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Kitabı oku: «Le Montonéro», sayfa 13

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XIII
LE COUGOUAR

Un mois environ s'était écoulé depuis la conclusion du traité entre les Brésiliens, les Guaycurús et leurs alliés au Rincón del Bosquecillo; au pied d'une montagne escarpée, entourée de sillons et de ravines dont le sol déchiré était couvert d'une épaisse forêt de chênes, une nombreuse troupe de cavaliers était campée à l'entrée d'un cañon, lit desséché d'un torrent dont le sol était pavé de pierres plates lisses, usées par l'effort continu des eaux en ce moment taries.

Cette troupe, composée de deux cents cinquante à trois cents hommes au plus, portait le costume caractéristique des Indiens guaycurús.

C'était le soir; le camp solidement établi et surveillé par d'actives sentinelle, était, par sa position, complètement à l'abri d'un coup de main.

Les guerriers dormaient couchés devant les feux, enveloppés dans leurs ponchos, leurs armes placées à portée de la main, afin d'être prêts à s'en servir à la moindre alerte.

Un peu en arrière du camp, sur le flanc même de la montagne, les chevaux paissaient les hautes herbes et les jeunes pousses des arbres, surveillés avec soin par six Indiens bien armés.

Deux hommes assis devant un feu à demi éteint ayant chacun une carabine posée auprès d'eux sur l'herbe, causaient tout en fumant du tabac roulé dans des feuilles et aspirant de temps en temps le maté.

Ces deux hommes étaient Gueyma et le Cougouar; la troupe dont nous avons parlé se trouvait placée sous leurs ordres immédiats. Elle était composée des guerriers les plus jeunes, les plus vigoureux et surtout les plus renommés de la nation.

Depuis que, au signal donné par le gouvernement brésilien, cette troupe avait franchi la frontière espagnole et s'était, comme une volée d'oiseaux de proie, abattue sur le territoire ennemi, la terreur avait marché avec elle, le meurtre, l'incendie et le pillage l'avaient précédé; derrière elle, elle n'avait laissé que des ruines et des cadavres; devant elle, l'épouvante glaçait le courage des habitants et leur faisait abandonner au plus vite leurs pauvres ranchos pour fuir la cruauté des barbares guaycurús qui n'épargnaient ni femmes, ni enfants, ni vieillards, et semblaient avoir fait le serment de changer en déserts désolés les riches et fertiles campagnes au milieu desquelles ils se traçaient un sanglant sillon.

Ils avaient ainsi traversé comme un ouragan dévastateur la plus grande partie de la province et avaient atteint le Río Quinto, non loin duquel ils étaient campés, aux environs d'une petite ville nommée l'Aguadita, misérable bourgade dont les habitants avaient pris la fuite en abandonnant tout ce qu'ils possédaient, à la nouvelle de leur approche.

Le traité conclu entre les Brésiliens et les Indiens était on ne peut plus avantageux aux premiers. Voici pourquoi: depuis la découverte de l'Amérique, les Portugais et les Espagnols se sont, sans discontinuer, disputé la possession du Nouveau Monde. Placés côte à côte au Brésil, et à Buenos Aires, ils ne devaient pas demeurer longtemps sans se faire la guerre; ce fut ce qui arriva.

Lorsque la famille de Bragance fut contrainte d'abandonner le Portugal pour se réfugier à Rio Janeiro, le Brésil devint alors le véritable centre de la puissance portugaise et le roi songea à arrondir son empire et à lui donner ce qu'il considérait raisonnablement, à un certain point de vue, comme étant ses frontières naturelles, c'est-à-dire la Banda Oriental et le cours du Río de la Plata.

La guerre dura assez longtemps avec des alternatives de succès et de désastres des deux parts. L'Angleterre en vint à offrir sa médiation, et la paix fut sur le point d'être conclue; mais, à l'époque où nous sommes arrivés, les Portugais Brésiliens, profitant des troubles qui désolaient le Río de la Plata et en particulier la Banda Oriental, rompirent brusquement les négociations, réunirent une armée de dix mille hommes sous les ordres du général Lécor et envahirent la province, éternel objet de leur convoitise, en faisant habilement coïncider leurs opérations avec les mouvements des Indiens bravos, auxquels ils s'étaient ligués, et qui eux, s'élançant de leurs déserts avec la furie de bêtes fauves, avaient envahi le territoire espagnol par derrière, pris l'ennemi à revers et l'avaient ainsi pincé entre deux feux.

