Kitabı oku: «Mademoiselle Pourquoi»
Louise Hameau
Mademoiselle Pourquoi

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066316457
Table des matières
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII

CHAPITRE PREMIER
Table des matières
Le baptême d’Alice. — Projets d’avenir. — Pourquoi? Toujours pourquoi?
La famille Monval était en fête; quelques jours auparavant, naissait une jolie petite fille, et les cloches de l’église sonnaient à toute volée pour annoncer son baptême. A la porte du lieu saint, une troupe de petits garçons se précipitait en se bousculant sur les poignées de dragées que leur jetaient le parrain et la marraine.
Le soir de ce beau jour, un excellent dîner réunissait les parents, les amis; chacun fêtait, le verre en main, cet heureux événement. Les grands-parents surtout étaient dans l’enchantement, car le bébé avait été très sage, et la cérémonie s’était bien passée. Mais voilà-t-il pas qu’au dessert, lorsque bonne-maman veut embrasser sa filleule, elle se met à éternuer; atchi!... atchi!... et cela avec une telle persistance qu’il fallut y renoncer. Le grand-papa s’approche à son tour; les éternuements redoublent. Atchi!... atchi!... C’était désespérant; chacun rit d’abord de cet incident; puis on s’inquiéta; les avis se partagèrent. — C’est un coup d’air, dirent les uns. C’est l’eau du baptême, qui était trop froide, dirent les autres. Enfin on envoya chercher le médecin de la famille qui, après examen, rassura tout le monde. Montrant à Mme Monval la tabatière des grands-parents:
— Voilà, dit-il, la seule cause de ce qui arrive.
Tous deux venaient en effet de prendre une prise de tabac, lorsqu’ils s’étaient penchés vers leur petite-fille pour l’embrasser. A partir de ce jour, ils se promirent bien de renoncer à leur plaisir favori, plutôt que de causer une souffrance à la chère petite créature.
Les bons vieux tinrent parole, aussi le même désagrément ne se renouvela plus à l’avenir, et l’enfant, toujours très calme, se laissa caresser sans sourciller.
C’était du reste la plus jolie petite fille que l’on pût voir; sa figure, toujours fraîche et rose, ses yeux bleus, déjà pleins de vivacité ; ses petites mains, toujours en mouvement, appelaient les baisers. Chacun portait envie à la jeune mère, qui ne confiait à personne le soin de veiller sur son cher trésor.
Assise près du joli berceau garni de soie bleue et de mousseline, on voyait Mme Monval pendant de longues heures contempler le sommeil de l’enfant; faisant, comme toutes les mères, les plus beaux projets d’avenir. Voyant la précoce sagesse de la petite, elle se réjouissait à la pensée de faire elle-même son éducation.
— Je veux, disait la maman, lui apprendre à parler, à marcher, et quel bonheur ce sera de voir un jour ma petite Alice trotter autour de moi!.... Je surveillerai ses jeux, je consolerai ses premiers chagrins.
Les vraies mères sont ainsi, elles veulent toutes les peines, afin de récolter un jour toutes les joies. Ces désirs, ces espérances maternelles devaient se réaliser pour Mme Monval. La fillette grandit, prit de la force et courut bientôt dans toute la maison comme un petit poulet.
Quelle fête surtout lorsqu’on partait pour la promenade! Aux Champs-Elysées, aux Tuileries, les promeneurs et surtout les promeneuses, en passant près de la petite voiture, admiraient le joli bébé ; mais bientôt ces compliments qui flattaient l’orgueil maternel ne suffirent plus à notre fillette. A trois ans, les petites jambes ont besoin de se remuer, de marcher, de courir. Alice voulut jouer avec les autres enfants de son âge; tous les jouets qu’elle leur vit alors lui firent envie; la poupée de caoutchouc fut délaissée pour la pelle, le petit seau et le ballon.
Quoi de plus gracieux que la réunion de toutes ces mignonnes créatures? Dans nos jardins, dans nos promenades publiques, ce n’est pas le coin le plus bruyant, mais c’est peut-être le plus intéressant; déjà le caractère, l’intelligence de chacun commencent à se montrer. Tandis que les nourrices causent entre elles, que les mamans lisent ou font du crochet, les bébés, très attentionnés, luttent à qui fera les plus beaux pâtés de sable. Les uns rient, les autres se fâchent; on tombe, on se relève; et chaque jour le temps de la promenade se passe de la même façon.
