Kitabı oku: «Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose»
Maurice Bouchor
Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066300494
Table des matières
A JEAN RICHEPIN
PROLOGUE
PREMIÈRE PARTIE DAMNATION
II FAUST, LE VIEIL ALCHIMISTE.
IV FAUST, MARGUERITE.
SECONDE PARTIE SPLEEN
II PENSÉES DE FAUST
VII PENSÉES DE FAUST
X LA TOUR DE BABEL
XI LES VINGT-CINQ SONNETS DE FAUST
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
X
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
ÉPILOGUE
A JEAN RICHEPIN
Table des matières
Après nous, le déluge.
I
Les dieux et les héros ne sont plus de ce temps;
Et, désormais fermés aux grandes espérances,
Nous vivons trop nos deuils, nos plaisirs, nos souffrances,
Pour sonder du regard les cieux inquiétants.
D’aventureux combats nul ne se met en quête!
Nous ne poursuivons plus l’infini, l’au delà
Vers quoi l’Humanité plus jeune s’envola;
Nous gardons le réel, notre seule conquête.
Et les cieux entrevus, les voiles soulevés,
Les grandes voix parlant dans les forêts sacrées,
Les idoles et les chimères adorées,
Sont des rêves que nous n’avons.jamais rêvés.
Et maintenant, débris d’églises démolies,
De temples ruinés, dieux de marbre ou d’airain
Qui jadis souriaient, nus, sous le ciel serein,
Symboles, souvenirs, images abolies,
Nous sommes fossoyeurs et nous enterrons tout!
Nous ne sourcillons pas, et nous sommes si crânes
Que nous jonglons avec des fémurs et des crânes
Et que ce métier-là, nous le faisons par goût.
Quelquefois, cependant, une pure madone,
Un Christ, un Apollon sublime de beauté,
Nous émeuvent; mais nous suivons la volonté
Du Temps, un destructeur qui jamais ne pardonne.
Puis, nous oublions vite, et ce travail nous plaît;
Le ciel est d’un bleu clair et flambe sur nos têtes,
Et quand le vent d’été chasse un rire de fêtes,
Nous avons la gaîté des fossoyeurs d’Hamlet!
Nous savons où laisser notre mélancolie:
C’est dans un pot de vin, de vieux vin vénéré
Que le soleil a fait savoureux et pourpré,
Et que, sans âcreté, l’on boit jusqu’à la lie!
Le rêve est notre exquis et cruel échanson;
Notre cerveau voyage au pays des vignobles,
Et nous avons pour tous, vilains, bourgeois et nobles,
Le même coup de bêche et la même chanson.
II
Mais parmi tous ces morts, malgré la tombe obscure,
Plus d’un a conservé son lustre et sa beauté;
Tel héros des vieux temps qu’un poëte a chanté
En garde un glorieux reflet sur sa figure.
Faust, don Juan, sont toujours terribles; le Vainqueur
Les a pétrifiés dans leurs plus fières poses,
Et l’on voit se plisser encor leurs lèvres closes
De ce qui fut jadis un sourire moqueur.
Pourquoi pas ranimer ces démons d’ironie
Qui dans la servitude étaient libres et forts,
Ces hommes qui, domptant la peur et le remords,
Eurent l’œil qui défie et la lèvre qui nie?
Les faire reparaître au monde, mais drapés
Dans un manteau moderne, et cette fois paisibles,
Ne se souciant plus des cieux inaccessibles,
Et des mains de Satan brusquement échappés?
C’est ce que j’ai tenté. S’il en est que je blesse
Pour avoir essayé mes forces, si mon dos
N’est pas encore fait à de si lourds fardeaux,
Qu’importe? mon excuse est dans ma hardiesse.
Toi, du moins, tu seras avec moi de tout cœur,
Toi que le vol de l’aigle emporte sur les cîmes,
Toi qui viens de jeter si fièrement tes rimes
A la face d’un siècle à qui les mots font peur!
On s’est épouvanté de ce miroir fidèle
Où tu réfléchissais toutes les lâchetés,
Les muettes horreurs et les sombres beautés
D’un monde qui s’épuise ou qui se renouvelle.
Quelques coups de sifflet ont salué tes Gueux:
D’aucuns sont aveuglés par un peu de poussière
Que ton char triomphal soulève de l’ornière;
Ils sont tout effarés de ton galop fougueux.
