Kitabı oku: «Informationswissenschaft: Theorie, Methode und Praxis / Sciences de l'information: théorie, méthode et pratique», sayfa 11

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Archiver pour témoigner, c’est ancrer une mémoire collective dans des traces tangibles.

J’aimerais introduire ici une remarque discursive sur l’histoire orale et le développement du témoignage oral dans son aspect scientifique. Dès 1975, l’histoire orale entre dans une deuxième phase de développement. Fabienne Regard parle de deuxième génération, 35 celle d’une affirmation archivistique et élitiste: on interviewe par exemple les chefs de conflits pour lesquels on ne pense jamais avoir de sources historiques. L’étape qui lui succède, celle de la troisième génération, affirme le point de vue archivistique suivant: chacun se dit qu’il est porteur d’une histoire mais le changement intellectuel réside dans le fait que chacun est son propre historien. La quatrième génération, quant à elle, lie recherche académique en bibliothèque et sources archivistiques dans l’oralité. Elle s’ancre dans un contexte encore différent, développé par des projets mémoriels de récoltes de témoignages. Fabienne Regard parle de génération Spielberg.36 Ce qui est intéressant de lier ici c’est l’importance du témoignage, la valeur ajoutée du travail de l’interview sur le sujet historique. Jeffrey Barash évoquait l’importance de la réminiscence dans l’expérience personnelle constitutive de la mémoire collective, ici avec Fabienne Regard et l’histoire orale, nous avons son pendant: réaliser l’impact de revivre l’expérience du souvenir, de la mémoire pour un témoin. Si partager son expérience personnelle est a fortiori une reconnaissance sociale, le travail de vérité historique est de recouper, de reconstruire le témoignage.

La personne qui participe de plein gré à une interview, tout comme celle qui archive consciemment ses documents personnels vient avec une stratégie. Elle a un message à transmettre.

Comme mentionné plus haut, le travail scientifique sur le fait historique se cristallise dans la cohérence factuelle de l’ensemble des événements racontés. La caméra ou le micro capte ce que le témoin dit. Les notes de l’intervieweur concentrent ce qui n’est pas dans l’interview. Une grande importance sera apportée à la contextualisation du témoignage:

— de qui vient le témoignage?

— est-ce que la personne était présente à cet événement?

— à travers quel prisme voit-elle cet événement?

Archiver pour s’épanouir

A cette assertion, nous posons deux constats préliminaires. Le premier est l’accélération de la production et la multiplicité des archives personnelles: aux textes (contrats, testaments, rapports, correspondance), aux chiffres (archives comptables), aux dessins (plans d’architecture), viennent s’ajouter tous les enregistrements qui résultent de la capture du réel et du codage des signes: photographies, films, radiographies, enregistrements sonores, résultats de scanner, émissions de télévision ou de radio, bases de données numériques, …

D’autre part, le geste d’archiver n’est plus réservé à l’administration, à la mémoire institutionnelle ou à l’érudition scientifique. Il signifie pourtant toujours de conserver et mettre à disposition des informations voire des objets.

Construire ou tout simplement conserver des archives tout au long d’une vie, d’une carrière est une opération durable nullement innocente, elle est déjà d’une certaine manière une projection de la valeur de ce qui s’est accumulé afin d’ être transmis et projette aussi une valeur de soi qui excède le souci de conserver un matériel documentaire encore utile.

En d’autres termes, il ne s’agit plus seulement d’une démarche organisée au sein d’une structure publique ou hiérarchisée mais d’une démarche de documentation relative à une association, à un groupe, à une personne physique, qui lui appartient en propre ou à laquelle il s’identifie.

«La mise en archive correspond ici à une initiative indépendante sans référence à un modèle ou à des pratiques établies et qui se décline tantôt sur le mode individuel, ludique et passionnel, tantôt sur le mode collectif, constructif et revendicatif.»37

La construction de la mémoire
Mémoires individuelles, Identités collectives38

Je souhaite discuter dans ce chapitre la notion de mémoire collective dans laquelle s’inscrivent les expériences individuelles pour mieux comprendre le contour et la valeur de ces archives personnelles rassemblées, conservées de façon plus ou moins consciente.