Plus tard, cette innocente occupation ne suffit plus; les garçons jouent aux chevaux; clic! clac! c’est la ceinture garnie de grelots, le fouet bruyant qu’il leur faut; les fillettes sautent à la corde ou lancent le ballon. C’est le moment où la surveillance devient plus difficile; il ne s’agit plus, pour la maman ou pour la bonne, de rester assise. L’enfant peut tomber, salir sa toilette, traverser une pelouse, s’égarer quelquefois dans l’immense jardin. Il y a aussi le danger des bassins, des cours d’eau; un malheur est si vite arrivé !
Cependant, avec la petite Alice il n’y avait pas trop à craindre; d’abord, elle ne se mêlait jamais aux jeux sans en demander la permission à sa mère, dont le regard la suivait alors. Le plus souvent, la fillette se contentait d’observer tout ce qui l’entourait; c’était ensuite des questions sans fin, auxquelles Mme Monval se voyait forcée de répondre.
Un jour que l’on se trouvait près d’un bassin et qu’une foule de petits pierrots venaient manger, autour de la fillette, les miettes de pain qu’elle jetait, tantôt aux oiseaux, tantôt aux poissons:
— Maman, demanda tout à coup Alice, pourquoi les poissons rouges ne viennent-ils pas aussi sauter près de nous, plutôt que de se cacher sous l’eau comme des peureux, lorsqu’on leur jette quelque chose?
— C’est que l’eau est leur élément, répondit Mme Monval, ils y trouvent leur nourriture; sur la terre, les poissons ne pourraient pas vivre, étant organisés pour nager, et non pour voler ou marcher, comme les oiseaux.
Bientôt, tout devint pour l’enfant un prétexte à ce mot: Pourquoi? Flattée de ce qu’elle regardait comme une preuve d’intelligence, Mme Monval ne se lassait jamais de répondre aux nombreuses questions de sa fille. Mais les bonnes ont quelquefois moins de patience; celle d’Alice se fatigua bientôt de ces interminables questions; un jour, ne sachant plus quelle réponse faire à l’enfant:
— Pourquoi ceci? pourquoi cela? dit cette fille, dame! mamzelle, à propos d’une mouche qui vole ou d’un chat qui trotte vous avez un pourquoi. Savez-vous que c’est gênant, à la fin, d’être curieuse comme ça? Pour mon compte, je ne vous appellerai plus que mademoiselle Pourquoi.
Cette fois, l’enfant s’éloigna, la tête basse, et vint conter sa mésaventure à sa maman, qui la consola de son mieux; mais ce surnom devait rester à la petite Alice.
CHAPITRE II
Table des matières
La première poupée. — Une belle journée.
Alice vient d’atteindre sa sixième année; c’est une belle fillette, vive, intelligente, un peu espiègle; son principal défaut est de se montrer assez changeante dans ses goûts. Pour cette raison, peut-être, sa maman ne lui a donné jusque là que des jouets sans importance.
Cependant, l’année précédente, Alice a eu une belle poupée, la première, donnée par sa marraine. Quoique ce cadeau l’eut ravie tout d’abord, elle s’en est lassée comme de toutes choses.
Mme Monval, s’étant aperçue de cet abandon, se promit d’en faire le prétexte d’une leçon comme les mères savent en donner. Ayant ramassé, un jour, dans le coin où elle gisait, la pauvre poupée abandonnée, la maman d’Alice la fit réparer, habiller richement; puis elle acheta une jolie bercelonnette, garnie de dentelles et de rubans, et cachant le tout dans une armoire, attendit une occasion, qui ne tarda pas à se présenter.
— Maman, dit un matin notre fillette, si tu savais comme Yvonne a de jolies poupées; je voudrais bien l’inviter à venir jouer avec moi, mais je n’ose pas.
— Cependant, ce serait très naturel, puisque c’est ta petite amie, observa Mme Monval.
— Oui, mais c’est que moi je n’ai plus une seule poupée à lui montrer.
— Comment, plus une seule?.... et celle que votre marraine vous avait donnée?
— Je ne sais pas ce qu’elle est devenue.
— Petite désordonnée!.... une poupée ne se perd pas ainsi; vous devez savoir où vous l’avez laissée?
— Dans un coin; elle était sale, mal habillée, je ne voulais plus la voir... j’ai dit à ma bonne qu’elle pouvait la jeter aux ordures.
— C’est très vilain ce que vous avez fait là.
— Pourquoi?
— Parce qu’une poupée n’est pas un joujou ordinaire; vous étiez la petite mère de la vôtre. Si les mamans jetaient leurs enfants à la rue, chaque fois qu’ils sont sales, mal peignés, mal habillés, que deviendraient les pauvres petits?
Alice comprit sa faute, mais il était trop tard. Comment la réparer? Elle chercha de tous côtés; la vieille poupée demeurait introuvable. Deux jours plus tard, l’enfant n’y pensait plus, lorsqu’on lui amena sa petite amie pour passer l’après-midi avec elle.