Plus d’un voudrait se mettre en travers de ta vie;
Mais toi, tu laisseras s’emporter tes chevaux,
Et, malgré les efforts d’un peuple de rivaux,
Tu sauras bien passer sur le corps de l’Envie.
PROLOGUE
Table des matières
FERDINAND.
Voilà un spectacle tout à fait majestueux,
et d’une magique harmonie. M’est-il permis
de croire que ce sont là des esprits?
PROSPERO.
Des esprits que par mon art j’ai appelés
de leurs frontières, pour exécuter mes fan-
taisies de l’heure présente.
SHAKESPEARE.
Ces êtres, nos acteurs, comme je vous l’ai
dit précédemment, étaient tous des esprits,
et se sont fondus en air, en air subtil.
SHAKESPEARE.
PERSONNAGES DU PROLOGUE
UN VIEIL ALCHIMISTE.
FAUST.
UN PAUVRE.
APPARITIONS: DÉMONS, NYMPHES, ETC.
Une caverne fort obscure. Le vieil alchimiste est assis au fond de cette caverne; il se lève brusquement.
LE VIEILLARD.
Le dégoût m’envahit de toutes mes richesses.
Au peuple meurt-de-faim j’en ferais des largesses,
Si ce n’était mon cœur furieux et blessé,
Qui souffre, et saigne encor de l’outrage passé.
Que de fois, ce maudit souvenir qui m’enivre,
L’ai-je évoqué de l’ombre et l’ai-je fait revivre!
Je me revois paré de ma jeunesse, ainsi
Que d’un royal manteau de pourpre: à la merci
De mes ambitions ardentes, sur la houle
De la mer populaire en frémissant je roule,
Et je bondis parfois, sur ses flots soulevé,
Jusqu’à toucher du front le ciel que j’ai rêvé.
Mais la fortune enfin de mes désirs se joue,
Et la marée un soir me rejette; j’échoue,
Et sur le sable nu d’un rivage de deuil
Je reste solitaire et dévoré d’orgueil.
J’avais conçu la lutte et les grandes colères,
L’antique Rome avec les faisceaux consulaires,
La foule qui s’agite ainsi qu’un champ de blé,
Et ma voix s’élevant jusqu’au ciel étoilé!
Et rien. C’est vainement qu’aux nuits où je médite
J’approfondis encor ma science maudite;
Et j’ai beau, roi que sert un peuple de désirs,
Changer l’argile en or, en perles, en saphirs,
Faire de la matière un bizarre Protée
Et plier à mes lois la nature domptée,
C’est l’homme qu’à mes pieds je voulais abaisser!
Je rêvais l’action: je suis fait pour penser.
Eh bien, tant pis! Dans l’ombre où j’ai caché ma vie,
Qu’empoisonne en secret le venin de l’envie,
Je peux, quand il me plaît, me repaître les yeux
De spectacles vraiment nouveaux et merveilleux,
Me coucher sur un tas d’énormes pierreries
Qui n’iront pas dans les chevelures fleuries
Darder leurs yeux ardents qui fourmillent d’éclairs.
Je peux échafauder vingt palais dans les airs,
Y faire flamboyer le pur métal des trônes!
J’accouple, si je veux, des nymphes et des faunes,
Je fais vibrer des luths sous d’invisibles doigts
Et je conduis des chœurs suaves de cent voix
Dont l’harmonie est si parfaitement exquise
Qu’on croirait, dans le vol azuré de-la brise
Fraîche, sentir passer une impalpable odeur!
Je me délecte ainsi de ma propre grandeur.
Ne croyant point, je suis le plus puissant des êtres:
J’ai vu le vent chasser la cendre des ancêtres,
Et mon œil, qui sonda le firmament divin,
L’embrasse tout entier d’un immense dédain.
Entre un Pauvre.
Voilà un honnête chrétien qui vient me demander la charité.
LE PAUVRE.
Ayez pitié de moi! Mes entrailles me crient que je n’ai rien mangé depuis deux jours, et je ne sais comment les faire taire.
LE VIEILLARD.
J’aurais voulu que tu me prisses ma bourse sans me déranger. De quel droit me voles-tu ma solitude?
LE PAUVRE.
