Kitabı oku: «Милый друг. Уровень 1 / Bel-Ami», sayfa 9

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Alors Duroy déclara:

– Je vais prévenir M. Perthuis, puis je viendrai vous faire mes adieux.

Et il sortit pour aller trouver le chef, qui s'écria en l'apercevant:

– Ah! vous voilà. Vous savez que je ne veux pas…

L'employé lui coupa la parole:

– Ce n'est pas la peine de gueuler comme ça…

M. Perthuis, un gros homme rouge comme une crête de coq, demeura suffoqué par la surprise.

Duroy reprit:

– J'en ai assez de votre boutique. J'ai débuté ce matin dans le journalisme, où on me fait une très belle position. J'ai bien l'honneur de vous saluer.

Et il sortit. Il était vengé.

Et il se retrouva dans la rue avec son traitement dans sa poche. Il pénétra dans plusieurs magasins où il acheta de menus objets, rien que pour les faire livrer chez lui et donner son nom: Georges Duroy. Il ajoutait: «Je suis rédacteur deLa Vie Française.

Puis il se rendit au journal.

Forestier le reçut de haut, comme on reçoit un inférieur. Il l'envoya voir Saint-Potin travailler. Il fallait interviewer le général chinois Li-Theng-Fao et le rajah Taposahib Ramaderao Pali.

Dès qu'ils eurent franchi la porte, Saint-Potin se mit à rire et dit à Duroy:

– En voilà un faiseur! Il nous la fait à nous-mêmes33. On dirait vraiment qu'il nous prend pour ses lecteurs.

Ils entrèrent dans un café et se firent servir des boissons fraîches. Et Saint-Potin se mit à parler. Il parla de tout le monde et du journal avec une profusion de détails surprenants.

– Le patron? Un vrai juif! Et vous savez, les juifs on ne les changera jamais. Quelle race!

Puis le reporter parla de Mme Walter, une grande dinde, de Norbert de Varenne, un vieux raté, de Rival, une resucée de Fervacques. Puis il en vint à Forestier:

– Quant à celui-là, il a de la chance d'avoir épousé sa femme, voilà tout.

Duroy demanda:

– Qu'est-ce au juste que sa femme?

Saint-Potin se frotta les mains:

– Oh! une rouée, une fine mouche34. C'est la maîtresse d'un vieux viveur nommé Vaudrec, le comte de Vaudrec, qui l'a dotée et mariée…

Duroy sentit brusquement une sensation de froid, une sorte de crispation nerveuse, un besoin d'injurier et de gifler ce bavard. Mais il l'interrompit simplement pour lui demander:

– C'est votre nom, Saint-Potin? L'autre répondit avec simplicité:

– Non, je m'appelle Thomas. C'est au journal qu'on m'a surnommé Saint-Potin.

Et Duroy, payant les consommations, reprit:

– Mais il me semble qu'il est tard et que nous avons deux nobles seigneurs à visiter.

Saint-Potin se mit à rire:

– Vous êtes encore naïf, vous! Alors vous croyez comme ça que je vais aller demander à ce Chinois et à cet Indien ce qu'ils pensent de l'Angleterre? Comme si je ne le savais pas mieux qu'eux, ce qu'ils doivent penser pour les lecteurs deLa Vie Française35. J'en ai déjà interviewé cinq cents de ces Chinois, Persans, Hindous, Chiliens, Japonais et autres. Ils répondent tous la même chose, d'après moi.

Ils s'étaient levés et suivaient le boulevard, vers la Madeleine. Et Saint-Potin, tout à coup, dit à son compagnon:

– Vous savez, si vous avez à faire quelque chose, je n'ai pas besoin de vous, moi.

Duroy lui serra la main, et s'en alla.

L'idée de son article à écrire dans la soirée le tracassait, et il se mit à y songer. Il emmagasina des idées, des réflexions, des jugements, des anecdotes, tout en marchant, et il monta jusqu'au bout de l'avenue des Champs-Élysées, où on ne voyait que de rares promeneurs, Paris étant vide par ces jours de chaleur.

Après une heure d'efforts et cinq pages de papier noircies par des phrases de début qui n'avaient point de suite, il se dit: «Je ne suis pas encore assez rompu au métier. Il faut que je prenne une nouvelle leçon.» Et tout de suite la perspective d'une autre matinée avec Mme Forestier, l'espoir de ce long tête-à-tête intime, cordial, si doux, le firent tressaillir de désir.

Il était dix heures passées quand il sonna chez son ami.

Le domestique répondit:

– C'est que monsieur est en train de travailler.

Duroy n'avait point songé que le mari pouvait être là. Il insista cependant:

– Dites-lui que c'est moi, pour une affaire pressante.

Après cinq minutes d'attente, on le fit entrer dans le cabinet où il avait passé une si bonne matinée.

À la place occupée par lui, Forestier maintenant était assis et écrivait, en robe de chambre, les pieds dans ses pantoufles, la tête couverte d'une petite toque anglaise, tandis que sa femme, enveloppée du même peignoir blanc, et accoudée à la cheminée, dictait, une cigarette à la bouche.

Mais cette fois Duroy fut mal accueilli, Forestier était furieux quand il avait su la raison de la visite de son collègue. Duroy devait faire des efforts lui-même et ne pas se servir de leur aide et recevoir pour ça son argent.

Il retourna chez lui, à grands pas, en grommelant: «Eh bien! je m'en vais la faire celle-là, et tout seul, et ils verront…»

À peine rentré, la colère l'excitant, il se mit à écrire.

Il continua l'aventure commencée par Mme Forestier, accumulant des détails de roman-feuilleton, des péripéties surprenantes et des descriptions ampoulées, avec une maladresse de style de collégien et des formules de sous– officier. En une heure, il eut terminé une chronique qui ressemblait à un chaos de folies, et il la porta, avec assurance, àLa Vie Française.

La première personne qu'il rencontra fut Saint-Potin qui, lui serrant la main avec une énergie de complice, demanda: Vous avez lu ma conversation avec le Chinois et avec l'Hindou. Est-ce assez drôle? Ça a amusé tout Paris. Et je n'ai pas vu seulement le bout de leur nez36.

Forestier survint, soufflant, pressé, l'air effaré:

– Ah! bon, j'ai besoin de vous deux.

Et il leur indiqua une série d'informations politiques qu'il fallait se procurer pour le soir même.

Duroy lui tendit son article.

– Voici la suite sur l'Algérie,

– Très bien, donne: je vais la remettre au patron.

Ce fut tout.

Saint-Potin entraîna son nouveau confrère, et, lui conseilla de se faire payer, de prendre toujours un mois d'avance.

33.En voilà un faiseur! Il nous la fait à nous-mêmes – Вот кривляка! Ломает комедию даже перед нами
34.une rouée, une fine mouche – это бестия, тонкая штучка
35.Comme si je ne le savais pas mieux qu'eux, ce qu'ils doivent penser pour les lecteurs de La Vie Française – Как будто я не знаю лучше, чем они, что они должны думать для читателей
36.Et je n'ai pas vu seulement le bout de leur nez – А ведь я их и в глаза не видел