Kitabı oku: «Monsieur le Vent et Madame la Pluie»

Yazı tipi:

Paul de Musset

Monsieur le Vent et Madame la Pluie


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066307783

Table des matières

PRÉFACE.

I

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

ACTE PREMIER.

ACTE II.

ACTE III.

X

XI

XII

XIII

XIV

XV


PRÉFACE.

Table des matières

Vous saurez, mes chers enfants, qu’il y avait autrefois en Écosse un vieillard aveugle, à barbe blanche, nommé Ossian, qui jouait très-bien de la harpe, et qui courait les rues en chantant des poëmes de son invention. Son père Fingal avait été un grand guerrier, c’est pourquoi Ossian chantait, de préférence à autre chose, les exploits du grand Fingal, son père. Après la mort d’Ossian, des bardes continuèrent à chanter ses poëmes, et c’est ainsi que ses vers sont parvenus jusqu’à nous. Mais les bardes ajoutèrent aussi des vers de leur composition. Les uns chantaient l’histoire de Fingal d’une façon, les autres d’une autre façon, et il était impossible de reconnaître dans tout cela la véritable histoire du grand Fingal.

Un Anglais, nommé Macpherson, voulut démêler la vérité. Il partit pour l’Écosse, et rassembla les divers chants des bardes. Il les arrangea, les accorda entre eux, et en composa des poëmes que l’empereur Napoléon aimait beaucoup et lisait sans cesse. On a soupçonné Macpherson d’avoir imaginé une grande partie de ces poésies, et de les avoir mises sur le compte d’Ossian; mais c’est une chose qui n’est point prouvée. Qu’importe d’ailleurs de qui sont ces poésies, pourvu qu’elles soient belles et intéressantes!

Il en est de M. le Vent et de madame la Pluie comme du grand Fingal. Ma grand’-mère racontait l’histoire de madame la Pluie, sans parler de M. le Vent. Mon oncle savait l’histoire de M. le Vent, et ne disait rien de madame la Pluie. Ma nourrice, qui était de Bretagne, mêlait ensemble les deux histoires, et n’en faisait qu’une seule plus complète et plus merveilleuse. Il y a bien longtemps, je suis allé en Bretagne; et, pour suivre l’exemple de Macpherson, j’ai rassemblé tout ce qu’on y racontait de M. le Vent et de madame la Pluie, qui fréquentent beaucoup ce pays-là. Comme vos mamans vous apprennent sans doute à détester le mensonge, je ne vous dirai pas que je n’ai rien ajouté aux récits décousus des paysans bretons, parce que ce serait mentir; mais j’ai ajouté seulement ce qui était nécessaire pour lier les événements entre eux, et remplir les passages qui manquaient absolument. Puisse ce conte de nourrice, mes chers enfants, vous amuser encore plus que l’histoire du grand Fingal ne divertissait l’empereur Napoléon!


I

Table des matières

A peu près dans le temps que le bon roi Robert chantait au lutrin, vivait en Bretagne un pauvre meunier appelé Jean-Pierre, qui ne possédait pour tout bien que son moulin, une méchante cabane et un jardin potager, où il plantait des choux et des carottes. Jean-Pierre avait du malheur. Souvent il voyait d’autres moulins qui tournaient sur les collines du voisinage, tandis que le vent ne soufflait pas de son côté ; la pluie tombait dans le fond de la vallée, tandis que les légumes de son jardin dépérissaient par la sécheresse, malgré la peine qu’il prenait de les arroser. Comme il n’avait pas beaucoup d’esprit, Jean-Pierre ne faisait que répéter:

«Hélas! monsieur le Vent, ne voulez-vous donc pas souffler sur mon moulin? Et vous, madame la Pluie, ne tomberez-vous pas dans mon jardin, afin que je puisse gagner ma vie?»


Mais ses lamentations ne servaient à rien; le vent ne les écoutait point, et la pluie ne s’en souciait guère. Pour se désennuyer, le meunier épousa une jolie paysanne nommée Claudine, aussi pauvre que lui, mais active et bonne ménagère. Claudine nettoya la chaumière, raccommoda le linge, remit de l’ordre dans la maison, éleva des poules et porta les œufs au marché ; enfin son ménage commençait à prospérer un peu, lorsqu’elle devint mère d’un garçon, qui reçut le nom de Pierrot. Ce que Claudine avait amassé depuis son mariage suffisait à peine pour acheter un berceau, des langes et tout ce qui est nécessaire à une mère et à son enfant; elle y dépensa jusqu’à son dernier écu. Pour comble de malheur, elle tomba malade, et il fallut appeler le médecin du village. Jean-Pierre négligea son travail pour donner des soins à Claudine, car il n’avait pas de quoi payer une garde, et ces pauvres gens se trouvèrent tout à coup dans une misère affreuse.