Du droit qu’a de manger tout être qui a faim. Pourtant, j’aurais dû être plus politique. Si vous êtes un riche, laissez-moi mettre un genou en terre, baiser le bas de votre robe et vous offrir l’humble secours de mes prières. Si vous êtes un pauvre comme moi et que vous ayez eu faim, traitez-moi comme un homme et secourez-moi.
LE VIEILLARD.
Si quelqu’un venait me conter qu’un ventre affamé n’a pas de langue, je lui dirais qu’il en a menti. Tiens, voici de l’or. On ne donne pas de pain, ici.
LE PAUVRE.
De quoi vit-on, chez vous?
LE VIEILLARD.
On vit de haine, et on n’a pas le temps d’aller au marché. Va-t’en.
LE PAUVRE.
Cette somme est trop importante; je n’ose la prendre.
LE VIEILLARD.
Si la fortune t’effraie autant que la misère, meurs crucifié entre l’une et l’autre, et ne m’importune pas plus longtemps!
Exit le Pauvre.
Oma caverne, noire à faire peur aux loups!
Coffret sinistre où sont enfermés mes bijoux!
Garde fidèlement chaudières et cornues
D’où s’échappe un essaim d’apparitions nues
Qu’évoque la magie, et les creusets de fer
Où se feraient vraiment des mélanges d’enfer,
Si l’enfer existait ailleurs que dans nos têtes!
Onoires profondeurs, nul ne sait où vous êtes
Et ce qu’on fait ici. Ce jeune homme, lui seul,
Solitaire et toujours grave comme un aïeul,
Qui va, vêtu de noir et la tête courbée,
En quelque profond rêve ayant l’âme absorbée,
Vient s’asseoir sous mes murs noirâtres et fumeux;
Il reste tout le jour immobile comme eux,
Et moi, pendant ce temps, invisible, j’épie
Sur son front de damné quelque pensée impie.
C’est lui. J’entends son pas. Parlera-t-il enfin?
Entre Faust, égaré.
FAUST.
Oh! oui, l’amour doit seul être un plaisir divin!
Non ce banal amour qui se paie en dentelles
Et qui meurt dans la honte.–Ovous, les immortelles.
Glorieuse Vénus des jours évanouis,
Qui jetais ta clarté sur les monts éblouis,
Si tu m’apparaissais dans ta pourpre royale,
Si ta pourpre tombait, que ta chair idéale
Palpitât devant moi dans toute sa beauté;
Et toi, fauve Cérès, chère divinité
Qui nous laisses couper ta lourde chevelure...
Mais où donc êtes-vous? Si Satan vous torture,
Et le joyeux Bacchus tout barbouillé de vin,
Et Jupiter, qui fut maître du monde en vain,
Les sages, les héros et les belles déesses
Derrière elles traînant leurs opulentes tresses,
Et si, monde autrefois tout puissant, tu gémis
Sous la fourche d’airain des démons ennemis,
Ne ferais-je pas mieux de mêler à ta troupe
Mon âme insatiable, et de boire à la coupe
De ces plaisirs païens dont notre âge est sevré?
Ce rêve, dont mon cœur s’est si bien enivré,
Ces belles visions de festins et de fêtes,
L’or qu’on jette à poignée aux foules stupéfaites,
Les courtisanes qui rayonnent, les hautbois
Mêlant aux doux propos leur ironique voix,
Dans notre ciel mystique, un jour, les trouverai-je?
Oh! c’est la chair plus blanche encore que la neige,
C’est la chair de satin, ferme sous le baiser,
Qui me tente... Je sens mon cerveau s’embraser,
Satan! Je vends mon âme au prix d’une fortune;
Ou je ne suis qu’un fou dont se moque la lune.
Satan, te dis-je, prends mon éternel bonheur,
Mais laisse-moi goûter le charme empoisonneur
De l’orgueil satisfait, de la chair assouvie!
Faut-il jusque chez toi t’aller porter ma vie?
Le vieillard, caché pendant cette tirade, s’avance vers Faust.
LE VIEILLARD.
J’obéis; que veux-tu?
FAUST, reculant.
Quel diable est celui-ci?
LE VIEILLARD.
Pour mon empressement c’est là tout ton merci?
FAUST.
Ne pouvais-tu venir avec tes ailes noires,
Tes cornes et ta queue, au milieu de tes gloires,
Ou m’apparaître au moins sous forme de dragon,
D’hippopotame ou d’ours? Sans ton œil de faucon,
On te prendrait pour un triste amas de décombres
Que le temps écoulé fit étrangement sombres.
Tu n’es pas l’Éternel, que tu sembles si vieux?
LE VIEILLARD.
Ne nous amusons pas. Je peux, s’il te plaît mieux,
Évoquer devant toi serpents aux ailes bleues,
Chimères déroulant leurs formidables queues
Et taureaux monstrueux prêts à prendre l’essor;
Mais, étant conseiller d’enfer, je garde encor
Et garderai toujours la noble face humaine:
Car Satan n’est qu’un bras, et c’est moi qui le mène.
FAUST.
Honnête conseiller de cette bonne cour
Où rois et cardinaux descendent tour à tour
A leurs catins d’hier s’accoupler dans les flammes,
Est-il vrai que ton maître aime acheter nos âmes,
Nous donner en retour or, science et pouvoir,
Et nous reçoive ensuite en son royaume noir?
LE VIEILLARD.
Tiens, signe seulement ce parchemin antique.
FAUST.
Avec mon sang?
LE VIEILLARD.
Avec de l’encre..
FAUST.
C’est pratique.
Et les conventions?
LE VIEILLARD.
Nous les ferons plus tard,
Tout à loisir.
FAUST.
Et si tu mentais, par hasard?
Ne peux-tu m’évoquer quelque reine de Grèce?
Je veux que tout entier ton pouvoir m’apparaisse.
Ne pourrais-je la voir, lui parler, l’adorer,
Cette Hélène qui fit autrefois dévorer
Troie entière par un furieux incendie?
Porter ma main qui brûle et ma lèvre hardie
Sur son sein qui bondit comme la mer?
LE VIEILLARD.
O vous,
Prêtresses qui chantiez sa louange à genoux,
Femmes qui jalousiez cette grâce infinie,
Vous, sa suite à travers les flots de l’Ionie,
Néréïdes aux yeux glauques et transparents,
Éteintes aujourd’hui, pâles spectres errants
Sans vie et sans chaleur qui hantez des ruines,
Je veux qu’un nouveau souffle emplisse vos poitrines,
Que vos yeux obscurcis resplendissent encor
Et que vos lourds cheveux roulent comme de l’or.
Pendant qu’il parle, des apparitions lumineuses emplissent la caverne. Les nymphes dansent, silencieuses, au son d’une musique aérienne.
Paraissez, mêlez-vous en danses plus légères
Que les vents du matin tournant dans les fougères;
Grisez-nous du parfum de mille voluptés,
Riez, soyez des fleurs vivantes, et chantez!
Tu le vois, ces vieux murs s’illuminent; la joie
Avec tant de lumière en ma grotte flamboie.
La belle antiquité, se levant du tombeau,
Jusqu’au ciel radieux lève son clair flambeau.
Sens-tu comme les longs cheveux, les fines robes,
Les écharpes frôlant ces nobles seins en globes,
Dégagent des parfums à rendre un homme fou?
FAUST.
OBeauté! te louer et ployer le genou,
Et te tendre les mains du fond de ma misère,
Fait frissonner d’amour ma substance grossière.
C’est donc vrai, ton pouvoir sait me charmer les yeux,
Concentrer un instant toute ma vie en eux;
Tu peux faire surgir les anciennes années,
Les arracher aux mains des dures destinées,
Et la chaîne de fer dont nous sommes si las,
Tu peux soudain la faire envoler en éclats!
A mesure qu’il s’anime, les apparitions gracieuses font place à une cohue de démons. La musique devient lugubre.
Pour la première fois, pleins de force et de haine,
Mes bras ont secoué cette accablante chaîne,
Et j’offrirais mon front nu sous le sombre ciel
Au glaive étincelant de l’archange Michel.
D’où vient qu’un sang nouveau bouillonne dans mes veines,
Que vous disparaissez, superstitions vaines,
Ainsi qu’une comète à la robe de feu,
Et que mon faible cœur se sent fort contre Dieu?
LE VIEILLARD.
Bien que précipité du séjour de la gloire,
Crois-tu donc que Satan, en perdant la victoire,
Ait perdu son orgueil et sa haine à la fois?
Il siége, sombre et dur, le plus puissant des rois;
Parfois, dans sa colère, ébranlant de sa lance
Le noir palais où règne un horrible silence,
Et menaçant le Ciel qui l’écoute. Crois-tu
Qu’après avoir osé, souffert, et combattu
Contre ce Tout-Puissant que la lâcheté prône,
Nous renoncions si vite à renverser son trône?
