Kitabı oku: «Pour devenir un artiste»

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Marius Vachon

Pour devenir un artiste

Maximes, conseils et exemples d'après les maîtres français contemporains


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066327583

Table des matières

AVERTISSEMENT

THÈME DU LIVRE

PREMIÈRE PARTIE

DEUXIÈME PARTIE

TROISIÈME PARTIE

PREMIÈRE PARTIE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

DEUXIÈME PARTIE

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

CHAPITRE XV

CHAPITRE XVI

CHAPITRE XVII

CHAPITRE XVIII

CHAPITRE XIX

CHAPITRE XX

TROISIÈME PARTIE

CHAPITRE XXI

CHAPITRE XXII

CHAPITRE XXIII


AVERTISSEMENT

Table des matières

J’offre ce livre aux jeunes gens qui sont entrés dans la carrière artistique.

C’est une sorte de manuel professionnel et de morale en action.

On n’y trouvera pas des théories générales d’esthétique.

Il ne contient que des maximes positives, des conseils techniques et moraux, donnés par les maîtres eux-mêmes; et des exemples pratiques tirés de leur œuvre et de leur vie.

Pour être vraiment utiles, des maximes, des conseils, et des exemples, en cette matière, doivent correspondre, avec précision, aux conditions actuelles de la carrière artistique, telles que les ont créées nos mœurs et nos idées.

Il n’est donc question dans ce livre que des artistes de notre temps et de notre pays.

M. V.

THÈME DU LIVRE

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

Devoirs de l’artiste envers lui-même; Vertus privées.

LA VOLONTÉ ; — L’ÉNERGIE;

LA PATIENCE; — LA PHILOSOPHIE;

L’AMOUR DU TRAVAIL; — LA DISCIPLINE;

LA SANTÉ.

La VOLONTÉ est la base de la vie artistique.

L’ÉNERGIE est l’expression de la force physique et de la force morale.

La VOLONTÉ et l’ÉNERGIE ont comme moyens d’action:

Au point de vue moral, la PATIENCE, la PHILOSOPHIE, l’AMOUR DU TRAVAIL, et la DISCIPLINE.

Au point de vue physique, la SANTÉ.

DEUXIÈME PARTIE

Table des matières

Devoirs de l’artiste envers son métier; Vertus professionnelles.

LA SCIENCE TECHNIQUE; — LA CONSCIENCE PROFESSIONNELLE;

L’ORDRE ET LA MÉTHODE;

L’OBSERVATION; — LE SENS DE LA VIE;

L’IDÉAL; — DU COEUR ET DE L’AME;

LA JOIE DANS LE TRAVAIL;

L’AMOUR DE LA NATURE; — LE CULTE DU PAYS NATAL;

LA CULTURE DE L’ESPRIT; — L’ÉTUDE DES MAITRES;

LES VOYAGES;

LA PERSONNALITÉ.

Le premier devoir professionnel de l’artiste est d’apprendre à fond son métier, soit d’acquérir la SCIENCE TECHNIQUE.

La SCIENCE TECHNIQUE doit être fortifiée par l’acquisition de vertus professionnelles, qui sont à la fois d’ordre intellectuel et d’ordre moral: La CONSCIENCE PROFESSIONNELLE, l’ORDRE et la MÉTHODE, l’OBSERVATION, le SENS DE LA VIE, DU COEUR ET DE L’AME.

Tout cela produit la JOIE DANS LE TRAVAIL.

Mais, pour devenir un artiste dans la plus haute acception du terme, il faut encore avoir l’AMOUR DE LA NATURE, le CULTE DU PAYS NATAL, et CULTIVER SON ESPRIT PAR L’INSTRUCTION.

Enfin, l’ÉTUDE DES MAÎTRES et les VOYAGES compléteront la formation de l’artiste, et développeront, par les exemples les plus éloquents, la pratique des vertus professionnelles.

Et c’est ainsi que l’artiste acquerra la PERSONNALITÉ, la condition primordiale du succès dans la carrière artistique.

TROISIÈME PARTIE

Table des matières

Devoirs de l’artiste envers la société ; Vertus sociales.

LE GOUT DE LA SOLITUDE;

L’ORGUEIL DU MÉTIER; — L’INDÉPENDANCE;

LE CULTE DE L’AMITIÉ.

L’artiste doit avoir le GOUT DE LA SOLITUDE, dans laquelle seulement il peut méditer et produire son œuvre.

L’ORGUEIL DU MÉTIER et l’INDÉPENDANCE sont les moyens les plus sûrs pour un artiste de se faire dans le monde la place à laquelle il a droit, d’inspirer à tous la sympathie, la déférence, et le respect.