Un soir qu’il veillait près de sa femme et de son enfant, qui dormaient tous deux, Jean-Pierre se mit à réfléchir sur sa triste position:


«Si tous mes maux, pensait-il, n’accablaient que moi seul, je ne me plaindrais pas; je suis assez robuste pour endurer le froid et la faim; mais ma femme aurait besoin de feu, de bons aliments, de médicaments pour se guérir, et je n’ai point de bois à mettre dans la cheminée, ni de viande pour faire du bouillon, ni l’argent nécessaire pour aller chez le pharmacien. J’aime mieux ma Claudine et son enfant que tous les trésors de la terre, ainsi je ne regrette point d’avoir épousé une fille aussi pauvre que moi; mais, au moins, si le vent voulait donc souffler sur mon moulin, je me tirerais d’embarras.»

Comme il disait ces mots, Jean-Pierre vit la flamme de la chandelle qui vacillait, et il entendit la girouette rouillée qui tournait sur le toit de la chaumière. Le vent commençait à souffler. Le meunier courut bien vite à son moulin. Il donna du grain à la meule pour toute la nuit; il délia le frein qui retenait les ailes, et aussitôt le moulin tourna et se mit à moudre le blé, et à le changer en son et en farine. Jean-Pierre revint ensuite auprès de sa femme qui continuait à dormir, et il se frotta les mains en songeant à l’heureuse nouvelle qu’il aurait à lui apprendre à son réveil.

Cependant la girouette rouillée gémissait avec plus de force; la chandelle faillit s’éteindre, et il fallut la mettre derrière un rideau, car il y avait tant de trous et de crevasses à la chaumière, que des courants d’air y entraient de tous côtés. La fenêtre était ébranlée, la porte remuait sur ses gonds, et la cendre de la cheminée volait à travers la chambre. Au milieu du tapage de la tempête, Jean-Pierre crut entendre les voix des esprits du Vent chuchoter des paroles à ses oreilles:

«Sifflons, disaient ces esprits, sifflons par ce carreau cassé. Tâchons d’arracher le papier qui le bouche. — Gémissons, gémissons par ce trou. — Accrochons-nous au chaume de cette masure. — Poussons, poussons cette porte mal attachée. — Bourdonnons, bourdonnons dans cette cheminée.»


Malgré l’étonnement que lui causaient ces voix mystérieuses, le meunier ne s’effraya point, et il leur répondait:

«Sifflez, gémissez, bourdonnez tant qu’il vous plaira, pourvu que mon moulin tourne.»

Au même instant, le loquet, qui ne tenait à rien, sauta, la porte s’ouvrit toute grande, et Jean-Pierre vit entrer une figure extraordinaire. C’était un personnage qui ressemblait plus à un génie qu’à un homme. Son corps pouvait se ployer dans tous les sens, tant il avait de souplesse et d’élasticité. Ses yeux brillaient comme du phosphore. Tantôt ses joues paraissaient maigres et plissées, tantôt elles s’enflaient comme des ballons. Sa large poitrine faisait le bruit d’un soufflet de forge. Les deux grandes ailes qu’il avait aux épaules n’auraient pas pu se déployer dans la chambre. Un manteau rouge d’une étoffe légère flottait autour de lui en faisant tant de plis, qu’on ne distinguait pas précisément les formes de son corps. Ses pieds rasaient la terre sans qu’il se donnât la peine de marcher; cependant, comme il venait de fort loin, il paraissait un peu fatigué :


«Donne-moi une chaise, dit-il à Jean-Pierre, que je me repose un moment chez toi, avant de poursuivre ma route.»

Le meunier offrit avec empressement sa meilleure chaise de paille.

«Asseyez-vous, monseigneur, dit-il, et reposez-vous chez moi aussi longtemps que vous voudrez. Ayez seulement la bonté de parler plus bas pour ne point réveiller ma femme qui est malade, et mon enfant nouveau-né.

