Kitabı oku: «Étude physiologique sur l'action des poisons»

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Louis Félix Henneguy

Étude physiologique sur l'action des poisons


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066321130

Table des matières

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

ANESTHÉSIQUES

OPIUM ET SES ALCALOÏDES

CAMPHRE, ESSENCES, ANILINE

ACIDE CYANHYDRIQUE

PICROTOXINE

STRYCHNINE

CURARE

NICOTINE

ÉSÉRINE

CONICINE

CAFÉINE

SELS D’ARGENT

ACONITINE

DELPHINE

CYNOGLOSSE. — IF. — Psoralea bituminosa

DIGITALINE

SOLANÉES VIREUSES

VENINS

COLCHICINE

VÉRATRINE

SULFOCYANURE DE POTASSIUM

SELS MÉTALLIQUES

ANAGYRE FÉTIDE

POISONS CARDIAQUES. — POISON DES MOÏ

DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CONCLUSIONS

INTRODUCTION

Table des matières

Le nombre des substances toxiques connues est déjà considérable, et ce nombre s’accroît de jour en jour. Ces substances toxiques sont d’origine minérale, végétale ou animale. On réservait autrefois le nom de poison aux substances délétères minérales et végétales, pour donnner celui de venin et de virus aux produits nuisibles d’origine animale. Depuis longtemps cependant on distingue les venins des virus: leur mode d’action les sépare nettement. Comme les poisons minéraux et végétaux, les venins agissent immédiatement après leur inoculation, et leurs effets sont proportionnels à la quantité absorbée; les virus ont une période d’incubation plus ou moins longue, et agissent de la même manière, qu’ils aient été absorbés en petite ou en grande quantité. De plus, les venins diffèrent encore des virus par leurs propriétés physiques et chimiques, qui les rapprochent au contraire, comme nous le verrons, des autres poisons. Nous regarderons donc comme substance toxique toute substance absorbable qui, introduite dans l’économie animale, peut amener la mort en modifiant le fonctionnement des organes.

Les premières classifications des substances toxiques reposèrent sur l’origine de ces substances: telles sont celles de Pleuck ( 1785) et de Mahon ( 1801 ). Fodéré, le premier, tint compte de l’action des poisons sur l’organisme et les répartit en six classes: les septiques, les stupéfiants ou narcotiques, les narcotico âcres, les âcres ou rubéfiants, les corrosifs et les astringents. Orfila, Christison, Galtier, ne firent que modifier la classification de Fodéré.

M. Tardieu, tout en ne considérant les poisons qu’au point de vue pratique, c’est-à-dire sous le rapport des empoisonnements qu’ils peuvent causer chez l’homme, établit cependant une division des substances toxiques en se basant sur l’ensemble des symptômes dominants observés dans chaque empoisonnement. Ainsi il admet des poisons irritants et corrosifs, des poisons hyposthénisants, des poisons stupéfiants, des poisons narcotiques et des poisons névrosthéniques.

Les expériences de Magendie, d’Orfila, de M. CI. Bernard, ayant ouvert une voie nouvelle à la toxicologie expérimentale, on analysa avec plus de soin qu’on ne l’avait fait jusqu’alors le mode d’action sur l’organisme, et l’on essaya de diviser les substances toxiques d’après leur action sur tel ou tel système organique. Le premier essai de ce genre est dû à Taylor. Cet auteur anglais admet deux classes de poisons:



M. Rabuteau, dans son Traité de toxicologie, se basant sur le même principe que Taylor, établit cinq classes de poisons:


La classification de M. Rabuteau est très-séduisante au premier abord, par sa simplicité et sa rationalité ; mais, si l’on vient à prendre, chacun en particulier, les poisons qui forment ses diverses classes, on s’aperçoit bientôt qu’il y en a un grand nombre qui devraient figurer dans plusieurs classes à la fois, et d’autres qui sont dans une division à laquelle ils ne devraient pas appartenir. Ainsi M. Rabuteau range les sels d’argent parmi les poisons hématiques. Or M. le professeur Rouget a démontré, par une série d’expériences faites sur un grand nombre d’animaux appartenant à diverses espèces, que ce qui a induit M. Rabuteau en erreur, c’est qu’il n’a expérimenté que sur des chiens auxquels il injectait la substance toxique dans les veines: la mort peut être dans ce cas foudroyante, par suite des troubles apportés à la circulation, dus à une altération du sang. Il en est tout autrement quand le poison pénètre dans l’organisme par les voies normales d’absorption; les symptômes observés alors sont la conséquence directe de l’intoxication sur les éléments des centres nerveux encéphalo-rachidiens, compliquée, dans quelques cas, de l’intoxication des éléments musculaires de la vie animale

Ce que nous venons de dire à propos des sels d’argent est vrai pour un grand nombre de substances toxiques dont l’action n’est ni aussi simple, ni aussi limitée à tel ou tel système, que l’admettent un grand nombre d’expérimentateurs modernes. C’est ainsi que M. Cl. Bernard a dit encore dernièrement, en parlant des poisons: «Ils peuvent nous servir comme de véritables bistouris, avec lesquels nous allons atteindre tel ou tel élément anatomique, de façon à pouvoir bien constater les troubles que cette unique lésion amène dans l’harmonie de l’organisme général . «Nous trouvons aussi la même idée dans ses Leçons de pathologie expérimentale: «Les poisons n’agissent primitivement que sur certains éléments histologiques spéciaux, même dans le cas où ils paraissent produire un trouble général de toute l’économie. C’est ainsi que la strychnine localise son action sur les nerfs sensitifs, à l’exclusion de tous les autres appareils nerveux; d’un autre côté, le curare concentre son activité sur les nerfs moteurs.»

Le travail que nous avons entrepris a pour but de montrer que l’action des substances toxiques est, au contraire, beaucoup plus complexe que ne le pensent certains physiologistes, et de plus que cette action porte généralement, d’une manière plus spéciale, sur le système le plus important, qui tient, chez les animaux supérieurs, toutes les fonctions sous sa dépendance: le système nerveux central.

Nous n’avons pas eu la prétention de faire une étude complète de toutes les substances toxiques. Il est d’abord toute une classe de poisons dont nous ne nous sommes pas occupés: ce sont les poisons irritants ou corrosifs. Ces substances ont en effet une action, pour ainsi dire, purement mécanique; ils amènent la mort, par suite du retentissement sur tout l’organisme des lésions traumatiques qu’ils produisent: brûlures, inflammation plus ou moins violente du tube digestif, des voies respiratoires, etc. Parmi les autres poisons, nous avons pris dans chaque classe admise par les toxicologistes une ou plusieurs substances types, que nous avons étudiées au point de vue de leurs propriétés physiologiques.

Pour un grand nombre d’entre elles, nous avons cherché à établir par nous-même leur mode d’action sur les différents systèmes de l’économie, et principalement sur le système nerveux central.

On pourra nous reprocher d’avoir fait nos expériences presque exclusivement sur des grenouilles, et de n’avoir employé qu’exceptionnellement des mammifères. Nous avons choisi la grenouille, parce que c’est un animal à sang froid, présentant par conséquent, pour l’expérimentation physiologique, des avantages considérables. Chez ces animaux, en effet, les phénomènes vitaux sont très-lents et résistent aux perturbations qu’on peut leur apporter: une grenouille résiste à des opérations considérables, telles que ligature du cœur ou de toute autre partie du corps, ablation du bulbe, etc., qui chez les vertébrés supérieurs amènent une mort immédiate, et ses tissus conservent leurs propriétés longtemps après la mort. De plus, au point de vue qui nous intéresse, la grenouille a encore l’avantage d’être en général très-sensible à l’action des poisons, et, la marche de l’intoxication étant relativement très-lente, permet d’analyser les différents phénomènes produits sous l’influence d’une substance toxique.

