Kitabı oku: «Au Texas»
Victor Considerant
Au Texas

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066330354
Table des matières
AVERTISSEMENT.
AU TEXAS. RAPPORT A MES AMIS.
PREMIÈRE PARTIE. De Décembre52à mai53.
DEUXIÈME PARTIE. Au Texas.
TROISIÈME PARTIE. Proposition.
PREMIÈRES INSTRUCTIONS
AVERTISSEMENT.
Table des matières
Ceci n’est pas un livre et n’est pas destiné au public, c’est une simple communication confidentielle, –si l’épithète peut s’appliquer à un document imprimé,–adressée à des amis.
La fondation à laquelle ce Rapport conclut doit revêtir un caractère public et très-général sans doute; m il importe à la conservation du principe dans lequel elle est conçue qu’elle soit originairement nouée par des individualités déjà fraternellement unies, et représentant ce principe dans toute sa pureté intellectuelle et morale. L’œuvre ne doit donc entrer dans sa phase de grande publicité et appeler les concours extérieurs, que postérieurement à la formation d’un noyau composé d’éléments homogènes, sympathiques entre eux, en même temps que dévoués au but social, à l’Idée principiante de la fondation.
Telles sont les raisons qui circonscrivent, pour les premiers moments, le cadre de ceux à qui s’adresse la Proposition contenue dans ce Mémoire. Elles ont autorisé l’auteur à parler, dans quelques passages, un langage d’École, qui pourrait n’être pas toujours très-intelligible au public proprement dit, et ont motivé le sous-titre de Rapport à mes Amis, donné à son travail.
AU TEXAS.
RAPPORT A MES AMIS.
Table des matières
Avant le départ.
I
Vers la fin de1852, au moment de mon départ pour l’Amérique, j’étais occupé à rédiger une Note qui vous était destinée.
Je rappelais le passé, les phases successives de notre Propagation, et j’examinais l’état présent des choses. Recherchant quel but d’activité l’École phalanstérienne pouvait aujourd’hui se proposer, je ne dissimulais pas les entraves dont elle est actuellement entourée. Toutefois, je constatais un fait important, et je proposais une résolution.
Le fait dont je prenais acte n’est nouveau pour aucun esprit exercé, parmi nous. Il résulte du caractère des élément modernes de l’élaboration historique qui tend à dégager l’Ordre de l’avenir de celui du passé.
Ces éléments sont: l’industrie et la science d’une part, et d’une autre les idées suscitées par l’avènement du problème social;–le reste, quelque place qu’il puisse tenir dans les choses et les préoccupations du moment, appartient au passé, et, comme tel, ne compte pas ici.
Or, les créations modernes de la science et de l’industrie, tout en se développant sur le terrain neutre et indépendant qui est leur domaine propre, revêtent de plus en plus le caractère grandiose de procédés puissanciels, d’intruments de grande activité combinée et collective: c’est-à-dire qu’elles vont, à leur insu, droit à l’Ordre sociétaire.
Quant aux idées socialistes proprement dites, malgré les températures élevées qui en surexcitaient naguères l’éclosion, et en dépit des efforts inouïs d’originalité tentés généralement par leurs promoteurs, elles n’ont offert, cela est clair à nos yeux, que des lambeaux ou des déformations de la pensée vaste, homogène et harmonique de Fourier. C’est ce qu’établissait une revue de ces idées, commençant aux doctrines communistes, parcourant les principaux genres des innombrables combinaisons qui ressortissent aux données du Garantisme (systèmes de crédits, mutualités, réformes commerciales, associations et cités ouvrières, consommations sociétaires, innovations en éducation, etc.) et finissant à la réaction individualiste de MM. Proudhon et Emile de Girardin.
Tout ce travail si passionné, si bruyant, si troublé et si trouble s’est opéré, en dernière analyse, autour de deux pivots:
a) Le desideratum d’une combinaison parfaite et absolue des choses et des forces sociales;
b) Le desideratum non moins formel de la liberté parfaite et absolue des éléments humains:
Ce qui implique comme conséquence et troisième terme:
k) Une Justice distributive universellement agréée.
Chacun de nous sait comment ces trois absolus, dont les luttes ont défrayé le chaos socialiste des dernières années . se résolvent dans la conception de l’Ordre naturel et harmonique découvert par Fourier.
