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Onésime Monprofit
Les murs de Paris en avril 1873

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066328184
Table des matières
INTRODUCTION
I
II
III
IV
PREMIÈRE PÉRIODE
ORIGINE DES CANDIDATURES
COMITÉ FÉDÉRAL RÉPUBLICAIN D’ACTION ÉLECTORALE DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE.
CONGRÈS ÉLECTORAL RÉPUBLICAIN RADICAL DU DÉPARTEMENT DE LA SEINE
DEUXIÈME PÉRIODE
LA LUTTE ÉLECTORALE
TROISIÈME PÉRIODE
DERNIERS JOURS
POST-SCRIPTUM
INTRODUCTION
Table des matières
I
Table des matières
Je ne crois pas que, dans aucun temps, dans aucun pays, le pouvoir se soit mis aussi directement en cause qu’il vient de le faire pour l’élection du 27 avril. On comprend que, dans des élections générales, alors que le pays tout entier est appelé à renouveler une Assemblée, les membres d’un ministère se présentant au suffrage des électeurs, le gouvernement considère la nomination de ses ministres comme une sanction apportée aux actes du cabinet.
Mais, — et les journaux étrangers l’ont bien fait remarquer, — qu’à propos d’une élection partielle survenant à la fin d’une législature, aux yeux de tout le monde depuis longtemps épuisée, le chef du pouvoir présente son ministre favori et fasse pour ainsi dire de son élection une affaire personnelle, voilà qui est souverainement impolitique. Disons-le tout de suite, M. Thiers a fini par comprendre que cette manière de se faire décerner par une ville un vote de confiance dépassait la limite imposée aux prétentions du pouvoir.
A cette heure, après l’échec, M. Thiers a renoncé de lui-même à sa première idée. Il a eu le bon esprit de ne pas se formaliser de la leçon qu’il venait de recevoir, et il semble en avoir pris son parti.
C’est cette façon dont la lutte électorale a été posée à Paris qui la rend curieuse et intéressante.
Tout d’abord, nous voyons des maires nommés par le pouvoir, fonctionnaires complétement en dehors du corps électoral, offrir la candidature à M. de Rémusat. Immédiatement, les journaux officieux commencent la campagne.
Le Temps, le Journal des Débats, comme le Bien public, comme le Soir, comme le XIXe Siècle, acceptent l’idée et mettent un acharnement véritable à la défendre.
Le moment cependant n’était pas encore arrivé de se lancer à fond. L’Assemblée de Versailles était occupée par des discussions graves et du plus haut intérêt pour le pays. On délibérait sur les conclusions de la Commission des Trente; la loi contre la municipalité de Lyon allait être mise à l’ordre du Jour; enfin, le décret de convocation des colléges électoraux n’était pas signé.
Cette discussion anticipée de la candidature de M. de Rémusat s’arrêta donc subitement. Mais la polémique du premier moment avait eu ce résultat de dessiner nettement les partis. On pouvait être certain que la candidature du ministre des affaires étrangères serait combattue avec énergie par les organes de la démocratie; il était évident aussi qu’elle le serait par ceux de la légitimité et du bonapartisme: les journaux de la présidence et les feuilles orléanistes allaient seules tenir la campagne.
Le 3 avril parut au Journal officiel le décret convoquant les électeurs des Bouches-du-Rhône, de la Corrèze, de la Gironde, du Jura, de la Marne, du Morbihan, de la Nièvre et de la Seine .
Le gouvernement venait de commettre une grande faute en ne convoquant pas les autres colléges vacants, et surtout en laissant de côté le département du Rhône. C’était une faute, parce que, sous prétexte d’empêcher Lyon de protester contre la mutilation de ses franchises municipales, on allait donner à la lutte qui s’engageait un caractère beaucoup plus sérieux. Une question de principe allait être mise en jeu. M. Thiers, pour satisfaire les rancunes de la droite, compromettait gravement ce qu’on est convenu d’appeler sa politique.