Un toxicologiste, au contraire, qui étudie les poisons au point de vue pratique, médico-légal, doit expérimenter ces substances sur des animaux aussi près que possible de l’homme. Les symptômes et les lésions qu’il observe chez des chiens, avec un poison donné, lui feront reconnaître la nature de ce poison quand il retrouvera ces mêmes symptômes et ces lésions chez l’homme. Mais tel n’était pas notre but, puisque nous nous sommes proposé d’étudier seulement l’action physiologique des substances toxiques.

Nos expériences ont été nombreuses et variées; nous n’en avons cependant rapporté qu’un petit nombre, pour ne pas allonger inutilement ce travail. Celles qui ne faisaient que confirmer des faits déjà reconnus par d’autres expérimentateurs ont été négligées, et nous n’avons mentionné que celles qui nous ont paru nécessaires pour établir des faits contestés ou ignorés. Nous avons, du reste, mis largement à contribution les travaux qui ont été faits depuis le commencement de ce siècle, et qui ont fait accomplir de si rapides progrès à la connaissance des propriétés physiologiques des poisons.

Notre travail se compose de deux parties. La première comprend l’étude d’un certain nombre de substances toxiques, prises, comme nous l’avons déjà dit, dans les différentes classes admises par les auteurs. Pour chacun de ces poisons, nous cherchons à établir, par des preuves tirées des symptômes observés chez l’homme et les animaux, et des expériences faites par nos devanciers et par nous-même, que son action principale porte généralement sur le système nerveux, puis sur les autres systèmes de l’économie. Nous avons insisté sur les substances dont l’action sur le système nerveux central est controversée, et particulièrement sur la strychnine et le curare.

L’ordre dans lequel nous passons en revue ces différentes substances toxiques n’est pas complètement arbitraire. Nous commençons par les poisons qui agissent presque exclusivement sur les centres nerveux, et dont l’action sur les autres systèmes est très-peu marquée; puis viennent les poisons qui atteignent les centres et les appareils nerveux périphériques; enfin ceux qui altèrent les fonctions des systèmes nerveux central et périphérique, et du système musculaire. Parmi ces derniers, nous étudions d’abord les poisons dont l’action sur le système musculaire est peu énergique, pour terminer par ceux qui paraissent n’atteindre que ce système, et principalement le muscle cardiaque.

Dans la seconde partie, nous considérons la marche générale des empoisonnements, puis les troubles apportés aux fonctions du système nerveux par l’introduction des substances toxiques dans l’économie; nous passons très rapidement sur l’action de ces mêmes substances sur les autres systèmes de l’organisme. Après avoir dit un mot de l’absorption des poisons, nous consacrons un chapitre spécial à la recherche, dans la structure même des tissus nerveux, des causes qui peuvent expliquer l’électivité des poisons pour le système nerveux. Enfin nous terminons notre travail en essayant de démontrer qu’il est à peu près impossible de faire une bonne classification des poisons.

Si j’ai pu recueillir un certain nombre de faits nouveaux, et donner par là quelque intérêt au travail que je présente aujourd’ hui, c’est à M. le professeur Rouget que je le dois. Après avoir eu la bonne fortune d’être admis à travailler dans le laboratoire de chimie de la Faculté des sciences de Montpellier, sous la bienveillante direction de M. le professeur Chancel, doyen de cette Faculté, j’ai eu l’inestimable avantage d’être attaché pendant quatre ans, comme aide physiologiste, au laboratoire des Hautes Études pratiques dirigé par M. Rou get, professeur de physiologie à la Faculté de médecine. Peut-être n’appartient-il pas à un débutant de faire l’éloge de l’homme éminent qui, par ses incessantes recherches et ses remarquables découvertes, s’est fait une place si importantes dans la science. Trop heureux l’élève, si, en prouvant qu’il a profité des leçons du maître, il peut porter ainsi témoignage de la valeur de son enseignement! Mais, en dehors et au-dessus de la dette intellectuelle, il y a une dette de cœur que j’ai contractée pour tant de sollicitude et d’affection. C’est surtout cette dette que je m’empresse de reconnaître; d’autant plus que, quels que soient ma gratitude et mon dévouement, je ne croirai jamais m’être acquitté envers M. le professeur Rouget.