Or, une gravitation aussi évidente de tous les éléments du monde vivant vers un même but, prouve péremptoirement que celui-ci est sur la route naturelle et certaine de l’humanité. La grande Théorie sociale dont nous sommes en possession trouve donc ici une contre-preuve, une confirmation historique, et le gage de sa réalisation ultérieure, quoi qu’il arrive.
Cela reconnu, je me demandais par quels moyens, en l’état des choses ambiantes, nous pouvions hâter cette réalisation, objet de nos indéfectibles efforts.–Les circonstances actuelles étant données, que faire pour notre Cause?
Malgré la résistance bien connue que j’ai toujours opposée à l’idée de quelque entreprise faible et trop diminuée, la discussion des conditions présentes me forçait à reconnaître qu’une œuvre quelconque était préférable, pour l’École, à un prolongement d’inaction absolue. J’étais amené, pour conclusion principale, à la proposition d’un Projet d’expérimentation du Procédé sériaire, réduit aux données les plus simples, aux éléments absolument indispensables et réclamant les moindres ressources.–Les bases de ce Projet, avaient été déjà posées et discutées dans une série de lettres échangées entre nos amis de Paris et moi pendant le courant de l’été.
Cette conclusion, ainsi que les différentes hypothèses d’exécution qui s’y rattachaient, était raisonnée et motivée; et, malheureusement, si modeste qu’elle fût, je ne pense pas qu’en s’enfermant dans les données actuelles de l’Europe, il nous serait aisé de trouver mieux,–du moins parmi les combinaisons à la fois réalisables dans ce milieu et acceptables par nous.
II
Si j’ai rappelé cette Note, mes amis, quoique j’aie aujourd’hui, grâce à Dieu, autre chose à vous présenter, c’est pour vous montrer d’abord que je n’ai pas perdu un seul instant la foi pleine et entière au triomphe nécessaire de l’Harmonie, dont la loi efficiente,–la Série,–est acquise à la connaissance humaine depuis Fourier; c’est pour vous confesser, ensuite, que tout en ayant pu compter très-légitimement, à d’autres époques, sur une expérimentation large, libre, suffisamment munie et fortement nouée, de cette formule libératrice, j’avais néanmoins cédé à la force des circonstances, et cru devoir accepter, sous leur pression (on en eût il est vrai pris acte), un pis-aller d’où je m’étais jusque-là, pour ma part, toujours efforcé de tenir l’École éloignée;–c’est enfin, et surtout, pour que vous sachiez au juste quel était l’état de mon esprit au moment de mon départ pour l’Amérique.
Il me paraît en effet nécessaire, pour édifier vos intelligences sur les vues et les plans nouveaux que j’ai mainteant à vous proposer, de vous faire assister à la formation des idées qui constituent ceux-ci, et de vous décrire fidèlement les causes qui en ont motivé le développement dans mon propre esprit. Entre vous et moi, et pour une communication du genre de celle-ci, celte filiation est la meilleure méthode d’exposition et la plus naturelle que je puisse choisir.
Nous partirons donc du point où j’en étais moi-même au moment, de mon voyage. Je spéculais exclusivement alors sur nos données européennes; à telle enseigne que Brisbane étant venu nous voir quelque temps avant ce voyage,– auquel, bien qu’il m’y engageât vivement, j’étais loin encore de songer alors,–j’avais fait mon possible pour le convertir à l’idée d’une expérimentation en Suisse, où je supposais que, toutes forces réunies, nous pourrions agir, et repoussé comme de très-faible valeur ce qu’il me proposait du côté de l’Amérique. Il est vrai que Brisbane, qui a parcouru cinq ou six fois l’Europe et touché même à l’Asie, ne con naissait encore qu’une assez petite partie de son propre pays, et ne se doutait pas de ce que, quelques mois plus tard, nous étions destinés à y rencontrer, je dirais presque à y découvrir ensemble.
Mon but n’est pas ici d’écrire un livre sur les États-Unis, pas môme de vous faire un récit de voyage: il y faudrait plusieurs volumes. Je me bornerai donc à toucher les points qui me paraîtront liés à la Proposition qui est l’objet et la conclusion de ce Mémoire.
PREMIÈRE PARTIE.
De Décembre52à mai53.
Table des matières
I
Mon départ pour le Nouveau-Continent a été aussi accidentel que subit. J’ai été emmené en Amérique plutôt que je n’y suis allé. C’est à peine si, au moment de la détermination, j’eus le temps d’échanger, à ce sujet, une lettre avec nos amis de Paris.
