Kitabı oku: «La liturgie romaine et les liturgies françaises : détails historiques et statistiques»
Melchior Du Lac
La liturgie romaine et les liturgies françaises : détails historiques et statistiques

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066324889
Table des matières
DÉTAILS HISTORIQUES ET STATISTIQUES.
CHAPITRE PREMIER.
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
CHAPITRE IV.
CHAPITRE V.
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
CHAPITRE VIII.
CHAPITRE IX,
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
CHAPITRE XII.
CHAPITRE XIII.
CHAPITRE XIV.
CHAPITRE XV.
CHAPITRE XVI.
CHAPITRE XVII.
CHAPITRE XVIII.
CHAPITRE XIX.
CHAPITRE XX.
DÉTAILS HISTORIQUES ET STATISTIQUES.
Table des matières
CHAPITRE PREMIER.
Table des matières
DES DISCUSSIONS SUR LA LITURGIE.
Déjà publié sous une autre forme, l’écrit que nous offrons au lecteur a été l’objet de plaintes sévères et d’approbations bienveillantes; on a surtout blâmé, on a surtout loué le fait même de la publication. Ces jugements contradictoires, émanés de personnes également respectables par leurs vertus, leurs lumières, leur rang et leur autorité dans l’Eglise, n’ont rien qui doive surprendre: les choses se passent toujours ainsi lorsque deux opinions sont en présence, dont l’une a intérêt au combat, parce que, pour elle, combattre c’est vaincre; dont l’autre a intérêt au silence, parce que le silence est son seul espoir. Ceux qui veulent le maintien des Liturgies introduites dans nos Eglises au dix-huitième siècle, s’effraient des développements que prend la controverse; ils croient cette controverse fâcheuse et pleine de périls: leurs teneurs sont fort naturelles. Mais les hommes dévoués au triomphe de la Liturgie romaine ont d’assez bonnes raisons pour ne pas les partager; ils jugent de l’avenir par le passé, et disent avec M. l’Evêque de Langres:
«Que résulte-t-il donc aujourd’hui de tout ce qui s’est dit
«et de tout ce qui s’est passé au sujet de la Liturgie, en
«France, depuis quelque temps? Il n’en résulte que deux
«faits certains, mais déjà très précieux: le premier, c’est
«que l’attention publique est complètement éveillée, et les
«études sérieusement dirigées vers la science liturgique,
«abandonnée en France depuis long-temps. Le second, c’est
«que la propagation de la Liturgie parisienne est arrêtée, et
«que le mouvement de retour à la Liturgie romaine la remplace.
«A nos yeux, ce double fait est d’une grande importance,
«parce que, surtout, il est d’un grand avenir. Le plus
«difficile était de remettre en faveur des études discréditées
«et de faire réfléchir sur des habitudes dominantes; or, voilà
«ce qui est obtenu. D’une part, un point d’arrêt est mis à
«certaine propagande, et cela nous paraît définitif; de l’autre,
«le travail de régénération est commencé, et certainement
«il se poursuivra .»
