Kitabı oku: «Le Quatorze Juillet»

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Tristan Derème

Le Quatorze Juillet

Petit art de rimer quand on manque de rimes


Publié par Good Press, 2021

goodpress@okpublishing.info

EAN 4064066302511

Table des matières

La première de couverture

Page de titre

Texte


DÉDICACE

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à H.P.

Prends ta flûte fidèle et souffle aux vieux roseaux.

La lune monte au ciel qu’ont quitté les oiseaux;

Les branches du sureau sont d’étoiles fleuries

Et les grillons, dans l’ombre, enchantent les prairies.

Pourquoi ce cœur amer dans la belle saison,

Dans cette chaude nuit qui berce la maison,

Tandis qu’un papillon s’acharne à ta bougie

Et tourne et sans daigner poudrer ton élégie

S’enfuit par la fenêtre ouverte sur l’odeur

Des tréfles mûrs et vers les prés où luit l’ardeur

Des vers-luisants qui sont les étoiles de l’herbe?

Mais d’anciens bonheurs tu rattaches la gerbe

Et seul et douloureux jusqu’au ciel Pâlissant

Tu ne contemples rien qu’un beau visage absent.

Mais il fut tout à soi quand il fut en province...

CORNEILLE (Othon III. 3).

J’en cognois qui ne font des vers qu’à la moderne,

Qui cherchent à midy Phœbus à la lanterne,

Grattent tant le françois qu’ils le déchirent tout...

THÉOPHILE.

.

Table des matières

QUATORZE JUILLET! et nous finissions l’après-midi chez M. Théodore Decalandre, à Tarbes. Par les persiennes, glissaient les nappes brûlantes d’un soleil oblique, cependant que trois orchestres jouaient à la fois sur la place Maubourguet, où les ormeaux laissaient pendre leur verdure triste dans la poussière et la chaleur. On entendait aux violons l’amour avide et langoureux de Dalila, la Valse Bleue et les tempêtes ridicules d’un jazz-band.

–Que n’ai-je trois oreilles?... murmura M. Decalandre.

D’un quatrième orchestre, qui errait par les rues et qui donnait à danser aux carrefours, s’éleva l’allégresse mélancolique d’une polka que soulignaient les rugissements d’un trombone grognon.

–Chacun rit et se rue

Et tourne; tu n’as qu’à

Descendre dans la rue

Pour danser la polka,

improvisa M. Baramel.

L’heure approchait du dîner. Les musiciens regagnaient leurs tanières, pour reprendre, aux viandes comme aux vins, quelque vigueur, afin d’enivrer ensuite et de cadencer les bals de la nuit. Alors, tous les phonographes de la ville se prirent à chanter du nez. Il y en avait aux fenêtres; il y en avait dans les corridors; il y en avait, je pense, sur les ardoises bleues des toits pointus. Jean de La Fontaine, à les ouïr et voir, eût gagné les bois et les prairies, car vous n’ignorez point qu’à la seule pensée d’un instrument solitaire et sonore, il se trouvait empli d’effroi «Si un luth, disait-il, jouait tout seul, il me ferait fuir, moi qui aime extrêmement la musique.» Un luth...

Dieux! que le gramophone est triste quand je bois,

dit M. Decalandre, en élevant son grand verre, et comme, en ce vacarme, nous nous mettions à table, en souvenir de Jules Laforgue qui avait, en cette ville, vécu les jours de son enfance et songeant aux lumineuses guirlandes qu’on allumait et qui allaient éblouir les branches du Marcadieu, il dit encore:

J’ai le cœur triste comme un lampion forain.

Puis, tandis qu’on apportait une immense soupière de faïence blanche et bleue, qui, le couvercle enlevé, laissait monter, vers la lampe de cuivre au plafond suspendue, l’abondante vapeur de la familiale garbure où flottaient les parfums du chou vert et de la cuisse d’oie confite, M. Lardimentière, je ne sais quel diable le poussant, entreprit de louer les vers qu’avait, le matin, récités dans la grande salle de la Mairie, M. Carnibolle, poète local et médiocrement inspiré, mais qui aspirait après une justice de paix.

Sous le prétexte de chanter la Fête Nationale, il n’avait pas manqué de balancer un pauvre encensoir sous les narines dédaigneuses, mais flattées, de M. Labranère, député et président d’honneur des chasseurs au gluau du département. «Salut, déclamait-il, son papier à la main, et de sa gauche, il retenait sur l’estomac les deux ailes de sa jaquette dont les basques volaient aux carreaux de son pantalon beige et blanc,

Salut au Député que nous vénérons tant !