Trois ou quatre mois consacrés à voir le Nouveau-Monde, tel était uniquement mon programme, et j’avais si peu l’idée d’y trouver une issue nouvelle à nos préoccupations supérieures, que j’emportai avec moi le travail dent je viens de vous parler, pensant le terminer en mer et l’envoyer à Paris peu de temps après mon arrivée.
Parti d’Anvers le28novembre1852et de Liverpool le 1er décembre, j’entrais, le14au soir, dans la splendide baie de New-York, bien que nous n’eussions presque pas cessé d’avoir vent contraire et très-grosse mer. Les bonnes traversées, par vapeur, ne prennent déjà plus que dix à onze jours; il est à croire qu’avant peu d’années ce sera tout au plus six eu sept. Les deux hémisphères se rapprochent singulièrement.
Nous connaissons tous plus ou moins, en Europe, l’état de la société américaine. Outre les récits et les journaux, nous avons, sur les États-Unis, de bons livres. Ici, pourtant, la réalité est bien autrement saisissante que les peintures les plus fidèles. Deux heures de promenade dans les rues de New-York me pénétrèrent plus à fond que toutes mes lectures du principe principiant de la société américaine.
Cette spontanéité humaine à l’œuvre sur un champ sans limites; la rapidité et la masse du mouvement qu’elle engendre; la rudesse de celui-ci et son ordre particulier; la réaction du milieu résultant sur la personnalité elle-même qu’une telle atmosphère trempe, aimante, arme et munit pour ses circonstances propres; l’incroyable quantité de travail social lancé par ces volcans d’activités moléculaires sans cesse en éruption; tous les phénomènes, enfin, de la création spontanée la plus rapide et la plus énergique qui se soit jamais produite dans l’histoire de l’humanité, vous apparaissent, vous enveloppent en un instant, vous crèvent les yeux, vous crient dans les oreilles, vous tiraillent, vous bousculent; bref, se font comprendre vivement et de toutes les manières. A peine débarqué, l’Européen reconnaît qu’il a mis, formellement, le pied sur un nouveau monde.
L’énergie de l’individualisme libre, la puissance de l’activité personnelle, dégagée d’entraves, se dressent de toutes parts et vous frappent si fort que l’on en est d’abord étourdi.
Personne ne m’attendait en Amérique. Nos amis apprirent mon arrivée par les journaux, dont plusieurs, à cette occasion, parlèrent en termes bienveillants de nos doctrines, et je fus, de la part d’une réunion mensuelle des journalistes de New-York, l’objet d’une invitation tout amicale et sympathique.–Brisbane, qui était à Buffalo, ne tarda pas à me rejoindre.
On entrait au cœur de l’hiver. Je sentais le besoin de débrouiller le chaos qui tourbillonnait autour de moi, de me faire un plan quelconque, et d’apprendre un peu d’anglais avant de m’engager dans l’intérieur. Il fallait me mettre en étal de voir avec quelque fruit. D’ailleurs . Brisbane, à qui l’idée d’une tournée ensemble allait parfaitement, était en core retenu par des affaires. Il fut décidé que je ferais d’abord une résidence de quelques semaines à la North-American-Phalanx, établissement sociétaire fondé dans l’Etat de New-Jersey, non loin de New-York. J’avais naturellement à cœur d’étudier cet établissement, et j’y devais trouver d’excellentes leçons d’anglais. Brisbane m’y conduisit avant de retourner à ses affaires. Quelques mots sur cette Association ne sauraient être déplacés ici.
II
Nous avons eu maintes fois occasion de faire connaître aux amis de la Doctrine sociétaire en Europe, le caractère et la marche de sa propagation en Amérique. Rappelons brièvement les faits.
La conception de Fourier comporte deux idées générales: 1o l’idée de l’Association, notion économique et sociale d’un ordre coopératif et combiné, opposé à l’état de morcellement et de divergence; 2o l’idée de la Loi sèriaire, au moyen de quoi l’Association est conçue, non plus simplement comme une agglomération d’éléments coopérants fonctionnant dans un système quelconque, mais comme un être social doué d’une organisation supérieure, vivant d’une vie pleine, intégrale et harmonique.–La propagation primitive, en Amérique, a été entraînée à s’occuper exclusivement de la première de ces deux idées. La seconde a été négligée ou ajournée, finalement très-peu mise en lumière.
