint-Jean-le-Rond, lequel nous avons à l’instant fait porter à la Couche des enfans trouvez pour y estre nouri et allaité en la manière accoutumée. Fait et délivré le seize novembre mil sept cent dix-sept, six heures du soir. Signé : Delamare.»
Cet enfant, baptisé le 17 novembre, et appelé Jean le Rond, est connu dans l’histoire sous le nom de D’ALEMBERT .
Ces mots de l’ordonnance marquent une certaine modification dans la rédaction des procès-verbaux. Voici en effet ce qui s’était passé. Primitivement, alors que l’on comptait quelques admissions seulement, les commissaires pouvaient procéder eux-mêmes à la levée des enfants, et les procès-verbaux sont tous minutés à la main, sur papier timbré à 1 sol, 8 deniers, 6 deniers, suivant le format. Plus tard, vers 1680, le chiffre des admissions augmentant, on trouve des procès-verbaux dont le texte est rédigé d’avance, les blancs restant seuls à remplir. Enfin en 1683, apparaissent les formules imprimées, et en 1700 ces actes cessent d’être faits sur timbre.
Il y a des modèles préparés pour les divers modes de réception , et les envois de l’Hôtel-Dieu sont toujours assez nombreux pour nécessiter des imprimés spéciaux; l’hôpital général seul fait porter directement, comme par le passé, les enfants provenant de la Salpêtrière.
Enfin les commissaires se trouvant dans l’impossibilité de se rendre par eux-mêmes aux endroits où les enfants étaient déposés, alors qu’il y avait quelquefois, comme en 1762, 15, 20 et même 30 abandons dans une nuit , délèguent un agent à cet effet, font apporter l’enfant à leur hôtel, et libellent le procès-verbal en mettant: «De l’ordonnance de nous...»
Ces formules, qui commencent dès 1701, après s’être confondues pendant plus de 30 ans, dans les liasses avec les procès-verbaux mentionnant la levée de l’enfant, deviennent peu à peu la majorité, et on peut affirmer qu’en 1736 les commissaires ne se dérangent plus.
En outre, vers cette époque, les personnes qui ont trouvé un enfant, l’apportent habituellement à l’hôtel du commissaire de leur quartier.
A l’origine, tous les enfants étaient donc exposés dans le sens réel du mot, sauf quelques-uns abandonnés chez des sages-femmes à la suite de manœuvres frauduleuses , et ceux provenant de l’Hôtel-Dieu, de l’hôpital général ou envoyés par le lieutenant criminel.
C’est seulement au milieu du XVIIIe siècle que se généralisent les abandons directs par les nourrices, les sages-femmes ou les parents.
Les procureurs fiscaux se mêlaient également d’envoyer des enfants à la maison de la Couche, car cette augmentation rapide du chiffre des admissions provient uniquement, on ne saurait trop le redire, de la tendance de plus en plus marquée de la province à se décharger sur Paris du soin de ces pauvres petits.
Le 22 novembre 1725, on voit le procureur fiscal de Vaugirard recevoir des mains de sa grand’mère et envoyer à la Couche un enfant légitime, dont les parents ont disparu. Le 12 juin 1747 une sage-femme jurée porte un enfant chez le commissaire de police du baillage roïal de Versailles, avec l’extrait de baptême, requérant son admission aux enfants trouvés. Le commissaire admet l’enfant et le fait porter à Paris par une garde-malade.
Le commissaire de cette ville envoie un enfant légitime (1755), «parce que la mère est dans une situation triste et hors d’état de nourrir le dit enfant, suivant qu’il est énoncé au certificat de M. le curé de la paroisse de Notre-Dame de Versailles».
Le 30 novembre 1754 le lieutenant juge ordinaire civil criminel et de police de la prevosté du comté de Villepreux reçoit un enfant naturel qui lui est apporté par ses grands parents, déclarant que leur fille ne peut l’élever.
Paris suivit naturellement ce mouvement et les sages-femmes prirent l’habitude de se rendre à l’hôtel des commissaires enquêteurs sans faire aucun mystère du nom des parents.
Ce sont des fils d’artisans, de bourgeois, d’un tailleur d’habits, d’un gendarme de la garde du roy, etc... Depuis 1774 les apports par les voituriers, les sages-femmes , deviennent la règle; on voit enfin des parents effectuer eux-mêmes l’abandon de leurs enfants.
Le système primitif d’exposition est décidément transformé et le délaissement dans les rues n’est plus qu’une exception.
Les derniers procès-verbaux d’admission rédigés par les commissaires enquêteurs au Châtelet sont de l’année 1790; mais les commissaires de police prennent leur place sans modifier en rien le mode d’admission, qui avait mis ainsi plus de 100 ans, depuis la fondation de la Couche, pour s’établir et passer complètement dans les mœurs.
Il faut remarquer cependant que jamais avant 1791 un enfant ne fut reçu dans cet établissement des mains d’un particulier sans un procès-verbal dressé par l’autorité compétente, et que le tour resta toujours une institution absolument inconnue à Paris avant le XIXe siècle. A partir de 1795 on n’exige plus qu’un acte de naissance .
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