Kitabı oku: «Ça !... et le reste»
Paul Bilhaud
Ça !... et le reste

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066300982
Table des matières
ÇA!... (PROFIL DE PARISIENNE)
MONSIEUR, MADAME ET BÉBÉ
RENCONTRE AUX CHAMPS
MOI, SI J’ÉTAIS PETIT OISEAU...
OBSESSION
HISTOIRE PONCTUÉE
BÉATITUDE
L’AMOUR MENDIANT
LES... DUPONT
LA REVANCHE D’ÈVE
LES DEUX PAYSAGES
L’AGNEAU ET LE LOUP
OFFRANDE
LES BAISERS
FLEUR SANS PARFUM
L’AMOUR EN PÉNITENCE
LES DEUX MARBRES
TROTTIN
UN IMBÉCILE
RÊVERIE DEVANT L’ANTIQUE
DEMAIN?...
VISION MÉTALLIQUE
MONSIEUR BÉBÉ
MADRIGAL ROCOCO
L’INCONSOLABLE
LA SONATE
CHARME DE JEUNE FILLE
LEVER D’AURORE
ATTENTE
RÊVEUSE
COUCOU!
IDYLLE
CHÉRETTE
SI...
LES MASQUES
CROQUERIES DE PRALINES .
ENFANTILLAGE
AU CLAIR DE LA LUNE (VARIATIONS)
COQUETTERIE
LA FIANCÉE DU TROMBONE A COULISSE
L’ÉTERNEL SERVAGE
L’UNIQUE BAISER
L’AME ERRANTE
CHANGEMENTS DE SAISONS
LES TOUTES PETITES (RONDE MÉLANCOLIQUE)
?
ÉVEIL
CHAT AU REPOS
PRIÈRE AUX YEUX
INCITATUS (SONNET OBSCUR)
LES TIMIDES
JEUNESSE!
SUZANNE ET LES DEUX VIEILLARDS
RÊVERIE FÉMININE
IMPRESSION D’AVRIL
LA DOUCHE
DOUBLE BÊTISE
ACTÉON
PRIÈRE AU PRINTEMPS (SOUVENIR D’UN DUR HIVER)
GRAIN DE BEAUTÉ
FÊTE AJOURNÉE
ZILDA ou FUMEZ, JEUNE HOMME! (BALLET)
PRÉAMBULE INDISPENSABLE POUR CEUX QUI, AU LIEU DE DANSER CE BALLET, VOUDRAIENT LE DIRE
PERSONNAGES
ZILDA ou FUMEZ, JEUNE HOMME!
SCÈNE PREMIÈRE
SCÈNE II
SCÈNE III
SCÈNE IV
SCÈNE V
SCÈNE VI
SCÈNE VII

PARIS.–I
P.-V. STOCK, ÉDITEUR
(Ancienne Librairie TRESSE&STOCK)
27, RUE DE RICHELIEU, 27
1903
Tous droits de traduction, de reproduction et d’exécution réservés pour
tous pays, y compris la Suède et la Norvège.
L’auteur et l’éditeur déclarent réserver leurs droits de traduction et de reproduction pour tous les pays, y compris la Suède et la Norvège.
Ce volume a été déposé au Ministère de l’Intérieur (section de la librairie) en mars1903.
De cet ouvrage il a éte tiré à part quatre exemplaires sur papier du japon et huit exemplaires sur papier de hollande, numérotés et paraphés par l’éditeur.
ÇA!...
(PROFIL DE PARISIENNE)
Table des matières
Chez cet être délicieux
Tout est au gré de la nature;
Les cheveux fous mangent les yeux
Et les yeux mangent la figure.
Le nez, avec des airs osés,
Malin, fripon, guette, furette;
La lèvre, tendue aux baisers,
A la riposte est toujours prête.
La main est fine, le pied vif,
Le bras, rond, tient bien à l’épaule;
La taille est droite comme un if,
Avec des souplesses de saule.
Tout ça c’est coquet, c’est gentil,
C’est l’esprit, le charme, la grâce;
D’où ça vient-il? Où ça va-t-il?
On ne sait, ça naît et ça passe.
C’est un fruit que nous aimons bien
Et dont la saveur est exquise;
Ça s’habille avec presque rien
Et c’est mis comme une marquise.
Ça renaît à chaque printemps,
Plus frais que la fleur odorante,
Et, quand ça possède vingt ans,
Ça les conserve jusqu’à trente.