Une telle simplification, en réduisant la théorie aux degrés élémentaires, était faite sans doute pour faciliter et accélérer les adhésions; mais si elle devait avoir quelque part un danger, c’était aux États-Unis, le caractère américain étant assez disposé déjà de lui-même à attaquer les choses sans trop de préparations. Aussi, sans s’inquiéter de ces conditions organiques dont il avait été si peu question, nombre de ceux qui accueillirent le principe sociétaire imaginèrent tout naturellement qu’il suffisait, pour engendrer l’harmonie sociale, de se réunir sur un terrain, d’y stipuler un contrat d’association et d’aller en avant.–Go ahead! c’est la devise des populations de l’Union.
De telle sorte que l’on vit, à l’époque dont je parle, surgir en beaucoup de lieux des Phalanges. C’est le nom que l’on donnait à des associations composées quelquefois seulement de quatre ou cinq familles, convaincues qu’elles allaient, sans plus de façon, constituer ainsi des noyaux d’harmonie dont le développement irait tout seul.–Si encore toutes ces tentatives si faibles eussent été réunies! Mais non, et je comprends très-bien aujourd’hui que dans les circonstances que je viens de rappeler, les choses aient dû commencer ainsi. C’est tout à fait conforme au génie américain.,
Quoi qu’il en soit de tous ces essais si peu calculés, la North-American-Phalanx, grâce à des capitaux et à un personnel de fondation plus considérables, subsiste seule aujourd’hui.
La N.A. Phalanx compte, à l’heure qu’il est, dix années d’existence. Son personnel, de120à150membres, y compris les femmes et les enfants, est resté numériquement stationnais. Une telle faiblesse en nombre et la lacune, chez la plupart des membres, des connaissances théoriques qui eussent entretenu dans la masse une aspiration vers l’idéal, une tendance à la réalisation de ses conditions nécessaires, notamment l’accroissement de la population, n’ont pas permis d’y tenter la moindre ébauche d’organisation sériaire. Un atelier s’appelle bien groupe, une division série; mais le travail n’en fonctionne pas moins, comme dans tout établissement civilisé, en mode monotone et continu, sans rivalités ni diversités engrenées quelconques. Seulement, les coopérateurs sont égaux, libres et associés.
Hé bien! même en cet état, pour qui connaît la Théorie phalanstérienne, la N.A. Ph. en est déjà une confirmation formelle. En effet, tout ce qui en est réalisé sur ce petit théâtre, y produit, proportionnellement, les conséquences prévues, et tout ce qui manque laisse voir, dans les résultats, les lacunes correspondantes.
Ainsi, lacune absolue quant aux effets spéciaux de l’Organisme sériaire, celui-ci faisant totalement défaut; mais production de tous les phénomènes propres à l’Association, dans la proportion des choses et des nombres auxquels celle ci est appliquée.
La vie, l’entrain, l’attrait au travail manquent totalement. La spontanéité individuelle, cette puissante caractéristique des populations américaines, que l’organisme sériaire peut seul entretenir et développer dans une association, tend visiblement ici à s’affaiblir. L’association végète plutôt qu’elle né vit abondamment. Elle semble plus ennuyée et somnolente qu’alerte, gaie, active et passionnée à son œuvre. Ceci répond clairement à l’absence de l’excitateur nerveux, de l’organisme sériaire. La science enseigne, en effet, que faute de cet appareil, l’association ne fait qu’aggréger les individus et tend à noyer la personnalité dans la substance collective.
Mais d’autre part, les rapports de maître et d’ouvrier, de propriétaire et de prolétaire, de chef omnipotent et d’employé dépendant, la domesticité salariée, l’avilissement des fonctions répugnantes, les conflits et les discords de la concurrence anarchique, la dépréciation des salaires, l’infériorité de la condition industrielle des femmes, etc., etc., tous ces phénomènes que le morcellement engendre fatalement, ont disparu, remplacés par l’égalité des personnes et des sexes, l’honorabilité de tous les travaux, la dignité d’une subordination pratique, libre et consentie, et l’accord collectif dans l’intérêt commun. Les avantages économiques de l’Association se révèlent d’ailleurs proportionnellement aux nombres. Le fait de leur accélération progressive avec le nombre est mis en toute évidence.