Dans le CULTE DE L’AMITIÉ, l’artiste enfin trouvera une source de joies profondes, et, dans les relations que l’amitié entretient, les occasions de se perfectionner constamment.

PREMIÈRE PARTIE

Table des matières

DEVOIR DE L’ARTISTE ENVERS LUI-MÊME; VERTUS PRIVÉES

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

La volonté.

— La volonté est la faculté première de l’artiste, la faculté la plus nécessaire au développement de sa vocation, et à l’exercice de sa profession.

— Qui ne veut pas est destiné à la mort physique et intellectuelle.

— Le plus fort dans la vie est celui qui veut le plus et le mieux, c’est-à-dire résolument et irréductiblement.

— Qui veut une chose, qui la veut bien, qui la veut toujours, finit par l’obtenir envers et contre tout et tous.

— L’homme qui veut s’impose irrésistiblement.

— Le monde a le respect de l’artiste qui a de la volonté et de l’énergie, c’est-à-dire de la race.

— Celui-là seul, parmi les artistes, est grand et fort, qui s’impose aux autres au lieu de les subir, qui s’impose à lui-même au lieu de se subir, et qui, du même effort de volonté, étouffe à la fois ses propres découragements et les résistances extérieures.

— La volonté prépare la conception de l’œuvre d’art, en excitant l’esprit sur l’idée qu’elle lui insuffle; et, dans l’exécution, la volonté fait l’œuvre suggestive d’émotion, par le spectacle de l’effort réalisé.

— La volonté est l’expression de la vocation, indispensable pour aborder la carrière artistique, en apparence facile, agréable et fructueuse, en réalité très pénible, très dure, et féconde en souffrances et en déceptions.

Avec de la volonté, de l’énergie et de la conscience, un artiste peut résoudre, dans une certaine mesure, les difficultés d’exécution que crée l’insuffisance d’un métier appris trop tard.

E. BARRIAS.

Je me rappellerai éternellement la nuit de mon départ, cette nuit froide et pluvieuse qui m’a emporté dans sa tristesse et dans son obscurité ; en passant devant la statue du général Travot (à la Roche-sur-Yon), je me suis juré, la main sur la poitrine, avec exaltation, de revenir homme et avec du talent... Au lieu de me dégoûter, les obstacles m’excitent et me font cabrer; je les saute d’un seul bond.

PAUL BAUDRY.

Vouloir toujours, vouloir quand même.

CARPEAUX.

Vouloir, c’est pouvoir: c’est l’axiome de toute ma vie; j’ai toujours voulu.

MEISSONIER.

On croit qu’on me fera courber, qu’on m’imposera l’art des salons: eh bien, non; paysan je suis né, paysan je mourrai. Je veux dire ce que je sens. J’ai des choses à raconter comme je les ai vues, et je resterai sur mon terroir sans reculer d’un sabot, et, s’il le faut, je combattrai encore pour l’honneur.

J.-F. MILLET.

Le vrai artiste, se détachant de toute idée de lucre, se crée une vie aussi simple et aussi modeste que possible pour pouvoir, au prix souvent de grandes souffrances et de grandes privations, poursuivre avec acharnement la recherche de l’idéal artistique qui est pour lui le seul but de la vie.

ROTY.

Un dimanche d’été, à Dijon, en sortant de la boutique de son père, poêlier, le petit Rude voit une foule endimanchée s’engouffrer dans le Palais des États. Avec la curiosité innée de l’enfance, il y entre lui aussi. On distribue les prix aux élèves de l’école de dessin de Devosge. Le jeune garçon entend prononcer plusieurs discours, qui tous expriment les avantages d’une instruction artistique pour les ouvriers. L’éloquence des orateurs le convainc. Il se dit: «Si j’allais prier M. Devosge de me recevoir à son école?» De retour à la maison, il conte à son père ce qu’il vient de voir et d’entendre, et lui fait part de son désir d’entrer à cette école. «Tu perds la raison, répondit le poêlier; nos affaires ne vont pas déjà si bien, je n’ai pas besoin chez moi d’un artiste pour qu’elles aillent plus mal encore. — Mais, père, répliqua le petit Rude, tu ne sais donc pas que le dessin est utile à tout le monde; on nous l’a très bien expliqué tout à l’heure à l’académie...; et rien que pour l’ornementation de nos cheminées à la prussienne... » Le père se contenta de hausser les épaules, et l’on parla d’autre chose ce soir-là. Mais le petit Rude tenait à son idée; il ne manqua pas une occasion de revenir sur son désir d’entrer à l’école de Devosge. Enfin, un jour, las des réclamations incessantes de son fils, le père lui dit: «Allons, fais à ta guise; mais souviens-toi bien que je te défends d’être un artiste; et ne vas à l’académie qu’à tes moments perdus. Je ne peux faire de toi qu’un ouvrier poêlier.» Le lendemain, le futur auteur du Départ de l’Arc de triomphe de l’Étoile se faisait inscrire sur les registres de l’école, d’où Prud’hon était déjà sorti.