Parmi les défenseurs des Liturgies modernes, plusieurs ont, cependant, confiance dans la bonté de leur cause; et s’il y a discussion, si d’abord le combat s’est engagé, si plus tard la controverse, après avoir langui quelque temps, s’est tout à coup ranimée, on le doit à leurs écrits. Sans prétendre diminuer le mérite du livre publié en 1840 par l’Abbé de Solesmes, il est permis de remarquer que les Institutions liturgiques ne sont pas une œuvre de polémique: ces deux gros volumes, pleins de recherches et d’érudition, s’adressaient manifestement aux gens d’étude et de cabinet, et n’avaient en aucune manière la prétention de passionner le public. Je sais que, depuis, la vogue ne leur a pas manqué, qu’ils sont devenus comme un arsenal où les critiques de nos Liturgies vont, l’un après l’autre, choisir leurs meilleures armes (le lecteur verra bien que nous comptons parmi ces plagiaires), et, M. l’Evêque d’Orléans l’a très bien dit, comme un drapeau autour duquel se rangent les défenseurs de la Liturgie romaine; mais il est douteux que l’ouvrage eût jamais obtenu ce genre de succès, si M. l’Archevêque de Toulouse ne l’avait pas signalé. De fait, ce ne fut qu’après la première brochure, partout répandue du vénérable Prélat, que les recherches silencieuses et pacifiques firent place à ce qu’on appelle proprement la controverse; le mouvement lent et régulier, de retour vers les doctrines d’unité, aux mouvements plus précipités d’une vive polémique. Toutefois, cette ardeur semblait s’amortir, on revenait paisiblement aux études patientes et calmes, lorsque, au commencement dé l’année dernière, M. l’Archevêque de Toulouse publia un nouvel écrit, et M. l’Evêque d’Orléans son Examen des Institutions liturgiques. A dater de ce moment, la discussion reprit avec une vigueur dont rien jusque-là n’avait pu donner l’idée, et eut bientôt un tel retentissement qu’il devint impossible aux journaux lus par les catholiques et par le clergé, de ne pas en rendre compte.
L’Univers dut subir la nécessité commune. Ses rédacteurs ne s’en plaignirent pas: encouragés par les paroles que nous rappelions tout à l’heure de M. l’Evêque de Langres, et aussi par les exhortations que leur adressaient directement plusieurs de ses vénérables collègues, ils étaient, d’ailleurs, pleinement rassurés par l’exemple de M. l’Archevêque de Toulouse et de M. l’Evêque d’Orléans. Quand les deux prélats n’apercevaient dans l’état des esprits, dans la situation de l’Eglise au milieu des partis, rien qui dû) les empêcher de donner à cette controverse un si grand éclat, c’eût été à des journalistes une fort sotte et fort ridicule vanité d’imaginer que leurs articles pouvaient avoir de l’inconvénient.
Telle est l’origine de notre opuscule: né de la controverse, il n’en peut être responsable; bonne ou mauvaise, utile ou dangereuse, la controverse avait lieu sans lui, elle aurait continué sans lui: cette simple réflexion sera notre excuse auprès des hommes tranquilles, sages et circonspects que le bruit fatigue, mécontente, inquiète. Quant à ceux qui trouvent la discussion fâcheuse, mais seulement lorsqu’elle est favorable à la Liturgie romaine, et auxquels tout plaidoyer pour les Liturgies françaises paraît au contraire excellent, utile, nécessaire et fort opportun, ils sortent de la question d’opportunité, ou plutôt ils la résolvent dans le même sens que nous, car s’il est opportun pour une opinion d’attaquer l’opinion contraire, il est manifestement opportun pour celle-ci de repousser l’attaque. Vous faites des articles, des brochures, des livres pour vos Liturgies; cette cause vous l’étayez tant bien que mal, de principes faux et dangereux, de faits dénaturés ou controuvés; dans l’intérêt de vos bréviaires et de vos missels vous inventez une histoire inouïe, une théologie encore plus étrange et plus nouvelle que ces missels et que ces bréviaires, et puis si quelqu’un s’avise de contredire, vous criez au scandale, vous l’accusez de troubler la paix, de jeter la division parmi les catholiques! Vous voulez qu’on se taise, afin de parler seuls: de la part des défenseurs de la Liturgie romaine, cela pourrait se comprendre, cette Liturgie est celle de l’Eglise même, et vous n’avez pas le droit de la juger; mais de votre part rien n’autorise une telle prétention, vos Liturgies, purement tolérées, ne sont pas inviolables. Il faut donc vous résigner à la contradiction, souffrir qu’on examine vos récits et vos arguments; permettre, quand on les rejette, d’expliquer pourquoi.