Tout inférieurs et rudimentaires qu’en soient l’organisation et le titre de vie, la N.A. Ph. n’en présente donc pas moins déjà, péremptoirement réalisées, les solutions de plusieurs problèmes sociaux de première valeur, par la pratique, si réduite encore, du seul principe de l’Association. Le Phalanstérien instruit dans la doctrine éprouve une jouissance scientifique, mêlée d’une certaine tristesse que l’énormité des lacunes explique, à l’aspect de ces résultats si exactement proportionnels à la quantité de théorie réalisée; et le visiteur civilisé, ne sût-il s’en rendre compte, sent lui-même au contact de ces transformations une satisfaction inconnue. Ce n’est pas, en effet, sans un genre de charme tout nouveau qu’il se voit, dès son premier repas, servi par des jeunes filles, de jeunes garçons et des dames, qui sont les enfants et les femmes des maîtres de l’établissement, et qui bientôt après ont pour serviteurs, à leur tour, une partie de ceux aux ordres de qui ils étaient tout à l’heure. C’est que, aussi bien, ce qu’il a sous les yeux, n’est rien de moins qu’une grande émancipation sociale réalisée, accomplie. Une fonction sociétaire, digne et décente, remplace autour de lui la domesticité du noir esclave, ou celle d’une classe des parias de la misère libre.
Il est témoin d’une réhabilitation effective, analogue, de tous les autres genres de travaux plus eu moins avilis dans nos sociétés morcelées. Cette réhabilitation est d’ailleurs si naturelle à la pratique sociétaire, que nombre de visiteurs peuvent fort bien en éprouver une impression sans savoir trop se rendre raison des causes qui la produisent.
Les jeunes filles et les dames gagnent sans difficulté leur existence. A un âge donné, les femmes prennent part active aux séances où se décident les intérêts de l’Association, émettent librement leurs opinions et. votent comme les hommes. L’égalité industrielle et sociale des sexes se trouve ainsi établie comme d’elle-même . et ici encore la nouveauté paraît chose si simple et si naturelle que, sans aucun doute, la plupart des civilisés ne songeraient pas même, en face du fait, qu’ils ont devant eux toute une grande évolution historique accomplie.
Les heures qui ne sont pas employées au service de l’Association ne donnent lieu, cela va sans dire, à aucune rétribution; mais aucun travail n’est obligatoire; chacun se dispense, quand il lui plaît, de sa tâche; cependant, tous les travaux nécessaires s’exécutent régulièrement. On ne sent à la N.A. Ph. aucune domination, aucune contrainte; il n’y existe pas l’ombre d’une autorité ayant capacité pour enjoindre, réprimer, punir; toutes choses, néanmoins, s’y passent fort con venablement; on ne rencontrerait nulle part des mœurs plus honorables et plus décentes. Aussi imaginé-je que tant de braves gens qui ne peuvent se représenter la pratique de l’Association que comme l’abomination de la désolation, seraient bien plus surpris encore de ce qu’ils n’y sauraient trouver que ce qu’ils y pourraient voir. Un effet de ce genre s’est produit sur les civilisés voisins. Ceux-ci, lors de la fondation, s’émurent; ils redoutaient un foyer de pestilence. Ils n’ont pas tardé à se rassurer et à vivre avec l’Association en bonne entente.
Tout être vivant est une Association. La variété, la richesse des éléments intégrants et le degré de l’organisation, font les différences. En ce sens, la petite phalange du New-Jersey est un zoophyte sociétaire. Il y faudrait une réforme radicale, conséquemment un élan et un parti pris de progrès, difficiles après dix années d’existence, pour qu’elle pût s’élever à un ordre supérieur. Quoi qu’il en soit, ses fondateurs auront acquis des droits incontestables dans l’histoire des origines de l’Ordre sociétaire. Elle possède, comme je l’ai indiqué sommairement, une précieuse valeur d’étude et de démonstration, sinon pour les civilisés, du moins pour les phalanstériens versés dans la science dont elle confirme les données en positif et en négatif de la façon la plus formelle. Elle prouve d’ailleurs un fait qui peut avoir une grande importance pour la pratique de la transition. Ce fait, que nous avions déjà admis et énoncé sur le rapport de Br., c’est que le caractère américain se prête assez aisément aux degrés d’association les plus rudimentaires eux-mêmes. En Europe, avec nos populations méridionales surtout, une association semblable à celle-là ne tiendrait pas quinze jours. Elle éclaterait en dissensions de toutes sortes. La nature froide, réservée, et la sociabilité plus raisonnable que passionnée des Américains du Nord, supporte des états transitoires auxquels il serait téméraire de soumettre des éléments européens purs. L’examen de ce phénomène n’avait pas moins que beaucoup d’autres droit à toute mon attention.