Kitabı oku: «La Ferme du manoir»

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Paul Deltuf

La Ferme du manoir


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066316716

Table des matières

CHAPITRE PREMIER.

CHAPITRE II.

CHAPITRE III.

CHAPITRE IV.

CHAPITRE V.

CHAPITRE VI.

CHAPITRE VII.

CHAPITRE VIII.

CHAPITRE IX.

CHAPITRE X.

CHAPITRE XI.

CHAPITRE XII.

CHAPITRE XIII.

CHAPITRE XIV.

CHAPITRE XV.

CHAPITRE XVI.

CHAPITRE XVII.

CHAPITRE XVIII.

CONCLUSION.



CHAPITRE PREMIER.

Table des matières

LA FERME DU MANOIR ET SES HABITANTS.

L’été venait.

La saison était belle, bien qu’il y eût eu des pluies assez fréquentes. Cette année, d’ailleurs, tout allait pour le mieux. La tonte des moutons avait produit bonne quantité de laine, la joyeuse saison des foins approchait, et tout le monde était affairé à la ferme du Manoir, qui avait l’air d’une ruche.

Les maîtres de la ferme étaient deux vieillards excellents, M. et Mme Godefroy, dont tout le travail se bornait, en raison de leur grand âge, à surveiller la tâche de chacun et à faire en sorte que tout allât bien et fût en bon ordre dans le domaine.

Ils avaient, pour diriger les travaux, leur fils David, le meilleur homme du monde, et qui passait pour le plus fin fermier du pays, tant pour la terre que pour le bétail. Tous les enfants de la ferme l’appelaient mon oncle, bien que trois seulement fussent ses neveux: Angélique, Jacques et Guillaume, fils de sa chère sœur Louise, qui était partie pour gérer un grand établissement de culture à l’île de France, avec son brave mari, natif d’Alsace, et par cela même tout disposé à l’émigration. Ils n’étaient ni l’un ni l’autre au-dessous de la tâche qu’on leur avait confiée et, s’étant mis au fait de la culture du pays, ils dirigèrent fort habilement le domaine, où ils étaient bien vus de tout le monde, et par conséquent fort heureux.

Mais le climat ne leur convenait ni à l’un ni à l’autre, et l’oncle David, qui avait plus d’argent en poche que bien des mirliflors, n’en avait fait ni une ni deux; en apprenant que sa sœur et son beau-frère étaient malades, il avait gagné Marseille au plus vite; il s’était embarqué pour l’Égypte, avait traversé l’isthme de Suez en chemin de fer, puis, s’embarquant de nouveau sur la mer Rouge, il était arrivé sain et sauf à Port-Louis.

Malheureusement, ce n’avait été que pour voir Louise et son mari partir pour un pays plus beau encore que celui qu’ils quittaient, c’est-à-dire pour le ciel. Prenant avec lui les deux fils de Louise, trop petits pour se rendre compte de la perte qu’ils avaient faite, il les avait ramenés en France, à la ferme du Manoir.

Quant à la nièce de David, Angélique, c’était une Godefroy, celle-là, car elle était la fille d’un second fils de M. et Mme Godefroy. Ce dernier était établi à Paris avec sa femme, et craignant que l’air de cette ville ne fût pas favorable à leur fille, ils l’avaient envoyée à la ferme, où sa grand’maman devait prendre d’elle tous les soins imaginables; le grand air ferait le reste, il vaut mieux que tous les médecins.

Avec ces trois enfants, il y en avait un quatrième, fils d’un riche propriétaire du voisinage, qu’on appelait le chevalier de Saint-Aignan. C’était un esprit libéral, éclairé, et qui se plaisait infiniment dans la compagnie de M. Godefroy. Il avait un fils unique, qui paraissait devoir faire un bel usage du vaste héritage auquel il était appelé, mais qui était d’une santé extrêmement délicate.

Connaissant depuis longtemps la famille de M. Godefroy et forcé de s’absenter pour quelque temps, M. de Saint-Aignan s’arrangea pour que son fils allât passer, de temps en temps, quelques heures à la ferme, surtout le dimanche; mais le jeune homme, se plaisant beaucoup aux travaux sans fatigue qu’il faisait et après lesquels il mangeait de meilleur appétit et dormait mieux, prit l’habitude d’aller à la ferme du Manoir tous les jours, et d’appeler David «mon oncle», comme les autres.