Le tableau présenté à cette époque par les provinces insurgées était l'un des plus tristes qui puisse être offert comme exemple à la sagesse des gouvernements et au bon sens des peuples.

L'ancienne vice-royauté de Buenos Aires, si riche et si florissante jadis, n'était plus qu'un vaste désert, ses villes un monceau de cendres, tout son territoire qu'un vaste champ de bataille où se choquaient incessamment des armées combattant chacune pour des intérêts égoïstes, noyant le patriotisme dans des flots de sang et le remplaçant par l'intérêt vénal des ambitions particulières.

Les Portugais Brésiliens, rendus plus forts par la faiblesse de leurs ennemis, avaient presque sans coup férir, occupé les principaux points stratégiques de la Banda Oriental. Le gain de deux batailles pouvait les rendre maîtres du reste et faire tomber définitivement cette province entre leurs mains.

Telle était la situation du pays au moment où nous reprenons notre récit, que nous avons été contraint d'interrompre quelques instants, afin de bien mettre le lecteur au courant de ces divers événements, indispensables à l'intelligence des faits qui vont suivre.

La nuit était sombre; la lune, voilée par les nuages ne répandait par intervalles qu'une lueur blanchâtre et tremblotante, qui imprimait un cachet de tristesse aux accidents du paysage; le vent gémissait sourdement à travers les branches des arbres qu'il agitait avec de sourds murmures; les deux chefs; assis côte à côte, causaient entre eux à voix basse, comme s'ils eussent craint que leurs compagnons étendus auprès d'eux entendissent leur conversation; au moment où nous les mettons en scène, Gueyma parlait avec une certaine animation, pendant que son compagnon, tout en prêtant une sérieuse attention à ce qu'il disait, ne l'écoutait qu'avec un sourire ironique qui relevait le coin de ses lèvres minces et imprimait une expression d'indicible raillerie à sa physionomie fine et intelligente.

– Je vous le répète, Cougouar, dit le jeune homme, les choses ne peuvent continuer ainsi; il nous faudra retourner en arrière, et cela pas plus tard que demain ou après demain pour dernier délai. Savez-vous que nous sommes ici à plus de cent cinquante lieues du Río Bermejo et du Llano de Manso?

– Je le sais, répondit froidement le vieux chef.

– Tenez, mon ami, reprit le jeune homme avec impatience, vous finirez par me mettre en colère avec votre désespérante impassibilité.

– Que voulez-vous que je vous réponde?

– Que sais-je, moi! Donnez-moi un avis, un conseil; dites-moi quelque chose, enfin; la situation est grave, critique même, pour nous et nos guerriers; nous nous sommes lancés à l'aventure, tout droit devant nous, comme une manada de taureaux sauvages, brisant et dispersant tout sur notre passage, et maintenant nous voilà, après un mois d'une course affolée et sans but, acculés au pied des montagnes, dans un pays que nous ne connaissons pas, séparés des amis et des confédérés qui auraient pu nous venir en aide, et entourés d'ennemis qui, au premier moment, vont sans nul doute nous assaillir de tous les côtés à la fois.

– C'est vrai, observa le Cougouar en baissant affirmativement la tête.

– Remarquez bien, reprit Gueyma avec une animation croissante, que je ne vous adresse aucun reproche, mon ami; cependant, à plusieurs reprises, j'ai voulu rétrograder, mais chaque fois vous vous y êtes opposé et vous m'avez engagé au contraire à continuer à marcher en avant; est-ce vrai, cela?

– C'est vrai, je le reconnais.

– Ah! Vous le reconnaissez; fort bien, mais vous aviez un but probablement pour agir ainsi?

– J'ai toujours un but Gueyma, ne le savez-vous pas?

– Je le sais, en effet, car votre sagesse est grande, mais ce but je voudrais le connaître.

