Kitabı oku: «La vie des peintres italiens»
Teodor de Wyzewa
La vie des peintres italiens

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305116
Table des matières
INTRODUCTION
VIE de FRA FILIPPO LIPPI, peintre florentin
I
II
III
VIE de ALESSANDRO BOTTICELLI, peintre florentin
I
II
III
IV

INTRODUCTION
Table des matières
GEORGES VASARI est né à Arezzo le 30 juillet 1511. Il a étudié la peinture à Florence, dans l’atelier de Michel Ange, et reçu aussi des leçons d’André del Sarto. Après avoir pratiqué son art à Florence et à Rome, il a commencé vers 1536, à s’occuper aussi d’architecture; et, à la fois comme peintre et comme architecte, il a été l’un des maîtres les plus recherchés de son temps. En 1555 il est devenu, en quelque sorte, le surintendant artistique du duc Côme de Médicis. Il est mort à Florence le 27 juin 1573.
Son œuvre d’architecte n’est pas sans valeur: c’est à lui, notamment, que sont dûs les plans du palais qui contient aujourd’hui, à Florence, le Musée des Offices. Quant à sa peinture, dont de nombreux échantillons peuvent se voir dans des églises et des palais de Florence, de Pise, de Rome, d’Arezzo, la grande habileté du dessin et l’élégance de la composition ne suffisent malheureusement pas à racheter, dans cette fastueuse peinture toute décorative, la faiblesse de l’invention, le manque d’originalité et le mauvais goût.
Le mérite véritable de Vasari est d’ordre littéraire. Sans aucune expérience du métier d’écrire, ce peintre-architecte, dont toute l’œuvre artistique est à jamais oubliée, s’est mis au rang des plus illustres et des plus précieux écrivains italiens. Il nous a raconté lui-même, dans la Description de ses œuvres, le concours de circonstances qui, vers l’année 1546, l’a conduit à entreprendre le grand ouvrage qui lui vaut aujourd’hui l’immortalité :
Cette année-là, j’allai souvent le soir, ayant fini ma journée, voir dîner l’illustre cardinal Farnez. Il y avait là, chaque soir, s’ingéniant à entretenir le cardinal par de très beaux raisonnements, Molza, Annibal Caro, messire Gandolfo, messire Claude Tolomei, messire Romule Amaseo, monseigneur Paul Jove, et maints autres hommes lettrés et galants, dont est toujours remplie la cour du susdit seigneur. Et ainsi, un certain soir on en vint à parler du musée de Paul Jove, et des portraits d’hommes illustres que ce prélat a recueillis, classés, et ornés de très belles inscriptions. Alors, la conversation passant d’un sujet à l’autre, comme c’est l’usage, monseigneur Jove dit qu’il avait toujours eu, et maintenant encore, un grand désir de joindre à son musée et au recueil de ses Eloges un traité où il serait question de tous les hommes illustres dans les arts du dessin depuis Cimabué jusqu’à notre temps. Et il s’étendit sur ce sujet, et nous fit voir qu’il avait grande connaissance et grand jugement dans les choses de nos arts. Mais je dois ajouter que, en parlant des divers artistes, il se trompait sur certains détails, tantôt changeant les noms, les surnoms, les patries, les œuvres, tantôt ne disant pas les choses exactement comme elles avaient été, mais pour ainsi dire à la grosse. Or, lorsque Paul Jove eut fini ce discours, voici que le cardinal, se tournant vers moi, me dit: «Eh! bien, Georges, qu’en pensez-vous, ne serait-ce point là vraiment un bel ouvrage, et bien digne de la peine que l’on prendrait à le faire?» — «Ce serait à coup sûr une belle œuvre, monseigneur, — répondis-je, — si Paul Jove pouvait s’aider d’exactitude minutieuse dans l’art de mettre les choses à leur place, et de les dire comme elles ont eu lieu en réalité. Je dis cela parce que pour merveilleux qu’ait été son discours, il a changé maintes choses l’une pour l’autre.» — A quoi le cardinal, appuyé par Jove, et par Caro, et par Tolomei, et par tous les autres, répliqua, en s’adressant à moi: «Mais vous, alors, est-ce que vous ne pourriez pas fournir à Paul Jove un résumé et des notices bien classées sur les susdits artistes et leurs œuvres, suivant l’ordre des temps? Ce serait encore un nouveau service que vous rendriez à vos arts!» Et moi, tout en comprenant bien qu’une telle tâche était au-dessus de mes forces, je promis de la tenter bien volontiers, selon mon pouvoir. Et ainsi je me mis à rechercher mes notes et écrits, recueillis par moi depuis ma première jeunesse autant pour ma distraction qu’à cause de l’affection que j’ai toujours eue pour la mémoire de nos artistes: car le fait est que tous renseignements sur ceux-ci m’avaient toujours beaucoup intéressé. Je réunis donc tout ce qui, dans ces papiers, me paraissait convenir à l’œuvre projetée, et je le portai à Paul Jove; et lui, après m’avoir beaucoup loué de mes peines, me dit: «Mon cher Georges, je veux que tu prennes toi même le soin de développer tout cela, d’une manière dont je vois que tu sais le faire excellemment; parce que, quant à moi, je n’en ai pas le courage ni le goût, ignorant les procédés de vos métiers, et maints autres détails que vous savez fort bien: sans compter que, si j’entreprenais moi-même ce travail, je ferais tout au plus un petit traité semblable à celui de Pline. Faites ce que je vous dis, Vasari, car je vois que vous y réussirez merveilleusement! » Et comme, ensuite, il ne me voyait pas très résolu à accepter sa proposition, il me la fit répéter encore par Caro, et Molza, et Tolomei, et d’autres de mes plus chers amis: si bien que, enfin, m’étant décidé, je mis la main à mon livre, avec l’intention de le donner à l’un d’entre eux, quand je l’aurais terminé, afin qu’il le revît, lui donnât une forme littéraire, et le publiât sous un autre nom que le mien.
C’est cependant sous son propre nom que Vasari a publié son livre, à Florence en 1550, sous le titre de: Vie des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes. Dix-huit ans après en 1568, il en a fait paraître une seconde édition, considérablement revue, corrigée et augmentée, qui m’a servi pour la traduction de notre édition.
T. W.
VIE de FRA FILIPPO LIPPI, peintre florentin
Table des matières
I
Table des matières
Fra Filippo, fils de Tommaso Lippi, était moine carmélite. Il est né à Florence , dans une rue appelée Ardiglione, au coin de la Cuculia, derrière le couvent du Carmel. A la mort de son père, il n’était encore qu’un enfant de deux ans; et le pauvre petite se trouva sans personne pour veiller sur lui, car sa mère était morte peu de temps après l’avoir mis au monde. Il fut donc confié à la garde d’une dame Lapaccia, sa tante, sœur de son père, qui s’occupa de l’élever, mais à grand’peine, étant elle-même très pauvre; puis, lorsqu’elle ne fut plus en état de le soutenir, elle le fit recevoir dans le susdit couvent du Carmel, pour y être moine; l’enfant était alors dans sa huitième année. Or, il se trouva que le petit frère, autant qu’il était adroit et ingénieux pour les travaux manuels, autant il était fermé à l’enseignement des lettres, et paresseux à les étudier, se refusant toujours à y appliquer son esprit comme à en goûter l’agrément. Pendant qu’avec d’autres il suivait les classes du noviciat, sous la discipline du professeur de grammaire, — qui voulait voir de quoi il était capable — au lieu d’apprendre il passait tout son temps à dessiner des bonshommes sur ses livres et ceux de ses camarades; ce que voyant, le prieur résolut de lui donner toute commodité pour s’instruire à la peinture. Il y avait alors, dans l’église du Carmel, la chapelle nouvellement peinte par Masaccio ; et ces peintures, étant très belles, plaisaient beaucoup à frère Philippe, de telle sorte que, tous les jours, pour son amusement, il fréquentait la chapelle; et là, s’exerçant en compagnie de nombreux jeunes gens, qui étaient toujours à dessiner d’après les peintures, il les dépassait de très loin en adresse et en savoir. Aussi tenait-on pour assuré que, avec le temps, il finirait par produire quelque chose de merveilleux; et le fait est que, dès sa jeunesse, comme ensuite dans son âge mûr, il a produit nombre d’ouvrages d’une beauté singulière.
Peu de temps après, il peignit en terre verte, dans le cloître, non loin de la Consécration peinte par Masaccio, un Pape confirmant la règle des Carmélites; et il peignit encore à fresque dans maints endroits de l’église, notamment une figure de saint Jean-Baptiste, et plusieurs scènes de la vie de ce saint . Et ainsi, faisant mieux de jour en jour, il avait pris à tel point la manière de Masaccio, et ses ouvrages ressemblaient tant à ceux de ce maître, que bien des gens disaient que l’esprit de Masaccio était entré dans le corps du frère Philippe. Sur un des piliers de l’église, près de l’orgue, il peignit une figure de Saint Martial , qui lui valut une grande renommée, et qui vraiment pouvait aller de pair avec les choses peintes par Masaccio. Si bien que, s’entendant louer de toutes parts, il s’empressa de dépouiller son habit de moine, vers l’âge de dix-sept ans .
Un jour, comme il se trouvait dans la Marche d’Ancône, et qu’il se promenait en mer, dans une petite barque, avec des amis, ils furent pris, tous ensemble, par des pirarates moresques, qui faisaient des incursions dans ces parages, et qui les emmenèrent en Barbarie; et chacun d’eux fut mis à la chaîne et tenu en esclavage; et Philippe y resta, avec bien des ennuis, pendant dix-huit mois. Mais ensuite, une fois, ayant souvent à être en compagnie de son maître, voici que lui vinrent l’occasion et le caprice de faire le portrait de cet homme; il prit dans la cuisine un charbon éteint, et, sur un mur blanc, dessina en pied la figure du maître, avec son habit à la moresque. Sur quoi, d’autres esclaves rapportèrent au maître ce qui leur paraissait, à tous, un prodige: car ni le dessin, ni la peinture n’étaient connus dans ces régions; et ce portrait lui valut d’être délivré de la chaîne, qu’il avait été jusqu’alors condamné à porter. Et vraiment c’est la gloire de cette grande vertu de l’art, qu’un homme à qui est accordé le droit de punir et de condamner soit amené, par elle, à faire tout l’opposé ; et qu’au lieu d’ordonner le supplice et la mort il se trouve conduit à se montrer affectueux et à donner la liberté.
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