Kitabı oku: «Милый друг. Уровень 1 / Bel-Ami», sayfa 10

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Et Duroy alla toucher ses deux cents francs, plus vingt-huit francs pour son article de la veille, qui, joints à ce qui lui restait de son traitement du chemin de fer, lui faisaient trois cent quarante francs en poche.

Jamais il n'avait tenu pareille somme, et il se crut riche pour des temps indéfinis.

Le soir venu, Duroy, qui n'avait plus rien à faire, songea à retourner aux Folies-Bergère.

Il entra, et presque aussitôt, il rencontra Rachel, la femme emmenée le premier soir. Elle lui reprocha de ne pas l'avoir vue depuis longtemps. Enfin, elle le pardonna et ils décidèrent d'aller à l'Opéra ensemble.

Il dormit tard, chez cette fille. Il faisait jour quand il sortit, et la pensée lui vint aussitôt d'acheterLa Vie Française. Il ouvrit le journal d'une main fiévreuse; sa chronique n'y était pas; et il demeurait debout sur le trottoir, parcourant anxieusement de l'œil les colonnes imprimées avec l'espoir d'y trouver enfin ce qu'il cherchait.

Il remonta chez lui et s'endormit tout habillé sur son lit.

En entrant quelques heures plus tard dans les bureaux de la rédaction, il se présenta devant M. Walter:

– J'ai été tout surpris ce matin, monsieur, de ne pas trouver mon second article sur l'Algérie.

Le directeur leva la tête, et d'une voix sèche:

– Je l'ai donné à votre ami Forestier, en le priant de le lire; il ne l'a pas trouvé suffisant; il faudra me le refaire.

Duroy, furieux, sortit sans répondre un mot, et, pénétrant brusquement dans le cabinet de son camarade:

– Pourquoi n'as-tu pas fait paraître, ce matin, ma chronique?

– Le patron l'a trouvé mauvais, et m'a chargé de te le remettre pour le recommencer. Tiens, le voilà. Et il indiquait du doigt les feuilles dépliées sous un presse-papier.

Duroy, confondu, ne trouva rien à dire, et, comme il mettait sa prose dans sa poche, Forestier reprit:

– Aujourd'hui tu vas te rendre d'abord à la préfecture…

Et il indiqua une série de courses d'affaires, de nouvelles à recueillir. Duroy s'en alla, sans avoir pu découvrir le mot mordant qu'il cherchait37.

Il rapporta son article le lendemain. Il lui fut rendu de nouveau. L'ayant refait une troisième fois, et le voyant refusé, il comprit qu'il allait trop vite et que la main de Forestier pouvait seule l'aider dans sa route.

Il connut les coulisses des théâtres et celles de la politique, les corridors et le vestibule des hommes d'État et de la Chambre des députés, les figures importantes des attachés de cabinet et les mines renfrognées des huissiers endormis.

Il eut des rapports continus avec des ministres, des concierges, des généraux, des agents de police, des princes, des souteneurs, des courtisanes, des ambassadeurs, des évêques, des proxénètes, des rastaquouères, des hommes du monde, des grecs, des cochers de fiacre, des garçons de café et bien d'autres, étant devenu l'ami intéressé et indifférent de tous ces gens, les confondant dans son estime, les toisant à la même mesure, les jugeant avec le même œil, à force de les voir tous les jours, à toute heure, sans transition d'esprit, et de parler avec eux tous des mêmes affaires concernant son métier.

Il devint en peu de temps un remarquable reporter, sûr de ses informations, rusé, rapide, subtil, une vraie valeur pour le journal, comme disait le père Walter, qui s'y connaissait en rédacteurs.

Cependant, comme il ne touchait que dix centimes la ligne, plus ses deux cents francs de fixe, et comme la vie de boulevard, la vie de café, la vie de restaurant coûte cher, il n'avait jamais le sou et se désolait de sa misère.

«C'est un truc à saisir», pensait-il, en voyant certains confrères aller la poche pleine d'or, sans jamais comprendre quels moyens secrets ils pouvaient bien employer pour se procurer cette aisance. Et il rêvait souvent le soir, en regardant de sa fenêtre passer les trains, aux procédés qu'il pourrait employer.

V

Deux mois s'étaient écoulés; on touchait à septembre, et la fortune rapide que Duroy avait espérée lui semblait bien longue à venir. Il se sentait enfermé dans ce métier médiocre de reporter, muré là-dedans à n'en pouvoir sortir38. On l'appréciait, mais on l'estimait selon son rang. Forestier même, à qui il rendait mille services, ne l'invitait plus à dîner, le traitait en tout comme un inférieur, bien qu'il le tutoyât comme un ami.

Ce qui l'humiliait surtout, c'était de sentir fermées les portes du monde, de n'avoir pas de relations à traiter en égal, de ne pas entrer dans l'intimité des femmes, bien que plusieurs actrices connues l'eussent parfois accueilli avec une familiarité intéressée39.

Il savait d'ailleurs, par expérience, qu'elles éprouvaient pour lui, toutes, mondaines ou cabotines, un entraînement singulier, une sympathie instantanée, et il ressentait, de ne point connaître celles dont pourrait dépendre son avenir, une impatience de cheval entravé.

Bien souvent il avait songé à faire une visite à Mme Forestier; mais la pensée de leur dernière rencontre l'arrêtait, l'humiliait, et il attendait, en outre, d'y être engagé par le mari. Alors le souvenir lui vint de Mme de Marelle et, se rappelant qu'elle l'avait prié de la venir voir, il se présenta chez elle un après-midi qu'il n'avait rien à faire.

«J'y suis toujours jusqu'à trois heures», avait-elle dit.

Il sonnait à sa porte à deux heures et demie. Elle habitait rue de

Verneuil, au quatrième.

Au bruit du timbre, une bonne vint ouvrir en répondant: «Oui, madame est là, mais je ne sais pas si elle est levée.» Et elle poussa la porte du salon qui n'était point fermée.

Duroy entra, s'assit et attendit. Il attendit longtemps. Puis une porte s'ouvrit, et Mme de Marelle entra en courant, vêtue d'un peignoir japonais en soie rose où étaient brodés des paysages d'or, des fleurs bleues et des oiseaux blancs, et elle s'écria:

«Figurez-vous que j'étais encore couchée. Que c'est gentil à vous de venir me voir! J'étais persuadée que vous m'aviez oubliée.»

37.Duroy s'en alla, sans avoir pu découvrir le mot mordant qu'il cherchait – Дюруа ушел так и не найдя подходящей язвительной речи
38.muré là-dedans à n'en pouvoir sortir – замурованный в этом без возможности выбраться
39.bien que plusieurs actrices connues l'eussent parfois accueilli avec une familiarité intéressée – хотя несколько известных актрис принимали его с заинтересованной фамильярностью