A vingt ans seulement, David d’Angers put vaincre les résistances de son père à le laisser aller à Paris pour tenter la fortune artistique, suivant sa vocation. Le vieux maître sculpteur qui l’occupait comme apprenti lui prêta quarante francs. David gagna Chartres par la voiture publique, et, de là, Paris à pied. En franchissant la barrière de la Conférence, il avait neuf francs dans sa poche. A ce moment, l’Arc de triomphe de l’Étoile était un vaste chantier d’ornemanistes et de sculpteurs; le jeune homme s’y fit embaucher à vingt sous par jour comme ravaleur. Bien souvent, il eut à souffrir de la faim, par suite de la modicité de ce salaire; mais peu lui importait: il était à Paris, et il voulait, de plus en plus, devenir un grand artiste. S’instruisant, le soir, et apprenant tout seul le dessin, David pouvait se faire recevoir peu de temps après comme élève dans l’atelier d’un sculpteur.

Simart, l’auteur de la fameuse restitution de la Minerve du Parthénon et du fronton du pavillon Denon, au Louvre, travaillait comme apprenti dans l’atelier de menuiserie de son père, à Troyes; mais il occupait ses loisirs et ses veillées à sculpter sur bois des figurines, à dessiner d’après les images qui lui tombaient sous la main; et il manifestait l’ambition de devenir un jour statuaire. Son père n’était point hostile à ces occupations; mais sa mère, qui gouvernait la maison, n’entendait point de cette oreille et tenait à ce que le garçon, en tant qu’aîné de la famille, suivît le métier paternel, afin de garder l’atelier de menuiserie. Pour arriver à ses fins et décourager le sculpteur en herbe, elle décida de frapper un grand coup. Le jour de l’Ascension, elle convoqua toutes les commères du voisinage dans sa maison, autour d’une table sur laquelle elle avait entassé les dessins de son fils, et leur dit: «Charles a perdu la raison; il veut devenir un artiste; mais c’est un métier de misère; je le sauverai malgré lui.» Les commères opinèrent du bonnet. Alors, elle jeta dans la cheminée tous les dessins. Puis, se précipitant dans l’atelier de menuiserie, elle ramassa les morceaux de sculpture, les empila dans la cour, et mit le feu au tas. Lorsque, en rentrant, le jeune Simart constata l’autodafé, il fut pris d’une crise de larmes et courut s’enfermer dans sa chambre. Là, il écrivit à sa mère une lettre, dans laquelle il lui disait qu’ayant la conscience de n’avoir jamais manqué à ses devoirs d’apprenti, d’avoir toujours obéi à son père, il ne comprenait pas que ses parents aient pu trouver mauvais qu’il se fût occupé, en dehors de son travail, à dessiner et à sculpter; il déclarait qu’il était décidé à suivre une vocation qu’il sentait irrésistible, tout en ajoutant que dans sa décision irrévocable il n’entrait aucun sentiment de mépris pour la profession paternelle. Et, pour donner plus de poids à sa déclaration, il signait en trempant la plume dans son sang. Cette lettre émut à un tel point la mère qu’elle laissa son fils libre de faire ce qui lui plairait. Peu de temps après, le jeune Simart entrait à l’école de dessin de la ville, et il y obtint un succès si complet que le conseil municipal lui vota une subvention de trois cents francs pour qu’il pût se rendre à Paris, afin d’y compléter ses études, et y apprendre le métier de sculpteur chez un maître en renom.

RUDE

SCULPTEUR

1784-1855.


PRINCIPALES ŒUVRES

Le Départ

(Arc de triomphe de l’Étoile);

Monuments de Napoléon, à Fixin (Côte-d’Or);

de Godefroy Cavaignac, au cimetière Montmartre, de Paris;

de Cartelier, au Père-Lachaise, de Paris;

Mercure rattachant ses talonnières; — Hébé et l’Aigle de Jupiter;

Jeune Pécheur napolitain; — Jeanne d’Arc;

Statues du maréchal Ney, du maréchal Bertrand, et de Gaspard Monge.