— Ne crains rien, répondit l’étranger, le murmure de mes paroles les endormira, au contraire, plus profondément, Je suis M. le Vent, à qui tu as plusieurs fois adressé des prières. Tu ne t’étonneras pas de me voir un peu essoufflé quand tu sauras qu’en moins d’une heure je viens de visiter les côtes de la Bretagne entière, et de parcourir un grand espace sur l’Océan. Ton seigneur, dont le château est voisin, n’a pas voulu me recevoir. Ses gens ont fermé les portes avec de gros verrous, les fenêtres avec des volets solides, recouverts de tentures épaisses; c’est à peine si j’ai pu pénétrer dans ses escaliers par la lucarne d’une tour, et dans ses cuisines par un petit soupirail. Je me suis vengé sur les sentinelles qui montent la garde dans les cours du château, en renversant leurs guérites. Chez toi, au contraire, je trouve les murs percés à jour, le toit ouvert, les vitres brisées, le loquet mal attaché. Je n’ai eu qu’à pousser la porte pour entrer dans ta chaumière. Voilà une maison comme je les aime. Tu ne possèdes qu’une mauvaise chaise de paille, et tu me l’as présentée de bonne grâce: je te sais gré de cet accueil hospitalier. Demande-moi quelque service, Jean-Pierre, et je te le rendrai volontiers.


— Monsieur le Vent, dit le meunier, tout ce que je vous demande, c’est de souffler trois ou quatre heures par jour sur mon moulin.

— Mon pauvre Jean-Pierre, répondit M. le Vent, il ne m’est pas permis de sortir tous les jours. Madame la Pluie occupe le ciel pendant le tiers de l’année, et me chasse, comme une ingrate, aussitôt que j’ai amené ses nuages. Le soleil s’arrange encore plus mal avec moi. Je vis enfermé dans ma caverne pendant des mois entiers; mais j’aurai soin de t’envoyer les zéphyrs et les petits esprits qui vont, par mon ordre, examiner le pays matin et soir, et je leur commanderai de ne pas oublier ton moulin. Quand tu seras embarrassé, malheureux ou persécuté, viens me trouver dans ma caverne, et je te donnerai du secours. Je demeure là-haut, tout au faîte de la montagne du Midi.


— Eh! monsieur le Vent, s’écria Jean-Pierre, je suis malheureux et embarrassé à présent même. Venez tout de suite à mon secours.

— Il est trop tard pour aujourd’hui, répondit M. le Vent. Il faut que je parte à l’instant pour Paris, où j’ai une douzaine de cheminées à jeter par terre; et, dans une demi heure, je dois être rentré chez moi, car voici madame la Pluie qui me marche sur les talons. Adieu, Jean-Pierre.»

En parlant ainsi, M. le Vent s’élança d’un bond par la porte, déploya ses grandes ailes, et disparut. Au bout d’une demi-heure, les sifflements, gémissements et bourdonnements diminuèrent et finirent par se taire tout à fait. Le meunier reconnut que le vent était revenu de son voyage et rentré dans sa caverne sur la montagne du Midi; mais les petits esprits qu’il avait laissés derrière lui suffirent à faire tourner le moulin.


II

Table des matières

Aussitôt après le départ de M. le Vent, la pluie se mit à tomber, doucement d’abord, et puis ensuite à torrents. Les ruisseaux s’enflèrent, et quand la terre desséchée eut bien bu, il se forma de petites mares d’eau dans lesquelles les gouttes de pluie sonnaient comme des clochettes. Jean-Pierre crut encore entendre les voix des esprits de la Pluie:

«Tombons, disaient ces voix, tombons sur ce toit de chaume. — Mouillons, mouillons toute la maison. — Arrosons ces feuilles de choux. — Coulons sur ces cailloux.—Sonnons dans la gouttière. — Glissons sur cette poutre. —Sautons par ce trou. — Tombons, mouillons tout ce que nous pourrons, petites gouttes, gouttes, gouttes.»

Au lieu d’avoir peur, Jean-Pierre répétait:

«Tombez, mouillez, arrosez tant que vous pourrez; demain mon jardin sera plus vert, et mes légumes se porteront mieux.»