C’est au cours des dernières décennies (> 1980) que l’intérêt pour le phénomène de la mémoire, concernant la sphère immédiate de la vie personnelle ou étendue à l’expérience collective, a pris une importance croissante et suscite un intérêt multidisciplinaire. «Non seulement les individus, mais aussi des communautés et des sociétés entières se réfèrent de façon collective au passé. Par ce biais, ils s’assurent leur coexistence et leur identité. La mémoire collective ne constitue pas la simple somme de toutes les mémoires individuelles. Bien au contraire, elle obéit à des logiques et rythmes propres et assure l’émergence de formes propres, par exemple des signes, symboles, rituels ou monuments.»39

Dans ce contexte, la référence à Maslow redouble de sens puisqu’il est également une figure de proue de la psychologie transpersonnelle, – cette branche de la psychologie qui dépasse ce qui concerne strictement la personnalité pour s’intéresser à la dimension spirituelle de l’homme et aux états de conscience exceptionnels. Nous allons nous intéresser plus spécifiquement maintenant à une dimension psychologique qui sert également de levier dans l’analyse faite par Jeffrey Andrew Barash, 40 la sphère métapersonnelle qui est d’autant plus riche de sens puisqu’elle est le lieu de refoulement de nos expériences et de nos actes. L’intérêt majeur ici pour l’archiviste ou le particulier, réside dans la compréhension des phénomènes et des gestes liés à la mémoire, et sa traduction dans un classement organique d’archives.

Cette catégorie d’information est essentielle en archivistique. Il en existe deux, que Angelika Menne-Haritz définit comme suit: «Il s’agit de deux catégories d’informations différentes. L’une est celle écrite dans les textes, l’autre n’est pas exprimée par des mots ou un langage, mais par l’ordre des papiers.»41

Jeffrey Barash ouvre son essai sur la position philosophique empirique et radicale de Locke 42 dont l’hypothèse est de faire de l’identité personnelle un produit de la conscience de soi. Cependant, sa conception est incapable d’embrasser l’identité personnelle dans sa totalité puisqu’elle ne sait pas prendre en compte ce qui, dans notre expérience, échappe à notre mémoire et c’est l’écueil de sa théorie. Quel statut conférer à ces actes et à ces expériences que nous avons effacés de notre mémoire et du rôle qu’il convient d’accorder au passé oublié, dans la constitution d’une identité présente? La psychanalyse et la théorie de l’inconscient donnent une réponse à la défaillance de la construction intellectuelle de Locke sur la mémoire individuelle et son rôle dans la constitution de l’identité personnelle. L’accent est mis sur le caractère latent des souvenirs, qui, bien qu’ils ne soient plus présents, continuent d’influencer l’identité personnelle, et sur l’importance des expériences oubliées ou réprimées dans la constitution de l’identité personnelle.

Une première assertion est posée: «la mémoire, même lorsqu’elle est virtuelle, est constitutive de l’identité. Mais ce n’est pas la seule conscience de l’individu, nourrie par la mémoire qui serait la source de son identité personnelle. Le rôle décisif joué par les autres nous permet de ressusciter le passé. Car l’intervention de l’autre, qu’il soit témoin de mon passé ou thérapeute, nous conduit à retrouver ce qui a été perdu.» Le rapport à un individu compris comme témoin directement ou indirectement, est la clé de liaison entre l’expérience personnelle et les identités du groupe.

La mémoire involontaire est non seulement composée du retour des souvenirs personnels oubliés mais elle est aussi et surtout la conjonction de «certains contenus du passé individuel avec ceux de la collectivité». L’expérience personnelle est le résultat d’un premier dialogue plus ou moins conscient entre des contenus du passé individuel et des contenus du passé collectif. Ce dialogue se cristallise dans une strate métapersonnelle de l’expérience et elle est une notion essentielle et un lieu primordial qui confirme l’identité du groupe.

«Quand cette expérience personnelle confirme les identités du groupe, cette dimension collective n’est jamais réductible à une collection de points de vue.». «Il en résulte d’abord que la mémoire partagée ne procède pas seulement d’une vision personnelle, mais surtout que la mémoire et l’identité personnelles sont, à leur base même, entrelacées avec les multiples aspects de l’existence du groupe.»

Le lieu propre de la mémoire collective est la conjonction, l’entrelacement et le dialogue tacite des expériences personnelles. «Très souvent, l’expression ‹ mémoire collective › renvoie indistinctement à des groupes restreints comme la famille ou les associations professionnelles, et à de vastes collectivités comme la nation.»

Si la mémoire collective se constitue dans différentes sphères, ce qui nous intéresse ici c’est sa portée dans la sphère publique. La mémoire collective se représente par un ensemble d’événements significatifs dont les membres d’une société ont fait l’expérience et dont ils se souviennent conjointement. Dans la sphère publique, le sens que l’on donne à un fait ou à un événement dépend de la relation qu’entretiennent les individus avec les identités collectives rencontrées.

Mais il y a un abîme qui sépare la mémoire collective de tous les autres niveaux du souvenir: dans la sphère publique, les événements sont d’une telle complexité que les souvenirs des individus, voire des groupes qui les ont traversés, ne permettent pas d’en rendre compte. La mémoire collective au niveau public est qualitativement différente des souvenirs propres aux membres d’une famille ou d’une association professionnelle, qui auront été, à différents degrés, les témoins directs d’événements assez importants pour avoir façonné leur existence.