– Il n'est pas temps encore, mon ami.

– Voilà ce que toujours vous me répondez; cependant notre situation devient intolérable; que faire? Que devenir?

– Pousser en avant quand même.

– Mais pour aller où? Pour faire quoi?

– Quand le moment sera venu je vous instruirai.

– Allons, je renonce à une plus longue discussion avec vous, Cougouar; c'est une duperie à moi d'essayer de lutter contre un parti pris. Seulement, comme j'aurai plus tard à rendre compte de ma conduite aux grands chefs de ma nation, si je parviens à échapper sain et sauf aux dangers qui nous menacent, et que je ne veux pas assumer seul sur moi la responsabilité des événements qui sans doute ne manqueront pas de surgir bientôt, j'ai une demande à vous adresser.

– Laquelle, mon ami?

– C'est, au point du jour, de réunir le conseil et d'expliquer franchement aux guerriers la situation précaire dans laquelle nous sommes placés, et votre ferme volonté de pousser en avant quand même.

– Vous le voulez, Gueyma?

– Non, mon ami, je le désire.

– L'un vaut l'autre, n'importe, vous serez satisfait.

– Merci, mon ami, je reconnais à ce trait votre loyauté habituelle.

– A ce trait seulement? fit le vieillard avec un sourire triste.

Le jeune homme détourna la tête sans répondre.

– Cougouar, reprit-il au bout d'un instant, la nuit s'avance, nous n'avons plus rien à nous dire; avec votre permission, je vais me livrer au sommeil, je ne suis pas de granit comme vous, moi, je me sens horriblement fatigué, et j'ai besoin de prendre des forces pour la journée de demain qui, sans doute, sera rude.

– Dormez, Gueyma, et que le grand Esprit vous donne un sommeil calme.

– Merci, mon ami; mais vous, n'allez-vous pas vous livrer aussi au repos?

– Non, je dois veiller; d'ailleurs, j'ai l'intention de profiter des ténèbres pour tenter une reconnaissance aux environs du camp.

– Voulez-vous que je vous accompagne, mon ami? demanda vivement le jeune chef.

– C'est inutile, dormez; seul, je suffirai à la tâche que je me suis imposée.

– Faites donc à votre volonté, mon ami; je n'insiste pas.

Gueyma s'enveloppa alors avec soin dans son poncho, s'étendit commodément devant le feu, ferma les yeux, et, quelques minutes plus tard, il était plongé dans un profond et tranquille sommeil.

Le Cougouar n'avait pas changé de position; accroupi devant le feu, la tête penchée sur la poitrine, il réfléchissait.

L'Indien demeura ainsi pendant un laps de temps assez considérable dans une immobilité telle que, de loin, il ressemblait plutôt à une de ces idoles des Indes orientales qu'à un homme de chair et d'os.

Cependant, après environ une heure passée, selon toute probabilité, dans une méditation sérieuse, il releva doucement la tête et promena un regard investigateur autour de lui.

Un silence de mort planait sur le camp: les guerriers dormaient tous, à l'exception des quelques sentinelles placées sur le revers des retranchements pour veiller à la sûreté générale; le Cougouar se leva, resserra sa ceinture, saisit sa carabine et se dirigea à pas lents vers l'endroit où paissaient les chevaux de la troupe.

Arrivé là, il fit entendre un léger sifflement; presque aussitôt, un cheval se détacha du groupe et vint frotter sa tête intelligente sur l'épaule du chef.

Celui-ci, après l'avoir légèrement flatté de la main, lui mit la bride, et sans faire usage de l'étrier, il se mit en selle d'un bond, après avoir resserré la sangle, relâchée pour que le cheval pût paître plus facilement.

Les sentinelles, bien qu'elles se fussent aperçues des divers mouvements du chef, ne lui adressèrent pas la moindre observation, et il quitta le camp sans que personne semblât faire attention à son départ.

Les guerriers étaient depuis longtemps déjà accoutumés à ces absences nocturnes du chef qui, depuis le commencement de l'expédition, sortait ainsi presque toutes les nuits du camp, sans doute pour aller à la découverte, et demeurait toujours plusieurs heures dehors.

