Kitabı oku: «Gutenberg», sayfa 8
SCÈNE V
Les Mêmes, MARTHA
Elle entre par le fond droite, et vient près de Gutenberg.
FRIÉLO
Levez les yeux, maître, et vous verrez que Dieu ne vous a pas abandonné. L'un de vos anges gardiens s'est envolé, mais l'autre vous est resté fidèle.
MARTHA, à Friélo
Oui, cher Friélo, je viens encore protéger et défendre ton maître. Mais n'accusez pas Annette d'ingratitude et d'oubli. C'est elle qui, en passant devant la succursale du couvent de Sainte-Claire, établie à Wiesbade, m'a prévenue de son départ, m'en a expliqué les raisons, qui n'ont rien que d'heureux, et m'a chargée de la remplacer auprès de Gutenberg. J'ai pour mission de vous ramener tous deux à Mayence! (À Gutenberg qui, pendant la réplique précédente, a regardé avec surprise Martha, cherchant à la reconnaître.) Vous avez entendu, messire Jean, nous allons partir; je vous ramène à Mayence. Vous allez rentrer, et pour ne plus la quitter, dans votre ville natale.
GUTENBERG69
Un ange est descendu du ciel, pour prendre par la main le vieillard abattu sous les coups de l'infortune, pour l'arracher au désespoir et à la mort. Mais pourquoi ce messager céleste prend-il la voix et les traits enchanteurs de la jeune fille qui fut l'amour et la passion sereine de ma jeunesse? Fille de Laurent Coster, enfant du maître vénéré qui forma mon esprit et m'ouvrit la carrière, tu portes les habits des saintes femmes vouées au culte de Dieu. C'est pour me dire, n'est-ce pas, que tu vas me transporter dans les sphères célestes, et m'amener aux pieds du Seigneur? (Il se lève.) Merci à toi, noble envoyée des divines phalanges. Je suis prêt à te suivre!… J'ai hâte de mourir, pour que tu m'emportes sur tes blanches ailes, au sein de l'éternelle clarté, dans l'infini des cieux!…
MARTHA
Il ne me reconnaît pas! Une longue série de malheurs, la misère, les souffrances de l'exil, ont altéré sa raison. C'est à nous de consoler, d'apaiser, de rendre à elle-même cette âme meurtrie. Je ne faillirai pas à cette dernière et suprême mission. Annette m'a chargée de ramener à Mayence le pauvre Gutenberg. Partons, Friélo, et que Dieu nous conduise!
Ils sortent, Gutenberg posant les bras sur les épaules de Martha et de Friélo.
HUITIÈME TABLEAU
LE RETOUR À MAYENCE
Même décor qu'au premier acte. On a seulement supprimé les deux enseignes. Banc de pierre, à droite.
SCÈNE PREMIÈRE
ANNETTE, puis HÉBÈLE
ANNETTE, sortant de la maison du Taureau-Noir
Mettez tout bien en ordre. Nettoyez les vitraux de la grande salle et les cuivres des cuisines. Pour le reste, attendez mon retour.
Elle descend en scène, et rencontre Hébèle, venant par le fond.70
HÉBÈLE
Je viens d'apprendre ton arrivée, et j'accours te demander pourquoi tu reviens seule, et où tu as laissé mon pauvre frère?
ANNETTE
Depuis la ruine et l'incendie de notre imprimerie, à Mayence, nous errions, Gutenberg et moi, à travers l'Allemagne, pauvres, malheureux, et ayant souvent besoin de recourir à la charité publique. Mon mari transportait avec lui son vieux matériel d'imprimerie, et nous vivions de quelque semblant de travail, accordé par la pitié. Mais, le plus souvent, nous ne rencontrions que des refus, des risées ou des menaces, et les pierres du chemin auraient été tout aussi utiles à transporter, que notre attirail d'imprimerie. Nous étions à Wiesbade lorsque j'appris que Diether d'Yssembourg, venait d'être rétabli sur le trône archiépiscopal de Mayence, redevenue, comme auparavant, ville libre de l'Empire.