Je tiens aussi à remercier publiquement mes amis Alfred Faure et G. Assaki, pour le précieux concours qu’ils m’ont prêté, en m’aidant dans mes recherches et pour la traduction des ouvrages étrangers.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

ÉTUDE DES PRINCIPAUX POISONS
ANESTHÉSIQUES

Table des matières

Tous les physiologistes ont reconnu depuis longtemps que les substances rangées sous les noms d’anesthésiques, éther, chloroforme, protoxyde d’azote, amylène, chloral, etc., l’opium et ses dérivés, sont des poisons des centres nerveux. Nous ne nous arrêterons pas longtemps sur cette classe de poisons, dont l’action n’est contestée par personne; nous voulons seulement indiquer ici la marche de l’empoisonnement par les principaux anesthésiques, pour rapprocher les symptômes observés de ceux qui se présentent dans d’autres intoxications.

L’éther, employé déjà vers 1845 pour produire l’anesthésie chirurgicale, ne fut étudié au point de vue de ses propriétés physiologiques que par Flourens et par Longet , quelques années plus tard. Ce dernier physiologiste établit que, chez les animaux éthérisés, les hémisphères cérébraux sont d’abord influencés, puis il y a suspension absolue et momentanée de la sensibilité, aussi bien dans toutes les parties ordinairement sensibles de l’axe cérébro-spinal (portions postérieures de la protubérance, du bulbe et de la moelle épinière) que dans les cordons nerveux eux-mêmes. Il s’ensuit que le pouvoir réflexe de la moelle épinière et de la moelle allongée est également suspendu. Les centres sensitifs ne sont pas les seuls dont les fonctions soient suspendues: avec l’éthérisation des hémisphères cérébraux disparaissent les mouvements volontaires, bien que les cordons antérieurs de la moelle et les nerfs moteurs soient directement excitables par l’électricité. Cependant Longet a constaté que les nerfs moteurs et les muscles, chez un animal qui succombe à l’action de l’éther, perdent plus rapidement leurs propriétés que chez un animal tué par la section du bulbe.

En résumé, les hémisphères cérébraux sont les premiers atteints par l’éther, puis la protubérance annulaire, la moelle et le bulbe, comme simples agents de transmission des mouvements et de la sensibilité ; la moelle et le bulbe, comme centres réflexes, et enfin le bulbe, comme centre respiratoire. C’est lorsque le centre respiratoire est atteint que la mort survient par asphyxie, chez les animaux supérieurs.

En recherchant l’action de l’éther sur les nerfs mixtes, Longet a vu qu’un nerf mis à nu, et soumis à l’action de l’éther, devient insensible dans le point directement éthérisé et dans tous ceux qui sont au-dessous, mais peut conserver son excitabilité et même sa faculté motrice volontaire.

Dans l’anesthésie produite par l’éther et le chloroforme (nous ne nous occuperons ici que de ces deux anesthésiques), on observe trois périodes: une période d’excitation, une période d’insensibilité et une période de résolution.

La période d’excitation, qui peut manquer quand les inhalalations se font très-lentement, est attribuée par M. P. Bert à l’action irritante que le chloroforme et l’éther exercent sur les premières voies respiratoires; elle peut être évitée, d’après lui, en faisant pénétrer les vapeurs de cli loroforme par une ouverture pratiquée à la trachée. Cette période d’excitation, due à une action toute locale sur la muqueuse laryngienne, s’observe tout à fait au début de la chloroformisation; elle est caractérisée par des convulsions respiratoires, qui peuvent être quelquefois assez fort es pour amener la mort. Mais, cette première période passée, il est un fait bien connu de tous ceux qui ont vu anesthésier des individus dans un but chirurgical, et qui prouve qu’il existe un autre genre d’excitation, due à une action de l’agent anesthésique sur les centres nerveux. Ce fait est le suivant: des malades très-dociles, qui respirent très-facilement le chloroforme depuis quelques minutes, se mettent tout à coup à exécuter des mouvements violents et désordonnés, de sorte que plusieurs aides sont nécessaires pour les maintenir; ils prononcent des paroles incohérentes, preuve évidente que les hémisphères cérébraux sont déjà atteints; leur figure: prend un air d’étonnement et quelquefois de terreur, et bien souvent la sensibilité est déjà émoussée.