Il put bientôt s’en apercevoir. En face de la candidature de son ministre, le parti démocratique tout entier posa celle de l’ex-maire de Lyon.
Le parti démocratique, en cette circonstance, fit preuve d’une discipline vraiment admirable. Le nom de M. Barodet ne fut mis en avant qu’au moment précis où cela devint nécessaire.
On ne compromit pas cette candidature par un zèle prématuré , comme celle de M. de Rémusat; mais aussitôt elle rallia autour d’elle tous les sincères amis du peuple. Les citoyens dont les noms avaient été mis en avant: MM. Lockroy, Nadaud, Ranc, Dupont de Bussac, se retirèrent spontanément.
Un Comité d’études, composé de quelques citoyens connus pour les services rendus à la cause républicaine, se forma. Un plan d’organisation fut discuté et adopté. Huit délégués, pour chacun des arrondissements de Paris, et douze pour chacun des arrondissements de Sceaux et Saint-Denis, devaient former un Congrès républicain radical. Tous ces délégués furent nommés dans des réunions publiques, ou des réunions privées formées par un grand nombre d’électeurs.
La crainte d’éloigner certains républicains modérés, ralliés à la candidature Barodet, fit proposer un changement dans le titre. La dénomination de Congrès républicain démocratique fut adoptée, mais seulement à une faible majorité.
Après avoir nommé son bureau, le premier soin du Congrès fut de choisir son candidat. Chaque délégué avait reçu le mandat de soutenir la candidature de l’ex-maire de Lyon, et le nom de M. Barodet fut acclamé à l’unanimité.
Les journaux qui s’étaient tant hâtés de mettre eh avant le nom de M. de Rémusat, ne reprenaient pas vite la campagne. Il y avait à ce retard une raison péremptoire: M. de Rémusat ne se prononçait pas encore. Des démarches avaient été faites auprès de lui pour le prier d’accepter, mais n’avaient point encore abouti. Quelques membres de la gauche: MM. Arago, H. Martin, Langlois, Tirard, Leblond, se réunissaient chez M. Carnot père, et demandaient une réponse définitive.
On résolut de faire une dernière tentative. En cas de refus, on avait choisi, pour présenter aux électeurs de Paris, M. Valentin, ancien préfet du Rhône.
Il semble que ce qui arrêtait M. de Rémusat, c’était la façon au moins singulière dont il avait été mis en avant. Il lui répugnait de prêter son nom pour une candidature aussi ouvertement officielle. Cependant, prié à la fois par M. Thiers et par le groupe Carnot, il accepta. On peut croire, toutefois, qu’il n’accepta qu’à la condition que le décret convoquant les électeurs du Rhône fût signé. Ces deux actes, en effet, furent simultanés. Le journal officieux le Soir annonça les deux nouvelles de telle sorte qu’il n’y eut pas à s’y tromper. On verra plus loin cette pièce, que nous avons reproduite en lui conservant sa physionomie .
C’était donc bien une candidature officielle qui était posée à Paris, tellement officielle qu’on offrait presque ouvertement à M. Barodet la candidature à Lyon.
II
Table des matières
La publication de la circulaire que M. de Rémusat adressa aux électeurs du département de la Seine devança de deux jours la promulgation du décret. Un journal officieux accusa M. de Goulard, ministre de l’intérieur, d’avoir volontairement retardé l’insertion au Journal officiel.
La circulaire de M. de Rémusat, délibérée, dit-on, en conseil des ministres, rencontra immédiatement des adhérents parmi les députés du centre gauche, et dans les rangs des conseillers municipaux qui forment, depuis l’élection Hérold, une sorte de centre gauche au conseil municipal de Paris. Elle fut approuvée aussi par l’aristocratie industrielle et financière.