Le Cougouar était sorti du camp au petit pas; il conserva cette allure tant qu'il supposa être en vue des sentinelles, mais aussitôt qu'un pli de terrain eut caché ses mouvements, il lâcha la bride, fit entendre un léger claquement de langue, et le cheval, partant aussitôt à toute bride, commença à détaler avec une vélocité extraordinaire, courant en droite ligne, sans s'occuper des obstacles qui se rencontraient sur sa route, et qu'il franchissait avec une légèreté extrême sans ralentir sa course.

Il galopa ainsi pendant une heure et demie à peu près et atteignit le bord d'une rivière assez large, dont les eaux, semblables à un ruban d'argent, tranchaient en vigueur sur les masses sombres du paysage.

Arrivé au bord de la rivière, le chef abandonna la bride sur le cou de son cheval.

L'intelligent animal flaira l'eau pendant quelques instants, puis il y entra résolument et traversa la rivière a gué, n'étant mouillé à peine que jusqu'au poitrail.

Aussitôt sur l'autre bord, le cheval repartit au galop, mais cette fois sa course fut courte et dura à peine un quart d'heure ou vingt minutes.

L'endroit où se trouvait le chef était une plaine immense et désolée où ne poussaient que des buissons rachitiques, et dans laquelle s'élevaient de place en place des monticules assez élevés d'un sable noirâtre.

Ce fut au pied d'un de ces monticules que le chef s'arrêta: il mit aussitôt pied à terre, bouchonna son cheval avec soin, le couvrit de son poncho pour l'empêcher de se refroidir trop vite après le violent exercice auquel il s'était livré pendant si longtemps, et, lui jetant la bride sur le cou, il le laissa libre de brouter, s'il le voulait, l'herbe rare et flétrie de la savane.

Ce devoir accompli, le chef porta ses mains à sa bouche, et à trois reprises différentes, à intervalles égaux, il imita le cri de la chouette des pampas.

Deux ou trois minutes s'écoulèrent, et le même cri fut répété trois fois à une distance assez éloignée, puis le galop précipité d'un cheval se fit entendre.

Le chef s'abrita le mieux qu'il put derrière le monticule; il arma sa carabine et attendit.

Bientôt il aperçut la sombre silhouette d'un cavalier émerger des ténèbres et se rapprocher rapidement de l'endroit où il se tenait.

Arrivé à une certaine distance, le cavalier, au lieu de continuer à s'avancer, s'arrêta court, et le cri de la chouette troubla de nouveau le silence.

Le Cougouar répéta son signal: le cavalier, comme s'il n'eût attendu que cette réponse, reprit aussitôt le galop, et bientôt il se trouva à portée de pistolet de l'Indien.

Une seconde fois il s'arrêta, et on entendit le bruit d'un fusil qu'on arme.

– ¿Quién vive?3 cria une voix ferme en espagnol.

– Amigo del desierto, répondit aussitôt le chef.

– ¿Qué hora es? reprit l'inconnu.

– La hora de la venganza, dit encore le chef.

Ces mots de passe échangés, les deux hommes remirent au repos les batteries de leurs armes, et s'avancèrent l'un vers l'autre avec la plus entière confiance.

Ils s'étaient reconnus.

L'étranger mit immédiatement pied à terre et serra cordialement, comme étant celle d'un ami, la main que lui tendit le chef.

L'inconnu était un blanc, il portait le costume élégant et pittoresque des gauchos des pampas de Buenos Aires.

– Voici longtemps déjà que je vous attends, chef, dit l'étranger; serait-il survenu quelque empêchement.

– Aucun, reprit celui-ci; seulement, le camp est loin d'ici, et j'ai été obligé, avant de partir, d'attendre que mon compagnon se fût enfin décidé à s'endormir.

– Il ignore toujours tout?

– N'est-ce pas convenu entre nous?

– En effet, mais comme vous avez, dites-vous, la plus grande confiance en lui, j'ai supposé que peut-être vous jugeriez convenable de l'avertir.