«Du moins faut-il le faire avec modération et ne jamais blesser ni la charité, ni les convenances.» — J’accorde ce point d’autant plus volontiers, qu’à mon avis vous-mêmes le mettez en oubli. Vous n’en conviendrez pas: tout est modéré, convenable et parfait dans vos écrits; tout se trouve excessif, inconvenant, anti-évangélique dans les écrits de vos adversaires. A vous entendre ce serait même là votre seul grief contre la Liturgie romaine, votre seul motif de tenir aux Liturgies modernes; peu s’en faut que vous ne promettiez d’accueillir la vérité lorsqu’on la présentera d’une façon plus aimable. Je crois bien qu’en effet, écrits d’un autre style, les livres que vous incriminez seraient un peu moins lus; que négligés du public ils n’auraient pas la vertu d’exciter vos colères; mais quoique vous prétendiez, le ton plus ou moins vif de la polémique n’est pas la vraie cause de votre irritation: vous n’êtes plus des enfants, vous êtes des hommes raisonnables, des hommes graves, et le fond vous touche beaucoup plus que la forme. Vous aimez vos Liturgies, vous ne voulez pas qu’on les tue; or, qu’on en parle froidement ou avec chaleur, qu’on les traite avec égards ou sans ménagements, dès qu’on parle contre elles, évidemment il s’agit de les immoler; c’est là ce qui vous fâche.
Nous comprenons votre douleur et nous la respectons. Dieu nous garde de flétrir le sentiment d’où elle procède, ce pieux attachement à la Liturgie qu’on a long-temps pratiquée, qu’on est habitué à vénérer comme l’œuvre de l’Esprit Saint, comme l’héritage sacré, comme la tradition léguée par les aïeux! Nous voudrions pouvoir suivre les conseils pacifiques de ceux qui nous disent: «laissez-les; à quoi bon les tourmenter? Leurs Liturgies sont déjà caduques, elles tombent d’elles-mêmes; le temps, la force des choses, sans qu’il soit besoin d’y mettre la main, les feront disparaître.» Mais nous savons que le temps ne fait rien tout seul, que la force des choses n’est qu’un mot si elle n’est pas le résultat des efforts et des travaux de l’homme; nous savons que le silence et l’inaction ne suffisent point à guérir un mal invétéré, et que la pitié est insensée lorsqu’elle se rend aux supplications du malade qui se plaît dans sa lèpre et la veut garder. Si déjà les Liturgies françaises ont perdu tout prestige; s’il y a un mouvement de retour vers la Liturgie romaine, on le doit aux écrits, aux discussions qui ont attiré l’attention sur ces Liturgies, qui ont fait connaître leur nature et leur origine; il faut continuer l’œuvre commencée, pour que la ruine expiatrice s’achève, pour que le mouvement réparateur se propage et s’accroisse.
«De pareilles controverses ont de grands inconvénients?» — Qui le conteste? La question est de savoir si les inconvénients du silence ne sont pas mille fois plus grands? Sans doute il serait désirable que, sur toutes choses, les catholiques se trouvassent complètement d’accord; mais puisque, en fait, cet accord n’existe pas, puisque sur des questions graves, deux pensées, deux doctrines, deux traditions: la tradition antique ou romaine, la tradition moderne ou gallicane, se disputent les intelligences, il est bon, il est nécessaire, que les deux doctrines s’examinent, se scrutent l’une l’autre, afin que la doctrine fausse disparaisse, et que l’union se fasse dans la vérité. Après tout, de quoi s’occupera donc le clergé s’il ne s’occupe point de ce qui le regarde? Quelles questions attireront son attention s’il dédaigne les questions ecclésiastiques? Ne vaut-il pas mieux discuter sur la Liturgie que de prendre parti pour ou contre des systèmes de philosophie ou de politique?