Yvonne était une blondinette à peu près du même âge que Mlle Pourquoi, mais d’un caractère plus tranquille. Elle paraissait surtout aimer beaucoup ses poupées, car même pour aller en visite ou à la promenade, l’enfant consentait avec peine à s’en séparer. Ce jour-là, le sacrifice lui avait paru encore plus difficile, car Yvonne arrivait chez Mme Monval avec une jolie poupée dont la robe de soie bleue était encore très fraîche. Alice ne put s’empêcher d’en faire la remarque, et de peur que son amie ne demandât à voir les siennes, elle s’empressa de l’entraîner au jardin.
Le temps était magnifique, on courut d’abord à travers les allées, sans but, comme de petits oiseaux échappés; puis on joua au ballon. C’était le jeu préféré d’Alice; mais Yvonne, moins habile, le lança à plusieurs reprises dans les carrés de fleurs, ce qui mécontenta le jardinier. A la fin, le bonhomme se lassa de voir massacrer toutes ses plantes, et pria ces demoiselles d’aller jouer plus loin.
Au même instant, Mme Monval appela sa fille; c’était l’heure du goûter; le soleil devenait très chaud. Les deux amies se dirigèrent donc vers la salle à manger; mais, en les voyant accourir ainsi toutes rouges, essoufflées, ayant oublié ou perdu leurs chapeaux de paille en route, la maman se fâcha.
— Je ne veux plus que vous retourniez jouer au jardin, dit-elle.
— Pourquoi? questionna effrontément notre lutin.
— Pourquoi? vous osez le demander, petite vilaine?
Voyez dans quel état vous vous êtes mise; et si votre petite amie attrapait du mal ici, j’en serais responsable. Aussitôt que vous aurez goûté, continua Mme Monval, vous viendrez près de moi, au salon.
— Oui, maman, dit faiblement Alice, qui devint soucieuse.
La fillette se disait avec raison:
— Une fois au salon, la question des poupées va revenir, c’est certain; comment vais-je me tirer de là ?
Une grande surprise attendait mademoiselle Pourquoi.
En rentrant dans cette pièce, la première chose qui frappa ses regards fut la jolie bercelonnette dont nous avons parlé plus haut. Cependant, elle n’osait en approcher. Déjà Yvonne avait repris sa jolie poupée, posée en arrivant sur un fauteuil, et proposait de jouer à la maman.

— Eh bien? dit Mme Monval, tu ne réponds pas à ton amie; ce jeu n’est-il pas de ton goût?
Puis voyant que le silence de l’enfant se prolongeait:
— Voyons, reprit-elle, ce n’est pas poli à la fin, je suis sûre qu’Yvonne ne demandera plus à venir te voir.
Alice, toujours hésitante, s’approchait lentement du petit berceau; tout à coup elle en souleva le rideau et poussa un cri de joie. Une poupée en riche toilette blanche était couchée sur les coussins. La prenant dans ses bras, la fillette courut la montrer à Yvonne; puis, l’examinant elle-même avec plus d’attention:
— Mère, demanda-t-elle, est-ce qu’il y a aussi des médecins pour les poupées?
— A quel propos me fais-tu cette question? dit Mme Monval, je crois que celle-ci a l’air assez bien portante.
— Oui, maintenant... mais je me souviens que Nelly, ma vieille poupée, avait un bras arraché, une jambe tordue et l’œil droit presque enfoncé.
— Il eût fallu, en effet, un bien habile docteur pour remettre tout cela, fit la maman en souriant. Cependant si tu es sûre de reconnaître cette pauvre Nelly?
— A présent, j’en suis sûre.
— Eh bien, je n’ai qu’une chose à te dire, mon enfant, soigne-la mieux à l’avenir, si tu veux la conserver; car pour les poupées, comme pour les petites filles, le meilleur médecin ne vaut pas les soins, la sollicitude d’une bonne mère.
Comprenant tout ce qu’elle devait à la sienne dans cette circonstance, Alice lui sauta au cou et l’embrassa bien fort, en promettant d’être plus soigneuse. Les deux fillettes jouèrent ensuite à la maman; puis, lorsque les poupées eurent été couchées et promenées tour à tour, on leur fit faire la dînette dans un joli petit service de porcelaine qui, par hasard, se trouvait encore au complet.
Cette belle journée se termina par une promenade aux Tuileries, où l’on entendit la musique militaire. Il fallut ensuite reconduire Yvonne chez sa maman, où Alice fut invitée à son tour à venir passer toute une après-midi.
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.