Kitabı oku: «Lettres de mistriss Fanni Butlerd, à milord de Caitombridge, comte de Plisinte, duc de Raflingth»
Marie-Jeanne Riccoboni
Lettres de mistriss Fanni Butlerd, à milord de Caitombridge, comte de Plisinte, duc de Raflingth

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335274
Table des matières
M ss. FANNI À UN SEUL LECTEUR.
LETTRES DE MISTRISS FANNI BUTLERD, À MILORD CHARLES ALFRED.
PREMIERE LETTRE. Jeudi à midi.
II. Samedi à onze heures du matin.
III. Lundi à une heure.
IV. Mercredi à midi.
V. Vendredi matin.
VI. Dimanche à deux heures.
VII. Lundi matin.
VIII. Jeudi à dix heures.
IX. Vendredi matin.
X. Dimanche à minuit.
XI. Mardi dans mon lit, à je ne sais quelle heure.
XII. Mercredi à minuit.
XIII. Vendredi à midi.
XIV. Lundi à onze heures du soir.
XV. Lundi.....
XVI. Lundi à quatre heures.
XVII. Mardi matin.
XVIII. Mercredi à midi.
XIX. Jeudi à minuit, au coin de mon feu.
XX. Dimanche au soir.
XXI. Mardi dans mon lit, malade comme un chien.
XXII. Mercredi à trois heures.
XXIII. Vendredi à minuit.
XXIV. Samedi dans mon lit bien tard.
XXV. Lundi.
XXVII. Jeudi au soir.
XXVIII. Samedi dans mon lit.
XXIX. Lundi.
XXX. Mercredi à deux heures du matin.
XXXI. Jeudi à minuit.
XXXII. Vendredi.
A trois heures.
XXXIII. Dimanche à midi.
XXXIV. Vendredi.
XXXV. Lundi à deux heures du matin.
XXXVI. Mardi à minuit.
XXXVII. Mercredi matin.
A cinq heures, toujours Mercredi.
A minuit.
XXXVII. Jeudi.
XXXIX. Vendredi à trois heures.
A cinq heures.
XL. A minuit.
XLI. Samedi matin.
Samedi au soir.
XLII. Dimanche au soir.
A minuit.
XLIII. Lundi.
XLIV. Mardi à minuit.
XLV. Mercredi à six heures du soir.
XLVI. A minuit, toujours Mercredi.
XLVII. Vendredi matin.
XLVIII. Vendredi à minuit.
XLIX. Samedi à minuit.
L. Dimanche matin.
LI. Dimanche à minuit.
LII. Lundi à midi.
LVI. Mardi à six heures du soir.
A neuf heures du s oir.
A une heure du matin.
LVII. Mercredi.
Toujours Mercredi à minuit.
LVIII. Jeudi à trois heures.
LIX. Vendredi.
LX. Samedi.
LXI. Dimanche à sept heures du soir .
Mardi à trois heures.
Mercredi matin.
A minuit.
Samedi à minuit.
Dimanche à minuit.
Lundi à midi, chez Miss Betzi.
Mardi à minuit.
Toujours Mardi à quatre du matin, dans. mon lit.
Mercredi à trois heures après-midi.
A minuit.
A trois heures du matin.
LETTRES
DE MISTRISS
FANNI BUTLERD,
À MILORD
CHARLES ALFRED
DE CAITOMBRIDGE,
Comte de Plifinte, Duc de Raflingth,
Ecrites en1735,
Traduites de l’Anglois en1756,
PAR ADÉLAÏDE DE VARANÇAI.

A PARIS,
PAR LA SOCIÉTÉ DES LIBRAIRES.
M. DCC. LXCVII.
L’ÉDITEUR.
CEs Lettres m’ont fait un grand plaisir,& tant pis pour celui à qui elles n’en feront pas. J’en aurois effacé, d’un trait de plume, tout ce qui pourra déplaire; mais je n’avois garde de toucher à une chose aussi originale.
Mss. FANNI À UN SEUL LECTEUR.