Nous montrant l’Idéal, il connaît nos affaires;

Honorons en ces vers notre Représentant

Qui s’appuie à Paris sur les plus hautes sphères!..

Toute la foule avait acclamé le vieux parlementaire et les cris avaient pris une telle vigueur qu’ils renaissaient sans cesse. M. Labranère, lui-même, et devant son fauteuil s’était vainement dressé pour apaiser ce délire. On avait dû lever la séance et parcourir les rues en cortège, cependant que, courant de groupe en groupe, M. Camibolle, inlassablement, récitait les derniers quatrains de son poème. Personne ne l’écoutait. «Je donnerai ce petit ouvrage à la Vigie Pyrénéenne, disait-il, ainsi vous le pourrez tous lire en famille.»

–Pouah! fit M. Decalandre, peut-on faire un tel usage des Muses et avilir, de la sorte, leur musique! Que ce M. Carnibolle compose des vers, s’il lui plaît–pourvu qu’il ne me les donne point à lire–, et j’entends qu’il assemble des rythmes et des rimes pour chanter sa peine ou son allégresse,–mais chanter M. Labranère!... Qui nous délivrera de la poésie politique, si elle n’est point satire vigoureuse ou haute leçon!–c’est au vieux Ronsard que je pense. Le président d’honneur des chasseurs au gluau!... Et je ne puis moi-même le nommer sans lâcher un alexandrin!...

Mais n’avons-nous pas vu choses plus étonnantes encore et des élégies qu’on mutile, comme on casse les pattes à un lièvre, et qu’on rembourre à la façon des vieux fauteuils, pour leur donner l’aspect de poèmes civiques?

Et se tournant vers M. Lardimentière:

–Nous vivons en un siècle étrange, mon ami, où l’on ne fait rien à demi; et quel temps fut jamais si fertile en miracles? On l’a dit, je le sais, et je le dis sans rien y trancher, en des jours doux au chirurgien. Mais cessons d’employer la langue des oracles.

Ainsi, les gazettes nous apprenaient, au dernier hiver, qu’un professeur dont je n’ai garde de retenir le nom, et que, pour les commodités du discours, nous appellerons M. Trèfle, que M. Trèfle, dis-je, avait reproduit, dans l’un de ses recueils de morceaux choisis, un texte de Francis Jammes, mais en supprimant, aux pages du poète, Dieu, la Vierge et en muant Saint-Vincent de Paul en un brave ouvrier. On savait qu’Orphée avait été rompu et déchiré par les bacchantes, mais on ignorait encore que ce mystérieux syndicat de prêtresses, aux temps où nous vivons, comptât en ses rangs des agrégés.

Or, on nous confia que M. Trèfle, étant venu s’asseoir devant les juges, aux fins de s’expliquer sur ces travaux, il s’était plu à déclarer par le truchement de la défense, qu’il n’avait causé aucun tort à Francis Jammes et qu’il s’était lui-même et tout honnêtement soumis aux circulaires, décrets et lois qui, de leurs ailes puissantes, planent sur les vallons de la neutralité scolaire. Je me propose donc de donner une nouvelle édition des Entretiens Spirituels, en y pratiquant les coupures convenables et de telle sorte que les méditations de Saint-Ignace de Loyola se puissent confondre avec les pensées qu’Anatole France avait coutume de pêcher en son encrier philosophique.

–Il m’est venu en l’esprit et tandis que je vous écoutais, déclara M. Baramel, qu’il est, si l’on se trouve féru de neutralité, bien des écrivains qui appelleraient, comme on parle, la serpe et le greffoir de votre M. Trèfle. L’un des plus redoutables, n’est-ce pas Victor Hugo? Il ne cesse d’évoquer Dieu, l’âme, que sais-je encore, et autres êtres ou fictions qui ne sauraient, en s’y reflétant, qu’usurper le vide miroir des enfances neutres. Un poète, on le peut toujours neutraliser, et je ne songe à m’aviser d’évoquer le Grand Turc ni ceux qu’il neutralise: neutralité, c’est leur devise; mais écoutez Booz,

Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés...

Qu’ai-je dit? Corrigeons:

Tournant vers l’avenir ses yeux d’ombre noyés...

Et quelles paroles profère-t-il? Celles-ci:

Et je courbe, ô mon Dieu, mon âme vers la tombe

Comme un bœuf...

Quelle injure à la neutralité! Nous dirons désormais, je vous prie:

Je courbe ma dorsale épine vers la tombe,

Comme un bœuf...

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Türler ve etiketler

Yaş sınırı:
0+
Litres'teki yayın tarihi:
16 ocak 2025
Hacim:
31 s. 1 illüstrasyon
ISBN:
4064066302511
Yayıncı:
Telif hakkı:
Bookwire
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