Nous avons des engins de guerre monstrueux,
De quoi faire flamber cette voûte des cieux,
Ce pavé de turquoise aux dalles lumineuses,
Qu’étayent des piliers de pierres précieuses.
Au glaive, quand viendront les tardifs repentirs,
Nous opposera-t-on la palme des martyrs?
Les beaux anges, voilés de légères écharpes,
Nous arrêteront-ils avec le son des harpes?
Les bienheureux diront leur chapelet en vain!
Alors, on entendra bêler l’agneau divin;
Les orateurs sacrés nous feront des harangues,
Mais tout s’écroulera sous la fourche à trois langues.
FAUST.
Hélas! quel souffle a donc emporté sans retour
Les apparitions charmantes de l’amour?
Pour m’éblouir les yeux, dis-moi, reviendront-elles
Avec les chants et les parfums, ces immortelles?
Cette sombre puissance effarouche mon cœur
Qui d’un dernier effroi ne peut rester vainqueur.
Certes, la vision tout à l’heure évoquée
D’une religion si splendide et si gaie
M’avait conquis à toi: mais, sans être pieux,
Ces menaces de haine et ces cris furieux
M’ont rappelé qu’un Maître effrayant et sublime
Vous a tous foudroyés et jetés dans l’abîme.
Pourquoi donc m’en parler? Ne valait-il pas mieux
Me laisser espérer que, loin de tous les yeux,
Nous attendaient, dans les ténèbres enfouies,
Des voluptés sans nom, des grandeurs inouïes,
Où nos remords devaient sombrer jusqu’au dernier?
Mais engager la lutte avec vous! renier
Celui qu’ont célébré guerrier, roi, prêtre et mage,
Dont. le souffle m’a fait une âme à son image,
Et qui peut à mon front, que rien n’éclaire plus,
Faire luire soudain la flamme des élus!
Crois-tu donc que ton maître et ses cent mille diables
M’aient su persuader de leurs cris effroyables?
Que je vais de bon cœur, parce qu’ils ont flambé,
Moi, me laisser rôtir près de l’ange tombé?
Que je vais, me mêlant à d’horribles mystères,
Faire le chevalier pour vous avoir des terres?
Non. Je t’ai demandé l’adorable Beauté
Qui parut un moment dans le cercle enchanté;
Je voulais le plaisir, la richesse et la gloire...
D’où sortent tous ces gueux à la figure noire?
• Sur ma tête, je n’ai jamais brigué l’honneur,
Bon vieillard, d’avoir l’air à ce point ramoneur;
Je ne sais quel métier sous la terre vous faites,
Mais je vois les affreux diablotins que vous êtes!
LE VIEILLARD.
Tu les traites bien mal. Des ramoneurs? Mais non,
Ce sont de merveilleux esprits. Dis-nous ton nom,
Toi, le plus grand.
UN DÉMON, s’avançant.
Je suis l’Orgueil. Quelle puissance
Me force, dans ces lieux où pas un ne m’encense,
A parler devant vous, que je ne connais pas?
Si je ne vous voyais marcher le front si bas,
Je croirais qu’un de vous est mon père, peut-être.
Jusqu’ici, j’ai cherché. Nul n’a su me paraître
Digne d’un tel honneur.–Mais si je vous parlais
Plus longtemps... Je me tais, il suffit.
FAUST.
Tu me plais;
Je crois sentir passer ton être en moi. Quel rêve
Au-dessus de la triste humanité m’élève?
Se pourrait-il qu’en foule et les genoux pliés,
Les rois vinssent courber leurs têtes à mes pieds,
Traînant dans la poussière où je marche, tranquille,
Les plis majestueux de leur pourpre docile?
Le pape même est là qui m’implore... Ah! l’enfer
M’a saisi palpitant dans ses griffes de fer!–
Et toi, qu’es-tu?
DEUXIÈME DÉMON.
Je porte un nom fatal: l’Envie.
Puissé-je vous ronger pendant toute la vie
Pour avoir évoqué l’éternel Envieux
Parmi tous ces seigneurs puissants et glorieux,
Tandis que moi... pour un empire, pour le monde,
Je n’ajouterai rien.
FAUST.
Sois maudit, ver immonde