«En présence des ennemis de l’Eglise et de la guerre ardente qu’ils lui font, pourquoi ces luttes intérieures? Lorsque l’incrédulité sera vaincue, nous pourrons étudier en paix les questions ecclésiastiques, et les discuter sans inconvénient. » — Objection spécieuse, mais qui n’a rien de solide. Et d’abord, ces luttes nous fortifient au lieu de nous affaiblir: on peut les considérer comme des exercices salutaires par lesquels nous nous préparons à de plus sérieux combats, car elles ne vont point à déchirer le drapeau de l’unité, car elles ne nous divisent pas sur le terrain où l’on peut rencontrer l’ennemi. En second lieu, ce n’est point par la philosophie, par la science humaine que l’on triomphera des philosophes; on les vaincra par la science divine: c’est donc cette science qu’il importe surtout d’étudier, d’approfondir dans toutes ses parties. Pour faire la guerre, il faut des armes: les sciences ecclésiastiques, voilà les armes du Sacerdoce, et non pas la chimie, la physique, ou la philosophie profane. Or, après des révolutions qui ont tout bouleversé, qui ont interrompu la tradition des hautes études, et laissé le clergé en France sans universités, sans enseignement supérieur, il est tout simple que les sciences ecclésiastiques soient peu connues, qu’il y ait des points obscurs, douteux pour un grand nombre d’esprits; que des solutions diverses soient proposées, et que la discussion s’engage. Ces controverses sont un signe de puissance et de vie, une preuve irrécusable du goût, de l’amour renaissant du clergé pour les études qui lui rendront sa force et sa gloire.
Je sais bien qu’au dire de certaines gens, la question liturgique est de peu d’importance, que c’est à leur avis une question purement accessoire qui ne mérite pas d’occuper les hommes graves et dont il faut ajourner la discussion aux calendes grecques, quand on n’aura rien de mieux à faire. Mais une pareille opinion montre plus clairement que tous les syllogismes la nécessité d’éveiller l’attention publique et de diriger les études vers la science liturgique abandonnée en France depuis long-temps. Il faut en effet que cette science soit bien abandonnée pour que des personnages, distingués d’ailleurs par leur savoir et leurs lumières, aient pu en méconnaître à ce point la grandeur, l’étendue, les rapports intimes et profonds avec toutes les autres parties de la science sacrée. Nous n’entreprendrons pas de prouver que dans la religion catholique la Liturgie tient à tout, qu’un catholicisme sans Liturgie ne serait qu’un catholicisme incomplet, mutilé et faux; que, par conséquent, sans une connaissance réelle de la Liturgie, on n’a qu’une connaissance incomplète, mutilée et fausse du catholicisme; mais nous remarquerons que M. l’Archevêque de Toulouse et M. l’Evêque d’Orléans reconnaissent, comme M. l’Archevêque de Reims et M. l’Evêque de Langres, la gravité de la question. Les deux prélats n’auraient pas daigné descendre dans l’arène pour une question oiseuse.
On m’arrête et l’on dit: «M. l’Archevêque de Toulouse et M. l’Evêque d’Orléans n’ont pris la plume pour défendre les Liturgies françaises que parce que l’on avait critiqué ces Liturgies et exalté à leur détriment la Liturgie romaine.» — J’en conviens; mais pourquoi les ont-ils défendues, sinon parce qu’ils ont cru l’attaque digne d’attention? Et comment de semblables attaques seraient-elles graves, si les Liturgies n’ont par elles-mêmes aucune valeur? Ou vraiment la Liturgie est en soi chose indifférente; ou, au contraire, comme on l’a toujours cru dans l’Eglise, la Liturgie est chose sacrée, qui tient par son fond même à la religion, qui agit puissamment sur l’homme intérieur, qui a sur les peuples la plus grande influence. Dans le premier cas, pourquoi s’irriter contre ceux qui attaquent les Liturgies particulières? Pourquoi les réfuter avec tant d’ardeur? Si la Liturgie n’est qu’une affaire de goût; les goûts sont libres, et il est très permis de préférer la Liturgie romaine aux Liturgies françaises. Si les changements en cette matière sont sans inconvénient, il n’y a pas grand danger, ce semble, à s’occuper de Liturgie; il n’y a pas grand mal à dire que la Liturgie romaine devrait remplacer les Liturges modernes, à prier, à travailler pour amener cette restauration. Dans le second cas, la gravité même de la question justifie le zèle et la persévérance de ceux qui la traitent de bonne foi. Si de pareils changements ont des conséquences telles, qu’on doive flétrir et repousser avec indignation toute atteinte portée à des Liturgies nées d’hier et circonscrites dans les limites de quelques diocèses, ne doit-on pas, à plus forte raison, déplorer les atteintes portées, au dernier siècle, à la Liturgie romaine, les changements opérés depuis cette époque, et, par conséquent, chercher à effacer la trace de ces innovations? Si les Liturgies particulières sont dignes de quelque intérêt, la Liturgie universelle a bien aussi des droits à l’amour des chrétiens; et, lorsqu’on s’échauffe, lorsque l’on s’emporte pour la gloire des Liturgies nouvelles, on devrait pardonner quelque chose à ceux qui combattent pour l’honneur de la Liturgie antique.