Table des matières
SI le naturel&la vérité, qui font tout le mérite de ces Lettres, leur attirent l’approbation du Public; si le hazard vous les fait lire; si vous reconnoissez les expressions d’un cœur qui fut à vous; si quelque trait rappelle à votre mémoire un sentiment que vous avez payé de la plus basse ingratitude; que la vanité d’avoir été l’objet d’un amour si rendre, si délicat, ne vous fasse jamais nommer celle qui prit en vous tant de confiance. Montrez-lui du moins, en gardant son secret, que vous n’êtes pas indigne à tous égards du sincere attachement qu’elle eut pour vous. Le desir de faire admirer son esprit, ne l’engage point à publier ces Lettres, mais celui d’immortaliser, s’il est possible, une passion qui fit son bonheur, dont les premieres douceurs sont encore présentes à son idée,& dont le souvenir lui sera toujours cher. Non, ce n’est point cette passion qui fit couler ses pleurs, qui porta la douleur &l’amertume dans son ame.... Elle n’accuse que vous des maux qu’elle a soufferts; elle ne connoît que vous pour l’auteur de ses peines.... Son amour étoit en elle la source de tous les biens; vous l’empoisonnâtes cruellement!…. Elle ne hait point l’amour, elle ne hait que vous.
Je n’ai rien à dire au Public. Si je l’amuse, j’aurai fait bien plus que je n’espérois; si je l’ennuie, j’aurai fait ce que mille autres font tous les jours.
LETTRES
DE MISTRISS
FANNI BUTLERD,
À MILORD
CHARLES ALFRED.
Table des matières
PREMIERE LETTRE.
Jeudi à midi.
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PRÈS avoir bien réfléchi sur votre songe, je vous félicite, Milord, de cette vivacité d’imagination qui vous fait rêver de si jolies choses: ménagez ce bien; une douce erreur est ce qui fait tout l’agrément de notre vie. Heureux par de riantes illusions, qu’a-t-on besoin de la réalité? Loin de remplir l’idée que nous avions d’elle, souvent elle détruit le bonheur dont nous jouissions. Livrez-vous au plaisir de rêver,&sachez-moi gré de je ne sais quel mouvement qui fait que je m’intéresse à tout ce qui vous touche. Je n’ai point dormi, point rêvé; mais tant songé, tant pensé, que je crois que je ne pense plus Adieu, Milord.
II.
Samedi à onze heures du matin.
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JE ne veux point que vous m’aimiez, je ne veux point que vous soyez sérieux, je vous défends de me plaire, je vous défends de m’intéresser. Mon amitié devient si tendre, qu’elle commence à m’inquiéter. J’ai lu deux fois votre Billet,&j’allois le relire une troisieme, quand je me suis demandé la raison de ce goût pour la lecture. Adieu, Milord, je vous verrai à six heures. Je suis assez comme vous; je trouve le matin ennuyeux; le jour long; on ne s’amuse que le soir.
III.
Lundi à une heure.
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PAix, Milord, paix, vous ne vous corrigez point: je vous défends de me plaire,& vous m’attendrissez. Votre Lettre m’a fait rêver: en la lisant, quelque chose me disoit, que de tous les vices l’ingratitude étoit le plus odieux. Ou je me connois mal, ou mon cœur n’en est pas capable: si vous me prouvez que je vous dois de la reconnoissance, si vous me le prouvez.... Adieu, Milord,
IV.
Mercredi à midi.
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MAis quelle fantaisie vous porte à m’aimer, à vous efforcer de me plaire? Pourquoi me préférer à tant d’autres femmes, qui desirent peut-être de vous inspirer ce que vous voulez que je croie que vous ressentez pour moi?... Vous dérangez tous mes projets, vous détruisez le plan du reste de ma vie: une foule d’idées m’embarrasse&m’afflige, mon cœur adopte toutes celles qui vous sont favorables. Ma raison rejette tous mes vœux, combat tous mes desirs, s’éleve contre tous mes sentiments.... Je suis restée hier dans la place où vous m’avez laissée, j’y suis restée long-temps. Quelques larmes tombées sur mes mains, m’ont tirée de ma rêverie... des larmes!… Ah! sire Charles, si elles étaient un pressentiment…. Je ne veux plus vous voir, je ne veux plus vous entendre… Est-il bien vrai que je ne le veux plus ?…. Je ne sais…. Mon Dieu, Milord, pourquoi m’aimez-vous? des larmes!... Ah! Sire Charles, si elles étoient un pressentiment.... Je ne veux plus vous voir, je ne veux plus vous entendre... Est-il bien vrai que je ne le veux plus?.... Je ne sais Mon Dieu, Milord, pourquoi m’aimez-vous?