Le parti démocratique, se plaçant tout-à-fait sur le terrain des principes, ne se laissa nullement influencer par les manœuvres du pouvoir. Il maintint la candidature de M. Barodet, et se prépara à la soutenir avec énergie. Il savait d’ailleurs que le peuple de Paris ne se laisse pas prendre facilement aux intrigues gouvernementales et qu’il a l’habitude de marcher droit au but qu’il veut atteindre, sans tenir compte des promesses qu’on peut lui faire pour le pousser à marcher contre ses intérêts.
Devant cette attitude résolue, les patrons de M. de Rémusat comprirent qu’il ne leur fallait négliger aucun moyen s’ils voulaient arriver au succès. Dans les deux comités formés pour soutenir le ministre des affaires étrangères, il semble qu’on avait donné pour mot d’ordre de ne rien épargner. Depuis le 14 avril, les affiches des couleurs les plus diverses se succédèrent sur les murs de Paris. Chaque jour, on en placardait de nouvelles, De plus, les journaux officieux et les organes habituels des d’Orléans contenaient des listes d’adhésions où les noms les plus inconnus s’étalaient avec fracas.
Les députés du centre gauche envoyaient l’un après l’autre, non pas une simple adhésion, mais de véritables lettres-manifestes recueillies religieusement par les feuilles de la Présidence . Peu importait qu’on fût représentant ou seulement électeur du département de la Seine! Faire réussir la candidature du ministre des affaires étrangères, c’était le point important.
Après les députés, après les conseillers municipaux, vinrent les particuliers. L’Italien Cernuschi, récemment naturalisé Français, retour depuis peu du Japon, ouvrit la liste. On vit alors affluer les noms des préfets en disponibilité, gens vivant de l’équivoque, prêts à suivre le pouvoir dans les aventures, et nombre de ces personnalités remuantes qui cherchent à placer partout leurs initiales, enfants perdus du barreau ou de la littérature.
Mais cela ne suffisait point encore. On cherchait l’appui d’une personnalité éclatante, et on avait les yeux tournés, depuis quelques jours, du côté de la dernière victime de la droite, du côté de M. Grévy.
L’ex-Président de l’Assemblée de Versailles, entouré d’une sorte d’auréole de puritanisme, considéré par beaucoup comme le type du républicain vertueux et intègre par excellence, M. Grévy devait, dans l’esprit des patrons de M. de Rémusat, réunir à la fois l’aristocratie conservatrice de ses priviléges, la bourgeoisie à courte vue, et le clan des républicans sincères, mais timides.
On eut l’adhésion Grévy.
Elle fut annoncée bruyamment, à grand renfort d’affiches .
Pendant que les comités organisés pour soutenir la candidature de M. de Rémusat cherchaient ainsi des adhérents de tous les côtés, et faisaient tapage à chaque nouveau partisan qu’ils rencontraient, le parti démocratique poursuivait sa campagne avec une admirable discipline. Au premier moment, un seul journal républicain avait manqué à l’appel, le Siècle. Son hésitation cessa le jour où il comprit le but de la candidature de M. Barodet, et où il vit que la pensée du peuple de Paris était d’exprimer nettement sa volonté au pouvoir. Dès lors six journaux, les plus populaires de Paris: l’Avenir national, le Corsaire, l’Evénement, le Rappel, la République française et le Siècle marchèrent à l’unisson.
Le Congrès républicain démocratique, dans sa seconde séance, avait affirmé ce principe que les frais de l’élection devaient être couverts par les électeurs. Les dépenses furent évaluées à 20,000 francs. Chaque comité d’arrondissement dut s’occuper de fournir sa part de cette somme. Disons tout de suite que les dépenses sont restées au-dessous des prévisions, et que 18,000 francs à peine ont été dépensés. Sans abuser de l’affichage, comme le firent les comités soutenant M. de Rémusat, les choses nécessaires furent faites.
Dans toutes les réunions publiques, la candidature de M. Barodet fut soutenue énergiquement. Au gymnase Pascaud, à la rue d’Arras, au Casino-Cadet, à la salle Rivoli, etc., et dans la banlieue, à Puteaux, à Levallois-Perret, etc., les candidatures en présence furent discutées avec calme, avec liberté, et les électeurs purent s’éclairer pour se prononcer, le jour du scrutin, en connaissance de cause.