On a évalué à trente-quatre millions les sommes dépensées pour l’introduction et l’établissement des Liturgies françaises; l’on sait d’ailleurs quelle résistance rencontra, parmi le clergé et parmi les fidèles, cette nouveauté. Or, on ne viole pas les décrets des Conciles et du Saint-Siège, on ne brave pas le mécontentement des populations, on ne dépense pas trente-quatre millions pour rien, ou (ce qui est la même chose) pour le vain plaisir de donner à la prière une forme plus littéraire. Il est donc permis de croire que, si les auteurs des nouvelles Liturgies n’avaient attribué à la Liturgie aucune valeur ils n’auraient pas pris tant de peine, ils ne se seraient point imposé tant de sacrifices pour la transformer. Cette transformation avait un but, sans doute: plus on exalte le talent, le génie des hommes auxquels nous devons ces beaux chefs-d’œuvre, plus il est impossible de croire que de si grands esprits aient agi comme des enfants, et sans aucun dessein. Ce but, quel pouvait-il être, sinon d’ôter de la Liturgie romaine certaines choses qui leur déplaisaient, et de les remplacer par d’autres plus conformes ou moins contraires à leurs idées, à leurs sentiments? Ils n’ont changé que la forme, dit-on. Mais qu’est-ce donc que la forme d’un livre, sinon les paroles qui le composent; et conçoit-on qu’on puisse toucher aux paroles sans toucher plus ou moins aux pensées que ces paroles expriment, En tout cas, si les Liturgies nouvelles ne diffèrent en rien d’important de la Liturgie romaine, nous ne pouvons comprendre pourquoi l’on y tient, pourquoi l’on refuse obstinément d’en faire le sacrifice au bien de la paix, aux avantages incontestables et incontestés d’une plus parfaite et plus intime unité avec l’Eglise mère et maîtresse? Mais, si elles en diffèrent réellement, si elles ont été conçues et exécutées dans un autre esprit, si leurs auteurs ont voulu amoindrir ce que la Liturgie romaine rehausse, rehausser ce qu’elle amoindrit, s’ils ont prétendu faire prévaloir des tendances que cette Liturgie exclut, exclure des tendances que cette Liturgie consacre, nous comprenons encore moins que des catholiques puissent attacher quelque prix à leur conservation.