V.
Vendredi matin.
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JE vous ai dit que je vous aime, parce que je suis étourdie; je vous le répete, parce que je suis sincere; par une suite de cette qualité, je ne puis vous cacher que votre joie m’a pénétrée d’un plaisir si vif, que je me suis presque repentie de vous avoir fait attendre cet aveu: cependant il ne m’engage à rien. Vous savez nos conditions,&je me flatte que vous ne pensez pas qu’elles soient un détour adroit pour augmenter vos desirs. Mon cœur vous a parlé, il vous parlera toujours. Soit que l’amour nous unisse, soit que ne pouvant me résoudre à me donner à vous, la seule amitié nous lie, vous me trouverez vraie dans tous mes procédés. Je ne connois point l’art, ou, pour mieux dire, je le méprise: toute feinte me paroît basse. Je vous aime; mais je crains les suites d’une passion dont je sens que je ferois ma seule affaire. N’abusez pas de ma confiance; songez que c’est à mon meilleur ami que j’ai avoué mon penchant. Je n’exige pas qu’il appuie les raisons que j’ai de le combattre; mais je veux que regardant la confidence que je lui ai faite, comme une marque de mon estime, il oublie mon secret dans les moments où je ne voudrai pas qu’il se souvienne que je le lui ai dit.
VI.
Dimanche à deux heures.
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JE ne prierai point le Ciel avec vous, mon aimable ami; les vœux que nous lui adressons, sont trop différents. Vous voulez qu’il vous prive de la vie, si vous devenez infidele; &moi je lui demande votre bonheur, votre éternel bonheur, sans examiner si c’est moi qui dois toujours le faire, si je m’expose à vous rendre ingrat, si je suis condamnée à pleurer un jour la perte de votre cœur. Je suis sûre, bien sûre, de former alors pour vous les mêmes souhaits que je forme dans cet instant. Desirer la mort de son Amant, plutôt que son inconstance, c’est s’aimer plus que lui, c’est être plus attachée aux douceurs de l’amour, qu’à l’objet qui nous les fait goûter. Cette espece de délicatesse est fausse& cruelle; elle n’est pas dans mon cœur, elle n’y sera jamais. Je ne vous verrai ce soit que bien tard, je vais chez Miss Jening; Milord Stanlei y sera, il parlera de vous peut-être; il vous nommera du moins: n’est-ce rien que d’entendre le nom de ce qu’on aime?
VII.
Lundi matin.
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JE pourrois vous cacher que je ne vous ai point écrit hier au soir; mais la plus légere tromperie blesse l’amour. Un assoupissement extrême, je ne sais quelle lassitude, m’ont empêchée de remplir ma promesse. J’ai lu vos deux petites Lettres,&puis je me suis endormie avec elles. Eveillée à neuf heures, j’écris à dix; mais je ne vous verrai qu’à sept: cette certitude répand un nuage sur mon humeur... Mais savez-vous qu’il est difficile de vous répondre? vous écrivez avec tant de délicatesse; vous dites si bien, si précisément ce que vous voulez dire; une expression si tendre anime votre style, que vous devez trouver de la sécheresse dans le mien. Avez-vous plus d’esprit que moi? Dans cette occasion, je ne veux pas le croire; mais vous dites tout ce qu’il vous plaît, moi je dis souvent bien plus que je ne veux,&pourtant toujours bien moins que je ne pense. Mais je vous quitte, j’entends une voix... Ah! que n’est-ce la vôtre!
VIII.
Jeudi à dix heures.