CHAPITRE II.

Table des matières

LES CHEVAUX AMATEURS DE MUSIQUE.

Cependant, Angélique, n’étant revenue de Paris que la veille, n’avait pas vu tondre les moutons. Mais elle arrivait à temps pour voir faire les foins, pour se faire traîner dans les charrettes vides qui retournaient aux prés et pour dîner sur l’herbe, où l’on dîne mieux que partout ailleurs, à cet âge-là.

Comme la nuit approchait, et que les derniers faucheurs quittaient un à un la prairie, les trois petits garçons et la petite fille, un peu intimidés tous les quatre, formaient deux groupes inégaux sous le porche couvert de chèvrefeuille; eux trois d’un côté, elle toute seule de l’autre. Combien de temps seraient-ils restés ainsi, je ne sais, lorsque le grand-papa, sortant bien à propos de la maison, s’assit lui-même sous le porche et leur servit de trait d’union.

Maintenant, je dois vous faire connaître M. Godefroy: c’était le meilleur des hommes, et il était avec cela bien élevé. Chacun l’aimait dans la maison, depuis les personnes de la famille jusqu’aux gens de service; à la fois très sage et très ferme dans ses résolutions, il s’était acquis l’estime générale, et, jusqu’aux animaux de la ferme, tout le monde aimait à le voir. C’était, d’ailleurs, un beau spectacle que ces troupeaux de la plus belle race, gras, luisants, bien portants, à la fois bien conduits et obéissants. Au marché, les bêtes de M. Godefroy primaient les autres, en raison des soins qu’il en avait pris.

Au moment où nous faisons sa connaissance sous le porche au chèvrefeuille, un rayonnement de tendresse éclairait sa vieille figure, qui brillait encore des couleurs de la santé ; entourant du bras la jeune étrangère, il l’attira vers lui, l’assit sur ses genoux, tandis que les trois petits garçons se groupaient autour de lui, selon leur coutume

Au même moment, et avant que personne eût ouvert la bouche, on entendit au loin des clochettes tinter le plus agréablement du monde. Sans doute, ce n’était pas ce qui peut s’appeler de la musique, mais c’était une mélodie d’une espèce particulière, et qui se mariait à merveille à la lumière du crépuscule et aux dernières notes des oiseaux dans l’air obscurci. Angélique, qui avait entendu à Paris de la musique pour tout de bon, n’avait cependant rien entendu de plus doux, de plus harmonieux: cela ressemblait, en quelque sorte, au murmure de l’eau qui court sur les cailloux. Les petits garçons et le grand-papa savaient bien ce que c’était, et Angélique le vit bientôt de ses yeux.

Fig. 9. — Monsieur Godefroy et ses petits enfants.


C’était l’attelage de la ferme, qui allait au moulin porter du blé à moudre, chaque cheval ayant un jeu de clochettes dans son harnais. Les belles bêtes allaient tout doucement en levant la tête, comme pour mieux entendre leur musique.

«Oh! grand-papa,» s’écria Angélique, «que c’est joli!

— Oui,» répondit M. Godefroy, «surtout lorsqu’on pense que les chevaux sont très sensibles à la musique; et c’est ce dont on ne peut douter, quand on en observe l’effet sur les chevaux de régiment.

«En 1829, le duc de Buccleuch avait chez lui, en Écosse, un de ses amis, que les chevaux de la vénerie ne connaissaient pas. Ils se sauvaient à son approche, quand il entrait dans le clos où on les laissait quelquefois paître et s’ébattre en liberté ; voyant cela, l’étranger se mit à jouer d’un instrument à la mode en ce temps et qui s’appelait la «petite harpe éolienne». On en faisait vibrer les cordes en soufflant dessus, comme le vent fait vibrer celles de la harpe éolienne proprement dite, qu’il était de mode aussi d’attacher dans le haut des arbres ou sur le pignon du toit des maisonnettes, telles qu’il y en a dans beaucoup de parcs.