– Je n'ai pas voulu le faire sans vous en prévenir, d'autant plus que c'est un guerrier d'élite, un chef d'une sagesse reconnue et, plus que tout, un homme d'une loyauté à toute épreuve, je n'ai pas voulu me hasarder à lui faire une confidence aussi sérieuse sans avoir en mains les preuves certaines de la trahison du général.

– Ces preuves, je vous les apporte dans mes alforjas4, je vous les donnerai; il est important pour la réussite de nos projets que Gueyma soit instruit; sans cela, le moment venu de frapper le grand coup, et cela ne tardera pas, il contrecarrerait sans doute nos combinaisons et les ferait échouer.

– Vous avez raison, je lui dirai tout, aussitôt après mon arrivée au camp.

– Fort bien, je compte sur vous.

– Soyez tranquille à ce sujet; maintenant que devons-nous faire?

– Continuer toujours à avancer dans la même direction.

– Je l'avais pensé ainsi; mon compagnon commence à s'inquiéter de me voir pousser aussi en avant dans un pays inconnu.

– Lorsque vous l'aurez instruit, il ne fera plus de difficultés.

– C'est juste; mais cette marche doit-elle durer longtemps encore?

– Surveillez avec soin vos approches, car demain, selon toutes probabilités, nous serons en présence.

– Epoï, vous ne nous manquerez pas au moment décisif?

– Fiez-vous à moi; je vous ai donné ma parole. Notre mouvement sera combiné de telle sorte, que tous deux nous agirons à la fois l'un en avant, l'autre en arrière; il faut qu'ils soient pris comme d'un coup de filet. Si nous leur laissons le temps de se reconnaître, ils nous échapperont, tant ils sont fins, je ne saurais donc trop vous recommander d'agir avec la plus grande circonspection.

– A votre tour, fiez-vous à moi, don Zéno; si j'ai votre parole, vous avez la mienne.

– Aussi, j'y compte.

– Vous vous rappelez nos conventions?

– Certes.

– Et vous vous y conformerez?

– Aveuglément, bien que, permettez moi de vous le dire, je ne comprends rien à votre exigence.

– Un jour, vous me comprendrez, et ce jour-là, croyez-en ma parole, don Zéno, vous me remercierez.

– Soit; à votre guise, Diogo; vous êtes un homme indéchiffrable et tout confit en mystère, je renonce à vous expliquer.

– Et vous avez raison, répondit en riant le chef, car vous perdriez votre temps et votre peine, seulement, souvenez-vous, don Zéno, que blanc ou rouge, vous n'avez pas de meilleur ami que moi.

– De cela, je suis convaincu, Diogo; cependant je vous avoue que je suis fort intrigué sur votre compte; si quelque jour vous me racontez votre histoire, je m'attends à entendre des choses merveilleuses.

– Et terribles aussi, don Zéno. Cette histoire – prenez patience encore quelque temps – je m'engage à vous la raconter, et elle vous intéressera beaucoup plus que vous ne le supposez.

– C'est possible; mais, en attendant, songeons à notre affaire.

– Rapportez-vous-en à moi; il faut que je vous quitte.

– Déjà… A peine avons-nous eu le temps d'échanger quelques mots.

– J'ai une longue course à faire, vous le savez.

– C'est vrai… Je ne vous retiens donc pas.

– Et les preuves que vous devez me donner?

– Vous allez les avoir en un instant.

– En quoi consistent-elles?

– En quipus, et surtout en lettres. Vous savez lire, n'est-ce pas?

– Assez pour déchiffrer ces papiers.

– Alors, tout est pour le mieux. Voilà votre affaire, ajouta-t-il en retirant un paquet assez volumineux de ses alforjas et le remettant entre les mains de l'Indien.

– Merci, répondit celui-ci, merci et à bientôt, n'est-ce pas?

– Selon toute probabilité, nous nous reverrons aujourd'hui même.

– Tant mieux, je serais charmé que tout cela fût fini.

– Et moi donc!

– Les deux hommes se serrèrent une dernière fois la main. Le Gaucho remonta à cheval et partit; bientôt il eut disparu dans l'obscurité.

Le Cougouar siffla son cheval, qui accourut à son appel, et il s'éloigna de son côté dans la direction du camp. Son cheval, remis par le repos qu'il avait pris pendant la conférence des deux hommes, semblait dévorer l'espace.