Cet état peut durer un temps assez long, surtout chez les alcooliques; mais généralement, après quelques inhalations de chloroforme, le calme se rétablit, la face reprend son aspect normal, la pupille se dilate, la sensibilité finit par disparaître: c’est la deuxième période de l’anesthésie. Chez les carnivores, chiens et chats, l’excitation peut se prolonger, alors que la sensibilité a à peu près disparu: l’animal, si c’est un chien, aboie, remue la queue, les pattes; la pupille est considérablement dilatée; et, abandonné à lui-même, il marche en titubant. Cette excitation est évidemment analogue à celle qui s’observe si souvent au début des empoisonnements par l’opium.

La troisième période, période de résolution, est celle dans laquelle la circulation est très-ralentie, l’insensibilité et la cessation des mouvements complètes. Si les inhalations de chloroforme sont continuées, la respiration finit par s’arrêter tout à fait; les battements du cœur cessent, et la mort arrive brusquement.

Voici maintenant comment M. Cl. Bernard démontre que c’est bien sur les centres nerveux qu’agissent les anesthésiques:

Une grenouille sur laquelle on a enlevé le sacrum, mis à nu les nerfs lombaires et passé au-dessous une ligature qui embrasse toutes les parties molles, de manière à empêcher la circulation dans le train postérieur, est plongée, par sa partie antérieure seulement, dans une solution de chloroforme au Au bout de quelque temps, la partie antérieure et la partie postérieure de l’animal sont également anesthésiées. Cette expérience a été faite par un grand nombre de physiologistes, nous l’avons répétée nous-même plusieurs fois: elle réussit toujours. Mais voici l’interprétation qu’en donne M. Cl. Bernard: «Ici il est bien clair que ce n’est plus le sang qui a généralisé l’anesthésie du train antérieur au train postérieur, puisqu’il n’a pu accomplir le trajet que la ligature lui avait complétement fermé. La transmission de l’anesthésie n’a donc pu se faire que par une autre voie, et cette voie, c’est nécessairement la moelle épinière et les nerfs, puisque c’est la seule communication qui subsiste entre les deux parties du corps.»

Comment l’anesthésie peut-elle se transmettre aux nerfs du train postérieur? L’expérience suivante, faite par M. Cl. Ber. nard lui-même, ne démontre-t-elle pas, au contraire, que l’anesthésie ne se transmet pas par les nerfs? Si l’on prend une grenouille préparée de la même façon que dans l’expérience précédente, et qu’au lieu de mettre le train antérieur dans la solution de chloroforme, on y plonge les pattes postérieures, la peau seule de ces pattes est anesthésiée, les troncs nerveux et les autres parties du corps de l’animal conservent leur sensibilité. Ne serait-il pas cependant plus naturel que, dans ce cas, en admettant que l’anesthésie peut se déplacer, circuler comme un liquide, hypothèse d’ailleurs absolument contraire à ce qu’apprend l’expérience, l’anesthésie se transmît des extrémités périphériques des nerfs sensitifs aux centres nerveux, puisque ces nerfs sont centripètes et que l’on sait que leurs propriétés disparaissent, dans la mort naturelle, de la périphérie vers le centre?