«Petite ou grande, la harpe éolienne rend des sons extrêmement doux, qui faisaient immédiatement dresser l’oreille aux chevaux; ils se tournaient même du côté du musicien. Jouait-il de nouveau, ils s’approchaient; s’en allait-il, ils le suivaient. Enjambant alors la palissade qui séparait le clos des chevaux de la plaine, il recommençait à jouer. Alors un des chevaux, incapable de résister à la fascination que les sons de l’instrument exerçaient sur lui, s’approchait de la palissade, posait la tête près de la poitrine du musicien qui se tenait de l’autre côté, et paraissait l’écouter avec délices. Bientôt les autres chevaux arrivaient un à un avec l’intention d’en faire autant que le premier. Satisfait de cette preuve de son savoir-faire, et ne désirant peut-être pas la pousser plus loin, l’ami du duc de Buccleuch mettait son instrument dans sa poche et se retirait en silence.

— N’est-ce pas étonnant?» s’écria Guillaume.

— Si j’étais cheval,» dit Angélique, «je voudrais toujours entendre de la musique en travaillant.

— Grand-papa prétend,» fit remarquer Jacques, «qu’ils travaillent mieux lorsqu’ils entendent tinter les grelots.

— Puisque les soldats marchent au son de la musique,» reprit Guillaume, «je ne vois pas pourquoi les chevaux n’en feraient pas autant.

— Nos chevaux auront donc de la musique,» dit le jeune Saint-Aignan; «dès que mon père sera revenu, je lui demanderai de leur donner des grelots.

— Est-ce que tous les chevaux en ont?» demanda Angélique.

— Non,» répondit le grand-papa, «plus maintenant, du moins, car c’était autrefois un usage général; mais on y a renoncé, par économie. Quant à moi, j’ai pensé que si réellement le cheval travaille mieux quand on lui donne le plaisir de cette petite musique de son goût, l’économie susdite ne valait rien; il vous rend le prix des grelots par son travail. Le cheval est un noble animal, très intelligent, surtout très nerveux; il n’est donc nullement impossible que la musique ait une certaine action sur son organisation si sensible. Tour à tour la musique excite ou calme les cœurs. Comme le disait Guillaume, les soldats marchent aux sons de la musique; quand les ouvriers réunis, quel que soit leur genre de travail, se mettent à chanter en chœur, le travail leur semble plus léger, et cela leur réjouit l’esprit.

Fig. 3. — Chevaux à l’abri.


— Quand nous allions en bateau chez mon oncle Francis,» dit Angélique, «papa, maman, mon oncle et ma tante ne cessaient de chanter, disant qu’ils n’en ramaient que mieux.

— Sans nul doute,» reprit le grand-père, «la musique allège l’ouvrage, et. pour les chevaux, vous venez de voir, mes enfants, qu’il leur est naturel de l’aimer. C’est un goût que le bon Dieu leur a donné, et comme il est d’un père de se prêter, autant que possible, aux goûts de ses enfants quand ils n’ont rien que d’innocent, un bon maître doit récompenser de fidèles serviteurs, qui ont bien le droit, il me semble, d’attendre que nous allions au devant de désirs qu’ils ne peuvent nous exprimer qu’imparfaitement. Agir autrement, c’est faire preuve d’un égoïsme qu’ils n’ont pas. Plus j’ai songé à ce que je viens de vous dire là, plus je me suis confirmé dans la pensée que j’avais raison, et je n’ai cessé de témoigner aux chevaux l’affection qu’ils m’inspirent; en même temps, j’ai toujours tenu compte de leur caractère particulier, de leurs dispositions, de leurs instincts. De cette façon, j’ai toujours eu, tant pour mon usage personnel que pour les travaux de la terre, d’excellents chevaux. Enfin, il m’a été quelquefois donné de plaider la cause de toute la race.

— Ah! grand-papa,» dit fièrement Jacques, «il n’y a pas que les chevaux qui vous aiment!»

CHAPITRE III.

Table des matières

LES ANIMAUX DE LA FERME. — QUELQUES MOTS SUR LES MOUTONS.

Il y avait beaucoup d’animaux à la ferme du Manoir: non seulement des chevaux de selle et d’attelage, des chevaux de travail, des vaches, des moutons, mais aussi des cochons, de la volaille, des chiens, des chats, des oiseaux en cage.