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VOus me priez de penser à vous; j’y pense; en vérité, vous m’occupez sans cesse: mais quoiqu’un même objet semble fixer toutes mes idees, j’ai pourtant l’art de les étendre&de les varier. Tantôt regardant Sire Charles comme un simple ami, j’aime en lui son esprit, sa douceur, l’aménité de son caractère, ses mœurs, sa voix, sa gayeté, ses talents. En songeant qu’il veut être mon Amant, je me représente l’agrément de sa figure, la noblesse de son air, l’élégance de sa taille,&cette grace répandue sur tous ses mouvements. En m’avouant le tendre pen chant qui m’attire vers lui, je me rappelle les qualités de son ame, la bonté de son cœur, la générosité, la candeur, l’élévation de tous ses sentiments;&puis rapprochant ce que j’ai séparé, je vois l’aimable portrait se former sous mes yeux; il m’offre un tout.... Ah! ce tout est tout pour moi. Adieu, Milord.... Vous faites la mine.... Adieu, Sire Charles.... Vous boudez encore.... Eh bien, adieu, mon cher Alfred.
IX.
Vendredi matin.
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EH! pourquoi ne vous écrirois-je pas? ne puis-je que vous répondre? n’ai-je rien à vous dire, à vous qui me parlez si bien,& dont l’éloquence est si puissante sur mon ame? Mon trouble est dissipé, mes craintes sont évanouies: je cesse de penser à moi, pour ne penser qu’à vous. Oui, mon cher Alfred, oui, mon aimable ami, je remets entre vos mains ma tranquillité, mon bonheur, soyez-en l’arbitre. Vous méritez bien qu’un cœur qui se donne à vous, borne tous ses soins à vous aimer, tous ses vœux à vous plaire, tous ses desirs à vous rendre heureux. Ah! ce n’est pas les borner.
X.
Dimanche à minuit.
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A Peine sortiez-vous de chez moi, que j’ai été saisie de cette sorte de chagrin que l’on éprouve lorsque l’on vient de perdre quelque chose,&qu’on veut se dissimuler que cette perte afflige. Seroit-il possible que vous ne pussiez vous éloigner de moi, sans que votre absence ne me causât de la tristesse? Vous n’en aviez point, vous; il ne m’a pas paru que vous en eussiez. Vous m’avez dit, à demain; je pouvois me dire aussi, je le verrai demain; d’où vient me suis-je dit, il n’y est plus? hélas! il n’y est plus.... Je ne veux point vous aimer comme cela. Non, Milord, non, je ne le veux pas. Je suis fâchée, je boude: allons, ôtez vous, laissez-moi... Que votre Lettre est tendre! qu’elle est vive! qu’elle est jolie! je l’aime. Je l’aime mieux que vous; car je vous quitte pour la relire.
XI.
Mardi dans mon lit, à je ne sais quelle heure.
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LE sommeil me fuit; pourquoi m’obstiner à le chercher? Il peut calmer le trouble de mes sens; mais la douceur du repos vaut-elle l’agitation que donne l’amour? Je prends un Livre, je le laisse: c’est votre Lettre que je lis; je la finis, je la recommence; je voudrois ne l’avoir pas lue pour la relire encore. Ha! que vous êtes cruel! oui, vous l’êtes. Par combien de traits vous vous gravez dans mon cœur! que d’agréments vous joignez aux effets ordinaires d’une passion, qui n’est déjà que trop puissante par elle-même! Mais je supprime la conséquence que je voulois tirer de ce raisonnement. C’est bien assez de n’avoir point écrit hier; je ne veux pas vous chagriner par le détail des combats de mon ame. Je sens qu’il m’est difficile de résister long-temps à la douce espérance de vous rendre heureux: j’éloigne les occasions, n’est-ce pas avouer que je les crains? Mais d’où vient que je me sens révoltée à la seule idée?... Ne m’avez-vous pas promis une éternelle amitié? je compte sur vos promesses.... Cette amitié dont j’exige les plus fortes assurances, est le prix, l’unique prix où je mets mon amour, mes complaisances, l’oubli de moi-même, tout ce que je puis immoler à vos desirs... je ne promets pas encore un si grand sacrifice... Voyez, mon cher Alfred; examinez en vous-même, si vous le souhaitez assez pour le mériter.... Mon Dieu, si vous me trompiez, si vous vous trompiez vous-même! Ce que je pense à présent vous fâcheroit. Adieu: demain d’un regard, d’un souris, d’un mot vous dissiperez peut-être tout ce qui me reste de raison.