Dans la sphère publique, le rôle régulateur de l’autre est problématique parce que les projections idéologiques et symboliques d’une collectivité entrent en contradiction avec les souvenirs d’un nombre limité de témoins. C’est pour cette raison qu’il est particulièrement difficile d’élaborer les moyens permettant de corriger l’oubli dans la sphère publique et de les mettre en pratique. «Le remède à la déformation se situe au niveau de l’analyse des contradictions dans la cohérence factuelle de l’ensemble des événements racontés, car c’est cet ensemble qui confère à l’expérience évoquée sa signification politique.»43

«Mais il y a un paradoxe fort de la mémoire collective dans la sphère publique […]. Il y a un abîme toujours plus profond entre les événements politiques et ceux qui cherchent à les évoquer et à les expliquer. D’une part, la commémoration publique est une source puissante de l’identification politique des communautés; d’autre part, les événements concrets qui sont au centre de la commémoration deviennent de plus en plus insaisissables dans leur réalité diffuse. C’est peut-être ce paradoxe qui explique la prolifération des monuments et des archives cherchant à recueillir et à conserver les traces de la mémoire collective: ils procurent des images symboliques tangibles capables de renforcer le lien précaire entre l’expérience personnelle et la sphère publique de l’action politique, devenue opaque.»44

«Lorsque l’on oublie la complexité de la sphère publique, il est d’autant plus facile de manipuler les évènements à des fins idéologiques représentant des souvenirs fragmentaires comme des expériences directes, capables de conférer une cohérence symbolique aux évènements dans leur ensemble. […] L’abîme entre la mémoire et la réalité politique se laisse alors combler par des représentations fictives de l’identité collective, semblables aux mythes politiques qui sont devenus un aspect bien trop courant du monde contemporain.»

Etre en mesure de pratiquer une évaluation qualitative, c’est intégrer le contexte de production d’une archive et dans le cas de la sphère privée de pouvoir mesurer la portée intellectuelle, la dimension mémorielle, cognitive et identitaire des documents conservés.

L’archivistique n’est pas une «science des informations», ou n’est pas que cela, mais elle a un contenu bien plus large.45 Elle gagne une dimension mémorielle et cognitive parce qu’elle englobe des éléments de l’inconscient individuel et collectif.

Des actions archivistiques: le traitement des archives personnelles et familiales
L’évaluation et l’élimination: Le calendrier de conservation

«Nous sommes passés d’une archivistique de la rareté à une archivistique de l’abondance.»46 L’évolution technologique ainsi qu’une plus grande conscience de notre mémoire individuelle profitent autant à la création et à la diffusion des connaissances qu’à la traçabilité des activités. «Elle touche autant une élite définie que la masse de l’ensemble des utilisateurs de l’écriture et de tous les moyens nouveaux de communications. Ce qui naturellement fait exploser le volume des archives potentielles parallèlement au nombre des producteurs et à leur diversité. Quant aux objectifs poursuivis par ces archives personnelles, ils évoluent également en fonction de l’intérêt de leurs producteurs.»47

L’évaluation est un aspect central de l’archivistique. C’est un ensemble de processus qui pose des critères et définit la valeur d’un document. C’est une spécificité marquante de la discipline archivistique et qui fonde l’outil, lui aussi essentiel, qu’est le calendrier de conservation. L’évaluation est centrale puisqu’elle détermine ce qui sera gardé ou non. Elle est l’aspect essentiel d’une conservation consciente, raisonnée et planifiée, a contrario de ce qui se passe souvent dans notre sphère privée.

Elle est force de propositions d’autant plus nécessaires que les coûts de stockage et le libre arbitre individuel sont les premiers facteurs de destruction et d’élimination de documents. Au fil du temps se sont accumulés des papiers, des photographies, qui sont amoncelés à la cave, dans le bureau privé ou dans un dépôt payant. Ces archives personnelles peuvent au surplus être augmentées d’archives familiales héritées, de documents trouvés, donnés ou volontairement acquis. Par manque de temps et d’expertise en la matière, le tiroir du bureau déborde maintenant, l’étagère sur laquelle se sont empilés pêle-mêle billets de spectacles, relevés bancaires, cartes de vœux et contrats d’assurance, ne peut plus rien contenir.