Vous avez sans doute observé le caractère de chacun de ces animaux. Le moment de la journée où les vaches sont le plus jolies à voir, c’est quand, après avoir passé la journée à paître, elles reviennent à la ferme lentement, et en poussant, çà et là, un mugissement, qui s’adresse sans doute au pré qu’il faut laisser pour l’étable. La petite vachère les appelle quand elles s’attardent trop au bord de la mare, près de la porte d’entrée; alors elles se remettent en route, et des gouttes d’eau pure pendent à leurs naseaux comme des perles de cristal.

Les cochons ne sont pas des animaux bien intéressants, bien qu’ils soient très utiles, et nous n’en dirons rien. Quant aux moutons, il faut convenir que ce sont les moins intelligents des animaux, tellement que, si l’un d’eux a la maladresse de se laisser choir dans un fossé, les autres sont assez bêtes pour y sauter à la queue leu leu. Il faudra que tout le troupeau y passe, si le berger ne s’en mêle.

Alors les enfants demandèrent à M. Godefroy s’il avait jamais entendu parler d’un mouton intelligent, ou capable de montrer une affection particulière pour le berger.

Le bon vieillard sourit, se recueillit un moment, et finit par dire qu’il se rappelait un agneau, qui était devenu le compagnon inséparable d’un cheval qu’on regardait comme indomptable.

On le nommait Fol Arabe, à cause de son caractère fougueux. Son maître, voyant qu’il ne pouvait le monter sans exposer sa vie, le vendit au directeur d’un cirque, qui passait pour avoir parmi ses écuyers un homme des plus habiles à dresser les chevaux. Il venait à bout des plus difficiles, et bientôt Fol Arabe s’assouplit au point de devenir un des chevaux les plus doux de la troupe. Il s’était lié avec un agneau, auquel il permettait de lui monter sur le dos et d’y faire des gambades, qui excitaient au plus haut point la gaieté du public.

Fig. 4. — Porc.


Fig. 5. — Moutons communs.


Les enfants se demandèrent alors si cela ne prouvait pas plutôt l’attachement du cheval à l’agneau que de l’agneau au cheval. Le grand-père dit que la question méritait d’être prise en considération, et que peut-être l’oncle David serait un meilleur avocat de moutons qu’il ne l’était lui-même.

Cependant, Angélique avait écouté, d’un air distrait, la dernière histoire de M. Godefroy; elle semblait inquiète, triste. Son grand-papa lui demanda ce qu’elle avait, et elle répondit en s’efforçant de retenir deux grosses larmes, qui roulaient dans ses yeux bleus:

«Je pense à maman, que j’embrassais tous les soirs avant de me coucher.»

Les deux petits garçons se mirent à se moquer d’elle.

«Vous avez tort,» leur dit M. Godefroy d’un ton sévère; «loin de tourner en dérision cette marque du bon cœur d’Angélique, vous devriez chercher à la consoler. Ah! je suis bien sûr qu’il vous en arriverait autant, la première fois que vous coucheriez hors d’ici, par exemple chez les parents d’Angélique. Quand la lumière est éteinte, et que vous n’êtes pas endormis, n’aimez-vous pas à savoir que nous sommes tout près de vous, votre bonne maman et moi?»

Guillaume et Jacques se regardèrent en se poussant du coude, comme pour s’engager mutuellement à répondre; puis, ne trouvant rien à dire, ils baissèrent les yeux d’un air confus.

«Que peut faire de plus louable une petite fille que de se souvenir de sa mère?» reprit M. Godefroy. «Le beau mérite de penser aux gens quand on les voit! Le souvenir des absents honore toujours celui qui en est capable, et, bien loin d’en vouloir à Angélique de regretter, même ici, la maison maternelle, je lui en sais bon gré. Ce n’est pas qu’elle soit mal auprès de nous, ce n’est pas qu’elle n’aime tendrement son bon papa et sa bonne maman; c’est qu’elle aime encore plus sa mère, voilà tout.»

Les petits garçons furent vivement émus des sages paroles de M. Godefroy, et ce fut leur tour d’avoir des larmes dans les yeux. Voyant cela, Angélique alla vers eux, les embrassa l’un après l’autre et, à partir de ce moment, ils furent les meilleurs amis du monde.

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Litres'teki yayın tarihi:
17 ocak 2025
Hacim:
88 s. 31 illüstrasyon
ISBN:
4064066316716
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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