Kitabı oku: «Le monde vu par les artistes : géographie artistique»

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René Ménard

Le monde vu par les artistes : géographie artistique


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066319816

Table des matières

ASPECT DU MONDE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

OCÉANIE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

AMÉRIQUE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

L’AFRIQUE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

L’ASIE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

EUROPE

CHAPITRE PREMIER

CHAPITRE II

CHAPITRE III

CHAPITRE IV

CHAPITRE V

CHAPITRE VI

CHAPITRE VII

CHAPITRE VIII

CHAPITRE IX

CHAPITRE X

CHAPITRE XI

CHAPITRE XII

CHAPITRE XIII

CHAPITRE XIV

ASPECT DU MONDE

Table des matières

CHAPITRE PREMIER

Table des matières

LA PLANÈTE

La terre dans l’espace. — Le jour. — La nuit. — Le crépuscule. — Les saisons.

La terre dans l’espace. — La terre a la forme d’une sphère qui mesure environ 40,000 kilomètres de tour. Suspendue sans point d’appui dans l’espace, la terre tourne sur elle-même en vingt-quatre heures. Outre ce mouvement de rotation, elle se déplace dans le ciel et décrit autour du soleil une immense ligne courbe de forme ovale: il lui faut un peu plus de 365 jours pour accomplir cette évolution. Considérée comme planète, la terre n’appartient pas au domaine de l’art; mais les anciens peuples, en la personnifiant, lui ont donné divers attributs qui servent à la faire reconnaître. Pour les peuples orientaux, elle s’identifie avec la nature productrice, et reçoit divers noms et divers emblèmes, suivant les localités. La Diane d’Éphèse est, parmi les représentations de ce genre, celle qui est la plus complète comme expression symbolique (fig. 1). Une triple rangée de mamelles indique la fécondité de la déesse, dont la tête nimbée est couronnée de tours. Les signes du zodiaque ornent son collier, les lions qui couvrent ses épaules indiquent sa force, et son corps en forme de gaine exprime la fixité : des rangées de taureaux, de cerfs, de chevaux décorent la partie antérieure de cette gaine, dont les côtés sont ornés de femmes ailées, d’abeilles et de fleurs.

La statue du Vatican, qui offre cette représentation, paraît être l’imitation d’un type extrêmement ancien, et la multiplicité de ses emblèmes indique son origine orientale. Comme conception religieuse cette Diane répond à la même pensée que l’Astarté de Phénicie, que la Cybèle de Phrygie, que la Militta des bords de l’Euphrate.

Fig. 1. — La Nature. — Diane d’Éphèse.


La Grèce a reçu de l’Asie son culte avec sa civilisation, mais en les transformant conformément à son génie propre. Dépouillant à la fois la surcharge des emblèmes et la raideur hiératique de l’ensemble, elle a personnifié la Terre sous les traits d’une femme aux formes puissantes dont la tête est couronnée d’épis: Déméter ou Cérès. A ces deux types on reconnaît le génie de deux races différentes, qui dans l’art se traduit pour l’une par un symbolisme ornemental et qui chez l’autre aboutit à la statuaire (fig. 2).

Le Jour. — Par suite de la rotation de la terre qui présente successivement au soleil tous les côtés de sa surface, l’heure de midi arrive dans la partie éclairée, en même temps que l’heure de minuit dans la partie sombre; mais le jour qui nous éclaire vient toujours de la lumière du soleil, que le ciel soit ou non chargé de nuages.

Pour les savants, le soleil est l’astre autour duquel tourne la terre; pour les artistes, c’est un disque brillant qui répand sur toute la nature son éblouissante clarté. Mais si les artistes l’ont toujours compris de la sorte, l’interprétation qu’ils en ont donnée n’a pas toujours été l’expression directe de la sensation que leur faisait éprouver le spectacle de la nature. Chez les peuples primitifs, le soleil nous apparaît toujours comme un emblème, ou une personnification: c’est par l’emblème qu’on a commencé.

Fig. 2. — La Terre féconde. — Cérès d’Herculanum.


Sur les monuments de l’ancienne Égypte, le soleil est représenté sous la forme d’un disque ailé (fig. 3): le disque est ordinairement peint en rouge, et les ailes, qui indiquent la course de l’astre d’orient en occident, sont formées de plumes d’une couleur variée, mais toujours disposées de telle façon, que le disque forme la partie la plus éclatante de la représentation.

Fig. 3. — Le Soleil (d’après une représentation égyptienne du temple de Denderah).


Le soleil apparaît fréquemment sur la tête des divinités qui le personnifient. La figure 4, tirée d’un bas-relief de Karnak, montre Phré, divinité solaire à tête d’épervier, coiffé du disque, au centre duquel est le serpent Urœus, symbole de la royauté. Le disque solaire paraît également sur le petit autel dressé en face du dieu. Ces disques ne sont pas ailés comme celui que nous avons vu sur la figure 3: le disque ailé s’emploie surtout dans la décoration architecturale, au-dessus de la porte d’un temple par exemple.

Fig. 4. Le Soleil (d’après une représentation égyptienne).


Le soleil tenait une grande place dans le dualisme des anciens Perses, mais l’art de ces contrées n’a pas su lui donner une forme positive et pouvant le faire reconnaître à première vue. Les emblèmes solaires qu’on rencontre sur quelques monuments ont un caractère purement énigmatique.

Pour les Grecs le Soleil est un personnage qui a son rôle dans la mythologie: Homère le distingue d’Apollon, avec lequel il a été identifié dans les temps postérieurs. La tête du Soleil est ordinairement radiée, comme le montre la figure 5, d’après une statue antique. Les deux têtes de chevaux qu’on voit à côté de lui rappellent le char sur lequel le dieu du jour accomplit sa course à travers le ciel. Plusieurs peintures de vases montrent (fig. 6) le dieu tenant les rênes de ses chevaux qu’il dirige dans l’espace, après avoir franchi les portes de l’orient.

La tradition du char sur lequel le Soleil accomplit sa course se retrouve également chez plusieurs peuples de l’Orient. Sur une miniature indoue (fig. 7), on voit Souria, le dieu du soleil et de la lumière. sur un char surmonté d’un riche dais. Il a quatre bras: une de ses mains tient un glaive, tandis qu’une autre effeuille les roses dont la teinte brillante colore la nature au levant et au couchant. Sept chevaux conduits par le cocher Arouna conduisent le char divin à travers l’espace.

Fig. 5. — Le Soleil d’après une représentation grecque).


Fig. 6. — Le Soleil dans sa course (d’après un vase peint).


Fig. 7. — Le Soleil. — Souria (d’après une peinture indoue).


C’est également le Soleil que nous voyons sur la figure 8. Le miniaturiste indou lui donne la forme d’un prince couvert de colliers et de bijoux. Sa tête, surmontée d’une couronne, est entourée de rayons: dans chacune de ses mains il tient une fleur de lotus. Les chevaux solaires, au nombre de sept, sont figurés à la base de cette représentation.

Fig. 8. — Le Soleil. — Souria (d’après une représentation indoue).


Il était réservé à l’art moderne de chercher dans le soleil autre chose qu’un emblème, ou une simple conception de l’imagination. C’est seulement au dix-septième siècle qu’on a songé à introduire dans les tableaux le spectacle de la campagne éclairée par la lumière du soleil. Cette lumière n’est pas la même aux différentes heures du jour, et, depuis le lever de l’astre jusqu’à son coucher, la nature offre l’image d’une transformation, qui ne s’arrête jamais, mais qui est plus particulièrement sensible dans les effets du matin et dans ceux du soir.

Fig. 9. – Le soleil levant. (Tableau de Théodore Rousseau).


Corot a décrit d’une manière assez piquante, dans une lettre à un de ses amis, ses impressions de paysagiste en face du soleil levant: «Voyez-vous, c’est charmant la journée d’un paysagiste: on se lève de bonne heure, à trois heures du matin, avant le soleil, on va s’asseoir au pied d’un arbre, on regarde et on attend... On ne voit pas grand’chose d’abord. La nature ressemble à un voile blanchâtre où s’esquissent à peine les profils de quelques masses: tout est embaumé, tout frissonne au souffle fraîchi de l’aube. Bing! le ciel s’éclaircit... le soleil n’a pas encore déchiré la gaze derrière laquelle se cachent la prairie, le vallon, les collines de l’horizon... Les vapeurs nocturnes rampent encore comme des flocons argentés sur les herbes d’un vert transi. Bing!... Bing!... un premier rayon de soleil... un second rayon de soleil... Les petites fleurettes semblent s’éveiller joyeuses... elles ont toutes leur goutte de rosée qui tremble... les feuilles frileuses s’agitent au souffle du matin... On ne voit rien, tout y est... Le paysage est tout entier derrière la gaze transparente du brouillard, qui monte... qui monte... aspiré par le soleil... et laisse, en se levant, voir la rivière lamée d’argent, les pics, les arbres, les maisonnettes, le lointain fuyant... On distingue enfin ce que l’on devinait d’abord.

«Bam! le soleil est levé... Bam! le paysan passe au bout de son champ avec sa charrette attelée de deux bœufs... Ding! Ding! c’est la clochette du bélier qui mène le troupeau... Bam! tout éclate, tout brille... tout est en pleine lumière... lumière blonde et caressante encore. Les fonds, d’un contour simple et d’un ton harmonieux, se perdent dans l’infini du ciel à travers un air brumeux et azuré... Les fleurs relèvent la tête... les oiseaux volent de ci, de là... Un campagnard, monté sur un cheval blanc, s’enfonce dans le sentier encaissé... Les petits saules arrondis ont l’air de faire la roue au bord de la rivière.

«C’est adorable, et l’on peint... et l’on peint! Oh! la belle vache alezane enfoncée jusqu’au poitrail dans les herbes humides... Je vais la peindre... Crac! la voilà ! Fameux! fameux! Dieu! comme elle est frappante!

«Boum! Boum! Midi! Le soleil embrasé brûle la terre... Boum! Tout s’alourdit, tout devient grave... Les fleurs penchent la tête... Les oiseaux se taisent, les bruits du village viennent jusqu’à nous. Ce sont les lourds travaux... le forgeron dont le marteau retentit sur l’enclume. Boum! Rentrons.. On voit tout, rien n’y est plus. Allons déjeuner...»

Laissons Corot déjeuner tranquillement et remarquons en passant que, malgré les bams, les bings et les boums, qui donnent à sa lettre une tournure assez piquante, l’amour qu’il manifeste pour le soleil est en somme un peu platonique, puisqu’il ne le représente pas dans ses tableaux. Corot a presque toujours peint des effets du matin, mais il choisit le moment où l’astre est encore masqué par les vapeurs qui laissent transparaître sa lumière argentine, mais non sa forme et ses rayons. Théodore Rousseau comblera pour nous cette lacune; son tableau, que reproduit la figure 9, montre le disque solaire au moment où il apparaît sur l’horizon.

Assurément nous ne trouvons pas ici la bonhomie que Corot sait mettre dans sa peinture, mais on est frappé par l’audace du peintre et par l’habileté avec laquelle il a concentré la lumière de son tableau de manière à produire l’éblouissement. On se rappelle involontairement une scène analogue décrite par un de nos grands écrivains.

Fig. 10. — Le soleil dans l’après-midi. — Le Moulin. (Tableau de Troyon.)


«On le voit s’annoncer de loin par les traits de feu qu’il lance au-devant de lui. L’incendie augmente, l’orient paraît tout en flammes: à leur éclat on attend l’astre longtemps avant qu’il se montre; à chaque instant on croit le voir paraître; on le voit enfin. Un point brillant part comme un éclair, et remplit aussitôt tout l’espace: le voile des ténèbres s’efface et tombe; l’homme reconnaît son séjour, et le trouve embelli. La verdure a pris, durant la nuit, une vigueur nouvelle; le jour naissant qui l’éclairé, les premiers rayons qui la dorent, la montrent couverte d’un brillant réseau de rosée, qui réfléchit à l’œil la lumière et les couleurs. Les oiseaux en chœur se réunissent et saluent, de concert. le père de la vie; en ce moment pas un seul ne se tait. Leur gazouillement, faible encore, est plus lent et plus doux que dans le-reste de la journée: il se sent de la langueur d’un paisible réveil. Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu’à l’âme. Il y a là une demi-heure d’enchantement. auquel nul homme ne résiste. «(Jean-Jacques ROUSSEAU.)

Voyons maintenant comment le soleil se comporte dans le milieu de la journée. Il est bon de faire remarquer en passant que jamais un peintre n’a tenté ou ne tentera de faire figurer dans son tableau le soleil en plein midi; à ce moment les yeux ne sauraient en supporter la vue et les couleurs seraient impuissantes à en rendre l’éclat.

Un artiste ingénieux ne saurait cependant se priver de représenter la resplendissante lumière du soleil, lorsqu’il brille de tous ses feux, mais, pour en traduire l’expression sur sa toile, il est obligé d’user d’un stratagème qui consiste presque toujours à masquer l’astre lumineux derrière un corps étranger, en faisant rayonner la lumière tout autour. C’est ce qu’a fait Troyon dans le Moulin que reproduit la figure 10. Je sais bien qu’un moulin à vent ne présente pas en somme de bien grandes difficultés comme dessin, je sais bien que le procédé qui consiste à placer un grand corps sombre, pour faire valoir la lumière qui resplendit à côté, fait un peu l’effet d’une malice cousue de fil blanc. Mais, attention; d’abord ce moulin, qui est sombre, n’est cependant pas noir, et le ciel, qui semble si lumineux, n’est pourtant pas blanc. Un peu de blanc ferait une tache sur ce ciel et un peu de noir ferait un trou dans le bois vermoulu de ce moulin. Entre le sombre et le clair, il y a un accord parfait, et les rapports sont établis avec tant de justesse, que le contraste le plus violent s’affirme sans que l’œil soit aucunement blessé ; c’est exactement l’impression qu’on éprouve devant la nature.

La lumière, bien qu’elle parte d’un foyer unique, rayonne autour des corps qui semblent lui faire obstacle, et ils la reflètent tellement que, bien que dans l’ombre, ils participent à la masse lumineuse, sans en rompre l’unité. C’est cette observation attentive du jeu de la lumière qui fait le charme irrésistible des toiles de Claude Lorrain. L’artiste nous montre un port, avec le soleil dont le disque lumineux s’enfonce dans la toile un peu au-dessus de l’horizon. Des mâts surgissent de toutes parts et dressent leurs lignes impérieuses au travers du ciel resplendissant. Ils sont dans l’ombre assurément, puisque le soleil est derrière eux: voyez pourtant comme ils sont baignés d’atmosphère, comme ils s’échelonnent suivant leur plan et comme tout cet ensemble réveille dans notre esprit le souvenir des splendeurs que nous avons admirées dans la nature. Le Port de mer au soleil couchant du Louvre est un des ouvrages les plus complets de l’artiste (fig. 11).

Fig. 11. – Le soleil couchant. – Port de mer au soleil couchant. (Tableau de Claude Lorrain.)


Je ne prétends pas assurément que Claude Lorrain soit arrivé à produire une illusion complète dans ses admirables représentations du soleil couchant. L’art n’a pas la possibilité de faire de pareils trompe l’ œil; sa mission consiste à fixer sur la toile l’impression que l’artiste a ressentie devant la nature, d’une manière assez vraie pour nous rappeler les émotions que nous avons éprouvées nous-mêmes en présence d’un spectacle analogue: sous ce rapport, les ciels de Claude Lorrain sont inimitables.

Parmi les artistes modernes, le peintre anglais Turner est un de ceux qui ont le mieux traduit les splendeurs du couchant. Malheureusement les tableaux de cet artiste ne se voient qu’en Angleterre.

Plusieurs de nos paysagistes français ont rendu le coucher du soleil d’une façon tout à fait magistrale. Il y a au Louvre un tableau de Théodore Rousseau qui représente la Sortie de la forêt de Fontainebleau. par un effet de soleil couchant. L’artiste a choisi le moment où le disque solaire va disparaître derrière l’horizon. L’exécution de cette peinture est assez sommaire, mais le ton est d’une grande justesse. Le même effet a été rendu avec une puissance surprenante par Jules Dupré. Ce peintre a des audaces inouïes dans la coloration, et je ne sache pas qu’aucun maître ancien ait abordé avec autant de bonheur les lueurs incandescentes du ciel, le soir d’une journée d’orage.

Il faut encore citer des ouvrages d’un ordre tout différent, dans lesquels le Soleil, bien que présenté sous une forme allégorique, est facilement reconnaissable à ses rayons ou à la lumière qu’il répand autour de lui. Le célèbre tableau du palais Rospigliosi, à Rome, est considéré comme le chef-d’œuvre du Guide. L’Aurore, vêtue d’une robe blanche, précède le char du Soleil, devant lequel elle sème des fleurs à profusion. L’Amour, portant une torche, vole au-dessus des chevaux dont Apollon tient les guides. Le dieu de la lumière est escorté des Heures qui se tiennent par la main pour indiquer leur enchaînement successif.

Le plafond de Delacroix, qui occupe le centre de la galérie d’Apollon au Louvre, est assurément une des plus belles toiles que le Soleil ait inspirées: le sujet est la victoire d’Apollon sur le serpent Python. Le dieu est enveloppé dans une lumière éblouissante, qui rayonne sur tout le tableau et produit un effet magique aux milieu de cette salle immense.

La Nuit. — La Nuit a été personnifiée dans l’antiquité, mais elle n’apparaît que rarement sur les monuments. Quelques pierres gravées la montrent tenant un voile étoilé au-dessus de sa tête: cette tradition se retrouve sur les monuments chrétiens. Un manuscrit grec de la bibliothèque, imité d’ouvrages plus anciens, montre le prophète Isaïe, sur qui la main de Dieu darde les rayons de l’esprit divin. Derrière lui la Nuit, ayant un flambeau renversé, tient le voile constellé qui la caractérise; de l’autre côté, Orthros, ou le point du jour, porte un flambeau allumé (fig. 12).

Sur le coffre de Cypselus, la Nuit était représentée portant dans ses bras ses deux enfants, le Sommeil et la Mort. Un charmant bas-relief de Thorwaldsen reproduit une pensée analogue.

Les peintres modernes ont tenté de représenter la nuit telle qu’elle apparaît dans la nature. Il arrive quelquefois que, lorsque le soleil est couché, le ciel s’assombrit sans que la lune et les étoiles viennent lui apporter le concours de leur lumière. Si l’obscurité est telle qu’un voyageur ne puisse se conduire sans l’aide d’une lanterne, il est bien évident que la peinture ne saurait en rendre l’effet sans faire intervenir également une lumière artificielle. Mais dans la plupart des tableaux de nuit-les peintres font intervenir la lune, dont la lumière, moins éclatante que celle du soleil, est plus susceptible d’une interprétation par l’art.

Fig. 12. — La Nuit, derrière le prophète Isaïe.


La lune tourne autour de la terre, comme la terre tourne autour du soleil, et elle reçoit comme nous la lumière solaire qu’elle nous renvoie durant la nuit. Pendant la pleine lune on voit en entier son disque lumineux; dans les autres temps on n’en voit que la partie qui reçoit la lumière.

Comme le soleil, la lune a été personnifiée dans l’art antique. Sur les monuments égyptiens, elle apparaît sur la tête de plusieurs divinités, tantôt sous la forme d’un disque entier, tantôt sous celle du croissant, dont les deux pointes surgissent comme les deux cornes d’une vache, animal qui, aux yeux des Égyptiens, avait d’ailleurs une certaine affinité avec l’astre de la nuit, puisque le bœuf Apis devait naître d’une vache fécondée par un rayon de la lune. Le dieu qui personnifie plus spécialement la lune, a pour coiffure un croissant sur lequel est posé le disque lunaire, comme le montre la figure 13, tirée d’un bas-relief de Karnak.

Fig. 13. La Lune (d’après une représentation égyptienne).


La lune a été, comme le soleil, divinisée chez plusieurs peuples d’Asie. Une horrible idole phénicienne, qui paraît représenter Astarté, déesse lunaire des Phéniciens, porte le croissant adapté à ses épaules, emblème disgracieux qu’on ne trouve qu’en Asie. Elle n’a qu’un sein placé au milieu de la poitrine et est accompagnée de deux horribles figures dont le sens est énigmatique. S’il est vrai que l’Astarté phénicienne soit la forme primitive de Vénus, il faut convenir que les artistes grecs ont joliment bien fait de modifier du tout au tout le modèle que leur offraient les théologiens de l’Asie (fig. 14).

Les Grecs ont aussi personnifié la Lune, non pas, il est vrai, dans Vénus, mais dans Diane, ou plutôt Artémis. Avec un goût plus délicat, ils ont placé le croissant comme un ornement s’attachant à la coiffure des divinités lunaires.

Parmi les œuvres décoratives de l’école moderne dont la lune forme le suj et, il faut signaler la Séléné de Machard, qui a été reproduite avec un grand succès dans une tapisserie des Gobelins. La déesse, entièrement nue, traverse le ciel en décochant une flèche avec le croissant de la lune dont elle se sert comme d’un arc.

Sur les vases grecs la Lune apparaît fréquemment sur un char, parce qu’elle traverse les espaces célestes de la même manière que le Soleil, mais son équipage est moins pompeux et n’a ordinairement que deux chevaux au lieu de quatre.

Fig. 14. Le croissant de la Lune (d’après un monument phénicien).


Chez les Indiens la Lune est personnifiée dans un personnage masculin, placé au milieu du disque et monté sur une oie, symbole de vigilance (fig. 15). Près de là, on voit une grotte avec des lapins, animaux consacrés à cette divinité. Le dieu lunaire des Indous a aussi sa voiture, qui, pour se conformer à l’usage, n’a également que deux chevaux. Une miniature (fig. 16) nous montre le dieu, portant sur sa tête le croissant lunaire surmonté d’une fleur de lotus, et placé sous un dais enrichi de drapeaux.

Les maîtres de la Renaissance italienne, épris de l’antiquité dont ils s’efforçaient de suivre la tradition, se sont peu inquiétés de la nature extérieure, et c’est dans les Pays-Bas, patrie du naturalisme moderne, qu’il faut se transporter pour voir la lune reproduite comme elle se montre à nous. Van der Neer est le premier qui ait tenté de rendre des effets de lune, et il l’a fait avec une rare perfection. Ses tableaux représentent le plus souvent des paysages marécageux, éclairés par la lune qui vient doucement argenter de ses reflets l’eau tranquille des canaux. Dans l’école française, Joseph Vernet, qui dans ses marines a reproduit le ciel sous tant d’aspects différents, est souvent d’une grande justesse dans sa représentation des clairs de lune.

Fig. 15. La Lune (d’après une représentation indoue).


Au temps de Louis David, où l’on s’inquiétait assez peu de la pure nature, la lune n’a pourtant pas été oubliée; seulement elle a été employée non pour elle-même, mais comme un élément d’expression dans un tableau d’histoire. Le charme poétique de l’Endymion de Girodet est tout entier dans le rayon lunaire qui glisse à travers le feuillage, et Prudhon a trouvé dans les clartés pâles de la lune un effet qui ajoute singulièrement à l’impression dramatique de son tableau de la Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime.

Fig. 16. — La Lune sur son char (d’après une représentation indoue)


La lune a trouvé quelques interprètes parmi nos paysagistes modernes. Sur un tableau de Daubigny (fig. 17), elle apparaît dans son plein, et son disque ressort entre deux nuages prêts à le masquer; malgré une certaine brutalité de facture, il y a toujours une grande sincérité dans l’effet.

La lune a une grande importance dans la littérature descriptive. Chateaubriand, qui avait une prédilection marquée pour cet astre, en a tiré des effets assez puissants: «Une heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbres: à l’horizon opposé, une brise embaumée qu’elle amenait de l’orient avec elle semblait la précéder, comme sa fraîche haleine dans les forêts. La reine des nuits monta peu à peu dans le ciel: tantôt elle suivait paisiblement sa course azurée; tantôt elle reposait sur des groupes de nues, qui ressemblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neiges. Ces nues ployant et déployant leurs voiles se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d’écume, ou formaient dans les cieux des. bancs d’une ouate éblouissante, si doux à l’œil, qu’on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène, sur la terre, n’était pas moins ravissante; le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumières jusque dans l’épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à nos pieds tour à tour se perdait dans les bois, tour à tour reparaissait toute brillante des constellations de la nuit, qu’elle répétait dans son sein. Dans une vaste prairie, de l’autre côté de cette rivière, la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les gazons. Des bouleaux agités par les brises, et dispersés çà et là, dans la savane, formaient des îles d’ombres flottantes sur une mer immobile de lumière. Auprès, tout était silence et repos, hors la chute de quelques feuilles, le passage brusque d’un vent subtil, les gémissements rares et interrompus de la hulotte; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte du Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.»

La peinture a aussi ses conceptions poétiques, où la lune figure dans le paysage, en dehors d’un site déterminé. Français en a véritablement rendu le croissant dans une scène mythologique. Son tableau d’Orphée, qui est maintenant au musée du Luxembourg, a figuré au salon de 1863. C’est un charmant paysage qui porte l’esprit à une douce rêverie et fait vraiment songer aux Géorgiques de Virgile, d’où le sujet est tiré. Le poète, qui pleure sur Eurydice, s’appuie contre un arbre, au pied duquel est sa lyre; au fond on voit des jeunes filles qui défilent comme de pâles ombres, en répandant des fleurs sur la tombe de leur compagne. Le ciel, sans nuage, éclairé seulement par le croissant de la lune, accuse le repos absolu de la nuit; les lauriers et les cyprès mêlent leurs feuillages immobiles, et leurs branches s’enlacent dans un rythme harmonieux et cadencé (fig. 18).

Fig. 17. — La Lune dans les nuages. (Tableau de Daubigny.)


Les Chaldéens passent pour être le plus ancien peuple qui se soit occupé d’astronomie. Vous souvient-il d’un tableau de Schutzemberger, qui avait pour titre les Premiers Astronomes? Par une nuit claire et près des tentes de la tribu errante, un pâtre chaldéen veille en regardant le ciel; ses deux mains sont appuyées sur un bâton recourbé. Le soleil vient d’éteindre ses feux, l’horizon est encore incandescent et les rochers se silhouettent sur les teintes dorées du crépuscule. Les troupeaux dorment déjà et, devant un feu dont la fumée monte, un chien seul relève la tête, inquiété par les bruits vagues de la nature. La figure rêveuse du berger est une des meilleures inspirations de l’artiste.

Malgré leurs connaissances astronomiques, les Chaldéens n’ont pas laissé de monuments où leur système sidéral soit expliqué d’une manière figurative. Mais les génies des planètes sont représentés sur un document de l’ancienne Perse, que nous empruntons à l’atlas de Creuzer, ainsi que l’explication qui l’accompagne (fig. 19).

a. Saturne avec une tête de singe, tenant d’une main une espèce de sphère et de l’autre un serpent.

b. Jupiter, avec une triple tête de vautour, de coq et de dragon, tient une bande de toile dans la main droite et une petite fiole de cristal dans la gauche.

c. Mars, tenant d’une main un cimeterre, de l’autre un fouet en fer.

d. Le Soleil, personnage à cheval, pourvu de deux têtes sur chacune desquelles est une couronne à sept pointes.

e. Vénus, coiffée d’une couronne à sept pointes, tient un peigne d’une main et une fiole de l’autre.

f. Mercure, avec une tête de verrat et une queue de poisson, tient d’une main un stylet et de l’autre une écritoire.

g. Lunus, la lune, personnage monté sur une vache blanche et tenant un collier dans une main et dans l’autre une tige de plante.

Le spectacle du monde stellaire a inspiré de jolis vers à Alfred de Musset.

Étoile qui descends sur la verte colline,

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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
1528 s. 931 illüstrasyon
ISBN:
4064066319816
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