HÉBÈLE
Oui, la mort du pape Pie II, en 1464, suivie de celle du comte Adolphe de Nassau, a permis que les réclamations des habitants de Mayence fussent écoutées par le Conseil de l'Empire, et, finalement, notre bien-aimé Diether d'Yssembourg est revenu à Mayence, ramenant avec lui nos libertés municipales.
ANNETTE
Dès que cet heureux événement me fut connu, je m'empressai de quitter Wiesbade, pour venir exposer à notre prince bien-aimé la situation lamentable du créateur de l'imprimerie, de Gutenberg, qu'il a toujours affectionné. En partant, je confiai mon mari aux soins dévoués de sœur Martha, qui se chargea de le guérir et de le ramener à Mayence.
HÉBÈLE
De le guérir!
ANNETTE
Oui, le malheur, les persécutions répétées, le désespoir d'avoir tout perdu dans l'incendie de son imprimerie, avaient un moment altéré sa raison; mais les soins attentifs de Martha l'ont bientôt rendu à lui-même. Le prince a écouté avec le plus vif intérêt le récit de ses infortunes, et il a pris ses dispositions pour rendre toute justice à Gutenberg, dès son retour. Je me rends à son palais; viens avec moi, je te dirai en chemin mes projets et mes espérances.
Elles sortent par le fond gauche.
SCÈNE II
GUTENBERG, avec une barbe blanche, MARTHA, FRIÉLO, ayant chacun sur l'épaule le bras de Gutenberg71
MARTHA
Dieu soit loué! nous voici enfin au terme du voyage! Nous avons été assez heureux pour rendre à la santé, à la raison, le pauvre Gutenberg. Friélo, je te le confie, et je rentre au couvent.
Elle sort par la gauche.
FRIÉLO. Il conduit Gutenberg près du banc de pierre à droite, et le fait asseoir sur le banc
Marcher un jour, marcher le lendemain, marcher encore, quel métier pour des jambes qui n'ont plus vingt ans! Et dire que nous revenons aussi pauvres que nous sommes partis!… et de plus, très fatigués!… Enfin, voilà la maison du Taureau-Noir, et, j'espère bien, cette fois, que nous allons nous y arrêter pour le reste de nos jours!
Il entre dans la maison du Taureau-Noir.
GUTENBERG, seul. Il se lève et paraît rencontrer peu à peu les lieux
Je te salue, ô maison paternelle!… Plus de vingt ans se sont écoulés, depuis le jour où, pour la première fois, je dis adieu à tes vieux murs!… Pages envolées, de ma vie, que j'aime à vous relire en face de ces lieux paisibles où s'écoula mon enfance! Je sens renaître ici tous les souvenirs du passé, et, comme en un miroir fidèle, mon existence entière se reflète à mes regards!… Mon départ de Mayence au milieu des colères du peuple; mon séjour dans l'atelier de Laurent Coster, à Harlem; mes veilles, mes longues études, et l'amour ingénu de Martha, reviennent à ma pensée. Mais je vois aussi s'évanouir, l'un après l'autre, tous mes rêves de bonheur! Mon cher Dritzen frappé de mort à mes côtés, et le traître Fust, s'emparant de mon secret. Scheffer, tué à son tour, et mes ateliers consumés par les flammes; enfin, ma vie errante à travers l'Allemagne, et cette longue période, où, nouveau Bélisaire, j'implorais la pitié et l'aumône des passants!… Avec quelle émotion je revois les lieux où s'écoula ma jeunesse. Le nid de cigognes que j'ai laissé au moment de mon départ, est encore suspendu à la corniche de cette tour. Les petits, devenus grands, sont partis; mais plus heureux que moi, ils sont plusieurs fois revenus, battant des ailes, pour nourrir des générations nouvelles. Jeunesse, illusions, amour et gloire, j'ai tout laissé sur la route épineuse de la vie… Ainsi, la souffrance et le malheur sont, ici-bas, la récompense de ceux qui se dévouent au progrès de l'humanité! Pendant que l'Europe entière s'enrichit de ma découverte, je rentre brisé, sans ressources et sans espoir, dans ma ville natale.