XII.
Mercredi à minuit.
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QUe votre retour m’a charmé! Quoi, si aimable, si chéri, si digne de l’être;&vous avez des craintes, des doutes! Ah! n’en ayez jamais. Vous ignorez combien je suis sincere,&ce qu’un vrai mérite peut sur mon cœur. Je trouve tout en vous; vous réunissez toutes les qualités dont je fais cas. Qui pourroit vous tromper? Moi, trahir ce que j’aime! que ce mot m’a fait d’impression! Quoique l’idée que vous avez de ma façon de penser soit bien avantageuse, j’ose vous le dire, le temps ni les événements ne la détruiront pas: je vous l’ôterois moi-même, si je la connoissois fausse. Non, je ne serois point flattée de votre estime, si je la devois à des qualités feintes, si je n’étois pas sûre de la mériter. Celui qui s’efforce de se donner un caractère qu’il n’a pas, qu’il dément par ses actions, est à mes yeux l’être le plus vil.... Mais quel sérieux? voyez comme vous m’avez rendue grave.... Miss Betzi a donc ma Lettre? il ne falloit pas la lui donner, puisque vous deviez me voir... Miss Betzi dormira tard; elle a la mauvaise habitude de dormir: je ne la verrai demain qu’à trois heures. Elle a cette Lettre; ce n’est rien pour elle. Bon Dieu, si je l’avois, moi, comme je briserois le cachet. Je la lirois vîte, vîte,&puis doucement, doucement,& puis je la lirois encore,&puis je la.... Mais je ne veux pas tout dire. Adieu, je vous aime de tout mon cœur.
XIII.
Vendredi à midi.
Table des matières
VOus m’avez promis de la reconnoissance,&vous en manquez déjà: m’écrire que je ne vous aime point, ou que je vous aime foiblement, c’est être ingrat. Voyez, cherchez, examinez les preuves que vous m’avez données de votre tendresse;&quand vous aurez trouvé celle qui vous paroîtra la plus forte, osez la comparer à l’aveu que je vous ai fait de mes sentiments, à cette complaisance qui m’assujettit presqu’à vos volontés, &convenez que vous ne pouvez rien faire pour moi qui égale ce que j’ai fait pour vous. Ne me jugez point sur le commun des femmes; jugez-moi sur mon caractere, sur mes principes, sur la suite de mes idées,&voyez quel est le sacrifice que vous exigez. Je sais qu’il est sans prix pour celui qui le demande, qui l’attend, mais trop souvent dès qu’il est fait, dès que la victime est immolée, les fleurs qui la paroient, se fannent,&l’on n’apperçoit plus en elle qu’un objet ordinaire. Votre comparaison m’a fâchée, tout-à-fait fâchée. Comment, avec un esprit juste, avez-vous pu la faire? En prenant un engagement, vous risquez, dites-vous, autant que moi. Vous, Milord? Hé, quels dangers, quels périls votre sexe peut-il redouter en se livrant à ses desirs? Le ridicule préjugé qui vous permet tout, vous affranchit de la peine la plus vive qui soit attachée aux foiblesses de l’amour. Trahi, quitté, haï de ce qu’il aime, un homme peut toujours se rappeller avec plaisir le temps où il se trouvoit heureux; temps marqué par ses triomphes, par une victoire dont le souvenir est toujours flatteur pour sa vanité. Mais nous qui nous croyons méprisées, dès que nous cessons de nous croire aimées; nous qui joignons au regret de perdre notre bonheur, la honte de l’avoir goûté; nous dont le front se couvre de rougeur, quand nous nous rappellons les moments les plus doux de notre vie; pouvons-nous, sans frémir, écouter un sentiment, aimable, il est vrai, mais dont les suites peuvent être si cruelles? Risquer, vous? Ha! Sire Charles, Sire Charles, je ne suis point contente de vous, je ne le suis point de moi, je ne le suis de personne.
Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.