Les légitimistes et les bonapartistes n’étaient pas. plus satisfaits, on le comprend, de M. de Rémusat que de M. Barodet. Ils cherchèrent un candidat. Quelques journaux avaient mis en avant le nom de M. Libeman. M. Libeman était complétement inconnu. Ses titres à représenter Paris étaient singuliers. Il avait, disait-on, tenté de préserver le Corps législatif de l’envahissement populaire au 4 septembre. Ceci le recommandait aux bonapartistes. On ajoutait que, pendant la Commune, il avait réussi à protéger la chapelle expiatoire construite en mémoire de Louis XVI. Il y avait, dans ce second fait, de quoi se faire bien venir des légitimistes.
Cependant, au bout de quelques jours, les nouveaux coalisés furent forcés de convenir qu’ils avaient là un piètre candidat. Alors eut lieu la réunion de la salle Herz, où ne furent admis que des monarchistes purs ou des bonapartistes consommés. Dans ce conciliabule, où les partisans de l’ordre montrèrent ce dont ils étaient capables, un comité fut nommé pour trouver un candidat. Ce candidat fut M. le colonel Stoffel, militaire un peu plus intelligent que beaucoup d’autres, connu surtout par ses rapports sur la Prusse. Le colonel Stoffel était un bonapartiste convaincu: il n’en fut pas moins adopté par le parti légitimiste, qui s’est souillé en cette occasion par un attouchement qu’il regrettera un jour.
Quelques autres candidatures se produisirent, mais isolément. D’ailleurs, elles sont insignifiantes. Nous avons reproduit, à titre de documents et pour être complet, dans le cours du volume, les professions de foi de ces candidats excentriques .
Malgré les adhésions quotidiennes publiées par les journaux officieux, malgré les affiches posées coup sur coup sur tous les murs de Paris, la candidature de M. le ministre des. affaires étrangères ne faisait point des progrès bien rapides dans le public. La déclaration Grévy, attendue si impatiemment et autour de laquelle on avait fait tant de bruit, ne produisait pas l’effet désiré. C’est à ce moment que s’organisèrent, sur tous les points de la capitale, les comités d’arrondissement et les comités de quartiers. Ces comités d’adhésion à la candidature de M., de Rémusat furent formés, ainsi qu’on peut le voir dans ce volume, de tous les gros négociants,.de tous les industriels, en un mot, de tout le tiers état enrichi. Il faut vraiment connaître bien peu l’intelligence de Paris pour se figurer qu’en mettant au bas de quelques phrases banales et louangeuses des noms de notables, on arrivera à convertir les travailleurs.
Mais, du moins, ces notables étaient électeurs et avaient le droit de propager leur manière de voir. Peut-on en dire autant des députés et des conseillers municipaux? Non! les élus, dans aucun cas, n’ont le droit de donner des conseils à leurs électeurs. Ils sont mandataires du peuple; ils doivent accomplir leur mandat, et c’est l’outrepasser que conseiller à leurs mandants de voter pour tel ou tel. Les comités formés pour soutenir M. le comte de Rémusat n’avaient pas reculé devant cette anomalie. Les députés et les conseillers municipaux de l’extrême gauche reculèrent un instant. Ils comprirent, toutefois, qu’il était nécessaire de s’expliquer franchement, et, tout en protestant contre la pensée qu’on aurait pu leur prêter de renverser les .rôles, ils donnèrent leur avis et publièrent les déclarations qui furent affichées .
III
Table des matières
Le 21 avril, les réunions publiques cessèrent: la candidature Barodet avait eu la grande majorité. La lutte se continua dans les journaux et sur les murs. Il n’y a pas d’exemple d’une semblable profusion d’affiches à propos d’une élection partielle Si nos renseignements sont exacts, un million deux cent mille affiches furent collées pendant la période électorale! Les derniers jours, les murs, les boutiques fermées, les monuments publics, ne suffisaient plus. On placardait sur les parapets des ponts, sur les candélabres des becs de gaz, sur les vespasiennes, sur les arbres .