SCÈNE III
GUTENBERG, ANNETTE, FRIÉLO, HÉBÈLE, Annette et Hébèle entrent par le fond gauche
ANNETTE, courant à Gutenberg
Je viens d'apprendre ton arrivée, et je ne me sens pas de joie.
Elle l'embrasse.72
HÉBÈLE
Mon bon frère! que je te presse à mon tour dans mes bras!
Elle l'embrasse.
GUTENBERG
Chère sœur jamais plus lamentable voyage, ni plus triste retour!
ANNETTE
Oui, Friélo, m'a raconté vos dernières étapes. La misère, la tristesse, les privations, ont été vos compagnons de route, depuis Wiesbade jusqu'ici. Ton âme est abattue, ton corps est fatigué, ton visage est vieilli, et tes habits sont usés; aucun cortège ne fête ton retour, ton escarcelle est vide, et ta tête est blanchie par le travail et le malheur. Mais tu as su rester digne, indépendant, loyal et sincère. Qui donc pourrait se dire aussi riche que toi? Cependant, ne perds pas courage; car si j'en crois mes pressentiments, l'heure qui t'apportera la fortune, la gloire et le repos, n'est pas éloignée.
GUTENBERG
Ah! ma pauvre Annette! Tu as conservé toutes les illusions de la jeunesse. Mais moi, j'ai tant souffert que j'ai perdu jusqu'à l'espérance. Si tes beaux rêves se réalisaient jamais, je ne serais plus sur la terre, pour en jouir.
ANNETTE
Et la devise de ta famille: Rien ne me résiste! l'as-tu donc oubliée? Cette devise est aussi celle de l'art que tu as fondé. C'est la devise de la vérité, de l'intelligence et du courage… elle ne peut mentir!… Apprends donc que si je t'ai quitté si brusquement à Wiesbade, c'est que je venais de recevoir la nouvelle du retour de notre souverain, Diether d'Yssembourg, dans sa bonne ville de Mayence, et que j'avais hâte de rappeler au prince tes titres à sa reconnaissance.
GUTENBERG, avec doute
Mais que peux-tu avoir obtenu?
SCÈNE IV
Les Mêmes, Friélo, arrivant en courant, par le fond, gauche
FRIÉLO73
Mon maître! mon cher maître! Je ne sais comment on a appris votre retour; mais vos anciens ouvriers, les bourgeois, les seigneurs, tout Mayence enfin, s'apprête à venir vous souhaiter la bienvenue74. Les visages ont tous un air de fête qui vous réjouit le cœur. Cela m'a fait pleurer. Je croyais qu'il n'y avait que le chagrin qui fît couler des larmes. Il paraît que le bonheur produit le même effet. Enfin, je pleure et ris tout à la fois.
Il remonte au fond gauche.
ANNETTE, pressant les mains de Gutenberg
Ce jour mémorable effacera tous les tristes souvenirs du passé!
FRIÉLO
Voilà le peuple, avec ses habits de fête; voilà le Prince Électeur, avec sa belle cape; voilà le docteur Conrad Hummer, Syndic de Mayence, avec sa longue robe. Ah! doux Jésus, les larmes n'empêchent d'y voir clair! C'est bête de pleurer comme ça, quand on est si content!
SCÈNE V
Les Mêmes, DIETHER D'YSSEMBOURG, CONRAD HUMMER, Ouvriers Imprimeurs, Peuple
Entrée générale par le fond gauche: Diether, Conrad, Soldats, restant au fond.
PEUPLE et OUVRIERS
Vive Gutenberg! vive Gutenberg!