La démarche d’évaluation implique que l’on garde à l’esprit la double finalité de la conservation des documents:

— la valeur de gestion à des fins de preuve > tri et élimination se fondent sur les délais de prescription fixés par la loi, les règlements ou les conditions contractuelles

— la valeur historique/mémorielle > décision volontaire, choix personnel > critère subjectif

Dans la constitution d’un fonds personnel, il vous incombe de contextualiser la production des dossiers ou de pièces et de nécessairement documenter également vos choix. La conservation de certains documents exige une décision personnelle. C’est le cas par exemple des documents qui ont une importance particulière aux yeux de chacun et qui sont susceptibles de témoigner d’événements et de choix marquants dans sa vie.

«La lettre reçue de votre grand-mère pour votre 10e anniversaire de naissance revêt-elle une signification suffisamment importante pour que vous la conserviez? Pour faire un choix éclairé, plusieurs facteurs peuvent être pris en considération. S’agit-il de la seule lettre reçue de votre grand-mère ou en possédez-vous plusieurs? Contient-elle des renseignements significatifs sur votre grand-mère ou sur un événement qui est associé?»48

Les mêmes questions pourraient être posées à propos du DVD de mariage, de la naissance d’un enfant, des activités sportives de votre conjoint ou encore des photographies de vos voyages.49

Chacun est le mieux placé pour décider du sort de ses documents personnels et familiaux en intégrant en amont les critères d’évaluation qu’il aura posés.

Le calendrier de conservation «détermine les périodes d’utilisation et les supports de conservation des documents actifs […] et qui indique quels documents inactifs seront conservés de manière permanente et lesquels seront éliminés.»50

Il tend à une gestion efficace des documents personnels et familiaux, déterminant la durée d’utilité administrative et légale, son sort final et une bonne conservation de ses archives définitives (historiques). Les règles en matière de délais de conservation s’appliquent essentiellement aux documents les plus récents. Les dossiers ou types de documents produits ou reçus au cours des 12 derniers mois doivent être évalués et soumis à l’application des délais de conservation. Le classement périodique et le rangement régulier permettent d’éviter l’accumulation de documents inutiles et qui prennent très vite du volume. Les deux axes essentiels du calendrier de conservation sont:

— la durée de conservation pour l’administration de vos affaires personnelles. Elle renseigne sur le délai minimal pour lequel il est conseillé de garder les documents, au regard des délais de prescription;

— la destination finale du document:

Destruction [ D]; Echantillonnage (sélection raisonnée et minimaliste) [ E]; Archivage définitif [A].

Ces consignes permettent de libérer annuellement ou périodiquement des espaces de stockage et de rentabiliser l’effort fourni dans la gestion du cycle de vie des documents. Deux extraits sont proposés ici à la lecture.

Le système de classement proposé n’a pas l’ambition d’embrasser tous les documents existants dans la sphère personnelle et familiale. La liste des dossiers n’est donc pas exhaustive. Chaque lecteur aura à adapter ce qui suit à son cas personnel. Rappelons que s’il existe déjà un classement adapté au fonctionnement et aux besoins, il faut le conserver. Les archives familiales sont constituées des fonds d’archives personnelles de chacun des membres d’une même famille.

La typologie des documents se divise en 12 thèmes qui regroupent les papiers les plus courants émis ou reçus selon un système de classement permettant de retrouver l’information le plus rapidement possible.51


01.Citoyenneté et documents officiels
02.Ecole | Education | Etudes et perfectionnement
03.Gestion de l’emploi
04.Gestion financière
05.Impôts
06.Assurances | Prévoyance
07.Logements et biens immobiliers
08.Transport public | Vélo | Auto et moto
09.Biens meubles et services professionnels
10.Relations familiales et sociales
11.Histoire et généalogie
12.Loisirs, divertissements et voyages

Composition et structure organique d’un fonds de personne

La multiplicité des archives personnelles tient non seulement à leur typologie mais encore à leur support et à leur mode de production, et finalement à trois éléments mis en évidence:

— d’une part, le besoin très traditionnel de défendre des droits ou de se protéger d’un certain nombre d’obligations indues, soit le registre juridique et administratif;

— d’autre part, des investissements sentimentaux, dont témoignent par exemple photographies, correspondances, journaux intimes;

— enfin des réalités patrimoniales, mémorielles loin d’être insignifiantes.52

Les notions fondatrices de l’approche archivistique restent les meilleurs garants du traitement et de la manipulation d’un fonds.

Dans l’évaluation et la sélection des documents, les producteurs d’archives et les archivistes partent de points de vue différents. Conjuguer harmonieusement les impératifs de gestion et les impératifs patrimoniaux dans l’évaluation et la sélection des documents implique nécessairement que producteurs d’archives et archivistes instaurent entre eux un dialogue.



















Figures 4–8: Archives personnelles et familiales – Calendrier de conservation A = Archivé, D = Destruction, E = Echantillonnage (archivage partiel après sélection)

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