Ça jette au delà des moulins
Plus de bonnets qu’un pape même
N’en pourrait bénir des deux mains
Et ça dit: «Moi, j’aime qui m’aime!»
C’est encor trop modeste, car
Lorsqu’on l’aime ça vous adore;
Ça n’a qu’un seul dieu: le hasard,
Et ça se couche avec l’aurore.
Ça vous a des chagrins d’amour
A fendre l’âme d’un apôtre;
Ça se tue une fois par jour,
Et ça meurt dans les bras d’un autre.
Tantôt béni, tantôt maudit,
Tête brune ou bien tête blonde,
Lorsque ça raisonne, ça dit:
«Bah! après moi la fin du monde!»
MONSIEUR, MADAME ET BÉBÉ
Table des matières
Madame rentre, monsieur part:
Affaires... cercle... politique...
Puis, éreinté, blême, asthmatique,
Monsieur rentre, à la nuit, très tard.
Monsieur rentre, madame part:
Théâtre... bal... concert... soirée...
Puis, la mine pâle, tirée,
Madame rentre, au jour, très tard.
Monsieur tout le jour absorbé,
Madame toute la nuit prise,
On se demande avec surprise
Comment a pu naître Bébé?..
RENCONTRE AUX CHAMPS
Table des matières
Il allait, tenant à la main
La fleur prise au bord du chemin,
Et sa voix éclatait, joyeuse.
Elle, marchant à pas posé,
Venait dans le sens opposé
Et chantait, en marchant, rêveuse.
Or, au détour d’un petit bois,
Tous deux se rencontrèrent,
Restèrent tous les deux sans voix
Et tous les deux se regardèrent.
Enfin lui, plus audacieux,
D’autant qu’elle baissa les yeux,
S’avança d’un pas sur la route.
Elle également fit un pas,
Sans savoir pourquoi, pour ne pas
Avoir l’air d’avoir peur, sans doute.
Il lui dit avec embarras:
–Bonjour, mademoiselle.»
Elle, un peu confuse et tout bas:
–Bonjour, monsieur,» répondit-elle.
Ce n’était pas compromettant,
Et ce simple bonjour pourtant
Fut loin de les mettre à leur aise;
Ils restaient là, sans dire un mot,
Lui, rougissant comme un pavot,
Elle, plus rose qu’une fraise.
Un oiseau jeta sa chanson
Au-dessus de leur tête:
–Ah dit-elle, c’est un pinson.»
–Non, dit-il, c’est une fauvette.»
Voyant qu’ils s’étaient donné tort,
Et désireux d’être d’accord,
Avec une grâce parfaite
Vite ils se donnèrent raison:
–Oui, disait-il, c’est un pinson.»
–Non, disait-elle, une fauvette.»
Il résulta de l’incident
La preuve incontestable
Qu’il était tout à fait galant,
Qu’elle était tout à fait aimable.
Pourtant il murmura, chagrin:
–Adieu! Suivez votre chemin,
«Votre promis attend, sans doute.»
Elle dit, comme avec regret:
–Votre promise m’en voudrait
«De vous attarder sur la route.»
–Ma promise? Je n’en ai pas
«Et ma peine est profonde.»
–Un promis? Moi? dit-elle, hélas!
«Personne ne m’aime en ce monde.»
Alors, se rapprochant un peu,
Sous l’effet de ce double aveu
Qui l’un vers l’autre les attire,
Les yeux baissés, troublés, émus,
Ils cherchent et ne trouvent plus
La moindre parole à se dire.
Mais chaque cœur bat en secret
Et bat et bat si vite,
Si fort qu’il devient indiscret
Et trahit l’émoi qui l’agite.
Si bien que lui, voyant soudain
La fleur qu’il tenait à la main,
L’offre et, d’une voix indécise:
–Je suis ton promis, si tu veux?»
Elle, la fleur dans ses cheveux:
–Si tu veux, je suis ta promise.»
Ils s’unirent au premier jour.
Et tout ceci nous montre
Que le cœur est fait pour l’amour
Et, sans le chercher, le rencontre.
MOI, SI J’ÉTAIS PETIT OISEAU...
Table des matières
Moi, si j’étais petit oiseau,
Je voudrais pas avoir de plume;
Quand on en a, ça tient trop chaud,
Quand on les perd, ça vous enrhume.