DIETHER D'YSSEMBOURG, tenant un parchemin75
Gutenberg, ta digne et vaillante épouse m'a raconté les malheurs qui t'ont si longtemps poursuivi, et l'état de détresse où t'a réduit la prise et l'incendie de notre bonne ville. Je sais que, depuis plusieurs années, le créateur de l'imprimerie, vit, errant et malheureux à travers l'Allemagne. Rétabli, comme par miracle, à la tête de notre cité, je veux rendre justice au mérite de tous, et j'ai à cœur de reconnaître les services que le plus illustre des enfants de Mayence a rendus à sa patrie et à l'humanité… Gutenberg, malgré les tentatives que Fust et Scheffer ont faites pour s'approprier ta découverte, je tiens à te proclamer devant tous l'inventeur de l'imprimerie, et je t'assure, par ce décret, une pension pour le reste de tes jours.
Il donne le parchemin à Gutenberg.
GUTENBERG
Ah! monseigneur!
DIETHER D'YSSEMBOURG
Je te nomme, en même temps, premier gentilhomme de mon palais. (Il prend un collier des mains de Conrad, et le passe au cou de Gutenberg, qui a mis genou en terre.) Je ne connais personne qui soit plus digne que toi de porter ces insignes, destinés à signaler, parmi mes gentilshommes, celui que j'honore le plus.
GUTENBERG, se relevant
N'est-ce point un rêve? Que de bienfaits, monseigneur!… (Tendant la main à Annette.) Je vois que tu as plaidé ma cause avec éloquence!
ANNETTE
Je n'ai fait que demander justice pour toi!
SCÈNE VI
Les Mêmes, MARTHA, entrant par la gauche, deuxième plan
DIETHER D'YSSEMBOURG
Quelle est cette religieuse?… Son visage inspire la sympathie… (À Martha.) Qui êtes-vous?
MARTHA
Martha, sœur de Sainte-Claire, fille de Laurent Coster, l'imagier de Harlem!
GUTENBERG
Je vous remercie, Martha, d'être venue joindre à mon triomphe le souvenir de mon vieux maître. (En se découvrant.) Rendons tous ici hommage à la mémoire de Laurent Coster. Aucun de nous ne doit oublier que l'imprimerie a eu pour berceau l'humble imagerie de Harlem.
MARTHA
Je suis heureuse de cet hommage rendu à la mémoire de mon père; mais ce n'est pas pour cela que je me présente à notre souverain. Je suis sœur du couvent de Sainte-Claire, mais je n'ai pas encore prononcé mes vœux: je suis toujours simple novice. C'est pour cela que j'ai pu être envoyée en mission en divers pays, tantôt à Paris, pour soigner les pestiférés, tantôt à Mayence, ou dans le duché de Nassau, pour y panser les blessés et prodiguer les secours de la religion aux victimes de la guerre. Mais aujourd'hui, ma mission est terminée. Gutenberg est maintenant heureux et honoré dans sa patrie. Les portes du cloître peuvent donc se fermer sur moi. Je peux dire au monde et à ceux que j'ai aimés un éternel adieu. Et je viens vous dire, à vous, prince de l'Église: «Daignerez-vous placer, de vos propres mains, sur mon front, le voile sacré?»
DIETHER D'YSSEMBOURG
Oui, Martha Coster, c'est avec bonheur que je présiderai la cérémonie de votre prise de voile!
Martha baise la main du prince.
GUTENBERG, avec douleur
Hélas! ma chère Martha! Adieu! pour toujours!
Martha lui donne la main, s'incline devant le prince, et sort, par la gauche.
DIETHER D'YSSEMBOURG, mettant la main sur l'épaule de Gutenberg
Et maintenant, messire Gutenberg, à mon palais! Je veux qu'aujourd'hui même, vous y preniez le rang de mon premier gentilhomme!
LE PEUPLE et LES OUVRIERS
Vive Gutenberg!
GUTENBERG
Non, mes amis, vive l'imprimerie, l'imprimerie mère du progrès, mère de la science et de la liberté!