Les journaux officieux combattaient avec acharnement. Pour toucher leurs adversaires, tous les moyens leur étaient bons. Malheureusement pour la cause qu’ils soutenaient, ils n’étaient pas d’accord avec leurs alliés du jour, les journaux orléanistes. Un point surtout les divisait: tandis qu’eux prenaient à la lettre la déclaration de M. de Rémusat et soutenaient qu’il voulait l’intégrité du suffrage universel, sans équivoquer sur le mot intégrité, les organes des d’Orléans prétendaient que le ministre des affaires étrangères voulait certainement conserver le principe du suffrage universel, mais qu’il voulait en réglementer l’exercice. De là, une polémique assez vive entre les alliés. Elle ne pouvait que faire du bien à la candidature de M. Barodet. Pour obtenir une solution, le 23 avril, dix journaux s’adressèrent à M. de Rémusat. Cette lettre n’obtint aucune réponse, et les journaux qui l’avaient signée, s’autorisant du proverbe: «Qui ne dit rien consent,» passèrent outre et continuèrent à soutenir M. de Rémusat comme candidat conservateur devant apporter des restrictions à l’exercice du suffrage universel.
Le Congrès républicain démocratique continuait son œuvre. Il provoquait des réunions privées sur différents points du département. Dans ces réunions furent prononcés des discours remarquables, notamment celui de M. Gambetta . La lettre de M. Louis Blanc, dont nous donnons aussi quelques extraits , fut lue dans une de ces réunions.
Le Congrès se décida, dans sa troisième séance, à faire |un Manifeste. Ce document, très important, fut publié par les journaux, mais trop tard pour qu’il pût être affiché .
Le 27 avril, Paris savait donc ce qu’il allait faire. La période électorale avait été longue. La lumière s’était faite complétement. Personné ne pouvait hésiter ou arguer de son ignorance. Aussi, les électeurs allèrent-ils au scrutin avec cet blenseme, ce calme, ce recueillement qui prouvent la force. Jamais élection n’eut un caractère plus simple et plus grand. Il y avait quelque chose de religieux dans la façon dont on se rendait au scrutin. Pas d’abstentions. Malgré une pluie battante, une pluie froide, les citoyens faisaient queue à la porte des sections de vote, et attendaient leur tour, sans se plaindre, avec la conscience d’accomplir un devoir sacré et d’exercer un droit indestructible. Dans les salles de vote, les attitudes étaient recueillies, et quand le président du bureau, un homme à cheveux blancs le plus souvent, prononçait la formule sacramentelle: «N... a voté,» un long frémissement parcourait l’assistance, et chacun comprenait qu’il n’y a rien d’aussi grand qu’un citoyen libre manifestant librement sa volonté.
Le soir, une foule calme aussi et presque recueillie se pressait aux abords des mairies, au Luxembourg, dans les rues Coq-Héron et de Mulhouse, attendant le résultat. Point de cris, point de discussions violentes. Chacun était ému: on causait presqu’à voix basse. Quand on annonçait un résultat, on répondait par le cri de: Vive la République! et on se recueillait de nouveau.
Vers minuit, le résultat définitif fut proclamé. Les cris répétés de: Vive la République! accueillirent la nouvelle de cette immense majorité donnée à M. Barodet. L’enthousiasme contenu jusqu’ici se manifesta alors, non pas bruyamment, mais par cette sorte de fraternité qu’on voit naître tout à coup entre les hommes dans les grands moments. Sans se connaître, on s’abordait, on se serrait les mains. L’émotion gagnait les plus fermes. On courait pour aller annoncer à ceux qui ne la savaient pas, la bonne nouvelle, et, chemin faisant, on la disait à tous les passants.
Le réveil d’une grande ville est un beau spectacle. Ceux qui ont été témoins de cette journée en garderont le souvenir.
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