Kitabı oku: «Милый друг. Уровень 1 / Bel-Ami», sayfa 7
– Monsieur est sorti, dit-il, sans attendre la question.
Duroy insista:
– Demandez à Mme Forestier si elle peut me recevoir, et prévenez-la que je viens de la part de son mari, que j'ai rencontré dans la rue.
Puis il attendit. L'homme revint, ouvrit une porte à droite, et annonça:
– Madame attend monsieur.
Elle était assise sur un fauteuil de bureau, dans une petite pièce dont les murs se trouvaient entièrement cachés par des livres bien rangés sur des planches de bois noir. Elle se retourna, souriant toujours, enveloppée d'un peignoir blanc garni de dentelle; et elle tendit sa main, montrant son bras nu dans la manche largement ouverte.
– Déjà? dit-elle; puis elle reprit: Ce n'est point un reproche, c'est une simple question.
Il balbutia:
– Oh! madame, je ne voulais pas monter; mais votre mari, que j'ai rencontré en bas, m'y a forcé. Je suis tellement confus que je n'ose pas dire ce qui m'amène.
Elle montrait un siège:
– Asseyez-vous et parlez.
Elle avait l'air chez elle devant cette table de travail, à l'aise comme dans son salon, occupée à sa besogne ordinaire. Elle reprit, comme il ne parlait pas:
– Eh bien! dites, qu'est-ce que c'est?
Il murmura, en hésitant que les mots justes ne lui venait pas et il ne réussissait pas à exprimer ses idées.
– Ça va être charmant de collaborer comme ça. Je suis ravie de votre idée. Tenez, asseyez– vous à ma place, car on connaît mon écriture au journal27. Et nous allons vous tourner un article, mais là, un article à succès.
Il s'assit, prit une plume, étala devant lui une feuille de papier et attendit.
Mme Forestier, restée debout, le regardait faire ses préparatifs; puis elle atteignit une cigarette sur la cheminée et l'alluma:
– Eh bien! racontez-le-moi d'abord, pour moi toute seule, vous entendez, bien doucement, sans rien oublier, et je choisirai ce qu'il faut prendre.
Mais comme il ne savait par où commencer, elle se mit à l'interroger comme aurait fait un prêtre au confessionnal, posant des questions précises qui lui rappelaient des détails oubliés, des personnages rencontrés, des figures seulement aperçues.
Quand elle l'eut contraint à parler ainsi pendant un petit quart d'heure, elle l'interrompit tout à coup:
– Maintenant, nous allons commencer. D'abord, nous supposons que vous adressez à un ami vos impressions, ce qui vous permet de dire un tas de bêtises, de faire des remarques de toute espèce, d'être naturel et drôle, si nous pouvons. Commencez:
Mon cher Henry, tu veux savoir ce que c'est que l'Algérie, tu le sauras. … Et
Elle se frottait les mains, tout à fait heureuse de son idée.
Elle se leva et se mit à marcher, après avoir allumé une autre cigarette, et elle dictait. Parfois, d'un coup de sa main ouverte, elle effaçait ces traces légères et plus persistantes; parfois aussi elle les coupait d'un mouvement tranchant de l'index et regardait ensuite, avec une attention grave, les deux tronçons d'imperceptible vapeur disparaître lentement.
Et Duroy, les yeux levés, suivait tous ses gestes, toutes ses attitudes, tous les mouvements de son corps et de son visage occupés à ce jeu vague qui ne prenait point sa pensée.
Elle imaginait maintenant les péripéties de la route, portraiturait des compagnons de voyage inventés par elle, et ébauchait une aventure d'amour avec la femme d'un capitaine d'infanterie qui allait rejoindre son mari.
Puis elle continua par une excursion dans la province d'Oran, une excursion fantaisiste, où il était surtout question des femmes, des Mauresques, des Juives, des Espagnoles.
«Il n'y a que ça qui intéresse», disait-elle.
Elle termina par un séjour à Saïda, au pied des hauts plateaux.
Et elle prononça d'une voix joyeuse: «La suite à demain!» Puis, se relevant:
– C'est comme ça qu'on écrit un article, mon cher monsieur. Signez, s'il vous plaît.
Il hésitait.
– Mais signez donc!
– Alors, il se mit à rire, et écrivit au bas de la page:Georges Duroy.
Elle continuait à fumer en marchant; et il la regardait toujours, ne trouvant rien à dire pour la remercier, heureux d'être près d'elle, pénétré de reconnaissance et du bonheur sensuel de cette intimité naissante. Brusquement elle demanda:
– Qu'est-ce que vous pensez de mon amie, Mme de Marelle?
Il fut surpris:
– Mais… je la trouve… je la trouve très séduisante.
– N'est-ce pas?
– Oui, certainement.
Il avait envie d'ajouter: «Mais pas autant que vous.» Il n'osa point.
Elle reprit:
– Et si vous saviez comme elle est drôle, originale, intelligente! C'est une bohème, par exemple, une vraie bohème. C'est pour cela que son mari ne l'aime guère. Il ne voit que le défaut et n'apprécie point les qualités.
Duroy fut stupéfait d'apprendre que Mme de Marelle était mariée. C'était bien naturel, pourtant.
Il demanda.
– Tiens… elle est mariée? Et qu'est-ce que fait son mari?
Mme Forestier haussa tout doucement les épaules et les sourcils, d'un seul mouvement plein de significations incompréhensibles.
– Oh! il est inspecteur de la ligne du Nord. Il passe huit jours par mois à Paris. Ce que sa femme appelle «le service obligatoire» ou encore «la semaine sainte». Quand vous la connaîtrez mieux, vous verrez comme elle est fine et gentille. Allez donc la voir un de ces jours.
Mais la porte s'ouvrit sans bruit, et un grand monsieur s'avança, qu'on n'avait point annoncé.
Il s'arrêta en voyant un homme. Mme Forestier parut gênée une seconde, puis elle dit, de sa voix naturelle, bien qu'un peu de rose lui fût monté des épaules au visage28:
– Mais entrez donc, mon cher. Je vous présente un bon camarade de Charles, M. Georges Duroy, un futur journaliste. Puis, sur un ton différent, elle annonça: Le meilleur et le plus intime de nos amis, le comte de Vaudrec.
Les deux hommes se saluèrent en se regardant au fond des yeux, et Duroy tout aussitôt se retira.
On ne le retint pas.
En se retrouvant dans la rue, il se sentit triste, mal à l'aise, obsédé par l'obscure sensation d'un chagrin voilé. Il allait devant lui, se demandant pourquoi cette mélancolie subite lui était venue; il ne trouvait point, mais la figure sévère du comte de Vaudrec, un peu vieux déjà, avec des cheveux gris, l'air tranquille et insolent d'un particulier très riche et sûr de lui, revenait sans cesse dans son souvenir.