Comment donc expliquer cette insensibilité générale, lorsque le train antérieur seul de la grenouille a été plongé dans l’eau chloroformée L’anesthésie n’est que la perte de la sensibilité, et la sensibilité n’est qu’une fonction inhérente aux centres nerveux. Un nerf sensitif ne doit ses propriétés qu’à ses connexions avec les centres sensitifs; séparé de ces centres, ce n’est plus qu’une réunion de tubes nerveux inertes. Or, quand les centres sensitifs de la moelle, soumis à l’influence du chloroforme, ont perdu leurs fonctions, toute excitation portée sur un nerf sensitif en relation avec ces centres ne donnera lieu à aucune réaction, et l’on pourra croire que c’est le nerf qui a perdu ses propriétés.

Mais M. Cl. Bernard va encore plus loin: il admet que l’anesthésie se propage du cerveau à la moelle, comme de la moelle aux nerfs, sans l’intermédiaire de la circulation.

Pour cela, il place une ligature au-dessous des membres antérieurs d’une grenouille, de façon à empêcher la circulation dans la partie inférieure du tronc; dans certaines expériences, il enlève même le cœur. Il plonge ensuite la partie antérieure de l’animal dans de l’eau chloroformée, ou il injecte une certaine quantité de la solution sous la peau de la tête. Au bout de quelque temps, il constate que l’anesthésie est générale. Si, au contraire, on injecte l’eau chloroformée sous la peau de la partie postérieure, la partie correspondante de la moelle seule est atteinte; le cerveau et le tronçon de moelle attenant conservent leurs fonctions.

J’ai répété plusieurs fois ces expériences sur des grenouilles et des tritons, et j’ai toujours obtenu l’anesthésie générale, en quelque endroit qu’ait été faite l’injection; mais elle se produit lentement. J’ai varié alors l’expérience de la manière suivante: je prépare la grenouille de la même façon que dans les expériences de M. Cl. Bernard; j’enlève le cœur, je lie toutes les parties molles qui entourent la colonne vertébrale, immédiatement au-dessous des membres antérieurs, et je coupe la moelle au-dessous de la ligature. En maintenant alors la tête de la grenouille dans une solution éthérée, l’anesthésie devient générale, et il ne faut pas plus de temps que lorsque la moelle est intacte. Ce fait prouve que le poison pénètre par imbibition et diffusion à travers les tissus, et va atteindre ainsi les différentes parties des centres nerveux.

Ces phénomènes d’imbibition sont les mêmes que ceux qui se passent lorsqu’on produit l’anesthésie locale en plongeant un membre de grenouille, privé de circulation, dans une solution éthérée. Les extrémités sensitives des nerfs et les petits rameaux nerveux sont atteints par l’agent anesthésique, qui leur enlève la propriété de percevoir et de transmettre les sensations; les troncs nerveux situés plus profondément gardent au contraire leur sensibilité.

Le chloroforme a, du reste, la même action sur les terminaisons motrices des nerfs dans les muscles, comme le, montre l’expérience suivante:

Expérience. — Sur une grenouille j’intercepte la circulation dans le train postérieur, au moyen d’une ligature placée au-dessous des nerfs lombaires et embrassant toutes les parties molles. Les pattes postérieures sont plongées dans une solution chloroformée. Au bout de peu de temps, l’anesthésie locale est produite, et, en excitant les nerfs lombaires, on n’obtient que de très-faibles mouvements. J’introduis alors une petite quantité de stry chnine sous la peau du dos; les convulsions ne tardent pas à apparaître dans le tronc et les membres antérieurs, avec leur caractère normal; dans les membres postérieurs on observe de très-faibles mouvements, comme ceux obtenus par excitation directe des nerfs.

Cette action sur les extrémités des nerfs moteurs ne s’observe pas normalement, quand le chloroforme a été introduit dans le sang en quantité suffisante pour abolir les fonctions des centres nerveux.

En résumé, les anesthésiques agissent essentiellement sur les centres encéphalo-rachidiens, dont ils augmentent d’abord l’excitabilité, et qu’ils paralysent ensuite. Ils agissent sur les centres sensitifs principalement, et sur les centres moteurs et intellectuels.

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
184 s. 8 illüstrasyon
ISBN:
4064066321130
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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