L'Indien réfléchissait; son visage ordinairement sombre avait une expression joyeuse qui ne lui était pas naturelle: il pressait le paquet que lui avait remis le Gaucho sur sa poitrine, comme s'il eût craint qu'on le lui enlevât, et, tout en galopant, il se parlait à lui-même et laissait parfois échapper des exclamations de plaisir qui auraient fort étonné les guerriers de sa tribu, s'ils les avaient entendues.

Il fit si grande diligence, qu'il rentra au camp près de deux heures avant le jour.

Après avoir remis son cheval avec les autres, il se coucha devant un feu, en ayant soin d'envelopper son précieux paquet dans son poncho et de le placer sous sa tête pour être certain qu'il ne lui serait pas enlevé; puis il ferma les yeux en murmurant à voix basse et entre ses dents:

– J'ai bien gagné deux ou trois heures de repos. D'ailleurs je crois que je dormirai bien, car maintenant je suis tranquille.

En effet, cinq minutes plus tard, il dormait comme s'il avait dû ne jamais s'éveiller.

Cependant, au lever au soleil, le Cougouar fut un des premiers éveillés et des premiers debout.

Gueyma, accroupi près de lui, attendait son réveil.

– Déjà debout? lui dit le vieux chef.

– Quoi d'extraordinaire à cela? N'ai-je pas dormi toute la nuit.

– C'est juste. Pourquoi ne lève-t-on pas le camp.

– Je n'ai pas voulu en donner l'ordre avant d'avoir causé avec vous.

– Ah! Fort bien; parlez, Gueyma, je vous écoute.

– Avez-vous oublié ce que nous avons dit hier au soir?

– Nous avons dit beaucoup de choses, mon ami; il est possible que dans le nombre j'en aie oublié quelques-unes, rappeler-les-moi, je vous prie.

– Nous étions convenu d'assembler le conseil ce matin.

– C'est vrai; l'avez-vous fait?

– Non, pas encore; vous dormiez, mon ami; je n'ai pas voulu prendre sur moi l'ordre de cette convocation, de crainte de vous déplaire.

– Vous êtes bon et généreux, Gueyma, répondit le vieillard après un instant de réflexion; je reconnais la votre délicatesse habituelle. Faites-moi un plaisir.

– Lequel, mon ami?

– Ne convoquez pas encore le conseil.

Le jeune chef fixa sur lui un regard interrogateur.

– Oui, continua le Cougouar, ce que je dis là vous étonne, je le comprends; mais il faut que nous ayons ensemble une conversation sérieuse avant cette convocation.

– Une conversation?

– Oui. J'ai à vous communiquer des choses de la plus haute importance qui sans doute rendront cette assemblée du conseil inutile; soyez patient, accordez-moi jusqu'à la halte du repas du matin; ce n'est pas trop exiger, je crois.

– Vous êtes mon ami et mon père, Cougouar, ce que vous désirez est une loi pour moi, j'attendrai.

– Merci, Gueyma, merci; maintenant rien n'empêche que vous donniez l'ordre de lever le camp.

– C'est ce que je vais faire à l'instant.

– Ah! Recommandez la plus grande vigilance aux guerriers, l'ennemi est proche.

– Vous avez découvert sa piste pendant votre partie de cette nuit.

– Oui, mon ami, je crois que vous ferez bien aussi d'envoyer des éclaireurs en avant, afin d'éviter une surprise.

– C'est convenu, répondit le jeune chef en se retirant.

Une heure plus tard, les guerriers guaycurús se mettaient en marche, se dirigeant vers les cordillières, dont la montagne au pied de laquelle ils avaient campé pendant la nuit n'était qu'un des contreforts avancée.

3.– Qui vive? mi du désert. – Quelle heure est-il? – L'heure de la vengeance.
4.Doubles poches en toile qui se portent à l'arrière de la selle.
Yaş sınırı:
12+
Litres'teki yayın tarihi:
28 mayıs 2017
Hacim:
330 s. 1 illüstrasyon
Telif hakkı:
Public Domain