Baltard, le futur architecte des Halles centrales de Paris, revenait, en 1838, de Rome; il avait rempli ses quatre années de pensionnat à l’Académie de France de travaux importants qui devaient former une publication précieuse, sous le titre de Monographie de la villa Médicis, et qu’il compléta par un séjour périlleux dans les Pouilles et la Calabre, consacré à l’étude et aux relevés des monuments anciens. A ce moment, le gouvernement de Louis-Philippe-ouvrit un concours pour le tombeau de Napoléon aux Invalides. Le jeune artiste y prit part et obtint le premier prix. Mais le gouvernement, prenant prétexte de la jeunesse du lauréat, cassa le jugement et choisit Visconti, alors très en cour; le lauréat ne reçut qu’une médaille d’or commémorative de son infructueux succès.

Baltard était sans fortune et sans protection; mais il était taillé pour la lutte, et il avait au plus haut degré de la volonté. Au lieu de récriminer et de perdre son temps en doléances inutiles, il accepta la très modeste et peu rémunératrice fonction de sous-inspecteur à la Halle aux vins de Paris, il vendit la médaille d’or pour se procurer quelques ressources, et il se mit courageusement à la besogne professionnelle, ne la jugeant pas au-dessous d’un architecte qui veut apprendre à fond la pratique de son métier. De la Halle aux vins, il passa bientôt à la Barrière du Trône, comme inspecteur; en 1841, il fut chargé de la restauration de Saint-Germain des Prés; et, en 1847, Guizot lui confiait la construction de l’Hôtel du Timbre, qui assit solidement sa réputation d’architecte. La volonté indomptable du jeune artiste, servie par une prodigieuse puissance de travail, avait triomphé définitivement du mauvais sort et de l’injustice, qui auraient, peut-être, de tout autre moins bien trempé, fait un révolté et un dévoyé.

Petit paysan de Fourquevaux, dans le Lauraguais, élevé à l’école buissonnière, des livres n’aimant que les images, Jean-Paul Laurens avait vu des peintres italiens barbouiller des madones et des saints dans l’église de son village, a conté son vieil ami d’enfance, Ferdinand Fabre; il intrigua habilement pour être admis auprès d’eux pendant leur travail. Le démon de l’art le tentait. La peinture de ces pauvres diables, — dont le chef, au nom sonore de Buccaferrata, était un simple ancien modèle de l’École des beaux-arts de Toulouse, qui avait appris son métier en regardant les élèves peindre d’après lui, — toute grossière qu’elle fût, révéla un monde nouveau à l’imagination de l’enfant, que déjà les pauvres gravures des Heures de sa mère avaient longtemps enchanté et fait rêver. Il tombe en extase, et s’écrie, laissant éclater le trop-plein de son âme: «C’est beau, c’est bien beau!» Alors, s’engage le dialogue suivant entre le petit paysan, ravi d’écouter un artiste, et le peintre flatté de cet enthousiasme spontané :

JEAN-PAUL LAURENS

PEINTRE

né en 1838.


PRINCIPALES ŒUVRES

La Mort de sainte Geneviève

(Panthéon);

La Voûte d’acier; — Louis VI donnant aux Parisiens leur première charte;

Étienne Marcel et le Dauphin; — Jean Desmarets et les maillotins;

Anne Dubourg et Henri III; — L’Arrestation du conseiller Broussel

(Hôtel de ville de Paris);

Le Siège de Toulouse par Simon de Montfort; — Le Lauraguais

(Grande galerie du Capitole, à Toulouse);

L’État-major autrichien devant le corps de Marceau;

Le Pape Formose; — L’Interdit; — La Répudiation; — Les Emmurés;

Torquemada; — Le Saint-Office; — L’interrogatoire.

«Aimerais-tu d’être peintre?

— Oh! si mon père le voulait!

— Mais, le veux-tu, toi?

— Oh! oui, Monsieur!

— Où est ton père?

— Aux champs.

— Et ta mère?

— Elle est morte.

— Justement, nous avons besoin d’un apprenti. Allons trouver ton père!»

Le lendemain, Buccaferrata engageait Jean-Paul.

«Laissez faire l’enfant, il sait ce qu’il veut,» répondit gravement le père aux membres de la famille qui essayaient de le détourner de donner son consentement.