Comme M. le Vent avait brisé le loquet, et qu’il était sorti sans fermer la porte, le battant s’entr’ouvrit de trois ou quatre pouces. Par cet espace étroit, Jean-Pierre vit entrer une grande dame de figure singulière, qui ressemblait plutôt à une fée qu’à une femme. Son corps était un peu vaporeux, et son visage défait, comme si elle relevait de maladie. Ses cheveux ne frisaient point du tout et lui tombaient jusqu’aux talons. Ses yeux étaient voilés par deux ruisseaux de larmes, et son nez un peu enflé par le rhume de cerveau. Sa robe était entièrement grise et son manteau de même. Sur son écharpe de soie brillaient les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Cette dame s’avançait lentement sans qu’on vît remuer ses pieds; elle bâillait en étendant ses bras, et paraissait accablée, plutôt d’ennui que de lassitude.


«Donne-moi une chaise, dit-elle à Jean-Pierre, afin que je me repose un instant, avant que je descende dans la vallée.

— Asseyez-vous, madame, dit le meunier. Veuillez seulement parler bas, car ma femme est malade et mon enfant dort.

— Ne crains rien, reprit la dame; le bruit de mes paroles les endormira d’un sommeil meilleur. Je suis madame la Pluie, à qui tu as souvent adressé des invocations. Il y a cinq minutes, j’étais encore à huit cents toises au-dessus de la terre, c’est pourquoi je suis un peu étourdie de ma chute. Le seigneur du château voisin ma fermé au nez ses portes et ses fenêtres; mais je m’en suis vengée en mouillant jusqu’aux os ses sentinelles. Chez toi je trouve des crevasses aux murailles, des vitres brisées et la porte ouverte; aussi j’aime ta chaumière, et je me souviendrai de ton bon accueil. Si je puis te servir à quelque chose, profite de l’occasion; demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai.

— Madame la Pluie, répondit le meunier, que pourrais-je vous demander, sinon de vouloir bien tomber deux ou trois fois par semaine sur les légumes de mon potager?

— Hélas! mon ami, dit la dame, je ne cours pas le monde comme je le voudrais. Le beau temps du déluge est passé. M. le Soleil est plus fort que moi et me repousse dans ma grotte à chaque instant. Quant à madame la Lune. depuis Adam je cherche à deviner si elle m’est favorable ou contraire, et je n’ai pas encore pu éclaircir la chose: mais avec l’aide des astronomes, j’espère bien savoir au juste, d’ici à trois ou quatre mille ans, quelles sont ses intentions à mon égard. On me fait partout mauvaise mine, excepté chez toi. Je suis enfermée pendant les deux tiers de l’année; mais je t’enverrai mes rosées du matin et les petits nuages à qui je donne la clef des champs entre deux rayons de soleil. Si ta femme ou ton enfant éprouvent quelque malheur, ne manque pas de m’en informer; je les prendrai sous ma protection.


— Ah! madame la Pluie, s’écria Jean-Pierre, protégez-les tout de suite: ma femme est malade, et si elle vient à perdre son lait, mon petit Pierrot en mourra.

— Il fallait commencer par me dire cela, répondit la dame. Tu es un maladroit, Jean-Pierre. Je suis obligée de partir bien vite pour aller mouiller les plaines de la Normandie et de la Beauce. Le soleil va bientôt venir sécher tout mon ouvrage. Adieu, honnête Jean-Pierre. Je demeure dans ma grotte de l’Ouest, sur le rivage de la mer.»

Madame la Pluie glissa par la porte entr’ouverte, et s’abattit dans le fond du vallon. Au bout d’une heure, les joues de l’Aurore commençaient à rougir. Les esprits de la Pluie parlaient plus bas. Les ruisseaux n’étaient plus que des filets d’eau qui ne disaient rien; le son des petites clochettes s’éteignit peu à peu. Un grand rayon de soleil dissipa bientôt les nuages, et le meunier comprit que madame la Pluie s’était retirée dans sa grotte de l’Ouest, au bord de la mer.

Jean-Pierre sortit alors de sa cabane, et s’en alla au moulin. Il y trouva de quoi emplir deux sacs de farine. Il courut ensuite au jardin, et il y cueillit des laitues et des choux qui avaient poussé. Il porta la farine chez un fermier, qui lui donna deux écus de six livres, et il vendit les légumes au marché. Sa femme dormait encore lorsqu’il rentra chez lui, avec un fagot de bois sur ses épaules, de l’argent dans sa poche, et de bonnes provisions dans son panier.

Ücretsiz ön izlemeyi tamamladınız.

Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
15 ocak 2025
Hacim:
126 s. 95 illüstrasyon
ISBN:
4064066307783
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
İndirme biçimi: