Kitabı oku: «Histoire anecdotique des Salons de peinture depuis 1673»

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Théodore Gosselin

Histoire anecdotique des Salons de peinture depuis 1673


Publié par Good Press, 2022

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066329501

Table des matières

1

II

III

IV

V

VI

VII

VIII

IX

X

XI

1

Table des matières

LE PREMIER SALON DE PEINTURE

La Saint-Louis. — L’hôtel de Brion. — L’Exposition de la place Dauphine. — Une aventure d’Antoine Coypel. — Vaudeschoux. — La création de l’Académie en 1648. — Expositions en 1667, 1669 et 1671. — Exposition de 1673.

LE 25 août, jour de la Saint-Louis, le Paris de nos pères était en fête. — Fête au Louvre, où l’Académie française assistait en grand costume, dans la chapelle du palais, à une messe en musique suivie du panégyrique de saint Louis par un habile prédicateur. — Fête au jardin des Tuileries. L’orchestre de l’Opéra donnait pour le bouquet du Roi un concert public sur une estrade adossée au pavillon central du château, vis-à-vis la grande allée. — Fête à l’hôtel royal des Invalides. Le peuple avait ce jour-là ses grandes entrées aux cuisines et à l’arsenal. — Les Académies tenaient leur séance solennelle, les eaux jouaient à Marly et à Versailles, et le soir un feu d’artifice tiré sur la Seine, entre le Pont-Royal et le Pont-Neuf, terminait la journée ().

Or, en l’année 1673, un nouveau plaisir était venu s’ajouter à l’attrayant programme qu’on vient de lire: MM. de l’Académie royale de peinture et de sculpture avaient exposé dans la cour de l’hôtel de Brion les œuvres les plus remarquables qu’ils avaient produites durant l’année.

C’était dans la rue Richelieu, longue, étroite et noire à cette époque, presque au coin de la rue Saint-Honoré, à quelques pas de l’église des Quinze-Vingts, entre la rue du Rempart et celle de la Boucherie, anciennes ruelles aux maisons basses et déjetées, entièrement oubliées de la génération actuelle et dont la construction de la place du Théâtre-Français a fait disparaître les derniers vestiges. — Là, se trouvait une haute porte, percée dans un mur très élevé et fort nu, et, tout à côté, adossée aux dépendances de l’hôtel Richelieu, une échoppe portant cette inscription pompeuse: Le sieur Brunet, charron du roi.

La porte franchie vous êtes sous un hangar; au fond, au-dessus des maisons particulières qui forment une sorte de cité, le dôme bas et lourd de la chapelle du Palais-Royal. Dans cette longue et boueuse impasse, à ciel ouvert, sans une tente pour les garantir, sont exposés des chefs-d’œuvre comme l’Histoire d’Alexandre par Le Brun, ou les Conquêtes de Louis XIV par Van der Meulen.

Quand on songe aux soins que met un peintre de nos jours à remporter du palais des Champs-Elysées, son tableau refusé par le jury, aux flanelles dont il l’enveloppe, aux tampons dont il le protège, on se prend à rêver devant cette simplicité des maîtres exposant en plein air, le long d’une muraille nue, ces toiles où ils avaient mis le meilleur de leur génie et de leur science. Cela ne rappelle-t-il pas un peu Molière jouant l’Étourdi devant des paysans dans une grange, et Corneille, assis sur une borne, les pieds dans la boue, causant simplement avec le savetier qui met une pièce à l’un de ses brodequins.

Les expositions publiques de peinture n’étaient pas, du reste, un plaisir tout à fait inconnu aux Parisiens du XVIIe siècle. Depuis quelques années, le jour de la Fête-Dieu, après les processions, à l’heure si bien décrite par Mercier, où les enfants font des reposoirs dans la rue, avec des chandeliers de bois, des chasubles de papier, un dais de carton, un petit soleil d’étain....., la foule se portait à la place Dauphine: là, le long des maisons encore tendues de tapisseries anciennes, et ornées de branches vertes, les peintres amateurs de Paris, les jeunes, ceux qui n’aspiraient que de loin aux honneurs de l’Académie, exposaient, pendant une heure ou deux seulement, les meilleurs tableaux de leur atelier: c’était pour les uns une enseigne mirobolante à vendre, pour les autres, une étude d’après l’antique, rarement un paysage ou un sujet d’histoire. Cependant le public prit si grand goût à ce nouveau genre d’exposition rudimentaire, que, bien longtemps après la création des salons académiques, la foule se portait encore à la place Dauphine le jour de la petite Fête-Dieu. Les grands seigneurs ne dédaignaient pas de s’y rendre, non plus que les artistes en renom, et, pour en finir avec ces expositions auxquelles nous n’aurons plus l’occasion de revenir, disons que c’est là que Chardin se révéla par un tableau imitant un bas-relief; Carle Vanloo le remarqua, acheta le tableau et emmena le jeune auteur à Fontainebleau où l’on venait de le charger de la décoration d’une galerie. «Lancret y exposait en 1717 deux tableaux que les plus fins attribuèrent à Watteau, et qui commencèrent sa réputation ()».

Malgré leur succès qui se perpétua jusqu’à la révolution, ces expositions ne donnaient lieu à aucun catalogue. Le Mercure de France cependant, ne les laissait point passer sans leur consacrer quelques lignes. «Un jour, raconte-t-il, Antoine Coypel vint avec faste se faire voir à la place Dauphine, dans un magnifique carrosse, tandis que les personnes de la première distinction descendaient de leur équipage à l’entrée de la place. Choqué de l’orgueil de Coypel, le sieur le Clerc, peintre, monta sur une charrette qu’il rencontra par hasard et suivit dans la place Dauphine Coypel en parodiant ses gestes d’une manière fort plaisante.»

Notons encore un passage des Mémoires secrets de Bachaumont pour 1786. «Cette année-là, l’exposition de la place Dauphine n’offrit rien de remarquable, sinon le spectacle d’une demi - douzaine de balcons chargés de jeunes filles, parées, les unes de leurs charmes naturels, les autres de tous les embellissements de la toilette; et c’étaient toutes les demoiselles dont les ouvrages étaient exposés, et surtout les portraits, en sorte qu’il était fort facile de juger sur-le-champ de la ressemblance en les comparant ensemble. Ce nouveau genre de coquetterie attira beaucoup d’amateurs plus empressés de regarder les originaux que les copies.»

Quand la Révolution ouvrit à tous les portes du Salon; l’exposition de la place Dauphine n’eut plus sa raison d’être. Elle disparut donc des mœurs parisiennes en même temps que la Fête-Dieu; et lorsque plus tard on reconnut la nécessité d’un jury limitant le nombre des œuvres admises aux honneurs de l’exposition publique, elle était oubliée et ne reparut plus. De nos jours, la tentative qui fut faite pour la ressusciter sous le nom de Salon des refusés n’obtint qu’un médiocre succès.

Sans aller aussi loin que quelques critiques du siècle dernier, qui en avaient fait l’origine de nos salons académiques, il faut bien admettre que cette exposition entretenait l’émulation des élèves et les aidait à se reconnaître et à se grouper. Vers le milieu du XVIIe siècle quelques jeunes gens, dont l’un avait nom Charles Le Brun, se réunirent et louèrent en commun un atelier dans une maison voisine de l’église Saint-Eustache: un nommé Vaudeschoux leur servait de modèle pour le nu. Pendant six mois, le malheureux dut prendre toutes les postures qu’il plut aux jeunes artistes de lui infliger. Tour à tour Achille, Hector, Hippolyte, gladiateur mourant... il finit par déclarer à ses copistes que, l’hiver approchant, malgré tout le souci qu’il prenait de leur art, il commençait à grelotter dans son costume primitif de héros antique, et qu’il fallait songer à chauffer l’atelier. Ce fut une grave affaire. Aucun de ces jeunes gens, qui devaient tous un jour être rentes sur la cassette du Roi, ne pouvait subvenir à la folle dépense d’un appareil quelconque de chauffage. Vaudeschoux tint bon et se rhabilla. Nos étudiants en profitèrent pour se réfugier dans la cave de l’un d’eux qui demeurait rue du Coq, économie qui leur permit de s’offrir un modèle mieux conformé, car nous avons oublié de dire que Vaudeschoux était petit, malingre et contrefait. Son successeur fut un ivrogne de savetier, nommé Marin, homme de belle stature et solidement bâti.

«L’exemple de ces jeunes gens trouva bientôt des imitateurs parmi les artistes et parmi quelques ouvriers bien conformés, pour qui cette manière de gagner sa vie en montrant simplement son corps était une attrayante nouveauté. Un nommé Dubois loua dans la cour des cuisines du Louvre, une salle où il posait moyennant rétribution. Deux autres, Braulin et Girard allaient s’offrir dans les ateliers où les artistes commençaient à les employer et à les grouper. Ce Braulin était un maçon âgé de trente ans et si bien fait, que lorsque Le Brun partit pour l’Italie, il l’emmena à Rome où il détrôna le célèbre Caporali dont les formes y passaient pour un miracle ()

«De retour à Paris, Le Brun et ses anciens compagnons d’études, voulant se soustraire à la domination de l’antique corporation des maîtres peintres qui prenaient le titre d’Académie de saint Luc, formèrent le projet d’établir à leurs frais une école ou Académie royale, dans laquelle ils s’exerceraient à des études publiques et montreraient à la jeunesse à dessiner d’après le naturel, c’est-à-dire d’après un homme nu qu’on pose en diverses attitudes, ce qu’on a toujours nommé depuis: faire une académie ()

Les cours furent assidûment suivis. Le Roi les encouragea par lettres patentes gratuites de 1648, et c’est ainsi que se fonda l’Académie royale de peinture et de sculpture qui devait prospérer jusqu’aux premières années de la Révolution. Le premier lieu de réunion fut l’ancien atelier voisin de Saint-Eustache, où l’ambitieux Vaudeschoux avait servi de modèle, puis l’Académie loua, rue des Deux-Boules, le premier étage de l’hôtel de Clisson . Enfin nous la retrouvons en 1673 installée dans une aile que le cardinal de Richelieu avait fait construire au Palais-Royal pour sa bibliothèque, sur l’emplacement de l’hôtel du comte de Brion, écuyer de Gaston d’Orléans.

Déjà une exposition avait eu lieu sur l’invitation de Colbert, le 9 avril 1667, jour du dix-neuvième anniversaire de la création de l’Académie. Cette innovation, renouvelée en 1669 et 1671, n’a pas laissé de traces. Il est probable qu’aucune liste ne fut dressée des tableaux soumis au jugement du public. Le premier livret que nous possédons date de 1673. Il mentionne cent-cinquante objets, tableaux ou statues, exposés par MM. de l’Académie royale à l’occasion de la fête de Sa Majesté le 25 août.

L’Académie se composait alors de cent membres. Cinquante-quatre d’entre eux seulement avaient exposé. — Les sculptures, posées sur des scabellons, occupaient le milieu de la cour. Les tableaux, de moyenne grandeur, étaient rangés sur une sorte de banquette, le long de la muraille, et, au-dessus d’eux, occupant tout l’espace laissé libre, les immenses tableaux de Le Brun, représentant l’Histoire d’Alexandre, destinés à orner la galerie d’Apollon alors en réparation. Chacun les connaît; ils occupent aujourd’hui le vestibule de la salle du trône au Louvre.

«Quatre grands tableaux, dit le livret, faits par M. Le Brun, chancelier et recteur de l’Académie.

«Le premier représente la défaite de Parus par Alexandre;

«Le second est le passage du Granique;

«Le troisième la bataille d’Arbelles;

«Et le quatrième le triomphe d’Alexandre.»

Une véritable curiosité que ce livret de 1673 auquel nous reviendrons plus tard, imprimé sur petit in-folio et décrivant minutieusement chaque tableau en un style précieux fort à la mode, peut-être, mais à coup sûr très peu clair.

«Un tableau représentant Bérénice qui arrache un papier des mains de Ptolémée, dans lequel étaient les noms des personnes condamnées à mort, parce que le Roi le lisait en jouant, jugeant que, quand il y va de la rie des hommes, il faut plus d’attention.

«Le second, Pithopolis, femme de Pithès, faisant servir sur table toutes sortes de viandes représentées en or massif, pour guérir l’avarice de ce prince qui roulait que ses sujets ne travaillassent qu’aux mines d’or.

«Le troisième, Policrite qui envoie un pain à ses frères dans lequel était un avis important...»

«Certes, c’est à des sujets de ce genre que le Mercure galant devait faire allusion lorsqu’il proposait des énigmes gravées et qu’il disait: il n’y a rien de nouveau à cela, et tous les ans on expose en public différents tableaux des meilleurs maîtres qui sont autant d’énigmes à expliquer ()

Mentionnons encore:

De M. le Hongre, professeur, la figure du Roy sur le cheval de bronze.

De M. Desjardins, professeur, deux bas-reliefs; l’un, représentant Apollon qui poursuit Daphné, et l’autre représentant une Justice.

Et plus loin: un tableau fait par M. Champagne, recteur de l’Académie, représentant Jésus-Christ arec les deux pèlerins d’Emmaüs.

Comme portraits:

De M. le Maire, quatre tableaux, l’un représentant le portrait du général des Pères Mathurins, et l’autre, M. le curé de Saint-Jean en Grève. — Un autre où est représenté M. Bachot et sa femme, laquelle présente à son époux un cœur enflammé. Le quatrième est un portrait d’enfant.

Van der Meulen commençait alors la série de ses tableaux d’histoire, disséminés aujourd’hui au Louvre, à Versailles ou à Trianon.

«De M. Vandremeule, dit le livret, deux tableaux, l’un représentant la ville de Lisle, et l’autre celle de Dôle où dans tous les deux est le Roy.»

Ces deux tableaux, dont le premier appartînt longtemps à la ville de Lyon, sont aujourd’hui au Musée du Louvre.

Telle fut cette première exposition de tableaux. Eut-elle du succès, le public s’y porta-t-il d’une façon durable? C’est ce que nous ignorons, cette exposition n’ayant laissé d’autre trace que le livret dont nous avons parlé. Colbert, il est vrai, l’honora de sa visite. Cependant les essais suivants ne furent point heureux, et ce n’est qu’en 1699 que nous retrouvons l’Académie installée à la galerie du Louvre.


II

Table des matières

1699-1704

Le Louvre au siècle dernier. — Les salles de l’Académie de peinture. — Compte rendu in-extenso de dix-huit séances de l’Académie royale de Danse. — La galerie d’Apollon. — Exposition de 1699. — L’opinion du Mercure. — Exposition de 1704.

LE vieux Louvre, ce livre de pierres, sur lequel dix rois ont signé leur nom, n’était pas encore achevé à la fin du siècle dernier. — Les façades de la cour carrée, entreprises ou réparées sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV ne furent jamais terminées. Les bâtiments qu’elles représentaient étaient abandonnés avant d’être achevés. La plupart manquaient de toitures ou n’en avaient que de provisoires, établies à la hâte, ne s’élevant pas même à la hauteur des murs de face. Et comme le Roi n’habitait plus Paris depuis les troubles de la Fronde, un monde de locataires de toute sorte s’était taillé dans cet immense palais des petits logements bourgeois. — Des gens de lettres, des artistes avaient obtenu la permission de s’y loger et d’y établir leur atelier. Les grandes antichambres désertes se trouvèrent divisées en une série de petites chambres. Telle pièce destinée au logement du Roi devint un appartement complet. «On en construisit même, dit Dulaure, dans des corps de logis qui n’avaient que des façades et qui manquaient de toits.»

Vers 1740, Boucher habitait la partie du premier étage où sont exposés aujourd’hui les dessins des vitraux de la chapelle de Dreux. Son atelier, comme la plupart de ceux de ses collègues de l’Académie, était ouvert au public à certains jours de la semaine.

«Plusieurs peintres, dit Mercier, ont dans ce palais leur atelier, et une multitude de rats leur domicile. C’est le cortège ordinaire des talents. — Celui qui vient à décéder dans les logements du Louvre, ajoute-t-il, ne peut se faire attacher à sa porte une aune de drap noir. Il faut qu’il déloge sans cérémonie; on enlève le corps sans qu’il soit exposé, et il est interdit aux murailles de porter les marques lugubres de la douleur de sa famille ()

On sait, en effet, qu’à moins d’être prince du sang de France, il était, de par les lois de l’étiquette, défendu de mourir officiellement dans une résidence royale. — La marquise de Pompadour, décédée au château de Versailles, le 14 avril 1764, fut une des rares exceptions à cette règle.

La superbe cour carrée, si sévère aujourd’hui dans sa richesse, était encombrée de gravois qui s’élevaient à la hauteur du premier étage, et, dans les endroits où l’on pouvait passer, on avait établi, au moment de la construction de la colonnade, des baraques hideuses qui peu à peu tombaient en ruines, et dont les débris ne furent enlevés qu’au bout d’un siècle, en 1772. On partagea alors la cour en quatre grands carrés de gazon, protégés par des barrières.

Devant la colonnade elle-même, une multitude de petits fripiers étalaient en plein air, sur la place, des guenilles et des haillons.

L’Académie-royale de peinture et de sculpture occupait la salle du palais où l’on a placé de nos jours le Radeau de la Méduse; puis le salon voisin où sont les médailles antiques, le salon octogone qui précède la galerie d’Apollon, la galerie elle-même, et deux autres petites salles, détruites aujourd’hui, et remplacées par ce gigantesque escalier qui conduit aux salles de l’école française.

Ces divers appartements contenaient quelques œuvres d’art qui sont restées la propriété du Musée. On y parvenait par un petit escalier en vis, dont l’entrée se trouvait sur la place du Louvre, à l’extrémité de la rue Froidmanteau.

Dans la première pièce, servant d’antichambre, la statue colossale de l’Hercule Farnèse, moulée sur l’antique, quelques tableaux, dont un de Chardin, et le portrait de Bon Boullongue peint par lui-même. Un escalier placé au fond de cette pièce conduit à la salle. des modèles pratiquée dans le comble. — Dans le second salon de l’Académie se trouve, outre le buste de Louis XIV par le chevalier Bernin, les portraits des directeurs et des protecteurs de l’Académie: Colbert, Mazarin, le marquis de Louvois, M. de Villacerf, le président de Lamoignon, le chancelier Séguier, Mansart et le duc d’Antin. Dans l’enfoncement, au fond de la pièce, sur un socle de marbre, le buste de Le Brun et celui de Mignard. Les armoires à hauteur d’appui qui règnent sur la gauche contiennent la bibliothèque de l’Académie et ses portefeuilles de dessins et d’estampes. — La quatrième salle, de forme circulaire, a son plafond en coupole, enrichi de sculptures par compartiments. Sur la porte d’entrée est placé le tableau de réception du chevalier Servandoni, représentant des ruines; sur la porte qui est en face, servant d’entrée à la salle d’assemblée, se voit le magnifique tableau de la descente de croix, peint par Jouvenet..... La cinquième pièce sert à MM. les Académiciens pour leurs assemblées. Au fond, le Buste en marbre de Louis XV, soutenu sur un piédestal de marbre, orné d’un bas-relief représentant ce prince prenant l’Académie sous sa protection. Ce morceau est de M. Ber-ruer. Les portières de cette pièce ont été travaillées aux Gobelins. On y voit aussi une belle pendule donnée à cette Académie par feu M. de Toulouse. — MM. les officiers de l’Académie y ont chacun un fauteuil, et MM. les Académiciens se tiennent derrière, sur des tabourets . Certes, le décor est imposant, et nous ne voudrions nuire en rien à la majesté du souvenir que doit éveiller dans l’esprit du lecteur l’idée de ces solennelles séances académiques; mais nous ne pouvons manquer de rapporter ici une anecdote qui courut jadis sur l’Académie royale de danse, fondée par Louis XIV, et dont le conseil siégeait dans la rue Basse, près de la porte Saint-Denis. — «Lorsque D... y fut reçu, Vestris, le grand Vestris, le diou de la danze, qui présidait l’assemblée, ouvrit la séance par la question: Messieurs, où irons-nous dîner? Après cette délibération intéressante et l’admission du nouveau membre, il proposa de faire graver un cachet pour sceller les expéditions. On prétend que la discussion sur les supports occupa dix-huit séances. Ceux qui étaient pour la force demandaient un hercule, les autres soutenaient qu’il fallait des anges pour exprimer la légèreté..... .»

Il faut rentrer dans le salon octogone pour aller à la galerie d’Apollon. Vous connaissez cette superbe salle aujourd’hui complètement restaurée. A cette époque, elle était, comme le reste du Louvre, un mélange de splendeur et de ruine. Un incendie l’avait détruite en partie et l’on se contentait de l’entretenir assez pour en empêcher la destruction complète. Seul, le chef-d’œuvre de Le Brun, qui orne encore le dernier compartiment du plafond, du côté de la rivière, avait résisté aux ravages du temps. Le peintre y a représenté le triomphe de Neptune et de Thélis. Ces divinités y paraissent sur un char tiré par des chevaux marins, les tritons et les néréides forment leur cour. Tout autour est un grand rideau qui semble n’avoir été levé que pour découvrir aux yeux cette magnifique peinture. Sur le devant de la corniche est une figure de fleuve en stuc, accoudé sur son urne .

C’est dans cette salle que se tint l’exposition de 1699. L’essai de 1673, renouvelé le 14 août 1675, avait occasionné à l’Académie naissante un tel surcroît de dépenses, qu’on avait rejeté l’exposition suivante à 1681. Mais les peintres ne répondirent pas à l’appel que leur fit Lemoyne, chargé de l’arrangement du Salon. Puis vint la mort de la Reine, qui retarda l’exposition de 1683. Enfin, après trente et un ans de séjour à l’hôtel de Brion, l’Académie s’installait au Louvre, et c’est alors qu’elle résolut d’inaugurer solennellement ce nouveau local par une exposition qui eut lieu du 20 août au 16 septembre 1699.

«M. Mansart, ex-intendant et ordonnateur général des bâtiments du Roi et protecteur de l’Académie, ayant représenté à Sa Majesté que les peintres et sculpteurs de son Académie royale auraient bien souhaité renouveler l’ancienne coutume d’exposer leurs ouvrages au public pour en avoir son jugement, et pour entretenir entre eux cette louable émulation si nécessaire à l’avancement des beaux-arts, Sa Majesté a non seulement approuvé ce dessein, mais leur a permis de faire l’exposition de leurs ouvrages dans la grande galerie de son palais du Louvre, et a voulu qu’on leur fournît du garde-meuble de la couronne toutes les tapisseries dont ils auraient besoin pour orner et décorer cette superbe galerie. Mais comme elle est d’une étendue immense, ayant deux cent vingt-sept toises de longueur, ils ont cru n’en devoir occuper que l’espace de cent quinze toises en faisant deux cloisons aux deux extrémités de cet espace.

«Sur la cloison de l’extrémité à gauche en entrant, il il y a un grand dais de velours vert, avec de grands galons et de grandes crépines d’or et d’argent, une estrade et un tapis de pied au-dessous, avec deux portraits, l’un de Sa Majesté, et l’autre de Monseigneur, par M. Perron. — Ensuite, et sur les deux côtés de la galerie, sont les tapisseries des actes des apôtres, faites sur les dessins de Raphaël; et, comme ces tapisseries sont d’une beauté extraordinaire, il n’y a aucun tableau dessus, mais seulement des ouvrages de sculpture.

«Savoir: au trumeau 2 à droite et du côté du Carrousel, sont les portraits du Roi, de la feue Reine et de Monseigneur.

«De ces trois portraits, celui du Roi est de bronze; les deux autres de marbre blanc, sur leurs scabellons aussi de marbre blanc, sont de M. Coysevox.

«...Au trumeau 5 est un buste d’Alexandre, dont la tête est de porphyre et faite de son temps. Le buste est d’un marbre très précieux sur lequel est une draperie de bronze, doré d’or moulu.

«Le scabellon est enrichi d’ornements de bronze doré. Ces buste et scabellon sont de M. Girardon.

«Aux deux côtés de ce buste sont deux vases de bronze de deux pieds de haut; sur l’un est le Triomphe de Vénus, et sur l’autre, celui de Galathée. Ils sont sur deux scabellons de marbre blanc, et ont servi de modèles aux grands vases qui sont dans le parc de Versailles, — faits par M. Girardon.

«Dans les croisées des trumeaux 1, 2 et 3, sont disposés en rang les portraits du premier et du second ambassadeur de Siam et du chancelier des dits ambassadeurs, peints par M. Benoist.

«...Au milieu de la galerie est la statue équestre du Roi, faite de bronze, de trois pieds deux pouces de haut. Elle est montée sur un piédestal soutenu de quatre termes, orné de plusieurs trophées.

«Dans le même endroit, et près de la dite statue équestre est un groupe de bronze du Ravissement de Proserpine, de trois pieds trois pouces de haut, lequel a servi de modèle pour le grand groupe de marbre qui est placé à Versailles, dans la colonnade, — fait par M. Girardon .»

Telle était la disposition du Salon de 1699, dont une petite gravure fort rare nous a conservé l’aspect général. Cette exposition qui inaugure d’une façon grandiose la longue série des Salons du Louvre, est peut-être la plus riche en chefs-d’œuvre de toutes celles que nous allons parcourir: Versailles, alors à l’apogée de sa splendeur, était devenu le plus magnifique palais du monde. Tous les artistes de l’Europe, aux gages du grand Roi, le peuplaient de merveilleux objets d’art. C’est à cette débauche de talents, à cette émulation excitée entre tous les membres de l’Académie que le Salon de 1699 dut une partie de sa splendeur.

Coypel le père, outre son portrait qui figura en 1874 à l’exposition faite dans la galerie du palais Bourbon au profit des émigrants alsaciens-lorrains, et qui appartient aujourd’hui à M. Dumont de l’Institut, avait exposé quatre grands tableaux:

Ptolémée Philadelphe qui donne la liberté aux Juifs; — Trajan empereur, donnant une audience; — Solon soutenant ses lois contre les objections des Athéniens; — Alexandre Sévère qui fait distribuer du blé au peuple de Rome par un temps de disette.

Ces quatre tableaux, destinés aux appartements du Roi à Versailles sont aujourd’hui au Musée du Louvre.

... En l’autre trumeau sont quatre tableaux de M. Jouvenet: Le sacrifice d’Iphigénie, — Le mariage de la Vierge, — La Madeleine aux pieds de notre Seigneur chez le Pharisien, — Marthe et Madeleine aux pieds du Sauveur.

Ces tableaux appartiennent également au Musée du Louvre.

Citons encore:

Le portrait de M. Desportes, peint par lui-même avec du gibier mort à ses pieds (Musée du Louvre), — ceux de M. le comte de Gassion et du Rd Père Bertin, minime par M. de Troy, — Le portrait de M. Coypel, en attitude de peindre par M. Coypel le fils, — La savante Mme Dacier, par Mlle Cheron, et M. Despréaux Boileau, célèbre poëte, par M. Bonis.

Cette remarquable exposition de 1699 fit grand bruit. Le Mercure de France lui-même qui se contentait alors de publier chaque semaine, avec un soin minutieux, le moindre détail des fêtes de la cour, daigna, pour la première fois depuis vingt-sept ans, descendre des hauteurs où il se tenait d’ordinaire et lui consacrer queques lignes:

«Messieurs de l’Académie royale de peinture et de sculpture, dit-il, célébraient autrefois la fête de Saint-Louis par l’exposition de leurs plus beaux ouvrages qu’il était permis au public de venir admirer; mais comme ils étaient dans une cour ou ils avaient à craindre les injures du temps qui obligeait souvent de les retirer avant que la curiosité du public fût satisfaite, l’usage de cette fête avait été insensiblement aboli. Mais M. Mansart, ex-intendant et ordonnateur des bâtiments du Roi et protecteur de l’Académie, voulant renouveler tout ce qui peut contribuer à l’avancement des beaux-arts, et ayant, pour cet effet, obtenu du Roi que les ouvrages des peintres et sculpteurs seraient exposés dans les grandes galeries de son palais du Louvre, le peuple a marqué par son concours le plaisir que lui donne l’exposition de tant de chefs-d’œuvre. Les étrangers les ont admirés et tous sont demeurés d’accord qu’il n’y a que la France capable de produire tant de merveilles, et qu’elle est bien redevable au Roi, qui, par sa protection et ses libéralités, donne lieu aux beaux-arts de parvenir à un si haut degré de perfection, qu’il n’y a point aujourd’hui de nation qui peut oser prétendre y parvenir. Il y a une liste des ouvrages exposés .»

On le voit, c’était un succès, — un succès qui, à la vérité, ne devait pas de longtemps se renouveler. La mode, ce code civil des Parisiens, n’existait pas encore à cette époque, et les Salons de peinture ne devaient atteindre l’apogée de leur vogue que vers la fin du XVIIIe siècle. — Pour cette raison, ou pour d’autres que nous ignorons, l’exposition suivante n’eut lieu qu’en 1704, et avec elle commença cette affluence de portraits qui devait plus tard mettre si fort en colère l’auteur du Tableau de Paris.

M. Coysevox, directeur et l’un des quatre recteurs de l’Académie, a exposé les bustes de Mgr le Prince de Condé, de M. le Maréchal de Turenne, de M. le Maréchal de Vauban et de M. le chevalier de la Vallière.

M. Rigaud, adjoint et professeur: M. de la Fontaine, M. Mignard, M. de Santeuil et M. Coysevox.

Hyacinthe Rigaud, raconte le mémoire inédit des membres de l’Académie royale de peinture, fit en 1695 le voyage de Roussillon pour se rendre chez sa mère. il la peignit en trois différentes attitudes. Une de face, l’autre de profil et la troisième à trois quarts, afin que M. Coysevox, son ami, et l’un des plus habiles sculpteurs de France, qui devait sculpter en marbre ce portrait, eût plus de facilité à le faire. Et, «ne s’étant pas voulu tenir à cette marque d’amour pour elle, il l’a fait graver ensuite par le sieur Drevet, un des plus habiles graveurs au burin de ce temps, afin de multiplier et de reproduire en quelque façon à la postérité celle qui l’a mis au monde.»

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Yaş sınırı:
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Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
123 s. 6 illüstrasyon
ISBN:
4064066329501
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Telif hakkı:
Bookwire
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