Dans la compagnie de ces ouvriers, au nombre de trois, violents, grossiers, joueurs et ivrognes, courant constamment la campagne sur une charrette que traînait une haridelle, ce que fut l’existence du pauvre apprenti, doux et timide, intelligent et laborieux, on ne peut l’imaginer. Il souffrit toutes les douleurs, toutes les misères de l’âme et du corps, pendant deux ans; mais il voulait devenir un peintre. Et, lorsqu’il fait un retour sur le passé, qu’il rêve à son cher Fourquevaux, à la maison paternelle, si douce encore malgré l’absence de la mère, ce n’est pas pour se plaindre des mauvais traitements qu’il a subis, c’est pour répéter avec désespérance: «Quand je songe que je marche sur mes seize ans, qu’on ne m’enseigne rien ici, et que je n’en sais pas plus long qu’à mon départ de Fourquevaux!!! » Une nuit, après avoir bien réfléchi, il résolut de prendre la fuite; et, de Gajan, dans l’Ariège, où travaillaient ses maîtres, il regagna Toulouse à pied, hospitalisé sur sa route par les aubergistes qui ont pitié de sa jeunesse, de sa fatigue, et de sa faim; et là, il apprit enfin son métier.

Le Monument aux morts, de Bartholomé, au Père-Lachaise, constitue un des plus beaux témoignages de la force de la volonté dans l’exécution d’une œuvre d’art. C’est spontanément, sous l’inspiration d’une haute idée sociale, que son auteur en conçut le projet, audacieux à tous les points de vue. L’œuvre devait être de proportions colossales; sa préparation exigerait de longues années d’un travail acharné et exclusif. Et, le modèle achevé à grands frais, la Ville de Paris ou l’État, seul, pourrait en faire la commande fort coûteuse. Or, l’artiste est un sculpeur inconnu, sans relations ni clientèle, que ne recommande aux administrations publiques aucune création importante antérieure. Toutes les conditions d’un échec certain semblaient donc réunies. Bartholomé n’hésita point cependant à entreprendre cette œuvre; et il résolut de s’y consacrer tout entier, corps et âme. De 1887 à 1894, a duré la préparation du modèle. Afin de se maintenir constamment dans une production régulière et strictement déterminée, l’artiste s’était imposé la tâche d’exposer chaque année, au Salon, une série de figures fragmentaires. Lorsque, en 1895, il montra en entier le monument, le public et la critique furent unanimes à en admirer et louer l’idée poétique et la forme originale. L’État et la Ville de Paris s’entendirent pour l’ériger au Père-Lachaise. L’exécution définitive dura trois années, pendant lesquelles Bartholomé s’enferma, par toutes saisons, dans une baraque en planches, pour tailler lui-même ses figures dans la pierre, et donner ainsi à son œuvre le caractère de personnalité et d’énergie qui en fait la puissance et la beauté.

La plupart des grands artistes du dix-neuvième siècle sont nés dans une condition sociale qui n’était guère favorable à l’éclosion de leur vocation. Ils n’ont réussi à aborder la carrière artistique qu’à force de volonté, soit qu’ils aient eu à lutter contre les résistances de leurs parents, soit que la pauvreté de leurs familles ait accumulé les difficultés de tous genres, faisant obstacle à la réalisation de leurs rêves juvéniles.

Nombreux sont les fils de paysans qui n’avaient, pour faire vivre leurs enfants, que le fruit de leur travail quotidien, ingrat et pénible: Gleyre, Perraud, Henner, J.-F. Millet, Chapu, Bastien Lepage, Denis Puech, Félix Charpentier.

Plus nombreux encore sont les enfants d’ouvriers de villes ou de campagnes, vivant modestement, et le plus souvent misérablement, des maigres salaires d’un métier, précaires, pénibles, dangereux, et aux chômages fréquents: Prud’hon, fils d’un tailleur de pierres; Brascassat, fils d’un tonnelier; Simart, fils d’un menuisier; Carpeaux, fils d’un maçon; Augustin Dupré, fils d’un cordonnier; Henri Lemaire, fils d’un tailleur d’habits; Paul Baudry, fils d’un sabotier; Daumier, fils d’un vitrier; Barye, fils d’un ouvrier bronzier; Hippolyte Flandrin, fils d’un tisseur de soieries; Cartelier, fils d’un sculpteur sur pierre; Boudin, fils d’un pilote; David d’Angers, fils d’un sculpteur sur bois; Cabanel, fils d’un menuisier; Falguière, fils d’un maçon; Vollon, fils d’un manœuvre; Charles Garnier, fils d’un forgeron en voitures; Dalou, fils d’un ouvrier gantier; Ernest Barrias, fils d’un peintre sur porcelaines.

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
211 s. 52 illüstrasyon
ISBN:
4064066327583
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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