La question est grave assurément, répliquent certains Docteurs, et elle mérite d’être discutée; mais plus elle est grave, plus il importe qu’elle ne soit traitée que par des hommes compétents: or, en fait de Liturgie, les seuls juges compétents sont les Evêques; il est scandaleux de voir de simples Prêtres, ou même des laïques, entreprendre sur les droits de l’Episcopat, s’ériger en maîtres, trancher, décider en de telles matières. — Ce beau raisonnement va plus loin qu’on ne pense: si les laïques ne peuvent ni étudier les sciences ecclésiastiques, ni en parler, ni écrire sur les questions qui s’y rattachent, parce qu’ils ne font pas partie du corps sacerdotal; si, d’autre part, la même interdiction pèse sur le clergé du second ordre, parce que ses membres sont inférieurs aux Evêques, seuls chargés de régir les Eglises, de les gouverner, de prononcer comme juges, ne faudra-t-il pas aussi refuser le droit d’écrire aux Evêques eux-mêmes, sous prétexte que le Pape est leur supérieur et le seul juge souverain? Je connais des logiciens qui ne reculent pas devant celle conséquence et pour lesquels une Eglise ainsi pétrifiée, où tout membre serait immobile et toute intelligence muette, est le beau idéal. Par malheur, Notre Seigneur Jésus-Christ en a disposé autrement; le Sacerdoce qu’il a établi ne ressemble en rien aux Sacerdoces du paganisme, qui s’attribuaient le monopole de la vérité et la dérobaient aux regards des profanes avec un soin jaloux; ses Prêtres sont les Apôtres de la doctrine sainte, ils n’en sont pas les propriétaires, et laïques ou clercs, Prêtres ou Evêques, tous ont le droit ou plutôt le devoir de la connaître, de l’aimer, de la servir, de la propager, chacun dans la mesure de ses forces et des grâces qu’il a reçues; à tous il est défendu de tenir la vérité captive.
Eh quoi! s’écrie-t-on, prétendez-vous que le Prêtre soit égal au Pontife? — Sous le rapport de la science, le Prêtre lui est quelquefois supérieur: Saint Jérôme ou Saint Thomas d’Aquin, par exemple, avaient assurément plus de savoir que la plupart des Evêques de leur temps. D’ailleurs un homme est rarement universel, et le Prélat le plus instruit ignore toujours quelque point de la science ecclésiastique sur lequel le moindre de ses Prêtres peut avoir fait des études spéciales. Enfin il faut des livres au Prêtre, au fidèle, et ces livres, il est matériellement impossible que les Evêques les composent tous. C’est pourquoi l’Eglise n’a jamais défendu ni aux Prêtres ni même aux laïques d’aider, de suppléer l’Episcopat dans ce labeur. D’après le principe que nous combattons, il faudrait commencer par livrer aux flammes tous les ouvrages écrits sur les matières ecclésiastiques par d’autres que des Evêques! En attendant qu’on offre à la sécurité des Liturgies françaises ce léger sacrifice, on peut en sûreté de conscience, même sans être Evêque, écrire sur la Liturgie, ainsi que l’ont fait, dans les siècles passés, tant de liturgistes qui n’avaient pas reçu la consécration épiscopale et dont l’Eglise a béni les travaux.
Nous avons quelque honte de nous arrêter si long-temps à de pareilles objections. Ceux qui nous les adressent et qui prétendent par elles défendre les droits incommunicables de l’Episcopat, ne veulent pas voir qu’ils confondent de la façon la plus ridicule deux ordres de questions. Un Evêque, M. de Langres, a daigné pourtant le leur expliquer: «Quant à la
«question pratique de la Liturgie, elle se développera d’elle-même
«avec le temps; mais elle doit marcher plus lentement
«que la question doctrinale. Cette dernière est ouverte à l’examen
«de tous; mais l’autre est exclusivement entre les mains
«du chef de chaque diocèse. Partout c’est à l’Evêque seul
«qu’il appartient, et de donner le premier signal, et de faire
«arriver au but .»