Je voudrais pouvoir, a mon gré,
Et selon la température,
Me promener tout nu, l’été;
L’hiver, rester chez moi nature.
Outre qu’il irait toujours bien,
Cet habit serait très commode:
D’abord il ne coûterait rien
Et ne changerait pas de mode.
Mais, étant un petit oiseau
Poli, sachant les convenances,
J’aurais un tout petit chapeau
Pour saluer mes connaissances.
OBSESSION
Table des matières
Je la vois encor, rose et blonde;
Voilà plus d’un an de cela!
Elle riait de tout le monde;
J’en rêve depuis ce jour-là.
Avec l’air d’un enfant qu’on gronde,
Elle consentit à chanter.
Je m’approchai, pour l’écouter...
Je la vois encor, rose et blonde!
Jamais artiste n’exhala
Plus tendrement un air plus tendre.
Il me semble toujours l’entendre!
Voilà plus d’un an de cela.
Tout autour d’elle on fit la ronde,
Pour la complimenter et pour
Lui faire même un peu la cour.
Elle riait de tout le monde
Ma timidité recula
Devant les perles de son rire,
Je fus seul à ne lui rien dire…
J’en rêve depuis ce jour-là!
HISTOIRE PONCTUÉE
Table des matières
Madame la Virgule et monsieur du Tréma
Devaient se marier ensemble. Mais voilà
Qu’elle apprend tout à coup que son futur–l’infâme!
Est actuellement épris d’une autre femme.
Elle le fait venir. Ils sont dans le salon.
Lui, ’ne se doute pas qu’elle en sait aussi long.
Très nerveuse, elle sonne. Un serviteur fidèle
Entre; c’est Guillemet. Ayant besoin d’air, elle,
Montrant au serviteur les fenêtres, lui dit:
–Ouvrez-les, Guillemet.»
Guillemet les ouvrit.
Alors, calmée un peu par les senteurs champêtres,
De nouveau montrant à Guillemet les fenêtres:
–Fermez-les, Guillemet.»
Guillemet les ferma.
Madame la Virgule et monsieur du Tréma
Restèrent seuls.
–J’étais, lui dit-elle, fort aise,
Mon cher monsieur, d’entrer dans votre parenthèse,
Mais puisqu’une autre femme est mieux à votre goût
Que moi,–ne niez pas, monsieur, car je sais tout,
Elle est jeune, jolie et se nomme Cédille,
Danseuse à l’Opéra, dans le premier quadrille–
Brisons donc là.»
Tout ça, dit d’un accent aigu.
Le pauvre du Tréma, piteux, mais convaincu
Qu’on se tire toujours d’affaire en étant brave,
Riposta d’un air digne, avec un accent grave:
–Madame!...»
–Assez, monsieur, point d’exclamation,
«Je ne souffrirai point d’interrogation!
Adieu!»
Du Tréma, certe, était très philosophe,
Mais vraiment, sous le coup d’une telle apostrophe
Et comprenant le faux de sa situation,
Il renonça soudain à tout trait d’union.
Prenant l’air fort pincé de quelqu’un qui se vexe,
Il fronça les sourcils en accent circonflexe
Et, se sentant coupable au fond sur plusieurs points,
Il sortit brusquement, en serrant les deux poings!
Une femme frappée ainsi, d’un coup si traître,
C’est affreux! C’est la mort! Et vous croyez peut-être
Que madame Virgule en mourut? Non, bien loin!
Elle s’éprit d’un autre, un certain monsieur Point,
Et bientôt eut lieu, sans que ce fût ridicule,
Le mariage très select Point et Virgule.
Ils eurent des enfants et l’on peut, à Chatou,
Voir pêcher plus d’un Point à la ligne.
C’est tout.
BÉATITUDE
Table des matières
Dans le pré vert, strlé par la flore champêtre,
Avec la majesté de leur grand oncle A pis,
Lentement, chaque jour, les vaches viennent paître
Et refaire du lait pour gonfler leurs longs pis.
Sans faire attention aux chétifs petits êtres
Que leur masse hypnotise, effarés et tapis,
Elles ruminent l’herbe en de béats bien-êtres
Ou se couchent dessus comme sur un tapis.
Et l’on croirait que rien de ces passives rousses
N’a le don d’animer le morne hébêtement.
Elles ont cependant des sensations douces,
Et l’on porte une envie au calme enchantement
Que donne à leurs yeux ronds, grands ouverts sur l’est
La contemplation du train express qui passe.