L’auteur des Institutions liturgiques ne tient pas un autre langage: «Le mouvement de régénération de la Liturgie en
«France doit être accompli avec lenteur et prudence et par
«l’autorité des Evêques .» Et ailleurs: «Si j’ai cru pouvoir,
«à mon tour, écrire sur la Liturgie après tant et de si
«illustres Prêtres, les Mabillon, les Le Brun, les Zaccaria,
«et cette innombrable nuée de liturgistes, je me suis fait un
«devoir, dès qu’il s’est agi de la question pratiqué, d’en remettre
«exclusivement l’application à la prudence de nos
«Prélats .» A la suite de ce passage nous lisons: «Plusieurs
«Archevêques et plusieurs Evêques de l’Eglise de
«France, loin de se tenir pour offensés de mes conclusions,
«s’étaient donné la peine de m’écrire pour me témoigner
«leurs sympathies et leurs encouragements. Depuis la publication
«de votre Examen, Monseigneur, d’autres Prélats
«que je n’en avais pas sollicités, ont bien voulu m’adresser
«les témoignages de leur honorable intérêt, etc.» Les Evêques approuvent donc et font eux-mêmes cette distinction si simple entre le droit d’écrire sur la question et le droit de décider la question dans les diocèses.
Enfin nous invoquerons une autorité que nos adversaires ne sauraient récuser: celles des Evêques du dix-huitième siècle. A qui confièrent-ils la composition, la rédaction, l’ordonnance des Liturgies nouvelles? A des Prêtres, à des acolythes, à des laïques; ils ne croyaient donc pas que ce fût un péché à des Prêtres, à des laïques, de travailler sur ces matières? — Ce n’est point, dira-t-on, ce qu’ils firent de mieux! — Oh! pour cela, d’accord: mais nous, nous n’allons pas si loin; nous n’avons garde de revendiquer pour le Prêtre, pour le laïque, le droit d’écrire, la Liturgie, de mettre sur les autels à la place des Liturgies antiques, les œuvres de son esprit; nous demandons simplement pour le Prêtre, pour le laïque, la permission d’écrire sur la Liturgie, de défendre la Liturgie consacrée par l’autorité de l’Eglise et conservée depuis l’origine du christianisme par la tradition.
Cette permission, quelques-uns veulent bien l’accorder au clergé ; mais les laïques, à leur avis n’y peuvent prétendre, de semblables questions ne les regardent pas. — Pourquoi donc? Les laïques n’appartiennent-ils pas à l’Eglise? Ce qui intéresse le clergé, ce qui intéresse l’Eglise par conséquent, leur peut-il être indifférent? La Liturgie ne les touche-t-elle pas encore plus que tout le reste? Le laïque prie avec le Prêtre dans le temple et alors même que le Prêtre prie seul, il prie pour le peuple. Quand le Prêtre récite son bréviaire il remplit une de ses fonctions les plus saintes: député pour cela, par l’Eglise, il prie au nom de l’Eglise et non pas en son propre et privé nom; comment interdirait-on à des chrétiens de savoir ce qu’est sa prière? Pourrait-on d’ailleurs citer une loi de l’Eglise qui défende aux laïques de s’occuper des questions que les Prêtres, que les Evêques discutent publiquement? Cela même serait-il possible? Interdira-t-on aux laïques de lire les écrits des Prêtres et des Evêques, et s’ils les lisent de se laisser convaincre? de juger que de deux opinions contraires l’une est vraie, l’autre fausse, et de prendre la liberté que se donnent les membres du clergé, les membres de l’Episcopat, en embrassant la doctrine qui leUr paraît plus conforme à l’enseignement catholique. Ah! loin de détourner les laïques de l’étude des sciences sacrées, que le clergé les y engage au contraire! Que craint-on? est-ce qu’une connaissance plus approfondie de la religion peut nuire? Est-ce que l’Eglise a quelque intérêt à voir ses enfants demeurer étrangers à ce qui la regarde et consacrer exclusivement toutes leurs facultés aux choses du monde, aux études profanes? Est-ce que l’Eglise les a jamais empêchés de connaître la doctrine sainte et de la défendre? Boëce était laïque, et les plus grands docteurs ont commenté ses écrits; saint Prosper, l’ami de saint Augustin, était laïque et combattait les hérétiques ennemis de la grâce; Arnobe était païen, il demanda le Baptême; on y mit pour condition, qu’il composerait et publierait, avant de le recevoir, ses livres contre l’idolâtrie: que d’exemples ne pourrai-je pas citer? — Vous voulez bien que le laïque prie, qu’il accoure dans nos Eglises, qu’il se plaise à nos solennités? Comment s’y plaira-t-il s’il ne comprend rien à ce qui s’y passe, si les divins offices ne sont pour lui qu’un vain spectacle, s’il est incapable d’en suivre les paroles, d’en pénétrer le sens. Laissez-le donc étudier la Liturgie, et même, si cette fantaisie lui vient, laissez-le prendre parti dans la querelle; il y met de l’ardeur, de la passion, tant mieux! c’est qu’il aime Dieu et la sainte Eglise; qui ne les aime point ne se soucie guère de telles discussions!
Sans doute on a le droit de demander au laïque qui se mêle d’écrire, du talent, du savoir, des études sérieuses, une réelle connaissance des questions débattues; mais cela même, on a le droit de le demander au Prêtre: tout bien considéré, un bon écrit par un laïque instruit, vaut mieux qu’un méchant livre par un clerc ignorant.
Entre Prêtres et laïques la solidarité est plus étroite qu’on ne pense: il y a action et réaction de la société ecclésiastique sur la société séculière et de celle-ci sur celle-là. Un niveau commun s’établit au-dessus de l’une et de l’autre; le clergé subit toujours à quelque degré l’influence du monde et ressent inévitablement quelque atteinte des maladies qu’il ne sait pas guérir. Chez un peuple où les laïques, en matière de religion, croupissent dans l’ignorance, il est fort à craindre que les Prêtres n’aient pas toute la science qu’ils devraient avoir. De même quand les laïques s’instruisent, la science du clergé grandit et s’élève. Si donc, aujourd’hui, les laïques, en France, commencent à se préoccuper des questions religieuses, à s’enquérir de ce que fait et ne fait pas le clergé, à trouver de l’attrait dans les sciences ecclésiastiques, à diriger de ce côté leurs recherches et leurs travaux; malgré quelques écarts, et pour eux et pour le clergé c’est un fort bon symptôme.
Dans les questions controversées, c’est-à-dire dans les questions comme la question Liturgique, où il voit ses guides naturels partagés et divisés, le laïque, s’il est prudent, se rangera toujours du côté de l’autorité la plus haute: entre quelques Eglises particulières et l’Eglise universelle, entre quelques Evêques et tous les autres Evêques unis au Saint-Siége, il se décidera pour ces derniers; voilà tout ce qu’on peut raisonnablement exiger de lui. Mais on ne peut point demander qu’il se bouche les oreilles, qu’il ferme les yeux, afin de ne pas entendre et de ne pas voir ce que disent, ce que font à la face du monde, les Prêtres, les Evèques et le Pape. On ne peut point, par exemple, lui imposer l’obligation d’ignorer que le Concile de Trente a solennellement proclamé la nécessité de rétablir dans toute l’Eglise latine l’unité Liturgique romaine; que les Papes l’ont rétablie en effet et déclaré qu’elle devait l’être par l’autorité du Pontife, par des Bulles scrupuleusement exécutées dans toute l’Eglise, en France comme ailleurs; qu’au dix-huitième siècle, l’anarchie parmi nous remplaça l’unité, et que maintenant il s’agit de savoir si celle anarchie sera maintenue. Mais puisqu’il est impossible que le laïque, à moins d’être complètement étranger à l’histoire de l’Eglise et indifférent à tout ce qui touche la religion, n’ait pas de ces grands faits quelque connaissance, comment l’empêchera-t-on de les apprécier, d’en tirer les enseignements qui s’offrent d’eux-mêmes et d’en faire l’application. Il consulte le Bullaire, je suppose; et rencontre dans une Bulle de Clément VIII, les paroles suivantes: